• La guerre préhistorique

  • Les premiers affrontements humains eurent lieu quand des groupes d'hommes du paléolithique inférieur, armés de pierres, de branches et d’os pointus, combattirent d'autres hommes pour s'approprier leurs terrains de chasse ou de cueillette, pour enlever des femmes ou venger un affront, pour s’adonner au cannibalisme ou pratiquer des sacrifices humains destinés à tempérer de cruelles divinités.

    Dans les sociétés primitives, la motivation religieuse de la guerre était surtout basée sur le sacrifice humain.

    Les aborigènes d’Australie pratiquaient la guerre entre tribus. Leur motivation était généralement la vengeance et quelquefois le rapt.

    Les rencontres brutales entre les hordes et le sentiment de force et de faiblesse qui en découle ainsi que la notion de courage sont à l’origine de la valorisation extrêmement primitive du guerrier vainqueur. Comme chez les animaux grégaires, le plus fort physiquement s’impose et attire autour de sa force les autres éléments du clan. Le pouvoir politique appartient aux guerriers. L’effectif des armées primitives est réduit et leur organisation simple. Tous les hommes valides du clan ou de la tribu sont des chasseurs et des guerriers.

    Les batailles sont rares et courtes. Le combat s’engage dans une mêlée confuse où les guerriers, armés de gourdins, de pierres tranchantes et d’os acérés se battent les uns contre les autres. La force physique, l’agilité et la ruse se combinent étroitement pour déterminer l’issue d’un combat acharné où les cris de rage et de douleur se succèdent.

    Des raids précèdent ou suivent les engagements ponctuels. Les villages sont pillés ou incendiés, les femmes enlevées. Le rôle du chef est décisif car sa force et sa bravoure conditionnent le comportement de ses hommes.

    La guerre est aussi vieille que l'humanité. Les premiers outils naturels comme les branches et les pierres, utilisés par les premiers hominiens étaient sûrement des armes. Remonter à l'époque du paléolithique inférieur pour retrouver les traces des agressions organisées par les hordes et les clans primitifs dans le but de contrôler un terrain de chasse ou de cueillette, de piller, de ramener des captifs ou de venger un membre du groupe n'est pas évident en l'absence de données archéologiques suffisantes. Procéder par analogie en comparant les comportements guerriers des populations primitives actuelles (Je ne sais pas si nous avons réellement le droit moral de faire une telle comparaison ou si une telle comparaison est justifiée mais le terme préhistoire est lié uniquement à l’écriture qui en fixe la limite supérieure) ou considérées comme telles est le moyen détourné pour y parvenir.

    Pour parvenir à ce but, nous devons nous intéresser aux sociétés primitives de l’aurore de l’humanité telles qu’elles sont perçues à travers les recherches scientifiques modernes.

    L'homme adulte ne garde aucune mémoire consciente des trois premières années de sa vie. L'Humanité en tant qu'entité supérieure n'a gardé aucun souvenir de son enfance. La science dispose actuellement de moyens performants capables de résoudre d'une manière satisfaisante les problèmes relatifs à l'origine de l'Humanité et son évolution vers l'état actuel car celui-ci est l'effet direct d'une multitude de causes qui restent à déterminer.

    C'est grâce aux recherches assidues d'une pléiade de savants, d'érudits et de chercheurs qui depuis bientôt deux siècles s'efforcent de trouver des solutions aux problèmes complexes de la vie, de la naissance de l'Humanité et de son évolution, à travers l'étude des traces souvent subtiles, difficiles à localiser et à interpréter, laissées par l'homme primitif au cours de l'aménagement de son territoire et de la fabrication des armes et des outils nécessaires à sa survie et à la maîtrise de son environnement, que les ténèbres qui enveloppaient la période préhistorique se sont partiellement dissipées en même temps que se déchirait une partie du voile de l'amnésie collective.

    Le premier foyer de l'Humanité, témoin de la naissance de la race et de ses lointains balbutiements, n'a pas encore été découvert ni même localisé approximativement dans une région déterminée. La probabilité qu'il le soit un jour est très faible. L'Humanité a essaimé à travers la terre après avoir quitté l'abri originel. Celui-ci a pu disparaître sous les flots ou être recouvert par des couches sédimentaires successives ou détruit par les intempéries ou par la course inexorable du temps.

    Un petit nid fragile sur une terre inconnue qui n'avait pas encore de nom ; une flamme vacillante et tout près de s'éteindre sur un rêve sans lendemain mais qui bientôt deviendra soleil dans une lente prise de conscience de l'univers de lui-même ; et de l'abri précaire jaillira le verbe, reflet intangible de l'arme la plus redoutable qui fût : la pensée !

    L’australopithèque

    Le doute plane toujours sur l'époque de l'apparition de l'homme sur la terre car au-delà du quaternaire les traces qu'il aurait pu laisser se confondent avec celles de la nature et prennent la forme d'une industrie lithique indéfinissable. Le plus ancien représentant de l'Humanité semble être l'Australopithèque, hominien aux caractères encore extrêmement primitifs mais ayant déjà acquis la station debout, reconnu en Afrique australe et considéré comme l'auteur des premiers outils taillés d'il y a quelque trois ou quatre millions d'années.

    Le même genre d'outils rudimentaires se présentant sous la forme de galets aménagés a été découvert en plusieurs points du territoire algérien mais l'artisan présumé de cette industrie du paléolithique inférieur demeure introuvable.

    L’Atlanthrope.

    Les premiers restes d'hominien fossile trouvés dans le Maghreb appartiennent à un spécimen encore primitif voisin du Pithécanthrope de Java et surnommé pour cette raison Atlanthrope. L'époque considérée remonte à l'Acheuléen, faciès culturel du paléolithique inférieur, et se caractérise par une industrie lithique d'une technique beaucoup plus évoluée et certainement moins ambiguë que la précédente.

    Le plus ancien hominidé connu en Algérie vient de Ternifine (Tighenif). Les outils de cette époque se présentent sous la forme de bifaces ou de hachereaux. (700.000 ans)

    L’Atérien.

    Cette civilisation sera décrite dans le paragraphe relatif au Sahara.

    L'Ibéromaurusien (~ 12.000) et le Capsien. (~ 7000 ans)

    Deux types humains différents représentants deux civilisations s’installent au Maghreb en provenance de l'Est.

    L'Ibéromaurusien, qui présente de fortes analogies avec l'homme du Cro-Magnon (Europe) quoique plus frustre physiquement, longe le littoral sans jamais dépasser l'Atlas Tellien à part dans l'Oranie. Il disparaît tardivement au néolithique.

    Ses derniers représentants furent les Guanches des Canaries disparus au contact des Espagnols.

    Le Capsien, précédé par l’Ibéromaurusien, s’installe dans la partie sud, au-delà de l’Atlas tellien.

    La civilisation capsienne est représentée par les amas d'ossements, de fumée et de coquilles d'escargots du sud constantinois et que l'on nomme escargotières. Le Capsien n'a jamais atteint le littoral. Le terme lui-même a été utilisé après la découverte des escargotières au sud de Gafsa en Tunisie.

    Ce type humain est qualifié de proto-méditerranéen. Certains chercheurs le considèrent comme l’ancêtre des Berbères. Malheureusement, les Berbères représentent un groupe linguistique et non un groupe racial. C’est pourquoi, cette explication est un peu hâtive. Les Berbères sont venus de l’est à une époque indéterminée au cours d’une lente migration et leur langue porte en elle les traces de son origine. Le groupe initial a dû se mêler lentement aux différents groupes humains rencontrés au cours de sa progression, leur imposant sa langue et sa culture spécifique. Les plus grands linguistes berbères s’accordent à dire que cette langue est d’origine chamito-sémitique et que la séparation du rameau berbère de la langue mère remonte au néolithique. En plus des Berbères eux mêmes qui ne forment pas une ethnie homogène, des mélanges de populations variées parlent le berbère : des Arabes venus de la péninsule en des temps reculés et dont les légendes transmises oralement gardent un lointain souvenir ; les débris de Carthage, ceux des armées romaine, vandale et byzantine et d’autres peuplades que nous ne connaissons pas.

    Le Néolithique.

    Le Néolithique, étape qualifiée de révolutionnaire par la plupart des érudits de la préhistoire, a vu se matérialiser des techniques et des cultures qui sont à la base de l'organisation des sociétés humaines d'aujourd'hui. Il s'est caractérisé par des innovations dans les procédés de mise au point des outils de pierre (microlithes ), par des modifications importantes dans les méthodes et les moyens de construction, par l'apparition des pratiques de l'élevage, de l'agriculture et des techniques de la céramique. Des changements profonds dans les conceptions ont entraîné une évolution sensible dans l'organisation sociale et religieuse ainsi que dans les manifestations artistiques.

    Plusieurs foyers de néolithisation sont apparus dans plusieurs parties du globe, suite à une tentative de domestication des espèces végétales et animales. Il y a quelque dix mille ans, des peuplades qui vivaient de la chasse et de la cueillette se sont sédentarisées et se sont mises à pratiquer l'élevage et à cultiver des plantes sauvages : le blé et l'orge en Mésopotamie, plus tard, le riz en Chine et le mais en Amérique.

    Le bétail domestique trouve son origine dans les troupeaux sauvages que suivait dans leurs déplacements l'homme préhistorique en quête de gibier. Ainsi, Le mouton est le descendant du mouflon oriental. La chèvre, le bœuf et le cochon sont, de même, issus des espèces sauvages de l'Orient. Dès la fin du paléolithique, l'homme s'assure le concours d'un fidèle compagnon, le chien, probablement pour sa participation à la chasse et ses aptitudes de gardien. Premier animal domestique, il est le parent du sauvage loup.

    Le chameau, d'origine indéterminée, apparaît il y a quelque deux mille ans.

    Huit mille ans avant J.C, après la maîtrise des techniques agricoles et la réussite de la domestication animale, des hommes du néolithique ont quitté la Mésopotamie en vagues migratoires successives, en direction de l'Europe, de l'Asie et probablement de l'Afrique du Nord. Ils ont ainsi contribué à semer leur savoir et leurs grains à travers les territoires incultes qu'ils traversaient dans leur lente progression vers l'Atlantique dont ils atteignirent les rivages il y a environ six mille ans.

    Le Sahara.

    Le Sahara est le plus grand désert du monde. Il s’étend des rives de l’Océan Atlantique à l’Ouest jusqu’à celles de la Mer Rouge à l’Est. Les traces du passage de l’homme préhistorique y sont particulièrement abondantes. Les plus anciens témoignages sont les fameux galets aménagés de l’Australopithèque, galets qui datent de deux millions d’années et qui prouvent sans équivoque que le Sahara est habité depuis les temps les plus reculés.

    L’étape suivante correspond à l’industrie acheléenne des bifaces et des hachereaux. Cette industrie lithique se compose d’une quantité de matériaux considérable. La majorité de ces outils préhistoriques repose en surface. Les gisements les plus connus se trouvent en Nubie, en Libye, dans le grand Erg oriental, à Iguidi, dans l’Erg occidental et dans l’Adrar mauritanien.

    La flore de cette époque est du type savane et la faune ancienne qui lui correspond est représentée par l’éléphant, le rhinocéros, le zèbre, le bubale antique et l’hippopotame.

    Nous allons, à nouveau, retrouver l’hominien primitif dont nous avons parlé plus haut, le fameux Atlanthrope du Nord, l’artisan présumé de cette industrie. A cette époque, cet homme primitif semble avoir étendu son territoire à une très grande partie de l’Afrique, tandis que des espèces semblables occupaient les autres continents, à l’exception de l’Amérique qui ne sera colonisée que beaucoup plus tard, vers 30.000 ans avant Jésus-Christ, par l’homo sapiens sapiens lui-même. L’industrie moustérienne succède à celle de l’acheléen. Les restes de cette industrie comprennent des bifaces, des lames et des pointes et se présentent en gisements de surface. Les sites les plus connus se trouvent dans la région de Béchar, au Hoggar, dans la vallée de la Saoura, au Fezzan, en Egypte et au Tibesti.

    Plus tard, l’acquisition de la pointe moustérienne d’un pédoncule caractérisera l’ensemble dit Atérien, du nom de la ville de Bir El Ater où il fut identifié à l’origine. L’artisan de cette industrie est le deuxième grand inconnu en Algérie après celui des galets aménagés. Certains scientifiques pensent à l’homme du Neandertal, qui aurait précédé l’Ibéro-maurusien, spécimen semblable à l’homme du Cro-Magnon. L’homme du Neandertal a disparu d’Europe dès le paléolithique supérieur mais probablement sa disparition d’Afrique fût beaucoup plus tardive car les ossements identifiés au Maroc semblent appartenir à une époque plus récente.

    Cette industrie persiste jusqu’au Néolithique.

    A la fin du paléolithique supérieur, apparaissent en Afrique du Nord les deux civilisations de l’Ibéro-maurusien et du Capsien.

    C’est alors que surgissent les peuples du Néolithique. Ils envahissent graduellement le territoire allant de la Mer Rouge aux rives de l’Atlantique.

    Comment s’est effectué le passage de l’Australopithèque à l’Atlanthrope supplanté par l’homme du Neandertal, qui a lui-même disparu sous la poussée de l’homo sapiens représenté par l’Ibéro-maurusien et par le Capsien de l’épipaléolithique et enfin par les hommes du Néolithique ?

    Je pense qu’il s’est produit exactement le même phénomène que celui dont nous sommes les témoins aujourd’hui. Une peuplade issue du tronc primitif se développe séparément à la suite de conditions favorables et supplante les espèces demeurées relativement primitives qui dégénèrent puis disparaissent à son contact, par assimilation ou par mort violente.

    De temps en temps, un groupe humain s’empare du flambeau et continue le chemin qui mène vers le soleil sans se retourner et le linceul de l’oubli ne tarde pas à recouvrir ceux qui sont restés.

    Ainsi se transforme l’humanité dans sa marche vers le destin.

    Nous avons parlé du Néolithique et des peuplades venues de l’Est à cette époque reculée, après les grands bouleversements dont les sociétés humaines furent le théâtre : La domestication des animaux est sans doute antérieure à la découverte de l’agriculture qui permit aux hommes de s’attacher à la terre. Elle fut probablement une de ses causes initiales en poussant l’homme à s’intéresser à la nourriture de son bétail.

    L’homme, par la pratique de la chasse, apprend à prendre des animaux vivants et à les parquer dans des enclos en attendant de les abattre et de les consommer. Le comportement de certains animaux en captivité a dû l’inciter à rechercher certaines espèces plus que d’autres et à les garder à portée de la main à cause de leur prédisposition à la captivité et de leur nourriture. La sédentarisation a succédé à cette première étape car l’homme n’a plus éprouvé le besoin de se déplacer comme à l’accoutumée. Il a été contraint, alors, de trouver le moyen de produire sur place les plantes nécessaires à son alimentation et à celle de son bétail.

    L’impact de ce double progrès sur les sociétés humaines a dû être prodigieux. De chasseur cueilleur, l’homme est devenu éleveur puis producteur du fruit de la terre nourricière ; il ne sera, désormais, plus soumis aux aléas des chasses infructueuses et des cueillettes avares. Il a appris à cultiver les plantes qu’il se contentait, hier, de cueillir ; les animaux qu’il suivait au cours de chasses interminables, épuisantes, et incertaines, il a su les dresser selon son bon vouloir. Il a enfin repoussé les limites de la faim, du froid et de l’incertitude du lendemain.

    De là vient la vénération de l’homme du Néolithique pour certaines espèces animales et son abomination pour d’autres ; de là, viennent les panthéons des dieux, de ceux qui représentent la fécondité de la terre et le cycle annuel des saisons car les transformations que subit la nature au cours des mois sont l’œuvre de dieux tout puissants. Dans les gravures rupestres du Sud de l’Oranie, on peut observer des hommes en imploration devant un bélier à la tête entourée d’une sphère. On ne sait pas ce que représente la sphère mais il me semble que l’homme ne parle pas encore par symboles et il se pourrait que ce soit une sorte de coiffure posée sur la tête du bélier au cours d’une cérémonie précédant le sacrifice. Par exemple la gravure de Mchegueg, où on voit nettement le bélier à sphéroïde tandis que deux autres béliers semblent dépecés et entourés de leurs intestins. On a essayé de rapprocher ce culte de celui du bélier d’Ammon d’Egypte mais il paraît que ce dernier a plusieurs millénaires de retard.

    Les traces laissées par les hommes du Néolithique sous la forme d’une industrie lithique au Sahara sont innombrables. Des gisements très denses sont les témoins de cultures variées. Des lames, des grattoirs, des haches polies, des broyeurs, des tessons de poterie, des meules, des bracelets d’os ou de pierre, des pendeloques, des colliers en œufs d’autruche, et surtout un nombre incalculable de flèches dont plus d’une centaine d’armatures différentes ont été inventoriées ; ce qui trahit une densité humaine considérable.

    Les témoignages les plus riches et les plus éloquents reposent en surface, au creux des dunes de sable et au fond des vallées ; ils racontent, à qui sait les entendre, l’histoire de peuples disparus.

    Les découvertes de dépôts de rejets de cuisine dans le Hoggar, au Tassili n Ajjer, dans la vallée du Nil et dans d’autres endroits ont permis de dater les plus anciennes industries à 6000 ans avant Jésus-Christ. Le Sahara était beaucoup plus humide à l’époque ; la flore était du type méditerranéen ; des arbres comme le pin d’Alep, le cyprès, l’olivier, le frêne croissaient dans les hauteurs du Hoggar ou du Tassili.

    Les genres de vie des peuples du Néolithique étaient différents. La première vague humaine pratiquait la chasse et la cueillette. Une vague de peuples pasteurs ne tarda pas à envahir le Sahara en provenance de l’Est, poussant devant elle des troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres. Dans le Sud plus humide, d’autres peuplades pratiquaient la pêche, la chasse et l’élevage. La présence de broyeurs et de meules en abondance ainsi que celle de traces de graines de riz et de sorgho mises en évidence grâce à la palynologie prouve la pratique de l’agriculture en parallèle avec la consommation de graminées sauvages.

    La présence du Palmier n’est attestée qu’au cours du premier millénaire avant Jésus-Christ.

    Ce sont les populations du Néolithique qui nous ont laissé les admirables gravures rupestres que nous classerons, pour plus de commodité, par périodes.

    La période bubaline.

    Le bubale antique est un grand buffle, aujourd’hui, disparu. Sa présence dans les gravures rupestres permet leur datation. Ce sont les plus anciennes. Les dessins représentent l’éléphant, l’antilope, l’autruche, la girafe, l’hippopotame, le rhinocéros, le bubale, l’âne sauvage et les bovidés.

    Les gravures les plus riches se trouvent dans le Sud oranais, au Tassili et au Fezzan. Celles des deux derniers endroits offrent des similitudes dans le style et dans les animaux représentés. Celles du Sud oranais présentent des particularités, notamment dans le bélier à sphéroïde, objet de vénération ainsi que dans les espèces animales reproduites d’où l’hippopotame est absent. Les personnages représentés semblent appartenir à la race blanche. Les gravures rupestres du Sahara ne présentent aucune analogie avec celles d’Afrique du sud ou d’Europe, preuve que les groupes humains étaient différents.

    L’arme principale est l’arc.

    La période négroïde.

    Les peintures sont faîtes dans des abris sous roche au Tassili, où les têtes humaines ne sont jamais représentés que sous forme symbolique, par un cercle orné de décors géométriques. Certains rêveurs à l’imagination fertile y ont vu des martiens portant encore les casques de la traversée interplanétaire.

    Certains chercheurs donnent à cette période le nom de "Période des têtes rondes".

    La différence entre les gravures de la période bubaline et les peintures des têtes rondes réside dans le style utilisé et elles représentent deux "écoles" totalement différentes.

    L’ensemble des personnages représentés ont des traits négroïdes et plusieurs d’entre eux portent des masques analogues à ceux qui sont utilisés en Afrique noire.

    Les armes sont l’arc, l’épieu et le bâton. Des scènes de chasse sont figurées mais il n’y a aucun indice de domestication animale ou de pratique de l’agriculture.

    Cet art pariétal est daté de 5400 à 4800 mais ces chiffres restent à confirmer. Les peintures sont-elles contemporaines des gravures ou sont-elles plus anciennes ? La question est posée. Pourtant, il serait logique de penser que les peuplades noires sont antérieures aux blanches car la désertification progressive a dû les repousser toujours plus au Sud, pendant que les pasteurs prenaient possession de leurs territoires. On pense actuellement aux Peuls, peuple qui a longtemps intrigué les historiens.

    La période bovidienne.

    Les pasteurs de bœufs prennent la relève et recouvrent de leurs peintures celles de leurs prédécesseurs. On remarque sur les peintures les scènes de grands troupeaux de bœufs, des abattages, des traites. Utilisé comme animal de bât, le bœuf servait de monture à toute la famille. Le mouton, la chèvre et le chien sont aussi présents. Les habitations sont des sortes de huttes.

    Les animaux sauvages sont aussi représentés ; des scènes décrivent la chasse et la vie quotidienne.

    Le culte où le bœuf et un serpent mythique semblent occuper une place importante a été, semble-t-il, reconnu chez des groupes peuls encore païens.

    Certaines peintures nous montrent des guerriers en formation dirigés par des chefs, sous le regard de dignitaires. Les armes sont l’arc, l’épieu et le javelot.

    La datation donne les chiffres de 3500 à 2000 avant Jésus-Christ. Les personnages représentés appartiennent à la race blanche, à la race éthiopienne et à la race négroïde. Les populations blanches appartiennent peut-être à un type pré-berbère, mais le terme ne nous avance pas beaucoup à l’heure actuelle.

    Ces gravures permettent de préciser les voies de migration des populations pastorales et leurs zones d’expansion. Les zones couvrent le Fezzan, le Tassili, le Hoggar, l’Adrar des Iforas, le Sahara occidental, le sud du Maroc et la Mauritanie. Les pasteurs sont-ils venus d’Egypte en suivant les larges vallées encore humides et riches en végétation du Sahara central ? Ce n’est pas impossible. Mais que cela ne nous empêche pas de concevoir une influence de proche en proche, le pastoralisme se propageant d’Est en Ouest après la domestication animale.

    La période historique.

    Les traces des pasteurs disparaissent et cèdent la place à celles de nouvelles peuplades, vraisemblablement de la période historique. Peintures et gravures nous montrent des scènes de chasse et de guerre. Le char à deux roues, tiré par des chevaux et quelquefois par des bœufs est caractéristique de cette période. Les chevaux sont représentés dans un style particulier appelé "galop volant", style qui se retrouve dans la Crète antique. Les personnages représentés portent des habits serrés à la taille qui leur confèrent un profil bitriangulaire. Ils sont armés de javelots et de boucliers ronds. Le style bitriangulaire et l’armement se retrouvent aussi en Crète.

    Ces gravures dénotent une influence des peuples de la mer qui, débarqués en Cyrénaïque vers 1200 avant Jésus-Christ, attaquèrent les Egyptiens. La faune est représentée par la Girafe, le lion et l’antilope.

    Les chars sont bientôt remplacés par la cavalerie et les premiers caractères libyques commencent à être gravés.

    Un autre animal apparaît bientôt. C’est le chameau qui, tout d’abord, est représenté en même temps que le cheval. Il ne tarde pas à supplanter totalement ce dernier dans les gravures. Le Tifinagh prend la place du Libyque. C’est l’ère Touareg.

    Le terme Tifinagh trahit immédiatement son origine. La racine FNQ (le Q en Berbère représente généralement la forme occlusive du Gh) est celle de Finiqi. Le Tifinagh serait donc dérivé du punique.

    Le Libyque est une écriture qui s’apparente à celle des Touareg. 1200 textes sont répertoriés. Plusieurs sont accompagnés d’une version punique ou latine. Les textes sont gravés sur des stèles funéraires ou sur des rochers et plusieurs comportent le même texte en Punique ou en Latin. L’un d’eux est daté de 138 avant Jésus-Christ. (Date tirée du texte lui-même).

    L’alphabet libyque ne note que les consonnes comme les écritures sémitiques. Il n’existe au Maghreb aucun antécedent historique relatif à l’écriture, sous forme d’étapes de conception, qui permettrait d’opter pour une création autochtone.

    L’usage du Libyque est attesté surtout dans les régions où l’influence punique a été très forte comme le nord de la Tunisie ou le nord constantinois. Les inscriptions libyques malgré des études innombrables restent pour la plupart indéchiffrées. Certains chercheurs avancent l’idée que le Libyque est écrit dans une langue autre que le Berbère.

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