LES EFFETS DE LA GUERRE

La guerre est la rencontre violente entre deux ou plusieurs groupes humains organisés qui cherchent à se détruire physiquement en alliant la puissance des armes au génie militaire des hommes ; une tuerie à grande échelle qui rend possible la réalisation d’objectifs déterminés.

La guerre serait un phénomène naturel selon les sociologues, une sorte d'activité spécifique aux groupes humains, qui se déclare spontanément lorsque certaines conditions favorables, dans un sens, se trouvent réunies.

Des causes de la guerre.

De tout temps, la guerre a été le moyen ultime utilisé par une horde, un clan, une peuplade, une race ou un état organisé, pour survivre, pour s'imposer, pour abattre un ennemi représentant un danger immédiat ou futur, pour défendre des intérêts commerciaux, militaires ou stratégiques, un territoire ou une identité, pour s'approprier les richesses d'autrui ou son territoire lors d'une expansion, d'une colonisation, d’une invasion ou d'une migration, pour imposer une religion ou une idéologie.

Les causes de la guerre peuvent être innombrables dans le détail mais elles visent toujours à réaliser des aspirations humaines quelles que soient leurs motivations ou le degré de leur moralité dans le cadre de l’échelle des valeurs humaines.

 Agression physique et morale.

Affrontement violent de groupes organisés, la guerre est de ce fait synonyme d'agression et en tant que telle elle peut être agression physique ou morale, bien que les deux types soient toujours présents dans un conflit. Par agression physique on sous-entend toutes les opérations dont le but est la destruction, au sens large, du matériel et des hommes, destinés directement ou indirectement à renforcer l'effort de guerre et à maintenir l'adversaire en état de combattre. Poussée à la limite, l'agression physique peut se solder par l’anéantissement total de groupes humains importants. L'agression morale par contre, peut avoir différents effets dont le plus anodin se traduit par la diminution du degré de combativité exigé par la situation du moment et la chute du moral de la troupe. Elle peut être idéologique, linguistique ou culturelle. Elle atteint son paroxysme avec la perte totale d'identité.

La perte totale d’identité correspond à la disparition du groupe en tant qu'entité homogène. Le changement de langue ou de religion, la perte du sentiment d'appartenance à un groupe humain particulier ou à une nation et à sa culture, la disparition brusque des coutumes ancestrales après une conquête ou un brassage forcé sont autant d’éléments qui caractérisent la perte partielle d'identité. La perte totale d’identité se réalise quand tous les caractères spécifiques au groupe disparaissent simultanément.

La guerre et la justice.

La guerre est aussi vieille que l'humanité. Elle est intimement liée à l'homme, étant l’un de ses moyens d'expression ; pour cette raison elle est toujours entachée de considérations subjectives. La guerre est juste ou injuste bien que cette qualification exige la plupart du temps un observateur neutre, malgré que la justice soit un phénomène transcendant que tout esprit humain est capable d’apprécier.

Malheureusement, cette classification fait appel à la notion de justice confondue systématiquement dans les sociétés humaines avec celle du droit. La justice est une notion générale qui répond à l’une des aspirations humaines de base. Le droit est une tentative d’approche plus ou moins heureuse de cette justice dont il ne peut cependant jamais épouser les contours. Le droit est un ensemble de règles établis par des hommes dans l’intérêt d’autres hommes, puis dans celui d’un groupe, d’une classe ou d’une société. En général toutes ces formes coexistent dans les types de société moderne dans l’ordre d’importance, en apparence paradoxal, que j’ai énuméré. Ces règles ne sont pas immuables car elles évoluent en fonction d’une multitude de causes dont les plus simples sont de nature politique ou économique. Elles ne sont jamais parfaites car la perfection n’est pas du ressort de l’homme. Elles sont toujours incomplètes dans leurs tentatives de cerner et de réguler des situations pratiques laissant un vide juridique plus ou moins important dans le cadre duquel les intérêts personnels s’affrontent et prennent le pas sur l’intérêt général.

Typologie des guerres.

La guerre peut être d'agression, de colonisation ou d’indépendance. Elle est qualifiée de totale ou de conventionnelle selon son degré de férocité et les dommages infligés à l'ennemi. Elle est soit locale soit mondiale en considération de l'espace concerné par les opérations. Elle est guerre éclair ou guerre d'usure selon sa durée dans le temps. La tactique permet de distinguer la guerre classique de la guerre de guérilla. En fonction de l'armement, des moyens utilisés, on parle de guerre nucléaire, de guerre chimique ou biologique ou de guerre électronique.

En fonction des moyens de production, on peut citer la guerre artisanale, la guerre industrielle et la guerre technologique.

Nous voyons que le domaine englobé est immense mais la nature profonde de la guerre est toujours la même. De nombreux hommes de guerre et de théoriciens ont cherché à éclairer d'un jour nouveau ce phénomène particulier pour en déterminer les mécanismes, les différents éléments et leur interaction ainsi que les lois qui le gouvernent en vue de l’assujettir complètement à la compréhension humaine et de cerner les facteurs influants ainsi que les paramètres aléatoires auxquels il obéit pour déterminer les résultats d'une guerre avant le déclenchement des hostilités puis les possibilités de contrôler son déroulement et son dénouement.

Les sociologues s'occupent de la dimension humaine et sociale de la guerre et la considèrent comme une sorte de "maladie " liée à la liberté de la volonté humaine. Liberté et fatalité en sont les deux aspects contradictoires ; augmenter le degré de liberté, c’est dévoiler les mécanismes de la fatalité en étudiant la guerre d'une manière scientifique pour en connaître les causes et les effets.

La guerre, source de droit.

Du point de vue juridique, la guerre suspend complètement ou partiellement les formes normales du droit. Elle instaure un régime d'exception se caractérisant par un durcissement et un rétrécissement temporaire du cadre légal ainsi que le retour à une sorte de législation naturelle qui ne considère que le droit du plus fort. Les différences, les droits et les intérêts individuels cèdent le pas à l’intérêt commun car ne pouvant exister sans lui. Lorsque les deux antagonistes respectent un minimum de règles éthiques (tacites ou déclarées, relevant de coutumes ou de conventions) au cours du déroulement des batailles comme celles d'épargner un ennemi qui se rend et de traiter humainement les prisonniers, d’éviter d'employer les armes de destruction massive et de s'en prendre aux populations civiles, on parle alors de guerre conventionnelle. Le résultat recherché par une guerre conventionnelle est une victoire sur l'ennemi capable d'assurer par la suite une certaine acceptation du vaincu. La guerre est dite totale lorsqu'elle atteint un degré de férocité telle qu'aucune règle éthique ne vient tempérer le comportement guerrier. Le but recherché est alors l’anéantissement total de l'ennemi par n'importe quel moyen. Les populations civiles sont alors massacrées, les villes bombardées, les prisonniers abattus ou torturés, les armes de destruction massive employées dans le but de réduire coûte que coûte la résistance de l'ennemi. Le droit du plus fort triomphe. L'expression " la fin justifie les moyens" trouve ici son application la plus large et la plus inhumaine.

Les effets constructifs de la guerre.

Transformation des sociétés.

La guerre cependant, n'est pas un phénomène totalement négatif puisqu'elle vise à la survie du groupe par le sacrifice volontaire d'un certain nombre de ses éléments. Elle est capable, d'une manière radicale de transformer les sociétés, de les faire évoluer dans le sens positif et de les modeler, à l'issue de brassages ethniques, de migrations, de déportations ou de mutations politiques, économiques, idéologiques et linguistiques. La guerre a donc des effets constructifs dont l'un des plus importants est la formation de sociétés complexes en amalgamant par la force des armes des groupes humains hétérogènes ou des tribus élémentaires. C'est à l’issue de sanglantes batailles, que les petites communautés ont pu en se regroupant, former de grandes nations. La création de royaumes ou d'empires, par la fusion de tribus indépendantes à l'origine, est chose courante dans l'histoire des peuples.

 Accélération de la recherche.

La guerre, en outre, accélère les processus de recherche, d'invention et d'imitation en canalisant les efforts d'une nation vers l'invention des armes et leur amélioration pour acquérir la supériorité sur le terrain et assurer sa survie. Sur le champ de bataille, de nouvelles tactiques naissent spontanément dans le feu de l'action pendant que d'autres sont mûrement réfléchies et expérimentées en vue d’intégrer les nouveaux outils au système global et de l'adapter à la situation opérationnelle.

Amélioration de l’organisation.

L'organisation supérieure qui fait suite aux progrès techniques et à la généralisation de la culture scientifique permet, par la restructuration des armées et leur adaptation à des environnements complexes en perpétuelle évolution, de faire face à toutes les situations connues et de pallier à l’imprévu.

Les processus d'imitation auxquels recourent les nations en temps de guerre comme en temps de paix, quels que soient leur degré d'organisation et leur avance technologique, tendent à neutraliser les supériorités militaires. En effet, l'imitation de n'importe quelle arme est possible, il suffit pour cela de posséder une industrie et une technologie de base, d'instaurer le système politique adéquat qui, en organisant la société et en laissant l'initiative aux hommes, permet d'encourager l’émulation et d'assouplir les législations pour que ces dernières ne soient pas un frein à la recherche, à la motivation et aux ambitions humaines.

L'espionnage industriel est un des moyens les plus utilisés pour accéder à des informations détaillées concernant les recherches et les inventions, leur objet et les caractéristiques techniques des équipements ou des armes mis au point.

Les effets destructeurs de la guerre.

Les effets destructeurs de la guerre sont de plusieurs sortes ; les génocides ne sont pas rares mais le vaincu a toujours tendance à fusionner avec le vainqueur, son anéantissement prenant ainsi la forme moins dramatique d'une perte totale d'identité.

La disparition de groupes ethniques importants voire de races entières lors de leur contact avec des races plus évoluées a été établi avec certitude pour la période préhistorique. La disparition de l’homme du Neandertal a fait suite à l’apparition sur son territoire de l’homo sapiens représenté par l’homme du Cro-Magnon en Europe et l’Iberomaurusien, son proche parent, en Afrique du nord. Ce dernier a lui-même, tardivement au néolithique, disparu de l’Afrique du Nord refoulé par le Capsien. Ses derniers représentants, les Guanches des Canaries, disparurent après l’occupation de leur territoire par les Espagnols.

Les exemples ne manquent pas. Les peuples primitifs sont refoulés par des races douées d’une plus grande vitalité vers les zones les plus déshéritées de la planète, premier stade avant le dépérissement et la disparition. Les Aïnou du Japon, les Pygmées de l’Afrique équatoriale, les Bochiman du Kalahari, les Aborigènes d’Australie, les Kamtchadales, les Koréki et les Kouriles de Kamtchatka dont nous parlerons plus loin, les Vedda de Ceylan, les Negritos de l’Océanie et bien d’autres encore sont les victimes d’entités sociales ou politiques, plus fortes ou mieux organisées qui en envahissant leurs territoires les ont contraints à se réfugier dans des régions défavorables à la vie.

 

Effet démographique.

Le premier effet est d'ordre démographique. Il se caractérise par l'augmentation du taux de mortalité et la diminution du taux des naissances. La couche la plus touchée est représentée par la population mâle active, c'est à dire relativement jeune. Ce qui fait penser que la guerre ne favorise pas la sélection naturelle car le plus fort disparaît. Une ou plusieurs générations peuvent ainsi être éliminées au cours des conflits de grande envergure comme les guerres mondiales. On parle alors de vieillissement de la population. La pyramide des âges s'en trouve profondément modifiée ainsi que le rapport entre les sexes. Les femmes deviennent plus nombreuses que les hommes et la société se trouve confrontée à des problèmes épineux en matière de renouvellement de son potentiel humain.

 

La famine.

La diminution des ressources alimentaires est due à la mobilisation de la majeure partie de la population active, à l’insécurité, aux régimes d'exception qui s'instaurent lors des conflits, à la destruction des moyens de production, à la mauvaise circulation des marchandises et au marasme économique. Les états instituent des systèmes de rationnement pour assurer la survie de la population et son engagement direct ou indirect dans le conflit. La sous alimentation puis la famine s’installent en cas de coupure des circuits de distribution ; Ce qui arrive fréquemment quand l'ennemi contrôle une partie des routes, détruit les voies de communication, encercle ou investit une région ou une ville dont la population doit capituler ou mourir.

 

Le recul de la civilisation.

Un autre effet destructeur est le recul de la civilisation caractérisé par une régression dans tous les domaines. Certaines infrastructures ne pourront plus être remises en état et toutes les activités humaines qui leur étaient liées sont abandonnées. La culture et les arts connaissent de même un dépérissement catastrophique quelquefois irrémédiable.

Avant de terminer, n’oublions pas l’esclavage, l’exode, les déportations, la torture, les réserves, et d’autres choses que je ne pourrais imaginer.

L’impact psychologique de la guerre sur le soldat.

L'inadaptation à la vie en société des soldats démobilisés qui se sont habitués à la violence est un problème très ancien dont la solution n'est toujours pas évidente. En effet, la violence n’affecte pas uniquement les victimes ; de par sa nature insidieuse, c’est une arme à double tranchant qui agit au niveau du moi profond en s’attaquant aux conceptions sociales et religieuses de base de l’individu. La guerre libère toutes les sensations et les instincts inhibées par la culture sociale. Les vérités et les tabous perdent leur sens tangible et leur valeur de repères fixes et immuables.

De nombreux et importants traumatismes psychologiques sont occasionnés par la guerre. Du point de vue humain, la connaissance des causes des troubles psychiques trouve son importance dans le domaine de la prévention et dans celui du traitement médical.

L’impact dans le domaine opérationnel se situe au niveau des pertes constatées qui se soldent par une diminution appréciable du potentiel de combat car ce phénomène peut être à l’origine d’une indisponibilité élevée pour raison de santé et peut affecter jusqu’à soixante pour cent des forces. Le nombre de soldats présentant des troubles est très important au début des conflits. Il tend à diminuer puis à se stabiliser par la suite. Il est évident que la férocité de la guerre et les moyens qui y sont employés entrent dans une grande mesure dans les causes initiales. La guerre nucléaire ou la guerre conventionnelle n’ont pas le même effet psychologique sur l’individu.

L’angoisse provient de l’attente prolongée du combat ou de son imminence. Elle présente des degrés divers en fonction de l’individu, elle peut être cause de panique ou de comportement irréfléchi. Elle se trouve à l’origine des décisions irrationnelles, de la rébellion ou de l’indiscipline. Les manifestations somatiques de l’angoisse se présentent sous la forme de troubles digestifs, cardiaques, urinaires ou autres. Les insomnies, l’irritabilité, la confusion, l’absence de concentration ou la fatigue permanente en sont les manifestations psychiques. L’angoisse peut dégénérer en névrose.

Si la plupart des troubles psychiques disparaissent après le premier choc, certains traumatismes sont réfractaires à toute tentative thérapeutique et persistent beaucoup plus longtemps. D’autres affectent l’individu d’une manière irréversible.

Cependant, l’adaptation extraordinaire de l’homme aux situations difficiles et aux environnements précaires, son acharnement à survivre dans les conditions les plus âpres et les plus démunies, en font un redoutable adversaire le premier choc passé. Il y a toujours des pertes irréparables dues à l’inexpérience les premiers jours d’un conflit équilibré mais les troupes s’aguerrissent et harmonisent leurs systèmes réceptifs, leur émotivité et leur intelligence avec le danger latent et tangible d’un environnement belliqueux.

Le livre de la guerre.

Nous pourrions parler de la guerre, de ses origines, de ses causes et de ses effets pendant l’éternité car le livre de la guerre n’est jamais terminé ; les pages se succèdent et ne se ressemblent pas ; les idées évoluent et ce qui est aujourd’hui admis par tous peut être contesté ou remis en cause demain, à la lumière d’un fait nouveau ou d’une arme nouvelle. Les choses semblent pourtant évoluer vers un état de non belligérance car la guerre devient de plus en plus synonyme de non être ; il se peut aussi que la production et l’acquisition d’un armement et d’un équipement de plus en plus sophistiqués, acquisition toujours possible car l’argent est l’émulateur des sociétés modernes, mènent à la destruction totale et irréversible de la terre et des hommes ou à la paralysie complète des systèmes d’armes actuels et au retour à la guerre artisanale.

La terre est déjà surpeuplée. Il n’est pas difficile de prévoir le jour proche où les races fortes submergeront les races faibles et les refouleront inexorablement vers les zones les plus déshéritées de la planète, de plus en plus profondément sur le chemin de l’extinction et nul n’y pourra rien. A moins que…

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