Lantiquité
LAntiquité est une période de lhistoire qui correspond aux plus anciennes civilisations connues et qui prend fin au commencement du moyen âge. Lhomme vient de franchir létape ultime du Néolithique. Il sest enrichi, au cours de sa marche lointaine, de lexpérience de ses pères. Il a amassé, jour après jour, les pièces dor du savoir, arrachées péniblement au trésor de la création. Il a appris à travailler le cuivre, puis le bronze et le fer ; de nouveaux horizons souvrent à lui, de plus en plus limpides mais de plus en plus profonds.
Ce sera lère des grands empires taillés par les guerres et les expéditions légendaires. Ce sera aussi lère des grandes découvertes : lécriture, la roue, la domestication du cheval et du chameau, les premières organisations des états et des armées de métier.
Le sédentaire et le nomade.
Le sédentaire sest attaché à la terre dont il tire sa nourriture ; il cultive le blé et lorge qui lui font connaître le goût sublime du pain ; il construit des villages à proximité des cours deau pour irriguer ses champs. Le temps passe et les villages deviennent des bourgs et les bourgs des villes. Des activités parallèles se développent autour de lagriculture : la maçonnerie, lartisanat, le travail des métaux, lécriture... On construit des temples pour adorer les dieux bienfaisants et on entoure la ville de murailles pour empêcher que le fruit du labeur ne soit emporté par la main qui na pas sué.
Les murailles sont bientôt gardées par des gens armés, désignés à tour de rôle parmi les habitants. Puis la spécialisation apparaît et des armées de métier sorganisent autour des personnages influents qui simposent aux producteurs et prennent le pouvoir politique. Les premières lois apparaissent pour légitimer les situations politiques, économiques et sociales, pour mettre les biens du riche hors datteinte de la nécessité et de la convoitise du pauvre. Ceux qui détiennent le pouvoir politique, forts de la puissance militaire qui les garde et qui protège leurs intérêts, renient leurs basses origines et instaurent des systèmes de castes sociales destinées à leur assurer la pérennité.
On construit des écoles, des tribunaux et des administrations pour canaliser la richesse et la population.
La cité état est née.
Demain quand elle sera plus forte, elle voudra sétendre et assujettir les villes ou les villages voisins qui lui payeront tribut et la feront devenir plus puissante.
Elle continue son expansion et elle devient bientôt la capitale dun empire.
Mais les troubles apparaissent ; lopulence ramollit les troupes et attire la convoitise des peuples belliqueux. Lamour du pouvoir et de la richesse suscite les complots ; lempire miné de lintérieur et assailli de lextérieur seffondre ; un autre empereur sassoit sur le trône à la tête dune armée aguerrie. Son pouvoir durera le temps quelle prendra pour ramollir.
Le nomade a choisi la vocation déleveur. Il garde ses troupeaux dans un terrain qui nest pas convoité par le paysan. Il choisit la steppe et le désert mais il surveille le sédentaire de loin, pour lui imposer sa loi le moment venu.
La vie du nomade est dure ; seul le meilleur survit dans son milieu hostile. Habitué aux efforts physiques intenses, aux ruses de la razzia, aux combats déchaînés et aux chevauchées interminables, il domine facilement le paysan qui devient son vassal et lui paye un tribut.
Il sattaque à la ville qui ne peut lui résister ; il laffame et lépuise jusquà ce quelle se livre à lui. Elle lui offre alors ses trésors, son vin et son venin. La douceur dune vie paisible, les plaisirs et le luxe sont les dangers mortels qui guettent le nomade parvenu au sommet de la gloire ; quelques générations encore, et arrivé au terme de la déchéance, il lui faudra céder la place à un rival belliqueux, lassé par les chevauchées lointaines et qui, à son tour, rêve de déchéance.
Les migrations.
Les peuples qui deviennent fort nombreux dans leurs pays dorigine ont tendance à déverser leur trop-plein dans les territoires voisins et à exproprier leurs habitants. Des écoulements, semblables à ceux que lon observe dans la nature quand la densité nest pas uniforme, naissent spontanément et se propagent, soit dans toutes les directions, soit dans une direction privilégiée à cause de la facilité du mouvement, en contournant les écueils formés par les empires puissants, les zones défavorables ou inhospitalières et les grandes concentrations humaines.
Le sens de propagation privilégié dans cette partie du monde va de lOrient au Couchant, comme si lhomme dans ses migrations suivait le mouvement apparent du soleil dans la sphère des nues. Mais comme l'homme, dans ses migrations, recherche instinctivement des conditions semblables à celles de son environnement initial, le nomade de l'Arabie est puissamment attiré par l'incommensurable vide du Sahara et il se forme alors des strates de population épousant des types de désert analogues à ceux des régions d'origine.
Le Maghreb.
Le Maghreb a été habité depuis les temps les plus reculés. Ses habitants antiques sont les Berbères. Nous ne savons rien sur lorigine des Berbères. Nous savons seulement quils ne forment pas un groupe racial mais un groupe linguistique. La langue Berbère, nous pouvons la situer approximativement dans le temps et dans lespace mais nous ne pouvons, à lheure actuelle, localiser lethnie originelle responsable de sa diffusion. La peuplade originelle n'existe sûrement plus ; tant de siècles sont passés qui ont vu mourir les hommes sans retenir leurs noms.
Les hommes libres se sont-ils imposés à une époque indéterminée grâce à un armement nouveau ? Ou les Imazighen se sont-ils transformés sur place à partir dune souche plus ancienne, comme les Capsiens par exemple? les Capsiens qui natteignent jamais le littoral sont-ils les ancêtres des Berbères qui nont aucun mot pour désigner la mer et qui comblent ce vide sémantique par un terme sémitique " Lebher "?
Mais ce nom des hommes libres, des Imazighen, ne trahit-il pas leur mode de vie initial ? Il est libre, il est indépendant, il pille ! Nest ce pas là les caractéristiques du nomade, épris de liberté spatiale et organisationnelle, farouchement opposé à toute forme de domination et de contraintes politiques?
Assurément, il y a là un indice, ténu, certes mais tellement vraisemblable.
Les Egyptiens du nouvel empire identifient les Berbères sous le nom de Temehou (terme à rapprocher de Tamaheq), (Tenehou), Lebou et Mashawah. Ces tribus nomades envahissent à plusieurs reprises la vallée du Nil. (1227, 1194, 1188). Ils sont représentés sur des dessins qui montrent leur armement et leurs habits. Armés darcs et de boomerangs, quelquefois montés sur des chars, ils se heurtent aux Egyptiens, notamment à Ramses III.
Ils finissent par contrôler tout le pays Tehenou.
Les Libou, tribu berbère de Cyrénaïque, donnera son nom à la Libye antique par lintermédiaire des Grecs.
A partir de 950, ils prennent le pouvoir en Egypte et fondent la dynastie pharaonique des Chéchong.
Nous navons entendu parler des Berbères de lextrême est que grâce à lexistence dans ces régions des civilisations les plus avancées de lépoque.
Lorigine des Berbères.
Ce sujet a fait couler beaucoup dencre. Lorigine des Berbères se perd dans la préhistoire ; tout allusion à une origine historique est anachronique et ne peut être retenue.
Lobservation des groupes berbères actuels fait apparaître des différences physiques notables non seulement entre les groupes mais aussi à lintérieur des groupes eux-mêmes. La classification classique entre Branis et Madaghis ou Butr, les deux grandes souches berbères, ne semble pas seulement découler dune différence de mode de vie, les premiers étant sédentaires et les seconds nomades, mais il est probable quelle soit une allusion indirecte à une différence dorigine.
Des peuplades se sont mêlées aux différentes époques de la préhistoire avec de nouveaux venus qui parlaient une langue spécifique et avaient des coutumes propres. Leur langue a fini par simposer à tous les groupes indigènes en gardant des traces des idiomes assimilés ; ce qui explique la pluralité des dialectes berbères, leurs différences lexicales et grammaticales. Lévolution disparate de ces dialectes, les influences différentes subies au contact dautres langues comme les idiomes arabes régionaux ou les langues de lAfrique noire ont accéléré le processus de différenciation.
Les Garamantes
Les Garamantes, sont le peuple berbère du Fezzan antique, probablement ancêtre de celui du Hoggar et du Sahara central et probablement encore celui qui sera appelé un jour à entrer résolument dans lHistoire avec la dynastie almoravide.
Nous avons vu au cours de notre rapide traversée historique du Sahara que cest en suivant lévolution de la faune et de la flore suggérée par les peintures rupestres que lon a un aperçu du changement climatique progressif qui a affecté la région et des populations diverses qui sy sont succédé. Les gravures rupestres malgré les lacunes et les difficultés dinterprétation du message quelles contiennent, ont rendu possible la reconstitution partielle du drame saharien. Le Sahara a commencé à sassécher, il y a quelque six mille ans ; c'était un vaste terrain de chasse giboyeux dont la végétation était probablement du type savane et qui a été peu à peu déserté par les animaux sauvages qui suivaient la régression de la végétation vers lAfrique centrale. Les pasteurs occupèrent progressivement les terrains délaissés par les chasseurs de bêtes.
LEgypte, après le désastre du quaternaire, resta longtemps inoccupée. Des peuples venus du Sahara furent les premiers à coloniser la vallée du Nil et à y bâtir les premiers villages, précurseurs des cités états.
De même, certains chercheurs pensent que les Berbères sont venus du Sahara, vers quatre mille ans avant J.C.
Les textes qui suivent en italique représentent les preuves de mon raisonnement. Il métait difficile de les enlever sans attirer lincrédulité. Dire autrement les phrases naurait servi à rien car ces documents et leurs auteurs représentent respectivement des pièces à conviction et des témoignages solides. Je men excuse auprès de leurs auteurs et je leur dit simplement : Merci.
Texte de Omar Mokhtari : Festival culturel panafricain. 1969. Alger.
Pour d'autres archéologues, des peuples légendaires seraient partis du Sud de l'Arabie pour nomadiser en Afrique du Nord, à la suite d'un terrible fléau dont leur peuple fut frappé.
Le Fezzan est le pays des Garamantes antiques, un peuple berbère nomade. Leur monture est le cheval et ils guerroient inlassablement aux confins du désert. Les peintures rupestres montrent les Garamantes armés de javelots, darcs et de boucliers, montés sur des chars de guerre tirés par des chevaux, dans un style qui rappelle celui du "galop volant" d'une ancienne civilisation de l'Europe à la veille de la ruée des hordes de Sibérie. Pour cette raison, certains pensent quelquefois à une influence des peuples de la mer, qui en 1200 avant J.C, pressés par la sécheresse ou par une invasion irrésistible, se sont lancés à lassaut de lEgypte et de la Palestine après avoir détruit le royaume hittite. Des Libyens, les auraient guidés et aidés dans leur entreprise dirigée contre lEgypte.
Texte de Stéphane Gsell : Le climat de lAfrique du Nord dans lantiquité. OPU. Revue Africaine. 1911.
Lemploi du dromadaire, comme bête de somme est assez récent dans le nord de lAfrique. Il ne figure pas sur les gravures rupestres préhistoriques. On ne connaît aucun nom berbère qui le désigne. Il nest jamais mentionné au temps de Carthage. Pline lAncien, qui parle des chameaux de la Bactriane et de lArabie, qui dit expressément que lOrient est la patrie de ces animaux, paraît ignorer leur existence dans lAfrique septentrionale. Le premier texte qui nous montre un grand nombre de chameaux servant à des transports à la lisière du désert date du Bas-Empire. Au temps dHérodote, au cinquième siècle avant J.C, cétait sur des chars attelés de quatre chevaux que les habitants du Fezzan actuel, les Garamantes, allaient donner la chasse aux Ethiopiens troglodytes. Outre des chevaux, les Garamantes possédaient des bufs, qui servaient de montures et probablement aussi de bêtes de somme. Ils ont aussi pu employer des ânes quoiquaucun texte nen mentionne.
Le nom berbère du dromadaire est "alghem". Ce terme provient sans doute du terme arabe "lugham" qui désigne un écoulement salivaire du dromadaire en furie.
Les Touaregs
Les historiens classiques rattachent les Touareg aux Garamantes, peuple parfaitement connu dans lantiquité, vivant dans le désert de Libye autour du Fezzan. Le terme Garamantes, fut utilisé par les Grecs pour désigner les habitants de la ville de Garama et de la région du Fezzan. Ce terme servit ensuite à désigner tous les peuples berbères qui avaient le même mode de vie ou les mêmes coutumes. On attribue aux Garamantes l'ouverture, vers le premier millénaire, et le contrôle des routes commerciales qui senfoncent dans le Sahara central en utilisant des chars tirés par quatre chevaux et cela avant larrivée du dromadaire, domestiqué en Arabie.
Cest la domestication du cheval en Asie centrale ou probablement en Ukraine vers le troisième millénaire avant Jésus-Christ puis du dromadaire en Arabie au deuxième millénaire qui a permis le nomadisme à grande échelle. Le cheval fut introduit au Moyen-Orient où il fut attelé au char avant dêtre monté, vers le deuxième millénaire. Le dromadaire parvint en Egypte au 6e siècle et au Maghreb un siècle avant Jésus-Christ. La mobilité accrue conférée aux pasteurs par le cheval et surtout par le dromadaire, animal sobre et adapté à la vie dans le désert, agrandit immensément les terrains de parcours du nomade.
Le Hoggar.
La mémoire targuie se souvient encore d'une peuplade blanche appelée Issebaten qui vivait au Hoggar avant leur arrivée. Elle était idolâtre et ignorait le chameau. Ils parlent souvent d'Elias en termes élogieux. Il serait le fondateur de l'art rupestre.
Quand on leur parle des inscriptions anciennes que personne n'a pu encore déchiffrer d'une manière certaine, ils disent qu'il s'agit d'une langue inconnue écrite avec les caractères tifinagh que les touaregs utilisent toujours.
Cette langue inconnue serait-elle celle des Issebaten? Les Issebaten eux-mêmes seraient-ils l'un de ces peuples de la mer, partis précipitamment du sud de l'Europe vers 1200 avant J.C dans un exode massif et sanglant vers de meilleurs horizons ?
Mais leur nom ne trahit-il pas leur origine? La racine sémitique "sbt" appliquée à Issebaten ne veut-elle pas dire "ceux du Samedi" ou "ceux du Shabbat" ? Dans ce cas, les Issebaten seraient-ils une population juive ou judaïsée ayant cherché refuge dans ces lointaines contrées du désert pour échapper à ses ennemis ?
Cela n'explique-t-il pas l'origine de certaines fêtes étranges ayant une forte réminiscence juive pratiquées par les Touaregs eux-mêmes ?
Les Touaregs sont probablement des Berbères qui se seraient croisés avec les issebaten. Ils se désignent eux-mêmes sous le terme imuhagh pluriel d'amahagh. Nous retrouvons ici la racine MHGH ou mieux MZGH qui désigne les hommes libres.
Les Touaregs forment trois groupes sociaux : les Ihaggaren ou nobles, les Kel Ulli (Imghad) ou ceux des chèvres qui sont les vassaux des premiers et les Iklan qui sont leurs esclaves. Ce système de castes est à l'épreuve du temps.
Le chef des Touaregs est appelé Amenokal peut-être de amen akal ou le garant de la terre c'est à dire du terrain de parcours de chaque tribu.
L'origine du terme Iheggaren est encore discutée. Un certain nombre d'explications a été proposé. Je me permet d'en proposer une autre à la lumière de ce qui suivra : Les immigrants, de la racine arabe hgr. Les Iheggaren seraient les tribus arabo-berbères dont parle El Idrissi. (Voir plus loin.)
La thèse diffusionniste.
Texte de Nadir Marouf : Villages et terroirs algériens. OPU.
Le phénomène nomade aurait procédé, non par propagation radiocentrique, mais par expansion bipolaire à partir d'un centre de gravité, qui est la presqu'île arabique, berceau de l'Islam. Les deux pôles d'attraction, situés l'un à l'Ouest (Sahara), l'autre au nord-est (Asie centrale), n'ont pas été envahis directement, mais par bonds successifs, lents, cependant que leurs processions étaient toujours dictées par le tropisme linéaire exercé par ces deux pôles.
L'idée d'un nomadisme qui aurait pris naissance quelque part en Arabie, et qui se serait diffusé dans l'Afrique septentrionale et en Asie, se retrouve chez Robert Montagne. Dans la "Civilisation du désert" ( Hachette 1947), il montre que ce qui préside aux migrations et au cheminement nomade, c'est, d'une part, un phénomène de sélection naturelle (luttes inter-tribales) et, d'autre part, un instinct de liberté.
Le désir d'indépendance du nomade et son séparatisme font qu'il n'est nullement attiré par les territoires agricoles : "le simple effet du surpeuplement devait naturellement engendrer la lutte pour la possession des pâturages dans des conditions de plus en plus âpres... Mais comme les nomades ainsi chassés du cur du désert répugnent gravement à s'asservir aux sédentaires des empires, bien des tribus, avant de franchir la limite fatale qui va les couper du désert, glissent vers l'Ouest ou l'Est et suivent à distance la bordure dangereuse de la sédentarisation. Elles cheminent alors de désert en désert, à la poursuite de nouvelles terres. Elles sont en quelque sorte appelées par les territoires déserts, presque vierges d'Afrique, moins favorables sans doute à l'élevage que ceux d'Arabie, mais immensément vastes, attirants surtout pour des hommes qui considèrent que le bien suprême est l'indépendance..."
Il nous est difficile de comprendre la psychologie profonde du nomadisme. Le nomade est un homme libre. Son mode de vie se situe en haut de l'échelle des sociétés humaines. Il doit absolument être préservé et la tribu nomade doit tout faire pour éviter l'avilissement de la sédentarisation. Dans ce but, les animaux sédentaires pouvant réduire le nomade à cette dernière extrémité doivent être bannis, interdits.
La tribu nomade est une entité sociale indépendante. Son terrain de parcours est délimité et ses frontières sont reconnues. Aucune autre tribu ne peut y pénétrer sans être refoulée. Mais quand les pâturages viennent à manquer, les tribus se battent pour leur survie. La plus forte tente de refouler les plus faibles hors du désert. Alors commence une lutte sans merci suivie par l'exode du vaincu qui part à la recherche de contrées plus clémentes mais en évitant à tout prix de se sédentariser. Ainsi il arrive au Sahara, vaste désert sans bornes où il peut sauver son mode de vie.
El Idrissi : Afrique, Andalousie. (Traduction de l'auteur)
Quant au pays du Noul et de Tazekart, cest le pays des Lemtouna du désert, une tribu Sanhadja. Sanhadj et LumT sont frères et leur père est LumT ibn Za£za£ des enfants de Himyar. Leur mère est Tazekkay la boiteuse dont le père est Zénète. Houara est le frère utérin de Sanhadj ibn LumT et son père est Elmusawir ibn Elmuthana ibn Kla£ ibn Ayman ibn Sa£id ibn Himyar. Il a été appelé Houara à cause dune parole quil aurait prononcée. Les tribus arabes se sont mêlées aux tribus berbères et ont adopté leur langue après leur long séjour dans le voisinage jusquà former un seul peuple. Un émir arabe nommé Elmusawir habitait le Hidjaz avec son peuple. Ayant égaré ses dromadaires, il partit à leur recherche, traversa le Nil et pénétra au Maghreb. En arrivant aux monts de Tripoli, il demanda à son esclave : où sommes nous ? Il lui répondit : nous sommes sur la terre dAfrique. Il lui dit alors : nous nous sommes emportés (Tahawarna). Il descendit dans une tribu Zénète et vit Tazekkay. Elle était fort jolie et il lépousa. Il eut delle El Muthana qui demeura après sa mort avec ses deux demi-frères. LumT et Sanhadj eurent beaucoup denfants. Leur descendance nombreuse indisposa les tribus berbères qui les refoulèrent vers les déserts proches de lAtlantique.
Ce texte semble nous raconter une légende. Et pourtant si nous débarrassons le récit de son aura légendaire nous nous apercevons que lauteur nous relate, sans sen rendre compte, lexode dune peuplade arabe et larrivée du chameau en Afrique du Nord.
Ismaïl El £arabi dans son commentaire dEl Idrissi. OPU. Alger. 1983.
Charles de Foucauld dans son dictionnaire Touareg Français de 1952 nous apprend que les nobles du Kel Ahaggar portent le nom de Loummet cest à dire les mêmes lettres que LumT.
Tin Hinan
Texte de M.A Haddadou : Guide de la langue et de la culture berbère.
Tin-Hinan cest aussi un monument qui se dresse sur une colline, au dessus du confluant des oueds Tifirt et Abalessa. Dans une fosse recouverte par de lourdes dalles, on découvrit les restes dune femme et des bijoux de toute sorte, en or, en argent et en métal. Le monument remonterait au 5e siècle de lère chrétienne.
On ne sait si le squelette dAbalessa est celui de Tin-Hinan. Il sagit bien dune femme. Elle mesurait entre 1,72 m et 1,75 et était probablement âgée, à sa mort, dune quarantaine dannées. Lanalyse de la colonne vertébrale a révélé une déformation des vertèbres lombaires et du sacrum. Le personnage devait donc boiter. Ibn Khaldoun nous apprend que lancêtre des Houara, auxquels sont apparentés les Touareg, sappelait Tiski la boiteuse. Tin-Hinan, celle des tentes est le sobriquet et non le nom de la reine du Hoggar.
Lorigine des Touareg.
Texte de Mahfoud Kaddache cité par Nadir Marouf dans Villages et terroirs algériens.
Lhistoire classique rattache les Touareg aux fameux Garamantes ou peuple libyque vivant autour du Fezzan, après de multiples exodes y compris dEgypte, dont le plus célèbre fut celui auquel les contraignirent les pharaons sous la XIXe dynastie. Linfluence assyrienne et myceniènne (et bien entendu égyptienne) qui se dégage des gravures et peintures rupestres (fresques du Tassili) montre que dautres exodes ont pu être provoqués par ces "peuples de la mer".
Après sêtre regroupés autour de Garama, ces hordes ont formé un peuple connu dans lantiquité.
Texte de Nadir Marouf : Villages et terroirs algériens.
Légende sur les origines.
Cette légende peut se traduire par les propos tenus par des chefs touareg, à la fin du XIXe siècle à un explorateur : "Nous sommes Imohagh, Imochargh, Imajirhen et notre langue suivant les tribus sappelle Tamahq ou Tamacheq ; tous ces mots dérivent de la même racine, le verbe iohargh qui signifie : il est libre, il est franc, il est indépendant, il pille. Et si tu nous demandes de mieux préciser les origines de chaque tribu et de distinguer les nobles des serfs, nous te dirons que notre ensemble est mélangé et entrelacé comme le tissu dune tente dans lequel entre le poil du chameau avec la laine de mouton. Il faut être habile pour établir une distinction entre le poil et la laine. Cependant, nous savons que chacune de nos nombreuses tribus est sortie dun pays différent."
Mais ici la légende varie. Pour les uns, les ancêtres des Kel Ahaggar seraient les Isebeten, gens qui avaient domestiqué les ânes, les chiens mais qui ignoraient le cheval.
Pour les autres, lancêtre commun est Tin Hinan, qui arrivant dans lAhaggar, accompagnée de deux femmes, une suivante appelée Takama et une esclave appelée Barama, découvrit que les Isebten sadonnaient à lidolâtrie. Ceci la amené à fonder un royaume et une dynastie, ainsi les héritiers actuels se partagent inégalement le pouvoir : les guerriers nobles ou Imohagh descendent de Tin Hinan, les Imghad de Takama et les Iklan Tawsit de Barama.
Les pièces du puzzle.
1_ Les gravures rupestres :
Pasteurs, chars, cavaliers, puis chameliers.
2_ Le cheval :
Les Hyksos, ou Rois pasteurs, dominent lEgypte de 1730 environ à 1560 avant J.C. Ils introduisent le cheval et le char en Egypte.
3_ Les peuples de la mer.
_ Par mer et par voie de terre, le long des côtes du sud de lAnatolie, ils savancent vers la Syrie et la Palestine dans le but datteindre la vallée du Nil à cause de la sécheresse qui sévit dans les régions côtières de la Méditerranée orientale. Ils sont les seuls à utiliser un armement en fer dans la région.
Les Philistins sont lune de ces peuplades. Ils semblent ouvrir la marche des autres peuples de la mer dans leur migration.
Ramsès III organise une expédition militaire pour les arrêter. Les troupes armées des peuples de la mer, appuyées par des chars de combat, prennent position à proximité de la baie de Tripoli dans le but dopérer la jonction entre les navires et les colonnes de chars qui transportent les vivres, les femmes et les enfants.
Ramsès III arrive à les surprendre par la rapidité de son intervention et anéantit les colonnes de chars ennemies encadrées par les guerriers philistins (vers1180).
_ Les peuples de la mer apparaissent sur les côtes de Cyrénaïque vers 1200 avant J.C. Ils attaquent les Egyptiens en se conciliant les autochtones libyens.
_ Les habitants originaires des côtes de la mer Egée, les Achéens et les peuplades analogues, sont chassés de leurs territoires par les Doriens et dautres tribus indo-européennes qui se ruent sur les Balkans et sur lAsie mineure en provenance des régions septentrionales vers 1200 avant J.C.
Les Egéens parcourent la Méditerranée à la recherche de nouvelles demeures. Ils attaquent le Proche Orient dans un vaste mouvement en tenailles. Lune des extrémités de la tenaille accroche lAsie mineure, détruit lempire hittite dans la foulée et perce la défense des côtes phéniciennes en balayant tout sur son passage. Parvenue aux portes de Byblos, son ardeur sémousse et la ville sacrée échappe à la destruction. Le second bras, probablement parti de Crète par mer, et renforcé par des contingents des îles avoisinantes, se lance contre lEgypte. Les peuples de la mer sont défaits par Ramsès III aux environs de 1194 avant J.C. à la bataille de Pelusium mais il savère incapable de les rejeter à la mer et il doit permettre aux Philistins de sinstaller sur les côtes de Palestine.
4_ Les Garamantes.
Habitants du Fezzan antique. Ils utilisent des chars analogues aux chars égyptiens à deux roues. Ils représentent les chevaux dans le style du galop volant semblable à celui de Crète. Le même style est présent au Hoggar.
5_ Le Libyque.
Texte de Salem Chaker. Manuel de linguistique berbère. Editions Bouchène. 1991. Alger.
La date dapparition de cette écriture demeure incertaine, mais il semble bien que lon puisse la faire remonter au moins jusquau 6e siècle avant J.C. On dispose dune datation sûre (interne à linscription elle-même) à partir de 138.
6_ Le Tifinagh. Ecriture dérivée du Libyque et employée par les Touareg.
Texte de Salem Chaker. Ouvrage cité.
7_ Tin Hinan ou Tazekkay ou Tiski.
Le monument de Tin Hinan remonterait au 5e siècle après J.C.
8_ Les Isebten.
Ils seraient une population blanche antérieure aux Touaregs et ignorant le chameau.
9_ La thèse diffusionniste.
10_ Le chameau.
Jemploie le terme chameau pour dire Dromadaire. La raison est la suivante le terme chameau dérive du mot arabe Djamal qui veut dire dromadaire.
Texte de Mahfoud Kaddache : LAlgérie dans lantiquité. Enal.1992.
A la veille de la reconquête byzantine, le royaume vandale, était menacé par un double danger : les confédérations berbères et lapparition des tribus chamelières au Sud. Cest entre le 1er et le 4e siècles que lemploi du chameau sest généralisé dans lAfrique du Nord. Au moment où les Vandales apparurent, lélevage du chameau était prospère en Tripolitaine, mais rien nindique quil était pratiqué en Algérie.
11_ Les langues chamito-sémitiques :
Les Chamites : Nom des peuples supposés issus de Cham, fils de Noé.
Les Sémites : Nom des peuples issus de Sem, fils de Noé.
Le Chamito-sémitique est une famille de langues comprenant quatre groupes :
Le Sémitique : Arabe, Sud arabique, Hébreu, Araméen, Syriaque etc.
LEgyptien. Le Copte.
Le Couchitique : Langues d'Ethiopie, Amharique etc.
Le Lybico-Berbère.
Le Lybique : Il est considéré comme la langue mère d'où sont issus tous les dialectes berbères. Malgré les tentatives d'interprétation du Libyque à travers la masse imposante des écritures rupestres, il est encore très mal connu.
Je laisse au lecteur le soin de conclure. Il na plus quà assembler les pièces du puzzle.
Il y a cinq mille ans, le Berbère était la langue parlée par l'ensemble des populations, probablement hétérogènes et constituées de différentes ethnies, sédentaires ou nomades, qui vivaient dans les contrées situées au nord du continent africain, à l'ouest de l'Egypte des Pharaons.
L'étendue du territoire berbère dans sa diversité et ses particularités ne peut que nous inciter à nous poser certaines questions relatives aux causes probables d'une extension de cette envergure surtout si nous comparons son aire d'influence à celles d'autres langues, qui, aujourd'hui universelles, étaient confinées, hier, dans un espace restreint.
Il me paraît judicieux de penser que cette langue sest propagée grâce au nomadisme et que la peuplade berbère originelle devait être assez nombreuse et assez forte pour simposer et diffuser sa langue.
Nous réalisons instinctivement que cette extension du Berbère au cours de cette période de l'histoire de l'humanité n'est pas un phénomène courant entrant dans la nature des choses. Le Berbère a dû supplanter d'autres langages, effacer d'autres idiomes au cours de sa progression lors d'une lointaine migration ou d'une conquête oubliée qui se perd dans la nuit des temps et dont la mémoire de l'homme ne garde aucun souvenir.
A l'issue de sa progression, le Berbère a perdu une de ses propriétés de base caractérisée par son appartenance à un groupe ethnique homogène particulier qu'il serait vain au stade actuel des connaissances de chercher à situer. Les savants actuels supposent que cette migration s'est effectuée d'Est en Ouest en se basant sur des ressemblances indéniables, s'étendant à tous les champs de la linguistique, entre les langues sémitiques et le Berbère. Celui-ci a remplacé au cours des siècles les différents parlers archaïques et primitifs des dernières hordes barbares de l'Humanité moins aptes et sûrement moins adaptés à véhiculer et à transmettre les formes de pensée d'une nouvelle étape de l'évolution et ses moyens d'expression.
Les savants de linguistique berbère situent à une dizaine de millénaires la séparation du berbère de l'entité chamito-sémitique. Ce qui remonte directement au néolithique et ses profonds bouleversements sociaux.
Le Berbère a dû subir au cours de sa vie millénaire de nombreuses transformations tant du point de vue phonétique que de celui de la morphologie ou de la syntaxe. Des milliers de racines ont disparu soit qu'elles soient tombées en désuétude par la disparition de pratiques ou d'objets qu'elles servaient à désigner soit qu'elles aient été remplacées par des racines berbères nouvelles ou des racines puisées dans d'autres langues ; des centaines d'autres n'ont pas de sens connu à l'heure actuelle; ce sont notamment celles relatives à la toponymie ou à l'anthroponymie, noms de lieux ou de personnes. D'autres ont subi des transformations qui les ont rendues totalement méconnaissables par la variation d'un ou de plusieurs éléments de la racine d'origine. D'autres enfin sont parvenues jusqu'à nous. Certaines sont défigurées, amoindries ou mutilées, l'essentiel de la masse lexicale étant disséminé à travers les dialectes berbères et arabes.
Certaines racines berbères ont été latinisées de telle manière qu'il est difficile voire impossible aujourd'hui de retrouver la racine d'origine. (Noms de lieux, de personnes ou de tribus de l'époque romaine ).
Si les dialectes Berbères ont puisé à outrance dans le réservoir linguistique arabe notamment dans le domaine religieux, de même les dialectes arabes contiennent un nombre appréciable de racines berbères qui touchent essentiellement au domaine de l'habitat, de la faune et de la flore. Certains mots se sont maintenus à travers les proverbes, les devinettes ou le langage enfantin.
Du point de vue de la syntaxe, le Berbère et l'Arabe dialectal sont identiques à de quelques rares exceptions près. Les mêmes règles régissent la répartition des mots à l'intérieur de la phrase. Deux parlers jumeaux dans deux langues différentes. Cette particularité est la preuve sans doute que les processus mentaux sont identiques ou que l'origine des deux langues est la même. Une autre explication peut être avancée : Le Berbère aurait évolué d'une manière radicale sous l'influence du punique dabord puis de l'Arabe ensuite en perdant ses formes grammaticales et syntactiques d'origine ainsi qu'une partie importante de son lexique. Une sorte de perte d'identité semblable à celle qui a touché une grande partie des populations berbérophones et qui expliquerait les difficultés rencontrées dans l'interprétation du Libyque.
Nous avons déjà parlé de la polémique que soulève lintarissable sujet de lorigine des Berbères. Et pourtant de nombreux indices nous font instinctivement croire que le berbère est la langue parlée non par une population spécifique mais par une multitude de peuplades. Il nest pas rationnel de faire remonter tant de peuples à une même origine. Les thèses avancées par les chercheurs qui se sont succédé au cours du temps semblent contradictoires et pourtant
Je dirai tout simplement que la contradiction disparaît dès lors que lon réalise que ces thèses se devaient de sadditionner au lieu de se soustraire. Chaque explication tente de faire remonter tous les Berbères à une seule origine alors que chacune delle explique lorigine dune seule et unique peuplade.
Jai remarqué une similitude physique certaine entre un type Kabyle et un autre Syrien, entre un type Chaoui et un autre yéménite. Quand au type humain des oasis il est si ancien quil doit remonter à lépoque de la rencontre de la race méditerranéenne et de la race noire, un métissage graduel, une sorte de frange humaine qui sépare deux races et qui sétend dest en ouest, en commençant par lEthiopie ou peut-être même avant par lArabie du Sud.
Tant de choses nous échappent mais lhomme est en marche vers le soleil et un jour il comprendra.
Ce document est tiré dun livre inédit