LE TEMPS

 

 

Donnez-moi le soleil, je vous donnerai l'heure

 

 

 

Vingt-quatre heures par jour est une invention humaine qui date de millénaires, mais ce n’est que récemment que les scientistes l’ont définie de façon claire et nette et que les gouvernements l’ont sanctionnée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le temps existait-il avant le Big Bang ?

 

Si le système solaire disparaissait effaçant toutes traces de l’existence d’êtres vivants, le temps continuerait-il d’exister ?

 

Prenez le temps de lire sur le temps avant de manquer de temps !

 

Roger Guérin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo couverture : coucher du soleil sur le fleuve        Saint-Laurent à Verchères Québec

 

On mesure le temps à notre façon par des heures ou en jours alors qu’en réalité il n’y a que deux mesures du temps ; le passé et l’avenir le présent étant immesurable.

 

 

 

 

LE TEMPS

 

 

DU DÉBUT À AUJOURD’HUI

 

 

 

Roger Guérin

 

 

 

 

Préface

 

 

 

Au début l’homme vivait dans les cavernes, les saisons et les grandes migrations lui servaient de calendrier.

 

Lorsque nous avons commencé à semer et à récolter la terre, le temps devint une préoccupation.

 

Lorsque nous sommes devenus dépendants du travail des autres pour survivre, le temps devint un souci.

 

Lorsque nous nous sommes réfugiés derrière les murs des cités, le temps devint une obsession.

 

 

 

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

 Big Bang  Londres

 

 

Nous ne pouvons pas voir, toucher ou entendre le temps, nous observons les signes de son passage aux cours des saisons, dans le lever du jour et le début de la nuit et dans les signes de vieillissement de notre propre corps. Le temps est furtif, imperceptible, nous sentons sa présence par des sensations dans les battements de notre cœur et dans le silence troublant du tic-tac des horloges. Certains philosophes croyaient que le temps était seulement une illusion ou une propriété dans le cerveau humain. Isaac Newton croyait que le temps était une substance? Un physicien américain disait de façon moqueuse que c’était un élément qui empêchait que tout arrive en même temps. On accuse le temps de nous mener au chaos ou de nous en sortir pourtant le temps ne fait rien ! Le temps nous rappelle constamment que nous ne sommes pas éternels, peut-être que lui-même ne l’est pas ?

Mais la question demeure qu’est-il ?  La définition du mot temps dans le dictionnaire est devenue compliquée avec le temps. Les anciens dictionnaires expliquaient que le temps était un intervalle entre deux événements. Dans les dictionnaires récents, la définition du même mot est devenue : milieu indéfini et homogène dans lequel se situent les êtres. Comment un lieu peut-il être indéfini et homogène ?

Commencer un livre par un flot d’énoncés ou de questions sans réponses n’est peut-être pas une incitation à continuer la lecture. C’est pourquoi, nous oublierons les dictionnaires et les grandes pensées philosophiques et débuterons en parlant simplement du temps en heures, en jours, en mois et en années. Nous ferons quelques petites expériences pour essayer de comprendre pourquoi les jours ont 24 h alors que la Terre fait un tour sur elle-même en moins de temps. Ainsi que pourquoi les mois ont 28, 29, 30 et 31 jours et les années de 365 à 366 jours. Après, lorsqu’on aura une meilleure idée générale, nous parlerons du temps et de sa relation avec les extraordinaires découvertes scientifiques d’aujourd’hui. L’astronomie fait partie intégrale du temps alors nous en parlerons; tout est relié au temps, la théorie de la Relativité nous prouve que le temps et la lumière sont intimement reliés mais peu d’entre-nous pouvons le comprendre. Pour finir on parlera de l’aspect abstrait du temps, de nos appréhensions face à ce milieu indéfini. 

 

 

Système décimal du TEMPS ?

 

 

Lors de la dernière réforme du Temps par le pape Grégoire XIII on aurait pu modifier les heures et imposer au monde un système de temps décimal : tel que 100 secondes = 1 minute, 100 minutes = 1 heure, 100 heures = 1 jour, mais là s’arrêterait cette progression métrologique. Imaginez que quelqu’un vous demande l’heure et que vous lui répondiez : il est 52 heures et 67 minutes ! Aujourd’hui, il serait peut-être utile dans certaines professions de se servir d’une mesure du temps aussi précises, mais il y a seulement 50 ans, cela aurait été difficile et il y a 100 ans la technologie du temps n’était pas assez avancée pour fabriquer des instruments de cette précision. Alors oublions les 100 minutes et heures mais continuons notre approche farfelue et disons pourquoi pas 100 jours dans un an ? Cent jours dans un an serait tout à fait impraticable, simplement parce que les astres qui contrôlent nos vies ne seraient pas d’accord. On voit le jour se lever ou se coucher 365 fois et non pas 100 fois pour une révolution de la Terre autour du Soleil. On triche déjà en disant à tous les quatre ans que la Terre a pris 366 jours pour faire le tour du Soleil alors qu’en réalité elle a pris le même temps.

 

 

Le TEMPS  qu’est-il réellement ?

 

 

 

Cela dépend qui vous êtes et où vous êtes. Le temps, nous venons de le voir, peut être des années, des mois, des jours, des heures. Si vous êtes un agriculteur, le temps se mesure d’une saison à l’autre. Si vous êtes un cosmologue, le temps se mesure en milliards d’années. Si vous êtes un contrôleur aérien, le temps se mesure en minutes et en secondes. Si vous êtes monsieur ou madame tout le monde, le temps se mesure en travaillant entre 8h à 17h. A part les saisons, ces mesures du temps sont tous les mêmes; elles sont reliées à nos montres. Mais il y a un autre aspect du temps celui qu’on va appeler le temps relatif qui varie suivant la location.

 

Parmi les trois horloges naturelles qui nous entourent, il y a : le Soleil et ses cycles du jour et de la nuit; la Lune et ses phases très précises et enfin la Terre et ses saisons. Depuis des siècles, l’homme a mesuré ces phénomènes de différentes façons pensant y synchroniser ses horloges. Des instruments, de plus en plus sophistiqués, furent inventés pour en arriver à une conclusion décevante il a bien fallu se rendre à l’évidence que ces astres n’étaient pas aussi précis qu’on le pensait. Nous avons maintenant des horloges capables de fragmenter une seconde en  alors que le cycle du Soleil varie de plus ou moins 15 minutes d’un mois à l’autre.

 

 

Un peu d’histoire

 

 

 

Si on retourne 4000 ans en arrière, certains peuples de l’Asie Mineure employaient un système de calcul sexagésimal qui nous est d'ailleurs resté pour les angles, les minutes et les secondes, ils comptaient de 60 en 60.  Pour débuter, ils divisèrent le jour en 6 périodes : 3 de nuit et 3 de jour, beaucoup plus tard, ces heures furent fragmentées en 12 de nuit et 12 de jour. Bien entendu, on ne connaissait pas les minutes ni les secondes, alors pourquoi avons-nous 60 minutes et 60 secondes sur nos montres? Certaines règles de mathématiques anciennes ont survécu à travers les âges, la division du cercle en 360 degrés ou 60X60 s’est retrouvée dans le cercle des cadrans des horloges. De plus l’association du mouvement solaire dans le ciel au cercle s’est perpétuée dans la division du jour en heures et par la suite, en minutes et en secondes. La possibilité de diviser l’heure en secondes est récente; pour ce faire il fallait que l’homme invente des moyens précis de mesurer le temps. Avec la venue des horloges à pendules, la seconde apparue omniprésente avec ce qu’on appela le tic tac des horloges. Il faut aussi admettre que soixante est un chiffre pratique, regardez l’image suivante et essayez de subdiviser les espaces entre les deux chiffres d’heures en autres que cinq divisions, quatre manqueraient de précision et six seraient trop difficile à distinguer.

 

La précision d’une horloge ?

 

Nous allons choisir un peuple nomade de l’Asie Mineure pour illustrer ce que pouvait être les mesures du temps il y a des millénaires. Un historien fouillerait dans les vestiges des grandes civilisations de l’antiquité, nous on va adopter les Hébreux parce que ces derniers ont côtoyé les peuples de l’Asie Mineure depuis la préhistoire jusqu’à aujourd’hui. Pour ne pas se perdre dans l’antiquité, nous allons romancer notre histoire tout en s’en tenant au plausible. Nous allons nous servir d’un personnage biblique pour agrémenter notre histoire à travers le temps.

 

 

Abram, chef d’une tribu d’hébreux, manigançait des rendez-vous avec une Égyptienne nommée Agar. Cette dernière était une servante que sa femme Sara avait ramenée d’Égypte.  Abram lui disait en secret  «rencontre- moi demain près du puits lorsque le soleil sera à sa demie hauteur ». Certains jours, où le ciel était nuageux, Abram ou Agar manquait leurs rendez-vous.

 

Abraham favorisait  les puits comme point de rencontres !

(Poussin peintre)

 

Grand penseur, Abram se disait : «Comment puis-je être à temps alors que je ne sache même pas ce qu’est le temps. »  Au cours de ses conversations quotidiennes avec Yawhe, il lui demanda des trucs pour savoir l’heure. Le « Seigneur » connaissant les intentions d’Abram, ne voulut point s’impliquer. C’est Sara, l’épouse officielle d’Abram, qui lui fournit la solution lors d’une conversation banale. Elle lui dit que le contenu de la jarre d’argile rapportée d’Égypte fuyait et se vidait en 3 jours. À une autre occasion, elle mentionna que les chandelles achetées du Sumérien du coin duraient 2 nuits.

 

 Sara présente  Agar à Abraham

A l’âge de 86 ans, Abraham, de son nouveau nom, savait combien de lignes il devait mettre sur les chandelles et sur les jarres pour être à l’heure ! Sa ponctualité fut récompensée, Agar lui fit un fils qu’ils nommèrent Ismaël.

A l’âge de 175 ans Abraham meurt laissant ses idées aux jeunes hommes de l’époque qui apprirent à être ponctuels; mais à quoi bon « être à l’heure » lorsqu’on est seul à le savoir. Ils durent donner des copies de leurs horloges de cire et de leurs horloges à eau à toutes leurs dulcinées.

La vraie histoire, c’est que les Hébreux, lors de leurs migrations et de leur séjour prolongé en Égypte, ont probablement connu différentes façons de mesurer le temps.  Par la suite, en route vers la Terre Promise, ils échangèrent leurs connaissances avec les peuplades de l’Asie mineure.

 

 

 

bougie graduée

Premiers instruments de mesure du TEMPS

 

 

Les premières tentatives d'enregistrement du temps ont plus que probablement été faites à partir de l'observation des phases lunaires. Depuis toujours la Lune le Soleil et les constellations servirent de calendriers.

Comme mesure du temps, le Soleil joue un rôle évident, simplement par son apparition le matin on par son coucher le soir et par les ombres qu’il projette. Les premières horloges solaires pouvaient être l’ombre d’une simple tige dans le désert ou d’un imposant obélisque dans le pays des pharaons. Il y a 4500 ans les Égyptiens se servaient de l’étoile Sirius pour annoncer la venue des crues du Nil les constellations célestes étaient à la base de leur calendrier.

Au siècle dernier, en 1962, on a découvert des os plats portant des encoches gravées lors de fouilles près du lac Turkana au nord du Kénia. L'interprétation moderne de ces successions d'incisions, et de leurs formes, laisse à penser qu'elles pourraient indiquer le décompte des jours entre les différentes phases de la Lune. La couche d'où est extrait cet os est datée de -8 500. Des ossements encore plus anciens, remontant au paléolithique supérieur (env. -20 000), ont été trouvés en Ukraine et en République Tchèque ; ils portent des encoches taillées selon la même logique.

 

Pour revenir au temps d’Abraham, voyager avec une chandelle allumée ou avec une cruche qui coule n’était pas très pratique.  Des gens plus finauds inventèrent d’autres façons de mesurer le temps : ceux qui vivaient dans le désert remplacèrent l’eau par du sable dans leurs cruches qu’ils nommèrent «sabliers». Ces instruments servent encore aujourd’hui pour mesurer le temps de cuisson de nos œufs à la coq.

 

 

obélisque

 

 

 

Hésiode 800 ans avant J.C. se servait lui aussi des constellations pour déterminer les cycles d’agriculture : « Lorsque les Pléiades, les filles d’Atlas commencent à se lever commencez vos récoltes ; labourez lorsqu’elles descendent ». Les empereurs chinois avaient des sages capables de lire les étoiles et de prédirent le temps des semences du riz, malheur à ceux qui se trompaient, une famine leur valait un bain d’huile bouillante.

Il a fallu des millénaires avant que l’homme invente des instruments capables de mesurer le temps en l’absence du Soleil ou des étoiles. Beaucoup d’inventions peu pratiques basées sur les fluides ou sur le feu n’ont pas survécues longtemps. Un vase d’eau qui se vide dans un autre pouvait servir de mesure du temps mais dans un pays comme le nôtre ou le gel est présent six mois par année ce n’est pas très pratique, pas plus pour les régions désertiques.

 

 

premiers instruments de mesure du temps noté la forme des vases pour un écoulement égal

 

La chandelle graduée ou la lampe à l’huile ont sûrement servies durant des siècles d’instruments de mesure du temps mais voyager avec une chandelle allumé n’était pas très pratique. Comme toujours les ingénieux Chinois avaient une approche différente, à la même époque ils se servaient de bâtons d’encens posés à l’horizontal au-dessus d’un contenant de métal sur lesquels ils suspendaient de petites cloches. Lorsque l’encens avait brûlé jusqu’à la cloche celle-ci tombait dans le support en métal et le bruit indiquait l’heure.

 

 

 

horloge chinoise à base d’encens   

      

lampe à l’huile graduée

 

 

sablier unique

Les sabliers sont probablement les seuls instruments primitifs qui ont survécus jusqu’à nos jours pour mesurer le temps de cuisson et encore là en version électronique. En combinant plusieurs sabliers ont pouvait mesurer des intervalles de temps assez longs mais il fallait des esclaves pour les surveiller et les retourner au moment voulu, de nos jours l’esclave pourrait être dans sa pause-café au moment du changement d’heure et prolonger le temps !.

 

sabliers multiples

 

 

Gnomon

 

Gnomon ce n’est pas le nom d’une espèce de singe : c’est un mot grec qui veut dire indicateur de temps. Ce sont probablement les Sumériens qui mirent sur pied le gnomon, cette sorte de cadran solaire rudimentaire qu’ils séparèrent en 12 parties pour diviser le jour de l’au­rore au crépuscule. Pour ces peuples superstitieux 12 était un chiffre chanceux, les Égyptiens eux aussi divisèrent le ciel en 12 constellations qu’ils nommèrent le “Zodiaque”. Les Anglais ont perpétué cette superstition avec leur choix de mesures de 12. Le gnomon pouvait être une simple tige verticale plantée sur un plan horizontal ou l’ombre imposante d’une pyramide. Il était connu des astrologues ou astronomes égyptiens de l’antiquité. La longueur de l'ombre portée permet de mesurer la hauteur des astres ou l'angle alpha, la direction de l'ombre donne l'azimut. Avec le temps le gnomon s’est amélioré et a pris une forme plus sophistiquée et devint le précurseur des cadrans solaires.

gnomon

 

Cadran solaire

 

 

Le cadran solaire sert à mesurer le temps en repérant, au cours de la journée, la course de l'ombre d'un bâton (le style) sur un plan gradué appelé cadran. Au début le cadran solaire servait lui aussi comme instrument d’études astronomiques donnant la longueur de l'ombre à midi aux jours le plus long et le plus court, l’équinoxe, le solstice et la latitude et l’azimut il fut probablement le précurseur des astrolabes. Le défaut inhérent du cadran solaire était qu’il ne s’ajustait pas facilement aux changements de saisons, il faut admettre que même aujourd’hui les changements de saisons nous causent des problèmes… de changements d’heures !

 

Cadran solaire mural

 

 

Quelques siècles avant Jésus-Christ une ville de l’Asie occidentale nommé Milet devint un centre philosophique et scientifique de la culture grecque. De grands savants y vécurent dont Thalès et ses fameux théorèmes que vous avez appris à l’école secondaire et Anaximandre (611 - 547avant J.C.); ces derniers en plus d’être philosophes et astronomes étaient des inventeurs hors pair. Anaximandre modifia le gnomon et en fit ce qui devint le cadran solaire, on lui attribue l'introduction de son invention en Grèce en plus de la science de la cartographie. Aussi incroyable que cela puisse être, avec des instruments rudimentaires, il détermina l’angle du plan terrestre et marqua les solstices et les équinoxes. Toutefois plusieurs historiens croient que le cadran solaire existait sous différentes formes bien avant l’implication d’Anaximandre. Dans les pays qu’on nomme le Moyen Orient, là où le soleil est omniprésent, il est facile d’imaginer que l’ombre du soleil ait servi d’horloge depuis des millénaires. Anaximandre, cet homme extraordinaire, n’a laissé aucun écrit, ce sont les témoignages de ses disciples qui nous le font connaître, sa contribution à l’élaboration du Cadran Solaire est difficile à démentir; trop de gens témoignent de son génie. Le cadran solaire fut probablement le précurseur des astrolabes.

 

 

cadran solaire plateau

 

 

Clepsydre (horloge à eau)

 

Vers (–300) un Macédonien, nommé Alexandre, patronyme signifiant « protecteur de l'homme », achève de soumettre la Grèce et fait la conquête de l’immense Empire Perse. Mal­gré son apparence de guerrier sanguinaire, il fait la conquête du monde pour le rendre meil­leur.  Probablement parce qu’il fut un disciple d’Aristote, il traîne à sa suite un groupe de scientistes plus ou moins volontaires. Il fonde à travers le monde de nombreuses villes qui seront dotées de centres culturels et de bibliothèques. Alexandre le Grand vulgarisa de nouvelles méthodes pour mesurer le temps que ses savants avaient découvertes au cours de ses conquêtes. Ératosthène un géomètre mesura, tout comme Anaximandre, avec des instruments rudimentaires le méridien terrestre directement relié à l’heure avec une précision étonnante.

 

Clepsydre…..

 

 

Clepsydre

 

 

Ctesibius (285 – 222 avant JC), un autre prestigieux savant d’Alexandrie, construisit une horloge à eau qu’il nomma Clepsydre en souvenir d’une courtisane qui recevait et renvoyait ses admirateurs d’après le temps de son sablier selon les rumeurs de l’époque. Une cruche qui coule n’est pas une clepsydre, pour obtenir une certaine précision il faut que l’eau s’écoule de façon constante. Ctesibius trouva la façon de le faire, par la suite, la précision des Clepsydres ne fut surpassée qu’au dix-septième siècle.

 

Défaillance de la Clepsydre

 

A cette époque de grandes conquêtes, il fallait pouvoir mesurer le temps pour déplacer des armées de milliers d’hommes; les différents instruments du temps pouvaient venir de pays lointains tels que la Chine, l’Égypte ou de l’empire Romain. Les Orientaux avec leurs lointaines connaissances en astronomie n’étaient certainement pas à la traîne des barbares de l’occident avec leurs calendriers et leurs cadrans. Peu avant la naissance du Christ, les horloges à eau apparurent dans toutes les grandes villes du monde. En Chine, un empereur commanda une Clepsydre colossale dont la construction dura des années. Jules César lors des ses conquêtes en Bretagne dû faire face au défaut inhérent des Clepsydres : le gel de l’eau en hiver !

 

Alexandre le Grand

 

 

clepsydre chinois ou horloge à eau

 

 

 

 

Rejoignons Alexandre à Babylone et regardons comment ses citoyens vivaient à cette lointaine époque. Je ne suis pas un historien, mon opinion est simplement hypothétique tout comme mon histoire d’Abraham, mais 12 est un bon chiffre. Divisé le jour et la nuit en 12 parties égales est un nombre pratique. Les Babyloniens vivaient sensiblement de la même façon qu’on vit aujourd’hui. Le boulot durait 8/12e de jour. Les esclaves prenaient 1/12e de jour pour aller et revenir du travail et 1/12e de jour pour les repas, 2/12e de jour pour les activités domestiques et sociales. Même aujourd’hui, la plupart des patrons seraient d’accord avec ces données de 8/12 + 1/12 + 1/12 + 2/12 = 12/12.

 

 

horloge à poids

 

Horloges        (l’heure est incertaine pour tous.)

 

 

horloge astronomique de Prague

 

 

Aussi incroyable que cela peut être, il faut sauter un millénaire avant que l’homme invente un nouvel instrument pour mesurer le temps. Il fallut un miracle ou du moins un pape pour inventer un instrument qu’on nomma hôrologion en grec et qui devint « horloge » en français.

tour d’horloge dendemond

 

Vers l’an 1000 un moine qui devint le pape Sylvestre II (Gerbert) inventa l’horloge à poids, prédécesseur du pendule. Assez précise pour les besoins du temps, l’horloge à poids avait l’avantage de pouvoir fonctionner aussi longtemps que le poids ne touchait pas le sol; d’où l’idée de mettre ces horloges dans les tours ou clochers. En équilibrant le freinage à l’entraînement des roues d’engrenages et par des systèmes de poulies multiples on pouvait avoir un instrument qui donnait l’heure durant des jours. Il y eut d'innombrables réalisations et des progrès très importants au cours du XIIIème et XIVème siècles comme la sonnerie des heures et les carillons programmés à commande par tambour. Des nombreuses horloges publiques et astronomiques firent leurs apparitions souvent avec des automates et scènes animées comme celle de Dondi à Padoue en 1364. Au cours des XVIème et XVIIème siècle, la technique horlogère connut de grands développements d'abord en France, en Italie et en Allemagne. Au moment des guerres de religion, les horlogers protestants français, fuyant les persécutions se réfugièrent à Genève et à Londres où ils fondèrent une puissante industrie horlogère. Certaines de ces horloges du Moyen Age n’avait même pas d’aiguilles elles servaient simplement à sonner une cloche aux heures d’où le nom « clock » en anglais. La plupart des instruments avaient seulement une aiguille celle des heures, mais le temps approchait pour des instruments d’une plus grande précision et d’une plus grande autonomie.

 

 

Venise Le Campanile horloge

 

Pendules

 

 Galilée, lors d’une visite à la cathédrale de Pise en 1583, fut fasciné par le balancement régulier de la lampe du sanctuaire; il venait de découvrir le secret du pendule. L’histoire ressemble à la fameuse pomme de Newton ! Ce qu’on sait pour certain c’est que Galilée fit des expériences sur la gravité et les mouvements bien avant Newton. Lors de ses recherches, il nota que le poids au bas d’une corde n’influençait pas le temps du balancement mais que plus longue était la corde plus le poids se balançait lentement, d’où l’idée du pendule. Il dessina un mécanisme et une roue d’échappement qui gardait le pendule en mouvement. Il laissa même des instructions à ses successeurs comment construire une horloge. Et pourtant, ce n’est que quatorze ans plus tard, en 1656 que l’astronome physicien hollandais Christian Huyghens réalisa la première véritable horloge dite « pendule » ce fut une révolution décisive.

 

 

 

                  

pendule offert à LouisXV 1770

Dès ce moment, l'horloge est devenue un instrument de précision faisant consciemment appel à une loi physique. Et remarquons que les horloges se sont appelées «pendules» du nom de l'organe précis qu'elles contenaient. Un peu comme on dit un transistor pour un radio à transistors.

 

 

 

échappement  pendule

 

 

Chronomètres

 

Pour la navigation en mer les horloges à pendule étaient impraticables, la venue d’horloges capables d’opérées dans un environnement mobile se fait attendre. Ce n’est que vers les années 1675 que l’invention d’une horloge portable capable de fonctionner en mer fit son apparition ; l’instrument était sans pendule et la force motrice était un ressort spiral. C’est à peu près à cette période qu’on ajouta une seconde aiguille aux horloges puisqu’on avait un instrument pouvant donner l’heure aux quarts d’heure près. A Londres vers 1700 un horloger nommé Graham invente un nouveau type d’échappement appelé « à cylindre et à ancre » qui porte son nom et qu’on trouve encore dans les instruments d’aujourd’hui ! À partir d’ici, l’histoire des montres, des chronomètres et des horloges se chevauche.

George Graham

GRAHAM George  (1673-1751)

 

George Graham refusa de breveter son invention afin d’en faire profiter le plus grand nombre. Il aida Halley pour le développement d’instruments scientifiques.

 

 

montre portable

 

 

Montres

 

 Les « montres » firent leurs apparitions avec les pendules mais c’étaient des objets d’attractions pour les rois et les évêques. Leonardo Da Vinci en parle dans ses écrits comme des automates mais ne semble pas associer ces machines à la tenue du temps. Peu à peu ces objets sont copiés et diminués en grosseur et deviennent des marqueurs de temps pour les « night-watch » gardiens de nuit d’Angleterre et pour des réveille-matin.

 

 

 

 

montre à une aiguille

 

 

 

Les montres comme les horloges ont été mises au point par les Huyghens. Le poids moteur est remplacé par un ressort d’acier contrôlé et balancé au lieu de poids ou de ressorts de fer qui donnaient une force erratique.

Mais pour les paysans et le peuple en général rien n’avait changé, dans les villages on tonnait le canon ou on sonnait les cloches pour annoncer midi.  Les nobles en profitaient pour ajuster leurs pendules en levant ou en descendant le poids des balanciers. Les paysans eux se contentaient de réciter l’Angélus. En fait le mot clocca  pour  “clock ” en anglais ou horloge en français signifie cloche en latin et angélus signifie sonnerie de cloche.

L’Angélus      J.F. Millet 1814-1875

À regarder cette magnifique peinture on a l’impression que le temps s’arrête.

 

 

Pour les paysans ce besoin de mesures précises du temps ne se fait pas sentir. Probablement que même aujourd’hui il y a encore beaucoup de gens qui vivent à la campagne qui utilisent simplement le Soleil pour régler leur vie.

chrono de poche

 

 

Mesure du temps et longitude

Maintenant qu’on pouvait rêver d’horloges précises, un nouveau problème advint que l’on nomma la question des longitudes. Villes et villages sonnaient leurs cloches à midi lorsque le soleil passait au méridien, mais comme midi était basé sur l’heure solaire, l’heure changeait d’une ville à l’autre. Comme solution, on pensa aux cycles de la Lune, Galilée ira jusqu’à suggérer de se servir des lunes de Jupiter qu’il venait de découvrir. Les savants des observatoires de Paris et de Greenwich savaient qu’il fallait diviser le globe en longitudes précises et de là en zones d’heures, mais comment faire. Le gouvernement britannique offrit l’équivalent de un million de dollars d’aujourd’hui pour celui qui inventerait un instrument capable de calculer la position des longitudes à un demi degré près. Le but était vraisemblablement d’améliorer la sécurité de la flotte anglaise qui venait de connaître de terribles désastres. Vers 1750 un modeste horloger anglais, John Harrison fabriqua l’instrument en question : un chronomètre capable de positionner un navire avec une précision plus grande que celle spécifiée. Le capitaine Cook, lors de son voyage au Pôle Sud, exulta devant la précision du chronomètre de Harrison qui perdit seulement deux minutes après un an en mer. Malgré ce succès, Harrison dut se battre durant des années pour toucher la récompense promise.

chronomètre de Harrison

 

Alors que les scientifiques croyaient pouvoir établir des longitudes précises autour de la Terre, les politiciens voulurent décider d’où le premier méridien partirait, où passerait la longitude zéro ? Naturellement les Français et les Anglais se battirent pour que ce soit chez eux, les ecclésiastiques se mêlèrent aux discussions pour qu’on considère Jérusalem comme point de départ, on suggéra aussi les grandes Pyramides d’Égypte. Les pays colonisateurs du temps cachaient les progrès que ces instruments apportèrent, d’autant plus qu’un scientiste français nommé Leroy avait fabriqué en 1765 un chronomètre plus précis que celui de Harrison, tout ce beau monde tirait la couverture chacun de leur côté.

Les progrès dans les mécanismes horlogers permirent de grandes réalisations dans le domaine de l’automatisme industriel, précurseurs de l’informatique d’aujourd’hui ; les métiers à tisser programmable firent leurs apparitions vers la fin du 18ième siècle (Joseph-Marie Jacquard).

 

 

 

métier Jacquard au Musée des arts et métiers Paris

 

 

Finalement, cette guerre elle aussi dura cent ans et ce n’est qu’en 1884 que des délégués de 26 pays, scientistes pour la plupart se réunirent à Washington D.C. pour choisir le lieu idéal pour le méridien zéro : Greenwich fut choisi, en fait c’est l’Angleterre, la reine des mers, qui fut choisi parce que la flotte anglaise possédait déjà plus de cartes marines que tous les autres pays réunis et il était important de choisir un endroit dont on connaissait la position précise.

laser du méridien zero Greenwich qui traverse le ciel de Londres

 

Malgré toutes ces ententes, les curés des villages continuèrent à sonner leurs cloches au midi du Soleil de chez eux. Il fallut la venue des machines à vapeur et les possibilités de voyager rapidement avant que le peuple s’implique dans le choix qui s’imposait : les zones d’heures. Imaginez la confusion qui existait pour les horaires des trains, on publiait dans les grands journaux américains la cédule des départs et arrivées des trains, disons de New York à destination d’autres grandes villes. Comme l’heure pouvait varier de quelques minutes d’une ville à l’autre c’était un vrai casse-tête pour les conducteurs de train et pour les passagers de savoir à quelle heure locale ces départs ou arrivées correspondaient. C’est probablement à la suite de cette problématique que les compagnies de chemin de fer dotèrent leurs conducteurs de montres de poche précises. Finalement en 1883, les États américains décidèrent de diviser leurs territoires en zones horaires, un ingénieur arpenteur canadien Sir Sandford Fleming  (1827-1915)  joua un rôle important dans la mise en œuvre des zones horaires. Les autres pays industrialisés du monde suivirent rapidement l’exemple Nord Américain.

 

fuseaux horaires canada

 

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