Les Chroniques Maritimes du Bas St-laurent.

La Gazette de Quebec #5056 07/02/1837 Page 1, Col. 1B.
 
    Une entreprise vraiment patriotique est celle de l'exploitation, par une compagnie ou association des pêches du golfe Saint-Laurent. Malgré le désavantage de ne pouvoir pas aller à terre pour sécher le poisson, privilége réservé par les traités aux sujets de la Grande-Bretagne, des milliers de bâtiments pêcheurs des Etats-Unis viennent tous les étés enlever sous nos yeux des trésors incalculables que la nature a mis à notre disposition, mais dont nous paraissons ignorer le prix. Les Américains ne sont pas les seuls étrangers qui profitent de notre apathie. Les produits de la pêche du golfe, importés en France, des ilots de Saint-Pierre et Miquelon, dans le cours d'un seul été, figurent pour sept millions de francs dans les tableaux officiels du commerce français.
    Ici comme dans les Etats-Unis, un grand nombre de navigateurs riverains et côtiers ont été privés de leur moyen de subsistance accoutumé par l'introduction de la navigation à la vapeur. Ceux des Etats-Unis ont trouvé dans la pêche un emploi peut-être plus avantageux; mais les nôtres, que sont-ils devenu? Et les habitants des côtes vers l'embouchure du fleuve, qui s'obstinent à demander leur subsistance à la terre qui s'obstine à la leur refuser; ces habitants, au lieu d'accuser le sol ou le climat, et de murmurer contre une sage et bénigne Providence qui a placé de tel trésors à leur porte, ne devraient-ils pas plutôt voir dans ce refus obstiné un avertissement de cette Providence qui les accuse eux- mêmes de contrarier ses vues bienfesantes? Ce n'est pas sans dessein qu'elle a placé, dans l'un et l'autre hémisphère, les pêches les plus abondantes sur les côtes les plus stériles.
    Le Canadien fait les observations suivantes sur le projet dont il s'agit:
    "Quel est l'homme, le Canadien surtout, qui n'ait été douloureusement affecté de voir les pêches du golfe St-Laurent, ces mines inépuisables, bien autrement avantageuses sous tous les rapports que les mines d'or du Pérou; de voir, disons-nous, ces mines exploitées uniquement par des étrangers, et les richesses annuelles qu'on en retire aller grossir les flots de la circulation étrangère, et nous laisser nous, dans l'épuisement, nous les maîtres et les possesseurs de ces trésors, nous qui n'avons presque qu'à nous baisser pour les recueillir. Avant la cession, en le sait, on avait imprimé à l'esprit de nos ancêtres une direction toute guerrière et agricole. Ce n'est que depuis la cession du pays qu'on s'est occupé ici d'exploiter les autres ressources du pays, de donner enfin à la société une direction industrielle et commerciale. Dans ce changement de scène les Canadiens se sont trouvés avec des acteurs d'abord plus exercés qu'eux aux nouveaux rôles qui allaient se jouer, et outre cela ils manquaient de capitaux, instrument indispensable dans toutes les grandes entreprises. Mais l'économie, l'exercice de talents supérieurs, et la constance ont crée un certain nombre de petits capitalistes dans le pays, et voilé la temps où les Canadiens vont être en mesure de s'intéresser dans les grandes entreprises. Nous disons de s'intéresser, car il n'y a pas encore assez de capitalistes pour cette sorte d'entreprise; mais nous avons le moyen de l'association, moyen puissant qui a fait l'Angleterre et les Etats-Unis ce qu'ils sont aujourd'hui. Cent, deux cents, trois cents petits capitalistes font en s'associant ce qu'un, deux ou trois individus ne sauraient même penser à faire, et ainsi s'ouvrent et coulent dans un pays des sources de richesse, qui sans cela seraient restées fermées pour lui. C'est avec ce moyen en vue que l'on se propose sous peu de jours d'appeler l'attention publique à une grande entreprise d'exploitation, que quelques alusions qui précédent ont déjà fait deviner. Dans quelques jours donc, comme nous le tenons de bonne source, il va être question d'établir un association ou compagnie pour faire en grand la pêche du golfe. M. Buteau, qui est aujourd'hui à la tête du commerce de poisson sur ce marché, et qui a lui-même des établissements de pêche considérables dans le golfe, offre de prendre un grand intérêt dans cette entreprise vraiment nationale. L'expérience et le jugement sûr de cet habile négociant sont une garantie de succès pour une telle entreprise. Espérons donc que tous ceux qui ont à coeur l'intérêt du pays comme le leur propre, s'empresseront de seconder autant qu'il sera en eux un projet qui peut avoir une influence incalculable sur les destinées du Bas-Canada. Car ce n'est pas seulement une entreprise profitable sous le rapport pécuniaire que l'on va proposer, mais c'est une entreprise du sien de laquelle surgira pour nous une marine: notre golfe deviendra pour nous une pépinière de marins, que nous apporteront les produits de toutes des parties du monde en échange des nôtres, et qui au besoin sauront faire respecter notre drapeau, s'il entre dans les vues de la providence que nous ayons un jour un drapeau à nous."
    Ce jour-là est probablement un peu éloigné; mais en attendant mieux, servons-nous sans rougir du pavillon britannique. Il est vrai que nous le possédons en commun avec d'autres peuples; mais pour n'être pas exclusivement à nous, il n'en est peut-être pas moins respectable; et, ce qui est bien quelque chose dans la disette de capitaux où nous nous trouvons, nos vaisseaux pourront, sous sa protection, voguer en sûreté sur toutes les mer sans qu'il nous en coûte un sou pour le faire respecter.
    Il est une autre chose dont le besoin se fera sentir peut-être avant celui d'un drapeau, si nous voulons créer une marine canadienne. Y a-t-il dans le pays une seule école française où l'on enseigne les premiers principes de la navigation? En Angleterre et dans les Etats-Unis, c'est une des premières choses que l'on enseigne après la lecture, l'écriture et l'arithmétique.
 
 

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G.R. Bossé©2000-07. Créé:
5 août, 2000.
Mise-à-jour:
18 fev. 2007.


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