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| ENTREVUE #2 |
| 1992
LA
DÉPÊCHE,
Vol.
3, No 11, L'IMAGINAIRE
DE MARC PAGEAU, entrevue réalisée par Richard GENDRON et Bernard DUBOIS, janvier, pages 6 et 7. |
| L'IMAGINAIRE DE MARC PAGEAU Entrevue réalisée à Québec le 1er juin 1991 par B. DUBOIS et R. GENDRON, mise en forme par R. GENDRON. Marc PAGEAU, auteur de la région de Québec, vient enfin de remporter le premier prix au concours de SOLARIS, après quatre tentatives répétées au fil des ans. PAGEAU est surtout connu pour ses collaborations aux journaux, fanzines, et revues MATRICULE, ENFIN BREF, ZEPPELIN et IMAGINE. L'album JACQUE TIROIR, en préparation depuis 1987, a finalement vu le jour à la fin de 1991. Année importante donc pour ce jeune émule de MOEBIUS, qui nous fait le serment «Côté BD, cette année, ça passe ou ça casse!». LA DÉPÊCHE : Félicitations pour ton premier prix au concours SOLARIS 1991. Tes efforts répétés semblent enfin avoir été couronnés de succès. MP : Je suis toujours arrivé troisième lors des concours SOLARIS, car il y avait toujours deux ex aequo en première place! C'est arrivé deux fois. C'est comme lors du concours de scénario de SOLARIS en 1986, alors que je terminais troisième ( cette BD, DÉPOLLUTION, a été publiée dans le No 87 spécial 15e anniversaire de SOLARIS. Ça, c'est la première fois que je gagnais quelque chose. Ça m'avait donné un album de BD en prime!
JACQUE TIROIR, c'est une histoire qui date de 1987. J'ai commencé ça avec Benoît (JOLY). Il avait fait le scénario pour quelqu'un d'autre, mais il a préféré me le donner à moi. Le projet m'a emballé dès le départ. Initialement, ça devait être de 10 à 12 pages. Mais comme je trouvais l'histoire tellement bonne en faisant le découpage, je me suis aperçu qu'il y avait de la matière pour 20-25 pages. Et puis, je me suis dit : «Tant qu' à faire autant de pages, pourquoi pas en faire un album?». J'ai demandé à Benoît de réintroduire une autre partie dans l'histoire. Je me suis rendu à 46 pages pour faire un album standard à présenter aux maisons d'édition. J'ai commencé à le dessiner à l'époque de l'université (fin 1987). Pendant un voyage à Angoulême (janvier-février 1988), j'ai commencé à montrer les 5-6 premières planches aux éditions GLÉNAT, en passant. Là, on m'a dit qu'il n'y avait pas assez de texte, pas assez de cases par pages, des «niaiseries» comme ça! J'ai quand même continué sur ma lancée. Et en revenant d'Angoulême, je me suis embarqué dans un projet «Jeunes Volontaires» pour me donner la possibilité de faire l'album au complet. J'avais dessiné environ 35 planches, le reste était sous la forme de croquis pour montrer la finale, et j'ai été voir les éditeurs européens avec ça en mars 1989. J'avais aussi d'autres projets, étant donné que la BD européenne était revenue à un schéma très très classique. Comme l'histoire de JACQUE TIROIR n'entrait pas dans ce schéma, j'avais décidé d'emmener d'autres projets, toutes sortes de trucs. Je suis retourné voir GLÉNAT, LES HUMANOÏDES ASSOCIÉS, et tout ça, puis je me suis fait sortir, ah,ah,ah...! On me parlait de l'encrage qui était déficient... Même François SCHUITEN qui a regardé ça m'a dit qu'il fallait que je retravaille l'encrage. Il trouvait que ça faisait figé, que ce n'était pas un encrage propre. On me disait aussi que ça faisait trop illustration, pas assez BD. J'ai alors tout chambardé ma méthode d'encrage : j'utilise encore la plume traditionnelle pour certains endroits, notamment les avant-plans, mais pour tout ce qui est arrière-plans, j'utilise la plume technique. Ça me donne une ligne beaucoup plus vivante, beaucoup plus forte, plus BD. C'est donc pour ça que j'ai recommencé l'encrage de JACQUE TIROIR au complet et en changeant le découpage si nécessaire. SCHUITEN m'avait aussi parlé de ma narration, il disait que ça faisait «naïf». «Il ne faut pas que ça soit construit n'importe comment». C'est maintenant mieux compris, mieux raconté. Je suis plus en possession de mes moyens sur cette nouvelle version. Il y a cependant quelques pages qui n'ont pas du tout changé.
LA DÉPÊCHE : Projet suivant : AIMEZ-MOI LES UNES LES AUTRES. MP : J'ai décidé de reprendre un ancien personnage, Simon Simoneau, créé pour la série des RÉFLEXIONS ESTUDIANTINES qui est parue dans la revue étudiante de l'université Laval MATRICULE entre 1985 et 1987. À l'époque, je faisais une page par numéro. J'ai donc fait 27 planches pendant deux ans. J'avais mis ce personnage en veilleuse. Là, j'ai eu une idée que je crois assez bien pour un album qui s'intitulerait AIMEZ-MOI LES UNES LES AUTRES. C'est sur un thème qui est très contemporain : au niveau des 25 à 35 ans, il y a beaucoup de célibataires. Il y a certainement un manque de communication quelque part. Il y a 2 millions de célibataires au Québec, c'est beaucoup! L'histoire veut parler un peu de ça, puis de Dieu aussi. Ce projet d'album est divisé en 10 chapitres, chaque chapitre sera un avatar des 10 commandements de Dieu, dont le commandement principal «Aimez-vous les uns les autres» servira pour le titre de l'album. Le personnage devise avec sa conscience. Et la conscience se pose la question : Dieu existe ou n'existe pas?... J'ai commencé ça au mois de mars. L'idée principale, c'est que le personnage se réveille à 33 ans (l'âge du Christ) encore puceau. LA DÉPÊCHE : D'autres projet pour l'immédiat? MP : Cet été, je voudrais travailler sur la bande dessinée LE COULOIR. C'est un nouvel album que je vais commencer, puis je veux dessiner ça sur du papier gris, en couleurs directes. Hal Halône, c'est le héros du Couloir. Le principe de base de la série, c'est que ce personnage a été condamné à vie à errer dans le Couloir qui est un long tunnel qui se promène sous terre. Il va d' aventures en mésaventures, cherchant la mythique sortie, improbable. C'est une métaphore de notre société : le tunnel sans lumIère au bout. |
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Marc Pageau
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