Deuxième partie :
Les analyses de correspondances
épistolaires ont beau jouir d’un grand intérêt, les chercheurs ont tendance à
considérer la lettre comme un genre à partir du XVIIe siècle
seulement, laissant la matière épistolaire antérieure aux bons soins des
paléographes. De plus, l’historiographie peine à entrevoir ce genre autrement
que sous l’angle factuel, voire anecdotique. Cependant quelques-uns
entreprennent de cerner le sujet autrement, comme Christine Planté qui propose
plusieurs études réunies dans L’épistolaire,
un genre féminin ?[1].
Toutefois le champ de ses analyses ne remonte pas encore au XVIe
siècle. De plus, la lettre y est considérée comme un genre littéraire dont la
valeur intime n’est qu’un moment précurseur à son dévoilement public.
Certes la publication des lettres de
Catherine de Médicis, Henri III et Henri IV, marque une étape importante dans
la perception de la lettre. Marguerite de France, la ‘reine Margot’ n’a
cependant pas fait l’objet de publication raisonnée et complète, alors qu’elle
demeure un cas d’étude depuis longtemps. Quant à Louise de Lorraine, la
publication d’une partie de sa correspondance, effectuée en 1943 par Michel
François, n’a pas connu d’audience particulière du fait des circonstances
affectant l’époque et reste aujourd’hui encore difficilement repérable[2].
La première approche de la correspondance
de cette reine consiste à répertorier, rassembler ces lettres car les
collections manuscrites de la Bibliothèque Nationale ne retiennent pas toujours
comme critère le nom de Louise de Lorraine dans leur classement : c’est
pourquoi les côtes consultées sont assez nombreuses au regard du résultat
obtenu – 62 lettres envoyées, 37 reçues –
reflet de lacunes assurément majeures. L’ensemble de sa correspondance
avec Henri III (hormis une lettre), Catherine de Médicis, Marguerite de
Lorraine, le duc et la duchesse de Mercoeur (excepté une lettre là aussi), a
disparu, sans doute détruite par la reine elle-même, ou par ses proches après
son décès. D’un point de vue quantitatif, afin d’avoir une idée de l’importance
de la lettre comme matière du quotidien, nous renvoyons à l’étude de Ji-Heon
Suh sur Anne d’Este.
Louise de Lorraine aimait-elle
écrire ? Une lettre, adressée à Bernard du Haillan, datée du 14 février
1592 semble indiquer une certaine prédilection pour l’écriture :
« Je vous sçay bon gré de la sovenance que vous avez eue de la
promesse que vous m’avez faicte de m’escrire, et ay quelquefois pensé que
quelque grand empeschement ou maladie vous en avoit retardé car je ne pourrois
croire que aultre chose en peust estre cause »[3].
Anne d’Este, duchesse de Nemours |
1576 -1589 |
17 |
|
Henri IV |
1589 -1600 |
7 |
|
Jacques de Savoie, duc de
Nemours |
1580 - ? |
4 |
|
Parlement de Dijon |
1581 -1583 |
4 |
|
François, cardinal de Joyeuse |
1594 -1595 |
3 |
|
Louis d’Abain, ambassadeur à
Rome |
1580 |
2 |
|
Louis de Gonzague, duc de
Nevers |
1589 –1591 |
2 |
|
Bernard de Girard, sieur du
Haillan |
1592 -1595 |
2 |
|
Henriette de Clèves, duchesse
de Clèves |
1593 -1595 |
2 |
|
Henri de Montmorency,
connétable de France |
1595 -1596 |
2 |
|
Diane de Lorraine, duchesse
de Brunswick |
? |
2 |
|
François de Médicis, grand
duc de Toscane |
1576 |
1 |
|
Jeanne d’Autriche, grande
duchesse de Toscane |
1576 |
1 |
|
Elizabeth 1ère,
reine d’Angleterre |
1578 |
1 |
|
Jacques Stuart, roi d’Ecosse |
1584 |
1 |
|
Pierre Brulart, secrétaire
d’Etat |
1586 |
1 |
|
Pomponne de Bellièvre,
secrétaire d’Etat |
1587 |
1 |
|
Anne de Laval, duchesse de La
Trémoïlle |
1588 |
1 |
|
Jacques de Montmorin, écuyer
de la reine |
1589 |
1 |
|
Philippe Emmanuel de
Lorraine, duc de Mercœur |
1589 |
1 |
|
Philippe II, roi d’Espagne |
? |
1 |
|
Parlement (de Tours) |
1592 |
1 |
|
Conseil d’Etat (Schomberg,
Bellièvre, Sancy & Revol) |
1593 |
1 |
|
Philippe de Mornay, sieur du
Plessis |
1595 |
1 |
|
Diane de France, duchesse
d’Angoulême |
1596 |
1 |
|
Guillaume de L’Aubespine,
chancelier de la reine |
1598 |
1 |
|
Arnaud d’Ossat |
1590 -1600 |
26 |
|
Sixte Quint |
1588 -1589 |
2 |
|
Henri IV |
1589 -1595 |
2 |
|
Henri III |
1589 |
1 |
|
Jacques de Montmorin |
1589 |
1 |
|
La Guesle |
1590 |
1 |
|
Grégoire XIV |
1591 |
1 |
|
Clément VIII |
1592 |
1 |
|
Felippo Barelli |
1599 |
1 |
|
Pomponne de Bellièvre |
1599 |
1 |
Les lettre autographes ne sont pas la
règle chez Louise de Lorraine : à l’exception des lettres envoyées à la même
Anne d’Este, les secrétaires prennent en charge la rédaction. Cette tendance se
vérifie après 1589, lorsque, devenue veuve, les maladies la fatiguent et
l’empêchent d’écrire correctement. Cependant, si l’affaire est d’importance ou
le destinataire influent, elle tâche d’écrire de sa main. Ainsi, proche de la
dernière extrémité, elle voulut écrire une ultime lettre à son frère le duc de
Mercoeur : mais ses forces ne lui permirent pas de tenir la plume… La graphie
de Louise de Lorraine se reconnaît à la verticalité et à la grosseur de ses
caractères, beaucoup plus affirmés et maladroits que ceux de ses secrétaires :
ce qui dénote une pratique moindre de l’écriture. Son orthographe est certes
fantaisiste, mais ce trait est commun à bien des personnes alors, puisque les
règles d’orthographe et de grammaire du français ne sont pas encore fixées. De plus,
les ouvrages dévolus à l’art d’écrire restent peu diffusés ; cependant les
érudits s’y intéressent de plus en plus. Estienne du Tronchet publie en 1572
des Finances et trésor de la plume
françoise, contenant diverses lettres missives, Jacques de La Rue en 1578
son Premier livre de la bonne écriture
françoise contenant une instruction à la jeunesse par quatrains et distiques
moraux, etc[4]. En
fait, cette science de l’écriture s’inscrit dans l’imitation des usages
italiens, auxquels la reine ne souscrit guère, hors de la cour.
Toutefois, Michel François assure que
“l’écriture de Louise est élégante; c’est une cursive longue, rapide,
aux formes déroutantes souvent, dont l’orthographe fantaisiste vient encore
accroître la difficulté, formes et orthographes qui rappellent d’ailleurs
étonnamment la graphie de Henri III ; car, comme il advient lorsqu’on admire,
la jeune reine avait imité l’écriture de son royal époux. Quant à
l’orthographe, elle est le plus souvent phonétique et les philologues retiendront
la graphie ere constante pour
l’infinitif des verbes de la première conjugaison qui atteste que la reine
faisait encore fortement sonner l’r
final de ces verbes”[5].
Le
pastiche graphique évoqué ne mérite peut être pas son attribution à l’amour
porté à son époux : en effet “la jeune reine”, considérant l’éloquence et
le style d’Henri III, formé par de grands esprits, peut l’avoir considéré comme
un modèle d’écriture dans une perspective plus objective…
21. La
nécessaire présence d’une reine ?
La
correspondance de Louise de Lorraine recouvre toujours, même dans ses lettres
les plus privées, une orientation politique : la distinction entre la vie
officielle, et l’intime n’est guère de mise dans le quotidien d’une reine de
France. Pour autant, l’implication de la reine dans le domaine du politique
demeure t-elle seulement formelle, ‘sur le papier’, ou est-elle plus directe ?
211. La part du politique : une
expression de la ‘triade’ royale ?
Jacqueline Boucher rompt des lieux communs
– montrant la reine vivant continuellement en dehors de la cour – réitérés depuis deux siècles, lorsqu’elle
rappelle sa participation à plusieurs Conseils d’Etat au moins en 1576, 1577 et
1586, et lorsqu’elle montre Catherine de Médicis sollicitant le gouvernement
d’Ile-de-France pour elle-même ou bien pour sa bru[6]. Aussi
n’est-il pas étonnant de rencontrer au gré des lettres de cette dernière deux
secrétaires d’Etat, membres du Conseil du roi, Pierre Brulart et Pomponne de
Bellièvre. La missive envoyée à ce dernier le 21 novembre de Paris rend
d’ailleurs compte de la collaboration de la reine régnante aux affaires d’Etat.
En effet, Bellièvre est parti depuis quatre mois en compagnie de Jean de
Lenoncourt, agent diplomatique du duc de Lorraine Charles III, afin d’obtenir
de ce dernier qu’il se garde d’intervenir en France sous prétexte d’y
poursuivre les reîtres du baron de Dohna venant au secours des huguenots.
« Des puis vostre partement et celuy de Lenoncour j’ay resu un
laittre du roy quy me mande le deplaisire qu’il resans ne voir Monsieur de
Lorraine se conformere à sa voullonté et infinis propos sur ce suget. J’ay
panssé donc escrire à Monsieur de Lorraine que cela pourat tousjours servir à
vostre negociation. Vous luy donnerés de
ma part et representerés l’extreme paine an coy je suis de cet desunions de
voullonté anttre le roy et luy… »[7].
Certes, l’intercession
de la reine prend place dans le cadre de sa parenté, domaine où elle a quelque
influence, mais cette immixtion demeure remarquable car elle est encouragée par
le roi lui-même qui apparaît à la source de l’intervention de sa femme :
il lui reconnaît donc pleinement la possibilité d’user du pouvoir. Et dès le 30
novembre, Charles III décida de s’abstenir de toute intervention.
Toutefois, la plupart des missives
concernent des princes étrangers. En effet les relations diplomatiques entre
Etats imposent des relations épistolaires suivies entre les souverains, et la
plupart du temps, leurs ambassadeurs profitent des audiences pour transmettre
ces missives et, le cas échéant, les compléter de vive voix. Cette poste
diplomatique a ses propres règles : les lettres des ambassadeurs – privées
et secrètes – sont souvent écrites avec des chiffres codés, tandis que celles
des souverains ou de leurs représentants – officielles – ne nécessitent pas de
décodage, et contiennent des informations plus officielles et publiques. Cet
échange fonctionne d’abord selon un mode phatique, et par la suite peut revêtir
un objet politique ou personnel. Ce type de correspondance impliquait souvent
tous les membres de la famille royale stricto sensu, donc entre 1575 et 1589,
Henri III, Catherine de Médicis et Louise de Lorraine. Aussi est-il possible de
retrouver des lettres quasiment identiques adressées à divers souverains,
notamment lors de la réception d’ambassadeurs, afin de manifester clairement la
politique royale. Ce fait se vérifie tout particulièrement dans les lettres que
la reine régnante adressa à François de Médicis, Jeanne d’Autriche, Elizabeth
d’Angleterre et Jacques Stuart.
Les bonnes relations du royaume de France
avec les grands ducs de la Toscane transparaissent dans les lettres au couple
grand ducal :
« la singuliere affection et bonne
volonté que vous portez à ceste couronne, dont je ne veulx aucunement oublier
de vous remercier, et de vous prier affectueusement croire que tant pour la
parfaicte amitié que je desire vous continuer… et… je tiendrai tousjours
tout ce qui viendra de vostre part à singuliere recommandation »[8].
« il n’a pas oublyé de me faire bien particulierement entendre la
bonne affection que vous me portez. Laquelle je m’asseure vous serez contente
de me continuer, vous aymant et honorant comme je fais et n’estimant rien à
plus grand plaisir et contentement que d’entendre de votre santé les bonnes
nouvelles, lesquelles je vous prie toujours me departir »[9].
Au-delà de l’expression d’une certaine
compréhension féminine dans le dernier extrait, le ton des missives met en
évidence le lien politique comme un lien personnel et familial entre les Valois
et les Médicis : cette parenté officielle des souverains trouve dans ce
cas une utilité particulière puisque le pouvoir des grands ducs de Toscane
après 1537 ne bénéficiait plus de la ‘légitimité’ de la première branche des
Médicis, victime des trois ‘cacciata dei Medici’ et
d’une absence de postérité.
Pour ce qui est du roi d’Ecosse, la
missive rend compte de la réception de Georges Seton, nommé ambassadeur en France en avril 1583, et qui avait eu
auparavant la confiance de Marie Stuart : sa venue s’inscrivait par
conséquent dans la continuation des bonnes relations entre les deux royaumes.
C’est pourquoi la reine rappelle, le 28 juin 1584, que le roi
« luy a faict la meilleure reponce qu’il luy a esté possible selon
qu’il convient à l’ancienne amitié, alliance et confederation, qui est entre
vous, vos royaumes, pays et subjets… »[10].
Michel
François précise avec raison que cette lettre ne s’entend que si elle est
comprise dans un ensemble de lettres écrites par Catherine de Médicis le 18
juin et Henri III le 27 juin, ce dernier exhortant la noblesse d’Ecosse et son
roi à œuvrer en faveur de la pacification de leur royaume[11].
La contingence des archives montre Louise
de Lorraine écrivant à la Reine d’Angleterre le 8 juin 1578. Les premières
lignes concernent toujours un ambassadeur, le sieur de Stafford. Cependant, le
caractère politique y transparaît encore plus nettement puisqu’elle s’attarde
sur les visées de duc d’Anjou sur les Flandres, exposant la version officielle
– celle du roi – à l’égard d’une telle entreprise :
« vous asseurant que si vous n’approuvez la deliberation que l’on
dit que nostre cher et tres amé frere le duc d’Anjou demonstre avoir du costé
de Flandre, … moins encore que le roy, nostre tres cher seigneur, et nous… pour ne desirer rien
d’advantage que de demeurer en bonne paix, amitié et voisinage avec les
Princes… »[12].
Et
certes un passage des Mémoires de
Marguerite de France concernant l’an 1578 confirment ces dires :
« le roi soudain, prenant sa robe de
nuit, s’en alla trouver la reine ma mère, tout ému, comme en une alarme
publique où l’ennemi eût été à la porte, lui disant : ‘Comment, madame,
que pensez-vous m’avoir demandé de laisser aller mon frère ? Ne voyez-vous
pas, s’il s’en va, le danger où vous mettez mon Etat ? Sans doute sous
cette chasse il y a quelque dangereuse entreprise »[13].
La
position de la reine régnante à cet endroit n’est pas sans ambiguïté :
l’année précédente – en 1577 – des proches de sa maison ont accompagné sa belle
sœur dans son périple à travers la Flandre, vers les eaux de Spa. Parmi la
suite de Marguerite de Valois se trouvaient Philippe de Lenoncourt, dont
plusieurs sœurs ou nièces étaient attachées au service de la reine, Philippe de
Montespedon – princesse de La Roche sur Yon –, Hélène Comnène – castellane de
Milan – toutes deux dames de Louise de
Lorraine ; et surtout, celui qui allait devenir en 1585 le beau-père
d’Henri de Lorraine, comte de Chaligny, frère cadet de la reine[14].
Le récit de la reine de Navarre ne dit mot – à première vue – sur un éventuel
soutien de la reine régnante à l’entreprise. Cette dernière y avait pourtant
quelque intérêt : par sa mère, elle est issue des Egmont, catholiques en
butte à l’autorité de Philippe II. Jacqueline Boucher note cette filiation et
son dévouement pour ses cousins[15],
mais ne pousse pas son analyse jusqu’au voyage de 1577, lequel marquerait ainsi
l’alliance opportune de deux reines que l’on oppose un peu trop aisément.
Pourtant, ces mêmes Mémoires
contiennent vraisemblablement la preuve de cette communauté d’intérêts :
en effet, Marguerite indique qu’elle demande à « la reine[16] »
l’autorisation d’aller à Spa prendre les eaux. Il est remarquable que les
éditions que nous avons consultées ne relèvent pas cette absence de
caractérisation de la reine. Celle-ci est assimilée à Catherine de Médicis
alors que, s’adressant à cette dernière, la reine de Navarre ne manque jamais
tout au long de son récit de l’identifier clairement comme « la reine ma
mère ». Dans ces conditions, rien ne prouve que le récit concerne
réellement Catherine de Médicis : Louise de Lorraine nous semble une
interlocutrice beaucoup plus crédible du fait de son implication dans les
affaires de Flandre. De plus, le ton du dialogue ne ressemble guère à celui que
Marguerite et sa mère utilisent lorsqu’elles conversent en privé au fil des Mémoires.
« Le lendemain je trouvai la
reine seule, et lui représentai le mal et déplaisir que ce m’était de voir
le roi mon mari en guerre contre le roi, et de me voir éloignée de lui ;
que, pendant que cette guerre durerait, il ne m’était honorable ni bienséant de
demeurer à la cour, (…) que je la suppliais de trouver bon que je m’éloignasse
de la cour ; qu’il y avait quelque temps que les médecins m’avaient ordonné les eaux de Spa pour l’érésipèle que
j’avais au bras, à quoi depuis si longtemps j’étais sujette ; que la
saison à cette heure y étant propre, il me semblait que si elle le trouvait
bon, que ce voyage était bien à propos pou m’éloigner en cette saison
(…) ; que j’espérai qu’elle, par sa prudence, disposerait les choses avec
le temps de telle façon, que le roi mon mari obtiendrait une paix du roi, et
rentrerait en sa bonne grâce ; (…) et qu’en ce voyage de Spa, Mme la
princesse de La Roche-sur-Yon, qui était là présente, me faisait cet honneur de
m’accompagner. Elle approuva cette condition, et me dit qu’elle était fort aise
que j’eusse pris cet avis (…) ; mais qu’entre tout cela, ce qui lui
travaillait le plus l’esprit, était de voir ce que je lui représentais, que je
ne pouvais éviter, demeurant à la cour, l’un de ces deux malheurs : ou
bien que le roi mon mari ne l’aurait agréable et s’en prendrait à moi, ou que
le roi entrerait en défiance de moi, (…) ; qu’elle persuaderait le roi de
trouver bon ce voyage. Ce qu’elle fit (…)[17].
Le discours accentue cette interprétation
et sa tonalité implicite engendre une complicité entre les protagonistes qui
s’accordent sur une affaire où il importe qu’aucune n’étale ses visées
profondes. La ‘prudence’ est habilement invoquée, et se confond avec la ruse,
ou plutôt le prétexte – en soi assez médiocre mais révélatrice de cette
‘diplomatie des humeurs et du malaise’. Les desseins de la reine régnante et
des « médecins », c’est à dire le duc d’Anjou, sont assez importants
pour les réunir, la première souhaitant la réhabilitation de ses cousins que le
second pourrait favoriser au cas où il évincerait les Espagnols de la Flandre
catholique, en accord avec le prince d’Orange. Enfin, la participation de la
princesse de La Roche-sur-Yon, dont Marguerite de Valois assure que la reine
« approuva cette condition », réalise le lien entre les reines et
symboliserait le concours de Louise de Lorraine au voyage.
Cette inclinaison pour les affaires de
Flandres expliquerait alors les attentions du duc d’Anjou à son égard vers 1578
– 1579. Ainsi début janvier 1579, celui-ci lui envoya à titre d’étrennes un
collier d’or et de verreries valant 5000 écus (15000 livres) : échange de
bons procédés ?[18]
212. Un terrain de prédilection : Rome
?
Au moins autant pour la promotion des
siens, les affaires du royaume qu’en raison de sa piété personnelle, Louise de
Lorraine eut tôt recours au Saint Siège. En introduction aux quelques lettres
sur ce sujet, il convient de considérer les remarques des nonces sur la reine
régnante : ainsi le 28 février 1581 le nonce Castelli note qu’un prédicateur,
dans son sermon sur la confession et l’absolution prononcé devant Louise de
Lorraine, fait allusion à la bulle In
Coelo Domini, source de tensions entre le roi et le Saint Siège. A travers
la reine, le prédicateur entendait toucher le roi lui-même : celle-ci, en
plus d’être une chrétienne reconnue, est d’abord un objet politique que le
nonce apostolique ne saurait éluder.
Car si son éthique religieuse se manifeste
par des marques de dévotion envers la personne du pape, la plupart de ses
lettres, comme les réponses pontificales – sous forme de brefs – concernent des
affaires propres à l’Eglise. Ainsi, du côté romain, Grégoire XIII lui fait
remettre le 20 octobre 1578 plusieurs chapelets chargés d’indulgences[19].
Et ses successeurs font de même, lui adressant des brefs ou bien pour
introduire les nonces à la cour, ou bien pour quelque nomination sollicitée par
elle, comme l’élévation de Charles de Vaudémont – frère cadet de la reine – au
cardinalat le 21 février 1578, et la même disposition pour l’évêque de
Brive :
« A notre très chère fille, salut dans le Christ et apostolique
bénédiction. En vertu de la multitude et de l’importance des raisons de créer
un cardinal en faveur de la sainte Eglise romaine, nous et le Siège
apostolique, tenons pour l’un des plus dignes le légat a latere Jean François, évêque de Brive, dont les œuvres très
zélées et très fidèles envers le Roi Très-Chrétien ne nous furent pas masquées
(…). Celui-ci [Giovanni Antonio Caraccioli] remettra aussi ces lettres à Votre
Majesté (…). Fait à Rome à Saint Marc sous le sceau des Pêcheurs le 3 août
1588, la quatrième année de notre pontificat »[20].
Les sujets abordés avec le nonce étaient
forts divers : le 13 novembre 1581, la reine régnante demande au bref
approuvant l’envoi de deux capucins à Jérusalem comme ex-voto ; le 27 mars
1583, elle requiert du pape une dispense de jeûne pour le Carême (qu’elle
reçoit le 30 mai 1583)[21].
L’ambassadeur du roi de France à Rome,
Louis Chasteigner de La Rocheposay, sieur d’Abain, constitue l’autre
intermédiaire privilégié pour la reine de France dans ses relations avec le
Saint Siège, notamment en ce qui concerne les nominations de fidèles à diverses
charges ecclésiastiques. L’influence de Louise de Lorraine devait être certaine
puisque le cardinal de Bourbon lui demanda au moins par deux fois son soutien
pour obtenir la collation de deux abbayes à des proches :
« j’ay bien voullu par mesme moyen vous faire ce petit mot pour
vous prier, comme je faictz, de toute mon affection, de moyenner et intercedder
envers Sa Sainteté que son bon plaisir soit accorder à mondit cousin [la
cardinal de Guise] la grace des depesches des abbayes de Corbye et d’Ourcamp
que luy a resignées mon oncle le cardinal de Bourbon, avec prompte et briefve
expedition d’icelles et vous y emploier
comme pour les affaires propres du Roy monseigneur… »[22].
L’autorité qu’elle manifeste procède au
moins autant de son rang royal que du désir de satisfaire son cousin, non pas
le cardinal de Bourbon – lequel encore une fois apparaît comme l’agent ‘passif’
des ambitions lorraines – mais un parent bien plus proche, Louis de Lorraine,
archevêque de Reims, frère du duc de Guise.
213. De la difficulté d’être reine…
La collection Moreau, conservée dans les
fonds de la Bibliothèque Nationale contient en son sein quatre lettres
extraites du 52e portefeuille de Fontette, consacré au parlement de
Dijon.
“(Elles
sont) toutes relatives à l’opposition mise par cette cour à l’édit de Henri III
accordant aux notaires du royaume la survivance de leur charge avec union de
l’office de garde-notes que le Parlement de Paris avait enregistré sans
difficulté, le 19 septembre 1578. On verra que Louise avait intérêt à ce que
cet édit fût universellement reconnu, les deniers affectés à l’entretien de sa
maison provenant en partie du rachat de ces charges”[23].
L’économie de la Maison de la Reine ne se
bornait pas à l’éducation des filles demoiselles et au regroupement
‘politico-somptuaire’ des grandes dames du royaume. Bien que pourvue d’un
conseil chargé des affaires courantes et de l’organisation des dépenses, Louise
de Lorraine exerça un droit de regard sur ses affaires, notamment après la
découverte de malversations en 1582 – qui lui valurent des tracasseries en
justice jusqu’en 1594 au moins.
“Bien
que Louise ne fût pas dépensière de nature, elle éprouva des difficultés dans
la gestion de ses ressources. La malversation s’en mêla. Un diplomate toscan
écrivit le 29 janvier 1582 que le roi avait chassé le chancelier de la reine,
Henri de Mesmes sieur de Roissy, homme d’un grand savoir mais d’une honnêteté
contestable, en disant qu’il mériterait d’être pendu. En pratique, il se borna
à accompagner ce congé, qu’il lui donna en personne, d’un geste vif et
insultant à l’égard du personnage, ce qui ne lui était pas habituel”[24].
C’est
pourquoi, malgré sa confiance envers ceux qui l’entouraient à Chenonceau,
durant sa viduité, la reine douairière procédait à l’examen de ses comptes au
moins une fois par mois[25]. En
fait, elle se préoccupe de ses ressources depuis au moins 1580, année de sa
première lettre au parlement de Dijon.
Indice manifeste de la détérioration de
l’autorité royale, les lettres de jussion expédiées par Henri III ne suffisent
pas à faire plier cette cour qui s’évertue à rendre inefficace l’édit royal :
“Ayant
veu l’arrest par vous donné le VIIe aoust dernier sur les lettres de
jussion que le roy monseigneur vous a faict expedier et envoyer des le XIXe
juillet a ce que eussiez à lever les modifications faictes par plusieurs voz
arretz sur l’edit et declaration (…), par lequel, soubz pretexte de lever vosdites premieres modifications, vous y en
auriez faict d’aultres beaucoup prejudiciables a l’execution dudict edict et
declaration qui, au moyen d’icelles, demeuroit sans effect”[26].
L’attitude
de cette cour se place dans un double jeu où personne n’est dupe : ne pouvant
refuser un enregistrement à long terme, les parlementaires opèrent des coupes
sombres dans l’édit, rendu caduc, et arguent probablement de leur ‘bonne foi’.
La réticence en elle-même n’est pas un obstacle véritable : sa longévité par
contre implique un changement de ton de la part de la reine, dont l’autorité
est mise à l’épreuve.
La lettre du 31 janvier 1581[27]
affiche d’emblée la portée de l’intervention royale. En effet, son rédacteur
n’est pas un simple secrétaire, mais le premier secrétaire des commandements et
finances de la reine, François Ligier, sieur de Lauconnière[28], un
proche qui l’accompagne dans ses déplacements, comme les lieux d’expédition des
lettres l’indiquent. Il convient d’ores et déjà de noter que jamais dans cette
affaire, Louise de Lorraine n’écrit de sa main, si ce n’est pour apposer une
signature qui demeure fort conventionnelle – “Loyse” – et dans la lignée des
signatures royales, alors qu’elle aurait pu inscrire un monogramme. Par
conséquent, la relation établie avec les parlementaires se place dans un cadre
strictement officiel, et non point officieux et particulier, comme aurait pu le
signaler l’emploi d’un monogramme. Cette empreinte ‘officielle’ est coextensive
d’un certain formalisme. Car la moitié de la missive se borne à rappeler la
“voulonté” du roi, citant presque par le menu l’objet de l’édit :
“Messieurs. Je vous ay ci devant escript
(…) pour le faict de la veriffication de la declaration que le roy monseigneur
a faicte en faveur des notaires pour la resignation de leurs offices a
survivance avec le tiltre de gardenotte…”
La trivialité toute juridique du ton
délibératif ne précise en rien la valeur accordée à cette affaire, à ceci près
qu’il s’agit au moins de la deuxième lettre afférant à cette question, puisque
Louise de Lorraine leur a “ci devant escript estant a Bourbon”, soit vers la
fin de l’été ou le début de l’automne 1580. La supplique finale est aussi
empreinte d’une politesse toute royale, car la reconnaissance qu’elle pourrait
contracter vis à vis du parlement de Dijon est directement soumise au fait “de
n’y plus user d’aucune restriction ne modiffication”, conformément aux lettres
de jussion.
La lettre du 20 juillet 1582[29] se
distingue par l’originalité du discours tenu, lequel ne se retrouve point dans
les autres lettres au parlement. En effet, le fond de l’édit n’est plus évoqué,
et la péremption masquée sous les assauts de politesses et d’amabilités. Si les
allusions aux lettres de jussions n’étaient pas explicites, le champ lexical
déployé serait semblable à une lettre amoureuse, ou du moins, intime : les
parlementaires sont invités à satisfaire par une “bonne fin” leur reine qui, au
détour d’une phrase, admet “quelque particulier interet”. Mais cet aveu se
disperse au milieu d’une image maternelle que semble vouloir incarner Louise de
Lorraine. Elle dévoile son “bon cueur en toutes les occasions qui se
presenteront à vous faire tout plaisir”, insiste “affectueusement” et exhorte
la cour à prendre des mesures harmonieuses, afin de régler, par “bonne
expedition” et “bonne fin” la question.
Devant une telle douceur, pourquoi ne pas
céder ? Les parlementaires ne furent certainement pas dupes : la diplomatie
requiert la force et l’apaisement, selon les circonstances, et cette lettre a
du être interprétée comme un artifice du secrétaire, probablement rompu à la
rhétorique de négociation. Car l’alliance de la force et de la bienveillance
participe autant d’un ‘ars bene dicendi’ que de l’art de bien écrire.
Pour autant, la reine n’est pas absente de
cette lettre ; bien au contraire, un indice de sa présence perce lorsque son
sort est rattaché à celui du roi. Car “la bonne expedition que luy et moy en
esperons de vous” occupe justement le centre spatial de la lettre : or c’est la
seule occurrence dans sa correspondance officielle où cette impression d’une
union complète entre le roi et la reine ressort autant. Certes, le
rapprochement des époux concourt à prodiguer au roi les vertus de la reine, et
à la reine l’autorité du roi, et cela ne serait qu’un artifice de plus. Mais
Louise de Lorraine ordonne l’écrit selon deux perspectives, “l’amour de moy et
de la priere que je vous fais”, expressions courantes dans la bouche et la
plume de la reine régnante.
Et si, en fin de compte, l’on s’en tenait
à une parole pleine de miel, presque ‘machiavélienne’ au regard des autres
missives, cela ne justifierait pas une mise à l’écart de la reine vis à vis de
‘négociations’ rédigées par son premier secrétaire. Formée par Catherine de
Médicis, Anne d’Este et Louise de La Béraudière aux usages de la cour, elle
n’ignorait pas les pratiques de la conciliation et eut maintes fois l’occasion
de s’y adonner dans le cadre de la Maison, afin d’imposer une certaine éthique
aussi bien qu’une étiquette véritable.
Toutefois, la douceur ne dure qu’un temps,
et devant l’opiniâtreté manifestée, les deux autres lettres prennent un tour
plus insistant, et relèvent le plus souvent de l’injonction pure et simple. Le
18 septembre 1582, elle évoque sans détours les prétextes qui annihilent les
arrêts précédants, et ce pour son
“tres grand
prejudice et dommaige pour estre sur icelle nature de deniers assignee pour
partie de l’entretenement de ma maison, qui est cause que je vous ay de rechef
faict depescher et escrire la presente pour vous prier, d’autant que
particullierement ce faict m’importe grandement à cause de ce que dessus et
comme je vous ay cy devant faict entendre de procedder à la veriffication et
publication tant dudict et declaration que des autres mentionnez esdites
lettres de jussion dudict XIXe juillet
purement et simplement laiant et
ostant vosdictes premieres, secondes et dernieres restrictions qui semblent n’estre faictes que pour du tout empescher
l’execution desdicts editz (…)”
L’accumulation des
adverbes – “particullièrement…grandement…purement…simplement” – adjointe au
martèlement explicite (et donc inutile) des péripéties, telles que les
“premieres, secondes et dernieres restrictions” ; tous ces procédés, même
s’ils sont ordonnés par le secrétaire, émanent de la reine dont le “je”
s’affirme clairement : elle a beau “prier”, son désir doit s’interpréter comme
un “devoir” qu’elle requiert cette fois sans aucune promesse de contreparties.
La dernière lettre, en date du 6 avril
1583, revient à des termes plus modérés, enclins à la conciliation dans la
mesure où les parlementaires procèdent à l’enregistrement requis. L’idée de
justice légitime cette ultime tentative (à notre connaissance) car, toujours
adressée à la suite de lettres de jussions, sa missive a pour vocation de
“poursuivre et soliciter à la verification”. Mais le reste se caractérise par
la monotonie de son style et malgré la récurrence du “je”, l’impersonnalité de
l’ensemble domine. Est-ce à dire que la reine ne se consacrerait plus que de
loin à cette affaire ? Le rappel de son intérêt et sa présence au Louvre,
certaine avant le 13 avril, ne permettent pas d’émettre des hypothèses à cet
égard.
Néanmoins, cette affaire a le mérite de
montrer l’implication directe de la reine dans les affaires matérielles de sa
maison, et de souligner les mouvements d’humeur de la personne royale, face à
cette montée des oppositions dans le royaume envers sa dignité et son autorité.
Car, devenue reine douairière, certaine de son bon droit et en relation avec
des parlementaires de Tours attachés à sa personne et à celle du roi, son
discours épistolaire est tout autre. Ainsi le 20 juillet 1592, la lettre
qu’elle adresse aux avocats et procureur général du roi reflète dès le début
son sentiment sur le pouvoir qui doit être sien :
« Messieurs, ayant toute asseurance de
la bonne affection que chacun de vous en son particulier desire de porter à mes
affaires, j’ay pensé qu’il n’estoit
poinct besoing de vous importuner davantaige de mes lettres, et que une seulle
vous suffiroit pour accompaigner celle du Roy monsieur mon frere qui vous
mande plus amplement son intention sur la veriffication et enregistrement de
mon douaire »[30].
L’octroi définitif de son douaire devint
d’ailleurs effective peu de temps après puisque dès la fin de l’été 1592, elle
nommait un vicaire à l’Hôtel Dieu de Moulins et faisait établir des lettres
patentes en faveur d’un pauvre curé. Enfin, le 27 octobre suivant, elle entrait
solennellement à Moulins en tant que duchesse du Bourbonnais[31].
22.
Défense et illustration de la sociabilité noble
221. Essai de restitution du réseau épistolaire de Louise de
Lorraine
La diversité des correspondants de Louise
de Lorraine donne la mesure de son implication au cœur de plusieurs réseaux de
sociabilité dont nous dressons une typologie forcément réductrice car les
entremêlements entre ces réseaux sont multiples. Nous distinguons – par ordre
décroissant de lettres retrouvées – le
lien noble, les affaires romaines, les relations avec les cours souveraines et les
commis de l’Etat, celles avec la famille royale, celles avec les souverains
étrangers, et enfin des missives concernant sa maison. Mais le cardinal de
Joyeuse ou bien le duc de Luxembourg, mentionnés à propos de Rome, pourraient
aussi être compris dans les Grands du royaume et les parents de la reine.
N.B. Les noms cités après un ‘+’
signifient que des correspondances supplémentaires ont existé, sans que l’on
puisse en retrouver quelque trace que ce soit.
·
‘Grands’ &
Parenté (31) :
-
Duc & duchesse
de Nemours.
-
Duc & duchesse
de Nevers.
-
Duc de Mercœur.
-
Connétable de
France.
-
Duchesse de La
Trémoïlle.
-
Duchesse de
Brunswick.
+ Marie de Luxembourg, duchesse de Mercœur.
+ Marguerite de Lorraine, duchesse de Joyeuse.
·
Affaires romaines
(31) :
-
Louis de Chasteigner
d’Abain
-
Arnaud d’Ossat
-
François, cardinal
de Joyeuse
-
Felippo Barrelli,
gouverneur de N.D. de Lorette
+ Papes & entourage privé (Sixte Quint, Donna
Camilla, Grégoire XIV, comte Sfondrat, Clément VIII)
+ Cardinaux italiens (Sfondrat, Borromée,
d’Ascoli, Cajetan, Morosini, Sancte Severini, Sancti Quatro, Lancelot, de La
Rovere, Cusan, Mattei)
+ Charles, cardinal de Lorraine
+ Abbé de Baulieu (premier aumônier de la reine
douairière)
+ R.P. Monopoli (Procureur général de l’Ordre des
Capucins)
+ Ambassadeur de France (M. de Luxembourg)
+ Ambassadeur de Toscane
+ Ambassadeurs de Venise (Alberto Baducro,
Giovanni Moro, Paul Parute)
·
Commis de l’Etat
(13) :
-
Conseil d’Etat
-
Parlement (de Tours)
-
Parlement de Dijon
-
Pierre Brulart
-
Pomponne de
Bellièvre
-
Philippe Duplessis
Mornay
-
Jacques de La Guesle
-
Bernard de Girard du
Haillan
·
Famille royale
(11) :
-
Henri III
-
Henri IV
-
Diane de France
+ Catherine de Médicis
·
Souverains
étrangers (10) :
-
Toscane
-
Angleterre
-
Espagne
-
Ecosse
-
Rome
·
Autres (4) :
-
Jacques de
Montmorin, écuyer de la reine.
-
Guillaume de
L’Aubespine, chancelier de la reine.
+ Sébastien Zamet, conseiller de la reine.
222. Une sociabilité du service et de
l’amitié
« Ce monde d’oncles et de cousins, de
gendres et de belles-filles constitue le meilleur réseau de
communication »[32].
Et certes la plupart des lettres
concernent les Grands du royaume qui sont ou bien ses proches parents, ou bien
alliés directement à la Maison de France. Le duc de Nemours est le frère de
Jeanne de Savoie, seconde épouse de Nicolas de Vaudémont ; la duchesse de
Nemours est en outre la mère des Guise, cousins des Vaudémont. Le duc et la
duchesse de Mercœur sont respectivement le demi-frère et la belle-sœur de
Louise de Lorraine ; la duchesse de Joyeuse est sa demi-sœur. La duchesse
de Brunswick, Dorothée de Lorraine, est une de ses cousines, élevée comme elle
à la cour de Lorraine. Henriette de Clèves, duchesse de Nevers, est la
belle-sœur du duc de Guise, tandis que le cardinal de Joyeuse est le beau-frère
de la sœur de la reine. Le duc de Nevers, Louis de Gonzague, est apparenté aux
Médicis. La duchesse de La Trémoïlle est la belle-mère d’Henri de Bourbon,
prince de Condé et prince du sang. Henri de Montmorency, connétable de France,
n’est pas un parent direct des Valois, mais des liens étroits existent entre les
Montmorency et les rois de France depuis la première moitié du XVIe
siècle. A leur endroit, la lettre est synonyme de pérennité du lien d’amitié
que cultivent les membres des réseaux de parenté des Lorraine et des
Valois : il n’existe pas de véritable dissociation entre les deux.
Or un tel lien trouve dans la conclusion
des mariages un mode de fonctionnement et une solution de continuité
remarquables. Louise de Lorraine évoque à plusieurs reprises dans sa
correspondance des mariages de parents proches (celui, par exemple, du duc de
Mayenne avec Henriette de Savoie) ou bien de souverains étrangers. Toutefois,
la plupart d’entre eux ne la concernent qu’indirectement : ainsi celui du
duc Charles Emmanuel de Savoie avec l’infante Catherine d’Autriche. Les
négociations menées durant l’été 1584 pouvaient certes infléchir des données
politiques fortes, mais elles trouvent une autre résonance au niveau des
réseaux d’influences et de parentés. Car lorsque quelque affaire touche la
maison de Savoie, la reine régnante ne s’adresse pas seulement à son oncle
Jacques de Savoie, mais également à sa tante Anne d’Este dont elle espérait
peut être des renseignements plus amples :
« Je croy que savés tres bien la
resollution du mariage de M. de Savoie avec l’infante d’Espaigne seconde :
vous anverés à cet faict et nous an manderés, c’il vous plaist, des
nouvelles »[33].
La duchesse de Nemours exerce un rôle
d’agent à la fois auprès de la maison de Savoie et auprès de deux autres
réseaux de parenté, ceux des maisons de Lorraine et de France. Or, lors de
toute discussion en vue d’alliances matrimoniales, que Jean Marie Constant
désigne comme de « savantes manœuvres », un nombre important de
personnes sont sollicitées. Car du mariage dépendent la perpétuation du nom, le
prestige et la puissance de la maison noble : il s’agit d’un véritable
« investissement humain »[34].
Ce placement est à la fois objectif et
subjectif, et l’application de Louise de Lorraine à promouvoir sa phratrie
s’inscrit dans cette notion de réversibilité de son élévation royale à
l’ensemble de sa proche parenté. Seule une lettre – encore adressée à Anne
d’Este – mentionne un cas exemplaire de cette préoccupation de la reine :
les noces de Christine de Lorraine[35]
avec le duc de Nemours, envisagées à l’automne 1585. Ce ne fut point le seul
projet puisque plusieurs unions prestigieuses vinrent conforter la position de
sa famille entre 1575 et 1589 : Philippe Emmanuel de Vaudémont, marquis de
Nomeny, épousa dès juillet 1575 l’héritière de la principauté de Martigues et
des droits touchant l’ancien duché de Penthièvre ; Marguerite de Vaudémont
fut pressentie pour devenir grande duchesse de Toscane, princesse de Condé,
avant de marier le favori du roi, Anne de Joyeuse ; Henri de Lorraine – le
frère cadet de la reine – eut aussi un parti intéressant en 1585, en la
personne de Claude de Mouy, héritière du marquisat du même nom en Picardie qui
jouissait d’un certain prestige.
« Le mot ‘amitié’ au XVIe
et XVIIe siècles est ambigu. Il signifie non seulement ce que nous
entendons aujourd’hui mais aussi l’affection que se portaient un homme et une
femme ou deux personnes éprouvant un certain attachement l’une pour l’autre.
Une troisième interprétation peut encore être donnée : les liens de
fidélité et de clientèle »[36].
L’amitié pour la maison de Lorraine se
conçoit, en plus du lien de parenté, comme une « fidélité » qui se
déploie avec le concours d’une nombreuse clientèle dévouée à la reine, mais
également aux Guise. Son premier médecin, Jean de l’Orme, passe à sa mort au
service du duc de Lorraine Charles III. De même, l’abbé Jean de Pilles, abbé
d’Orbays, l’un de ses aumôniers, était « secretaire ordinaire de la
chambre du Roy mondict seigneur et de mondict cousin le cardinal de
Guyse »[37], et surtout
prévôt de Reims et vicaire général de Louis de Guise pour cette église. En juin
1580, il agit à Rome mandaté à la fois
par la reine, le cardinal de Bourbon et le cardinal de Guise. La composition de
la Maison de la reine est un savant dosage de plusieurs réseaux, et l’on y
retrouve un grand nombre de clients ou de membres de la maison de Lorraine[38],
mais aussi de nombreuses personnes attachées depuis longtemps au service des
rois de France[39], d’autres
issues de celui de Catherine de Médicis[40],
et enfin quelques parentes des mignons de Henri III[41].
La force des réseaux de fidélité, en tant que relations humaines plus que liens
politiques, se manifeste par la permanence dans l’entourage de Louise de
Lorraine de personnes convaincues d’appartenance à la Ligue, et ce jusqu’en
1594 au moins[42] : la
permanence de son l’attachement pour les Mercœur et, paradoxalement, son
ressentiment envers le duc de Mayenne sont à resituer selon cette problématique
de la fidélité noble comme relation apolitique et presque ‘autochtone’.
L’acte le plus significatif de cette
sociabilité se rencontre lors de l’échange de services entre correspondants
épistolaires. Ainsi lorsque la duchesse de Nemours est en procès, elle n’hésite
pas – malgré quelques excuses polies –
à demander l’appui de la reine régnante.
« Ma tante. Je ne feus jamais
inportunée de vostre laittre mais bien aisse an avoir. Madame de Randant m’a
dit ce que désiré pour vostre procès. J’aycript à Lalianin pour me mander ce
que voulés, ettant fort aisse qu’il s’avansse pour l’assuransse que j’ay qu’ant
orés bonn isuee. Je commande audit Lalianin vous assister de tout ce qui vous
pourrat servire »[43].
Trois lettres entre 1589 et 1591
illustrent ces échanges de bons procédés. Elles impliquent essentiellement
Louise de Lorraine et le duc de Nevers. Ce dernier, victime de pillages menés
par des ligueurs, demande à la reine douairière d’intercéder en sa faveur
auprès de son frère le duc de Mercœur pour récupérer sa vaisselle.
« Mon cousin. Je m’assure tant de la
voullonté que mon frere a de vous faire servise et çais combien il tins vostre
amittié chere que ne fais nul doute qu’il ne vous rande contans au recouvrement
de vostre vesselle. Je luy an escript et croy que cy eu esté à Nantes, la
chosse seroit passé à vostre contantemant, esperant que le serés, que desire
infinimant et d’avoir autant de moiens vous faire paroytre, mon cousin, les efés de ma bonn voullonté, vous priant
an faire etta comme je fai de la vostre »[44].
Le « servise » implique la
réciprocité, et la demande expresse d’y satisfaire tantôt – ce qui est rare
chez elle – traduit assurément quelque préoccupation où Louis de Gonzague
pourrait être intéressé, d’une manière ou d’une autre. Et, en ce mois de
décembre 1589, la nouvelle reine douairière devait compter tous les soutiens,
alors que sa maison partait en déliquescence. La contingence des sources et de
la publication de Michel François nous permet d’appréhender une autre dépêche
de la reine pour le duc du 23 juillet 1591 qui intervient comme une demande de
service, mais cette fois émanant de Louise de Lorraine :
« Mon cousin. Le feu roy monseigneur
que Dieu absolve, assez lontemps devant sa mort, donna au sieur Dynet l’abbaye
de Nesle par le trespas de celluy qui en estoit auparavant pourveu. Depuis à
cause de ces malheurs et pource qu’il a tousjours esté prez de moy, il n’a eu
moien d’aller sur le lieu s’establir en la possession et jouissance d’icelle
(…) ; et pour ce que je veulx bien en ce que je pourray le favoriser, et
que je sçay aussi que vous ferez tres volontiers le semblable, tant pour
l’amour de moy que pareillement pour la cognoissance que vous avez de ses
vertus et merites (…) »[45].
S’agit-il pour autant de ce service qu’elle
semble prévoir dès le 6 décembre 1589 ? la probabilité en est très faible.
Cette lettre témoigne aussi de ce que les Grands interviennent souvent pour des
fidèles et de clients : or Pierre Dinet était déjà un fidèle de Henri III
et de la reine avant 1589, et après cette date, il devint son aumônier et
prédicateur avec Toussaint Leduc. Louise de Lorraine entendait donc le
remercier de sa loyauté en essayant de le faire entrer en possession de
l’abbaye de Nesle-la-Reposte (diocèse de Troyes) dont il avait été pourvu en
1588 après le décès de Mathieu Le Bossu, historiographe du roi[46]
– « le trespas de celluy qui en estoit auparavant pourveu ». Elle
agit de même avec Arnaud d’Ossat en juillet 1591, lui garantissant la
possession effective d’un prieuré auquel il prétendait ; et envers le fils
de son chancelier Guillaume de l’Aubespine en 1600, lui faisant remettre
l’abbaye des Préaux (diocèse d’Aurillac).
23. La
correspondance de Louise de Lorraine et d’Anne d’Este
La carence consécutive à la disparition de
correspondances privées au sein de la famille royale ne nous frustre cependant
pas complètement puisque plusieurs lettres échangées entre la reine régnante et
la duchesse de Nemours témoignent de l’intimité de Louise de Lorraine et du
sentiment d’amitié qu’elle nourrissait pour sa tante par alliance. Un tel sentiment
n’a en soi rien d’extraordinaire, et Jean Marie Constant le place au centre de
la sociabilité noble :
« Le Chancelier de Cheverny dans
l’Instruction à son fils dispense des sentences semblables : ‘Un ami nous
est plus nécessaire que ne nous est le feu et l’eau’ »[47].
Cependant, sa récurrence au travers de
dépêches remarquables par leur construction et leur contenu nécessite quelques
approfondissements…
231. Les trois discours de
l’amitié : l’éthique, le politique et l’intime
Le tiers des lettres envoyées par Louise
de Lorraine concernent le duc et surtout la duchesse de Nemours : au-delà
d’une nécessaire manifestation de l’intérêt royal pour un couple ducal très
important, cette correspondance donne souvent à voir le sentiment privé,
presque intime d’une personne royale. Ces 21 lettres qui représentent le tiers
des missives conservées ne se différencient guère en apparence des
autres : un style naturel voire simple, des formules de politesse très
présentes, etc. Cependant il ne s’agit que de traces d’une correspondance
assurément plus ample, notamment avec la duchesse de Nemours. Et il est dommage
que les réponses à ces missives soient perdues car, en plus d’offrir un miroir
des sentiments de Louise de Lorraine, nous aurions pu suivre l’évolution des
deux personnages et les comparer.
Anne d’Este occupe une place privilégiée
dans l’entourage de Louise de Lorraine, surtout entre 1575 et 1588. Epouse en
premières noces de François de Lorraine duc de Guise, alliée aux Vaudémont par
son remariage avec Jacques de Savoie duc de Nemours, amie de Catherine de
Médicis, la fille de Renée de France eut sa vie durant une influence importante
à la cour et au sein de ses clans familiaux successifs[48].
Devenue l’une des principales dames de la nouvelle reine en 1575 du fait de son
expérience de la cour (elle compta parmi les membres des maisons des reines de
France précédentes), ses rapports privilégiés avec la reine-mère et la reine
régnante sont illustrés par une anecdote rapportée dans les Mémoires du chancelier Cheverny et par
Antoine Malet. Quelques semaines après son mariage, Louise présenta les
symptômes d’une grossesse que les médecins ne décelèrent pas ; les
purgations qui lui furent prescrites entraînèrent une fausse couche dramatique,
probablement en mai 1575. Antoine Malet précise que Catherine de Médicis et
Anne d’Este, qui avaient toutes les deux été enceintes de nombreuses fois,
« eurent
la curiosité de faire reconnoitre le sexe d’un petit enfant formé que la Reyne
enfanta longtemps devant le terme. On trouva que c’estoit un fils »[49].
Le passé ‘maternel’ de
la duchesse de Nemours ne suffit pas à expliquer sa présence en un tel moment.
Proche de la reine mère, elle a du faire dans les premiers temps du mariage le
lien avec la nouvelle reine, en même temps qu’elle participa certainement à sa
formation.
S’adressant à Anne d’Este, Louise de
Lorraine écrit alors de sa main et appose non seulement la signature
« LOYSE » qui revêt un aspect officiel, mais aussi un monogramme
personnel entremêlant le ‘H’ et deux lambdas. Malgré des marques d’implication
personnelle et d’estime indirecte pour la destinataire, ces écrits ressemblent
plus à des billets qu’à des lettres. La présence d’un messager chargé de
développer plus amplement quelque missive n’est pas systématique, et intervient
selon le teneur de la dépêche et de son caractère officiel, comme le 4
septembre 1585 où, en raison de l’office public que doit une reine de France à
la veuve d’un duc récemment décédé, elle charge Nicolas d’Angennes, sieur de
Rambouillet de présenter des condoléances officielles. Faut-il alors déceler
dans la concision souvent affichée la preuve d’un peu de goût pour
l’écriture ? Son désir de prendre la plume à l’heure de sa mort en janvier
1601 semble indiquer le contraire…
Un discours éthique
Une réponse à ce paradoxe est à rechercher
dans l’amitié, véritable obsession sous-jacente dans toutes ses missives, au
point que dans certaines d’entre elles, la déclaration de l’amitié est la seule
motivation pour l’écriture :
« J’ay si peu de loisir que ne vous
fais que ce mot pour vous mercyer de la souvenansse qu’avés de moy … Vostre
bien bonne niepce »[50].
« Je resois un grant plaisir savoir
de vos nouvelles … Je vous baisse les mains, ma tante… »[51].
« Je vous baise les meins mille fois
de la souvenansse qu’avés de moy, qui desire la reconnoitre part que bonn
efect. (…) Ma tante, tenés moy tousjour pour la plus affectionnee de vos
parans… »[52].
« ma tante, à qui je baise les meins
du soin qu’avés me mander de vos nouvelles que j’ay tres agreable… Je n’atprant
rien icy qui vous puis aittre escript ; finiré an la devotion, madame, aittre etternellement à vous »[53].
« vous priant bien fort de croire
tout deux, ma tante, que j’ay beaucoup de bonne voullonté à vous la temoniere
part effet que reseverés en atand que tant de contantemant m’avienne, sur
laquelle verité finiré ma
laittre »[54].
« J’ay porté tant d’amitié à feu M.
de Nemour et à vous que j’estimerés ma niepce de Lorraine heureuse aittre an
vostre messon…Je ne vous ferés plus d’assuransse de l’affection que je vous
porte, car les efés vous an randeront temonage et croirés mon dire tres verittable an laquelle voullonté finiré ma laittre et
avec la joir de vous voir bien tot… »[55].
« Vous n’ant orés jamais de personne qui vous aime tant que je
fais…la voullonté vous faire paroitre l’affections que j’ay vous demerer toutte
ma vie »[56].
« la bonne voullonté que je vous
porte avec beaucoup d’affection et, sur cet verité, prie Dieu… »[57].
« Cy esse, ma tante, que ne suis
celle qui an resois le moindre contantement pour ma parente cy proche et que
j’ay tousjours tant amer »[58].
« et serat toutte ma viee de tel
affection que je supplie Notre Signeur… Vostre bien affectionne, bonne et
milheure niepce…»[59].
« Je vous prie vous souvenir toujours
de moy, ma tante, qui vous baise les mains »[60].
« vous supliant de croire que je vous aime et onore infinimant… an
quelque etta myserable que soie jamais, serés toute ma vie, Vostre bien bonne
niepce »[61].
L’expression de l’amitié se présente donc
comme un martelage sans cesse répété au fil des mots, et la moindre occasion
est prétexte à des billets. Mais cette réitération ne pèse pas sur le contenu
des lettres car le style demeure toujours naturel et sincère. Louise de
Lorraine parle librement d’amour et d’affection. Effectivement, son inclinaison
est du ressort de l’affectus :
autant qu’une obsession de l’âme, le désir d’amitié est un mouvement physique,
corporel, qui soulève le cœur et l’emplit de palpitations. Du moins le vocable
utilisé concourt-il à émettre une telle hypothèse. La dernière citation prend
place dans une missive où la reine avance sa peine de ne pouvoir voir sa tante
en raison des problèmes politiques, en même temps qu’elle souffre – « extremement travallé depuis un
mois » – d’un catère : son
ascèse spirituelle est un désintérêt de soi pour cultiver l’amour d’autrui. Or
ses exercices de dévotion tendent à ne tenir compte que du salut du prochain
afin d’assurer son propre salut. Par conséquent, la formulation de l’amitié
manifeste au plus haut point son sentiment aigu de la spiritualité, ce qui est
le propre d’une mentalité baroque. Et cet affectus
prend des proportions d’autant plus intenses qu’il déborde de l’anima pour toucher l’animus. Définissant cette
« affection », elle l’entend comme « dire tres veritable »,
« verité » et « devotion ». L’amitié n’est que la
représentation du vrai, de la vérité en soi. L’esprit qui tente d’aborder la
vérité doit penser cette dernière en tant que foi : l’animus est spiritus
puisque ce mouvement de l’âme qui appréhende la vérité est une
« devotion ».
Ce souffle de vie inspiré par Dieu –
l’amitié et l’amour – provient certainement en partie des lectures de Louise de
Lorraine sur l’amour de Dieu, et manifeste indirectement sa préférence pour les
questions théologiques pour ce qui est du développement de l’esprit/spiritus : imprégnée d’une culture
de cour, ses sentiments la pousse vers d’autres lieux spirituels. Et la quête
de l’amitié n’est qu’un exemple de la vertu d’amour : le plaisir qu’elle
montre dans ce désir d’affection résulte de sa « voullonté ». La
plupart des lettres contiennent au moins une occurrence de ce mot, placé
souvent près d’une expression relative à l’amitié et contribue à cette
impression – au sens premier du terme –
de martèlement. C’est un oxymoron déguisé qui se dévoile dans l’affirmation de
soi et par le don de sa capacité d’aimer à celle qu’elle a élue. Mais ce miroir
paroxystique du libre arbitre doit justement son éclat – masqué au ‘public’ –
aux relations de la reine et de la duchesse. La charité de la première dans ses
visites aux pauvres et son implication dans la mise en terre des morts est un
exemple presque excessif, mais dans un
autre versant religieux, dont la finalité demeure la même. Denis Crouzet
explique ce paradoxe avec l’exemple de la maladie à propos de Michel de
L’Hospital[62] :
« La
maladie a pour fin de remémorer à l’homme sa faiblesse, et c’est ainsi que son
paradoxe peut être expliqué : elle est moins un châtiment qu’un signe de
la bonté de Dieu… La vertu est un risque, une épreuve longue et difficile, il
faut le savoir, et c’est par bonté que Dieu envoie aux vertueux la mémoire de
la faiblesse humaine que signifie la maladie… »
L’épreuve de Dieu est donc l’épreuve de la
vie : les dévotions ‘baroques’ de la reine régnante sont autant de
« risques » car fréquentant les prisons, lieux de précarités
extrêmes, Louise de Lorraine approche le danger de la maladie, alors
qu’elle-même est souvent souffrante, dès l’épisode de sa fausse couche du
printemps 1575. Or il convient de noter que, lorsqu’elle doit garder le lit,
elle se fait lire la Vie des Saints :
l’exemple des martyrs fait ressentir à l’âme dont le corps souffre la
relativité de cette douleur, c’est à dire ‘l’imbécillité’ du corps physique,
marque de la finitude humaine.
L’expression de l’amitié est aussi un
risque, une mise à l’épreuve personnelle car elle procède de l’abandon de
soi : la volonté est en aussi le maître d’œuvre. Mais elle est aussi la
preuve de la faiblesse de l’homme car, parallèlement à l’antithèse volonté
personnelle / intérêt pour autrui, se développe une deuxième antithèse
volonté / moyens :
« je serés tousjours tres aise quant
j’orés les moiens comme la voullonté vous faire paroitre… »[63].
L’accès à la vertu,
même par le biais de l’amitié, se heurte à de nombreux obstacles rappelant la
dimension première du corps humain, qui est d’autant plus ressentie qu’elle est
coextensive au mouvement de l’âme précédemment évoqué. Cette impression se
retrouve dans toute la correspondance de Louise de Lorraine. Ainsi, s’adressant
à Dorothée de Lorraine, duchesse de Brunswick, pour laquelle elle semble avoir
eu une affection particulière, elle dit que « eant trouvé cet ocquations, je
ne les voullus laisser passer »[64].
Sa lettre du 6 décembre 1589 à Louis de Gonzague, duc de Nevers, est encore
plus claire et pertinente sur ce point :
« Je m’assure tant de la voullonté
que mon frere a de vous faire service… que desire infinimant et d’avoir autant
de moiens vous faire paroytre, mon cousin, les efés de ma bonn
voullonté… »[65].
Ces démonstrations d’amicale affection
n’ont pas de réserve exclusive pour Anne d’Este. D’ailleurs, bien souvent, dans
le discours de la reine, elles concernent également Jacques de Savoie :
« Vous diré seullement qu’il n’y at
rien au monde à qui je desire plus faire part effet faire paroitre ma bonne
voullonté qui serat toutte ma vie d’un tres bonne niepce »[66].
« ma bonne voullonté que trouverés
tel an ce que me voudrés anplloier avec autant d’affection que personne de ce
monde »[67].
« Monsieur de Nemour que j’ay tins
comme un cecont pere tant pour l’onnoré et aimere comme cille me
l’estois… »[68].
« J’ay porté tant d’amitié à feu M.
de Nemour et à vous… »[69].
Des amitiés politiques…
Un tel degré d’expressivité se comprend
donc en partie au travers des conceptions éthiques et d’un certain tempérament
‘baroque’, voire ‘mystique’ de Louise de Lorraine. Cependant, la personnalité
des destinataires semble faire osciller la balance vers d’autres
considérations, plus politiques celles-là. Car bien que le caractère intime de
ces lettres soit indiscutable, le duc et la duchesse de Nemours comptent parmi
les personnages les plus influents dans le royaume de France, et peuvent servir
aussi bien la cause du roi que celle de la reine régnante.
En effet, accédant à la dignité royale,
Louise de Lorraine ne possède que peu d’appuis à la cour et le renvoi de ses
suivantes à l’instigation de la reine-mère n’augurait guère d’une période
heureuse. Or, Anne d’Este, en raison de son amitié avec Catherine de Médicis et
de son réseau de parenté, constitue un lien tout désigné entre la nouvelle
reine, la famille royale, les grands du royaume. Jacqueline Boucher décrit l’atmosphère
de la cour en mars 1575 :
« au moment du mariage de Henri III
l’envoyé toscan avait fait savoir que la nouvelle Reine ne se montrerait pas
aussi traitable que l’autre. La très vive réaction de Louise au renvoi de ses
suivantes lorraines avait prouvé qu’elle ne manquait pas de caractère. On
guettait un conflit entre elle, les Guise et la mère de ceux-ci, la duchesse de
Nemours, contre Catherine de Médicis »[70].
Les rumeurs de relations conflictuelles
entre les deux reines ne dépassent pas l’été 1575 en raison de l’organisation
du mariage du frère de la reine, Philippe-Emmanuel de Vaudémont, marquis de
Nomény, avec Melle de Martigues, fille du duc de Luxembourg. Cependant, la
précellence de la duchesse de Nemours dans les relations de Catherine de
Médicis et de sa bru ne se dément pas, encourageant sans doute une cordiale
amitié que les lettres des deux reines attestent.
« Vous m’obligeré journellemant plus
a vous, ma tante, me mander souvant de la santé du roy et de la roine qui me
font tant d’onneur que ne sarois jamais luy randre tant de servise tres humble
qu’il m’ont donné d’oquation et aucy de voullonté »[71].
« et encore plus à vous, ma tante, je
vous supplie me conserver à la bonne grace de la roine »[72].
L’extraordinaire faveur de février 1575,
le mariage et l’accès au trône, n’ont pas donné des idées de grandeur à la
jeune lorraine : presque inconnue à la cour, elle dépend entièrement du
roi et de la reine-mère. Aussi dans les premières années de son mariage marque
t-elle sa gratitude dans certaines lettres. Certes, le renforcement du clan
lorrain au sein de la cour auquel elle a contribué pour une large part lui
donne des atouts politiques, mais l’absence d’héritier demeure un problème
épineux. Son avenir demeurait suspendu à « la santé du roy et de la
roine » : or Henri III fut atteint de nombreuses infections, et
Catherine de Médicis avançait en âge…
C’est pourquoi ses marques d’amitié à la
duchesse de Nemours sont coextensives de sa situation politique personnelle entre
1575 et 1580, puisque, après cette dernière date, aucune nouvelle mention de
cette demande d’intercession n’intervient dans ses lettres. Par la suite, la
connivence amicale avec les Valois plutôt que la dégradation des relations de
ces derniers avec le clan des lorrains explique le changement de perspective
vis à vis d’Anne d’Este. Car lorsque Louise de Lorraine demandait des nouvelles
de la famille royale et sollicitait que l’on ne l’oubliât pas, elle
s’astreignait à suivre quelque cure aux eaux de Bourbon-Lancy et demeurait
plusieurs mois loin de la cour. Dans les années 1580, un renversement
géographique et politique se produit : Anne d’Este s’absente souvent de la
cour, passant son temps entre la France et la Savoie, alors que Louise de
Lorraine se déplace avec le roi ou la reine-mère, mais ne reste guère seule,
même lors de ses cures thermales.
« mais à cet heur la roine et de
retour, qui m’orat ramené la troupe »[73].
« Ma tante. Je ne veux oblliere vous
dire comme le roy et moy nous portons bien de l’air de se païs »[74].
La transformation des rapports politiques
au sein de la famille royale et de la cour n’altère pourtant pas les
démonstrations d’amitié de la reine à l’égard de la duchesse de Nemours. En
effet, en liaison avec Catherine de Médicis, la reine régnante œuvre afin de
rapprocher les chefs lorrains de la politique royale. Et cette culture de
l’amitié peut donc s’inscrire à partir de ce changement de rapport politique,
dans une vision conciliatrice où la reine userait de son influence envers la
puissante mère des Guise, notamment après le décès de Jacques de Savoie en juin
1585, alors qu’elle s’affiche ouvertement favorable à ses enfants. L’amitié de
Louise de Lorraine acquiert alors une valeur politique en se présentant comme
celle de Henri III dont l’amicale complexion envers la duchesse, qui était
ancienne – et dont la réitération n’apporte rien, si ce n’est son désir de
temporisation – exprime le besoin d’être rappelée. La correspondance d’une
reine retrouve là une de ses caractéristiques essentielles car, bien que son
objet soit privé voire intime, la finalité publique n’est jamais très éloignée.
« vous assure que le roy et la roine
one ce mariage tres agreable »[75].
« Je vous puis assurer que le roy
s’ant n’et rejouis infinimant et connoitré an tout ocquation son bon nature. L’assurance que j’ay
que ne douté de l’affection que tous deux vous portons me garderat vous an dire
davantage… »[76].
Le lien politique entre la reine régnante
et la duchesse douairière trouve un garant en la personne de Fulvie Pic de La
Mirandole, épouse du comte de Randan, d’abord dame puis dame d’honneur de la
Maison de la Reine à partir d’avril 1583. Celle-ci servit certainement de
nombreuses fois de porteur des lettres, aussi bien pour la reine que pour la
duchesse. C’est pourquoi elle apparaît trois fois dans les missives :
« J’ay resus votre laittre part
Madame de Randant »[77].
« Madame de Randant m’a dit ce que
désiré pour vostre procès »[78].
« J’ay trouvé cet ocquation fort à
propos de madamoiselle de La Mirande »[79].
La confiance accordée
à la dame d’honneur rend compte de l’ambiguïté de l’amitié / amicitia comme
vertu relevant de l’éthique de la reine, et de l’amitié / benevolentia que
nécessite les affaires politiques. En effet, « madamoiselle de La
Mirande », amie de longue date d’Anne d’Este à qui elle dut au moins en
partie sa promotion au rang de dame de Louise de Lorraine, et devenue proche de
cette dernière, surtout en raison de ses convictions religieuses, bénéficiait
de l’estime des deux protagonistes. Cependant, cette ardente catholique
inclinait depuis longtemps en faveur des Guises. Déjà en 1570, elle inclinait
en faveur d’un mariage du duc de Guise avec Marguerite de France…
« Veuve jeune et encore belle, la
comtesse s’était réfugiée dans un deuil rigoureux. Elle cachait ses cheveux
sous un voile et ne se regardait plus dans une glace. Le duc de Guise en riait
‘et ne l’appelait jamais que moyne, car elle s’habilloit et estoit bouchonnée
comme un religieux’, a narré Brantôme (…). Henri III jugea probablement
que le comportement de la comtesse était mal adapté à la vie de cour, mais il
ne voulut pas contrarier sa femme »[80].
La problématique de
l’amitié comme vertu éthique et besoin politique trouve dans cette ligueuse qui
s’écarte de la cour dès 1585 mais ne la quitte définitivement que lors des
évènements de Blois – à la suite d’Anne d’Este d’ailleurs – une limite
importante : comment expliquer les penchants ligueurs d’une reine qui eut
de son devoir une idée si haute ? Car Madame de Randant n’est pas la seule
‘amie’ de Louise de Lorraine dont les implications dans les mouvements ligueurs
étaient connues de l’ensemble de la cour. Au sein même de sa maison, ses
premières dames s’illustrèrent notablement durant la ligue : Marie de
Martigues, duchesse de Mercoeur, mais surtout Catherine de Lorraine, fille
d’Anne d’Este et duchesse de Montpensier. Les sources aristocratiques de la
contestation du pouvoir royal se trouvaient au plus près de la reine régnante.
Le cœur mis à nu…
La question de l’amitié englobe par
conséquent l’ensemble de la perception subjective de Louise de Lorraine sur le
plan des rapports humains : la recherche de l’affection procèderait ainsi
d’une impérieuse nécessité d’affirmation d’elle-même ; besoin qui serait
une réponse paradoxale aux tensions politiques et personnelles qu’elle devait
endurer, à la cour de Lorraine comme au Louvre. La personne d’Anne d’Este
occupe une place centrale dans l’univers humain de mademoiselle de Vaudémont et
plus tard de la reine régnante : c’est pourquoi ces lettres opèrent dans
l’esprit de Louise de Lorraine comme le réceptacle de toutes ses angoisses et
ses joies profondes. Et l’amitié manifestée pour l’ensemble de sa parenté,
l’amour avoué pour le roi, tout cela participe d’un mouvement de construction
de soi selon un mode affectif à forte résonance extérieure puisque ses
sentiments influent la politique royale.
Certes la prodigalité de Louise de
Lorraine à l’égard de son clan familial ne constitue pas une exception à la
règle ; mais le développement qu’il trouve à cet endroit est tout à fait
original. L’affinité qu’elle ressent envers le duc et la duchesse de Nemours
est moins le résultat du premier mariage de la duchesse que celui de sa parenté
avec Jeanne de Savoie. Cette dernière, sœur de Jacques de Savoie, deuxième
épouse de Nicolas de Lorraine, remplace Marguerite d’Egmont, décédée peu après
la naissance de Louise, et l’élève jusqu’à l’âge de dix ans en « bonne
mere »[81] :
« La comtesse fait lire les premiers préceptes de
religion à Louise matin et soir »[82].
L’éducation de la
jeune fille est le fait de la comtesse qui lui apprend notamment à parler le
français sans accent : Antoine Malet transforme le désir de Jeanne de
Savoie d’éviter l’accent lorrain à Louise de Vaudémont en modèle d’enseignement
de la vertu, laquelle doit être acquise avant « de mettre (les) enfans à
la suitte de la cour »[83].
Or, la comtesse décède et Nicolas de Lorraine épouse en troisièmes noces
Catherine de Lorraine dont le comportement à l’égard de la jeune fille
s’inspire plus de la marâtre que d’une nouvelle mère. Après 1575, Louise de
Lorraine ne lui manifeste cependant aucune rancœur et la fait accéder à sa
maison. En 1601 elle lui laisse même quelque héritage par son testament.
Pourtant sa faveur fut bien plus éclatante pour les enfants issus du second lit
du comte de Vaudémont que pour ceux du troisième, bien qu’elle se fût attachée
à marier Henri de Lorraine à Claude de Mouy, héritière du marquisat du même
nom, à favoriser Henri – dit ‘Enric’ – de Lorraine, le benjamin des frères à
accéder à l’évêché de Verdun, et que sa sympathie pour sa sœur Louise, élevée à
la cour, fût grande :
« il est inpossible vous dire l’anvie
et grant regret que j’ay res[eu] de la mort de feu madame ma sœur que j’aymays
comme ma mere… »[84].
Dans le recours à la
« mere », faut-il voir une allusion à Jeanne de Savoie, belle-sœur de
la destinataire de cette lettre ? Dans ce cas, l’amour qui est porté à la
première, alors décédée, vaut pleinement pour l’autre : un tel transfert
d’amour se comprendrait dans la mesure où Anne d’Este aurait servi de ‘modèle’
maternel, si l’on considère le nombre de ses enfants et les sentiments qu’elle
leur a portés.
Cependant, en vertu de l’hypothèse établie
comme prémisse à ce développement, des propos d’Antoine Malet et des lettres de
la reine elle-même, Anne d’Este, au-delà du substitut maternel, symbolise son
attachement passionnel pour sa parenté en général.
« De la piete de la Reine envers les
siens, en particulier de l’amour qu’elle portoit au duc de Mercure son frere…
Car les princes et les princesses de Lorraine ont cette passion naturelle fort violente d’aymer et d’honnorer non
seulement ceux qui les mettent au monde, mais les autres branches qui les costoient, depuis qu’elle fut en France,
l’honneur et obeyssance qu’elle avoit rendu au conte de Vaudemont son pere et
Son Altesse, et l’amour qu’elle portoit au cardinal de Vaudemont, à ses freres
tiroient les flammes de son cœur… »[85].
La précellence du clan lato sensu dans la Maison de Lorraine
est une constante qui doit sa pérennité à la situation géopolitique du duché et
aux branches de la famille ducale. En effet, les ducs, quoique liés à la Maison
de France depuis le roi René d’Anjou et plus récemment avec la duchesse Claude
de Valois, mais aussi garants de la branche cadette – les Guise – pairs de
France, cultivèrent une prudente autonomie. Le culte de l’amitié participe au
sein de la parenté des liens de fidélité, et ce d’autant que la religion et les
positions politiques « s’envisageaient, dans la noblesse, comme une
affaire privée qui n’interférait pas obligatoirement avec les attitudes
publiques[86] ».
Cependant le cas du duc de Mercœur dépasse le cadre de cette constatation, dont
nous avons examiné les implications dans la pratique d’une sociabilité noble.
Et Louise de Lorraine fait souvent cas de son frère cadet dans ses lettres,
s’inquiétant la plupart du temps de sa santé :
« Je vous baisse les mains, ma tante,
du soin qu’avés de m’aseurer de la santé de mon frere, l’aiant Dieu toujour
conservé »[87].
Et, bien que les
documents manquent pour la période de sa viduité, plusieurs indices démontrent
un attachement intact, voir même plus grand, alors qu’elle est en butte aux
représentants de son frère pendant les négociations d’Ancenis durant l’hiver
1594-1595. Sa bibliothèque conserve des Alliances
de Lorraine, manifeste des Mercœur afin d’affirmer leurs droits sur la
Bretagne. Et la lettre adressée à du Haillan en mars 1595, alors que les
négociations de ralliement à Henri IV viennent d’échouer, manifeste cet ‘amour
fraternel’ :
« je vouldrois pouvoir apporter
aultant de facilité et et [sic] doulceur que je sçay estre necessaire pour le bien de cest estat et conservation de
mon frere »[88].
« Le bien de cest estat et
conservation de mon frere » : cette formule résume en quelque sorte
les déchirements politiques de Louise de Lorraine, entre le roi et ses parents.
Ce tiraillement entre son frère et Henri IV se retrouve avec des proportions
plus grandes encore de 1575 à 1589 dans l’expression de son amour pour Henri
III, où l’idée de « cette passion naturelle fort violente » ainsi que
l’image des « flammes de son cœur » ne perdent rien de leur acuité.
L’examen de l’amour si particulier entre le
roi et la reine fait l’objet d’un chapitre dans l’ouvrage d’Antoine Malet en
VI, 14 – « De l’amour du Roy envers la Reyne, et du respect et grand Amour
de la Reyne envers le Roy ».
« Toutes les femmes qui ont la
qualité de Princesse ne sont pas semblables, Louyse entre les princesse
n’estoit pas du rang commun, les graces dont elle estoit doüée au corps et en
l’esprit estoient si miraculeuses qu’il y avoit de quoy en elle pour contester
la perfection avec toutes les Reynes qui iamais furent, et c’estoit un puissant
motif d’Amour. (…) C’estoit une forte chaine pour lier ces deux cœurs royaux,
car on peut tousiours affermer par une forte conclusion que l’amour ne se peut
autrement recompenser que par amour, et que rien n’induist plus autruy à aymer
que se voir aymé. (…) La Reyne de son
costé ne pouvoit vivre separée de son Soleil ; et lors mesme qu’il
estoit malade ne vouloit quitter son lict ».
Si notre auteur émet la conclusion d’un
indéfectible attachement de la reine pour son époux, son jugement – a
posteriori – résulte plutôt d’un sophisme que d’un raisonnement logique car il
estime que l’amour de la reine provient de l’amour du roi seul, parce que
dit-il, « rien n’induist plus autruy à aymer que se voir aymé ». Or,
plusieurs passages des lettres adressées à la duchesse de Nemours permettent de
représenter cette affection d’une manière plus subjective et montrant mieux les
dispositions intérieures de la reine.
« L’honneur que le Roy me faict (…)
me consolle et m’afflige d’aittre elloinié de la presansse d’un sy baux, bonn
mary, estant la plus heureuse fame du monde, m’eant tant montré d’amittié que
ne fais que prier Dieu me le conserver, ne voullant vivre que pour luy, vous le
croiés bien. Je vous supplie le faire souvenir tousjour de moy qui ne suis que
de corp elloiniée de luy, car l’esprit i est sans çaisse »[89].
Louise de Lorraine, au moment où elle
écrit ces quelques lignes (septembre 1580), se trouvait à Bourbon-Lancy pour y
prendre les eaux. Henri III, qui d’ordinaire l’accompagnait dans ses retraites
de santé, demeura éloigné de son épouse, visitant alors assidûment le monastère
féminin de Maubuisson, ce qui fit jaser. Ce bruit, parvenu aux oreilles de la
reine, provoque pourtant de sa part un vibrant éloge du roi, une véritable déclaration
d’amour. Si la beauté du roi est la première à être mise en évidence, c’est
surtout la bonté de son caractère que les écrits de la reine régnante
déclinent :
« Je vous puis assurer que le roy
s’ant n’et rejouis infinimant et connoitré
an tout ocquation son bon nature »[90].
Cette ligne est difficile à dater, comme
une bonne partie des lettres de Louise de Lorraine à Anne d’Este, mais la
perspective d’un portrait du roi fait à la duchesse de Nemours est
invraisemblable. Celle-ci connaissait Henri III avant l’automne 1573 – date de
la première rencontre entre mademoiselle de Vaudémont et le duc d’Anjou – et
même depuis son enfance, selon les indications de Marguerite de Valois[91].
Une telle mise en exergue de « son bon nature » peut certes s’expliquer
par la rivalité politique entre le roi et le duc de Guise, et cette lettre
serait alors postérieure à 1585. Toutefois, cette scansion d’une qualité propre
à un homme, à un époux, mais non point relative à un monarque, donne la mesure
de la relation profonde au sein du couple, qui opposerait aux contraintes de la
cour une simplicité de bon aloi.
« Ma tante. Je ne veux oblliere vous
dire comme le roy et moy nous portons bien de l’air de se païs ».
Cette phrase – autre sommet épistolaire –
est soulignée dans la lettre originale par sa position en post-scriptum, alors
qu’auparavant, la reine évoque quelque procès. Cette démarcation entre l’espace
‘officieux’ et un autre espace vraiment personnel se remarque par le ton,
simple et naturel de l’expression. Mais la contrainte du temps et celle de
l’étiquette ne pèse pas seulement sur Louise de Lorraine ; elle concerne
également Henri III qui le 20 septembre 1576 acquiert un domaine afin de s’y
retirer avec la reine[92]
« comme un jeune couple en vacances » : dans cette optique, il
est possible que la missive ait été écrite de ce havre, situé près de
Montlhéry.
La fréquentation des eaux thermales, les
retraites à Ollinville devaient donc être autant de moments privilégiés pour le
couple royal, dégagé des tensions extérieures et de ses propres angoisses.
Seule à Bourbon-Lancy, Louise de Lorraine est assurément dégagée de nombreuses
contraintes mais l’absence du roi donne à son discours un accent affectif bien
plus émoussé. Par conséquent, la présence du roi ramène le calme dans sa plume,
et les mots soulignant la vision d’un couple uni deviennent si simples qu’ils
se perdent dans le fil de la lettre :
« L’assurance que j’ay que ne douté
de l’affection que tous deux vous
portons me garderat vous an dire davantage »[93].
En conclusion, au-delà de l’amitié pour le
clan et surtout pour le duc de Mercœur – marques du devoir ressenti à l’égard
d’un milieu originel et d’un certain rapport à l’enfance peut-être – l’amour
pour le roi s’expliquerait par la présence attentionnée et rassurante d’Henri
III pour cette princesse lorraine troublée par les querelles de cour, les
tensions politiques et de nombreuses déchirures personnelles. Et Anne d’Este
incarne alors le meilleur lien possible entre tous ces éléments, d’où une
ultime légitimation au choix de Louise de Lorraine dans ses ‘confidences’.
232. Des jalons pour une écriture de soi : le fond ou la
forme ?
Lorsqu’elle écrit à Anne d’Este, Louise de
Lorraine n’exprime pas autre chose que le souci de sa parenté et le lien
qu’elle entend maintenir avec elle. Les évènements de la vie – naissance, mariage, maladie ou décès – fournissent la matière première à ses
missives :
« plainiant infiniment Madame de
Guise, ne doutant que n’ans soiés an grant paine. Dieu la fasse heureusemant
acoucher »[94].
Ces paroles,
souhaitant une heureuse ‘délivrance’ à Catherine de Clèves vers la fin du
printemps ou durant l’été 1586, ne devaient être anodines ni pour la reine, ni
pour son interlocutrice. La mère de Louise de Lorraine était décédée à la suite
d’un accouchement. De plus, la douleur physique et psychologique consécutive
aux espoirs démentis en 1575, en 1580 et en 1584 encore marquait son esprit
comme son corps : à l’automne 1577, elle fut atteinte d’une dépression et
en sortit affaiblie. Le nombre d’infections dont elle fut la proie peut
d’ailleurs laisser penser que la mélancolie, ou bien encore plus sûrement les
erreurs des médecins ont favorisé de telles dispositions.
« Quant au bruit que l’on faict que
je suis grosse, je suis fort marie qu’il n’et vray ; ce serat quant il
plairat à Dieu »[95].
« L’honneur que le Roy me faict
aittre mary de mon aspesansse me consolle et m’afflige »[96].
La question de l’
« aspesansse » – l’absence de grossesse – fait corps avec des
préoccupations exposées selon un point de vue féminin. L’annonce d’un mariage
est l’occasion pour elle de mettre en évidence la dame concernée comme l’objet
des convoitises, le mari ne jouant qu’un rôle secondaire ou n’étant présent
qu’implicitement. Dans la lettre de septembre 1584, il est question de
« la resollution du mariage de M. de Savoie avec l’infante d’Espaigne
seconde »[97] :
cette dernière est désignée comme l’objet passif mais, en raison de son rang,
supérieur. De même, le 5 octobre 1585, lorsqu’elle estime sa « niepce de
Lorraine heureuse aittre an vostre messon »[98] :
le fils d’Anne d’Este, Charles Emmanuel de Savoie, duc de Nemours, n’est pas
nommément cité, à l’inverse de la princesse, Christine de Lorraine, élevée à la
cour de France. Cependant, cette sorte de solidarité féminine qui s’esquisse ne
prend pas l’envergure d’une précellence : le lien avec la parenté avant
tout. Et en août 1576, Louise de Lorraine ne dit pas autre chose, étant
« bien aise que le marige de Monsieur du Maine é faict »[99] ;
la mariée, Henriette de Savoie, demeure absente de son propos : la notion
d’établissement de Charles de Lorraine, promesse de la pérennité et de
l’expansion de la maison de Lorraine, surpasse celle de l’union entre deux
personnes. L’affirmation de ce topos nobiliaire ne serait en rien
pertinent s’il n’était pas extensible à la situation de Louise de Vaudémont
métamorphosée en Louise de Lorraine.
Cette correspondance se construit
essentiellement hors de la cour, et constitue un témoignage original sur les
pratiques thermales auxquelles Louise de Lorraine fut astreinte sa vie durant,
presque tous les ans entre 1575 et 1589, et probablement plusieurs fois lors de
sa viduité, dans le Bourbonnais ou en Lorraine. Ces cures thermales
intervenaient dans le cadre de thérapeutiques cherchant à vaincre la
‘stérilité’ du couple royal. Jacqueline Boucher rapporte, citant l’ambassadeur
anglais, qu’en juin 1576, la reine « était résolue à prendre à Dieppe des
bains d’eau de mer (…) fécondants »[100].
Toutefois cette « résolution »
ne signifie pas qu’elle se soumettait « avec zèle à tous les
remèdes physiques (…) préconisés dans un tel cas »[101].
En fait, ces retraites de santé lui convenaient dans la mesure où Henri III
demeurait à ses côtés. Or en 1580, elle se retrouva seule à
Bourbon-Lancy :
« Je suis an ung fort facheux lieux,
j’ay commanssé ce mattin prendre de l’au ; cy j’an resois le profi que
ceus du peïs dise que fait, je m’an retourneré bien sainee »[102].
Plus que l’incommodité
de l’endroit, c’est l’éloignement de la cour, de la reine mère et du roi qui
sont susceptibles d’incommoder la reine : retirée dans un ‘désert’ loin de
son ‘soleil’, son crédit courrait hasard, surtout en ce début des années 1580
au cours desquelles Henri III collectionnait les conquêtes féminines. L’arrivée
de Catherine de Médicis provoque d’ailleurs un changement immédiat dans sa
plume :
« mais à cet heur la roine et de
retour, qui m’orat ramené la troupe (…). Je ne puis partyr de ce lieux sy tost
puis que je me porte bien des beins. Il faux que je les prennee ancore
quelleque jour, il me profite infiniment »[103].
Cette impression de solitude est malgré
tout trompeuse : en 1580, la reine avait à ses côtés plusieurs érudits de
la cour, dont Jacopo Corbinelli. Si elle pouvait transporter des formes de vie
de cour, il n’en allait pas de même des personnes qu’elle aimait ou sur
lesquelles elle comptait afin de soutenir sa position personnelle.
Louise de Lorraine reconnaît à plusieurs
endroits l’efficacité des « beins » : c’est pourquoi, même après
1589 et l’anéantissement de ses espoirs d’enfantement, elle use encore de ce
type de médication. Ses nombreux séjours à Moulins – proche de plusieurs
sources réputées bienfaisantes – en été ou à l’automne lui permettaient ainsi
sûrement d’allier le souci de sa santé à ses obligations en Bourbonnais.
Moment de dévoilement, la lettre est aussi
un exercice formel qui s’intègre à l’art de la lettre, couru des cercles
mondains. Jacqueline Boucher estime que, contrairement à la reine de Navarre,
la « reine de France n’imitait pas les recueils italiens ou français de
lettres d’amour »[104]
et que son écriture énonce une retenue relevant plus du naturel que d’un ars
– un savoir-faire – épistolaire. Pourtant, ses missives de l’automne 1580 se construisent
selon des critères qui renvoient à une recherche stylistique singulière, et
dont les expressions abondent. Leur contenu se rapporte toujours à des
sentiments d’amitié et d’amour : le ‘je’ se transforme souvent dans
l’optique d’un art de cour, en ‘jeu’ où l’amour est intellectualisé. Cependant,
cette notion d’amour ‘platonique’ que mettraient en scène de pareilles lettres
confine à une ambiguïté entre idéal et réel.
Henri III écrivit de nombreuses fois à Livia Pic de La Mirandole des
lettres galantes, mais leur destinataire affirma qu’elle n’avait pas eu de
liaison avec le roi[105].
Toutefois, dans le cas de Louise de Lorraine, en raison du contenu politique,
éthique et affectif de l’amitié, ce genre de missive devait impliquer une part
personnelle bien plus importante.
La première lettre de septembre 1580
(Ms.fr. 3238, fol.22) illustre clairement cette prospection du langage :
l’accumulation des figures de style conjugue la mécanique des mots à la
représentation intérieure du sentiment de soi et participe à la constitution
d’une écriture native et achevée à la fois dans un même élan organique,
manifeste de la vitalité de Louise de Lorraine. L’hyperbole y est
particulièrement présente : « un sy baux, bonn mary, estant la plus
heureuse fame du monde », « m’eant tant montré d’amittié que ne fais
que prier Dieu », « ne voullant vivre que pour luy », « le
faire souvenir toujour de moy qui ne suis que de corp eloiniée de luy, car
l’esprit i est sans çaisse », « journellement plus a vous (…) mander
souvant », « qui me font tant d’onneur que ne sauroit jamais luy
randre tant de servise tres humble », « an etant infinimant
marie ».
Cette sorte de mélodie de l’emphase se
double d’une harmonie inspirée par d’autres figures de style, véritables
ciments de ce type de missive : l’impression d’énergie s’en trouve
d’autant plus renforcée comme étant l’émanation des tensions et des angoisses
qui occupaient l’esprit de la reine, de l’épouse et de la femme. La première
partie de cette lettre s’articule autour d’un chiasme – « l’honneur que le
roy me faict (…) du roy et de la roine qui me font tant d’onneur » –
indiquant clairement l’objet réel des pensées de la reine, alors que « les
regret » sur la mort du duc de Savoie sont rejetés à la fin de la dépêche.
De même, plusieurs jeux de mots ponctuent cette lettre, selon une rythmique du
pléonasme et de l’oxymore. En voici les plus significatifs : « aittre
elloinié de la presansse » & « que de corp elloiniée de luy, car
l’esprit i est sans çaisse » ; « d’ocquation et auccy de
voulonté » ; « me consolle et m’afflige ».
De telles occurrences se retrouvent dans
l’ensemble de la correspondance écrite à Bourbon Lancy à l’automne 1580,
lorsque Louise de Lorraine attend Henri III et Catherine de Médicis. Dans la
seconde dépêche de septembre (fol.56), une allitération – « je suis an ung
fort facheux lieu » – et un chiasme – « unn grant plaisir de vos
nouvelles (…) quant au nostre, il ne sont pas grant » – montrent bien la
seule fonction phatique de cet écrit qui ne délivre aucune information
originale : la reine convie simplement Anne d’Este à « ne vous lasser
me faire souvant part de vos laittre qui me sont tres agrabble ».
La lettre suivante (fol.50) offre de
nombreux parallélismes avec ce qui précède : la continuité qui s’en dégage
indique encore une fois la construction ‘raisonnée’ de ce morceau de
correspondance. En effet, en septembre, Louise de Lorraine termine en écrivant
« je vous baisse les mains » ; or quelques jours après, elle
commence par la même formule : « Je vous baise les mains mille
fois ». Elle réitère également son propos sur l’ennui : « Je ne puis
vous dire grant nouvelle de ce lieux ». Déjà en septembre, elle affirmait
que « cy j’en resois le profi que ceus du peïs dise que fait, je m’an
retourneré bien sainee », et en octobre, ses bains demeurent son seul
sujet de conversation épistolaire : « Mon veage ne m’orat esté
inutille pour ma santé ». Les jeux de mots donnent cependant à l’ensemble
une tonalité plaisante : « le tant m’est bien lons d’aittre cy lons
tans sans le roy et la roine (…) de cet heur je m’ant treuve sy bien que n’es
atandu le tans » ; « n’ait tant agresé que l’on vous a dit, car
la nature des bens me grise ».
Enfin, la dernière lettre en provenance du
Bourbonnais exprime d’une manière explicite la joie qu’elle éprouve à l’idée du
retour imminent de Catherine de Médicis, puis de Henri III. Les hyperboles
emplissent de nouveau la missive : sa lassitude des bains a complètement
disparu – « Je ne puis partyr de ce lieux sy tost (…) il me profite
infiniment » – et la reconnaissance envers la duchesse de Nemours
s’affirme – « vos nouvelles que j’ay tres agreable », « je
n’atprant rien icy qui vous puis aittre escript », et surtout
« finiré an la devotion, madame, aittre etternellement à vous ». De
telles démonstrations d’affection se recoupent avec une conception éthique de
l’amitié et, malgré les tournures, le sentiment de l’humilité
transparaît : les affectations ne sont en rien gratuites, les traits ne
deviennent pas des artifices, la forme n’est que le reflet discret mais résolu,
voire ardent de ses préoccupations. Car les canons stylistiques empruntés aux
usages de cour se muent sans peine en instruments de la transmission d’une
individualité dont l’espace connu justement se résume à la cour. A l’image de
la société de la fin du XVIe siècle, où la notion de différenciation
est relative, une dévote peut se nourrir du monde pour mieux digérer sa
réflexion intime.
[1] Christine Planté (dir.), L’épistolaire, un genre féminin ?, Paris, 1998; 305 p. Voir surtout
l’étude de Roger Duchêne, “la lettre : genre masculin et pratique féminine”, p.
27-50.
[2] Michel François (publ.), “Cinquante lettres d’une
reine de France, Louise de Vaudémont, femme de Henri III”, in Annuaire-bulletin de la société d’histoire
de France, Paris, 1943, pp. 129-165.
[3] Ms.fr. 20480, fol.329.
[4] Gabriel Audisio & Isabelle Bonnot-Rambaud, Lire le français d’hier. Manuel de
paléographie moderne, XV e-XVIIIe siècle, Paris,
1997.
[5] Michel François, op.cit., p.132.
[6] Jacqueline Boucher, op.cit., p. 204-206.
[7] Ms.fr. 15908, fol. 522.
[8] Edouard Meaume, op.cit., p.62-63.
[9] Ibid., p.62-63.
[10] Ms.fr. 3304, fol. 133.
[11] Michel François, op.cit., p.141, note 1.
[12] Lettre cite in Charles de Baillon, op.cit., p.106-107, d’après les Mémoires de Michel de Castelnau.
[13] Marguerite de Valois, Mémoires, éd. Sylvie Rozenker, Toulouse, 1994, p.123.
[14] Ibid.,
p.83.
[15] Jacqueline Boucher, op.cit., p.204. « Elle s’intéressa au sort de ses cousins
malheureux et s’efforça d’obtenir pour eux l’appui du Roi. Les 17, 20 et 21
mars 1576 l’ambassadeur espagnol transmit à Philippe II des lettres de Henri
III, de Catherine et de Louise en faveur du jeune Comte d’Egmont : il
cherchait à rentrer en grâce et en possession de son héritage. (…) Le 7
octobre, il affirmait qu’elle travaillait aux intérêts de ce dernier sans
permission du Roi et qu’elle aurait envoyé quelqu’un en Flandre pour
cela ».
[16] Marguerite de Valois, op.cit., p.81.
[17] Ibid.,
p.81-83. La seule objection possible
réside dans le fait que la reine de Navarre pense que « la reine »
peut servir d’intermédiaire entre Henri III et Henri de Navarre, rôle qui échut
à la reine mère, mais après 1577.
[18] Jacqueline Boucher, op.cit., p.128-129. Celle-ci pense que le duc d’Anjou cherchait à
se procurer les bonnes grâces de la reine pour influencer le roi en sa faveur.
« Héritier du trône, il pouvait penser que cette reine sans enfant, dont
le sort serait malheureux si le Roi mal portant, mourait prématurément, serait
portée à se ménager les bonnes grâces de son successeur ». Le raisonnement
nous semble peu convaincant car le duc d’Anjou fut d’une constitution plus
fragile que son frère Henri III ; car en 1579, la stérilité de la reine
n’était pas un fait assuré, et surtout parce qu’une fois roi, nous ne voyons
pas pourquoi Anjou aurait fait plus de cas de la reine Louise que son frère
n’en fit d’Elisabeth d’Autriche, veuve de Charles IX.
[19] Acta Nuntiaturae Gallicae. Correspondance du
nonce Anselmo Dandino (1578-1581), ed. Ivan Coulas, Rome-Paris, 1970,
p.240.
[20] Ms.fr. 3473. “Carissima in Christo filia nostra
salutem et apostolicam benedictionem. Cum multa et gravissima essent causa
creandi sancta romana Ecclesia cardinalem, nostrumque, et sedis apostolica a
latere legatum Joannem Franciscum episcopum Brixiensem, cujus diligentissima,
ac fidelissima apud Regem Christianissimum virum tuum opera viebamur (sic), tum
illum non in postremis habuimus (…). Is etiam has literas reddet Maiestati Tuae
(…). Dat Romae apud Sanctum Marcum sub annulo Piscatoris die III Augusti
MDLXXXVIII Pontificatus Nostri Anno Quarto”.
[21] Acta
Nuntiaturae Gallicae. Correspondance du nonce G.B. Castelli (1581-1583),
publ. R. Toupin, Rome-Paris, 1967, p.212-213, 517-518 & 557.
[22] Ms.fr. 23614, fol.112.
[23] Michel François, op.cit., p.137-138.
[24] Jacqueline Boucher, op.cit., p.69. Son propos va à l’encontre de ceux tenus par Edouard
Meaume qui se perd souvent à quelques conjectures hasardeuses : « La
capacité et la probité bien connues de ce personnage étaient une garantie de la
fidélité de sa gestion. Il était l’ami et le protecteur des gens de lettres, et
son érudition plaisait à la reine ; mais souvent il eut à défendre sa
caisse contre les charités de Louise qui n’étaient jamais aussi grandes qu’elle
l’aurait désiré. », in Edouard Meaume, op.cit.,
p.61. En effet, le surintendant des finances cherchait à défendre
« sa » caisse…
[25] Antoine Malet, op.cit., VII, 7.
[26] Lettre du 18 septembre 1582.
[27] Coll. Moreau, n°832, fol. 214.
[28] Emmanuel Meaume, op.cit., p.158.
[29] Coll. Moreau, n°832 fol. 233.
[30] Abbé Chevalier, op.cit., p.390-396.
[31] Inventaire
sommaire des Archives communales. Ville
de Moulins, op.cit., p.16.
[32] Jean Marie Constant, La noblesse française aux XVI e et XVIIe siècles,
p.131
[33] Ms.fr. 3238, fol. 52.
[34] Jean Marie Constant, op.cit., p.117.
[35] Ce fut d’ailleurs Louise de Lorraine qui se
chargea des derniers détails concernant la conclusion du mariage de Christine
de Lorraine avec le grand duc de Toscane Ferdinand de Médicis, après le décès
de la reine mère le 5 janvier 1589.
[36] Jean Marie Constant, op.cit., p.148.
[37] Ms fr. 23614, fol.112.
[38] Ces membres de la maison de Lorraine sont :
Antoinette de Bourbon, duchesse douairière de Guise ; Anne d’Este, mère du
duc de Guise ; Catherine de Clèves, duchesse de Guise ; Catherine de
Lorraine, comtesse de Vaudémont ; Henriette de Savoie, duchesse de
Mayenne ; Marie de Lorraine, duchesse d’Aumale ; Catherine de
Lorraine, duchesse de Montpensier ; et Marie de Luxembourg, duchesse de
Mercœur. Parmi les fidèles des Guise que nous avons pu identifié au sein de la
Maison de la reine, il faut citer : Fulvie Pic de La Mirandole, comtesse
de Randan ; Jehan de Pilles ; etc.
[39] Robert de Combault ; Anne de Thou, dame de
Cheverny ; Françoise Robertet, dame de La Bourdaisière ; Françoise
Babou, dame d’Estrées ; Françoise de Rochechouart, dame de
Richelieu ; Suzanne de La Porte, dame de Richelieu ; Françoise du
Plessis, dame du Cambout ; Anne Hurault, dame de Nesle ; etc.
[40] Louise de la Béraudière, dame de Combault ;
Catherine de Clermont, comtesse de Retz ; Alphonsine Strozzi, comtesse de
Fiesque ; Scipion de Fiesque ; les naines de la reine, etc.
[41] Jeanne de Cossé Brissac, dame de St Luc; Hélène d’Illiers, dame d’O; Anne de
Batarnay, dame de La Valette; Catherine de Nogaret, dame du Bouchage;
Marguerite d’Inteville; etc.
[42] Edouard Meaume, op.cit., p.177.
[43] Ms.fr. 3238, fol. 34. Michel François assure que
“Lalianin” est en fait Pierre Jeannin, qui avait la confiance du duc de
Mayenne, et donc, celle de Louise de Lorraine (jusqu’en 1589 au plus tard).
[44] Ms.fr. 3291, fol.53.
[45] Ms.fr. 3619, fol. 4.
[46] Michel François, op.cit., p.147.
[47] Jean Marie Constant, op.cit., p.143.
[48] Ji-Heon Suh, op.cit.,
p.12-64.
[49] Antoine Malet, op.cit., VI, 18. Voir aussi Jacqueline Boucher, op.cit., p.124-125.
[50] Ms.fr. 3238, fol.54.
[51] Ibid.,
fol.56.
[52] Ibid.,
fol.50.
[53] Ibid.,
fol.38.
[54] Ibid.,
fol.48.
[55] Ibid.,
fol.58.
[56] Ibid.,
fol.40.
[57] Ibid.,
fol.34.
[58] Ibid.,
fol.44.
[59] Ibid.,
fol.32.
[60] Ibid.,
fol.46.
[61] Ibid.,
fol.36.
[62] Denis Crouzet, La sagesse et le malheur. Michel de L’Hospital, chancelier de France,
Paris, 1998, p.119.
[63] Ms.fr. 3238, fol.40.
[64] Coll. de Lorraine, n°487, fol.133.
[65] Ms.fr. 3291, fol.53.
[66] Ms.fr. 3238, fol.20.
[67] Ibid.,
fol.16.
[68] Ibid.,
fol.28.
[69] Ibid.,
fol.58.
[70] Jacqueline Boucher, op.cit., p.203.
[71] Ms.fr. 3238, fol.22.
[72] Ibid.,
fol.56.
[73] Ibid.,
fol.38.
[74] Ibid.,
fol.34.
[75] Ibid.,
fol.58.
[76] Ibid.,
fol.44.
[77] Ibid.,
fol.26.
[78] Ibid.,
fol.34.
[79] Ibid.,
fol.36.
[80] Jacqueline Boucher, op.cit., p.57.
[81] Antoine Malet, op.cit., III, 14.
[82] Ibid.,
III, 19.
[83] Ibid.,
IV, 1.
[84] Ms.fr. 3238, fol.32.
[85] Antoine Malet, op.cit., VI, 13 – ter.
[86] Jean Marie Constant, op.cit., p.161-162.
[87] Ms.fr. 3238, fol.56.
[88] Ms.fr. 20480, fol.331.
[89] Ms.fr. 3238, fol.22.
[90] Ibid., fol.44.
[91] Marguerite de Valois, op.cit., p.12. Henri de Lorraine, prince de Joinville puis duc de
Guise, fils d’Anne d’Este, côtoyait les enfants du roi Henri II, dès sa prime
jeunesse.
[92] Jacqueline Boucher, op.cit., p.65-67. Cet ancêtre des Trianon et Marly fut le château d’Ollinville,
curieux mélange de tours et de fossés médiévaux où pointait une galerie
renaissance de Martin Fréminet.
[93] Ms.fr. 3238, fol.44.
[94] Ibid.,
fol.26.
[95] Ibid., fol.54.
[96] Ibid., fol.22.
[97] Ibid., fol.52.
[98] Ibid., fol.58.
[99] Ibid., fol.54.
[100] Jacqueline Boucher, op.cit., p.137.
[101] Ibid., p.137.
[102] Ms.fr. 3238, fol.56.
[103] Ibid., fol.52.
[104] Jacqueline Boucher, op.cit., p.244.
[105] Ibid., p.127.