$Or

chirurgien de garde annonce à des parents endormis la mort de leur en­ fant, broyépar la maSSe de métal qu'il astiquait encore amoureusement le ma­ tin. Le lendemain, le cri de douleur des proches se transformera en un simple fait divers, lu distraitement dans la pres se du lundi matin. Pour tenter d'arracher les esprits à la résignation, « RED », une ASBL spécialisée dans les mesures judiciaires alternatives pour les jeunesautomobilistes, s'ingé­ nie, chaque lundi, à pub lier sur Internet le bilan macabre des accidents du week-end dans le pays. A l'écran, pour celui de la mi-juin : 11 morts et 29 blessés !

Est-ce suffisant pour frapper les ima­ ginations ? Il Y a quelques années, pour taper davantage sur le clou, RED a réa-

lisé une cassette vidéo bouleversante. Avec la sobriété crue du noir et l:ilanc, mais sans une seule goutte de sang ni le moindre morceau de t6le froissée, elle a donné la parole à des aècidentés lourds, à des parents d'adolescents rilorts, à des auteurs d'accidents. Tous ont expliqué, face à la caméra, comment leur vie a basculé lors d'une fin de nuit stupide­ ment marquée par la dope ou la fatigue excessive.

Projetée dans de petits groupes, cette cassette nQue iinmanquablement les gorges et un silence assommé ponctue le générique. On ne sait trop s'ilfaut applaudir la qualité de ce travail de réalisation ou pleurer avec ces mères, ces épouses et ces pères meurtris.Mais

. certains parents spectateurs, rudement secoués, ont confié leur perplexité : pour eux, la dureté de tels témoignages, quasi insoutenables, pourrait limiter l'impact auprès des adolescents. Ils seraient trop éloignés de leur vécu. Ils les pousse­ raient donc à la politique de l'autruche, voire à larésignation.

Toute la question est là : comment s'adresser efficacement à des adoles­ cents et de jeunes adultes? Comment toucher cette tranche d'äge, réputée pourson goût de la transgression et l'amour du flirt avec le danger extrê­ me ? Et comment, surtout, modifier coilcrètement les comportements ? Depuis uile dizaine d'années, les « Res­ ponsible Young Drivers» (RYD, Jeunes conducteurs responsables) sont passés maîtres dans l'art d'adapter

leur message à leurs ... semblables. Connus pour leurs actions de rapatrie­ ment des fêtards (tous äges confondus) au réveillon de la Saint-Sylvestre, ces

jeunes bénévbfës· organisent aussi, en octobre, des actiöns ciblées sur une cinquantaine de discothèques du pays. Pourquoi à cette époque? Parce qu'avec les mois de juin et de sep­ tembre, octobre est le mois le pl

meurtrier sur les routes. J

A l'entrée des dancings, les RYD proposent aux fêtards (du moins, les chauffeurs) de porter un bracelet. Ainsi

« marqués », ils s'engagent moralement

à ne pas boire durant la fête. AJeur sortie, ceux-ci soufflentdans le «ballon». S'ils sont sobres, ils reçoiventde petits cadeaux (friandises, limonades) qui les valorisent symboliquement aux yeux des passagers et marquent le respect de le.ur engagement moral. S'ils sont

« positifs », les RYD engagent la conversation pour tenter de les découra­ ger de prendre le volant et pour trouver une alternative. « Nous ne sommes pas des baby-sitters et no us n'avons aucun discours moralisateursur l'alcool en soi, explique Nathalie Crépin (RYD). Cela no us discréditerait à leurs yeux. Mais nous no us adressons aux chauf­ feurs par un discours valorisant, pour f" faire une sorte de "héros de la soirée" .. ~

Personne ne saura jamais combien de vies humaines sont sauvées chaque année par ce be au travail associatif.

. Mais, vu le nombre de dancings et de bals de village fréquentés le week-end, on conçoit aisément qu'il ne s'agit que d'une goutte d'eau. Certes, il y a des raisons d'espérer: la campagne« Bob» de l'Institut beIge pour la sécurité rou­ tière (IBSR) semble davantage faire mouche auprès des jeunes qu'auprès de leurs aînés. En effet, contrairement à certaines idées reçues, les 18-24 ans semblent plus réticents à prendre le volant après avoir bu de l'alcool que leurs aînés (et plus particulièrement les 40-5-4 ans). Pour ces derniers, l'IBSR pointe du doigt le gros problème des pauses de midi ou des repas d'affaires un peu arrosés, suivis imrriédiatement de la conduite. Mais la consolation est

<l de courte durée : la consommation de

g drogues - et particulièrement cene •••

lE VIF/~EXPRESS 29/6/2001 e 25

Hosted by www.Geocities.ws

1