Geneviève Jeanson
le retour à Montréal

Geneviève a été reçue à Montréal, à son retour des championnats du monde, avec tous les honneurs dus à une grande championne.

Conférence de presse à son arrivée à Dorval, télédiffusée en direct par RDI le 11 octobre, entrevue par Stéphane Bureau à l'émission LE POINT de Radio-Canada le 12 octobre, etc. etc. du jamais vu, de mémoire de cycliste !

Voici ce qu'on pouvait lire dans les journaux du 12 octobre 1999.


12 octobre 1999

Geneviève Jeanson est de retour d'Italie


photo : Martin Chamberland, La Presse
Le maître, pour ne pas dire le préfet de discipline, André Aubut, et sa révélation, la double championne du monde Geneviève Jeanson, avec "leurs" médailles d'or.

"Il n'y a pas de raccourci"

FRANÇOIS BÉLIVEAU

La double championne du monde Geneviève Jeanson a été accueillie triomphalement hier, à l'aéroport de Dorval, à son retour d'Italie. Des titres qu'elle a quasi payés de sa poche, en plus de sa sueur, et grâce à la patience de son entraîneur André Aubut.

Plus d'une centaine de parents, amis et membres du milieu cycliste l'ont applaudie et ont longuement écouté ce qu'elle racontait aux médias. Ensuite, après 15h, ce furent les honneurs dûs à une championne à la Mairie de Lachine, en présence d'au moins 50 admirateurs, dont les membres du Conseil municipal.

Bien articulée, confiante devant le micro, la jolie championne qui a eu 18 ans le 29 août, a fait part de sa longue préparation à ce Championnat du monde, et de ses espoirs l'été prochain. Elle vise une victoire en juin à l'épreuve de la Coupe du monde sur le Mont-Royal, course dont elle avait été exclue par la fédération internationale l'été dernier à cause de son âge, ainsi qu'une place au sein de l'équipe canadienne en vue des Jeux olympiques.

"Les événements se sont succédés comme dans un rêve, a raconté la championne canadienne junior depuis trois ans. D'abord, mon coach et moi étions allés reconnaître les lieux en février, grâce à un don de 3000 $ US d'une américaine de l'Arizona que nous avait présentée une amie d'enfance d'André, en affaires près de Phoenix.

"À Treviso et à Vérone, on a exploré les parcours, choisi les hôtels et établi des bons contacts. Je m'y sentais à l'aise. "Ensuite, nous sommes allés à la course du Mont Washington où les prix aux vainqueurs éclipsant le record de la montée nous attiraient. Nous nous sommes arrangés pour les gagner."

Elle y a battu le record féminin par dix minutes pour choisir l'argent, 30 000 $ US, au lieu de la voiture Audi Quattro. "Comme je n'ai pas mon permis de conduire, l'argent m'a permis de planifier et de financer notre voyage en Italie en s'y rendant, avec André et mes parents, plusieurs jours à l'avance."

Comme quoi Geneviève a ajouté son argent à ses nombreux efforts et à son talent pour mettre toutes les chances de son côté, pour ne pas dire "acheter ses deux médailles d'or".

Avec ses yeux rayonnants de sincérité, la médaillée d'or a ajouté: "Si je peux servir d'exemple aux jeunes, tant mieux! Mais ils doivent savoir qu'il n'y a pas de raccourci. Ça prend énormément de détermination et de travail (50 à 60 heures d'entraînement par semaine). Et pas question de dopage. Je ne crois pas être prête à sacrifier toute ma vie, à mourir à 50 ans. Je veux vieillir, avoir des petits enfants, jardiner..."

L'athlète (5'6 et 110 livres) était heureuse de revenir chez elle, d'embrasser sa grand-mère Lydia, son petit chien Milou, son père Yves et sa mère et diététicienne particulière, Nicole... et toutes ses petites cousines, ses oncles et tantes. Ainsi que ses coéquipières du club des Espoirs-Laval, et ce bon vieux Monsieur "Bed", Antoine Bedwani, qui n'a cessé d'opiner de la tête, de la suivre sans trop parler, tant l'émotion l'étreignait.

"Je ne réalise pas l'ampleur de ces victoires, a-t-elle encore dit. C'est une étape dans ma vie, mais c'est déjà hier. Je vais passer à autre chose, dont mes études. C'est important. J'ai pris du retard. Une carrière d'athlète, c'est éphémère." Et généreuse, elle a remercié les gens: "Vous avez tous contribué à mon succès d'une manière où d'une autre. Quant à André (Aubut), si un jour on se sépare, je ne suis pas sûre que je ferai encore du vélo. J'aurais de la difficulté à faire confiance à quelqu'un d'autre."


Geneviève et André, le triomphe de la discipline

FRANÇOIS BÉLIVEAU

La double victoire de Geneviève Jeanson, c'est le triomphe d'un entraîneur, le rigide André Aubut, maître de l'ultra-discipline.

L'homme de 44 ans, professeur d'éducation physique à l'école secondaire Dalbé-Viau de Lachine, marié à Joanne Ward qui travaille pour Air Canada, ne pense pas encore avoir d'enfant.

« Il faudrait que j'abandonne bien des choses que j'aime par-dessus tout. Ne serait-ce que ma passion d'entraîner Geneviève. »

Le maire de Lachine, William McCullock, l'a reconnu hier quand la championne a été reçue avec tous les honneurs : « Pour suivre ou accompagner Geneviève à l'entraînement, André roule à vélo 12 000 km par an, a dit le maire. Plusieurs ne font pas ça en voiture. »

André Aubut a du caractère et il est sévère. Geneviève aussi.

« Deux gros caractères, affirme Nicole Jeanson, mère de l'athlète. Il y a parfois des confrontations. Il arrive qu'ils ne se parlent pas durant deux jours, et Geneviève se remet alors en question. Mais ils se sortent toujours de ces petites crises. L'estime qu'ils se portent est une incroyable base. Si on voulait lui imposer un autre entraîneur, on refuserait catégoriquement ! »

Monter et descendre en courant les escaliers du Mont-Royal, faire de la musculation, soulever des poids, du ski de fond au pas de patin l'hiver, des centaines de kilomètres en vélo par jour, avec toujours André derrière, qui en exige davantage.

Il a lui-même pratiqué le canoë-kayak en compétition. Il a raté les Jeux olympiques de Moscou en 1980 à cause du boycottage. Il a pratiqué le hockey, le football, le basket, le baseball. On l'a vu entraîner d'autres grandes championnes dans sa spécialité, Caroline Brunet, Marie-Josée Gibeau qu'il supervise encore.

« Il faut absolument que ça clique entre l'athlète et moi, dit-il. Et qu'il accepte de travailler à fond, à se défoncer. »

Les sceptiques sont confondus. Plusieurs ne voyaient pas d'un bon oeil un entraîneur venant d'une autre discipline. Et certains l'accusaient d'exiger trop, de risquer de brûler l'athlète.

« Avec Geneviève, au contraire, c'est elle qui m'aide à être encore plus discipliné. Elle dit qu'elle n'est pas tombée dans la potion magique et elle a raison. C'est une tigresse. I1 n'y a pas une autre athlète qui travaille fort comme elle. Moi, traîne j'entraîne l'athlète, avant le vélo. Elle possède le physique idéal pour son sport, surtout la montagne. Elle a aussi l'intelligence de ne pas se mettre de pression. Je l'ai convaincue qu'en Italie, c'était une course comme une autre. Pas un championnat du monde. »

Geneviève, qui a aussi payé son salaire, a les yeux brillants en parlant d'Aubut : «Il est après tout médaillé d'argent chez les maîtres au Championnat du monde de ski de fond. Grand observateur, les stratégies du vélo n'ont plus de secret pour lui. »

« À l'école, tu passes avec 60%. Moi, dit André, j'exige 100% !»


12 octobre 1999

Geneviève Jeanson surprise de l'accueil

Je ne m'attendais pas à un tel accueil. Merci ! Continuez à me soutenir, car un athlète a vraiment besoin de beaucoup d'encouragement.


photo : André Viau
GENEVIÈVE JEANSON était émue lorsqu'elle a accepté les fleurs et les embrassades d'usage à sa descente d'avion.

Martin Smith

Lunettes au nez et souriant à belles dents, Geneviève Jeanson était ravie de voir tant de parents, d'amis, de coéquipiers du club Les Espoirs de Laval et de représentants des médias l'attendre à l'aéroport Dorval, hier midi.

Deux jours plus tôt, son père Yves et sa mère Nicole ont vécu la même expérience. « En Italie, on ne réalisait pas ce qui se passait au Québec, ont-ils raconté. Une fois les courses terminées, c'était fini, la vie reprenait son cours. Mais, de retour à Montréal, wow !, les téléphones et les messages de félicitations n'arrêtaient pas. » Escortée par des agents de la GRC, la jeune double championne du monde junior de cyclisme sur route a eu droit aux embrassades et aux bouquets de fleurs d'usage avant de prendre place à une table de la salle VIP.

« Je voudrais commencer par dire merci à André et à monsieur Bedwani », a-t-elle dit en faisant référence à son entraîneur André Aubut, assis à ses côtés, et à Antoine Bedwani, président fondateur du club lavallois avec qui elle a donné ses premiers coups de pédale en compétition.

« J'ai connu une bonne saison, mais j'aurais été vraiment déçue si je n'étais pas revenue d'Italie avec un titre, a-t-elle poursuivi. J'étais très confiante car nous avions tout planifié jusque dans les moindres détails. » Pas de raccourcis Après avoir reçu des bouquets de fleurs de petites filles qui rêvent maintenant de suivre ses traces, Geneviève Jeanson a dit : « Tant mieux si je peux servir de modèle. » Au chapitre du succès comme de la démarche pour y arriver...

« Je ne serai jamais prête à sacrifier ma santé pour des médailles », a-t-elle dit en référence aux histoires de dopage qui ont terni l'image du cyclisme.

« Je veux vivre une belle vieillesse, avoir des petits-enfants et faire du jardinage. Pas question de détruire ma santé ! » Le secret de sa réussite se résume en ces quelques mots : les raccourcis n'existent pas.

« Ce qui a fait la différence en Italie, c'est l'extraordinaire discipline démontrée par Geneviève, jour après jour depuis trois ans », a confirmé son entraîneur.

« C'est dans ma nature d'être exigeant, mais Geneviève me pousse encore plus loin », a poursuivi André Aubut.

Les deux font vraiment la paire dans leur cas.

Jeanson a gagné son premier championnat canadien junior alors qu'elle était une cadette surclassée. Elle a décroché une médaille de bronze au contre-la-montre dès sa première présence au Mondial junior et monopolisé les deux titres, cette année.

« Maintenant, je vise une présence aux Jeux olympiques », dit-elle sans fausse modestie. Les cyclistes seniors sont mieux d'être bien préparées car rien ne résiste à l'ouragan Jeanson !

Un message du premier ministre
Les félicitations sont venues de partout, y compris du premier ministre du Québec. Dans un message émanant de son cabinet, Lucien Bouchard s'associe au ministre d'État à l'Éducation et à la Jeunesse, François Legault, pour souligner le double exploit, le courage et la persévérance de... « madame » Jeanson.

« Elle est un exemple de détermination pour toute la jeunesse québécoise, ont-ils fait remarquer. Nous sommes heureux qu'une fois de plus, la jeunesse québécoise soit présente et se distingue sur la scène internationale. » À l'instar d'un chroniqueur montréalais, excellent au demeurant, le cabinet du premier ministre donne 17 ans à Geneviève Jeanson. Or, la jeune cycliste de Lachine est devenue majeure le 29 août dernier.

Belle complicité entre Jeanson et son entraîneur

« S'il ne pouvait plus être à mes côtés, j'arrêterais le cyclisme »

Je ne suis pas tombée dans une marmite de potion magique... J'ai travaillé très fort pour en arriver là

Martin Smith

Ses succès, Geneviève Jeanson les doit au fait qu'elle a toujours accepté de payer de sa personne, comme on dit.

Néanmoins, elle profite de la moindre occasion pour remettre tout le crédit à son entraîneur André Aubut qui se serait fait traiter de bourreau par une athlète moins déterminée.

La complicité et la relation de confiance entre Aubut et Jeanson sont telles que «j'arrêterais le cyclisme si je ne pouvais plus travailler avec lui», lance la double championne du monde junior.

Dans son entourage, les yeux s'écarquillent et les louanges pleuvent dès qu'on aborde le sujet de son éthique de travail.

«Elle a accompli le rêve de beaucoup de cyclistes parce qu'elle a accepté de faire tous les sacrifices qui s'imposaient», a souligné Yanick Cqjan, un connaisseur en la matière.

«Ça fait 21 ans que je suis avec les Espoirs de Laval et je n'en ai jamais vu une autre conune Geneviève. »^

Après avoir découvert ce sport grâce aux Mardis de Lachine, la jeune Jeanson a eu la chance de rencontrer André Aubut. Ce maniaque de l'entraînement arrondissait ses paies de prof d'éducation physique à la polyvalente Dalbé-Viau en travaillant les samedis à la boutique de vélo de Tino Rossi.

« J'entraînais une équipe de basket-ball et elle venait sans cesse me voir pour que je lui prépare des séances de travail, s'est rappelé Aubut. On aurait dit que je ne lui en donnais jamais assez. »

Après l'avoir vue gagner la médaille d'or sur route des Jeux du Québec de Sherbrooke en 1995, Aubut s'est rendu compte qu'il avait un diamant brut entre les mains.

« Geneviève a le physique idéal pour le cyclisme, surtout pour la montagne, a-t-il dit. Mais ce que j'appréciais le plus, c'était sa volonté de gagner, sa détermination inébranlable. »

Du coeur et des jambes
Aubut s'est mis à lui consacrer de plus de temps, convaincu qu'elle était la candidate idéale pour mettre ses théories en pratique. Pas question de prendre des risques. Dès le départ, l'orthopédiste Maurice Duquette a fait partie de l'équipe.

«Un régime de travail comme celui-là, c'est éprouvant pour l'organisme, a-t-il expliqué. Je lui ai fait passer des examens physiques et des tests sanguins très régulièrement pour être sûr que les éléments essentiels étaient corrects.

« C'est incroyable ce que Geneviève peut faire. Elle tient deux heures avec le coeur battant à 185 pulsations à la minute. Un joueur de la LNH serait très essoufflé si on lui demandait de faire ça pendant sept ou huit minutes! »

Son bagage héréditaire et des efforts bien dosés lui ont aussi permis de développer une force extraordinaire au niveau des membres inférieurs.

« Au leg press (extension des membres inférieurs), elle peut pousser huit à dix fois d'affilée des poids que je n'arrive même pas à faire décoller», affirme Aubut.


12 octobre 1999


photo : ANDRE PICHETTE, GAZETTE
Cyclist Genevieve Jeanson of Lachine got a big hug from her mother, Nicole, when she arrived at Dorval airport yesterday wearing two gold medals from the junior women's world championships in Italy. Last week, Jeanson, 18, won the individual time trial and the road race at Verona. Her next goals: join the national team and compete in the Sydney Olympics.


de la saison 1999 de Geneviève Jeanson

Cette page du site www de Geneviève Jeanson (une section de VÉLOPTIMUM), a été mise à jour le
12 octobre 1999 par

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