<II> COMA
Pendant quinze jours, Jean, sa famille et les autres amis
de Paul se relayent à l'hôpital
en attendant qu'il se réveille de son coma.
Complètement intubé, il est gardé
sous surveillance médicale à l'unité des soins
intensifs.
Au cours de ces quinze jours d'inconscience et de coma
plus ou moins prononcé,
il lui arrive parfois de prononcer quelques mots presque
intelligibles mêlés de geignements, grognements
et parfois même quelques cris, qui glacent toujours
le sang de ses amis.
- "Ne vous inquiétez pas pour ces cris, leur dit le
médecin responsable.
Il ne souffre pas; il est inconscient, il rêve sans
doute.
J'espère juste que son coma ne se prolongera pas
trop longtemps:
on ne peut prévoir dans quel état sera son
cerveau si ça se prolonge trop longtemps..."
Le docteur Hearthbound,
le médecin à qui incombe la
responsabilité du patient Paul Tardif est en fait un
chirurgien
spécialisé dans les soins des patients
victimes d'accidents
nécéssitant des soins de chirurgie d'urgence
plus ou moins importants.
Âgé de cinquante-quatre ans à peine,
il exerce la chirurgie depuis quelques années
déjà;
en fait depuis sa sortie de l'école de
médecine puisqu'il s'était spécialisé
tout de suite.
Aussi, l'essentiel de son expérience se
situe-t-elle à ce niveau.
Comme Paul a été amené la veille
inconscient
mais avec une clavicule cassée
nécéssitant peut-être une opération
d'urgence,
c'est au docteur Heartbound qu'on a fait appel
pour répondre immédiatement aux besoins de
chirurgie le cas échéant.
Heureusement, une telle opération n'etait pas
essentielle en fait
et on s'est contenté de replacer l'épaule de
Paul pour l'immobiliser dans une position propice à une bonne
guérison.
L'hôpital en question est situé dans une
ville où aucun des amis de Paul n'habite,
ses visiteurs doivent donc avoir recours à
l'hospitalité de
l'oncle d'un ami de Jean pour les abriter pendant leur
séjour!
Leurs hôtes, tous deux tetraités et
extremmement disponibles pour aider leurs invités impromptus
se révèlent être des gens charmants et
très compréhensifs bien sûr,
mais ceux-ci n'en commencent pas moins à ressentir
une certaine gêne
à leur imposer un tel envahissement de leur vie
privée.
Aussi, lorsque le médecin traitant de Paul, le
docteur Hearthbond toujours,
leur suggère de retourner chez eux,
parce qu'il lui est "impossible de dire combien de temps
encore va durer le coma de Paul..."
qu'ils seront "avertis dès que l'état du
malade aura changé..."
que "de toute façon, il semble hors de danger
maintenant..."
que, "bien qu'encore inconscient, son comas est devenu
plus léger,
puisqu'on a même pu le débrancher de son
respirateur..."
mais que "son coma a déjà duré
suffisamment longtemps et avec une profondeur telle
que le patient n'est pas assuré de retrouver sa
pleine lucidité à son réveil..."
ils décident donc d'un commun accord d'abandonner
la veille continuelle qu'ils ont menée à tour de
rôle jusque là.
Il n'en est pas moins résolu de prendre contact
régulièrement avec le docteur Hearthbond
pour s'assurer de la qualité des soins qui seront
prodigués à Paul.
De cette façon, dès que leur copain
reprendra conscience,
un de ses amis pourra accourir pour l'aider à se
re-situer totalement.
De plus, on compte bien essayer alors de le faire
transférer à Montréal dès que possible,
pour qu'il soit plus près de tous ses amis et sa
famille.
Ce conseil du docteur Hearthbond aux amis de Paul,
bien que d'apparence totalement gratuit,
vise tout bonnement à lui laisser le champs libre
pour pouvoir soigner son patient
d'une façon qui lui semble plus appropriée
à son état, qui s'obstine à demeurer larvaire.
Ainsi, après le départ des amis de Paul,
Hearthbond entreprend de lui offrir l'aide des services de
physiothérapie
pour empêcher la musculature de son patient de
s'atrophier complètement
à cause d'une période d'inactivité
aussi prolongée.
Il veut aussi prévenir la possibilité d'une
calcification irréversible des articulations du patient.
En effet, le coma de ce dernier dure depuis quinze jours
déjà
et tout porte à croire qu'il pourrait encore se
prolonger longtemps.
Alors il faut absolument que ses membres et ses muscles
recommencent à bouger et à travailler
régulièrement.
En plus de lui administrer des massages réguliers,
on le stimulera donc localement avec des stimulateurs
électriques artificiels
comme ceux utilisés lors de cas de paralysie quand
le patient perd tout contrôle conscient sur ses muscles.
De plus, on fera bouger et fléchir ses
articulations quotidiennement.
Le médecin savait bien que devant le spectacle d'un
être cher, encore inconscient,
réagissant de façon
désordonnée et par soubresauts à l'action des
stimulateurs artificiels,
les proches du patient pourraient en être
troublés et peut-être exiger que les traitements soient
interrompus.
Le docteur Hearthbond est pourtant bien convaincu que de
tels traitements sont essentiels si la léthargie doit se
prolonger.
Puisque les systèmes respiratoire et circulatoire
du patient fonctionnent enfin normalement,
il espère que son coma est maintenant assez
léger
pour que l'action des stimulateurs soit sans danger pour
son système nerveux.
De plus, pense-t-il, peut-être leur action
contribuera-t-elle à enclencher une reprise de conscience du
patient.
De cette façon, il compte donner à son
patient une meilleure chance de ne pas rester handicapé
physiquement
à la suite d'un tel coma interminable.
Mary-Lou Fairlight, une physiothérapeute de
l'hôpital à la mine plutôt austère,
peu bavarde mais très compétente,
spécialisée dans ce genre de traitement avec
stimulateurs électriques artificiels sur des patients
paralysés,
est donc chargée de dispenser
régulièrement à Paul toute une batterie de
traitements appropriés,
pour prévenir l'atrophie complète de sa
musculature,
complètement amorphe autrement.
Très grande et osseuse, les cheveux poivre et sel,
Mary Lou est agée de quarante huit ans et depuis
près de vingt ans qu'elle exerce la profession de
physiothérapeute,
elle s'est très vite spécialisée dans
un type de soins qu'elle pouvait dispenser
sans avoir à expliquer en détails à
ses malades ce qu'elle allait leur faire ou ce qu'elle attendait
d'eux.
Quand à discuter avec eux de la pertinence du
traitement, il n'en avait jamais été question bien
entendu...
(SUITE): cliquez
TOUCHERtexte3EVEIL.html
RETOUR À LA PAGE D'OUVERTURE: cliquez
TOUCHERsiteGEOCITY.html
TABLE DES MATIÈRES: cliquez
TOUCHERtabMATIERES.html