« TOUCHER »
<I> UN PETIT SERVICE
- "Aaaaah, uuum, il fait soleil aujourd'hui, et il y a un
bon moment qu'il est levé.
Il fait déjà chaud; quelle belle
journée en perspective.
Je crois que je vais me lever tout de suite moi aussi.
Je vais aller préparer un petit déjeuner
sucré pour "mes femmes".
J'espère que l'odeur va les réveiller!"
Silencieusement et tout en faisant bien attention pour ne
pas réveiller sa compagne qui dort à ses
côtés,
Jean s'étire voluptueusement et s'extrait de sous
leurs couvertures.
Sur la pointe des pieds, il sort de la cabane
et s'en éloigne un peu pour goûter aux chauds
rayons du soleil.
- "Que ça fait du bien! S'il faisait toujours aussi
beau et chaud,
je crois bien que je passerais ma vie entière ici,
tout nu au soleil!"
Tout en se délectant des chauds rayons qui
caressent son corps nu encore engourdi de sommeil,
il se frictionne vigoureusement pour chasser les
dernières lourdeurs de la nuit.
De taille moyenne, les cheveux châtains clairs
plutôt longs et encore hirsutes,
il porte une barbe et une moustache que le rasoir ou les
ciseaux n'ont pas approchés depuis longtemps.
Il fait rapidement quelques flexions et exercices pour
stimuler la repise de contrôle de son corps encore endormi.
Puis, après avoir ramassé une grande
serviette de bain, il descend au bord de la rivière toute
proche.
Il enfile alors une paire de palmes, met un masque de
plongée ainsi qu'un petit tuba et se jette à l'eau
à côté du quai.
Il parcourt à la nage quelques centaines de
mètres le long de la rive, et revient ensuite au quai.
Après y être remonté, il s'y
dépouille de son équipement de plongée, s'essuie
tout le corps soigneusement
et remonte vers la cabane où dorment encore sa
compagne et leur fille.
Il s'agit en fait d'une minuscule construction de 16
mètres carrés à peine,
aux murs strictement constitués pas des pannaux de
mousticaire métalllique
recouverts par des pans de toile amovibles,
fixés grâce à un système
ingénieux d'attaches repides comme pour les ouvertures d'unne
tente standard.
Construite à une cinquantaine de mètres
d'une habitation beaucoup plus importante mais toujours en
construction,
elle surplombe la rive d'une rivière déserte
dont les eaux paresseuses traverse une contrée boisée
à peu près inhabitée.
- "L'odeur des bonnes crêpes au sirop
d'érable,
y a que ça de vrai pour réveiller sa belle
le matin!"
Pendant qu'il s'affaire ainsi à préparer sa
"fameuse" recette de crêpes,
en partie parce que leurs narines sont titillées
par le fumet de ce plat qu'elles adorent toutes deux
et en partie parce que Jean ne prend vraiment pas soin
d'éviter de faire du bruit en cuisinant,
les dormeuses commencent à émettre divers
grognements caractéristiques d'un réveil bien
entamé.
- "Pour qui la première crêpe?
Le cuisinier est occupé à ses fourneaux!
Est-ce qu'on va d'abord servir la chatte?
C'est encore le seul client à l'horizon."
- "Des crêpes pour déjeuner, quelle bonne
idée Jean!
Je voudrais rester couchée encore un petit peu pour
repenser à mon rêve et je me lève tout de suite
après.
En attendant, tu peux bien t'asseoir et manger la
première toi-même.
Je me charge de faire cuire les autres."
- "Bonjour papa! Je me lève tout de suite.
Gardes-moi la première, j'ai tellement faim!
Elles sont tellement bonnes tes crêpes et en plus
j'avais tellement le goût d'en manger ce matin!"
Bientôt, toute la famille est attablée en
train de se régaler.
"Pschchchuit" fait la cafetière espresso et la
franche odeur du café frais fait se mêle aux relents de
crêpes rôties
et aux parfums subtils des fleurs sauvages et des
conifères environnants.
Les trois convives, encore tous nus tous les trois,
s'occupent à engoufrer goûluement
au fur et à mesure les crèpes
fourrées aux fruits sauvages
que Jean place dans les assiètes dès
qu'elles sont prêtes.
- "Ce matin, il faut que j'aille au moulin à bois
pour commander le bois qui nous manque pour finir la maison.
Je sais bien quependant l'été, c'est encore
ici dans le gasebo qu'on est le mieux,
mais si on espère pouvoir vraiment quitter la ville
et déménager sur "la terre" un jour,
il faut encore travailler un peu et rendre notre
"château" en construction habitable et confortable même
l'hiver!
Et il va falloir qu'elle soit grande la maison,
si je veux y installer un studio de son pour moi et un
atelier de graphisme pour toi!"
- "C'est vrai Jean, mais même lorsque la maison sera
finie,
je pense que je voudrai encore passer mes
étés ici, dans le gasebo:
quand il fait chaud, on y dort tellement mieux que dans
une maison fermée!
C'est vrai que pour l'hiver, c'est impensable."
Dès qu'il a fini de manger sa dernière
crèpe,
Jean se lève et va sortir du gazebo quand
Marie-Elfe, sa fille de dix ans ans à peine lui saute sur le
dos en riant
et lui colle un baiser sonore dans l'oreille gauche.
Il s'arrête alors un moment et se retourne pour
embrasser Christiane, sa femme,
qui s'est approchéepour le saluer avant son
départ.
La jeune femme qui porte des cheveux noirs presqu'aussi
longs que ceux de sa fille,
quasi blonde quant à elle, est un peu plus petite
que son compagnon
et son corps bien bronzé et parfaitement
proportionné respire la santé et l'énergie.
Après avoir troqué son costume d'Adam pour
celui d'un motard tout de cuir vêtu,
Jean enfourche sa moto et démarre en
pétaradant.
Il va traverser les champs qui le séparent de la
route,
quand il aperçoit son ami Paul, le
célibataire endurci,
qui sort de son propre "shack" en construction et qui lui
fait des grands signes de la main.
Agé d'un peu plus de trente ans comme Jean,
Paul est un jeune homme de taille moyenne lui aussi et
qui, sans avoir le physique parfait d'un
athlète, est tout de même doté d'une
saine musculature, exempte de graisse et suffisante.
Tout nu lui aussi, il s'appoche à grande
enjambées du petit sentier qui
passe devant sa propre habitation avant de ralier le
chemin public du rang un kilomètre plus loin.
- "Jean, est-ce que tu vas au village?
Peux-tu me rendre un petit service?"
- "Oui, je vais passer par-là en allant au moulin
à scie."
- "OK. J'aurais besoin d'un rouleau de film à
diapositives.
Mais si tu vas au moulin à scie, j'aimerais en
profiter pour passer une commande moi aussi...
Je n'ai pas fini de faire ma liste, j'allais m'y remettre
tout de suite.
J'en aurais pour une heure environ...
Alors plutôt que te faire attendre que j'aie fini,
c'est moi qui pourrais te rendre un petit service:
si tu voulais me donner ta propre liste et me prêter
la moto et ton casque,
je pourrais y aller à ta place et passer nos deux
commandes à Ronald.
Profite du beau temps pour moi pendant ce temps
là!"
- "Comme tu voudras.
Avec le temps qu'il fait aujourd'hui,
j'avoue que je ne serais pas fâché de me
baigner plutôt que d'aller me faire secouer sur les routes de
terre du coin.
Alors si tu veux souffrir à ma place, vas-y,
je te laisse mes clefs, la moto, le casque, les listes et
tout le reste."
Après avoir donné sa commande de bois
à Paul,
Jean lui remet les clefs de sa BMW, son casque, sa veste
et son pantalon de cuir.
Puis il retourne à pied chez lui pour finir de se
déshabiller et replonger dans la fraîche rivière.
Une heure plus tard, il entend Paul partir et il continue
à savourer sa baignade avec "ses femmes".
Il n'y pense déjà plus, quand il a tout d'un
coup la surprise de voir apparaître au bout du champ une
voiture de police.
Il s'habille aussitôt en toute hâte pour
recevoir cette visite inopinée dans une tenue plus
appropriée.
La voiture n'est conduite que par un seul agent,
agé d'une cinquantaine d'années environ et
dont le crâne est très dégarni.
Il stationne sa voiture entre le gazebo et la maison en
contruction
et, après avoir logé un appel grâce au
poste de radio de sa voiture pour avertir son poste de commande de
son arrivée,
il descend du véhicule et se retourne pour
s'adresser à Jean qui lui fait maintenant face.
- "Bonjour monsieur. Je cherche Monsieur Jean St- Pierre,
vous le connaissez?"
- "C'est moi. En quoi puis-je vous être utile?"
- "Vous êtes bien le propriétaire d'une moto
BMW bleue immatriculée MG 7950?"
- "Oui, pourquoi?"
- "Il faut que je vous annonce une bien triste nouvelle:
elle vient d'avoir un accident.
Très léger, rassurez-vous: la moto n'a
presque rien. Par contre, son chauffeur...
Un certain monsieur Tardif, Paul tardif. Vous le
connaissez? ...
Bien. Alors, il n'est pas question de vol? ... Un emprunt
tout simplement? ...
Bon. Les détails de l'accident maintenant:
il n'a pas vraiment eu de collision:
il a simplement perdu le contrôle à basse
vitesse et il a chuté.
Il ne semblait pas avoir rien de cassé, il ne
portait pas son casque
ou alors il était mal attaché et il l'aura
perdu en tombant...
En tous cas, il semble qu'il a subi un traumatisme
crânien,
parce qu'il est tombé dans le coma peu après
l'accident.
Une ambulance l'a amené tout de suite à
l'Hôpital Général d'Ottawa."
<II> COMA
Pendant quinze jours, Jean, sa famille et les autres amis
de Paul se relayent à l'hôpital
en attendant qu'il se réveille de son coma.
Complètement intubé, il est gardé
sous surveillance médicale à l'unité des soins
intensifs.
Au cours de ces quinze jours d'inconscience et de coma
plus ou moins prononcé,
il lui arrive parfois de prononcer quelques mots presque
intelligibles mêlés de geignements, grognements
et parfois même quelques cris, qui glacent toujours
le sang de ses amis.
- "Ne vous inquiétez pas pour ces cris, leur dit le
médecin responsable.
Il ne souffre pas; il est inconscient, il rêve sans
doute.
J'espère juste que son coma ne se prolongera pas
trop longtemps:
on ne peut prévoir dans quel état sera son
cerveau si ça se prolonge trop longtemps..."
Le docteur Hearthbound,
le médecin à qui incombe la
responsabilité du patient Paul Tardif est en fait un
chirurgien
spécialisé dans les soins des patients
victimes d'accidents
nécéssitant des soins de chirurgie d'urgence
plus ou moins importants.
Âgé de cinquante-quatre ans à peine,
il exerce la chirurgie depuis quelques années
déjà;
en fait depuis sa sortie de l'école de
médecine puisqu'il s'était spécialisé
tout de suite.
Aussi, l'essentiel de son expérience se
situe-t-elle à ce niveau.
Comme Paul a été amené la veille
inconscient
mais avec une clavicule cassée
nécéssitant peut-être une opération
d'urgence,
c'est au docteur Heartbound qu'on a fait appel
pour répondre immédiatement aux besoins de
chirurgie le cas échéant.
Heureusement, une telle opération n'etait pas
essentielle en fait
et on s'est contenté de replacer l'épaule de
Paul pour l'immobiliser dans une position propice à une bonne
guérison.
L'hôpital en question est situé dans une
ville où aucun des amis de Paul n'habite,
ses visiteurs doivent donc avoir recours à
l'hospitalité de
l'oncle d'un ami de Jean pour les abriter pendant leur
séjour!
Leurs hôtes, tous deux tetraités et
extremmement disponibles pour aider leurs invités impromptus
se révèlent être des gens charmants et
très compréhensifs bien sûr,
mais ceux-ci n'en commencent pas moins à ressentir
une certaine gêne
à leur imposer un tel envahissement de leur vie
privée.
Aussi, lorsque le médecin traitant de Paul, le
docteur Hearthbond toujours,
leur suggère de retourner chez eux,
parce qu'il lui est "impossible de dire combien de temps
encore va durer le coma de Paul..."
qu'ils seront "avertis dès que l'état du
malade aura changé..."
que "de toute façon, il semble hors de danger
maintenant..."
que, "bien qu'encore inconscient, son comas est devenu
plus léger,
puisqu'on a même pu le débrancher de son
respirateur..."
mais que "son coma a déjà duré
suffisamment longtemps et avec une profondeur telle
que le patient n'est pas assuré de retrouver sa
pleine lucidité à son réveil..."
ils décident donc d'un commun accord d'abandonner
la veille continuelle qu'ils ont menée à tour de
rôle jusque là.
Il n'en est pas moins résolu de prendre contact
régulièrement avec le docteur Hearthbond
pour s'assurer de la qualité des soins qui seront
prodigués à Paul.
De cette façon, dès que leur copain
reprendra conscience,
un de ses amis pourra accourir pour l'aider à se
re-situer totalement.
De plus, on compte bien essayer alors de le faire
transférer à Montréal dès que possible,
pour qu'il soit plus près de tous ses amis et sa
famille.
Ce conseil du docteur Hearthbond aux amis de Paul,
bien que d'apparence totalement gratuit,
vise tout bonnement à lui laisser le champs libre
pour pouvoir soigner son patient
d'une façon qui lui semble plus appropriée
à son état, qui s'obstine à demeurer larvaire.
Ainsi, après le départ des amis de Paul,
Hearthbond entreprend de lui offrir l'aide des services de
physiothérapie
pour empêcher la musculature de son patient de
s'atrophier complètement
à cause d'une période d'inactivité
aussi prolongée.
Il veut aussi prévenir la possibilité d'une
calcification irréversible des articulations du patient.
En effet, le coma de ce dernier dure depuis quinze jours
déjà
et tout porte à croire qu'il pourrait encore se
prolonger longtemps.
Alors il faut absolument que ses membres et ses muscles
recommencent à bouger et à travailler
régulièrement.
En plus de lui administrer des massages réguliers,
on le stimulera donc localement avec des stimulateurs
électriques artificiels
comme ceux utilisés lors de cas de paralysie quand
le patient perd tout contrôle conscient sur ses muscles.
De plus, on fera bouger et fléchir ses
articulations quotidiennement.
Le médecin savait bien que devant le spectacle d'un
être cher, encore inconscient,
réagissant de façon
désordonnée et par soubresauts à l'action des
stimulateurs artificiels,
les proches du patient pourraient en être
troublés et peut-être exiger que les traitements soient
interrompus.
Le docteur Hearthbond est pourtant bien convaincu que de
tels traitements sont essentiels si la léthargie doit se
prolonger.
Puisque les systèmes respiratoire et circulatoire
du patient fonctionnent enfin normalement,
il espère que son coma est maintenant assez
léger
pour que l'action des stimulateurs soit sans danger pour
son système nerveux.
De plus, pense-t-il, peut-être leur action
contribuera-t-elle à enclencher une reprise de conscience du
patient.
De cette façon, il compte donner à son
patient une meilleure chance de ne pas rester handicapé
physiquement
à la suite d'un tel coma interminable.
Mary-Lou Fairlight, une physiothérapeute de
l'hôpital à la mine plutôt austère,
peu bavarde mais très compétente,
spécialisée dans ce genre de traitement avec
stimulateurs électriques artificiels sur des patients
paralysés,
est donc chargée de dispenser
régulièrement à Paul toute une batterie de
traitements appropriés,
pour prévenir l'atrophie complète de sa
musculature,
complètement amorphe autrement.
Très grande et osseuse, les cheveux poivre et sel,
Mary Lou est agée de quarante huit ans et depuis
près de vingt ans qu'elle exerce la profession de
physiothérapeute,
elle s'est très vite spécialisée dans
un type de soins qu'elle pouvait dispenser
sans avoir à expliquer en détails à
ses malades ce qu'elle allait leur faire ou ce qu'elle attendait
d'eux.
Quand à discuter avec eux de la pertinence du
traitement, il n'en avait jamais été question bien
entendu...
<III> ÉVEIL?
Dès le début, Mary-Lou entrecoupe ses
séances de
traitement au stimulateur électrique avec des
sessions de massages et de
"mobilisations" où elle impose aux membres de Paul
des séries de flexions et
d'élongations destinées à leur
permettre de conserver toute leur flexibilité. Elle
maintient un tel programme pendant plus de douze mois.
Pour elle, c'est vraiment
la première fois de sa vie qu'elle a à se
charger intégralement de tous les soins
dispensés à un malade totalement inconscient
pendant une aussi longue période.
D'un naturel assez taciturne, au fil des mois à
travailler
avec ce patient inusité du Dr Hearthbound, elle
développe tout de même à un degré
de complicité avec le physiatre suffisant pour
qu'elle en vienne un jour à se confier
sincèrement à lui. Celui-ci, qui n'a
quant-à lui jamais eu à prendre en charge de tels
patients au coma interminable, en est venu à se
fier presque totalement au
jugement de la physiothérapeute puisqu'elle est la
seule personne qui aie eu
l'occasion de voir le patient problème pratiquement
tous les jours pour lui appliquer
un quelconque traitement. Aussi se sent-il
presqu'obligé d'obtempérer lorsqu'elle
lui demande un jour de bien vouloir chercher à
placer leur patient inconscient dans
un institut spécialisé, à
Montréal ou ailleurs, puisque "son état lui permet un
transport en ambulance et que ses amis ne demandent
sûrement pas mieux,"
et la libérer ainsi de ses obligations envers le
malade, car, dit-elle, "elle ne se sent
plus de taille à s'en occuper". Elle lui confie
alors qu'à force de travailler avec lui,
elle en est arrivée à éprouver de
"fortes angoisses lorsqu'elle le manipule" et
commence à craindre pour sa propre santé
mentale si elle continue à travailler
avec ce patient inconscient. Elle en est venue à
avoir de telles hallucinations
pendant ces traitements qu'elle commence à redouter
une dépression nerveuse à
cause de ce travail insensé!
Aussi, le docteur Hearthbond demande-t-il à Jean,
lors de
l'appel téléphonique subséquent de ce
dernier, de bien vouloir l'aider dans ses
démarches pour faire admettre Paul à
l'Institut de Réadaptation de Montréal.
L'amélioration de l'état du patient peut
enfin permettre, dit-il, son déplacement vers
cette institution dont "les services et la situation
géographique conviendront
mieux aux besoins de votre ami", dit-il. Celui-ci fera le
voyage dans une
ambulance spécialement aménagée pour
le transport de tels malades.
C'est ainsi, qu'à cause des états
d'âme dépressifs de Mary- Lou et grâce à la
détermination et l'entêtement de Jean, qui
n'a pas craint de
contacter et rencontrer individuellement à tour de
rôle tous les physiatres travaillant
à l'Institut de Réadaptation de
Montréal, Paul peut enfin prendre le chemin de
Montréal où le docteur Denise Landré,
très intriguée par l'histoire médicale de ce
patient inusité, a accepté de le prendre en
charge.
<> ENTENDU
- " Claudine, vient un peu ici, s'il te plaît. Je
voudrais te présenter ton nouveau
patient. Le voici, il s'appelle Paul Tardif. Il est
cameraman de profession. C'est une victime d'un accident
de moto. Il a subi
un traumatisme crânien."
"Il a trente cinq ans, presque trente six. Comme tu peux
voir, il n'est pas très parlant: ça fait
à peu près douze mois qu'il est
inconscient. À Ottawa, on lui a prescrit un
traitement de physiothérapie
passive, avec diverses manipulations et des traitements au
stimulateur
électrique. Tu pourras en trouver tous les
détails dans ce dossier que m'a
envoyé l'hôpital d'Ottawa."
"Je voudrais que tu continues le traitement en le
modifiant au besoin selon le diagnostic que tu pourras
poser en travaillant
avec lui. Son coma, bien que toujours présent, est
maintenant très léger. Avec
un peu de chance, tu pourras sûrement parler avec
lui bientôt."
"Je compte évidemment sur toi pour me communiquer
toutes les
observations que tu feras au cours de tes traitements, et
surtout tous les
changements perçus, aussi mineurs soient-ils. Les
infirmiers vont te l'amener
dans une de vos petites salles de physio. Il sera en
thérapie avec toi en physio
de 9h Am à 5h Pm, cinq jours par semaine pour
commencer."
- " Bien docteur Landré, j'y vais tout de suite. Je
l'examine et je commence les traitements. Merci.
Quand elle se retrouve seule avec son patient dans la
salle
de physio, Claudine De Lacoët entreprend tout de
suite de faire réaliser aux
membres de son patient divers mouvements de flexion et
d'élongation pour
s'assurer de leur souplesse. Âgée de trente
ans à peine, c'est une mince jeune
femme toute menue mais pétante de santé et
dont chacun des mouvements
dénote une énergie et une vitalité
peu commune. Ses cheveux clairs mi-longs
laissent paraître deux petites boucles d'oreilles en
or ornées de deux petites
émeraudes sculptées en forme de chats. De
grands yeux verts aux longs cils qui
papillotent à chaque fois qu'une touffe de ses
cheveux lâches lui tombe dans le
visage, elle ouvre sporadiquement la bouche et se mordille
un peu les lèvres
lorsqu'elle entreprend de réaliser une nouvelle
série de manoeuvres sur son
patient, décidément peu communicatif!
- "Et bien mon cher Paul, c'est aujourd'hui que maman
Claudine va commencer à
te traiter. Aujourd'hui, j'ai bien peur que ça va
être à moi à travailler le plus fort de nous
deux! Mais
attention, ça ne durera pas
toujours, monsieur Paul! Tu sais que je n'ai pas
l'habitude d'être la seule à
m'épuiser comme ça ici: à un moment
donné, il va falloir y mettre du tien.
D'ordinaire c'est le patient qui a besoin d'exercice et
qui devrait travailler le
plus fort. Pas sa physiothérapeute! Nous autres on
est en bonne santé pis on
manque pas d'exercice, tandis que nos malades, on est
plutôt là pour les faire
se dépenser. Mais attention, pas n'importe comment.
Se dépenser de façon
constructive. Assez, mais jamais trop. Dans ton cas Paul,
pour le moment le
jamais trop, il est vite atteint. Mais attention, j'ai
bien dit: pour le moment!"
Née à Quiberon en Bretagne, Claudine de
Lacoët a
immigrée au Canada à l'âge de cinq ans
avec ses parents. Après vingt-cinq ans de résidence
à Montréal,
elle a pour ainsi dire perdu l'essentiel de son accent
breton.
Pourtant, une oreille attentive détecterait
bien-sûr encore quelques couleurs
indubitables de son Morbihan natal. Dans le choix des mots
de son vocabulaire et
de ses constructions de phrase par contre, elle a
adopté un style franchement
québécois. Tout ceci intégré
dans un débit et un clarté d'expression bien
typiquement français donne à son discours un
fini très particulier, ce qui fait ressortir
toute la musicalité presque chantante de sa voix
chaude.
"Ah! pis j'espère que ça te dérangera
pas si je te parle
tout le temps mon Paul: j'ai l'habitude de toujours jaser
avec mes patients.
D'ordinaire ça les détend... et pis moi
aussi, c'est sûr. Pour moi, c'est comme
essentiel si je veux être efficace. Ça ne
m'est pas arrivé trop souvent d'avoir à faire un
monologue complet,
autant physique que verbal, toute la journée
avec un patient, mais tiens-toi bien Paul, c'est ça
que vais être obligée de
t'imposer par les temps qui courent. Si tu veux changer
ça Paul, la meilleure
solution pour toi ce serais de me le dire. Surtout,
gêne-toi pas mon Paul. Je
suis tout ouïe Paul, et pis même que ça
va me faire bien plaisir si tu le fais
Paul. Ouf..."
Tout en administrant des manipulations, mobilisations,
inhibitions et massages divers, Claudine continue à
entretenir ainsi Paul au fil des
heures jusqu'à la fin de sa journée de
travail.
Par la suite, jour après jour, Claudine reprend son
dialogue
à sens unique avec Paul. Même si celui-ci n'a
pas encore ouvert ni les yeux, ni la
bouche depuis un mois qu'elle le traite, Claudine en est
déjà venue à penser qu'il lui a répondu
et parfois
même fait des commentaires concernant ses propres
remarques. Ainsi, elle va jusqu'à répondre
à des questions qu'elle sent en lui.
Aussi est-elle à peine surprise au bout de neuf
mois de ce
régime lorsque, un jour enfin, il ouvre les yeux et
lui dit simplement:
- "Bonjour Claudine."
<> DANS MA TÊTE
- "Oui docteur Landré, hier Paul Tardif, notre
patient
comateux s'est enfin réveillé. Mais à
part son visage il est encore paralysé. Il était temps,
croyez-moi! Hier
après midi, quand il a ouvert les yeux et m'a
parlé pour la première fois, ça m'a
fait tout drôle..."
Penchée sur son bureau, Denise Landré
écoute avec
beaucoup d'intérêt les propos de sa
physiotherapeute. Âgée d'une cinquantaine
d'années environ, elle exerce sa profession
essentiellement avec les patients de
l'Institut de Réadaptation de Montréal
depuis plus de vingt ans maintenant et elle
sait très bien que pour les physiatres de
l'Institut, il est capital de toujours s'appuyer
sur la collaboration des physiothérapeutes qui ont
un contact quotidien très étroit
avec leurs patients. Elle a appris à respecter au
plus haut point les avis et les
remarques de Claudine. Celle-ci travaille en effet depuis
plus de cinq ans
maintenant sous ses ordres et Denise a pu se rendre compte
de la qualité
extraordinaire du sens de l'observation de Claudine,
nettement supérieur à ceux de
toutes les autres physiothérapeutes qu'elle a
cotoyées jusque là. Ce qui lui permet
de poser de diagnostics officieux pratiquement toujours
irréprochables.
Probablement plus justes d'ailleurs que ceux de certains
médecins de l'Institut et
non les moindres... pense Denise. Mais ça c'est une
autre histoire.
Comme toujours, pendant qu'elle manipule
machinalement sa vénérable plume fontaine
Montblanc, qui lui sert depuis toujours
pour rédiger ses rapports et ses ordonnances,
Denise ne quitte pas son
interlocutrice des yeux et se penche
régulièrement en avant en opinant de la tête
pour manifester sa compréhension et son
intérêt. Son regard gris d'acier ne perd
aucune des expressions tour à tour
théatrales, dubitatives, enjouées, pudiques,
intriguées ou intérrogatives de la jeune
femme.
"Depuis neuf mois que je le soignais sans qu'il puisse
me dire un seul mot ni esquisser un seul geste, dans ma
tête j'en étais venue
à croire qu'on se connaissait depuis toujours!
Pendant les traitements, je lui
parlais sans arrêt, parce que, comme vous le savez
bien, je parle
continuellement avec mes patients. En dernier je croyais
presque l'entendre
me répondre! Dans ma tête, il m'avait
déjà tout dit de lui... Alors quand j'ai
entendu sa vraie voix pour la première fois, je
n'ai pas été surprise une
seconde! Elle était presque comme je l'avais
toujours imaginée, dans ma
tête... ce qui fait que, sur le coup, j'ai eu
l'impression de l'avoir entendue
depuis toujours. J'étais incapable de
réaliser..."
"À tel point que je me suis même
demandé s'il ne
faisait pas semblant d'être inconscient ces derniers
temps! Par exemple, dans
l'après midi après son réveil, il m'a
même passé une remarque à propos de ce
que je pensais de mes parents; oh je lui avais
déjà parlé d'eux, mais
seulement la semaine dernière, quand il
était encore inconscient!"
" Je me trompe probablement; parce qu'on ne sait
jamais vraiment jusqu'à quel point l'esprit de
quelqu'un d'inconscient entend
et enregistre ce qu'on lui dit, mais quand même...
ça me gêne."
- "Rassures-toi Claudine: je suis certaine qu'il
était
toujours vraiment inconscient hier matin, quand je l'ai
examiné avant sa
physio avec toi! Mais c'est vrai que l'inconscient d'une
personne endormie ou sous anesthésie enregistre
parfois tout ce qu'on dit en sa présence, souvent
beaucoup mieux qu'on ne le pense
généralement."
"Je te le laisse donc encore à temps complet. Mais
bientôt, je vais aussi lui faire voir
régulièrement ma consoeur la
neuropsychologue Charlotte Jeannoit, pour qu'elle puisse
évaluer l'étendue
des dommages que son cerveau a subis à la suite de
presque un an de
coma!"
- "Bien docteur, le patient en question m'attend
déjà.
Venez avec moi. Vous pourrez le réexaminer tout de
suite, maintenant qu'il est
conscient!"
Elles sortent toute deux du bureau de Denise Landré
en
même temps et elles font tranquillement quelques pas
ensemble en remettant de
l'ordre dans leurs cartables respectifs. Puis, elle
accélèrent toutes deux le pas en
direction des locaux mis à la disposition des
physiothérapeutes et leurs patients.
Complètement inerte, Paul est couché sur le
dos sur le
matelas du petit local de physio où un infirmier
l'a mené ce matin là comme
d'habitude. Il est tout absorbé dans l'étude
et le comptage des tuiles acoustiques qui composent le plafond
au-dessus de lui.
- "Bonjour Paul, je me présente: je suis le docteur
Denise Landré, ta physiatre. Maintenant que tu as
enfin ouvert les yeux,
j'aimerais qu'on se parle un peu. Écoutes bien ce
que j'ai à te dire. Vois-tu,
même si c'est ta physiothérapeute qui se
démène avec toi depuis neuf mois
pour te faire bouger un peu, vis-à-vis de
l'hôpital, c'est moi qui assume la
responsabilité médicale des soins et des
thérapies que tu reçois."
"Jusqu'à présent, tout ce que Claudine
pouvait faire,
c'est d'empêcher tes muscles de fondre
complètement pendant que tu étais
inconscient et incapable du moindre effort. Mais à
partir de maintenant, il va
falloir que tu commences à y mettre du tien un peu
plus!"
"Je vais t'examiner à nouveau, mais d'après
ce que me
dit Claudine, il semble qu'à part ton visage tu es
encore complètement
paralysé du côté gauche tout au moins.
Je ne crois pas que ce soit déjà
irréversible. Je ne peux évidemment pas
t'assurer que tu vas retrouver à coup
sûr tous tes moyens. Mais une chose est absolument
certaine: si tu ne fais
rien toi-même pour t'en sortir, tu resteras impotent
toute ta vie! Ta guérison
dépend d'abord et avant tout de toi-même et,
en temps normal, il te resterait à peu près un an pour
y
arriver, deux peut-être. Dans ton cas, à
cause de la
durée extraordinaire de ton coma - au fait tu a
été inconscient pendant près de deux ans - il
serait
présomptueux de ma part de prétendre
connaître le
temps qui te reste pour récupérer tes
facultés, mais une chose est certaine: si tu ne t'y mets pas
toi-même à
fond et tout de suite, crois-moi, alors c'est
foutu! Bien sûr, Claudine, moi-même et tous
les autres thérapeutes de l'hôpital
allons essayer de t'aider du mieux que l'on peut. Mais je
te le répète encore,
sans ta participation active: nous sommes totalement
impuissants à te
guérir."
"Claudine va continuer à te seconder dans ce
travail et tu pourras toujours
compter sur elle pour te guider dans ta
réadaptation. Tu
peux être certain qu'elle s'y connaît! Tu
pourras donc compter sur elle cinq
jours par semaine, toute la journée. S'il y a des
questions qui te tracassent,
n'hésites pas à les lui poser."
"Il est important que tu lui fasses bien confiance, si tu
veux t'en sortir.
Jusqu'à date, c'est elle qui s'est
épuisée à te faire bouger,
mais maintenant ça va être à toi de
faire le gros des efforts!"
"Dis-toi que les physiothérapeutes comme elle ont
des
mains "magiques" qui peuvent parler au corps de leurs
patients et décoder le
langage de ces corps. Mais ça ne pourra se passer
de façon satisfaisante que
si tu le veux bien, alors laisses les mains de Claudine te
parler et te sonder. Ne te fermes pas et n'essaie pas
de tricher avec les indications de ton corps.
Avec la paresse et le découragement devant
l'effort, sache que les mauvaises
compensations sont les pires ennemis du paralysé en
processus de
réadaptation. Elle saura t'en protéger si tu
la laisses t'aider. Plus votre
communication sera bonne, meilleure pourra être
l'action de ta thérapeute
pour favoriser le déblocage de tes paralysies. Au
travail!"
Claudine s'accroupit à côté de Paul et
une nouvelle
session de physiothérapie commence. Elle place sa
main gauche sur l'épaule droite
de Paul et, pendant qu'elle lui tient le poignet droit,
elle lui demande:
- "Essaie de plier ton bras."
L'avant bras de Paul commence à s'élever
imperceptiblement pendant que Claudine lui tâte
rapidement tous les muscles de
l'épaule et du bras. Le visage de la
physiothérapeute s'éclaire d'un sourire réjoui
lorsqu'elle lui annonce:
- "Bravo! Voici un membre qui veut déjà.
Voyons pour
l'autre maintenant."
Même procédure pour tester le bras gauche de
Paul. Mais
celui-ci reste cette fois totalement inerte.
- "Sur le côté gauche, ça va moins
bien. Voyons les
jambes maintenant."
Puis, sous les yeux de Denise Landré, la
thérapeute et son
patient se livrent à toute une série de
tests sur divers autres muscles de Paul. Une
heure plus tard, la physiatre glisse une note dans le
carnet médical de son malade:
15 juin 1985,
le patient Paul
Tardif, accidenté du 11
août 85, a
repris conscience hier après-midi, après un peu
plus
de 21 mois de coma.
À l'Hôpital Général d'Ottawa
pendant douze mois
et ici par la suite, il a été soigné par
des
traitements de
physiothérapie passive normaux. Souffre
d'hémiparésie sur le
côté gauche. Sur le côté droit, semble
capable d'une certaine motricité, sur le côté
gauche par contre,
aucune. Quant
à sa sensibilité cutanée, elle parait être
tout à
fait fonctionnelle
des deux côtés. Il continuera donc à
recevoir
des traitements de
physiothérapie cinq jours/semaine. Sera
également
suivi par une ergothérapeute, un neuropsychologue et
peut-être vu en orthophonie."
<> SENS
- "Au touché, je sens que ta peau a gardé un
bon tonus.
Elle est restée assez douce et saine, Paul. Les
massages et les frictions l'ont
bien préservée. Mais je ne te sens plus
aussi détendu que d'habitude.
Pourquoi? As-tu froid? Tu n'es pas gêné,
j'espère. Tu n'as pas à t'en faire: ça
fait déjà une éternité que mes
mains l'effleurent et ton épiderme ne semble
pas s'en porter trop mal. Non? Sens-tu bien mes doigts.
Les muscles que je
frotte en ce moment sont ceux que tu devrais essayer de
contracter pour
réussir l'exercice que je t'ai demandé de
faire. Voilà, c'est déjà mieux. Oh! Mais
comme ils sont encore faibles. Il va falloir faire
beaucoup travailler ça. Je vais
t'aider à plier tes chevilles quelques fois.
Laisses-toi mou et sens. Essaies de
me refaire la même chose encore dix fois."
"Depuis plus de six mois que je te soigne et que je
parle sans que tu ne me dises un mot. Je suis une
incorrigible bavarde: je
sens que c'est ça que tu veux me dire. C'est vrai,
je veux bien essayer de me
taire un peu, mais toi, sens et laisse tes muscles encore
me parler. Je sais que
tu aurais le goût d'aller vivre à
l'extérieur de l'hôpital tout de suite, mais avant
cela, il va falloir que tu travailles encore beaucoup, si
tu veux pouvoir te
déplacer seul. Dès que possible, je veux
bien te faire prêter une canne par
l'hôpital et je pourrai t'accompagner dehors au
soleil, au moins au début,
parce que si tu y vas tout seul, ce serait trop dangereux
pour toi. Mais avant
d'en arriver à ça: travailles, travailles et
retravailles; pour le moment
apprendre à utiliser seul ta chaise roulante, c'est
plus réaliste!"
La journée se continue ainsi, Claudine guidant Paul
de ses
conseils et tâtant sans arrêt les muscles de
son patient pour mesurer la qualité des
efforts qu'il déploie et détecter à
coup sûr toute mauvaise "compensation" à
combattre avant qu'elle ne soit devenue une seconde
nature. Cinq jours par
semaine, ils travaillent ensemble dans les salles de
physio; elle l'entretient sans
arrêt, pendant qu'il s'échine à
réaliser les exercices qu'elle lui prescrit. Résidant
à
l'hôpital depuis plus de sept mois
déjà, Paul peut maintenant se déplacer seul avec
sa chaise roulante. Ses semaines normales comportent donc
près de trente heures
de travail sur les matelas de gymnastique des salles
physiothérapie ou alors sur les
appareils d'exercice spéciaux qui s'y trouvent
également.
Le mercredi avant-midi par contre, il commence sa
journée avec la neuropsychologe
à la voix nasillarde et au parfum
pénétrant Charlotte
Jeannoit. Celle-ci l'occupe alors pendant près de
deux heures avec une session de jeux vidéos spéciaux et
de jeux d'esprit essentiellement mnémotechniques
pour
réactiver les parties de son cerveau encore
léthargiques. Puis, il change d'étage
pour passer à une session de vie pratique au cours
de laquelle Nicole Lanteigne,
l'ergothérapeute de trente-cinq ans à peine
mais aux cheveux grisonnant toujours
retenus par un fichu blanc, lui apprend à se
débrouiller avec une seule moitié de
son anatomie vraiment valide et réussir tout de
même à faire face aux difficultés
usuelles de l'existence, dans un local qui comporte divers
coins aménagés comme
les pièces stratégiques d'une
résidence: cuisine, salle de bain, salon, chambre à
coucher, salle lavage, etc.
Depuis quelques temps, il a commencé à
apprivoiser la
canne que Claudine lui a fait prêter par
l'hôpital. Il s'est même lié d'amitié avec
certains autres patients avec qui il prend
généralement ses repas à la
cafétéria. Glen Shadwick, l'un de
ceux-ci, est un universitaire très loquace qui
vient
régulièrement à l'Institut de
Réadaptation pour recevoir des traitements en
physiothérapie, ergothérapie,
neuropsychologie et orthophonie. Âgé de quarante
deux ans, il cache un sourire semi-narquois
derrière une grande barbe hirsute et
une grosse voix caverneuse. Si ce n'était de ces
éléments oursoïdes de sa
personne, avec son éternelle paire de bermudas
multicolores beaucoup trop
grands pour lui et ses multiples chandails à
manches courtes bigarrés et très
amples également, il ressemblerait un peu à
un jeune enfant espiègle affublé des
vêtements de son grand frère.
D'origine britannique, il a lui-même subi un
traumatisme
crânien l'an dernier lorsqu'un chauffard l'a
renversé comme il traversait la rue. Il a
alors été quelques jours dans le coma.
À son réveil, il avait lui-aussi une
hémiplégie
complète. Dans son cas par contre, la paralysie est
apparue sur le côté droit.
Comme il était normalement droitier, le lobe
dominant de son cerveau était atteint.
Sa réadaptation est donc presque aussi complexe que
celle de Paul avec ses vingt
et un mois de coma. Ainsi, il a été atteint
d'aphasie temporaire et doit même
réapprendre à parler, tant sur le plan
intellectuel des structures linguistiques que sur
celui de la maîtrise physiologique du langage
parlé. D'abord plongé dans un
environnement francophone, c'est évidemment la
langue française qu'il a conquise
en premier. Anthropologue de formation,
spécialisé en ethnolinguistique, il en est
maintenant presque venu à considérer son
épreuve comme une chance inouïe,
parce qu'elle lui a donné l'occasion de se
confronter avec les structures primaires
du langage humain à partir de rien, ce qu'aucun
autre spécialiste des langues
comme lui n'a jamais vraiment eu l'occasion
d'expérimenter lui-même auparavant.
Avant son accident, il était enseignant à
l'Université de Montréal, principalement en
inuktituk et en montagnais, deux langues qu'il parlait
alors couramment, comme l'anglais et le français.
Aujourd'hui, même s'il ne
possède plus ces langues, sa mémoire
recèle tout de même encore des traces très
profondes des connaissances très étendues de
sa vaste culture. C'est donc avec
beaucoup d'intérêt que Paul écoutait,
sans mot dire la plupart du temps, ses propos
lorsqu'il se laissait aller à analyser à
haute voix les divers petits détails de leur
quotidien et à philosopher sur l'aventure humaine
dans son ensemble. Glen quant à lui appréciait beaucoup
cette écoute attentive lorsqu'il pensait ainsi tout
haut et
discourait comme s'il était devant sa classe
à l'Université.
- "Le toucher Paul! Le toucher! Ici les patients comme
toi et moi, nous sommes tous plongés dans un
univers où le sens du toucher
est fondamental. Dans pratiquement toutes les
civilisations primitives, autant
les contemporaines que les préhistoriques et les
antiques, la plupart du temps
c'est le côté auditif du cerveau humain qui
est dominant. Dans notre
civilisation moderne, c'est plutôt le
côté visuel qui a la suprématie, bien qu'il
se manifeste toujours une opposition très forte de
l'auditif. Complémentarité
plutôt, me diras-tu. Soit. Vois-tu Paul, les
études en neurologie sur le sujet
nous apprennent que les lobes de notre cerveau sont
spécialisés à cet égard:
l'auditif et le langage d'un côté, le visuel
de l'autre. La gauche versus la droite.
Un concept qui déteint même en politique,
c'est dire! Par contre, ici, je crois
que c'est probablement un des rares endroits où,
pour beaucoup de gens,
c'est le sens du toucher qui devient absolument
fondamental. Autant pour les
professionnels soignants que pour les patients d'ailleurs.
Mais je me demande
dans quelle partie de notre cerveau on devrait localiser
cette faculté... Peut-être devrions nous parler
plutôt
de l'intelligence du corps tout entier dans ce
cas là?"
Le midi, Paul mange aussi à l'occasion en compagnie
de Claudine
et du groupe des thérapeutes. D'un naturel peu
loquace mais très attentif,
il adore en effet écouter en silence ceux-ci
discuter des problèmes qu'ils ont avec
tel ou tel patient ou décrire les progrès
remarquables qu'une approche donnée a pu permettre par
opposition
à telle autre, etc... Lors de ces échanges
à batons
rompus entre professionnels, il lui semble toujours que
c'est encore sa chère Claudine qui comprend le
mieux les situations et elle qui tient les propos les plus
clairs et sensibles, pour ne pas dire les plus
intelligents... C'est au cours d'un de ces
dîners, un vendredi midi précédent une
longue fin de semaine de congé, que Paul
déclare à Claudine:
- "Demain, j'aimerais sortir d'ici et passer quelques
jours à l'extérieur, chez des amis. Tu crois
que ce serait possible en fin de
semaine?"
- "Bravo Paul, bien sûr que oui! Cela te fera
sûrement
beaucoup de bien. Si tu veux, je pourrais aller te
reconduire à la fin de la
journée et te reprendre mardi matin. Ça me
permettra de rencontrer tes amis
et de leur expliquer comment te venir en aide quand tu
seras seul avec eux."
À cinq heures ce jour là, après avoir
placé la chaise
roulante de Paul dans le coffre arrière de
l'automobile qu'elle a empruntée à sa
collègue Paule, Claudine l'aide à
s'installer sur le siège, en lui indiquant comment
s'y prendre avec un seul côté de son anatomie
de valide.
- "Voilà, on est rendu. Jean habite ici, au
troisième
étage."
- "Ne bouges pas Paul. Je vais d'abord aller voir de
quoi a l'air l'escalier, et je reviens te chercher."
Quelques minutes plus tard, Claudine revient et informe
Paul que personne ne répond chez Jean.
Peut-être est-il momentanément sorti
pour faire quelques courses... Leur rendez-vous avait
pourtant été convenu au
téléphone quelques heures plus tôt.
Après une demi-heure d'attente dans la
voiture, la thérapeute décide donc d'amener
Paul manger chez elle. On rappellera
Jean après le repas pour vraiment synchroniser
l'opération transfert du malade. Claudine doit se hâter,
car elle a invité son amie Paule à souper. Celle-ci
doit
reprendre possession de sa voiture par la même
occasion.
Toutes deux physiothérapeutes à l'Institut
de Réadaptation,
elles sont les meilleures amies du monde. Elles songent
même à s'associer pour
démarrer ensemble une clinique privée de
physiothérapie. Cadette de Claudine de
quelques années, Paule Sauvageau est une grande
jeune femme très svelte aux
cheveux blonds coupés très courts mais dont
la beauté insolente n'aurait
absolument pas paru déplacée sur un plateau
de cinéma ou sur les podiums de
grands couturiers. Physiothérapeute diplomée
travaillant à temps plein depuis cinq
ans à peine, pendant ce temps elle n'en a pas moins
presque terminé une
formation parallèle à temps partiel en
ostéopathie. Très dynamique, c'est elle qui
administre la majorité des traitements en piscine
à l'Institut de Réadaptation. Aussi
la voit-on régulièrement courir à
droite et à gauche dans les corridors intérieurs de
la section d'hydrothérapie; de la piscine aux
douches, du vestiaire patients à celui
des thérapeutes ou du petit gymnase au local
d'accessoires de la section vêtue simplement d'un maillot de
bain, deux pièces le plus souvent, qu'elle porte
toujours
très serré. Puisqu'elle en porte plusieurs
heures pratiquement tous les jours, elle
dispose évidemment d'un assortiment assez
varié de ceux-ci, à partir du petit bikini
fluo à la mode de la côte d'azur jusqu'au
maillot long moulant de style nord- américain, en passant par
le quasi-string brésilien. Dans le petit milieu fermé
de
l'Institut, elle en était donc venue à avoir
une réputation de terrible séductrice sinon
de mangeuse d'homme qu'elle-même ne comprenait pas
vraiment, mais qu'elle
n'avait jamais cherché à réfuter non
plus.
Tout au long de la préparation du repas, les trois
convives
discutent de choses et d'autres. Lorsqu'ils s'assoient
pour se mettre à table, Paule
lève son verre en disant:
- " Je propose un toast à la santé de Paul
que j'ai
entendu ici pour la première fois dire autre chose
que " Oui. Non. Bien.
Bonjour untel." Depuis près de deux mois que je le
voyais se démener sans
dire un mot à côté de moi avec sa pie
de physio qui parle tout le temps!"
Claudine et son patient, assis face à face, se
regardent
alors mutuellement. Ils sont tous les deux
persuadés d'avoir vraiment toujours
dialogué abondamment au cours de leurs sessions de
thérapie.
- "Tu déconnes Paule. Ce dont tu parles, ça
a peut-être
duré neuf mois pendant qu'il était encore
inconscient, mais depuis qu'il m'a dit " bonjour Claudine" pour la
première fois il y a deux mois, j'ai de la misère
à placer un mot quand je le soigne, tellement il est bavard et
curieux, mais on
s'y fait..."
Après le souper, puisque Jean brille toujours par
son
absence au bout du fil, Paule aide Paul à
s'installer au salon devant la télévision.
Puis, elle entraîne son hôte à la
cuisine pour desservir la table.
- "Claudine, tu m'excuseras si je ne me mêle pas de
mes affaires. D'abord, disons que c'est sûr que je
ne suis pas toujours à côté
de toi, quand je suis à la piscine par exemple,
mais sinon, on travaille quand
même presque tout le temps dans le même
gymnase, à dix pas l'une de
l'autre! Ça n'est peut-être pas très
grave, mais permets que je libère ma
conscience professionnelle et que je te parle franchement:
je crois que cette
habitude particulière que tu as
développée lorsque tu soignes Paul, n'est
peut-être pas tout à fait positive. Je veux parler de ta
manie de lui parler
absolument sans arrêt. Quand il était
inconscient, c'était sans doute une
excellente idée, si ça t'aidait à
passer le temps, mais maintenant..."
"Tu lui parles, tu lui poses des questions, tu te
réponds
à sa place, tu te poses même souvent des
questions à sa place, tu y réponds
ensuite, quelques fois même tu rougis, mais la
plupart du temps tu y réponds
aussi, non sans lui avoir dit qu'il est un peu trop
curieux et que "ses"
questions sont plutôt indiscrètes! J'ai bien
peur que cette pratique ne puisse
devenir un peu malsaine: tout à l'heure au souper,
j'ai cru comprendre que
Paul était persuadé que vous aviez vraiment
dialogué sans arrêt tous les deux
depuis deux mois, sinon plus! Toi aussi peut-être?
Je n'aimerais pas que ma
future associée devienne folle avant que notre
clinique soit ouverte!"
Incapable de répondre à cette remarque
qu'elle ne
comprend pas clairement, Claudine ne sait que
répondre. Elle voit bien que Paule n'essaie pas de lui faire
une blague et se rend bien compte que son amie est très
sérieuse, sinon carrément inquiète.
Depuis le début, ou presque, elle-même a bien
senti que sa relation avec ce curieux patient comateux
avait quelque chose de "pas
normal".
Pourtant ça fonctionnait bien semblait-il; le
docteur Landré
le lui disait régulièrement:
- "Lâches pas Claudine. Tu vas y arriver. Il va
reprendre
conscience et même si la première chose qu'il
te dit c'est que tu es une vraie
pie, tu auras enfin réussi à le faire
parler!"
Pendant cette période d'inconscience de Paul, elle
avait eu de plus en plus fréquemment l'impression de
l'entendre lui parler. Son esprit
logique avait vite conclu que tous ces "échanges"
verbaux n'étaient que le fruit de
son imagination. " Rien d'inquiétant, ça
fait passer le temps ", s'était-elle dit.
Par contre, depuis deux mois il avait repris conscience et
elle s'était bien convaincue de la
réalité de ses "vraies" conversations
ininterrompues avec Paul. Lui aussi, semblait-il.
Pourtant, d'après Paule, qui
travaillait avec ses propres patients pratiquement
toujours juste à côté d'eux, Paul
était presque muet pendant ses traitements depuis
un mois! Claudine n'avait
pourtant pas l'impression que la présence ou
l'absence de sa consoeur à ses côtés
aie jamais changé quoi que ce soit dans ses
rapports avec Paul. Peut-être que Paule s'est trompée...
qu'elle était distraite... qu'elle ne prêtait pas assez
l'oreille...
que Paul ne parlait jamais assez fort... que... Claudine
décide donc de procéder à
une vérification plus approfondie au cours des
prochains traitements de Paul, mais
pour le moment elle préfère essayer
d'oublier tout ça, pour se consacrer plutôt à
détendre l'atmosphère qu'elle sent un peu
tendue depuis la fameuse remarque de Paule.
La soirée se continue sans nouvel accroc et les
sujets de
discussion les plus divers et anodins sont abordés
et chacun semble rivaliser
d'imagination pour ironiser à tout propos.
Même Paule, d'ordinaire si sérieuse, se
laisse aller à pousser quelques bonnes blagues
politiques. À intervalles réguliers,
Paul essaie de rappeler chez Jean. Toujours aucune
réponse.
- "Et bien mes chers amis je dois vous quitter, il est
déjà assez tard pour une vieille physio
comme moi avec une bonne journée
dans le corps! Je te remercie Claudine pour cette
agréable soirée. On se revoit
mardi prochain à l'Institut. D'ici là,
essaies de repenser un peu à ce que je t'ai
dit plus tôt, mais ne te casses pas trop la
tête à ce sujet là pour le moment. On
pourra en reparler à tête reposée la
semaine prochaine. Bonsoir Paul, à mardi.
J'espère que ton ami Jean sera bientôt de
retour, parce que le "couvre-feu"
est déjà sonné à l'Institut
pour les patients résidants sortis pour la soirée."
Après avoir essayé en vain à
plusieurs reprises, de
rejoindre Jean, Paul finit par s'assoupir
profondément sur le grand divan en velours
vert du salon. Claudine étend délicatement
une grande couette bien épaisse sur lui,
en prenant bien soin de ne pas l'éveiller. "Il doit
être complètement épuisé, le
pauvre", pense-t-elle. Puis, après avoir pris une
bonne douche, elle se laisse couler
dans son propre lit.
<> QUEL RÊVE!
Le lendemain matin, quand Claudine ouvre les yeux, il est
déjà neuf heures. Elle se lève,
enfile son peignoir japonais en soie fine, et va se
passer une débarbouillette mouillée dans le
visage, pour s'éveiller complètement.
Puis, elle se dirige sur la pointe des pieds vers son
"patient en résidence", car elle
ne veut pas le réveiller tout de suite: il a
sûrement besoin de récupérer ce matin.
Machinalement, elle pose la main sur le front de Paul pour
vérifier si la fatigue du voyage et l'heure tardive
de coucher du "chérubin" ne lui
aurait pas donné une petite montée de
fièvre. Celui-ci est maintenant étendu sur le
côté, le dos cambré et le bras droit
entre les jambes. La couverture qui le recouvrait
hier est presque toute racotillée autour de sa main
droite entre ses genous.
Soudainement, Claudine sent son univers basculer. Elle est
maintenant couchée
sur une plage, au soleil. Elle entend une voix vaguement
familière, qui prononce
sans arrêt des mots indistincts. Elle tourne la
tête en direction de la personne qui
parle. Il s'agit bien d'une femme, assise en tailleur, qui
parle sans arrêt en pétrissant
ce qui ressemble à de la pâte à pain.
Le flot de ses paroles se transforme en un
courant d'air sinueux, visible comme une sorte de
nuée. La femme est toute
enveloppée par ce "brouillard"; puis celui-ci se
lève et Claudine s'aperçoit qu'il s'agit
d'elle-même assise par terre sur le sable,
complètement nue, en train de pétrir du
pain et parlant sans arrêt à sa pâte.
En fait, son point de vue oscille continuellement
entre celui d'un observateur extérieur à la
scène et une vue subjective où elle serait
elle-même la pâte que l'on pétrit.
Pendant tout ce temps, elle ressent d'étranges
chatouillis inconnus dans son bas-ventre. Tout à
coup, son double tourne les yeux
vers elle. "Claudine... Claudine..." et le son de la voix
change brusquement lorsque
leurs regards se croisent. L'univers de Claudine
s'écroule encore complètement.
- "Claudine! Claudine! Qu'est-ce que tu fais?
Réveilles
toi! Qu'est-ce qui t'arrive? Tu es tombée? As-tu
passé la nuit là? Réponds-moi, tu me fais peur!"
Quand elle ouvre les yeux, elle s'aperçoit qu'elle
est
étendue sur le tapis de son salon, à
côté du divan où Paul s'était assoupi la
veille.
Celui-ci s'est maintenant assis sur le bord de son
fauteuil. Il s'appuie sur la petite
table du salon avec sa main droite et est penché
tant bien que mal au-dessus d'elle.
- "Claudine! Claudine!" lui répète-t-il.
- "Hummpff... Bonjour Paul, bien dormi? As-tu faim ce
matin? Ne t'inquiètes pas pour moi. Je viens tout
juste de m'endormir. Je crois
que je suis tombée de sommeil. Je n'ai pas de mal.
J'ai même rêvé. Et quel
rêve! C'était si réel, j'y
étais vraiment!"
<> SANS PLUS
- "Des oeufs pour déjeuner, ça te va? Tu ne
m'as pas
répondu, alors tant pis pour toi si tu n'en veux
pas! Au fait, tu ne m'as toujours
pas dit non plus si tu avais bien dormi..."
Pendant que Claudine s'affaire devant sa vieille
cuisinière
au gaz en chantonnant, Paul cherche de nouveau à
rejoindre son ami Jean.
Toujours en vain.
- "Ne t'en fais pas si ton ami ne peut pas te recevoir en
fin de semaine. Je peux te garder ici si tu veux,
même jusqu'à mardi! Mais ne
vas pas t'imaginer que je vais jouer les
thérapeutes zélées! Lorsque je prends
congé, il n'est pas question que je travaille, et
je voudrais que tu oublies que je suis ta physio. Je veux bien
t'aider à fonctionner, mais comme le ferait
n'importe quelle personne normale, sans plus! Tu es
reçu ici comme un ami,
sans plus! Tu n'as donc pas à avoir peur que je te
fasse forcer non plus.
J'espère que la présence de ta "bourreautte"
de physio ici ne t'a pas causé de
cauchemars trop cruels la nuit dernière. Tout
à l'heure tu ne m'as pas répondu
à propos de tes rêves... Est-ce que tu aurais
rêvé en mal de moi par hasard?"
À ces mots, Paul rougit un peu, puis répond:
- "Effectivement, tu faisais partie de mon rêve...
Mais je ne m'en souviens pas trop bien... Je ne pourrais pas vraiment
te raconter
tout en détails... Tout ce dont je me rappelle,
c'est que tu étais parfaite, sans
rien, ou plutôt "sans plus", comme tu dis."
Un peu gênée par ce lapsus de Paul qui lui
rappelle trop
bien quelque chose, Claudine feint de ne pas l'avoir
entendu. Mais comme elle a
arrêté de chantonner quelques instants, son
invité reprend:
- "Tu sais, c'est une expérience totalement
nouvelle
pour moi d'être tâté sans arrêt
par une jeune femme, jolie en plus, douée d'un
toucher "magique" qui lui permet de lire en moi comme dans
un livre ouvert!"
- "Ne t'en fais pas avec cette histoire de toucher
"magique". Tout ce que les doigts d'une physio peut lire
chez son patient,
c'est: quels muscles travaillent et le font-ils bien, oui
ou non, sans plus. Par
contre dans ton cas, c'est un peu plus compliqué,
c'est vrai; mais j'avoue que
je ne comprends pas très bien ce qui ce passe
moi-même. Il faut que j'y
réfléchisse. On en reparlera plus tard, si
tu veux, mais pas maintenant. En
attendant, je vais te faire couler un bain. Ça va
te faire du bien, tu m'as l'air
encore complètement tendu et "fripé".
Pendant que Paul clapote dans l'eau de sa baignoire,
Claudine s'affaire à nettoyer les restes de leur petit
déjeuner. Ce faisant, elle a
recommencé à chantonner, comme elle a
l'habitude de le faire quand il faut qu'elle
réfléchisse pour résoudre un
problème qui la dépasse. Elle achève tout juste
de
ranger les derniers morceaux de vaisselle qu'elle vient de
laver, quand un bruit
sourd résonne en venant de la salle de bain.
- "Paul, tout va bien?" Hurle-t-elle. Aucune
réponse.
Immédiatement, Claudine s'élance vers la
salle de bain, en s'exclamant: "Mon
Dieu! Mon Dieu! Pourvu que..."
Lorsqu'elle pénètre dans la salle de bain,
elle aperçoit Paul
étendu dans la baignoire, un vieux bain tombeau
très profond. Sa tête encore en
majeure partie sous l'eau, il tente en vain de s'agripper
au rebord glissant du bain
avec sa seule main valide pour s'extirper de sa position
fâcheuse. Aussitôt Claudine
attrape le poignet gauche inerte de Paul et, d'un
mouvement vif, l'extrait de la
baignoire en tombant elle-même à la renverse.
Elle lui administre ensuite de
grandes claques dans le dos, pendant qu'il crachote et
toussote en essayant de
reprendre son souffle. Puis empoignant Paul à bras
le corps, Claudine l'aide à se
relever debout et à sortir complètement de
la baignoire. Après avoir passé son bras
sous celui du rescapé pour qu'il puisse s'appuyer
sur elle, Claudine l'aide à sortir de la salle de bain. Elle
l'amène s'étendre sur le divan du salon. Pendant que
Paul
reprend son souffle, Claudine s'écrase dans le
fauteuil voisin et se laisse enfin aller
à se détendre un peu.
- "Ouf... que j'ai eu peur... mon Dieu que j'ai eu peur...
s'il avait fallu..." Dit-elle enfin. Les yeux encore
complètement dans le vague, elle
reste prostrée dans son fauteuil, en face de Paul,
à marmonner sans cesse la
même chose.
Paul est maintenant tout à fait revenu de sa
mésaventure
et il a enfilé la petite robe de chambre en ratine
que Claudine garde toujours
accrochée derrière la porte de sa salle de
bain quand la jeune femme commence
enfin à émerger peu à peu de sa
stupeur.
- "Ça va mieux Claudine? Je ne risque plus rien
maintenant. Reprends-toi! Si ça peut te changer les
idées, je vais te raconter
un peu mon rêve. C'était beau tu sais, nous
étions ensemble sur une plage
magnifique. Claudine, m'entends-tu? Claudine!
Réponds-moi, tu
m'inquiètes..."
Ces quelques mots achèvent enfin de la ramener de
sa
stupeur. Mais ils la replongent une fois de plus dans ses
interrogations à propos de
sa "vision" du matin. Ses yeux s'allument soudain, elle se
relève d'un bond et
s'approche du divan où est assis son patient.
- "Paul, fermes les yeux, laisses-toi aller, sans plus,
détends-toi et laisses-moi faire une
expérience avec mes "doigts magiques",
comme tu dis. Ne dis rien, même si je te pose une
question."
Claudine s'accroupit à côté du divan,
attend quelques
secondes pour qu'elle et son patient puissent se
détendre, puis elle pose sa main
délicatement sur le genoux droit de Paul en fermant
les yeux. Sur le champs, elle
se sent envahie par un curieux état de trouble
intérieur. Elle chancelle et pose son
autre main sur le haut de la cuisse devant elle pour ne
pas tomber. Aussitôt, elle
ressent une étrange et enivrante vague de chaleur
l'envahir en rayonnant de sa
colonne vertébrale en même temps qu'elle
perçoit à nouveau un bizarre
chatouillement au bas ventre, semblable à celui
qu'elle avait ressenti ce matin.
C'est très agréable et, les yeux toujours
clos, elle oublie tout et se laisse aller à
savourer cette sensation étrange pendant de longues
secondes, mais l'espèce de
jouissance animale qu'elle éprouve maintenant la
déconcerte tellement qu'elle se redresse soudain dans un
mouvement vif, se prend la tête à deux mains et ouvre
les yeux pour s'apercevoir que le bras droit et la jambe
droite de Paul ne sont pas
les seuls membres à ne pas être
paralysés...
<> UNE AUTRE FOIS
- (...)
- "Mais puisque je vous dis que Jean St-Pierre, c'est
moi. Il faudrait que je parle à Paul Tardif; vous
savez: c'est le patient du
docteur Landré qui est arrivé d'Ottawa il y
a neuf mois dans le coma."
- (...)
"Non, il n'est pas chez moi. S'il-vous-plaît,
cherchez-le
et faites-lui un message. Je ne peux pas rester en ligne
trop longtemps: je
vous appelle de Toronto. Voici: j'ai dû prendre
l'avion hier après-midi. Un
contrat surprise. Il n'y a personne à la maison. Ma
femme et ma fille m'ont
accompagné. Je ne pourrai donc pas recevoir Paul
Tardif en fin de semaine. Je pensais aller le chercher moi-même
cet après-midi mais c'est impossible,
je dois rester ici plus longtemps que prévu. "
- (...)
- "Merci et dites-lui bien que j'en suis navré. "
- (...)
- "C'est ça. Et dites-lui que ce sera pour une
autre fois."
- (...)
- "Non, je le rappelle dès mon retour."
- (...)
- "Merci. Au revoir."
Après l'avoir cherché suffisamment dans
l'Institut de
Réadaptation pour être bien persuadé
que Paul n'est pas rentré hier soir ou au
cours de la nuit dernière, on
téléphone chez Claudine de Lacoët pour
éclaircir la
situation, car on sait que c'est elle qui est allé
le reconduire hier.
...
- "Allô, Claudine de Lacoët à
l'appareil.
- (...)
- " Oui, je sais. Il est ici. (...) J'ai
décidé de le garder en
attendant de rejoindre son ami.
- (... )
- "Ha bon. ... Tant pis, ça n'est pas un
problème, je le
garderai pour la fin de semaine au complet!.
- (...)
- "Non, je vais en profiter pour le faire travailler un
peu,
(...), oui, en milieu naturel.
- (...)
- Oui c'est ça, je vais jouer les
ergothérapeutes,
histoire de rendre Nicole un peu jalouse!
- (...)
- "OK. OK. Je le ramènerai mardi matin. (...)
Merci! (...)
Bon c'est ça, à mardi, bye."
Claudine pose le téléphone et va se
cantonner dans sa
chambre à coucher. Elle est encore troublée
et songeuse à cause de ce qu'elle a
ressenti et cru comprendre ce matin. Quand elle croise son
propre reflet dans la glace qui est placé juste à
côté de la porte de sa chambre, elle s'arrête un
instant
devant, se regarde dans le blanc des yeux. Puis relevant
la tête d'un geste vif, elle
dit:
- "Non! Ma petite Claudine, non! C'est ridicule de fuir la
réalité comme ça. Dans le fond, c'est
fantastique ce qui arrive. Il faut
regarder la vérité en face. Tu dois
absolument revenir et continuer à faire des
tests. Tu as la chance de disposer maintenant de
circonstances absolument
idéales pour ce faire!"
"Prends un peu sur toi, ma grande!"
Quand il la voit enfin revenir dans le salon, Paul, qui ne
comprend pas très bien ce qui s'est passé ce
matin, laisse exhaler un soupir de
soulagement, qui se veut tout de même discret car il
se revoit encore tout nu sur le
divan, le pénis dressé lorsqu'il a rouvert
les yeux et qu'il s'est vu seul dans le salon.
Il rougit un peu de honte, car, ce faisant, il craint
d'avoir blessé Claudine. Il sent que
celle-ci est maintenant la personne la plus importante
dans sa vie.
- "Bonjour Claudine." Dit-il en détournant les
yeux,
gêné.
- "Bonjour Paul. Excuse-moi pour cet avant-midi. Je
n'aurais pas dû te laisser en plan tout seul dans le
salon, mais j'ai été
complètement dépassée par les
événements. Il faudrait qu'on se parle
sérieusement. Maintenant, si tu veux. Je suis
prête."
"Ce qui s'est passé ce matin m'a surpris autant que
toi.
Mais ne t'inquiètes pas trop pour ça: j'en
vu d'autres et puis je sais très bien
que tu étais totalement inconscient, alors en
rêve tout est possible et il n'y a
pas de tabou qui vaille, donc t'as pas à rougir
comme un homard ce matin! ...
Mais... Heu... Je ne sais pas trop comment formuler tout
ça... Disons... Heu...Je
crois qu'il peut exister entre nous une qualité de
communication que je
n'aurais jamais crue possible avant. Tu comprends?
À quoi ou à qui ça tient-il? À toi,
à moi, à nous deux? Je dois t'avouer que je n'en sais
strictement rien:
c'est aussi neuf pour moi que pour toi, tu comprends."
Elle lui raconte alors avec force détails ce qui
s'est passé
lorsqu'elle lui a touché le front pendant son
sommeil ce matin. Puis, elle lui décrit de son mieux les
sensations qu'elle a éprouvées plus tard dans le salon,
lors de
leur dernier contact tactile. Lorsque finalement elle lui
décrit précisément le
spectacle qui s'offrait à elle quand elle a enfin
ouvert les yeux avec les sensations
qu'elle avait alors éprouvées, ni lui ni
elle n'arrivent à masquer leur gêne
réciproque. Un long silence suit ces récits,
tous deux complètement interloqués à
l'idée que ces événements
suggèrent. C'est Paul qui sort le premier de cette
réflexion.
- "Si je comprends bien ce que tu me dis: lorsque tu
m'as touché, tu as éprouvées à
peu près exactement ce que j'éprouvais alors
moi-même semble-t-il. J'espère que
c'était au moins aussi agréable pour toi
que pour moi... OK, excuse-moi, je ne disais pas ça
pour te mettre mal à
l'aise...
(...)
"Mais dis-moi: comment est-ce possible? Est-ce que
ça vous arrive souvent avec vos patients?"
- "Comment est-ce possible? Ça, je n'en sais rien.
En
tout cas, je n'ai jamais rien vécu de tel avec
personne et je n'ai jamais rien vu,
lu, ni entendu à ce propos. Et pourtant ça
n'est pas d'hier que je pratique
comme physiothérapeute! Toi non plus ça ne
t'était jamais arrivé avant, je
crois. Ça faisait un bout de temps que je me
doutais que quelque chose de pas
ordinaire nous arrivait. À vrai dire, dès le
premier jour de ta thérapie avec moi,
j'avais le pressentiment qu'elle ne se passerait pas de
façon entièrement
normale. La remarque de Paule qui m'intriguait tant hier,
prend maintenant
une couleur plus ahurissante mais si logique après
ce qu'on a vécu ce matin. Il est certain que mon esprit
cartésien s'est toujours servi de ma facilité
verbomotrice pour se protéger pendant toutes les
phases de ta thérapie à
l'Institut. Pour se défendre et pour nous
protéger. Tous les deux."
Pendant de longues secondes, ils restent muets, regardant
droit devant eux dans le vide. Claudine avance alors
doucement un doigt vers la
main droite de Paul.
- "Je peux? Essayons une autre fois. On n'arrive plus
à se dire un mot maintenant. Peut-être que comme
ça?"
Pour toute réponse, Paul prend la main de Claudine,
la
dépose délicatement sur sa propre bouche
pour lui donner un baiser. Elle laisse
ensuite glisser sa main sur sa joue couverte d'une barbe
un peu forte.
Elle lui prend alors la tête avec son autre main, et
s'approche pour déposer à son tour un baiser
sur la bouche de celui avec qui elle
partage maintenant toutes les pensées, les
émotions et les sensations, même les
plus intimes.
<> L'ÉCHANGE
- "Bonjour Claudine. Alors, tu as passé une bonne
fin
de semaine? Je ne sais pas si tu as pu
réfléchir un peu à ce que je t'ai dit
vendredi, mais moi j'y ai repensé de mon
côté. J'en suis venu à la conclusion
qu'on devrait échanger un peu nos patients pour
nous permettre d'y voir plus
clair dans tout ça. Si on essayait ce matin. Qu'en
penses-tu?"
Claudine, qui est arrivée dans le vestiaire des
thérapeutes
quelques minutes avant Paule, allait en ressortir juste au
moment où celle-ci passe
le pas de la porte. Un sourire radieux illumine alors son
visage.
- "Bonjour Paule. Non, je t'avoue que je n'y ai pas
vraiment réfléchi... Mais ça m'a tout
de même amenée à comprendre et à vivre
beaucoup... Tu ne croiras jamais ce qui m'est
arrivé depuis vendredi soir. Si je commence à te
raconter ça maintenant, on en a pour l'avant-midi et les
patients attendent. Je vais tout de suite au gymnase et on
en reparle là-bas,
d'accord?"
Tout en marchant dans le corridor, Claudine chantonne un
air gai, pour mieux réfléchir à la
dernière demande de son amie. Elle ne sait pas
trop quoi lui répondre. Bien sûr, elle est
certaine maintenant que les appréhensions
de Paule ne peuvent plus vraiment être
fondées. Ce qu'elle sait à coup sûr par
contre n'en est pas moins totalement ahurissant, au point
même d'être inquiétant.
Pourtant une très grande curiosité la
caractérise sur le plan professionnel (le
docteur Landré ne lui a-t-elle pas d'ailleurs
confié son nouveau et inusité patient
comateux précisément pour cette raison, il y
a plus de neuf mois?). Aussi est-elle
très curieuse de voir ce qui pourrait ressortir de
l'essai d'un tel échange.
Quand elle pénètre dans le grand gymnase,
Paul est déjà
couché sur un matelas, sur le dos, les yeux
fermés, en train d'essayer de se
détendre complètement avant de commencer sa
journée d'exercice, comme il le
fait tous les jours depuis plus de deux mois. Il ne se
rend donc pas compte de
l'arrivée de Claudine. Celle-ci se dirige d'un pas
désinvolte vers les armoires du
gymnase où sont rangés les divers
accessoires dont les physiothérapeutes
disposent pour faire travailler leurs patients. À
cause du bruit qui règne comme
toujours dans le gymnase, il n'entend pas non plus les
chantonnements de Claudine, qui est maintenant en arrêt devant
l'armoire entre-ouverte des
instruments thérapeutiques. Elle semble
indécise quant au type d'exercices qu'elle
va proposer à son patient aujourd'hui. Comme Paul
ouvre les yeux, Paule passe
justement le pas de la porte du gymnase.
- "Bonjour Paul. Ce matin, si tu veux bien, je t'emprunte
ta physio. J'aimerais qu'elle travaille un peu avec un de
mes patients. J'aurais
besoin de son avis sur la prochaine étape
thérapeutique à entreprendre avec
lui. Alors j'ai proposé à Claudine
d'échanger nos patients ce matin. Nous
pourrons ensuite, elle et moi, nous éclairer
mutuellement sur votre état
respectif. Ça ne peut qu'être bon pour tout
le monde! Entre professionnels, il
faut savoir s'entraider, non? Et puis y a pas de raison
pour que Madame Claudine garde toujours les plus beaux mâles
pour elle seule. Na! "
À ces mots, Paule éclate de rire et lance
une serviette au visage de Paul.
L'arrivée inopinée de Paule et sa
répartie enjouée sortent Claudine de sa rêverie.
Elle se retourne pour regarder ses deux amis. Puisque Paul
reste sans mot dire à la proposition de Paule et
que cette dernière semble avoir pris
le contrôle de la situation, Claudine opine de la
tête et se dirige donc vers le
matelas où le patient de sa consoeur l'attend. Elle
se sent dans le fond soulagée de ne pas avoir à
réagir elle-même à la suggestion de Paule, ni
à expliquer à Paul
les raisons de leur "séparation" momentanée.
- "Alors monsieur Paul, ce matin pour commencer on
va voir ce que tu peux faire maintenant avec ton bras.
Essaye d'étirer cet
élastique le plus que tu peux."
(...)
"Fort bien. Ça n'est plus tout à fait mort,
mais ça n'est
pas non plus très fort. Maintenant, essaie de faire
un beau push-up."
Paul tente de s'exécuter en peinant beaucoup
pendant de
longues secondes, mais sans y parvenir
complètement.
- "Ça va, ça va. Maintenant reposes-toi un
peu avant de continuer. Tiens, pour passer le temps, racontes-moi
comment s'est passé
ta fin de semaine de congé chez ton ami. Et surtout
ne me cache aucun détail
croustillant de ta première fin de semaine de gars
célibataire en cavale après
deux ans de purgatoire!"
En disant cela, Paule touche au triceps gauche de Paul
pour le masser un peu et faciliter sa relaxation à
la suite de l'effort important qu'il
vient de fournir. Sur le champs, elle se sent envahie par
une vague de chaleur
indescriptible très agréable qui la
pénètre insidieusement dans tout son corps. Elle
est tout d'un coup submergée par une joie de vivre
sans borne et un bonheur
immense. Sa vue est brouillée par la vision d'un
visage familier qui s'approche plus
près du sien qu'elle ne l'avait jamais vu
auparavant. Au même moment,
concurremment avec les "souvenirs-jouissances" d'un
orgasme comme elle les
connaît, elle ressent aussi d'étranges
voluptés nouvelles dans son bas-ventre, qui
se répandent ensuite dans tout son être, en
irisant à partir de sa colonne vertébrale
comme autant de raz-de-marée.
- "Paule! Hé! Ho! Paule, réveilles-toi!
Qu'est-ce qui
t'arrive? Je te confie mon patient quelques minutes et
voilà que tu tombes toi-même dans les pommes à
côté de lui! Ça n'est vraiment pas
sérieux. Je parie
que tu as encore abusé de ton corps hier! Allez,
viens te reposer dans la salle
de détente des physios, je crois que cela te fera
du bien. Nos patients vont
nous faire un peu de bicyclette stationnaire pendant ce
temps-là. Il y en a deux
de libres en ce moment. Je les installe et je te retrouve
tout de suite après."
Après avoir rejoint sa copine assise sur une chaise
droite
dans la salle de détente, Claudine s'agenouille
devant elle et scrute son visage. Paule, bien que paraissant
parfaitement éveillée, a toujours les yeux dans le
vague
et affiche un air hagard mais béat.
- "Claudine, oh Claudine, je m'excuse; je ne sais pas ce
qui m'a pris. Je crois que je commence à avoir... comment
dire?... des
hallucinations moi-aussi. Est-ce que c'était
toujours comme ça pour toi avec ce patient là? Je...
je... Quand je lui ai touché, pendant un moment,
c'était
comme si je faisais l'amour et quelle expérience,
mon Dieu! Ça ne ressemblait
pas vraiment tout à fait à quoi que ce soit.
Bien sûr, j'avais déjà joui
auparavant, mais ça n'était vraiment pas
pareil... D'une certaine manière,
c'était exactement comme un orgasme tout ce qu'il y
a de plus vrai, mais dans
un certain sens ça n'avait rien à voir avec
tout ce que j'ai déjà vécu avant.
Mais en tous cas, j'avoue que " j'y ai pris mon pied pas
à peu près! " Si tu vois
ce que je veux dire. Et je crois même que dans mes
hallucinations, c'était toi
qui...qui... était ma partenaire enfin. Mais pas
comme tu pourrais l'imaginer. Je m'exprime mal... je ne sais comment
t'expliquer. Excuse-moi. Je... "
- "Laisses et arrêtes de t'excuser constamment. Il
n'y a pas de honte à éprouver du plaisir! Tais-toi
quelques instants. Je crois que
tu devrais comprendre maintenant réellement ce qui
m'est arrivé en fin de
semaine et pourquoi je ne voulais pas essayer de
t'expliquer plus tôt ce matin.
Je crois que Paul a été plus explicite et
clair que moi. Malgré lui bien sûr. Mais,
ça se passe de mots."
"Ainsi il devient évident que c'est Paul qui est la
clé.
Quand tu m'as proposé un échange de patients
ce matin, j'ai recommencé à
me demander si ce que je vivais avec lui dépendait
de moi, de lui ou de nous-deux. Ma curiosité professionnelle
maladive aidant, grâce à toi, j'ai pu vérifier
avec ton patient que mon "toucher" n'était pas
vraiment différent. D'après ce
que tu me racontes, j'en conclue que c'est bien Paul
qui... qui..."
<> CHALEUR
_ "Tu ne m'en veux pas, j'espère, Claudine si j'ai
demandé ce midi au docteur Landré de me
laisser devenir patient externe et si je lui ai dit que tu avais
accepté de me reconduire à mes "nouveaux
appartements" dès ce soir."
- "Bien sûr que non et quand elle m'en a
parlé, j'ai tout
confirmé sans hésiter. Je dois avouer que je
me demandais depuis un bon
moment déjà comment je pourrais organiser
"ta fuite" de l'Institut, pour qu'on
ne soit pas séparés cette nuit. Je
n'étais vraiment pas très "chaude" à
l'idée
de passer la nuit seule ce soir. Mais excuses moi, il
faudrait que j'aille à la
cuisine préparer le souper, si on veut pouvoir
manger."
Pendant que Paul regarde le bulletin de nouvelles
télévisé, Claudine s'affaire devant sa
cuisinière. Elle prépare un de ses plats
sud-américains
"muy sabroso!" qu'elle adore. Elle avait pu en apprendre
la recette lors de sa
dernière tournée avec les Grands Ballets
Canadiens. À l'époque, elle travaillait
comme physiothérapeute attitrée avec la
troupe et la suivait toujours lors de ses
longues tournées à l'extérieur. Elle
adorait l'emploi bien sûr en bonne partie à cause
des occasions de voyager qu'il offrait, mais à
force de toujours soigner les corps de
gens qui étaient dans une forme physique
exceptionnelle de toute façon et dont les
problèmes requérant ses soins finissaient
toujours par se ressembler, un jour elle
avait eu l'impression d'être enfermée dans
une espèce de routine. Elle avait donc
donné sa démission pour entrer au service de
l'Institut de Réadaptation de Montréal,
où elle avait trouvé amplement satisfaction
à son besoin de nouveauté.
- "Aie!" S'exclame-t-elle soudain. Elle vient de
s'échapper
une petite giclée d'huile brûlante sur le
pied. Mais comme elle est trop occupée à
réussir une importante opération dans la
préparation de son plat "muy sabroso!",
elle se contente de grimacer de douleur et continue
stoïquement ses préparatifs
culinaires.
- "À table! Le souper est prêt! Viens manger
pendant
que c'est chaud! Roules ta chaise jusqu'ici Paul, pendant
que je fais le
service."
Quand il fut installé avec sa chaise roulante en
face de
l'assiette qu'elle lui a servie, Claudine lui dit, toute
fière:
- "Goûtes moi un peu ça. Cuisine typiquement
chilienne. C'est un plat très épicé.
Un peu "chaud" peut-être, mais tu m'en
donneras des nouvelles mon grand!"
Comme Paul prend sa première bouchée,
Claudine lui
touche la main. Peut-être pour savoir "vraiment" ce
qu'il pense de ses talents de
cuisinière.
- "Aie! C'est bon, et c'est vrai que c'est "chaud", mais
c'est épicé d'une drôle de
façon: ça me brûle plus le pied que la langue!"
<> OSÉ
- "Bonjour Claudine, ce matin j'aimerais que tu
rencontres ton nouveau "client", Ismaël Maheux, 10
ans. Pour ce qui est de
ton patient régulier, Paul Tardif, je l'ai
examiné hier après-midi. Félicitations! Il a
fait des progrès considérables; je te le laisse
toujours, mais je pense qu'il
est assez habitué à la routine de la physio
maintenant pour que tu puisses
commencer à travailler aussi avec un nouveau
malade. Il semble même avoir
déjà réussi à s'adapter
parfaitement à sa nouvelle vie extra-hospitalière.
D'ailleurs, il a rendez-vous ce matin avec Charlotte
Jeannoit à son bureau du
sous-sol pour une évaluation neuro-psychologique.
On se tient mutuellement
au courant de tout nouveau développement, bien
sûr."
"En ce qui concerne notre nouveau "cas problème",
je
voudrais que tu le rencontres ce matin. Tu trouveras un
dossier le concernant
dans ton casier de votre salle commune des physios. Il te
faudra d'abord
gagner sa confiance, aussi au début Paule pourra te
relayer un peu avec Paul:
je crois qu'elle connaît bien ta démarche
avec lui. Par la suite, j'aimerais que tu les prennes tous les deux
en même temps; j'ai l'impression que la présence
d'un patient qui a pleinement confiance en toi pourra
t'aider avec Ismaël. Il
t'attend dans le petit isoloir de physio no 4. Ce midi tu
me diras ce que tu en
penses."
Cinq minutes plus tard, quand Claudine
pénètre dans
l'isoloir no 4, elle ne voit pas tout de suite son
patient. Celui-ci est assis par terre
derrière l'armoire aux instruments. Bien qu'assez
grand pour un enfant de son age,
comme il s'est tout recroquevillé en boule, il
échappe d'abord complètement aux
regards de Claudine. Cette dernière va ressortir du
petit local lorsqu'elle l'aperçoit
enfin.
-"Bonjour!" Lance-t-elle joyeusement.
Pas de réponse. Elle fait alors un mouvement dans
sa
direction pour s'approcher de lui, l'aider à se
relever et l'amener au matelas
d'exercice, mais il se recroqueville en boule encore plus
serrée. Décontenancée, Claudine recule d'un pas
et s'assied sur le matelas avec son dossier médical et
commence à le parcourir pour essayer d'en apprendre
un peu plus sur ce nouveau
"cas-problème" que le docteur Landré lui a
confié.
Quelques heures plus tard, quand Claudine entre à
la
cafétéria de l'institut, Paul est
déjà attablé en face de Paule. Elle s'assied
donc à
leur table, en poussant un profond soupir
d'épuisement.
- " Qu'est-ce qui t'arrive Claudine? À t'entendre
soupirer, on dirait que tu viens de courir le marathon! Le
travail avec le
nouveau patient du docteur Landré a-t-il
été si dur que ça? Pourtant, je croyais
qu'il s'agissait d'un petit enfant de 10 ans; pas d'un
pachyderme!"
- "Oui Paule, c'est bien un petit enfant de 10 ans. Mais
il a si peur de moi, comme de tout le monde d'ailleurs, si
j'ai bien compris, que
je n'ai simplement pas osé lui toucher. J'ai
passé l'avant-midi à le regarder
m'éviter, ou plutôt non: m'ignorer! Ça
me tue! Je ne sais vraiment pas quoi
faire avec lui: je ne peux même pas lui parler! Un
vrai mur... J'avais presque l'impression qu'il se moquait de moi et
de mes efforts pour lui parler. Même
toi, Paul, tu étais plus "causant" que lui, pendant
ton coma: avec toi je
monologuais bien sûr, mais tu étais
clairement inconscient ça me paraissait
normal. Tu ne m'intimidais pas: je sais maintenant qu'en
fait on communiquait
malgré tout. D'autant plus qu'en fait, toi et moi,
on sait bien tout les deux que
dans le fond on communiquait mieux que personne... Enfin,
ça ne se compare
pas du tout. Ma comparaison est tout à fait
boiteuse! En tous cas... ... Tandis
que lui... Cette fois, le docteur Landré ne m'a pas
manquée et elle n'est même
pas ici pour me conseiller ce midi! Bof. Il ne faut pas se
décourager: après
tout, ça n'est que le premier jour!"
Sur ce, Claudine se lève pour aller se chercher
à dîner au
comptoir de la cafétéria. Pendant qu'elle
s'éloigne en chantonnant un air
vaguement tristounet, Paule et Paul continuent à
manger en silence, ne sachant
comment interpréter les propos de leur amie, qu'ils
sentent plutôt démoralisée.
- "Paul, je crois qu'aujourd'hui Claudine va avoir plus
besoin de ton aide que l'inverse... Je ne l'ai jamais vue
avoir la mine aussi
dépitée après une session de
thérapie avec un nouveau patient! Cet après-midi, je
crois que tu devrais essayer de l'aider à << toucher
>> son nouveau
protégé. On se comprend? ... Bien. Quand
elle reviendra, je vais lui demander
de te reprendre avec elle après le dîner,
parce que... disons que mon propre
patient me réclame. Ah oui, si tu peux,
évites de lui dire que tu veux l'aider: elle
est si fière que je ne suis pas certaine qu'elle
voudra, tant qu'elle n'aura pas
tout essayé; quitte à se démolir
elle-même! Il parait que ça s'appelle de la
"fierté professionnelle"... mais de toute
façon, je ne sais pas pourquoi je te dis
ça: tu jugeras, puisque je crois que tu la connais
maintenant mieux que moi..."
Chantonnant toujours mais d'un ton apparemment
"guilleret et désinvolte" maintenant, Claudine
revient s'asseoir avec ses amis et
commence à attaquer son assiette sans piper mot.
- "Claudine, puisque ton nouveau patient n'est pas trop
exigeant aujourd'hui, tu me rendrais service en acceptant
de reprendre aussi
Paul cet après-midi. Mon propre patient me
réclame, parait-il... Il veut essayer
de monter des escaliers et je ne suis vraiment pas
certaine qu'il est bien prêt
pour ça, alors tu comprends... Merci. Et puis
ça ne te nuira pas d'avoir
quelqu'un avec qui parler. Non?"
(...)
Lorsque Paul ouvre la porte de la petite salle de physio
no
4, la première chose qu'il aperçoit c'est
Claudine assise sur le matelas d'exercice.
Un doigt sur la bouche, elle lui fait signe d'entrer avec
l'autre main. Sur la foi des
explications de Paule, elle a bien-sûr
accédé à sa demande mais elle a
préféré
précéder Paul pour rejoindre son petit
patient problème. À première vue, elle
semble seule dans son local, pourtant elle lui montre du
doigt l'armoire aux
accessoires de physio. Paul aperçoit alors la jambe
d'un enfant qui dépasse. Claudine se lève et vient
l'accueillir en poussant sa chaise roulante à
l'extérieur du
local.
- "Ismaël s'est endormi dans son coin. Lorsque je
suis
partie dîner, comme je n'avais pas encore osé
lui toucher, je n'ai même pas
essayé de le persuader d'aller manger. Je ne pense
pas qu'il l'aie fait. À mon retour, il y a une minute, il
était toujours recroquevillé dans le même recoin.
Maintenant, il s'est endormi; j'hésite à le
réveiller. Peut-être que tu devrais
t'installer dans l'isoloir no 5 en face; tu pourrais
travailler seul la même
séquence qu'on a vu hier. Si tu as besoin d'aide,
fais-moi signe j'irai te
retrouver."
Pour toute réponse, Paul qui s'est retourné
dans sa chaise
pour l'écouter, se tourne encore un peu plus, et
pose simplement sa main droite sur
une de celles qui tiennent sa chaise roulante. Ils restent
ainsi quelques minutes,
muets et immobiles mais jetant tous deux occasionnellement
un regard en direction
de l'isoloir dont ils viennent de sortir plus tôt.
Claudine lève ensuite les yeux au pLacoët et commence
à chantonner à voix très basse. Puis, elle
baisse les yeux,
ouvre la porte précautionneusement et pousse la
chaise roulante à l'intérieur. Elle
l'arrête juste devant la jambe étendue par
terre; elle agrippe la main gauche de
Paul et la serre fermement, pendant que celui-ci se penche
et tend la main droite
en direction de la cheville nue qui gît sur le
plancher.
<> COMPRENDRE
- "Como te llamas? Ola chico, como te llamas?"
Devant cette question répétée sans
cesse dans une langue
qu'il ne comprend pas, Ismaël se recroqueville encore
un peu plus sur lui-même
pour mieux se cacher le visage et les yeux.
Il se souvient clairement de la joie qu'il a
éprouvée quand,
pour la première fois, Aude et Bernard, ses
parents, ont fini par se résoudre à
l'amener en voyage avec eux. Il ne se doutait pas alors
que ceux-ci, tellement
absorbés par leur travail de reconnaissance in
situ, qu'ils mènent pour une agence
touristique, allaient le négliger à ce
point! Depuis toujours, il a espéré ne pas être
laissé à la maison à tout bout de
champs comme un vieux jouet usé pour occuper
une gardienne pendant au moins deux semaines à
chaque fois, une éternité pour
lui.
C'est alors qu'il avait compris qu'en boudant
obstinément
et en faisant le mort pendant ces éternités,
Aude et Bernard allaient revenir un peu
plus vite peut-être. Ou sinon, la gardienne qui
devait s'occuper de lui pendant ces
absences leur ferait sûrement comprendre qu'ils
devaient absolument espacer et
raccourcir leurs voyages sinon l'amener avec eux.
Ça avait bien marché; Priscilla,
son dernier instrument-gardienne avait réussi
à les convaincre: cette fois il les a
accompagné. Mais ils se sont bien vengés:
ils l'ont oublié là, au restaurant dans un
pays étranger, entouré de gens qui
baragouinent sans arrêt dans un jargon
impossible à comprendre!
Heureusement, il n'y a pas que les mots pour se faire
comprendre. Lui Ismaël, a toujours eu de meilleurs
résultats en se taisant et en n'écoutant rien de ce
qu'on
lui dit: les adultes ne peuvent rien contre ça et
ils se font toujours de bons
instruments pour lui. Ah Aude et Bernard se croient
supérieurs? Il ne compte pas
pour eux?
Il va leur montrer de quoi il est capable. Jamais plus il
ne leur dira un mot,
comme quand il était encore tout petit et il faudra
bien qu'ils s'occupent de lui! Ils lui doivent bien ça... Et
maintenant ils l'ont laissé seul au milieu de plein de
martiens.
Soit, mais il va leur faire comprendre que tous les
adultes qu'il ne veut pas
connaître sont tous des étrangers qui parlent
martien pour lui. Il va devenir dur
comme une balle de baseball! On ne peut rien contre une
balle de baesball: on
peut la frapper avec un baton même, elle n'a pas de
mal, elle ne dit rien et elle a
toujours tout plein de gens qui se tuent à la
servir! Tous ces gens qui désirent
l'attraper et la relancer au loin. Elle qui n'entend rien
de leurs appels et va où elle
peut, quand elle veut. Il sera une vraie balle de
baseball!
- "Ismaël! Ismaël!"
Hein? Qui est sont ces gens qui lui parlent et qui
connaissent son nom? C'est
impossible. Il a dû rêver. Mais ça ne
marche pas: ça fait une éternité qu'il vit et
revit
le même rêve et jamais il n'a tourné
comme ça! Lui, une balle de baseball
insensible et indestructible, voilà qu'on le
tâte doucement et qu'on le flatte comme
par l'intérieur. Son petit coeur de balle de
baseball en est même tout chatouillé! Que c'est
agréable et comme ça fait du bien. Il sent qu'on l'aime
même; comment
est-ce possible? Il n'y comprend rien! Pourtant ce ne sont
pas Aude ni Bernard! De
toute façon ils n'auraient jamais osé lui
toucher vraiment: depuis qu'il a appris à
parler, ils ne le caressent plus jamais! Et cet affreux
restaurant plein d'étrangers
qu'il ne pouvait pas comprendre est disparu. Qu'est-ce qui
lui arrive tout d'un coup?
Il doit être en train de se réveiller;
pourtant ça lui semble être aussi réel que dans
son bon vieux rêve familier. Pour la première
fois depuis une éternité, Ismaël est
vraiment curieux de voir la réalité qui
l'entoure lorsqu'il ouvre les yeux. Il se sent un
sourire heureux au visage comme il ne pensait plus pouvoir
en faire, jamais...
<> PARLER
- "Oui c'est vrai Claudine, je sais que je t'avais
donné
rendez-vous au dîner hier midi... qu'on devait se
parler. Mais tu sais ce que
c'est: je n'ai pas pu venir. Une urgence..."
"Ça dû être raide pour toi avec
Ismaël au début, mais il semble que l'après-midi
s'est beaucoup mieux passé. Tu l'aurais même vu te
sourire. Tu m'étonneras donc toujours! J'arrive à peine
à y croire. D'après le dossier psychiatrique
détaillé que sa psychothérapeute m'a fait
parvenir ce
matin, il semble qu'à sa connaissance, il n'a
jamais plus rien fait de tel depuis
l'âge d'environ trois ans! En fait, il a abouti ici
presque par erreur! Si je l'ai
accepté ici à l'essai, c'était
surtout pour rendre service à une amie
psychothérapeute qui s'occupe d'enfants
autistiques. Trois ans: c'est
d'ailleurs à peu près l'age qu'il avait
quand il a commencé à montrer des
symptômes certains d'autisme. Je t'avoue qu'en
lisant ce dossier ce matin, je
commençais à me demander si on arriverait
à faire quelque chose pour lui.
Mais après ce que je t'avais vu réussir avec
le comateux Paul Tardif,
j'espérais... Je me disais que si une de mes
physios avait des chances de
toucher Ismaël, tu étais probablement
celle-là."
"Je suis si heureuse que tu aies réussi à
l'approcher
sans qu'il s'enferme complètement dans son monde.
Il t'a laissé pénétrer sa
carapace dès la première journée,
c'est merveilleux!"
"Dans son dossier, j'ai appris que, dans son cas,
même
les contacts tactiles sont souvent difficiles quand il est
contrarié, parce que
confronté à de trop grands changements.
J'avais de la peine à visualiser une
de mes physios devant soigner un patient sans lui toucher!
Je vois que j'avais
raison de te le confier et de te conseiller de t'occuper
de ton autre patient,
Paul, en même temps. Il te fait aveuglément
confiance, celui-là. La force de
l'empathie et de l'exemple ça opère parfois
des miracles! Ton Paul, tu as bien
réussi à lui causer et le faire te "parler"
même quand il était dans le coma...
alors peut-être que tu arriveras à
délier aussi la langue d'Ismaël!"
"La psychothérapeute qui le soignait encore avant
son
arrivée ici m'écrit qu'elle était
arrivée à le faire parler un peu de temps en
temps, quand il se sentait particulièrement bien.
Alors quand tu lui auras enfin
délié un peu la langue, avertis-moi. Je
meurs de curiosité d'essayer de
découvrir pourquoi il a pu devenir autistique. Si
l'origine de tout ça n'est pas
déjà enfoui trop profondément, bien
sûr!"
Quand Claudine sort du bureau de Denise Landré,
elle se
sent un peu coupable d'avoir un peu "arrangé" la
vérité et d'avoir aussi escamoté
certains faits qu'elle connaissait... Elle sait
déjà par exemple qu'en plus des
phénomènes physiologiques qui sont en
général toujours associés avec l'autisme,
le "toucher total" de Paul leur a permis d'identifier des
éléments "contextuels" et
psychologiques qui ont pu activer ces symptômes
d'autisme chez Ismaël. Avec
Paul, elle a si bien pu rencontrer l'autistique dans sa
tête qu'elle espère même
réussir à neutraliser l'action de ces
éléments déclencheurs non physiologiques
à
proprement parler. Elle a pénétré les
pensées et les émotions les plus intimes de
son patient, mais elle ne se sent pas encore le courage ou
le droit de "trahir" le
secret de Paul. Elle se demande tout de même comment
elle va expliquer au
docteur Landré ce qui lui permet d'affirmer tout ce
qu'elle sait concernant Ismaël,
sans être obligée de tout lui dévoiler
en même temps au sujet de Paul et de leur
relation à tous deux...
Lorsqu'elle s'approche en chantonnant gaiement de
l'isoloir no 4, où doivent la retrouver Paul et
Ismaël tout à l'heure, elle aperçoit une
chaise roulante stationnée juste à
côté de la porte. "Celle qui a amené Ismaël
ce
matin?" Se demande-t-elle.
Quand elle entre dans le petit local, elle découvre
avec
surprise Ismaël tout pelotonné en boule sur
les genoux de Paul, dont il tient la main
droite. À son arrivée, Ismaël
soulève la main gauche de Paul et la tend vers elle. Claudine
prend cette main tendue très doucement, sans geste brusque et
pose son
autre main plus doucement encore sur la joue
d'Ismaël. Puis d'un mouvement
calme et onctueux elle s'assied tranquillement sur la
commode aux instruments de
physio qui fait face à la chaise de Paul. Ils
passent ainsi l'heure suivante, muets et
presque sans bouger, tout absorbés dans un dialogue
intérieur à trois très intense.
C'est finalement Claudine qui rompt le silence la
première:
- "Oui Ismaël, je sais bien que c'est agréable
de
communiquer comme ça, que c'est plus vrai. Mais
malheureusement, Paul est
la seule personne que je connaisse qui puisse permettre de
réaliser ça.
Autrement, pour le monde ordinaire comme moi, toi, Aude et
Bernard même
j'en suis sûre, il est pratique de pouvoir se servir
de sa bouche et parler. Il est
certain que notre toucher a aussi son importance, mais...
moi en tout cas, je
sais que parler ça m'aide à penser. Tu veux
bien que je continue? Et me parler
aussi un peu s'il-te-plaît?" ...
"Merci. Maintenant, je crois que je commence à me
sentir un peu ankilosée. J'ai besoin de bouger.
Vous aussi, d'ailleurs. Sinon on va tous les trois devenir aussi mous
que des ballons de football dégonflés!
J'ai si souvent dû soigner des gens rendus comme
ça, que ça me fait peur! Toi
par exemple, Paul, rappelles-toi de ce dont tu avais l'air
quand tu as ouvert les
yeux, après 15 mois de léthargie.
Plutôt navrant, hein?"
Aussitôt, elle les voit se sentir subjugués
par un sentiment
d'impuissance inconfortable et l'impression de sortir
enfin prendre une bouffée d'air
au dessus d'une mer de mélasse épaisse dans
laquelle leur corps est encore tout
agglutiné. Claudine, qui avait laissé la
main de Paul juste après avoir parlé, les
regarde quelques instants revivre le désespoir
impuissant de Paul à sa sortie de
coma. Elle voit dans le visage d'Ismaël se dessiner
la surprise et l'incompréhension,
qui font progressivement place à
l'anxiété et à l'horreur puis à la rage
et au besoin
de réagir.
- "Bonjour les enfants!" Leur dit-elle enfin, en reprenant
la main de Paul qu'elle serre maintenant tendrement. "Tu
te souviens aussi du
travail obstiné auquel ta physio têtue t'a
astreint par la suite. ... Bien. Ça n'est
pas encore fini. Il serait temps de s'y remettre, si tu
veux t'en sortir
complètement. Et toi, ne ris pas Ismaël. Toi
aussi il va falloir que tu
réapprennes à bouger un peu plus. Oh c'est
bien sûr que de ce côté là, tu
reviens de moins loin! Mais pour une grande balle de
baseball de dix ans
comme toi, je te trouves encore un peu mou! Claudine
l'abominable
"bourreautte" de physio est bien décidée
à ne pas te ménager non plus! Si
vous voulez, on va jouer à un jeu tous les trois:
je vais aller sur le matelas
dans le coin et je vais vous montrer un exercice. Regardez
bien ce que je fais,
parce que tout de suite après vous allez essayer de
m'imiter. Tous les deux. Le premier qui réussit aura la chance
d'aider l'autre, comme un vrai physio. Et
ne vous inquiétez pas pour moi: pendant ce temps
là, je vais jouer l'arbitre et
vous tâter les muscles de temps en temps, pour
être sûre que vous ne trichez pas. Quant à toi,
monsieur Ismaël "Balle-de-Baseball" faudrait aussi que tu me
refasses travailler les muscles de cette belle grande
langue là. Alors pour
équilibrer les choses, comme tu n'es pas
paralysé sur un côté mais dans le
moulin à paroles, il va falloir que tu joues les
commentateurs sportifs et que tu me décrives la "partie" au
fur et à mesure, mes "démonstrations" y
compris! Attention... c'est parti! Regardez bien."
<> IDÉE BARBARE
- "Je lève mon verre à la santé de
Paul, notre revenant
d'outre-tombe et à celle de Claudine, l'ange
courageux qui nous l'a ramené!"
À ces mots, Jean, Paule, Claudine et Paul
entrechoquent
leurs verres en riant. Ce soir, ils fêtent chez
Claudine le retour de Jean à Montréal
après plusieurs mois d'exil à Toronto et la
"libération" de Paul qui peut enfin se
déplacer autrement qu'en chaise roulante. Bien
sûr, il doit encore s'aider d'une
canne, mais Claudine l'a assuré que cela ne devrait
être que temporaire. S'il
continue à travailler à fond de train sans
se laisser distraire évidemment.
- "J'avais tellement hâte de te revoir, autrement
qu'en
"légume" sur un lit d'hôpital! À la
CORPO, on m'avait dit que tu étais beaucoup
mieux, mais que tu étais encore très
diminué. Trop pour pouvoir reprendre le
travail avec nous. Michel Tocard, celui qui te remplace
comme cameraman,
est très gentil bien sûr et presqu'aussi
compétent que toi, (il apprend très
vite), mais depuis mon retour de Toronto j'ai toujours
senti que notre bonne
vieille Corporation Cinéma n'était pas la
même sans toi pour m'aider à
matérialiser toutes mes idées barbares!
Quand est-ce que tu nous reviens?
Est-ce que le cinéma ne te manque pas un peu ou si
ton nouvel ange gardien
t'en a complètement détourné?
Même si c'était le cas, j'aimerais que tu nous
fasses la faveur immense de nous rendre un petit
service... quasiment illégal...
Nous: le cinéma et moi s'entend."
"Parce que moi j'ai encore toujours plein "d'idées
barbares" dans la tête, comme on dit. Je voulais
d'ailleurs t'en parler. J'avais
pensé préparer un scénario pour
tourner des histoires qui se dérouleraient
dans un univers que tu commences à bien
connaître maintenant, bien malgré
toi: le monde hospitalier de la réadaptation. Je
voudrais écrire des scénarios
pour un projet de téléroman. Ça
devrait bien marcher: côté physiothérapie,
Claudine tu accepteras sûrement de me servir de
conseillère pour ce faire.
Côté "patient", j'espère que je peux
compter sur toi. Les urgences je connais
un peu depuis que je t'ai veillé moi-même
à Ottawa. Par contre il y a un aspect
de ce microcosme que ni elle, ni toi, ni moi ne
connaissons vraiment bien,
c'est celui des grands manitous de ce monde: les
médecins. Aussi tu me
rendrais un grand service en planquant discrètement
quelques-uns de mes
gadgets de preneur de son. Voici à quoi je pensais:
j'aimerais te voir cacher
un micro dans le bureau d'un de ces intouchables,
probablement un micro-radio et tu dissimulerais le récepteur
et un petit magnétophone dans ta case,
pour pouvoir enregistrer ce que les médecins se
racontent quand ils sont
seuls. Je n'aurais pas besoin d'avoir une qualité
sonore parfaite; juste assez
pour pouvoir comprendre ce qu'on raconte et m'aider
à rédiger mes scénarios.
J'ai rapporté quelque chose de ce genre-là,
lors de mon dernier voyage en
Suisse, qu'est-ce que tu en penses?"
"Pourrais-tu me planquer ça pendant que tu as
encore
l'opportunité de t'en servir facilement à
l'Institut ou si tu compte maintenant
abandonner le monde du cinéma pour de bon? Sinon,
quand est-ce qu'on te
revois à la CORPO mon gros?"
- "Non Jean, je n'ai pas l'intention d'abandonner le
cinéma, rassures-toi. Mais je ne compte pas revenir
à la Corpo tout de suite. De toute façon, je ne vous
serais pas d'une grande utilité, d'autant plus que
Michel est un garçon parfaitement compétent
et qu'il peut très bien me
remplacer, tandis que moi actuellement... Tu me vois
faisant de la caméra à
l'épaule avec une canne? D'ailleurs, il s'est
passé tellement de choses
nouvelles dans ma vie ces derniers temps, que je
préfère me concentrer sur
ce qui m'arrive pour en tirer vraiment toutes les
leçons qui s'en dégagent. Ce
qui m'est arrivé est assez incroyable... je te
raconterai ça une autre fois...
quand j'en aurai bien compris tout le sens... Mais pour ce
qui est de "votre"
petit contrat d'espionnage, vous pouvez compter sur moi,
messieurs Jean et
le Cinéma. J'accepte de bonne grâce, mais
c'est bien parce que c'est vous!"
Claudine accepte aussi volontiers d'épauler les
deux
conspirateurs, alors Jean est absolument ravi. Tandis
qu'il discute avec Paul
pendant la suite du repas, de la meilleure
stratégie à suivre pour réussir
l'opération
projetée, les deux physiothérapeutes
engagent une conversation parallèle au sujet
des divers événements qui se sont
déroulés à l'Institut ces derniers temps.
- "Comme ça, le docteur Landré t'a
retiré Ismaël dès
que toi et Paul l'avez débloqué suffisamment
pour pouvoir le confier à une
autre physio. Tu réussissais peut-être trop
bien avec lui... Elle te l'a laissé
juste pendant qu'il était intouchable; pour une
physio ordinaire évidemment...
Ça me parait un peu vache! Tu ne trouves pas?
D'abord Paul le comateux,
ensuite Ismaël l'autistique: on dirait que le docteur
Landré s'évertue à te refiler
tous ses cas impossibles! C'est à croire qu'elle
t'en veut! Peut-être qu'elle n'a
pas digéré que tu court-circuites ses
instructions avec sa patiente, la vieille
Mme Duguay. Tu sais bien, celle à qui tu avais
conseillé l'an dernier d'aller
consulter un acupuncteur avant d'accepter de subir
l'opération chirurgicale de la colonne qu'elle lui proposait.
C'était pour restaurer la sensibilité de ses
jambes, puisque ses progrès avaient plafonné
en physio à cause précisément
de cette insensibilité. Heureusement pour toi et
Mme Duguay, ça avait très
bien marché avec l'acuponcture et
l'opération avait pu être évitée... C'est
à se
demander ce qu'elle te prépare maintenant!"
- "C'est le dernier de mes soucis. Elle sait bien qu'elle
ne pourra pas m'enlever Paul et c'est à peu
près la seule chose qui compte
pour moi en ce moment. Écoutes-moi, ce que je vais
te dire est encore un
secret: c'est une primeur, personne n'est au courant
à l'Institut, alors je
compte sur ta discrétion pour le moment. J'aimerais
mieux que le docteur
Landré l'apprenne de ma bouche. Voici: j'ai
l'intention de laisser l'Institut un
certain temps bientôt. Je vais y rester encore un
peu pour aider Paul à réaliser
son projet d'espionnage et terminer sa
réadaptation. Ensuite, je pense que je
vais devoir prendre un long congé... de
maternité."
<> MAUVAIS CONTEUR
- "Bonjour Claudine, tu as bien dormi? À quoi as-tu
rêvé cette nuit?"
- "Bonjour Paul. Oui j'ai très bien dormi et comme
d'habitude, je ne me souviens pas très bien de mes
rêves. Nous avons dormi
bien collés comme toujours et je suis sûre
que toi tu te souviens clairement de tous nos rêves, alors ne
me fais pas languir: racontes-les moi, car je suis
certaine que tu t'en rappelles mieux que moi!"
- "Je ne sais pas si je me rappelle vraiment de tes
rêves à toi. Vois-tu, de mon
côté, je crois avoir rêvé que
j'étais complètement
plongé dans une sorte de... bain flottant.
C'était très confortable, bien chaud,
parfaitement sécurisant. J'étais sous l'eau
et je ne ressentais même pas le
besoin de respirer; je n'avais pas l'impression de faire
quoi que ce soit,
pourtant, ce matin il me semble que je n'ai pas
arrêté de travailler de la nuit.
Vois-tu, il m'a semblé tout le temps que
j'étais très pressé; comme si j'avais...
un univers entier à construire. J'avais
l'impression que mon corps au complet
était en train de... bourgeonner de partout.
À part quelques sons très diffus
que j'entendais comme par l'intermédiaire de tous
mes os, la presque totalité
de mes sensations étaient tactiles. J'étais
totalement euphorique et j'aurais
voulu crier: "que je suis bien!" Mais je ne trouvais plus
ni mes mots, ni ma
voix. J'étais handicapé comme pour mes
jambes lorsque je suis sorti du
coma! Je ne sais pas comment décrire ça:
c'était si étrange et pourtant ce
n'est pas la première fois que nous rêvons
à quelque chose comme ça: ça fait
plusieurs semaines que ça dure. Jusqu'ici, je ne
t'en ai jamais parlé et
j'essayais de ne pas y faire attention; mais il me semble
que ce rêve étrange,
toujours le même à peu près, devient
de plus en plus clair. Ces derniers mois,
J'ai passé toutes mes nuits baigné
continuellement dans un contexte
identique et je crois que mes sensations, mes idées
et mes émotions même
deviennent de plus en plus claires. C'est comme une
espèce de vie
léthargique épuisante mais très douce
dans un cocon si confortable... J'ai
l'impression d'être en train de vivre une session
intensive de... comment dire?
... "pré-rebirth"... Je ne sais pas si tu
comprends? Je suis un si mauvais
conteur..."
À ces mots, Claudine éclate de rire. Elle
pousse devant lui
l'assiette avec les toasts et les oeufs qu'elle vient de
préparer pour lui en disant d'un
ton moqueur: "tenez monsieur le mauvais conteur, mangez,
ça vous
empêchera de dire des âneries pendant ce temps
là!"
Elle s'assied et ils commencent à manger
goulûment en
silence, aussi affamé l'un que l'autre ce matin.
Paul, qui a fini de manger le premier,
décrit à Claudine comment il compte s'y
prendre pour réussir à espionner les
conversations secrètes des médecins de
l'Institut à propos des physiothérapeutes et de leurs
patients. Il espère ainsi permettre à Jean de se faire
une idée plus juste
du type de rapports existant entre tous les acteurs qui
évoluent dans ce milieu un
peu spécial, où il entend situer son
prochain projet de film.
- "Hier soir, comme tu sais, Jean est revenu me porter
l'équipement d'espionnage qu'il m'avait
demandé de placer. Aussi, ce matin, tout de suite en entrant
à l'Institut, je vais aller trouver le docteur Landré
à la
clinique et lui demander de me dire franchement son
opinion quant à la
possibilité éventuelle pour moi de marcher
sans canne, avec un bilan détaillé
de mon évolution depuis mon accident.
J'espère qu'elle ne va pas devoir me
tâter pour me répondre: tu sais que je ne
pourrai rien lui cacher, ni lui mentir...
Si tout va bien, pendant qu'elle va chercher mon dossier
dans sa filière, elle va forcément me tourner le dos.
J'essaierai d'en profiter pour planquer
"l'espion" de Jean sous son bureau. Il me faut une seconde
à peine pour le
coller en place. Quand elle m'aura
répété ce que je sais déjà, je
prendrai congé
en la remerciant poliment.
"Par la suite, si tu veux bien, tu iras la voir à
ton tour
dès que possible et tu lui diras que tu aimerais
prendre rendez-vous avec le
physiatre en chef, le docteur Gignac, pour qu'il
t'explique lui-même pourquoi
Ismaël t'a été enlevé. Tu
pourrais en même temps en profiter pour lui faire
rapport de ce que tu as appris toi-même sur monsieur
"Balle-de-baseball" en
le soignant: pour l'aider à orienter les futurs
soins de ce patient. Tu devrais,
par exemple, lui expliquer ce qu'il t'a "raconté"
au sujet de sa pénible
expérience au Chili, qui semble avoir
été un point tournant dans son
processus de fermeture autistique. Comme le docteur
Landré est au courant
qu'Ismaël est à peu près sorti de son
mutisme intégral depuis quelques temps
déjà, grâce à toi, elle te
croira sans se poser trop de questions concernant la
façon dont tu l'as appris... Et comme le grand chef
ne rentre jamais avant midi,
le docteur Landré aura sûrement le temps de
lui parler, privément, avant que
tu ne le rencontres à ton tour."
Ils en sont maintenant au café. Claudine se
lève de table
pour aller chercher la cafetière. Elle la rapporte
avec deux tasses, puis retourne
chercher le sucrier et le lait, tout en chantonnant d'un
ton frivole. Une fois rassise,
elle fait le service tout en fredonnant le même air
gai. Elle s'interrompt soudain,
pose la main sur celle de Paul et lui chuchote à
l'oreille:
- "Mon mauvais conteur favori, ce que tu viens
d'essayer de me dire à propos de nos "rêves"
est très étrange et ça me laisse
songeuse. En t'écoutant, il m'est venu toutes
sortes d'idées... fantastiques. Tu
vois ce que je veux dire. Et toi aussi sans doute, si tu
n'essayais pas de me
faire marcher, bien sûr. Maintenant cher "mauvais
conteur", s'il-vous-plaît,
soyez plus "touchant" et racontez-moi vraiment tout..."
<> AUDITION
- "Bonjour Denise, comment ça va aujourd'hui? Tu
m'attendais pour aller dîner? Comme c'est gentil."
- "Bonjour Fred, ça va. Enfin presque... Oui, je
t'attendais. Il faut qu'on se parle ce midi. Claudine de
Lacoët est venue me voir
tout à l'heure. Elle voulait prendre rendez-vous
avec toi. Elle veut que tu lui
expliques pourquoi on lui a retiré le cas du petit
autistique Ismaël."
- "Et qu'est-ce que je devrais lui répondre? Je
suis
absolument incapable de mentir à mes collaborateurs
thérapeutes, quelle
qu'en soit la raison et tu le sais! Est-ce que je peux lui
révéler tout de suite que
cette décision était en fait la tienne ou si
tu préfères que je me déguise en
courant d'air pour le moment? Tu sais que je n'aime pas
non plus avoir
recours à de tels procédés
très longtemps."
- "Je ne sais pas comment elle va prendre ça, mais
je
crois qu'il vaut sans doute mieux jouer franc-jeu avec
elle. Tu sais très bien
pourquoi je voyais les choses de cette façon
alors... Je suis convaincue plus
que jamais d'avoir eu raison: Claudine est bien la seule
personne qui pourrait
nous aider à sauver Olivier."
"La réussite étonnante qu'elle a eu avec ses
deux
derniers patients impossibles me l'ont prouvé mieux
que toutes les savantes
dissertations qu'elle aurait pu nous servir en entrevue!
Tu imagines: neuf mois
à tripoter un patient comateux depuis douze mois
déjà et arriver à lui faire
retrouver ensuite une telle qualité de
fonctionnement...!"
"Après quoi, se retrouver confrontée avec un
véritable
autistique, soi-disant en phase de libération, mais
en fait encore
complètement imperméable à toute
communication, et même allergique au
contacts physiques; puis réussir, contre toute
attente, à le sortir de sa tour
d'ivoire en un temps record. Elle m'a même
expliqué tout à l'heure, dans
quelles circonstances Ismaël était devenu
autistique et ça, personne n'avait pu encore le
découvrir. Apparemment, il le lui aurait même
expliqué lui-même!
Tu te rends compte? La description qu'elle m'a faite des
circonstances en
question semblait si réaliste, qu'on aurait cru
qu'elle l'avait vécu elle-même!
Elle avait réussi à le faire revenir sept
ans en arrière, alors qu'Ismaël avait à
peine trois ans, comme Olivier maintenant, et il semble
que le fatal événement
déclencheur remonte à cette époque,
du moins elle en est convaincue. À en
juger par les déblocages auquel elle est
arrivée avec lui, je suis sûre qu'elle a
dû voir juste."
"Je suis donc certaine plus que jamais qu'elle
représente mon dernier espoir véritable,
même si je ne sais vraiment pas
comment elle s'y est pris... Ce n'est pas très
scientifique, tu me diras, mais... Il va falloir que je lui parle
moi-même, j'en conviens, mais aujourd'hui je sens que je ne
pourrai pas, aussi, je préférerais que tu repousses son
rendez-vous
à demain. Il faut que je réfléchisse
encore cette nuit à tout ça. Je lui avouerai
tout demain matin... tu sais que je suis toujours plus
d'attaque le matin de
bonne heure."
- "Ça va, ça va, j'ai compris! Je n'ai pas
d'autres rendez-vous pour cet après-midi; aussi, je vais en
profiter pour aller visiter
des confrères à l'hôpital Ste-Justine.
Ça fait longtemps que je me le promets
et c'est l'occasion ou jamais! Dis-lui tout à
l'heure que je la verrai demain et
prends-lui un rendez-vous avec moi dans mon agenda."
"Mais j'ai bien peur que tu ne te berces d'espoirs
impossibles: Olivier n'a que trois ans, il a
été autistique depuis toujours et
personne n'a jamais réussi à trouver le
moindre indice qui permette d'en
deviner les causes; encore moins le remède! Il
était condamné dès la
naissance; c'est sans doute en partie
génétique! D'ailleurs pendant ta
grossesse, je t'en avais bien averti: j'ai soixante ans
passés, toi plus de cinquante et même si grâce aux
hormones tu as pu tromper la ménopause,
nos cellules reproductrices ont quand même pris de
l'âge... alors avec des
parents aussi âgés, comment veux-tu qu'il
soit parfaitement normal! (...) Je
sais, ça reste à prouver, tu me diras; et
moi je te répondrai qu'Olivier en est la
preuve vivante! (...) On n'y peut rien: tout dans la vie
nous sépare, je suis déjà
marié et on ne va tout de même pas briser nos
deux carrières pour essayer de
lui procurer un foyer à peu près normal!
Pour moi, nos devoirs envers les
dizaines de patients ici qui comptent sur nous primera
toujours sur ceux
envers Olivier, même s'il est notre enfant. Il y a
tellement de malades à
l'Institut qui ont besoin de nous..."
"D'ailleurs, je te l'ai toujours dit: tu aurais dû
te faire
avorter. Maintenant qu'Olivier est là, totalement
autistique depuis toujours, il
va falloir que tu te rendes à l'évidence: tu
ne peux rien pour lui."
" Mais c'est bon, je me cache aujourd'hui; tu pourras
parler à ta "physio-miracle" demain matin. Mais
promets-moi que, quand elle
aura refusé de quitter l'Institut pour venir
habiter chez toi à St-Bruno et se
vider en vain complètement avec Olivier, tu me
laisseras placer notre fils dans
une institution spécialisée pour incurables
dans son genre..."
- "Merci, c'est promis. Allons manger maintenant."
Après avoir arrêté le petit
cassetto-phone, Paul reste interdit, debout à
côté de la table sur laquelle il s'appuie
pour assurer son équilibre, encore précaire.
Le lourd silence qui a suivi l'audition de
sa bande "pirate" n'est finalement rompu que par la voix
de Claudine qui fredonne
maintenant un de ses airs gais favoris. Paul, qui aimerait
bien parler à Claudine
pour sonder ses sentiments vis-à-vis de ce qu'elle
vient d'entendre, se sent
totalement incapable de trouver les mots adéquats
pour ce faire. Avec une
démarche toujours gauche, il s'approche donc
laborieusement de son amie et pose
une main doucement sur celle de Claudine. Celle-ci tourne
les yeux vers lui et ils
restent ainsi de longues minutes à se
dévisager mutuellement en silence.
<> ÉDEN
- "Quelle magnifique demeure! Et quel site splendide!
C'est à vous couper le souffle."
Débarqués à l'instant de la
fourgonnette qui vient de les
amener, Claudine et Paul restent pantois à la vue
de ce qui va devenir leur nouvelle
résidence pour les prochains mois.
La demeure du docteur Landré est une immense maison
solitaire, savamment située au coeur d'une vieille
forêt domaniale dont les grands
arbres centenaires la cernent de toute part. Construite en
pierre, selon une
architecture complexe qui la fait ressembler à un
château antique, elle
impressionne toujours les visiteurs qui la
découvrent au bout du petit chemin privé
sinueux qui y mène.
Encore tout plongés dans la contemplation de
l'ouvrage et un peu transi par le froid piquant de février,
Claudine et Paul ne se sont pas
aperçu de l'arrivée de Denise Landré
qui sort à l'instant du bois derrière eux par un
sentier bien tapé et s'approche sans mot dire.
Celle-ci reste plantée quelques
instants à cinq pas d'eux et scrute
intensément leurs visages, comme pour essayer
d'y découvrir leurs sentiments. Bien qu'aucun mot
ne soit prononcé, Denise est très
intriguée car elle croit deviner qu'une sorte
d'étrange communication se déroule
entre Paul et Claudine qui lui tient la main. Elle voit
leurs traits changer plusieurs
fois d'expression plus ou moins simultanément.
Puis, quand elle constate que les
états d'âme qui se lisent sur leurs visages
sont restés parfaitement sereins depuis
un bon moment, semble-t-il, elle rompt enfin le silence.
- "Impressionnant n'est-ce-pas? Voilà à quoi
ressemble
la retraite de "l'abominable doctoresse" Landré et
vous êtes maintenant ici
chez vous. Suivez-moi, je vais vous faire visiter la
maison. Vous verrez que du
troisième étage, on a une vue magnifique sur
les environs et la plaine qui
entoure la montagne."
"Tout ça m'a été légué
par mon père, il y a plusieurs
années et j'avoue que je ne serais plus capable de
m'en séparer. Quand j'ai fini
ma journée de travail à l'Institut avec la
dose massive de misère humaine et de douleur qui s'y trouve,
c'est grâce à cet Éden de paix que je
réussis à tenir
le coup, en me ressourçant de son calme et de sa
quiétude. Je fais
régulièrement de grandes marches en
forêt, pour aboutir le plus souvent
jusqu'à un petit piton rocheux, situé un peu
plus haut dans la montagne. Il y a là une telle qualité
de silence que j'y reste généralement pendant de
très
longs moments pour oublier; car même dans ma maison
de rêve, la tristesse
de la condition humaine a réussi à
s'incarner et à me poursuivre..."
(...)
- " Welcome home. Entrez, je vous en prie. "
...
". Madame est servie. Je vous ai préparé un
bon potage
de légumes bien chaud. Jacqueline et moi-même
avons déjà dîné; elle vous
attend dans la salle à manger. Vous pouvez y aller
tout de suite avec vos invités; je me charge de monter leur
bagages pendant ce temps-là. "
En disant cela, l'homme, un rouquin d'âge mûr
parlant
avec un léger accent anglais, ouvre la porte de
côté de la fourgonnette et se saisit
des deux plus grosses valises de Paul et Claudine. Ceux-ci
se mettent donc en
route derrière Denise Landré qui se dirige
en direction de la maison. Quand ils
pénètrent dans la salle à manger, une
jeune femme vigoureuse d'environ 25 ans
les y accueille avec un grand sourire radieux et leur sert
un plat de soupe fumant. À peine un peu plus grande que
Claudine, elle porte une robe claire très courte qui
met en valeur le teint cuivré de sa peau et la
couleur noire de jais de ses cheveux
qu'elle porte retenus derrière la tête par
une grosse barette en ivoire.
- "Hum! Que ça sent bon, Ray s'est encore
surpassé! Il est déjà presque deux heures,
mangeons tout de suite pendant que c'est
encore bien chaud, ça va nous faire du bien. Il
fait si froid dehors aujourd'hui
et je suis affamée!"
Tous trois commencent à manger en silence, trop
occupés
à soulager leurs estomacs qui criaient famine
depuis un bon moment. Une musique
douce venant de la pièce voisine baigne
l'atmosphère tandis qu'ils ingurgitent leur
repas avec satisfaction.
- "Jacqueline, viens que je te présente mes amis
Claudine et Paul, dont je t'avais déjà parlé.
Ils emménagent ici pour nous
donner un coup de main avec Olivier. J'ai eu l'occasion de
les voir à l'oeuvre
avec un patient autistique à l'Institut et j'ai une
totale confiance en eux. Tu
apprécieras sûrement leur aide avec notre
petit chéri."
"C'est un cas trop compliqué pour une simple
infirmière spécialisée en psychiatrie
et une pauvre maman médecin comme
nous! C'est un miracle qu'il lui faudrait, c'est bien
simple! Claudine et Paul
sont mes magiciens de service!"
<> GESTATION
Lorsque Claudine et Paul pénètrent pour la
première fois
dans la chambre d'Olivier, le seul son qu'ils entendent
c'est le squiik... squiik...
incessant de la chaise berçante dans laquelle
l'enfant est blotti. Bien qu'âgé de trois
ans depuis plusieurs mois déjà, il est
toujours affublé d'une couche imperméable
car il est encore incontinent. Les cheveux bouclés
assez longs pour lui couvrir en
partie les oreilles, il a des traits fins qui lui donnent
un air raffiné mais qui tranchent
un peu avec son regard absent, un peu
hébêté, presque vide en fait.. Jacqueline est
assise sur le rebord de la fenêtre et le laisse se
bercer sans arrêt sans essayer
d'intervenir de quelque façon que ce soit.
- "Bonjour Jacqueline, nous venons te relayer. Paul va
rester ici pour veiller sur ton patient. Viens avec moi;
Denise a préparé du café
et elle nous attend en bas dans la salle à manger.
Tu pourras me raconter tout
ce que tu as appris sur Olivier depuis que tu t'en
occupes. À tout à l'heure,
Paul."
Après la sortie de Claudine suivie de
l'infirmière, Paul
s'approche de l'enfant sans mot dire. Il s'accroupit en
face d'Olivier pour bien
scruter son visage. Puis, il se penche vers lui, ferme les
yeux et tend la main droite
très lentement vers l'enfant, pour lui toucher
délicatement le genoux. Une suite
informe d'images imprécises, de sons sourds et
diffus ainsi que de sensations
tactiles plus ou moins vagues déferlent alors dans
son cerveau. Il reste ainsi de
longues minutes à essayer de décoder le sens
de ces impressions, toutes teintées
d'un sentiment de refus, de rejet très violent, sur
fond de désespoir pitoyable.
Toujours plongé dans le flot de ce magma informe,
il n'a
même pas conscience du retour de Claudine. Celle-ci
reste quelques instants dans
l'embrasure de la porte, debout à les regarder.
Elle entre enfin sans bruit et
s'accroupit à côté d'eux. Elle ferme
les yeux et pose la main sur la joue de Paul.
Olivier sent alors son univers comme glauque
embrasé par
les feux d'un puissant rayon de lumière chaude et
aveuglante. Surpris au plus
profond de son être par ce courant de joie inconnue,
il essaie mentalement de
plonger encore plus profondément à
l'intérieur de lui-même. Deux êtres inconnus
viennent de pénétrer dans l'enceinte de son
monde secret. L'un d'eux ne le laisse
pas un instant et l'enveloppe complètement de ses
effluves exubérantes. Des
émanations de joie de vivre envahissante et de
sourde résolution le pénètrent
complètement. Il est subjugué par un
sentiment d'urgence devant la nécessité
impérieuse de se construire sans attendre. Il se
laisse emporter par le courant
irrésistible d'euphorie qui le submerge et un
dialogue absolument non-verbal
s'engage entre les deux êtres encore en gestation.
Entre celui qui va venir
réellement au monde dans quelques mois et celui qui
refuse de le faire depuis près
de quatre ans.
- "Madame! Madame! À l'aide! Ah Doctoresse
Landré,
enfin vous voilà! Je ne comprends pas ce qui se
passe. Ils sont complètement
"partis" tous les trois! Qu'est-ce qu'ils lui font? On
dirait que vos deux amis
ont "attrapé" la maladie d'Olivier! Ils ont l'air
aussi absents que lui! Comme ça
faisait déjà plus d'une heure qu'ils
étaient seuls avec lui, tout à l'heure je me
suis approchée de la chambre d'Olivier, pour
essayer d'écouter ce qui se passait à
l'intérieur. Rien. Rien, pas un mot, pas un son. Je
n'entendais même
pas l'éternelle rengaine de la chaise
berçante d'Olivier. Au début, ça m'a
inquiétée un peu, mais je me suis dit qu'ils
l'avaient probablement couché ou
qu'ils l'avaient peut-être emmené dehors,
comme j'ai moi-même déjà essayé
de le faire. J'ai ouvert la porte sans faire de bruit.
Alors je les ai aperçus, assis
par terre, tout collés contre lui. D'abord je suis
restée complètement
interloquée. Puis, j'ai essayé de les
appeler à voix basse: "madame Claudine...
monsieur Paul..." Ils n'ont même pas bronché.
J'ai répété plusieurs fois, de
plus en plus fort. Toujours rien. J'étais sur le
point de crier, quand j'ai pris
peur. Je suis descendue vous voir tout de suite. Venez
vite! Je vous en prie."
Elles montent l'escalier quatre-à-quatre et Denise
pousse
un soupir de soulagement quand elle aperçoit
Claudine qui ouvre justement la porte
de la chambre d'Olivier en se tenant l'abdomen d'une main.
Celle-ci referme la
porte derrière elle et, prenant la main du docteur
Landré, elle l'entraîne à l'écart.
- "Qu'est-ce qui s'est passé? Jacqueline
était
complètement affolée, quand elle est venue
me voir tout à l'heure! Qu'est-ce
que vous faites? Expliques-moi!"
- "C'est trop ahurissant et je préfères ne
pas essayer
de t'expliquer tout de suite: je ne saurais pas; tu ne
comprendrais pas et tu ne
me croirais probablement pas. Il s'est passés
quelque chose d'absolument
extraordinaire! Paul va ressortir d'un instant à
l'autre et il va tout t'expliquer, si Jacqueline veut bien reprendre
en charge Olivier pendant ce temps-là.
Comme tu n'étais pas là quand ça
s'est passés, tu auras sûrement la tête plus
claire que nous pour réfléchir à tout
ça, parce que, vois-tu: j'ai beau être bien
préparée, je suis moi-même un peu
dépassée par les événements."
"Paul sera là dans une minute et j'ai besoin de son
aide
pour que tu puisses vraiment comprendre tout ce que j'ai
à t'expliquer. Je sais
bien que j'ai probablement plus de
crédibilité à tes yeux que Paul pour parler
de questions médicales, mais dans le cas qui nous
occupe, il faut que tu me
fasses confiance les yeux fermés pour le moment.
Cela n'est sûrement pas
facile pour quelqu'un à l'esprit scientifique et
rigoureux comme toi. Acceptes
de patienter quelques instants encore et ça va
devenir parfaitement clair et
limpide pour toi dès que Paul sera là. Tu ne
le regretteras pas, j'en suis
certaine. Je compte bien sur toi pour m'aider à y
voir plus clair moi-même.
Merci. "
Quelques minutes plus tard, quand Jacqueline croise Paul
dans l'embrasure de la porte et qu'elle entre pour le
remplacer auprès d'Olivier, elle
ne peut s'empêcher de le regarder longuement avec
curiosité comme il s'éloigne en compagnie de Denise et
Claudine, qui chantonne maintenant gaiement.
Guidés par Denise qui leur indique la voie par
gestes, ils se dirigent vers une vaste pièce du premier
étage, où sont disposés çà et
là
plusieurs groupes de fauteuils capitonnés de cuir,
apparemment très confortables.
- "Denise, à présent il est temps que l'on
te mette au
courant de quelque chose de très important. Si tu
veux, je vais jouer les
maîtresses de cérémonie, je crois que
tout sera plus facile comme ça. Je
peux? Bien, merci. Asseyez vous tous les deux ici. Bon.
Maintenant Denise,
s'il-te-plaît, détends-toi et donne la main
à Paul."
- "Ah non, j'espère que vous n'allez pas essayer de
me
donner un cours de toucher thérapeutique. Je vous
préviens, je connais trop
bien le système et je sais parfaitement ce que
ça vaut, je l'ai même déjà
enseigné! Si c'est tout ce que vous avez à
me proposer, préparez-vous à être
déçus: je suis très peu
réceptive. Ceci étant dit, voici ma main et à
vous de
jouer!"
<> RENAISSANCE
Le lendemain matin, lorsque Paul et Claudine sortent de
leur chambre, ils descendent l'escalier en se tenant par
la main. Ils prennent la
direction de la cuisine pour aller déjeuner et ils
chantonnent gaiement tous les deux.
Paul essaie, avec toute la grâce d'un pachyderme
cacochyme, de suivre son amie
qui lui tient la main, en sautillant elle-même au
gré du rythme de leur chanson avec
la légèreté d'une ballerine.
(...)
"Tu avais raison, Claudine, de ne pas vouloir
m'expliquer toi-même ce qui s'est passé hier
matin: sans le "témoignage" de
Paul, je n'aurais pas compris et je ne t'aurais jamais
crue. J'avoue que c'est
tellement incroyable!..."
"Hier soir, comme je la sentais tellement curieuse de
comprendre, j'ai moi-même essayé d'expliquer
un peu ce qui s'était passé plus
tôt à Jacqueline et elle m'a regardée
avec l'air de dire: "elle est complètement
folle ma parole, ou alors elle essaie de me faire
marcher!" Je la comprends,
pour des professionnels de la santé, comme elle et
moi, c'est totalement
invraisemblable, une histoire comme ça. Je lui ai
conseillé de faire la grasse
matinée aujourd'hui, Olivier allait avoir besoin de
beaucoup de sommeil lui
aussi ce matin... dès que vous en aurez l'occasion,
je vous en prie "touchez"-lui en un mot elle aussi, comme ça,
ma crédibilité de professionnelle sérieuse
aura une chance d'être restaurée.
Après tout le temps qu'elle a passé à me
remplacer auprès d'Olivier, je lui dois bien
ça! Merci."
"Il est bien certain maintenant que je vous donne carte
blanche pour continuer à traiter Olivier. Je suis
persuadée, quant à moi, que
seule une répétition régulière
de prises de contact comme celle d'hier, entre
lui et votre Emmanuelle pourra peut-être
réussir à le sortir vraiment de la
retraite où il s'est réfugié depuis
toujours. Et surtout, continuez à aimer
Emmanuelle autant que vous le faites actuellement, vous ne
le ferez jamais
trop. En ce moment, elle va avoir besoin de vous comme
jamais. C'est encore
envers elle que doivent s'organiser l'essentiel de vos
préoccupations. Tout le
reste vient ensuite. même Olivier et moi... S'il
fallait qu'Emmanuelle perde
confiance en vous et qu'Olivier arrive à lui
refiler son credo de désespoir, elle
en viendrait sans doute à désespérer
de la vie... et moi-aussi probablement..."
- "Assez de mélodrame Denise, s'il-te-plaît!
C'est bien
certain que nous allons devoir nous tenir proche
d'Emmanuelle comme
jamais... Mais il faut que tu saches aussi que lorsque que
le contact "direct"
s'établit entre Paul et quelqu'un d'autre, le
courant passe souvent dans les
deux sens: de moi vers lui et vice versa, par exemple.
Avec Ismaël c'était
pareil, nous avons très souvent "discuté"
à trois. Quand je le traitais, Paul ne
se contentait pas de me faire pénétrer les
défenses de mon patient
hermétique pour découvrir ses
pensées, mais nous avons réellement pu
dialoguer avec lui. Nous lui avons "parlé" et
même sa dure carapace de "balle
de base-ball", - c'est comme ça qu'il se voyait -,
ne pouvait pas nous retenir.
On dit souvent qu'il n'y a pas pire sourd que celui qui ne
veut pas entendre et
bien avec Paul, cela n'est plus vrai..."
"Aussi, j'aimerais que tu profites de ton jour de
congé
aujourd'hui pour venir avec nous pour le traitement
d'Olivier. Attention, pas seulement pour assister à la chose
comme spectatrice! Mais plutôt et surtout
même, pour essayer de rétablir vraiment la
communication entre toi et lui. Il
est maintenant en age d'apprendre à parler et s'il
peut dépasser son stade
psychologique prénatal, nous pourrons bientôt
laisser quelqu'un d'autre
prendre la relève. C'est un peu comme pour
Ismaël par exemple. Mais dans le
cas d'Ismaël, même si au début
j'étais enragée qu'on nous l'enlève,
apparemment sans raison... je n'ai pas trop
rechigné, parce que je savais qu'il
repartait quand même de moins loin... qu'il
était probablement rendu assez
fort pour ne pas revenir en arrière... et je me
disais qu'à long terme il valait
peut-être mieux pour lui qu'il en soit ainsi."
"Dans le cas Olivier par contre, je vais carrément
exiger que ce soit toi qui assure la relève.
Prends-toi un congé, sans solde si
nécessaire, et revis avec lui ta grossesse comme il
faut! Je crois que tu
devrais comprendre ce que je veux dire... Hier, tu n'as
pas voulu nous dire qui
était ce père qui voulait tellement que tu
te fasses avorter. Soit, gardes ton
secret, si tu veux. On s'en fout, ça n'a pas
vraiment d'importance pour nous:
puisqu'il a déjà choisi d'exclure son fils
de sa vie, et bien tant pis pour lui, je
ne vais pas me poser en juge de moralité et Paul
non plus. Pour nous et pour
Olivier c'est pareil, c'est toi qui est la seule personne
importante! ... "
" Ainsi, pendant un certain temps, tu avais
espéré faire
une fausse couche. Tu avais peut-être de bonne
raisons à l'époque... Mais
maintenant, que ton foetus est devenu un enfant de trois
ans, il est un peu
tard, tu ne penses pas? il va falloir que tu assumes
pleinement ton rôle de
mère et que tu donnes enfin à Olivier un
accueil vraiment maternel!"
"Mais je suis certaine que ton supérieur à
l'Institut,
l'illustre docteur Gignac pourra enfin comprendre quelque
chose si tu lui dit
que la thérapeute d'Olivier exige ta
présence, le temps qu'il faudra, et qu'elle
ne tolère pas que l'on discute ses ordres! Il
faudra bien qu'il te laisse partir: en temps que spécialiste
responsable, j'affirme que c'est essentiel pour que
nous puissions vous libérer, toi et.. votre fils...
Il n'est pas question que je
reviennes là dessus! S'il ose refuser, le fameux
docteur ne mérite sûrement
pas toute l'admiration dont il est l'objet à
l'Institut! De toute façon, si ça se
trouve, Paule et moi serions enchantées
d'accueillir "l'abominable doctoresse
Landré" pour qu'elle travaille avec nous dans notre
clinique comme associée...
nous formerions une équipe du tonnerre!"
<> ÉCHANGER ET CHANGER
Squiik... squiik... Quand ils pénètrent dans
la pièce,
l'éternelle rengaine de la chaise berçante
d'olivier est le seul son qui y résonne,
comme toujours. Jacqueline, qui était assise sur le
rebord de la fenêtre, se lève à
leur arrivée et fait mine de sortir pour les
laisser seuls avec leur patient. Claudine
l'arrête d'un geste de la main et la prie de rester,
pour assister au traitement.
Puis, elle prend la main de Denise et serre tendrement
celle de Paul. Ils s'approchent ensuite à la
queue-leu-leu de la chaise berçante
dans laquelle Olivier est toujours en train de se bercer
sans arrêt. Quand il se trouve
à portée, Paul ferme les yeux et pose
délicatement sa main libre sur le front de
l'enfant. Les mêmes sensations visuelles, sonores et
tactiles que la veille
commencent à l'envahir à nouveau. Elles sont
partagées également par Claudine
qui a aussi fermé les yeux.
Pendant ce temps, Denise, demeurée
étrangère à cette
descente dans le maelström d'Olivier, reste à
leur coté et les observe intensément,
tout en tenant toujours la main de Claudine. Un curieux
dialogue recommence à
s'engager entre Emmanuelle et Olivier.
Celui-ci semble écouter aujourd'hui plus volontiers
son
interlocutrice, qui veut lui faire partager sa hâte
et son impatience de vivre. Pourtant,
quand Emmanuelle essaie d'évoquer pour Olivier tout
le merveilleux qu'elle ressent
à se sentir attendue, désirée et
aimée par ses parents qu'elle connaît si bien, surgit
d'Olivier une vague de négation et de refus d'une
force inouïe. Débalancé par ce
ras-de-marée de rejet et d'impuissance maladive,
mêlés d'un douloureux sentiment
de culpabilité, Paul chancelle et va
s'écroulera par terre. Claudine, qui est aussi
assaillie intérieurement au même moment de
façon identique, va également perdre
pied car, bien qu'en meilleure forme physique que son
compagnon, elle ressent en
plus dans sa chair les contrecoups de la réaction
d'Emmanuelle qui se cabre
violemment dans son sein.
Tout de suite, Denise, qui est toujours
étrangère à cet
échange intérieur très intense, voit
bien que ses compagnons ont absolument
besoin d'aide pour ne pas tomber par terre ensemble
à ses pieds. De sa main libre,
elle agrippe fermement le poignet de Paul pour essayer
d'empêcher qu'il ne les
entraîne tous trois dans sa chute. Aussitôt,
elle se sent envahie par la vague de
désespoir émanant de son fils. Elle ne peut
s'empêcher de hurler:
- "Non Olivier! Non! Je suis là! Je t'aime plus que
tout
au monde et je te veux de tout mon coeur! Aides-moi, je
t'en prie! Je sais que
je t'ai fait beaucoup de mal, pardonnes-moi et
reviens-moi, mon amour!"
Jacqueline, que le cri de sa maîtresse a fait bondir
de peur,
accoure aussitôt. Elle saisit Paul et Denise par la
taille et c'est maintenant elle qui
les empêche de s'écrouler ensemble. Claudine,
qui a lâché la main de Paul dès
que l'infirmière a pris la relève, est
maintenant assise par terre à coté d'eux et se
frotte l'abdomen en essayant de communiquer à sa
chère enfant tout l'amour dont
elle est capable pour la rassurer et la calmer.
<> HOMME NOUVEAU
Plus tard, quand Jacqueline, Denise et ses invités
se
retrouvent ensemble dans la salle à manger pour
souper, ils font figure de
voyageurs au long cours revenant à la maison
à la suite d'une expédition très
éprouvante en territoire vierge. C'est du moins
l'impression très nette que retiendra
Ray, qui fait le service ce soir-là. Pour lui,
c'est encore sa maîtresse Denise qui
semble la plus durement marquée. Pourtant,
malgré qu'elle aie l'air
particulièrement épuisée, il se
dégage maintenant d'elle une impression de
plénitude resplendissante comme le vieux domestique
n'en avait plus vu chez elle
depuis très longtemps.. Il ne manque pas
également, de remarquer le contraste
frappant entre sa maîtresse, qui n'a pas encore
touché à son assiette et ses invités,
qui ont déjà presque tout vidé les
leurs avec appétit.
- "Du champagne! S'il-te-plaît Ray, du champagne!
Rien de moins! Il y en a deux bouteilles au cellier. On a
bien mérité ça! Va les
chercher tout de suite et sers-nous-les, je t'en prie, mon
ami! Je suis si
énervée ce soir, que sans ça je ne
serai pas capable de goûter à tes plats. Je
suis comme un ressort qui va péter! J'espère
qu'avec un verre ou deux, je
pourrai enfin réussir à me relaxer un peu et
vraiment dormir tout à l'heure, je
suis si épuisée... Et surtout, n'oublies pas
d'en donner d'abord une grande
coupe à Claudine, il faut qu'elle en prenne aussi
pour une amie chérie qui vient
de flatter un dragon pour l'apprivoiser! Un pauvre petit
dragon malheureux et
triste comme c'est pas possible d'accord, mais un dragon
tout de même!"
Pendant que Ray est parti chercher le champagne, Denise
continue à jouer distraitement avec sa fourchette
dans son assiette, l'esprit
complètement absorbé par le souvenir de
l'expérience étrange qu'elle a vécue
aujourd'hui. Après que Ray soit revenu avec les
bouteilles et que celles-ci eurent
succombé, nos trois spéléologues de
l'âme humaine se laissent aller régulièrement
sans raison apparente dans de grands accès
d'hilarité folle qui n'en finissent plus.
Jacqueline qui n'a assisté à toute leur
aventure qu'en spectatrice, les regarde en
silence. Bien qu'elle soit pleinement consciente que
quelque chose d'extraordinaire
s'est déroulé sous ses yeux aujourd'hui,
elle n'en comprend pas encore
parfaitement le sens. Ils vont finalement tous se mettre
au lit et c'est trois bûches
totalement inertes qui gisent ensuite dans les lits de
Denise, Paul et Claudine.
Le lendemain matin, quand Denise descend enfin
retrouver ses amis dans la salle à manger, ceux-ci
ont déjà fini de déjeuner depuis
longtemps et seul Ray y est encore pour l'accueillir.
Celui-ci ne peut que constater
la sérénité resplendissante et le
calme exceptionnel qui émane de toute la
personne de sa maîtresse.
Elle achève tout juste de boire son café
lorsque Jacqueline
entre dans la pièce à son tour.
Complètement perdue dans ses pensées, celle-ci
semble flotter au dessus du sol et, un sourire béat
sur les lèvres, elle vient s'asseoir
en face de sa maîtresse. Après l'avoir
interpelle en vain doucement à plusieurs
reprises, Denise réussit enfin à la ramener
sur terre en lui donnant une petite
pichenette sur la joue.
- "Oh pardon! Bonjour madame, excusez-moi: j'étais
dans la lune... Vos amis magiciens viennent de me
permettre de... de... communiquer avec leur petite Emmanuelle.
C'était fantastique! Je ne sais pas
comment ils font, mais..."
"Ils n'ont pas voulu me laisser essayer de prendre
contact avec Olivier tout de suite, mais ils m'ont dit que
c'était possible et que
c'était précisément cela que vous
aviez fait hier. Est-ce vrai? Comment ça
s'est-il passé? J'étais là et j'ai
tout vu, mais je n'ai rien compris du tout quand
c'est arrivé. Racontez-moi tout ce que vous avez
senti... s'il-vous-plaît!"
- "Avec plaisir, mais pas maintenant Jacqueline, je t'en
prie. Excuses-moi, j'en suis encore toute retournée
moi-même... Ils sont déjà
en haut avec lui? Il faut que j'aille les rejoindre tout
de suite: j'ai dormi trop
tard ce matin, mais ça faisait tellement longtemps
que je ne m'étais pas
reposée aussi bien!"
En disant cela, Denise s'est levée de table et se
dirige d'un
pas alerte vers la chambre où l'attendent ses amis.
Elle marque un temps d'arrêt
devant la porte avant d'ouvrir et essaie de reprendre son
souffle avant d'entrer, car
elle réalise maintenant qu'elle va avoir besoin de
toutes ses énergies pour plonger à nouveau dans
l'abîme insondable qui l'attend.
- "Bonjour Denise, bien dormi cette nuit? Tu as eu
raison de faire la grasse matinée ce matin, tu en
avais bien besoin!
Aujourd'hui, vous allez devoir prendre contact avec
Olivier sans moi et
Emmanuelle, je vais me tenir en dehors de tout ça
quelques temps. Le choc
d'hier a été très dur pour Emmanuelle
et je n'ai pas du tout le goût que tout ça
se termine par une fausse couche... Nous avons besoin de
nous parler sans
interférences tous les deux. Je sais maintenant que
nous pouvons
communiquer intimement seuls sans aide: on l'a fait hier
quand l'intervention
de Jacqueline m'a permis de lâcher Paul et
qu'Emmanuelle avait besoin de
moi."
- "Tu as bien raison, Claudine, et je t'approuve. De
toute façon, j'ai bien vu hier que la communication
entre Olivier et moi ne se
produisait que si je touchais Paul directement. C'est de
lui que j'ai encore
vraiment besoin ce matin parce que tu ne me transmettais
absolument rien
quand tu étais entre nous. Rien ne passait au
travers de toi, même avec Paul
comme relais! D'autre part, le contact que vous aviez
établi entre Emmanuelle
et Olivier plus tôt a sûrement
été bon pour Olivier, mais pour Emmanuelle, par
contre... Tu dois absolument penser à elle avant
tout! Il ne faudrait pas que tu
fasses avec elle comme nous avons nous-mêmes fait
avec notre fils: la
négliger sous prétexte d'aider " les Autres
" , avec un grand A..."
"De toute façon, je suis convaincue que tu avais
raison,
comme toujours: dans le fond, c'est à moi seule de
dialoguer franchement
avec mon fils. Tout ce que Paul peut faire, c'est me
permettre d'engager la
communication, d'ouvrir un canal et ensuite c'est toute
seule que je dois
arriver à le maintenir ouvert. Notre
problème trouvera une solution en nous
deux, pas ailleurs. Je dois lui faire sentir tout mon
amour et lui demander de
pardonner, si c'est possible, la monstruosité de ma
bêtise passée."
"Pendant ma grossesse, si j'ai résisté
à son père et ne
me suis pas fait avorter, comme il le voulait tant,
c'était uniquement parce que
je ne me sentais pas capable d'en assumer le poids moral.
Ça ne m'empêchais
pas du même souffle de prier Dieu pour qu'il
m'accorde une " vraie fausse
couche " non provoquée. J'ai même
essayé " inconsciemment " de l'aider un
peu à exaucer ma prière... Bien timidement.
Par exemple, j'ai fumé comme une cheminée, tout le
temps de ma grossesse, même si je détestais la
cigarette.
J'ai essayé un peu d'équitation... Quelle
idiote! J'en étais presque venue à le
haïr: il ne devait pas naître, je ne voulais
pas devoir le tuer et lui, l'affreux, il
refusait de mourir tout seul! Ça m'aurait alors
paru tellement plus " naturel "
et moins culpabilisant si j'avais eu une " vraie fausse
couche " , mais voilà, une
vieille guenon médecin comme moi, ça
connaissait trop bien ce qui aurait pu
en provoquer une, et ça... je ne voulais pas devoir
vivre ensuite en sachant
que j'avais provoqué sa mort froidement et en toute
connaissance de cause...
J'étais partagée entre des périodes
de négligence plus ou moins grande pour
les précautions élémentaires requises
par une femme enceinte. C'était comme
si j'avais voulu le punir de s'accrocher à moi
aussi obstinément. À d'autres
moments, j'essayais de faire taire mon sentiment de
culpabilité en me
comportant en future maman parfaite!"
"Aujourd'hui, j'ai besoin de lui, même si je ne le
connais pas encore vraiment: hier, au cours de notre
voyage intérieur, quand
j'ai rencontré son âme, j'ai compris que je
n'étais encore qu'une enfant idiote
et que c'était lui qui allait être mon
maître et me faire découvrir le sens de ma
vie."
"Il faut que je retrouve ce fils que, pendant un certain
temps, j'ai tant souhaité perdre, par pure
lâcheté, pour lui demander
humblement pardon. Je dois lui faire sentir que nous avons
besoin l'un de
l'autre et que je voudrais tant le retrouver. Je dois le
mettre enfin au monde de
façon correcte et l'accueillir comme une vraie
mère..."
"C'est pourquoi, j'ai hâte de replonger dans le bain
avec Paul pour ramener mon Olivier à l'air libre.
Mais avant de tout oublier, Claudine, j'aimerais te confier quelques
hypothèses ahurissantes avec
lesquelles mon esprit scientifique tordu me harcelle
depuis un bon moment:
puisque tu sembles toi-même incapable d'agir comme
conductrice du " flux "
que te transmet Paul, alors Emmanuelle est probablement
douée elle aussi
des mêmes facultés extraordinaires que son
père. Sinon Olivier et elle
n'auraient jamais pu se rencontrer... De plus, tu m'as
clairement dit que, quand
tu étais restée seule, avec elle dans ton
sein, le " contact " s'était bien établi
entre vous, quand elle en avait senti le besoin..."
"S'il en est vraiment ainsi, on peut penser que son
père
lui a transmis son curieux don. La mutation de Paul,
déclenchée à l'origine par
un malheureux accident, aurait donc fini par être
transmise génétiquement!
D'un autre côté, peut-être ce don
existe-t-il, à l'état latent, en tout le monde et
l'accident de Paul en a-t-il simplement favorisé
l'émergence. Dans ce cas-là, le contact intime entre
ton " mutant " et votre enfant en gestation aurait fait
office de nouveau déclencheur! Il s'agirait dans ce
cas-là d'un " sens " qui
peut s'apprendre et s'enseigner!"
"Autant d'hypothèses séduisantes que seul
l'avenir
pourra départager... Les paris sont ouverts! Penses
un peu, Claudine, tes
amours seront peut-être à l'origine d'une
superbe race d'hommes nouveaux en mutation! La face du monde en
serait totalement changée! Le mensonge et la mauvaise
communication inter-personnelle n'ont qu'à bien se tenir!"
"Mais assez rêvé! S'il-vous-plaît,
monsieur " l'homme
nouveau " , la vieille dinosaure que je suis a encore
besoin de votre aide
aujourd'hui. Aidez-moi, je vous en supplie! Après
tout, n'oubliez pas que
j'appartiens désormais à une espèce
menacée que, malgré moi, j'espère en
voie d'extinction! Maintenant, au travail!"
<> RETROUVAILLES
Denise ouvre la porte et entre dans la chambre d'Olivier,
suivie de Paul et Claudine. Pendant que celle-ci va
s'étendre sur le petit matelas à
exercice pour faire un peu de gymnastique
prénatale, Denise s'approche à pas
feutrés de la chaise berçante où
Olivier se berce sans relâche. Squiik... Squiik.. Elle
glisse un bras sous les genoux de son fils, tout
recroquevillé en boule comme
d'habitude, et une autre derrière ses
épaules, puis elle soulève doucement l'enfant
et s'assied dans la chaise berçante en le serrant
contre elle tendrement. Paul
s'approche un siège qu'il place à
côté de leur chaise. Il pose ensuite une main sur la
nuque d'Olivier et l'autre sur celle de sa mère.
Au cours de cet avant-midi de traitement, ils poursuivent
ainsi sans relâche leur "dialogue" à trois et
Olivier reste toujours roulé en boule très
serrée. Au début, il essaie même de se
recroqueviller encore plus, les traits toujours
complètement atones. Lorsqu'ils reprennent
après le dîner, l'expression de son
visage et tout son corps commencent à être
progressivement plus détendus. Les
yeux de Denise, qui semblent regarder dans le vide,
deviennent de plus en plus
humides et elle affiche maintenant un sourire d'une
tristesse à fendre l'âme.
Soudain, les traits du visage d'Olivier changent et se
crispent complètement. Il pousse un
gémissement plaintif et se détend comme un
ressort. À genoux sur sa mère, il commence
à lui marteler le ventre de ses petits
poings. Prise par surprise, celle-ci écarquille les
yeux et ne fait rien pour l'en
empêcher. Au bout de quelques minutes de ce
manège, il se colle contre elle,
ouvre vivement sa blouse, puis, dégrafant
maladroitement son soutien-gorge, il
attrape un de ses seins maintenant découverts et il
commence à le sucer
goulûment. Lorsqu'Olivier s'est levé
soudainement, Paul a perdu le contact tactile
qu'il avait jusque-là avec eux. Il reste debout
à côté de leur chaise et les regarde en
silence sans bouger. Denise a fermé le yeux et elle
arbore maintenant un sourire
tendu mais heureux, entrecoupé de petits tics
nerveux, occasionnés par la douleur
physique infligée involontairement par son fils.
Claudine, qui a cessé ses exercices
dès qu'a retenti la plainte d'Olivier, s'approche
du trio et prend délicatement la main
de Paul pour le tirer de sa rêverie contemplative.
Elle pose un doigt sur sa bouche
et murmure un "ch-ch-chut" discret en l'entraînant
à l'extérieur de la pièce.
(...)
- "Ah vous voilà, madame Claudine! Je ne pensais
pas
que vous auriez fini aussi vite aujourd'hui! Vous avez eu
un téléphone de votre
amie Paule, il y a une demi-heure. Comme je ne pensais pas
vous voir revenir
avant souper, je lui ai dit que vous pourriez la rappeler
vers 6 heures et demie,
mais elle m'a simplement demandé de vous avertir
qu'elle s'en venait nous
visiter en fin de semaine et qu'elle pourrait vous parler
à ce moment-là."
- "Merci Jacqueline. Nous sommes sortis plus tôt
aujourd'hui, parce que les retrouvailles d'Olivier et de
sa maman semblent
maintenant assez bien engagées pour qu'ils puissent
se passer de notre aide.
Depuis près d'un mois qu'avec l'aide de Paul, sa
mère lui apprenait à parler, au niveau de la
compréhension intellectuelle s'entend, Olivier a enfin
débloqué
aujourd'hui. Bien sûr, il ne sait pas encore
prononcer des vrais mots, mais
dans sa tête tout au moins, il est depuis un certain
temps capable de parler. D'après ce que j'ai compris, tout
à l'heure, il a accepté de " re-venir au monde " et
Denise a déjà commencé à lui faire
revivre sa prime enfance. Par contre,
tu devrais te rapprocher d'eux, pour pouvoir les aider en
cas de besoin. Peut-être pas dans la chambre d'Olivier
directement, pour ne pas les déranger,
mais assez près pour pouvoir entendre Denise
t'appeler éventuellement... "
(...)
" Bon, je crois que Denise, Olivier et Jacqueline sont
occupés pour le reste
de l'après-midi. Viens Paul, si tu veux, on
pourrait retourner dans notre
chambre. Il faudrait que je me repose un peu et j'aimerais
que tu me " touches
" un mot de ce qui vient de se passer entre Denise et
Olivier. Après, s'il nous
reste un peu de temps libre avant le souper, on pourrait
peut-être en profiter
pour... faire un peu l'amour... On a été si
occupés ces derniers temps, qu'on a pris très peu de
temps pour nous et, après cinq mois de grossesse, elle va
bientôt être assez avancée, que je vais
sans doute commencer à hésiter à le
faire..."
Quand ils passent devant la porte de la chambre d'Olivier,
ils entendent bien Denise fredonner une vieille berceuse
et ils échangent un sourire
complice avant de continuer. Après avoir
refermé la porte de leur chambre, Claudine se laisse tomber
sur le matelas, en poussant un long soupir jouisseur.
Paul s'étend à côté d'elle et,
lui glissant un bras sous la nuque, il caresse
doucement la joue de Claudine et pose un long baiser sur
ses lèvres.
Puis, ils se déshabillent complètement et,
pendant que le
retardataire de Paul achève de s'extirper
maladroitement de sa chemise, "toujours
trop pleine de trop petits boutons", Claudine qui a
empoigné fermement mais
délicatement le pénis d'une main, lui
effleure doucement la gland avec l'index de
son autre main. Quelques secondes de ces caresses
suffisent pour susciter une
érection complète, avec
l'hyper-sensibilisation tactile et le besoin de cambrer les
reins qui l'accompagne. Sa propre jouissance
s'accroît donc simultanément avec
celle que Paul savoure avec ravissement.
Chacune des caresses de Claudine est absolument
délicieuse pour les deux amants, puisque ses
propres entrailles en éprouvent
directement toute la saveur en temps réel. Elle
optimise donc facilement le rythme
de ses manipulations et trouve instantanément la
fermeté idéale pour masturber
son partenaire. En plus de partager totalement les
sensations et les émotions de ce corps masculin qu'elle excite
si élégamment, celui-ci partage aussi avec elle
toute l'expérience que des décennies
d'auto-masturbation occasionnelle ont pu lui
apporter. Avec ces indications émanant tant du
cerveau conscient que de
l'inconscient de Paul, elle réussi à
merveille à amplifier chaque instant de délice. Le
corps du pénis de Paul bien au chaud dans la paume
de la main gauche de Claudine, ils communient ensemble à la
sensation délicieuse de la caresse
intérieure amenée par le mouvement
rythmé de l'épiderme supérieur contre la chair
sous-jacente du membre viril dilaté.
Guidée par la communion des jouissances qu'elle
procure
simultanément aux deux amants, la main chaleureuse
fait glisser amoureusement
la peau mince hypersensible en la tirant toujours juste
assez pour profiter du jeu
maximum qui existe entre l'épiderme
extérieur et le corps même du pénis. Sans
aucun inconfort ni dérapage irritant. Le col du
membre bien singularisé par l'étreinte de l'index et du
pouce d'une autre main chaude, les deux partenaires savourent
simultanément les pressions bien pulsées que
les doigts et la paume de cette main
exerce sur la masse du gland.
Simultanément, le majeur et l'index d'une
troisième main
caressent doucement les parois intérieures bien
lubrifiées du vagin brûlant. Les
sensations délicieuses de ces manipulations
électrisent au plus haut point les deux
partenaires. Pendant ce temps, leur quatrième main
butine effrontément les lèvres
dégoulinantes et le clitoris dressé de
façon provoquante juste à côté.
L'abondance
des sécrétions de la vulve en fleur rendent
éminemment savoureuses toutes ces
manipulations. Les doigts coquins ne font qu'effleurer
eux-mêmes très
sporadiquement le clitoris frémissant, mais ils ne
cessent de le stimuler
délicatement par l'intermédiaire des grandes
lèvres interposées. Ainsi, l'une des
mains batifole de manière impévisible autour
de divers endroits stratégiques et
empêche ainsi leurs organes génitaux
féminins de sombrer dans la tiédeur de l'accoutumance,
tandis que l'autre maintien constante la pression de la jouissance
qui se construit inexorablement par la
répétition incessante de stimuli subtils
appliqués précisément aux mêmes
endroits. Dans la fièvre des hallètements et des
spasmes que suposent les orgasmes qui les traversent, les
deux corps en sueur
réagissent, se cambrent, se relâchent et
s'arc-boutent simultannément de façon
rythmée avec force pendant que les deux
protagonistes laissent exhaler des râles
jouissifs au gré des vagues du plaisir sexuel qui
les transportent.
Leurs deux corps absolument trempés par la sueur,
les
deux partenaires sont complètement emportés
par les formidables élans que la
communion des extases suscitent jusque dans les
tréfonds de leurs êtres. Claudine
amène ainsi très vite son alter ego à
la frontière de l'orgasme et l'y maintient
constamment, tout en se gardant bien de le faire
éjaculer tout de suite de façon à
prolonger au maximum leur plaisir commun. Paul est
lui-même absolument grisé
par la profondeur, la durée et le nombre d'orgasmes
que ses caresses suscitent
dans son propre corps lorsqu'il excite sa maîtresse.
Claudine et lui savourent
évidement en temps réel ce sublime
échange masturbatoire ressenti simultanément
par l'un et l'autre. La synergie de leurs orgasmes est
absolument totale et défie
toute description...
Enfin libéré du corset inhibant de sa
chemise, Paul se
penche à son tour vers sa compagne,
l'entraîne sur le dos sur le lit et se met en
frais de l'enjamber à rebours pour plonger
goulûment son visage entre les cuisses
chaudes et humides de sa partenaire. À partir de ce
moment là, ils se fondent dans
une masse de chair jouissante et soupirante, qui
halète, réagit, suce, sue et
tressaute avec un synchronisme parfait jusque dans les
orgasmes. Des orgasmes,
masculins et féminins, qui se suivent et se
complètent parfaitement.
Paul a même l'occasion de connaître
directement le goût
de son propre sperme tout chaud via les papilles
gustatives de Claudine. Tout
comme elle-ci se délecte aussi du parfum
musqué et de la saveur salée que les
sécrétions de sa propre vulve procure aux
sens surexcités de son homme
gourmand.
Tous ces préambules des plus agréables ne
s'interrompent finalement que lorsque les deux partenaires
se retournent pour
s'entre pénétrer avidement pour le feu
d'artifice final... Aussi vidés que rassasies, ils
s'étendent ensuite côte à côte, bien
collés dans les bras l'un de l'autre, pour que
chacun ne perde rien de ce que l'autre éprouve.
Pendant que Paul se refait des forces à la suite
des
éjaculations qu'il vient d'avoir à
l'extérieur et à l'intérieur de Claudine par les
deux
ouvertures qu'elle lui a offertes, il continue tout de
même à la masturber
tendrement. Il lui caresse tendrement le clitoris avec des
effleurements délicats
pour en provoquer l'érection une fois de plus.
Simultanément il lui titille l'anus, les
contreforts du vagin et tout l'extérieur de la
vulve avec les doigts. Sa bouche passe
et repasse sur l'auréole des seins de son amie,
dans son cou et ses oreilles pour
finir par se clouer amoureusement sur sa bouche. Si bien
qu'ils se sentent bientôt
complètement emportés tous les deux par une
nouvelle lame de fond irrésistible.
C'est pour Paul un ravissement sans borne de voir qu'une
fois de plus, en vivant de l'intérieur les
orgasmes-pâmoisons de sa partenaire
exactement comme s'ils lui appartenaient en propre, il
réussit à éprouver un
nombre d'apothéoses éblouissantes et une
intensité de jouissance tels qu'aucun
homme n'a jamais pu en éprouver avant lui...
Comblés et totalement rassasiés, ils
s'endorment finalement d'un sommeil réparateur et
vraiment aussi empreint de
plénitude que faire se peut...
<> TRISTE NOUVELLE
- "Tu es tout à fait resplendissante ce soir
Claudine; la
grossesse te va à merveille! Tu m'en parleras tout
à l'heure et tu me
raconteras où tu en es de ce
côté-là et avec ton nouveau patient ici. Mais
avant, il faut que je t'apprenne une bien triste nouvelle:
hier après-midi, le
docteur Gignac m'a informée que les parents
d'Ismaël étaient morts dans un
accident d'avion dans la Cordillère des Andes. Je
lui étais reconnaissante
d'avoir attendu à la fin de ma journée de
traitement avec Ismaël pour m'en
aviser, parce qu'autrement je ne sais pas si j'aurais
été capable de travailler
avec lui sans faire de gaffes..."
" Ah oui, je ne te l'avais peut-être pas encore dit,
Claudine, mais depuis votre départ, c'est moi qui suis
chargée de le faire
travailler, parce que l'ergothérapeute à qui
on l'avait confié quand on te l'a
enlevé n'arrivait à rien avec lui...
C'était la grande Ghislaine, tu te souviens
d'elle: très gentille dans le fond quand on la
connaît bien, mais si bourrue, à
force de travailler avec des personnes âgées,
qu'Ismaël avait peur d'elle et il
régressait au lieu d'avancer. Le docteur Gignac
voulait alors l'expédier dans
une " institution spécialisée pour
incurables dans son genre " , comme il
disait. Ça me crevait le coeur, je l'ai donc
supplié pour qu'il me donne une
chance d'essayer à mon tour. Tu m'avais
raconté tellement de choses à
propos d'Ismaël quand tu le soignais, que je savais
un peu comment le
prendre."
"J'avais de bons arguments, alors le docteur Gignac
s'est laissé convaincre. Avec moi, ça allait
assez bien heureusement et dès le
début Ismaël avait recommencé à
progresser. Je l'ai comme patient depuis
plus de trois semaines déjà; mais
maintenant, j'ai peur que tout ça ne
s'écroule comme un château de cartes.
Officiellement, le pauvre petit ne sait
encore rien mais je crois qu'il se doute probablement de
quelque chose, parce
qu'il n'était pas tout à fait le même
avec moi hier. Je n'ai pas encore été
capable de lui parler et j'aimerais que ce soit vous qui
lui appreniez la triste
nouvelle. Je suis sûre que vous saurez comment le
rassurer: il me parle
tellement souvent de vous! Si vous êtes d'accord, je
vous l'amènerai lundi et,
si vous voulez bien docteur Landré, il pourrait
peut-être rester ici quelque
temps..."
- "Certainement Paule, Ismaël est le bienvenu ici,
aussi
longtemps que nos deux magiciens de thérapeutes le
jugeront bons, et même
plus! Parce qu'il faut que je te dise qu'ils m'ont permis
de rejoindre mon fils
assez bien pour pouvoir espérer le tirer de son
propre autisme et réparer un
peu ma bêtise passée. En plus, comme c'est
à cause de moi qu'Ismaël leur a
été retiré, il y a un mois, je me
sentirais tellement coupable s'il tournait mal lui-aussi. Alors, tu
comprends que je serais on-ne-peut-plus ravie, si je pouvais
collaborer un peu à le sauver! Mais ceci
étant dit, oublions un peu nos tristes
histoires de thérapie et mangeons avant que
ça ne soit trop froid, sinon je vais
encore me faire gronder par Ray, mon grand cuisinier
irascible!"
Le lendemain matin, pendant que Claudine et Paule vont
faire une promenade dans la montagne, Paul accompagne
Denise pour l'assister
une nouvelle fois dans sa relation avec Olivier. Hier
soir, Claudine et lui ont discuté
longuement à propos de la façon dont ils
pourront réussir à emmener Ismaël ici
sans qu'il ne soit perturbé outre mesure par ce
nouveau bouleversement majeur dans sa vie. Au cours des derniers
mois, l'enfant a déjà été
confronté à un très
grand nombre de changements; il a toujours eu beaucoup de
mal à les affronter,
surtout lorsqu'ils étaient accompagnés
d'événements un tant-soit-peu chargés
émotivement. Une grande partie de son
énergie et de son enthousiasme étaient
alors simplement drainés par sa difficulté
à intégrer de tels changements, aussi
mineurs soient-ils.
Il devra bientôt faire face à une
épreuve absolument
capitale et aura alors besoin de toutes ses
énergies pour ce faire. Aussi Claudine a-t-elle
suggéré à Paul d'assister Denise auprès
d'Olivier ce matin, de façon à
"prendre le pouls" de leur relation une nouvelle fois.
À la lueur des résultats de cet
examen, on pourra décider s'il lui sera possible de
partir demain avec Paule pour
l'accompagner lorsqu'elle ira chercher Ismaël.
<> FIDÈLE
- "Et bien, bonne route les enfants, et à demain
soir. Ne
t'inquiètes pas pour maman Claudine, Paul. Je vais
te la soigner aux petits
oignons, sois en certain. Occupes-toi plutôt du
pauvre Ismaël: un nouveau
déménagement va sûrement
l'insécuriser beaucoup! Et sois gentil avec la
belle Paule, mais attention quand tu iras coucher chez
elle ce soir, d'après les
autres physios de l'Institut, c'est une "tombeuse"
incorrigible! Alors, essaie de
rester bien fidèle à notre chère
Claudine surtout!"
Claudine, qui est alors en train de donner un grand baiser
prolongé à son amoureux avant son
départ, prolonge encore son étreinte et lui
serre un peu plus la main en lui faisant un clin d'oeil
entendu. Après quoi, les
portières de la voiture se referment et Paule
démarre en direction de Montréal avec
son passager. Au cours de leur petit périple sans
surprises, ils discutent à battons
rompus de tout et de rien. Paule, contrairement à
son habitude, semble rivaliser
d'esprit avec Paul dans sa façon d'ironiser
à tout propos. Quand ils arrivent enfin
chez elle, à côté du marché
Jean-Talon, elle stationne sa voiture en face de la
porte de sa maison. Elle tend ensuite les clefs de son
logement à Paul et l'invite à y monter seul tout de
suite, pendant qu'elle-même va se rendre au marché faire
quelques emplettes pour leur souper.
...
Depuis quelques minutes déjà, ils ont fini
de manger leur
plat de résistance, agrémenté de la
bouteille de vin que Paule a rapportée de ses
courses et en sont maintenant à siroter leur
deuxième café. Pendant tout le repas,
ils se sont informés mutuellement des
différents événements qui ont marqué
leurs
derniers mois respectifs.
- "Alors comme ça, hier quand tu as touché
le docteur
Landré et son fils, tu as "vu" que tout progressait
pour le mieux et Claudine et toi avez décidé de te
libérer pour m'aider demain avec Ismaël; comme je
suis contente! Pendant ce temps-là Claudine et moi
avons parlé longuement
en se promenant en raquettes dans les bois magnifiques qui
entourent le
château du docteur Landré. On avait tellement
de choses à se dire!"
"On a parlé de nous, de notre vie passée,
présente et à venir, d'Emmanuelle aussi; de tes futurs
enfants en général!"
" On a même beaucoup parlé de toi... et de
moi."
- "Je sais, Claudine m'a tout raconté hier soir."
- "Alors, tu sais aussi que je viens tout juste de passer
des examens médicaux... appropriés.
Négatifs sous toute la ligne, côté
contrindications s'entend. Depuis je... jeûne
consciencieusement. Par contre
au niveau fertilité: pas de problèmes. "
En entendant cela, Paul pose la main sur celle de Paule et
ils restent de longues minutes à se regarder mutuellement sans
parler à haute
voix, mais à communiquer intensément de
l'intérieur. Puis, ils se lèvent tous les deux
en même temps et se dirigent ensemble vers la
chambre à coucher de Paule.
(...)
Toute la nuit, les deux complices se livrent à
toutes sortes
de caresses, manipulations, fellations et masturbations
réciproques qui se
couronnent immanquablement par une
pénétration et une éjaculation, puisque c'est
bien là le but ultime de ces ébats. Paule
s'emploie diligemment à stimuler son
compagnon, et déploie une infinité de ruses
de sioux pour le faire vite bander à
nouveau après chaque éjaculation. Pour ce
faire, elle a habilement recours à toutes
les techniques qu'elle a apprises au cours de ses
multiples aventures de célibataire
"libérée". Elle est si experte dans l'art de
stimuler et masturber un homme qu'elle
réussi plus d'une fois à le surprendre et
enrichir ses connaissances. C'est pour elle
un ravissement sublime de pouvoir enfin ressentir
elle-même toute la qualité et
l'intensité du plaisir qu'elle a toujours su
intuitivement donner à un homme.
Sa conscience plane en pleine synergie de plaisirs en
survolant sa propre jouissance et l'échos de celle
de son partenaire. Pour le
moment, ce dernier titille avec un doigté parfait
le gland et la hampe de "leur"
clitoris, tout en les drapant dans l'étreinte
pulsée, chaleureuse et humide des
grandes lèvres gorgées de sang. Des
lèvres palpitantes que d'autres doigts
fouineurs et complices relèvent en les
étreignant. Tous ces doigts espiègles
bougent à l'unisson, guidés par la
curiosité et l'imagination de Paul ainsi que par
toute la propre science de Paule. Celle-ci maîtrise
pleinement l'art de se masturber
le clitoris pour "aller chercher" son orgasme même
pendant le coït. C'est en
participant à des sessions de Bodysex Workshops
organisées par un groupe
féministe actif à l'Institut et
animés par Betty Dobson elle-même, qu'elle l'avait
appris. Comme son clitoris est situé
particulièrement loin en haut de l'ouverture du
vagin, elle ne pouvait pas espérer atteindre un
orgasme très satisfaisant par les
seuls mouvements et pressions du pénis lors d'une
simple pénétration. Elle avait
alors pris pleinement conscience du fait qu'elle n'avait
absolument aucune raison
de se culpabiliser pour les activités
d'auto-érotisme qu'elle avait toujours pratiquées
occasionnellement depuis sa plus tendre enfance. Elle
avait appris à accepter et à aimer jouir.
Dorénavant elle saurait comment rendre ses ébats
sexuels avec les
hommes de son choix aussi jouissants que possible pour
elle-même comme pour
ses partenaires, aussi malhabiles soient-ils! Par la
suite, elle ne devait jamais plus
accepter de s'en priver...
En ce moment elle savoure aussi, littéralement "in
vivo",
l'émerveillement de Paul qui ne cesse d'être
ébloui par cette faculté, inédite pour un homme,
de ressentir une telle cascade enivrante d'orgasmes intenses et
gourmands.
- " Oui je t'aime Paule, tu le sais bien. Tu m'aime, je le
sais bien aussi... Nous aimons tous les deux Claudine,
chacun à notre façon
ça va de soi, et ça on le sait tous les
trois. On le sait parce qu'on "habite" un
système de conscience " à aire ouverte " .
Angoissant? Insignifiant? Parfait?...
Oui, parfait, n'est-ce pas? Je sais que tu ne tiens pas
à être complètement
happée par une relation intime. Bien. De ton
côté, tu sais que c'est avec Claudine et Emmanuelle que
je sens ma vie, mais nous savons tous que
l'enfant que nous faisons aujourd'hui nous unira tous lui
aussi par des liens
indestructibles. Tous les cinq en fait. Mais tu le sais
aussi bien que moi. Claudine aussi d'ailleurs... Bon, OK, OK, J'avoue
que je suis une belle "
mémère " en déblatérant comme
ça, puisque tu sais ce que je vais penser
presqu'avant moi! Tes pensées sont tellement
alertes! Mais j'avoue aussi que
ça me fait tout de même d'autant plus plaisir
de me l'entendre formuler soi-même que je sais vraiment "
comment " ça va être compris avant même que
j'aie essayé de le dire. Ouf.. N'est-ce pas "
Madame la Conscience Féminine " ?
- ...
- Je te le répète sans hésitation: je
t'aime Paule. Et
nous savons tous les deux ce que ça signifie
réellement...-"
- " Moi aussi je t'aime et j'aime faire l'amour avec toi.
N'en déplaise à dame Claudine. D'ailleurs
j'aime aussi beaucoup me rappeler
de ses impressions à elle de vos orgasmes communs.
À travers le filtre de ta
propre mémoire à toi Paul, bien sûr...
Mais à en juger par tes souvenirs
brûlants et la toute puissance de l'amour que vous
ressentez l'un pour l'autre,
je suis hors-jeu! Et c'est absolument parfait. Ça
me laisse toute ma liberté. J'y
ai beaucoup pensé ces derniers temps. Ce que j'ai,
ou plutôt nous avons,
vécu, ce sera toujours pour moi une mine
inépuisable de souvenirs de
bonheur, d'intensité. D'intensité, de
sincérité et de communion. Ça n'a pas de
prix!"
" Ça n'a pas de prix, OK, mais je place encore plus
haut
ma liberté d'être et de faire ce que je suis
et ce que je fais de ma vie. Il n'y a
que moi qui puisse vivre ma propre vie. Je peux bien la
rater complètement ou
en faire une oeuvre d'art, sait-on jamais? Je peux
être coupable de paresse, de ceci ou de cela. OK, OK! Mais si
je suis la seule coupable, je tient à rester la seule
responsable! "
...
- " Moi aussi, je t'aimes Paul et ça ne me
gène pas de le dire, puisque je n'ai jamais aimé un
gars autant que je t'aime. Et bien sûr,
j'adore faire l'amour avec toi, Paul. Tout comme j'adore
revivre tes ébats avec
ma chère Claudine et vos orgasmes... Mais si je me
défonce au lit comme une
bête aujourd'hui avec le conjoint de ma meilleure
ami, c'est bien parce que
j'espère vraiment avoir un enfant de toi, Paul, et
tu sais que je suis sincère."
...
" Pour ce qui est du reste...Mes amours... Laissez-moi
vivre ma vie moi-même les petits amis! Aimes-moi,
c'est chouette et puis
après laisses-moi vivre! Oh, je sais bien qu'on
pourrais dire que je te
considère comme un homme-objet. Un simple
instrument de plaisir. Mais ce
n'est pas vrai. Tu le sais. À partir de maintenant
tu as les souvenirs qu'il faut
pour que même Claudine puisse partager. Partager ma
jouissance comme elle
a partagé la tienne. Comme tu m'as fait
partagé certains de vos meilleurs
souvenirs d'ailleurs. Merci. Partager nos
sincérités, c'est pas rien! C'est
flippant de se rappeler des souvenirs d'un autre, mais de
s'en rappeler comme
si on les avait vécus soi-même. Quand en plus
on se rappelle aussi des
souvenirs des orgasmes d'une tierce personne comme si on
les avait
éprouvés dans sa propre chair
également, j'avoue que ça devient assez
enivrant. Pourtant, pour la suite du monde et de nos
futures relations
réciproques, les intimes comme les autres, il faut
se garder une bonne dose
de temps pour soi. Pour méditer. Pour
méditer et mettre de l'ordre dans son
album de souvenirs collectifs. "
Le corps encore tout humide de sueur, salive, sperme et
sécrétions vaginales, Paule se blottit
contre le flanc de Paul qui est couché sur le
dos. En position f�tale, elle a la tête
appuyée contre la poitrine de son partenaire
et, même si elle garde les yeux fermés, son
regard va se perdre beaucoup plus profondément que dans son
seul fors intérieur. La tête appuyée dans la
paume de
ses mains, Paul quant à lui a le regard perdu dans
le lointain, bien au delà du pLacoët...
- " En fait, si tu jettes un coup d'oeil dans ma
tête, tu
vas peut-être pouvoir m'aider à y mettre de
l'ordre. Des fois, je me demandes
si le plus grand danger qui guette un mutant comme moi,
ça n'est pas de
manquer vite de circuits enregistreurs pour fixer de
nouveaux souvenirs, à
cause de la surcharge de mes inputs. De mes inputs et de
mes engrammes
déjà enregistrés! Manquer de circuits
et ne plus pouvoir apprendre. Ou alors
ne plus pouvoir retenir longtemps. "
" Mais c'était sans compter avec la faculté
humaine de
classer. Classer et choisir. Choisir quand on a ses
endogrammes comme ses
inputs multipliés par 2, 3 ou...? Ça devient
tout un trip! Alors tant qu'à partager
ta conscience Paule, j'aimerais assez que tu essaies
aujourd'hui de
m'apprendre à méditer. MÉDITER et
arrêter mon dialogue intérieur. " Donner
congé à mon mental " , comme tu dis. Tu veux
bien me servir de guide pour ça Paule? Aujourd'hui ou un autre
jour, quand ça te sera possible..."
- " OK. Je veux bien. J'aime assez la méditation.
Presqu'autant que de faire l'amour! Alors tant qu'à
partager les plaisirs de
l'un... Et sans vouloir nous flatter, c'était
vraiment mieux que tout ce que
j'avais pu expérimenter avant... et tu sais
très bien que ça n'est pas faute
d'avoir assez de points de comparaisons... Mais passons...
Pour revenir à ta
question, oui Paul ça va me faire un immense
plaisir de " méditer ton mental
avec le mien " , si c'est possible. De toutes
façons, je vais au moins te
montrer comment faire, ne t'inquiète pas, c'est
très facile: ça s'apprend en le
faisant, comme aller en bicyclette quoi! Pour toi, ce sera
comme de
l'apprendre en commençant sur un tandem! ... Dans
ton cas, je suis bien
consciente qu'il faut absolument que je t'initie à
libérer ton mental, sinon tu va " péter au frette " un
de ces jours! Dans mon cas, ça a complètement
changé ma qualité de vie. Ça m'a
permis de retrouver le sentiment d'être aux
commandes de ma propre existence, plutôt qu'une
simple spectatrice et une
passagère inerte de mon corps en route pour une
destination inconnue... Mais
tu connais le vieil adage: " c'est en forgeant, que... "
Je n'ai pas avec moi dans
mon sac à malice de comprimés genre "
Instant Méditation " , et qu'on va
continuer à se voir encore longtemps, alors je te
promet que je n'oublierai pas
de t'aider à apprendre à contrôler ton
mental. ... Hum ... mais trêve de
considérations édifiantes! ... Pour le
moment, j'ai bien hâte que vous me
laissiez goûter à ... votre fameuse
détente " post- coït " mon bon monsieur...
mais... après ça, attention: je remets le
courant! OK? ... mmhmm... mmerci."
Après de longues heures passées à se
brancher
essentiellement sur le système "à piles
auto-rechargeantes et inépuisables" de Paule, ils s'endorment
finalement du sommeil du juste sur le système "à
décharge
profonde" de Paul... Nimbés d'une aura d'amour
expérientiel et viscéral, ils dorment
blottis l'un contre l'autre, leurs rêves complices
baignant dans une mer de quiétude.
Une mer dont la surface est à peine animée
ici et là par quelques petites vagues
d'humours concurrents... Lorsqu'ils s'éveillent
enfin, le jour est déjà levé depuis
longtemps.
- " Dans quel état on a mis ta chambre! Un vrai
champs
de bataille! Après la bataille... ...au fait: la
bataille tu penses qu'on l'a gagnée?"
- " On a fait c'qui fallait en tous cas... Je crois qu'on
peut dire que si ça ne marche pas, ce ne sera
sûrement pas faute d'avoir
essayé! Avec tout le jus que tu m'as mis entre les
jambes, si j'étais coquette et plus peureuse face à
l'embonpoint... je crois que j'aurais peur de prendre du
poids! "
...
- " désolée. OK, j'admets que c'est d'un
goût douteux
comme blague. L'humour et moi... tu sais ce que c'est. "
Finalement, il fait presque jour, quand les deux complices
absolument vidés sombrent enfin dans un sommeil
aussi profond que réparateur.
Pourtant, même endormis, ils n'en continuent pas
moins d'évoluer
ensemble,puisqu.ils partagent maintenant leurs univers
oniriques réciproques avec
tous les personnages, les décors les fantasmes et
les situations qu'ils comportent.
Heureusement, ils ne mettent pas en scène de
cauchemard ni l'un, ni l'autre. Aussi
c'est une nouvelle série de souvenirs positifs et
agréables, aussi variés que
surprenants puisqu'ils découlent de deux esprits
originalement très différents, qu'ils
pourront ajouter à leur répertoires
personnels demain matin.
<> INTIMITÉS
- "M'mm...man, m'man, mm'mma, aamman, maman!"
- "Oui Olivier! Oui, maman est là, mon
chéri! Maman a
compris. Bravo Olivier! Mon amour, mmm, viens que maman te
serre fort!"
Denise serre son enfant dans ses bras et lui couvre tout
le visage de baisers. Elle est tellement heureuse qu'elle en a les
yeux tout inondés
de larmes de joie. Depuis que Paul est parti, Olivier
essaie de retrouver une façon
de communiquer avec celle chez qui il a enfin pu sentir
tout l'amour maternel qui lui avait fait défaut
jusque-là.
Au cours des sessions de "contact intime" à trois
qui ont
lieu depuis un mois déjà, l'enfant a
déjà commencé à formuler mentalement ses
pensées en mots plutôt que simplement en
images, sons et émotions pures.
Pourtant, tout au long de ces traitements, il est toujours
resté muet extérieurement.
Mais puisque l'absence de Paul l'a à nouveau
enfermé dans une prison
d'incommunicabilité, il tente à
présent d'apprivoiser les subtilités du langage
parlé
pour s'en sortir. Il doit apprendre à
contrôler et coordonner tous ces éléments du
corps humain qui permettent à l'homme de
communiquer verbalement. Jusque-là,
Denise a toujours entrevu avec un peu
d'appréhension le jour où elle devra se
passer de l'aide de son "magicien" Paul. Elle sait
maintenant que son fils est enfin
sorti du cul-de-sac de son autisme. Elle compte bien faire
tout ce qui est en son
pouvoir pour que cette libération soit
dorénavant irréversible quoi qu'il arrive.
Pendant ce temps-là, Jacqueline aide Claudine
à pratiquer
ses exercices prénataux sur le petit matelas dans
un coin de la même pièce. Après
le départ de Paul, les deux jeunes femmes ont en
effet décidé de n'intervenir dans
la relation mère-fils de leur amie, que si cela
était absolument nécessaire.
- "Madame Claudine, c'est extraordinaire: quand je
vous touche aujourd'hui, je crois que je commence à
ressentir des messages
qui me viennent de votre Emmanuelle, comme quand monsieur
Paul était là!
Pourtant je croyais que vous m'aviez dit que l'aide de
monsieur Paul vous était
essentielle pour ça! C'est peut-être mon
imagination... ça n'est pas aussi net
qu'avec monsieur Paul, mais il me semble que je
reçois quand même quelque
chose... c'est merveilleux!"
- "Ouf... je vais arrêter mes exercices, pour le
moment.
Je commence à être un peu crevée. Je
crois que je vais aller m'étendre dans le solarium et me faire
chauffer la couenne au soleil comme un lézard... le
soleil de décembre est absolument resplendissant
aujourd'hui! Viens-tu avec
moi Jacqueline? On va être tranquilles: les deux
hommes sont sortis et tout a l'air d'aller pour le mieux entre Denise
et son fils. Je crois qu'elle et Olivier
apprécieront sûrement un peu
d'intimité. Viens, allons-y!"
Les deux jeunes femmes se lèvent et sortent
discrètement
de la pièce. Elles se dirigent ensemble vers le
solarium du troisième étage en
gambadant légèrement au son de la chanson
gaie que fredonne Claudine. En
arrivant là, Claudine se dépouille de tous
ses vêtements et s'étend voluptueusement
sur le dos dans une grande chaise longue qui s'y trouve,
en poussant un long soupir de satisfaction. Elle est imitée
par Jacqueline, qui s'étend à son tour sur un autre
chaise longue placée tout à
côté. Complètement épuisée,
Claudine s'endort au bout
de cinq minutes à peine. Jacqueline tend alors la
main dans sa direction et, avec
des précautions infinies, pose un doigt
délicatement sur le ventre rond de la
dormeuse.
Lorsque Paul, Paule et Ismaël entrent dans la maison,
il n'y a personne pour les accueillir. Ils vont donc à la
cuisine pour prendre une petite
collation en attendant de retrouver les autres occupants
de la maison. Sur la table,
ils trouvent la note écrite par Claudine à
l'intention de Denise.
-"Suis allée m'étendre dans le solarium.
Jacqueline avec moi."-
Claudine.
Paul laisse donc Ismaël avec Paule qui lui a
déjà servi un
grand bol de crème glacée et se dirige tout
de suite vers le solarium. Quand il entre,
il aperçoit les deux jeunes femmes nues qui dorment
au soleil. Une main posée sur
le ventre de Claudine, Jacqueline s'est assoupie sur la
chaise longue placée
immédiatement à côté de celle
de cette dernière. Gêné de troubler ainsi leur
intimité, il reste quelques instants à les
regarder, en se demandant quoi faire.
Finalement, il décide de retourner à la
cuisine et sort du solarium aussi
silencieusement qu'il y était entré.
Après quoi, il retourne à la cuisine
rejoindre Paule et
Ismaël. Ils discutent ensuite de leur emploi du temps
à tous les trois pendant que
Paul boit son café. Puis, accompagné
d'Ismaël, Paul se dirige vers la chambre
d'Olivier pour y retrouver Denise et son fils et leur
présenter Ismaël. Pendant ce
temps-là, Paule se rend au solarium pour y
retrouver Claudine et rencontrer
Jacqueline. On pourra discuter "entre femmes" en toute
intimité de diverses
questions d'intérêt spécifiquement
féminin...
<> TOUT
- " Alors mon Paul, tout s'est bien passé à
Montréal?
Pas de problèmes avec Ismaël, par exemple? Ne
me fais pas languir, viens te
coller sur moi et racontes-moi tout! N'oublies aucun
détail! Je veux tout
savoir! Surtout comment se sont passées tes nuit
chez Paule... Est-ce que
vous avez pu... comme on s'en était parlé
avant ton départ? N'oublies pas mon
grand escogriffe d'homme nouveau, que c'est à cause
de ma curiosité
maladive que... Ça n'était pas trop
dûr j'espère! Allons viens vite et fais-moi
vivre tout ça comme si j'y étais! "
" De mon côté, je me suis tellement
ennuyé de toi! Je
me sentais tellement seule sans toi, que j'avais beaucoup
de difficulté à
m'endormir. Ah, et puis j'ai moi-aussi des choses
extraordinaires à te
raconter. Ça a rapport avec toi, moi, Emmanuelle et
Jacqueline pendant que tu n'étais pas là. Il faudrait
aussi que je te parle de mes projets pour les
prochains jours... Mais je n'en dis pas plus! Colles-toi
et tu sauras tout, car je
ne parlerai qu'en présence, vraiment intime, de mon
" homme nouveau " ..."
Paul achève de se déshabiller, se glisse
sous les
couvertures de leur lit et enlace tendrement son amie. Ils
restent de longues
minutes en silence à échanger de
l'intérieur, d'abord au niveau de leurs sentiments
réciproques, puis des informations strictement
factuelles. Finalement, comme ils en
viennent à se communiquer des détails plus
intimes de leurs expériences
réciproques des derniers jours, leurs corps
commencent à vibrer de façon plus
intense et, très bientôt, ils sont tous deux
plongés dans une rafale orgasmes-souvenirs tout puissants qui
les submerge complètement.
(...)
Le lendemain matin, ils déjeunent tous ensemble
dans la
grande salle à manger. Puis Paul, Ismaël et
Denise, qui porte son fils dans ses
bras, se retirent dans la chambre d'Olivier pour entamer
leur session d'exercices.
Les deux physiothérapeutes et l'infirmière
finissent de prendre un deuxième café.
Puis elles se dirigent toutes trois vers le solarium pour
profiter du beau soleil
hivernal qui luit encore de tous ses feux.
- "Ma belle Paule, avoues qu'on est quand même bien
ici, à se faire rôtir toute nues au soleil,
en plein mois de décembre. C'est ce
que Jacqueline et moi avons fait pratiquement tous les
jours pendant que toi
et Paul étiez partis. Comme quoi, tout en
étant bien sage, on peut quand même
bien profiter de la vie! Oh je sais bien que tu ne t'es
pas trop ennuyée non plus
pendant ce temps-là avec mon homme... On ne peut
rien se cacher, lui et moi!
Mais, n'aies pas peur, je ne vous en veux pas pour
ça: Paul m'a tout raconté si bien hier soir, comme lui
seul sait le faire, que j'y étais presque... grâce
à toi,
j'ai vécu hier des instants tout à fait
délicieux! D'ailleurs, tu en sais quelque
chose de ses dons de raconteur: je me souviens de ce tu
m'avais déjà dit à
propos de certaines expériences qu'il t'avait fait
vivre à l'Institut, lorsque nous
avions échangé nos patients... Hier soir,
ça a été mon tour de bénéficier de
certaines indiscrétions. Moi aussi, j'ai bien
aimé jouir avec toi! Et puis, après
tout, n'est-ce pas ce dont nous avions convenu la semaine
passée?"
" De mon côté, pendant ce temps-là
j'ai bien réfléchi et j'ai aussi appris des choses
extraordinaires grâce à Jacqueline. Si tu veux en avoir
un aperçu, pose un peu ta main ici sur mon ventre, fermes les
yeux et tiens-toi bien...
...
Il fallait s'y attendre, tu me diras? Peut-être.
Mais moi je trouve tout de même que c'est à vous jeter
par terre! Surtout que cela risque
éventuellement de prendre un sens bien particulier
pour toi aussi un de ces
jours..."
D'abord un peu décontenancée par les propos
crus et
directs de Claudine, Paule est restée muette
pendant tout le temps qu'elle
l'écoutait. Puis, elle a été
très intriguée par les dernières paroles de son
amie et
c'est fort craintivement, qu'elle tend ensuite la main
vers le ventre de cette dernière.
Elle ne peut retenir un cri de surprise quand elle sent la
communication s'établir
entre elle et Emmanuelle.
<> AMI - STUPIDE
- "Mmm...an, mmaa...man, maman, maman! Hhol, h...ol,
P...ol, Paul! a...ené aa, a...am, iii, ammi, ami?
Ami?"
- "Oui mon chéri, Paul est revenu avec maman. Il
t'a
amené un ami. Ismaël, l'ami s'appelle
Ismaël. Is-ma-ël!"
- "Ami Iii...le, I...ma...le, ssss, Ismaël.
Ismaël ami
mmmoi!"
Au son de son nom, qu'il entend prononcer avec
difficulté
mais aussi avec tant d'efforts, le visage d'Ismaël
s'illumine d'un sourire gêné mais
radieux et il se rapproche un peu plus de la chaise
berçante où Denise vient de
prendre place avec son fils sur les genoux. Paul qui lui
tient toujours la main s'est
approché lui aussi et prend celle qu'Olivier lui
tend. La sérénité qui caractérise
maintenant Olivier traverse Paul et inonde Ismaël qui
rougit. Celui-ci tend à son tour
sa main libre en direction de celles de Paul et Olivier.
Denise prend leurs trois mains
entrelacées et les serre tendrement.
...
Tout au long de l'avant-midi, une relation
extrêmement
chaleureuse s'installe de plus en plus entre les quatre
partenaires. Bien sûr Olivier
et Ismaël sont tous deux absolument ravis de pouvoir
communiquer à nouveau
facilement avec le monde extérieur en ayant Paul
comme intermédiaire. Pourtant,
comme ils ont tous deux récemment eu l'occasion de
vivre des situations où ils
étaient privés de son aide, en dépit
de la différence d'âge physique qui les sépare,
il semble se créer entre eux une complicité
indéniable pour arriver à communiquer
verbalement sans son support. Aussi, quelques heures plus
tard, quand Jacqueline pénétre dans la pièce
pour les avertir de descendre dîner, quelle n'est pas sa
surprise de les trouver tous les quatre à jouer par
terre: les enfants à califourchon
sur le dos des deux adultes à quatre pattes. Les
deux petits garçons se lancent tous deux des mots et des
phrases décousues plus au moins incohérentes. Ils
essaient
ensuite de s'imiter mutuellement et ils tentent de
répéter ce que l'autre vient de dire,
en y mettant différentes intonations, à
plusieurs reprises et avec plus ou moins de
succès dans le cas d'Olivier, il faut bien le dire.
Ces tentatives d'élocution
maladroites provoquent souvent chez eux, comme chez leurs
montures, de
bruyants éclats d'hilarité folle.
Lorsqu'ils se retrouvent tous autour de la grande table de
la salle à manger, Olivier et Ismaël sont
encore tellement emportés par le vent de
folie verbale du matin, qu'ils ne cessent pratiquement
jamais de parler. Ce qui
ressemble souvent plus à des gazouillis informes,
surtout quand Olivier marmonne
la bouche encore pleine... Dès qu'ils ont fini de
manger, les deux enfants
commencent tout de suite à harceler Denise et Paul
pour retourner immédiatement
reprendre leurs jeux. C'est donc d'un trait que ceux-ci
avalent leur café, avant de
remonter dans la chambre à exercices d'Olivier.
À la fin de la journée, les deux jeunes
lurons, aussi épuisés
l'un que l'autre par leur harassante journée
d'activités fébriles, réclament
pratiquement d'eux-mêmes le privilège de se
coucher plus tôt que d'habitude. Leurs deux compagnons sont
donc particulièrement heureux de pouvoir se retrouver enfin
libres aussi tôt, car ils sont eux-mêmes
complètement fourbus à la suite de cette
journée épuisante.
- "Ouf! Quelle journée! Je suis absolument
crevée. Je
n'aurais jamais cru le métier de cheval si
difficile! Mais ça ne fait rien, je suis si heureuse
qu'Ismaël et mon petit "tocson" aient réussi à
s'entendre aussi
bien. Tout ce débordement d'activités
physiques nous a fait un peu perdre de
vue la raison qui nous a poussé à amener
Ismaël ici... J'y repensais tout à
l'heure et j'en suis venue à me dire que je
pourrais peut-être l'adopter
légalement, maintenant qu'il est devenu
complètement orphelin. Je ne sais
pas ce que vous en pensez..."
"Le peu que je connais de lui me le font maintenant
voir comme un compagnon idéal pour Olivier. Je suis
certaine qu'il serait lui-aussi ravi de l'avoir comme frère
pour jouer; surtout que la vieille maman
Denise ne pourra pas longtemps s'investir autant dans ses
jeux. Et puis dans
les environs, les compagnons de son âge sont
plutôt rares... inexistants en
fait. D'ailleurs, quel âge a-t-il? Il a un corps de
trois ans bien sûr, mais avec
l'âge mental d'un nouveau-né? Un
nouveau-né qui, par certains aspects, est
déjà plus mûr que sa propre
mère... Alors dans ces conditions, avec Ismaël, ils
deviendraient un peu comme le cadet et son grand frère
aîné, tout en étant
pour ainsi dire du même âge. Alors pourquoi
pas? D'ailleurs, comment cela se passerait-il s'il essayaient de
jouer avec d'autres enfants "ordinaires" de
leurs âges? Tandis qu'avec Ismaël... Je crois
qu'ils partagent assez de
similitudes dans leurs expériences vécues,
qu'ils s'entendent comme larrons
en foire... On l'a bien vu aujourd'hui, n'est-ce pas Paul?
Un jour sans doute, ils
pourront s'intégrer avec d'autres galopins de leurs
âges, mais pour le
moment, je pense qu'ils pourront s'aider mutuellement
à faire le passage."
- "Oh, pour ça oui! Pour en revenir à ta
première
question, je crois bien que ton projet
représenterait probablement ce qui
pourrait leur arriver de mieux à tous les deux.
Même dans mes rêves les plus
fous, je n'aurais jamais pu imaginer meilleur
développement... Merci Denise.
Je suis certain que tu ne le regretteras pas. Si tu veux,
demain on pourrait
commencer à leur en parler. Je veux bien me charger
d'Ismaël si tu acceptes
d'en glisser un mot à Olivier. Par la suite je
pourrai toujours sonder aussi
Olivier pour nous assurer que tout va vraiment bien."
Au cours des journées suivantes, Denise et Paul
commencent graduellement à sonder les deux enfants.
Olivier est absolument
transporté à l'idée que son ami
pourrait éventuellement toujours habiter chez lui et
devenir " son propre grand frère à lui tout
seul ". Quant à Ismaël, lorsque Paul lui
parle de l'idée de Denise, sans l'informer de la
triste nouvelle concernant ses
parents bien sûr, son visage s'illumine d'abord d'un
air absolument épanoui. Puis,
ses traits prennent progressivement un caractère
plus dur et triste. En même temps,
il semble recommencer de nouveau à se couper du
monde extérieur. Ce qui ne
manque pas d'inquiéter assez Paul pour qu'il prenne
tout de suite la main de
l'enfant, dans l'espoir d'arriver à comprendre de
l'intérieur la nature et les raisons de cette réaction
mitigée.
- "Comme les autres! Comme tous les autres! Ils veulent se
débarrasser de moi! J'en suis sûr. C'est pour ça
qu'il m'a dit ça. Je sais bien que
ça n'est pas possible. Ils veulent me faire peur.
Ils veulent que j'aie peur de ne plus
revoir Maude et Bernard, et que je demande à partir
pour les retrouver. Ils sont stupides, tant pis pour eux! Je n'ai
même pas peur. De toutes façons, je ne les aime
même plus eux-autres. Ils ne m'ont jamais aimé
eux-autres non-plus. J'ai toujours
été juste "Ismaël, leur gros
problème". Si Maude et Bernard se sont toujours occupé
de moi, c'est juste parce qu'ils pensaient qu'ils
étaient obligés. Je le sais bien. Ça a toujours
été comme ça! Ah ici ils veulent que j'aie peur
de ne plus pouvoir
retourner à la maison. Ensuite, ils vont me dire:
qu'est-ce qu'il y a, Ismaël? Tu
t'ennuies de Maude et Bernard, Ismaël? Oh ça
tombe bien, Ismaël, on va te
renvoyer là-bas. On t'aime bien tu sais,
Ismaël, mais on a pas le temps de
s'occuper de toi. Tu t'amusais bien, Ismaël, mais
ça ne peut pas durer toujours. Il
faut que tu comprennes, Ismaël, que tu fasses ton
grand. Eux-aussi, je les déteste
maintenant d'abord! J'avais tellement confiance. J'ai
été stupide! Ils étaient si
gentils. Mais cette fois ils ne m'auront pas! Même
monsieur Paul ne pourra pas
venir me chercher. Quand ils vont m'obliger à
repartir, cette fois je vais disparaître
en orbite, comme un satellite. C'est bien plus fort qu'une
stupide balle de base-ball,
un satellite. Je ne veux plus retourner dans un
hôpital stupide. Je ne veux pas
retourner vivre tout seul dans une stupide maison vide,
non plus. Avec juste une
gardienne plate qui ne sait pas ce que c'est que de jouer
pour vrai. Une maison
pleine des "traineries" stupides que Maude et Bernard
rapportent toujours de leurs
voyages stupides... ...Non Ismaël, non! arrête
de t'imaginer toutes sortes de choses!
C'est toi qui est stupide. Ça ne se peut pas! Non,
pas madame Claudine et
monsieur Paul! Ils ne peuvent pas être comme
ça! Pas eux! Non! Il faut que tu
essaies de leur parler! Il faut que tu leur dises que tu
veux rester avec ton seul vrai
ami, Olivier! Tu es capable de parler maintenant. Il faut
qu'ils t'écoutent! S'il le faut,
je vais demander à Olivier de me défendre.
Sa mère elle l'aime pour vrai, elle!"
Tout à coup, il ressent une onde de chaleur et
d'amour qui
s'insinue dans tout son être. C'est alors qu'il se
rend compte que Paul était entré en
lui depuis le début de sa crise de panique. "Il
sait tout!" Il ressent aussi maintenant
la vague d'amour et d'amitié que Denise et son fils
lui envoient, depuis qu'ils ont
tous deux pris la main de Paul. Ils l'entourent tous les
trois et le serrent tendrement
dans leurs bras. " - Non Ismaël! Non, ne nous
rejettes pas! Si tu veux de nous,
nous allons te garder toujours. - C'est toi que je veux
comme frère. - Tu peux
m'appeler maman, je veux te garder toujours. Nous avons
besoin de toi. Nous
t'aimons vraiment. Il faut que tu restes avec nous!"
<> LA TRIBU
- "Téléphone pour vous, madame Claudine."
- "Merci Jacqueline, je viens tout de suite.
Encore vêtue seulement de sa grande robe de chambre
en soie japonaine, Claudine avale en vitesse la dernière
gorgée de son café de
céréales du matin, puis elle se lève
et va prendre le combiné téléphonique que lui
tend Jacqueline.
- " Allô. "
(...)
- " Ah, bonjour Paule. Comment ça va ce matin? "
(...)
- " Moi aussi, merci. Il fait un froid sibérien
ici, mais la
campagne est si belle! Il y a beaucoup de neige et elle
est tellement blanche!
(...)
- " Ismaël? Je crois qu'il va bien lui aussi,
maintenant.
(...)
- " Oui, il s'est adapté très bien à
sa nouvelle famille.
(...)
- " Oui, on lui a dit à propos de ses parents. Au
début
ça a été dur, mais Denise et Olivier
l'ont beaucoup aidé. Ils l'adorent et Ismaël
le sent bien. Je pense qu'il le leur rend bien d'ailleurs.
Ils sont devenus
inséparables. "
(...)
- "Oui, lui aussi. D'ailleurs, cette semaine ils ont
commencé à jouer dehors. "
(...)
- "Non, ni moi, ni Paul ne nous mêlons presque plus
jamais de leur relation. On dirait maintenant qu'Olivier
et Ismaël sont deux
enfants absolument sans histoires. Ils bougent tout le
temps et ils n'arrêtent
pas de jacasser! De vraie pies!
(...)
- " Pires que moi, tu imagines! "
(...)
- "Bien sûr, au début, Paul a dû
prendre contact avec
Ismaël très souvent, plusieurs fois par jour
même; le pauvre petit était
tellement insécure! Il passait continuellement par
des états d'euphorie totale à des moments de
déprime complète. Mais maintenant, ça s'est
stabilisé et ils
ne se contactent plus que très occasionnellement.
Et généralement c'est
surtout pour rassurer Denise ou moi. Tu sais comment sont
les
professionnels de la thérapie! "
(...)
- " Oh lui, il va à merveille. Sa
réadaptation est
pratiquement terminée. Depuis un mois, les enfants
l'ont obligé à se dépenser
physiquement plus que toutes les physios du monde! "
(...)
" Non. On dirait qu'il ne pense à peu près
plus au projet
de Jean sur un téléroman dans le milieu
hospitalier. Ni au cinéma d'ailleurs.
Par contre, je crois qu'il commence à avoir
très hâte à l'été pour pouvoir
retourner à son " shack " , comme il dit. Il veut
absolument qu'Emmanuelle y
passe au moins les premiers mois de sa vie. C'est elle qui
est devenue le
centre de toutes ses pensées. "
(...)
- " De ce côté-là? À merveille,
ma grossesse est
toujours aussi enivrante. Ma bedaine commence à
être bien ronde. Tout le
monde ici est très prévenant avec moi. Le
flatteur de Paul me dit "qu'elle me
va à ravir"! Un vrai gamin! "
(...)
- " Si je le laissais faire, il resterait collé sur
moi toute la journée. Mais dans le fond, je sais bien que
c'est surtout parce qu'il adore
contacter Emmanuelle. Il dit que sinon, il se sent exclu
de notre relation. Le
pire c'est que je sais qu'il a raison! Parce qu'entre
Emmanuelle et moi, et
bien... "
(...)
- " Comment ça? De toutes façons, tu va
bientôt
connaître ça toi aussi. Au fait, est-ce que
tu as déjà commencé à ressentir
quelque chose? "
(...)
- " Quoi? C'est pas vrai! Et qu'est-ce que ça te
fait? "
(...)
- " Oui je comprends. J'en parle avec Paul ce soir et je
te rappelle demain matin. O.K.? "
(...)
- " Tu m'excuseras, je dois te laisser. Les enfants me
réclament pour aller jouer dehors dans la neige. Je
vais encore me faire traiter
de bavarde! "
(...)
- " O.K. salut. À demain."
Elle raccroche et se hâte d'aller s'habiller pour
sortir
dehors et aider les enfants à construire leur
igloo. Avec la vieille égoïne que Ray
leur a prêtée, ils passent tout l'avant-midi
à découper des blocs dans la croûte de
neige durcie par le froid mordant. Pendant le dîner,
les enfants s'amusent
beaucoup à affubler tous les mots qu'ils utilisent
d'un suffixe en -uk ou en -uit, "comme les vrais Inuits".
Aidés par Denise, Paul et Claudine, qui égaye leur
travail
de ses chansons gaies, ils réussissent au cours de
l'après-midi à ériger un
magnifique igloo, "assez grand pour sauver toute la tribu,
même les vieux!"
<> COMPRIS?
Sous l'oeil un peu triste d'Ismaël, Olivier, Denise
et Jacqueline, les partants Paul et Claudine, aidés de Ray,
placent leurs valises dans
le coffre de la voiture de Paule. Puis, après avoir
embrassé tous leurs amis, ils
montent tous deux dans l'auto avec cette dernière.
- "Soyez prudents sur la route et prends bien soin de
tes invités, Paule. N'oublie pas que je ne te les
prête que pour une journée ou
deux, pas plus! Je veux absolument vous avoir ici tous les
trois pour fêter
l'arrivée du printemps! Parce qu'après
ça, l'igloo de mes petits Inuits va
commencer à fondre. Il faudra bien que quelqu'un
les aide à construire un
nouvel abri pour l'Été. " Dans l'arctique,
avoir un bon abri, c'est une question
de vie ou de mort! " On ne rit pas avec ça! Tous
les petits Inuits vous le
diront!"
Pendant le trajet vers Montréal, Paule et Paul se
racontent
les diverses péripéties qui ont
meublé leur dernier mois respectif, émaillant tous
deux leurs récits de nombreuses pointes d'humour.
Assise sur la banquette arrière,
à cause de sa grossesse avancée qui lui
interdit d'utiliser une ceinture de sécurité, Claudine
fredonne sans arrêt ses chansons gaies favorites et semble
complètement absorbée par la contemplation
du paysage de printemps qui défile
sous ses yeux.
Lorsqu'ils arrivent enfin chez Paule, Claudine monte la
première chez son amie avec la clef du logement,
pour ouvrir la porte à ses
compagnons qui la suivent, les bras chargés. Puis,
Paule s'éclipse pour aller à
l'épicerie du coin faire quelques emplettes.
Lorsqu'elle revient, Paul a déjà
commencé à déballer leurs bagages
dans le salon, alors que Claudine est dans la
cuisine et prépare du café en chantonnant.
- "Des huîtres pour souper, ça t'irait Paul?
Il y en avait
en vente à l'épicerie et j'en ai pris une
montagne, j'espère que vous aimez-ça!
Mais qu'est-ce que tu fais-là? Je vous prête
ma chambre, pendant que vous
serez ici, voyons! Il n'y a qu'un petit divan dans mon
salon et vous êtes deux.
Et Claudine qui est enceinte en plus! Installez-vous dans
ma chambre: il y a un grand lit double; vous y serez très
bien. C'est moi qui vais coucher ici sur le divan!"
- "Hé là, les conspirateurs! Arrêtez
de parler dans mon
dos! Venez plutôt ici! Il ne faut jamais laisser une
handicapée toute seule!
N'importe quelle physio qui se respecte sait ça! Il
y a du bon café frais qui
vous attend dans la cuisine."
" Venez voir maman Claudine! On va discuter tous les
trois confortablement assis devant une bonne tasse de
café chaud pour vous
et un grand verre de lait pour moi!"
Quand ils sont tous assis autour de la table de la petite
cuisinette de Paule, celle-ci répète les
remarques qu'elle avait faites à Paul en
entrant.
- "Ah non par exemple! ça ne se passera pas comme
ça! Je n'ai pas arrêté d'y penser, depuis qu'on
s'est parlé au téléphone l'autre
jour. Paule, je t'aime bien, tu le sais. Mais là
franchement: il faut qu'on se
parle! Alons, venez ici, et assoyez vous qu'on discute.
Maman Claudine a
quelque chose d'important à vous dire, pour que
tout soit bien clair!
...
" Bon, Paule, tu es ma meilleure amie et mon
associée
en plus! En temps que femme, tu voudrais enfanter pendant
que tu en est
encore capable. Bien. Par contre, tu ne veux pas
t'embarrasser d'un père, peut-être trop possessif. Bon.
Et puis quoi encore? Pour te rendre service, je
t'ai déjà prêtée mon " homme
nouveau " une fois, pour qu'il te fasse un enfant.
Un deuxième petit mutant en perspective? Tu as
toujours su comment profiter
de ma curiosité maladive. Bon. N'empêche que
c'était déjà bien gentil de ma
part, tu l'avoueras! Ça n'a pas marché,
puisque tu viens d'être menstruée à
nouveau. C'est bien triste. J'ai accepté que vous
recommenciez votre
tentative. Soit. C'est pour ça qu'on est venu ici
aujourd'hui. Mais cette fois-ci,
je veux être là! Vous allez faire ça
sérieusement! Tu pensais peut-être que je
vous laisserais vous amuser tous seuls dans le salon
pendant que la grosse
handicapée de Claudine resterait à
poireauter toute seule dans un grand lit
vide! Non! Si ça doit se passer comme ça, je
ne marche pas! Si je suis venue
ici avec Paul ce matin, ça n'est pas pour rien , ne
vous en déplaise mes
gaillards! "
...
" OK? Sinon, je m'en vais tout de suite et je
ramène
mon homme avec moi! Il n'est pas question que l'on me
tienne à l'écart,
pendant que vous faites ça à la sauvette! Oh
bien sûr, la dernière fois j'ai eu
droit à une rediffusion en différé,
c'était pas si mal... mais cette fois j'exige du
direct! Compris? Cette semaine, on va coucher tous les
trois ensemble dans
le grand lit de la comtesse. Comme ça, je pourrai
être certaine d'assister
quand ça va se passer... "
...
" De plus, cette fois, j'entend bien diriger
moi-même
tout le déroulement des opérations. Je dis
bien " des " opérations, parce que
pour moi faire l'amour, c'est deux choses bien distinctes,
mais oh combien
complémentaires: les préliminaires,
ça c'est pour moi, et la pénétration
proprement dite, ça c'est pour toi Paule! Bien
sûr on pourra toutes les deux
vivre l'opération manquante par procuration et en
direct, mais je ne veux pas
être la seule à me contenter de simili! Au
souvenir, je crois que je préférerai
toujours le présent, surtout s'il est
agréable... De toutes façons, si chacun y
met un peu du sien, ça ne peut qu'être
meilleur pour tout le monde! Ce sera
comme ça; et c'est pour la dernière fois!
Compris? C'est à prendre ou à laisser!"
- "!?!?!?"
- "Et puis à part de ça, vous allez dire que
j'ai l'esprit
absolument tordu. OK, si vous voulez! Mais moi je suis
bien curieuse de savoir
avec quelle sorte de jouissance ça peut carburer un
VRAI trio amoureux!? ...
Puisque la vie m'offre une chance de le vivre
réellement, je m'en voudrait de
laisser passer une telle occasion! ... Je ne pense pas que
personne l'aie
jamais vécu avant aujourd'hui? ... Non, bon... OK,
on va devenir des pionniers
une fois de plus! ... Mettez-vous ça dans la
tête les petits copains! C'est une
journée vraiment historique aujourd'hui, OK
là! ... Surtout que j'espère bien
que ça va être la dernière fois que je
vais pousser mon amoureux
extraordinaire dans les bras d'une autre! ... Compris?!!"
...
"En tous cas, pensez-y bien cette nuit, parce que si
ça
doit se passer, c'est demain que ça va arriver,
aujourd'hui on est tous trop
crevés pour faire quelque chose de vraiment bien!
OK là! ... Ce soir, on relaxe!
... Compris?"
- " !?!?!!?!!! "
Un silence total suit l'envolée de Claudine pendant
quelques secondes. Ses deux interlocuteurs sont
compêtement interloqués. Puis
les yeux en larmes, Paule se lève, s'accroupit
à côté de son amie et elle la serre
dans ses bras, en l'embrassant avec ferveur.
- "Merci... merci... merci... Oui Claudine... oui... Comme
tu voudras. Je comprends. Tu es merveilleuse. Tu seras
toujours la meilleure... la meilleure! ... Je ne sais pas comment te
dire..."
- " Eh bien dans ce cas là, ne dis rien ma grande!
Et
puis fais-nous donc à bouffer: c'est qu'on commence
à avoir la dent creuse,
Emmanuelle et moi... Allez hop, au boulot miss!
Paule se relève en essuyant les larmes de son
visage et
commence sur le champs à préparer leur
souper. Elle chante à tue-tête l'air des
Bijoux de la Castafiore, pendant que Claudine est assise
et communique avec Paul
en lui tenant les mains et en le regardant droit dans les
yeux.
<> REVENANT
- "Bonjour les amoureux. Alors vous avez passé une
bonne journée? ... Je vois que vous avez
commencé à préparer vos bagages
pour repartir. Mais il faut absolument que je vous parle
de la journée que j'ai
passée à l'Institut aujourd'hui. Il m'est
arrivé quelque chose d'absolument
extraordinaire! "
" Imaginez-vous donc que j'ai revu cet après-midi
un de mes anciens patients qui vous connaît bien tous les deux:
Glen Shadwick.
Je ne sais pas si vous voyez qui je veux dire? Glen
Shadwick l'Inuit
britannique qui ne parlait que le français... et
qui nous donnait régulièrement
de grands cours "
historico-philosophico-anthropologico-linguistico-
ethnographicos-coco... " ouf, et j'en passe! Il est sorti de
l'hôpital depuis un
bon moment déjà, mais il revient quand
même nous visiter de temps en temps,
comme aujourd'hui."
"Quand je lui ai dit que vous étiez chez moi ces
jours- ci, il m'a dit qu'il tenait absolument à vous revoir.
J'espérais beaucoup que
vous accepteriez de rester à souper avec moi ce
soir, alors je me suis permis
de l'inviter. Ok? "
À ces mots, Paul et Claudine opinent de la
tête et à la vue
des sourires qui apparaissent sur leurs visages, Paule
sait qu'elle a bien fait.
" OK. ... Mais, je vous ai promis d'aller vous reconduire
à Saint-Bruno quand vous voudrez et j'entends bien
respecter mes
promesses: on peut repartir tout de suite si vous
voulez... "
- " Paule, nous savons très bien tous les trois
pourquoi
nous sommes là. Alors inutile de tourner autour du
pot. Si on est ici ma chère Paule, c'est d'abord pour que "
mon " homme puisse t'engrosser, non? ... Je
m'excuse, c'est un peu cru... Disons que si je t'ai
amené mon cher Paul, c'est ... pour que vous puissiez faire
l'amour et concevoir un petit demi-frère, ou une
demie-soeur pour ma petite Emmanuelle. Bien.Alors il est
évident que Paul
doit coucher ici ce soir! Soit.
" Par ailleurs, je sais que lors de votre première
tentative, Paul a vécu avec toi une relation
sexuelle extrèmement jouissante et agréable. Je m'en
souvient très bien... ça m'a permis de profiter
moi-aussi
de ta gende expérience et comme tu le sais bien,
j'adore apprendre... "
...
"Quant à moi, je tiens à assister au grand
événement. Alors, tout à l'heure quand je vous
ai dit que je ne voulais pas me retrouver
dans la pièce à côté pendant
que vous alliez me faire cocue une fois de plus,
j'étais parfaitement sérieuse! Compris! Je
maintiens tout ce que je disais à ce
moment là! Je tiens même mordicus à y
participer, compris! Y participer et
collaborer à écrire une des pages les plus
importantes de l'amour humain, de
l'érotisme et de la sexualité. Je tiens
absolument à participer à cette première
vraie relation sexuelle à trois de l'histoire
connue de l'humanité."
...
- " Ok. Alors, c'est parfait! Alors, d'ici là
qu'avez vous à nous proposer madame la comtesse? Le sire Glen
s'en vient vous voir ce soir?"
- " Oui, mais je lui ai dit que je le rappellerais avant
six
heures ce soir, si vous décidiez de repartir tout
de suite et que mon invitation
tombait à l'eau. Sinon, il devrait arriver un peu
plus tard. "
" Je ne savais pas si vous comptiez coucher ici encore
cette nuit ... une fille peut toujours changer
d'idée au dernier moment... puisque ce n'est pas le cas
d'après ce que tu viens de dire, Claudine: je vous
garde au moins jusqu'à demain, ce qui va me faire
le plus grand des plaisirs
cela va sans dire! Bon, maintenant que ce détail
est réglé, on peut commencer
à s'organiser pour souper. "
...
" ... OK. Je suis contente que vous restiez une nuit de
plus. Autrement, Glen ne serait venu que demain soir. Et
puis de toute façon,
doctoresse Claudine, vous ne pouvez pas m'abandonner et me
laisser
recevoir ici mon " ex- patient " toute seule: qui sait
où ça peut mener une
thérapeute des familiarités comme ça
avec un patient du sexe opposé... On
connaît des précédents... D'autant
plus que mon " patient " a déjà repris
beaucoup de poil de la bâte et qu'il n'est
peut-être plus très " patient " ... Allons Claudine, je
t'en prie: tu sais bien que les pauvres originaux mâles ne
peuvent
résister longtemps tout seuls aux charmes de la "
tombeuse incorrigible " ,
comme disait l'autre!"
- "D'accord Paule, on veut bien rester pour souper.
Après, on verra, côté
détails... ... J'ai hâte de revoir Glen. Il est
probablement la personne idéale pour nous aider à
réfléchir un peu à tout ce qui nous arrive
ces temps-ci. Tout ça est tellement
compliqué pour des petits québécois et
québécoises bien ordinaires et sans
histoires comme nous! Mais maintenant,
il serait peut-Être temps que vous commenciez
à penser à ce que vous allez
servir à vos convives tout à l'heure madame
la comtesse. Pas encore des
huîtres j'espère!"
- "Non, rassurez-vous! En revenant du travail tout
à
l'heure, je suis passée au marché Jean-Talon
et j'ai acheté tout ce qu'il faut
pour préparer une fondue chinoise avec de la viande
chevaline. Vous m'en
direz des nouvelles! Chef Paule s'occupe de tout! Vous ne
touchez à rien,
compris! Regardez plutôt dans ma discothèque
et mettez-nous de la musique,
s'il-vous-plaît. Merci."
Au son de la musique entraînante d'un disque de
salsa
colombienne, cadeau de Claudine à son amie au cours
de la première année après
leur rencontre, les préparatifs culinaires vont bon
train.
- "On sonne à la porte! Vous voulez bien être
assez
gentils pour aller répondre s'il-vous-plaît?"
Drapé dans une ample cape de toile mince , Glen
Shadwick entre et se jette sur Claudine et Paul, qui
viennent de lui ouvrir. Tel un
ours polaire il les serre tous les deux dans ses grands
bras. Les joyeuses
retrouvailles se déroulent dans une
exubérance de poignées de mains,
embrassades, accolades, - Allô! -s, - Comment
ça va? -s, - Que je suis content! -s
et rires sonores. C'est ainsi qu'ils se dirigent tous
trois vers la cuisine. Pendant la suite du repas, on se raconte
mutuellement les divers événements qui ont
meublé
les existences.
- " Fantastique! Extraordinaire les amis! Alek Tukatuk,
l'Inuit que je dois aller retrouver le mois prochain me
disait justement hier au
téléphone qu'il avait hâte que je
revienne " pour me serrer la main et qu'il
pourrait alors savoir si ma conception du monde avait
changé depuis la
dernière fois " . Je trouvais l'image très
belle, et j'étais sûr que ça n'était que
ça: une image. Peut-être pas, après
tout. Mais si toi tu peux vraiment lire dans
les pensées des gens en leur touchant Paul, tu n'as
pas dû apprendre
beaucoup de secrets quand on s'est serré la main
tout à l'heure. Je ne pensais
à rien d'autre qu'à la joie de nos
retrouvailles, vous autres aussi je crois."
" Et vous dites que la communication marche aussi
dans l'autre sens? J'ai toujours pensé que tu
n'étais pas tout à fait ordinaire,
Paul! Mais là... Pour me convaincre vraiment Paul,
il faudrait qu'on échange
sur des choses que nous ne connaissons pas tous les deux
d'avance. Là, ça
serait un test déjà presque scientifique! Tu
veux bien essayer tout de suite?
Allons, serrez-moi la pince, monsieur le grand sorcier
blanc!"
" Racontez-moi en détails, comment s'est
passée
votre vie à Saint-Bruno... disons avec vos deux
autistes, par exemple. Et
joignez-vous à nous, mesdames. Plus on est de
fous..."
Les quatre joyeux convives entremêlent leurs mains
au
centre de la table et un échange
effréné d'impressions, émotions, idées et
sentiments s'engagent entre eux. Glen écarquille
les yeux et tombe presque à la
renverse avec sa chaise.
- "Holà! Pas si vite! Vous parlez tous en
même temps!
J'y perds mon inuktituk!"
Puis les échanges se font plus ordonnés et
se poursuivent
tard dans la soirée sans qu'aucun mot ne soit
prononcé de vive voix.
- "Deux heures du matin. Il commence à se faire
tard! Il va falloir que je vous quitte. C'est entendu, je descends
vous retrouver à
Saint-Bruno demain après-midi. Vous m'avez si
bien... montré comment m'y
rendre, que je ne devrais pas avoir de problèmes
à trouver la place, si vos
souvenirs sont bons, évidemment... "
" Je suis très curieux de revoir cette chère
doctoresse
Landré dans son " habitat naturel " . Vos deux
petits Inuits ex-autistiques
aussi, bien sûr! Salut, et à demain!"
<> MULTIPLES ET HYBRIDES
Après le départ de Glen, Paule se charge de
nettoyer la
cuisine, pendant que ses invités vont
préparer la chambre à coucher et le grand lit
de Paule pour leur seconde nuit à trois. Puis,
Paule vient rejoindre ses amis,
amoureusement enlacés sous les couvertures de son
lit. Elle se déshabille
complètement, se glisse doucement entre les draps
et colle timidement son corps
encore transis contre ceux tout chauds qui s'y trouvent
déjà.
- "Oh que vous êtes froide madame la comtesse!
Allons venez-ici qu'on vous réchauffe! Venez
partager notre plaisir, il n'y a pas
de gêne à y avoir, au point oß en est
notre relation à trois. L'expérience de la
nuit dernière n'était pas trop
désagréable pour personne. Mais cette fois-là,
je vous en prie essayez d'y mettre un peu plus du vôtre,
comtesse! Après tout,
vous avez un corps vous aussi; servez vous-en pour vous...
je veux dire
"nous", faire jouir. Toutes les physios savent qu'un
malade est toujours son
propre meilleur thérapeute, non? Encore une fois,
il n'y a pas de gêne à y
avoir: Si vous savez bien vous faire jouir ça n'en
sera que plus jouissant pour
nous aussi... Un pour tous, tous pour un!"
- " Oui: " un pour touche, touches pour un... " "
- "Paule!..."
- " Sic, excusez-la... "
Perfectionnistes jusqu'au bout des ongles, Claudine, Paule
et leur étalon se succèdent tour à
tour dans la salle de bain pour des retouches à
leur maquillage, un lavage à fond des organes
génitaux, seins et anus susceptibles
d'être visités par les langues des deux
autres partenaires.
Les trois amis en profitent aussi pour se singulariser
l'un
l'autre en s'enduisant le corps ici et là, avec les
diverses crèmes à saveurs et
odeurs variées que Paule garde toujours
précieusement à côté de son assortiment
de condoms, crèmes spermicides et autres
accessoires anti-conceptionnels, en
fonction d'agrémenter ses folles nuits d'amour...
Jusqu'à ce jour, Paule s'en était surtout
servi pour enrichir
quelques unes de ses fréquentes sessions de plaisir
solitaire pour commencer et ou alors pour animer les quelques
séances de masturbation en groupe lors des
"ateliers" d'expression physiques et sexuels à
l'intention des femmes de son groupe
féministe. Ces ateliers dont plusieurs
étaient pilotés par Betty Dodson elle-même,
lui avait appris à vivre ses phantasmes et savourer
avec bonheur toutes les facettes
sensorielles du plaisir sexuel.
Ceci étant dit, la presque totalité des
autres expériences
sexuelles antérieures de Paule a quand même
toujours été de nature strictement
hétérosexuelle "à peu près
classique". Comme elle a toujours été très
craintive face
au risque de maladies vénériennes, encore
plus qu'à celui d'une grossesse-surprise
en fait, ses multiples fioles d'adjuvants érotiques
gustatifs et olfactifs sont encore
presque pleines.
" OK. On s'en sert. Mais pas n'importe comment: il y a des
intimités que je ne se partage pas, c'est comme ma brosse
à dents. Il
vaut mieux ne pas tenter le diable!" disait-elle toujours
à ses amants curieux d'y
recourir.
Cette fois par contre, chacun essaie de rivaliser
d'originalité
pour parsemer son propre corps des touches de saveurs et
d'odeurs les plus
susceptibles de surprendre et séduire les trois
partenaires lors de leurs ébats. Ils
ressemblent bientôt à trois mosaïques
multi-sensorielles surprenantes: un cocktail
de goûts les plus appétissants chez Claudine,
un affriolant bouquet de fleurs
capiteuses chez Paule et un pot-pourri surprenant
parsemés de fines touches de
musc, d'épices ou de fines herbes sur Paul. Ils le
font par petites touches subtiles,
posées stratégiquement, surtout autour de
leurs parties les plus intimes, pour
séduire les langues et les narines qui vont venir y
batifoler tout à l'heure...
Paule, qui a placé une de ses musiques
préférées dans le lecteur, son disque de salsa
colombienne, cadeau de Claudine, est maintenant
grimpée sur une chaise oß elle danse en
ondulant des hanches avec des attitudes
des plus lascives. Tout sourire et avec des yeux qu'elle
espère des plus pervers,
elle se fait très aguichante, suggestive et
même provoquante par des gestes
parfaitement explicites d'auto-érotisme de
façon à exciter au maximum ses
partenaires et ainsi les inciter à abréger
leurs préparation...
Ces préparatifs enfin terminés, ses deux
spectateurs
agrippent leur hôtesse par la taille et Paul la
soulève de terre d'une étreinte plutôt
gauche mais toute théâtrale pour la
déposer sur le grand lit d'amour. Ce faisant, il roule lui
aussi des hanches et caresse l'anus de sa captive avec le gland tout
chaud de son pénis turgescent. Il est
précédé par Claudine qui chantonne en
caracolant au rythme de la musique sud-américaine
jusque dans la chambre de Paule pour ensuite prendre part à
leur nuit d'amour à trois. Ils ont bien l'intention de
la vivre comme " la première vraie nuit d'amour
à trois de l'histoire de l'humanité " ...
Couchée sur le dos, les genoux pliés, Paule
serre les
coudes le long du corps et se blottit en soupirant entre
ses deux complices dont les
corps lui enserrent les flancs. Le bras droit de Claudine
entrelacé dans le bras
gauche de Paul sert d'oreiller pour la tête de
Paule. De sa main droite, celle-ci
masturbe le pénis de Paul comme il lui a
déjà appris à le faire si bien lors de leur
première rencontre au lit... Toute en finesse et en
dextérité, sa main gauche est
occupée à stimuler le clitoris de Claudine.
Celle-ci en est absolument enchantée et elle roucoule d'aise
puisque la main de Paule est vraiment experte dans l'art de
provoquer à coup sûr une jouissance intense
et des orgasmes clitoridiens
incomparables, même lorsqu'elle fonctionne en mode
de " pilote automatique " "...
Pendant ce temps, les jolis seins fermes, les fesses bien
galbées, l'anus
aujourd'hui aromatisé à l'anis , le cou
effilé, les oreilles délicates et la vulve avide de
Paule sont tour à tout visités, tâtés,
caressés, pétris et stimulés de très
agréables
façons par les deux mains libres de ses
partenaires.
En quelques minutes à peine, le niveau d'excitation
de Paul
est tel que les amants doivent changer de position en
vitesse. Prestement, il se
retourne pour venir se placer entre les cuisses de Paule.
Aussitôt, pendant qu'il lui
donne un long baiser profond, avec l'aide de quatre mains
fébriles qui le guident
vers l'ouverture, son pénis vient s'enfoncer entre
les lèvres dégoulinantes du vagin de son amante et y
décharge sans plus tarder un premier filet de
spermatozoïdes
agités.
Grâce à l'énergie inépuisable
de Claudine qui n'a
maintenant de cesse de se masturber sans aucune gêne
avec une qualité de
concentration incomparable dans les circonstances, les
trois partenaires sont
transportés d'un orgasme à l'autre presque
sans coup férir et ils halètent
profondément avec un synchonisme parfait pendant
que leurs corps sont agités par
des spasmes puissants et irrésistibles . Le
pénis sucé et manipulé adroitement par Paule
pour le stimuler, Paul étreint amoureusement ses deux amies et
savoure
quelques secondes furtives de paix post-coïtale,
avant de sentir monter en lui une
nouvelle érection. À mesure que son
pénis se dresse à nouveau, plus haut, plus
massif et plus ferme que jamais, la sensibilité de
Paul, son excitabilité et son plaisir
augmentent en proportion. Son plaisir est aussi ressenti
par ses deux amantes en
même temps, ce qui stimule d'autant leur propre
excitation et abaiise la tonalité de
leur respiration saccadée d'un ton au moins...
À chaque nouvel orgasme partagé de
l'intérieur, les trois
complices s'en trouvent inondés un peu plus encore
par la sueur et les nouvelles
sécrétions vaginales qui débordent
toujours plus abondamment des deux vulves
palpitantes; le tout mêlé avec le surplus de
sperme de la dernière éjaculation de
Paul et les restes de salive déposés ici et
là par les bouches gourmandes des trois
partenaires...
Peu de temps encore et Paul pénètre à
nouveau Paule
pour essayer de la faire profiter de la prochaine
décharge de son sperme. Cette fois
par contre, il devra s'évertuer à aller et
venir beaucoup plus longtemps dans le
vagin déjà dégoulinant de sperme et
de sécrétions vaginales avant d'éjaculer une
nouvelle fois.
Puisque chacun des partenaires ressent très
intimement
les délices de ce manège, aucun d'eux ne
trouve évidemment rien à redire à une
telle prolongation... Même qu'à la suggestion
mentale de Paule, Claudine, qui s'est
maintenant placée les jambes
écartées, à califourchon au dessus du visage de
son
amie, présente le bouquet de sa vulve et le
cocktail de son clitoris à portée de la
langue et de la bouche de sa copine. Elle se fait aussi
masser les seins par Paul
dont le torse est intimement collé dans son dos et
qui lui dévore le cou goulûment.
Tout en pelotant et en bécotant avec amour sa
chère Claudine, Paul continue inlassablement le va-et-vient de
son pénis dans le vagin de Paule. Après une longue
session de plaisirs partagés, lorsque l'éjaculation
arrive
enfin, ils s'effondrent tous les trois,
pêle-mêle sur le lit. D'un commun accord, ils
décident donc d'interrompre là leurs
ébats amoureux car, de deux heures à peine
après le début de leur partouze, ils sont
maintenant tous trois carrément épuisés
par tous ces exercices pourtant si agréables. Ils
ne tardent pas à s'endormir d'un
sommeil réparateur.
Pour quelques heures à peine; parce que, d'un
commun
accord, le premier des trois amants à se
réveiller après un somme, réveille ses
deux complices et c'est reparti!
bénéficiaire périphérique de leurs
orgasmes
communs, et douée d'une perception du temps
tellement plus jeune et rapide... que
les trois amants, c'est Emmanuelle qui assume en fait le
rôle de déclencheuse pour
la plupart des réveils et c'est la conscience de
Paule qui lui sert de relais.
Évidemment, au cours des heures qui suivent, les
sessions subséquentes de sexe et d'accouplement ne
comporteront pas plus d'une seule éjaculation, mais au petit
matin ils sont finalement vaincus par l'épuisement
profond de Paul qui les habite
tous trois.
La presque totalité de la nuit est donc
passée en une série
interminable de préliminaires couronnés par
une cascade d'orgasmes à la chaîne
tous plus agréables et enivrants les uns que les
autres. Une bonne partie de ce
temps est donc ponctuée par les halètements
profonds et les spasmes de plaisir
des trois partenaires en symbiose parfaite. Après
quelques pauses nécessaires et
quelques récidives toujours aussi hallucinantes
d'extase, les trois partenaires
tendrement entrelacés s'endorment finalement en
même temps d'un sommeil
profond, très réparateur et bien
mérité... qui se prolonge jusque tard dans
l'après-midi suivant.
C'est pourquoi, quand ils se réveillent en douceur,
un à un,
de leur dernier somme très apprécié
et où les avait finalement amenés Paul dont
l'épuisement profond les habitait alors tous trois,
les amants sont bien confiants
d'avoir vraiment fait de leur mieux pour protéger
une " nouvelle espèce en voie d'apparition " . Et ce, avec la
complicité totale de sa plus jeune représentante;
encore à naître et à dégager
l'essence de sa propre réalité, elle en est toute
amour,
empathie, curiosité et éblouissement...
<> INUIT
- "Bonjour doctoresse Landré. On m'a dit que votre
propriété abritait maintenant un campement
de petits réfugiés inuit. Comme
vous savez, je m'intéresse beaucoup au peuple Inuit
depuis longtemps. Il
parait que j'ai déjà été une
sorte de sommité en ethnographie boréale. Il faut
justement que je re-potasse mes notes sur leur culture;
ré-apprendre un peu
tout ce que j'ai déjà su... Les coutumes et
la langue! J'ai une très mauvaise
mémoire... mais ça n'est pas votre
problème; passons. Alors je me suis dit que
je pourrais peut-être venir rencontrer vos visiteurs
ici même."
- "Bonjour Glen. Je suis si contente que tu aies
accepté de venir! Ce qu'on t'a dit est vrai: oui,
mon royaume abrite bien un
campement de petits Inuits. Ils seront sûrement
ravis de te rencontrer. L'iglou
qu'ils ont construit cet hiver était parfait quand
il faisait froid, mais maintenant
il est complètement fondu. Le problème c'est
que Ismaëluk et Oliviuk ne se
souviennent plus très bien de la façon de se
construire un abri pour l'été...
Malheureusement, ni Ray, ni Jacqueline, ni moi ne sommes
compétents pour
les aider. Je pense que tu pourrais peut-être
rafraîchir un peu leur mémoire?
Ils m'ont dit "que dans l'Arctique, avoir un bon abri
c'est une question de vie
ou de mort!" Alors, si tu pouvais demeurer ici quelques
temps et nous éclairer
de tes lumières avant de repartir pour le
grand-Nord, tu sauverais la vie à
notre misérable communauté! Tu peux
t'installer dans la maison, tout le temps
que tu voudras."
- "À trois, jamais je ne croirai qu'on n'arrivera
pas à se
débrouiller... De toute façon, on ne
m'attend pas à Inugniitunut avant le mois
prochain. Et si j'y retourne sans me rafraîchir la
mémoire, mes amis là-bas se
demanderont pourquoi je refuse de comprendre ce qu'ils me
disent, puisque je suis "le seul blanc qui comprend toujours assez
bien l'Inuktituk!" Je ne
voudrais pas qu'ils interprètent mal. Il faut que
je sois à la hauteur de ma
réputation, que diable! C'est donc avec le plus
grand plaisir que j'accepte
votre invitation, doctoresse. J'ai avec moi de beaux
livres qui nous
expliqueront comment construire de bons abris pour
l'été. Ça me fera une
bonne répétition et Alek ne pourra pas rire
de moi le mois prochain quand j'irai
en expédition avec lui! Mais si je reste, il est
bien entendu que je devrai aussi
passer pas mal de temps à étudier mes
notes... Mon Inuktituk en aurait
sérieusement besoin! Mais le traumatisme
crânien qui m'avait mené en
réadaptation à l'Institut a
sérieusement diminué mes talents naturels pour ce
genre d'étude... Alors il va falloir que j'y
consacre pas mal d'heures et vos
chéris risquent de me trouver vite un peu plat..."
Tout le monde collabore ensuite pour transporter les
bagages des nouveaux arrivants de la voiture de Paule
jusque dans la maison.
Deux petites paires d'yeux inquisiteurs les espionnent de
l'orée du bois et ne
manquent rien de tous leurs mouvements. Ce soir-là,
toutes les conversations
tournent autour de la vie dans l'arctique et les
réalités inuit. Après le souper, Glen
sort de ses bagages quelques-uns des livres qu'il a
amenés. Puis, il s'installe
confortablement dans un fauteuil profond et est vite
flanqué des deux enfants, qui
examinent attentivement son livre par dessus son
épaule. Ils sont totalement
captivés par tout ce qu'ils voient et bientôt
ils sont assis tous les trois côte à côte et
parcourent ensemble un magnifique album de photos. Sous
chacune d'elles, Glen a déjà inscrit en alphabet
syllabique le nom inuktituk de chaque sujet représenté.
Complètement muets dans leur contemplation quasi-
béate, les enfants écoutent Glen prononcer les vocables
inuktituk qu'il avait inscrits
sous chaque image, plusieurs années plus tôt,
quand il apprenait la langue pour la
première fois. En même temps, il pointe avec
son index le sujet concerné et répète
plusieurs fois chaque mot pour en graver le souvenir dans
sa mémoire le plus
profondément possible. Quant à Claudine et
Paul, ils sont montés se coucher très
tôt. Ils sont bientôt imités par Paule,
que les émotions de la journée et de la nuit
précédente ont épuisée elle-
aussi.... Denise en profite alors pour coucher les deux
enfants. Peu de temps après, tout le monde dort
enfin du sommeil du juste.
- "Bonjour madame Denise. Il y a longtemps que vous
ne vous étiez permis de faire la grasse
matinée comme ça!"
- "Bonjour Jacqueline. Oui, je l'avoue: je me lève
tard
ce matin. Oh bien sûr je me suis
réveillée une première fois beaucoup plus
tôt
ce matin. Quand Olivier et Ismaël se sont
levés, j'ai bien failli sortir du lit moi
aussi. À ce moment-là, je les ai entendus
aller harasser Glen, qui s'est levé
tout de suite de très bonne grâce, m'a-t-il
semblé. J'ai compris qu'ils allaient
sortir et construire ensemble un abri d'été
inuit. Alors, j'ai préféré faire la
morte. De toute façon, j'avais bien besoin de
sommeil. Quand les autres se
sont levés par la suite, je me suis
contentée de me retourner un peu dans mon
lit! Au fait, où sont-ils tous allés?"
- "Monsieur Glen est toujours dehors avec les enfants.
Je pense qu'ils sont allés voir les restes de
l'igloo. Ray est parti faire des
courses à Montréal. Monsieur Paul et madame
Claudine sont partis prendre
une marche dans la montagne, je crois. En sortant, ils
m'ont dit qu'ils
rentreraient pour dîner. Et mademoiselle Paule est
montée au solarium. Je
m'en allais justement la rejoindre."
- "Bon, vas-y. Ne t'occupes pas de moi ce matin. Je
vais me démerder toute seule pour déjeuner.
Ce ne sera pas compliqué: juste
un petit café. Ensuite, j'irai probablement vous
rejoindre là-haut. À tout de
suite."
Jacqueline attrape un grand sac en toile et part rejoindre
Paule au solarium. Elle y trouve celle-ci confortablement
étendue sur une grande
chaise de plage. Paule s'est endormie sur le dos et
continue à prendre son bain de
soleil intégral, sans broncher, quand Jacqueline
pénètre sans bruit dans la pièce.
La jeune femme hésite un peu, puis se
dévêt complètement elle-aussi et prend
place dans la chaise longue située
immédiatement à gauche de celle de Paule.
Quand Denise entre à son tour dans le solarium,
Jacqueline rougit un peu et
remonte pudiquement sa grande serviette de plage pour se
couvrir.
- " Relaxe! Ne te déranges pas pour moi. De toutes
façons, je vais vous imiter tout de suite. Quelle
bonne idée: après tout, on est
entre nous, il n'y a pas de gêne à y avoir!
Tous les hommes de la maison sont
sortis et on a tout le reste de l'avant-midi à
nous. Profitons-en! Oh pardonnes-moi, Paule: je t'ai
réveillée. "
- " Bonjour doctoresse Landré. Excusez-moi, avec le
soleil magnifique qu'on avait ce matin, je n'ai pas pu
résister à l'attrait de votre
solarium privé. "
Pendant que Denise se déshabille à son tour
et s'installe
sur la chaise longue à la droite de Paule, celle-ci
la met au courant des derniers
événements qui se sont
déroulés à l'Institut de Réadaptation de
Montréal depuis le
départ de la doctoresse. Puis, leur conversation
dévie ensuite sur les problèmes et
les joies de la maternité.
Jacqueline souligne la transformation extraordinaire du
climat humain qui règne dans la maison, depuis
l'intervention de Paul et Claudine.
Le miracle de la renaissance d'Olivier. Denise
décrit la griserie de la relation qui se
développe entre elle et son fils. On parle de
l'intelligence d'Ismaël. On évoque les
qualités particulières que la communication
mère-fille semble prendre chez Claudine. Denise élabore
même sur son hypothèse de l'émergence d'une race
nouvelle d'êtres humains. De fil en aiguille, Paule
en vient à confier à ses
compagnes tout ce qui l'unit à Claudine et Paul.
Elle parle même de leurs récentes
expériences, mais sans trop entrer dans les
détails évidemment...
Pendant ce temps-là, ces derniers sont assis
côte à côte
au bord d'un petit promontoire dans la montagne;
celui-là même où Denise aime
tant se rendre quand elle a besoin de calme pour se
"ressourcer". Collés l'un contre
l'autre et la main dans la main, ils restent muets et
semblent complètement plongés
dans l'admiration du paysage magnifique qui s'offre
à leurs yeux. Quand finalement
ils descendent de leur point d'observation pour aller
dîner, ils rencontrent en chemin
Glen et les enfants qui s'en retournent également
vers la maison.
- "Ouf, quel avant-midi! Je ne remercierai jamais assez
Ismaël qui s'est acharné à
décoder patiemment les schémas maladroits que
j'avais griffonnés dans mes vieilles notes de
recherche. Il a compris assez
bien pour nous montrer par l'exemple comment s'y prendre.
On a fini par
construire, à la mode Inuit, un abri de printemps
qui me semble, ma foi, pas
trop mal..."
Quand ils arrivent à la maison, Jacqueline
s'affaire déjà à
préparer le repas, alors que Denise et Paule sont
lancées dans une discussion
animée à propos de l'avenir de
l'humanité.
- "Encore une demi-heure avant que ce soit prêt!"
Claudine va s'asseoir avec Ismaël et Paul avec
Olivier. Ils
feuillettent deux des livres illustrés de Glen. Ce
dernier remonte d'abord à sa
chambre, puis reviens se caler dans le fauteuil qui fait
face au divan de Claudine et
Ismaël. Ceux-ci sont plongés dans
l'Étude du manuel que l'ethnologue avait lui-même
montré aux enfants la veille. L'enfant rayonne de
fierté pendant qu'il récite à sa compagne, en
pointant du doigt ce qu'ils représentent, les "vrais noms
inuit"
des sujets représentés dans les nombreuses
illustrations du volume de Glen.
- "Iglu... tu vois, c'est une maison toute en neige;
inuk... ça c'est un homme; les autres, c'est des
animaux de chez nous: aputi...
siku... qingmeq... tuktuk... nanoq... ukpik..."
- "À table tout le monde! C'est prêt!"
Après avoir dîné en vitesse,
l'équipe des "Inuits" retourne
continuer ses activités de l'avant-midi. Denise et
ses autres invités restent assis
autour de la table et la maîtresse de maison a
relancée la discussion du matin à
propos de la nouvelle race d'êtres humains, qui est
en train de voir le jour selon elle.
Un peu gênés, Paul et Claudine racontent
à leur tour comment ils ont vécu leur
dernier séjour chez Paule.
-"Est-ce que je peux vous parler franchement? Même
de questions... très intimes? ... C'est très
important pour moi: il faut que je le dise. ... "
"Oui... Bon, très bien. Ce que j'ai à vous
dire me gêne
beaucoup, alors vous voudrez bien pardonner mes
hésitations..."
À ces mots, tous les regards se tournent vers
Claudine,
qui se racle un peu la gorge et regarde intensément
Paul quelques instants en lui
serrant la main nerveusement. Puis elle tourne les yeux
vers Paule et lui adresse un long monologue que personne n'osera
interrompre.
- "À dire vrai, si j'ai accepté " aussi
facilement " semble-t-il, (et c'était bien vrai!) que Paul te
fasse un enfant, ma chère Paule,
c'est parce que j'espérais qu'ainsi ma petite
Emmanuelle ne serait peut-être
pas toute seule pour grandir parmi les dinosaures que nous
sommes."
"Bien sûr, elle a un père qui lui ressemble
et qui pourra
l'aider à assumer sa différence, mais je
voulais lui donner la chance d'avoir un,
ou une, allié ou allié-e, à peu
près de son âge." ...
"J'ai également pensé un peu à moi.
Quand
Emmanuelle grandira et que je devrai inventer comment
être une bonne mère
avec elle, je me disais que si ton enfant était
doué des mêmes facultés
qu'Emmanuelle, on pourrait s'aider et se soutenir toi et
moi, Paule." ...
...
"Je comprends que pour n'importe qui de normal, le
fait pour une femme de jeter son homme dans le lit d'une
autre, surtout si elle
l'aime comme je l'aime, ça peut paraître
curieux. Mais dans mon cas, je n'ai
aucun mérite à ne pas être vraiment
jalouse et craintive: je connais Paul mieux
que moi-même."
"Bien sûr, la première fois, quand il est
allé seul chez
toi, j'admets que j'ai été un peu
inquiète. Je ne vais pas commencer à
énumérer tous les <<on dits>>
entendus à l'Institut ... Je suis sûre que tu sais
ce que je veux dire, Paule... ... Mais j'espérais
qu'en revenant, Paul accepterait
de tout me raconter <<en détails et en
"toucher-scope">>... ... Je n'ai pas été
déçue: il m'a fait revivre
intensément son expérience avec toi Paule. Merci. ...
Et bien aujourd'hui, je peux bien te le dire: ta
réputation de " virtuose de la chose " à l'institut
n'était vraiment pas surfaite... Tu fais TRÈS bien
l'amour
ma belle."
À ces mots, Paule rougit légèrement,
et se replace un peu
sur sa chaise. Mais pas un instant, elle ne
détourne les yeux du regard de Claudine.
- " Grâce à lui, j'ai vraiment su que tu
étais tout à fait
sincère quand tu m'a parlé avant de ton
désir d'avoir un enfant de lui, et rien
d'autre! Il m'a permis de ressentir tout ce que toi comme
lui aviez senti, pensé
et éprouvé dans ton lit. Tu savais que
ça pourrait arriver, n'est-ce pas? "
Pour toute réponse, Paule se contente d'opiner de
la tête et de faire un clin d'oeil entendu à son amie,
tout en arborant un grand sourire
radieux.
- " Vous allez peut-être penser que je suis bien
perverse... ça ne me fait rien, mais quand nous
sommes allés tous les trois
chez toi cette semaine, j'avoue que j'avais
déjà décidé, bien avant d'arriver
à
Montréal, de m'impliquer plus sérieusement
et participer moi-même
activement... "
" Peut-être que j'espérais ainsi faire partie
de la
première expérience d'amour vraiment
à trois de l'histoire... "
" Peut-être qu'après tout, ma
curiosité est vraiment
trop maladive. Non? "
... ...
Claudine hésite quelques instants, toute à
l'affût des
réactions de se auditeurs, et cherche un peu ses
mots avant de continuer. Elle a
maintenant fermé les yeux et ne s'aperçoit
pas que Jacqueline l'examine
furtivement ainsi que Paul et Paule.
- " Faire l'amour avec Paul, c'est déjà
très grisant, tu
l'avoueras, Paule: on partage alors avec lui toute sa
jouissance et lui vit la
nôtre tout aussi intensément! Son plaisir et
ses orgasmes sont toujours
également nôtres et vice-versa. "
...
" Mais à trois, c'est bien simple: ça ne se
décrit même
pas! Surtout le deuxième soir, lorsque tu
n'étais plus aussi gênée Paule.
J'avais compris la veille que tu faisais bien attention
pour ne pas me toucher
vraiment toi-même. Que tu essayais de te tenir bien
tranquille et passive
pendant que Paul et moi étions l'un à
l'autre. Tu étais gênée par la vieille Claudine.
Une pudeur bien compréhensible et qui t'honore. C'était
pareil pour
moi: je t'ai toujours bien aimée, comme copine,
mais les relations
homosexuelles et moi, ça m'est toujours apparu
comme ... inconciliables, tu
comprends? Et puis, ça me gênais de jouer
dans le même ensemble qu'une...
virtuose, c'est bien le mot qui me venait à
l'esprit. ...OK, OK, j'ai compris, tu
vas dire que je radote encore... Ça n'est pas un
secret entre nous: on
s'entendait penser l'une l'autre... "
...
" Pourtant, puisque nous étions continuellement en
contact tous les deux avec Paul, je suis sûre que tu
as pu éprouver pleinement
toute la saveur des préliminaires que lui et moi
vivions... Puis, quand il t'a
pénétrée, que vous avez eu vos
orgasmes, je les ai vraiment tous sentis aussi
comme parfaitement miens. "
...
" Oh ce fut très jouissant des le premier soir;
mais
finalement, le deuxième soir, quand tu as
commencé à te caresser toi-même,
une jambe toujours collée sur celle de Paul pendant
que lui et moi "
préliminions " , mon plaisir est devenu
indescriptible. Le vôtre aussi j'en suis
sûre." J'avais l'impression qu'il n'était pas
simplement triplé, mais qu'il était
plutôt porté au cube! "
...
" Surtout ne le prends pas mal Paule, mais c'est fou ce
tu as du talent: si je n'ai pas perdu connaissance cette
nuit là, c'est
qu'Emmanuelle ne m'aurait jamais laissée manquer un
tel bonheur, puisqu'elle
y goûtait bien un peu elle-aussi... "
...
" À ce moment là, je ne voulais penser qu'au
moment
présent, et je jouissait trop... mais depuis, je me
suis demandé comment les " nouveaux enfants " allaient assumer
de telles expériences d'orgasmes,
multiples et hybrides masculins-féminins en plus,
vécus avant même de venir
au monde! "
Claudine reste encore quelques instants les yeux
fermés,
sans bouger ni parler, puis elle ouvre tout grand les yeux
et se lève debout à côté
de sa chaise. Elle fait une courbette, comme pour saluer
et dit en regardant
successivement chacun dans les yeux:
- " Comme quoi l'humanité, même en mutation,
n'a pas
fini d'avoir des problèmes philosophiques et
éthiques! Merci encore pour
votre patience et votre attention. "
...
" Vous excuserez la verdeur de mes propos,
mesdames, mais la franchise est devenue comme une seconde
nature pour
moi! "
...
" Je me vois confrontée actuellement avec la
nécessité
de répondre à des questions qui se posent
à moi de façon toute crue. Dans ce
temps-là, j'ai toujours tendance à penser
tout haut! Tu en sais quelque chose,
hein mon Paul?"
" De toute façons, je sens que j'aurais bien besoin
de
conseils pour m'aider à y voir clair.... Je compte
donc sur vous pour me
donner vos opinions aussi franchement que possible! "
...
" Allons les amis, relâchons nos sphincters et
cessons
d'être constipés, de grâce! J'ai besoin
de vos lumières, que diable! "
Après cette envolée oratoire, Claudine
éclate de rire, fait
une nouvelle courbette en guise de salut, se rassied et
commence à manger sans
plus attendre. Aussitôt, les autres convives,
gênés, font de même et semblent
complètement absorbés par leurs assiettes,
mais tout au long du repas, qui se
déroule presqu'en entier en silence, Claudine
interroge du regard chacun des
convives, tour à tour. Ce qu'elle sent dans les
yeux de chacun la rassure un peu
quant à la façon donc sa diatribe a
été perçue...
<> SOUVENIRS
Pendant que les enfants sont montés à leurs
chambres
pour changer leurs vêtements rendus tout boueux par
leur travail de construction,
les adultes discutent autour de la table en attendant le
souper.
- " Alors Glen, que penses-tu de mes petits
réfugiés?
Je crois que tu n'as pas eu trop de difficultés
à les intéresser. "
- " Ça, tu peux le dire! Ils se sont
embarqués tellement
bien dans leur aventure Inuit, que ce midi Ismaël
s'est même laissé aller à
m'enseigner les noms inuits qu'il avait inventés
pour chacun des sujets des
illustrations de ton livre. Ça avait l'air
tellement vrai que j'y ai presque cru!
Évidemment, je ne pouvais pas le contredire et le
corriger puisque je ne sais
pas déchiffrer les caractères
étranges des vrais noms inuits que tu avais
inscrits dans ton livre! "
- " Vos protégés sont tout à fait
incroyables,
doctoresse Landré. Ils sont très
motivés et ils apprennent tellement vite! Et
toi, tu aurais eu tord d'essayer de contredire
Ismaël, Claudine, parce qu'il
n'inventait rien! Il te répétait très
exactement les vrais noms inuits qu'il m'avait
entendu lui dire hier soir. Quand je vous ai vu
plongés dans l'étude de mon
bouquin et que j'ai entendu Ismaël, j'ai
été absolument sidéré par la
facilité
avec laquelle il avait pu mémoriser tout ce que je
lui avais dit hier. Il se
rappelait de tout et je ne l'ai pas entendu faire une
seule erreur ni hésiter une
seule fois! Que j'aimerais pouvoir apprendre les langues
aussi facilement que
lui! "
" Même que, si j'osais... je vous inviterais,
doctoresse
Landré, vous et vos deux protégés
à venir passer quelques temps avec moi
chez mes amis à Inugniitunut. C'est Alek, mon
professeur de langue là-bas,
qui serait complètement abasourdi devant les
performances d'Ismaël en Inuktituk! Quand il m'enseignait, il
respectait mes efforts bien sûr, mais il me
disait souvent de ne pas me faire d'illusions: aucun blanc
ne pourrait jamais
parler la langue de son peuple parfaitement! Ça
devenait vexant à la fin... Mais
si Ismaël pouvait venir là-bas avec moi, je
pense bien qu'avec un vrai Inuit
comme professeur, il me permettrait assez vite d'obliger "
Monsieur Alek
Tukatuk le superbe " à avouer son erreur! "
- " Holà! Comme tu y vas Glen! Te rends-tu compte
de
ce que tu me demandes? Je ne peux évidemment pas
laisser Ismaël partir tout
seul. Et même si j'aimerais bien partir avec toi et
amener les enfants là-bas, je ne pense pas que mon patron, le
docteur Gignac, accepterais de me voir
laisser encore l'Institut! Cette foi-ci par exemple, une
chance que ma
thérapeute Claudine s'est montrée
intraitable là-dessus! Parce que si j'avais
écouté Fred, jamais je n'aurais pu rester
ici à me consacrer entièrement à mon
fils! Alors tu imagines ce qu'il dirait si je lui
demandais un congé pour "
permettre à mes protégés d'apprendre
l'Inuktituk " , langue courante et utile
entre toutes. À eux qui, il y quelques mois
à peine refusaient ostinément de
prononcer un traitre mot de français!"
...
" Bon, par simple curiosité, je veux bien essayer
de lui
demander demain... Mais il est certain que s'il ne veut
pas, je n'oserais jamais l'affronter à ce propos: j'ai trop
besoin de mon poste à l'Institut pour ça, tu
comprends! Autrement, j'aurais l'impression de fuir mes
responsabilités... "
- " Comme ce serait merveilleux! Si tu veux Denise, Paule
et moi on pourrait aller voir le docteur Gignac avec toi demain. Qui
sait?
Peut-être que trois femmes décidées
pourront arriver à convaincre le
redoutable " Grand Manitou " de l'Institut... "
_ " Bon, tope-là, les filles! On essaye!
Après tout, le
pire qui peut arriver, c'est... rien du tout! Mais de
votre côté, Claudine, est-ce
que Paul et toi nous suivriez là-bas, chez les
Inuits, le cas échéant? J'aimerais
beaucoup ça, évidemment... Mais si vous
décidez de rester, ce que je
comprendrais aisément dans les circonstances, je
vous prête ma maison tout
le temps que vous voudrez. "
- " Merci Denise. Non, je ne crois pas que nous irions
avec vous. Nous pensons que tu n'as plus vraiment besoin
de nous avec les
enfants. Aussi, nous allons probablement laisser
Saint-Bruno de toutes
façons d'ici quelques jours, parce que Paul meurt
d'envie de m'amener voir
son " Vaisseau Spécial " en Haute-Gatineau. J'ai
bien hâte de le visiter moi- même: je n'y suis jamais
allé pour vrai, mais Paul et moi avons quand même
quelques bons souvenirs communs qui s'y rattachent... "
<> TOUR DU PROPRIÉTAIRE
- " Si on prend le petit sentier qui est là-bas, on
pourra
descendre jusqu'au bord de la rivière. Viens,
Claudine! Allons-y tout de suite!
Je suis curieux de voir si le niveau de l'eau est
très haut ce printemps. Suis-moi! Je t'amènes pour un "
tour du propriétaire " . "
Paul guide Claudine jusqu'à un quai
aménagé sur la rive
derrière sa petite maison. Ce dernier est encore
complètement submergé, à cause
de la montée des eaux, qui s'est produite à
la fonte des neiges. Debouts sur la
berge, ils regardent ensemble la rivière, ses rives
et la végétation qui revient à la vie.
Paul a passé un bras autour de la taille de sa
compagne et lui montre du regard les
divers points d'intérêt qui s'offrent
à leur yeux. Claudine a posé sa main sur celle de
son compagnon. Ils communiquent donc en silence, ce qui
leur évite d'effaroucher
les petits animaux qui peuplent les abords. Un
écureuil roux fait bruyamment sa
cour à une femelle haut perchée et un rat
musqué très affairé plonge et replonge
près de l'autre rive sans se soucier de la
présence des spectateurs silencieux et
immobiles, pendant que de nombreux oiseaux piaillent
à qui mieux mieux dans les
fourrés.
Après de longues minutes de contemplation muette,
Paul
entraîne Claudine vers la maison. Il s'agit d'une
minuscule construction en bois à
deux étages en forme d'icosaèdre. À
côté de celle-ci, une construction sommaire
abrite les outils de Paul, son matériel de
jardinage, ses divers matériaux de
construction non encore utilisés, une pile de bois
de chauffage, un antique poêle à
bois et la "cuisine d'été". Devant la
maison, une clôture délimite le terrain où il
cultive habituellement quelques légumes pour sa
consommation personnelle. De
l'autre côté du champs qui est
derrière le jardin potager de Paul, s'élève la
maison
de Jean, encore déserte à ce temps-ci de
l'année. Ils entrent dans la maison de
Paul et se déshabillent complètement.
Après avoir déposés leurs vêtements sur
une chaise, ils ressortent avec une couverture et vont
l'étendre sur l'herbe jeune en
face de la maison. Leur chair nue frissonnant un peu dans
l'air encore frisquet, ils
s'installent bien collés, côte à
côte sur la couverture déployée et ils ferment
les yeux
pour se faire dorer la couenne au chaud soleil du
printemps.
Construite à environ un demi-kilomètre de la
route, dont
elle est isolée par une lisière de
forêt touffue, la maison de Paul est située
complètement à l'écart du petit
chemin public; ce qui lui assure une tranquillité
parfaite. Claudine est couchée sur le dos, les
jambes ouvertes légèrement pliées et flatte
doucement les rondeurs de son ventre protubérant.
- " Avant de partir de Saint-Bruno, j'ai
téléphoné à la
Corpo. On m'a dit que Jean devrait arriver ici dans le
courant de la semaine.
J'ai bien hâte d'entendre ce qu'il a de neuf
à nous raconter. Ça fait une éternité
que je n'ai pas reçu de ses nouvelles. Je me
demande où en est son projet de
film sur le milieu hospitalier! J'espère qu'il n'a
pas l'impression que je l'ai
laissé tomber! "
- " Ne t'occupes pas de ça, Paul. Je suis
sûre qu'il
comprendra aisément qu'avec ton enfant qui s'en
vient, tu as de bonnes
raisons de t'occuper d'autre chose! Tes enfants, en
fait... Même si Jean ne le sait pas encore. "
- " Il le saura peut-être bientôt: je lui ai
laissé un
message pour qu'il communique avec Paule avant de monter
ici. Avant qu'on
la quitte à Saint-Bruno, elle m'avait dit qu'elle
aimerait bien venir ici ce
printemps pour t'aider pendant les derniers jours de ta
grossesse et t'assister
après la naissance d'Emmanuelle. Elle pensait
essayer d'amener avec elle une
amie sage-femme. Elle disait que comme ça, tu
pourrais accoucher à la
maison. Qu'est-ce que tu en penses? "
- " Si ça se pouvait, j'en serais tout à
fait ravie. C'est
d'ailleurs moi qui lui ai demandé si elle voulait
bien contacter son amie
Isabelle et lui en parler. Je suis bien contente qu'elle
s'en soit occupé, parce
que notre conversation s'est passée de façon
tellement impromptue, que je
l'avais complètement oubliée moi-même!
"
" Isabelle est une sage-femme très sensible et
compétente, même si elle n'est
évidemment pas reconnue par le collège des
médecins... "
" J'aimerais beaucoup mieux pouvoir me tenir loin du
milieu hospitalier pour accoucher. Avec tout ce que je
sais de l'esprit plutôt
tordu des médecins aujourd'hui, je
préfère ne pas les mêler à "
l'événement historique " qui s'en vient. Seule la
doctoresse Landré aurait pu comprendre...
mais elle est encore chez les Inuits. "
" Emmanuelle n'est pas un foetus ordinaire et sa naissance
risque de ne pas être tout à fait " ordinaire "
non-plus. Et pour ce qui est de la réaction des
médecins au " pas-ordinaire " , j'ai des doutes... Par contre,
je sais que pour Isabelle, le plus important lors
d'un accouchement, c'est d'aider la femme à
être sereine et bien à l'écoute de
son corps. Et puis, elle te fera participer aussi et tu
pourras me soutenir dans
mon travail. Emmanuelle, c'est ensemble, avec toi, que je
veux qu'elle vienne
au monde. Je sais que ta présence à mes
côtés me sera beaucoup plus utile
que celle d'un mécanicien diplômé de
l'accouchement. Il serait probablement
plus intéressé par ce que ses chers
moniteurs lui diraient que par mes
remarques ou les tiennes. "
" Isabelle fait toujours l'impossible pour favoriser la
communication entre le père, la mère et leur
enfant naissant. Et ça, dans le
cas d'Emmanuelle et nous, c'est absolument capital! "
Paul s'est retourné sur le flanc et il pose un
tendre baiser
sur les lèvres de sa compagne. C'est maintenant lui
qui caresse doucement le
ventre de Claudine. Celle-ci a fermé les yeux et
affiche un sourire béat tandis qu'ils
sont plongés dans un agréable échange
global à trois.
<> UN VAISSEAU SPÉCIAL
- " Le " shack " de Paul, c'est la petite construction
bizarroïde que vous voyez là-bas, de l'autre
côté du champs. Elle a été
construite par un vieux garçon solitaire, alors
elle est absolument minuscule!
Si vous voulez coucher chez nous ce soir, vous êtes
les bienvenues: on a de
la place pour recevoir des invités, nous! "
Jean stationne la voiture devant chez lui et tout le monde
descend. Lui et sa femme prennent quelques bagages et
entrent dans leur maison,
tandis que Paule et Isabelle se dirigent vers celle de
Paul, accompagnées de la
petite Marie-Elfe, qui gambade devant elles. Isabelle est
plus grande que sa
compagne de quelques centimètres. Elle porte ses
long cheveux noirs nattés sur le dos, à l'Indienne,
tandis que la chevelure blonde de Paule est coupée très
courte
et lui donne un petit air garçonne.
Légèrement plus âgée que sa compagne,
Isabelle présente un visage plus osseux et plus
sérieux, en dépit de son large
sourire. Quant à Marie-Elfe, avec ses cheveux
tellement blonds qu'ils en paraissent
presque blancs et ses vêtements aux couleurs
très vives, elle fait parfaitement
honneur à son deuxième prénom.
Les deux visiteuses marchent d'un pas tranquille et elles
arrivent à la maison de Paul quelques instants
après l'enfant, qui a déjà eu le temps
d'entrer en coup de vent et qui est repartie en courant
vers la rivière, à la recherche
de Paul et Claudine. Quand ces derniers sortent enfin du
bois, précédés de Marie-Elfe, Paule et Isabelle
sont arrêtées devant la petite résidence et sont
encore
plongées dans l'examen de l'étrange
construction.
- " Bonjour Claudine! Bonjour Paul! J'adore ton " shack
" mon vieux, il a un style plutôt spécial. Il
est assez petit que ça ne doit pas
être long d'y faire le ménage... Une chance
que Jean nous a invitées à coucher
chez lui ce soir, parce que tu ne dois pas avoir beaucoup
de chambres d'amis,
dans ton petit... " Vaisseau Spécial " ! "
- " Ha, des chambres... non. Mais il est très
fonctionnel,
mon petit "Vaisseau Spécial", comme tu dis... c'est
une sorte de petit voilier
pour navigateur solitaire. Mais attention! Même
solitaires, les navigateurs
savent recevoir! Je peux toujours rescaper une ou deux
naufragées au besoin:
entrez, vous allez voir! En bas, j'ai une magnifique "
cuisine-salle-à-manger-
salon-salle-de-séjour-bibliothèque " à aire
ouverte, qui peut se transformer
facilement en " -chambre-d'ami-e-s " . Une "
naufragée " peut coucher là sur
mon gros " coffre-au-trésors-lit-d'ami-e-s " . Je
peux toujours étendre aussi un
petit matelas de mousse, à côté, pour
une deuxième. Mais si j'ai bien compris,
le flibustier Jean, qui navigue dans la grosse
goélette en face voudrait bien
m'en kidnapper une, sinon deux? Il va falloir parlementer
sérieusement! "
- " Oui! Oui! " Répond prestement Marie-Elfe, qui
agrippe Paule par la manche. " On veut garder au moins une
naufragée pour nous, bon!
"
- " Hum, je vois que ce coquin de Jean a envoyé une
partie redoutable de son équipage pour me voler mes
invitées! Bon. Dans ce
cas, je m'incline devant le nombre. Que Dieu te
protège, Paule! Viens ici, que je t'embrasse une
dernière fois... "
" Blague à part, de toutes façons, c'est
parfait: j'avoue
que je comptais bien sur lui pour te recueillir ce soir
dans sa grande goélette.
Mais je garde l'autre naufragée ici, c'est compris,
petite pirate d'amour! OK là?
OK. Ouf, la guerre est évitée!"
" Comment s'est passé le voyage? La mer n'a pas
été
trop mauvaise? La moussaillonne Elfe ne vous a pas
joué trop de mauvais
tours? Avez-vous mangé? J'ai pêché du
poisson frais ce matin et je vous
invite toutes et tous à souper! Mais trêve de
bavardages; venez, on va aller
avertir le capitaine Jean et son maître
d'équipage Christiane. En même temps,
on pourra en profiter pour récupérer vos
affaires, dame Isabelle. J'ai déjà à
mon bord, une noble passagère qui a bien besoin
d'une dame de compagnie
telle que vous."
<> COMME CHEZ VOUS
- " Faites comme chez vous. Tirez-vous chacune, et
chacun, une bûche et venez vous asseoir dans ma
cuisine d'été. Je mets le
poisson à rôtir tout de suite. Les crosses de
violons seront prêtes dans un
instant. Vous m'en direz des nouvelles de mon petit souper
de célibataire! "
Christiane, Paule et Isabelle s'assoient sur les
bûches que
Paul a préalablement placées autour de la
petite table de sa " cuisine d'été " ,
abritée par l'espèce de toit situé
à côté de sa petite habitation principale.
Pendant ce temps-là, Jean installe Marie-Elfe sur la grosse
bûche basse qu'il a rapprochée
pour elle. Puis, il s'assied lui-même à
côté et commence à déboucher la bouteille
de vin blanc qu'il a apportée.
- " Alors comme ça, Claudine, tu vas bientôt
donner
une descendance à notre cher Paul. Paule nous a dit
que la petite " boucanière
" était déjà baptisée.
Emmanuelle, parait-il. Je ne sais pas comment tu as fait
pour amener notre vieux garçon "national" à
se laisser aller... lui qui s'est
toujours vanté de ne jamais " contribuer
personnellement à la surpopulation
du globe " ! Ha! le charme fou de la thérapeute,
ça doit être magique! "
- " Oui Jean. C'est vrai, je devrais accoucher
bientôt.
Avec le ventre que j'ai, il est très facile de s'en
rendre compte... non? Oh, mais
je n'ai pas de mérite, en ce qui concerne le
changement d'attitude de votre " vieux garçon national " .
J'ai triché un peu: je l'ai persuadé qu'Emmanuelle va
changer la face de l'humanité à venir. "
- " Mais le pire, Jean, c'est que Claudine a raison. La
naissance de leur petite Emmanuelle va vraiment marquer le
début d'une ère
nouvelle. Je suis tout à fait persuadée que
nous allons être témoins d'un
événement absolument capital pour l'avenir
de l'humanité!
"Et ça ne fait que commencer! Je suis bien
placée pour
le savoir... "
Et la conversation continue ainsi, sur un ton
mi-sérieux mi- blagueur, pendant que Paul et Claudine
terminent la préparation et le service du
repas. En aparté, Marie-Elfe s'est lancée
pour Paule dans la description détaillée de toutes les
merveilles que l'on peut trouver sur " sa terre " . Christiane parle
très
peu; mais elle intervient quelques fois pour
pondérer les affirmations de sa fille,
sans plus. Dès que le repas est servi, Isabelle est
plongée dans la dégustation de
ces mets "sauvages", tout à fait nouveaux pour elle
et ne se mêle pratiquement pas
aux diverses conversations en cours.
- " Alors mon vieux, où en es-tu avec ton
scénario "
médical " ? Ça va bien? J'espère que
tu ne m'en veux pas si je ne t'ai pas aidé
plus?"
- " Ah, ne m'en parles pas, s'il-te-plaît! Quand
vous êtes
partis pour votre ermitage de la rive-sud, je me suis
trouvé tout à coup
désemparé: je n'avais plus ni conseillers ni
lecteurs critiques sous la main!
Alors j'ai pour ainsi dire laissé tomber. Ça
n'est que pour un temps, peut-être...
mais j'ai tout de même abandonné mon
histoire. J'en suis venu à me dire que le documentaire
présentait probablement plus d'intérêt dans le
fond... Avec ce que Paule m'a raconté la semaine
dernière au sujet de tes " dernières aventures " ,
Paul, je pense que je n'aurai pas trop de difficultés à
trouver un
sujet intéressant. Pour un hybride
documentaire/fiction tout au moins. Je n'ai
pas compris grand chose à ce qu'elle essayait de me
dire... mais ça m'a paru...
tellement ahurissant! À l'entendre, la
réalité peut parfois dépasser la fiction
parait-il! Un documentaire, teinté de...
science-fiction: moyen défi! Ça devrait
commencer par un accouchement naturel, celui de Claudine
en l'occurrence. J'ai eu comme l'impression que quelqu'un
était en train de me monter un
canular monstre. Mais je me suis dit qu'après tout
l'histoire avait l'air très
bonne et que Paule allait faire une très bonne
actrice là-dedans! Je ne te mens
pas, elle m'a presque convaincu de la
véracité de son conte de fée pour
adulte! Ça m'a paru être un histoire
intéressante, mais d'après Paule, il te reste
encore à convaincre quelques acteurs... importants,
ou plutôt " importantes " . Est-ce que j'ai bien compris? Qu'en
penses-tu Claudine? "
- " Je ne sais pas comment ma sage-femme Isabelle voit
ça, mais
personnellement je n'ai pas d'objections à ce que
tu immortalises sur pellicule
la venue au monde d'Emmanuelle. Au contraire. Je suis
certaine que Paul non
plus. Si Isabelle n'a pas d'objections, je pensais
accoucher ici, sur " la terre " , alors je crois que ça ferait
très joli pour ton film. Ça pourrait peut-être se
passer dans ta grande maison, Jean, on y serait moins
serrés. Surtout si tu
veux assister et filmer l'accouchement. "
- " Ça serait sûrement très bien!
Marie-Elfe n'a pas
terminé son année scolaire, alors il
faudrait que je laisse Christiane retourner
à Montréal seule avec elle et que je reste
ici pour ne pas manquer
l'accouchement. C'est pour très bientôt,
d'après ce que je vois. Mais avant de
m'embarquer dans ton projet, Paul, il faudrait que tu m'en
parles un peu plus.
Je ne sais pas comment tu pensais arriver à faire
passer l'élément "
fantastique " de ton histoire! Pas pendant l'accouchement
j'espère: je ne me
vois pas disant: " un instant s'il-vous-plaît,
mademoiselle bébé, ne bougeons
plus, il faudrait retoucher votre maquillage " . Ça
n'est pas sérieux! Bien sûr, à entendre parler
Paule, on croirait que tu es presqu'arrivé à convaincre
tes
amies de la " vérité " de ton histoire
rocambolesque, mais en réalité, il faudrait
que tu t'entendes aussi avec "le gars des vues", si tu
veux qu'il te rende tout
ça plausible! Si tu veux mon avis: ça prend
tout de même un peu de mise en
scène et de trucages, " la science-fiction " ou "
le fantastique " , enfin...
appelles-ça comme tu voudras: à ce niveau
là, c'est aussi compliqué! J'admire
l'originalité de ton histoire, et je suis
prêt à marcher avec toi pour lui faire
prendre corps, mais il va falloir que tu m'expliques
mieux: les aventures de "
mutants " , je n'y connais pas grand chose...
Évidemment, si c'est toi qui te
charges des élucubrations du scénario, alors
j'ai confiance! Je veux bien
essayer de m'y intéresser: ça nous
rappellera " le bon vieux temps " !"
- " Parfait Jean. J'avoue que je n'avais pas vraiment
pensé graver tout ça sur film avant. Mais je
pense que Paule a eu une bonne
idée de t'en parler. Après tout, tu es
sûrement le " gars des vues " , comme tu
dis, en qui j'ai le plus confiance... OK, puisque tu veux
t'embarquer avec nous
dans l'aventure, viens ici qu'on se serre la main pour
sceller notre entente! Je
vais tout te raconter. Promis! Et pas plus tard que tout
de suite, tu vas TOUT
comprendre, crois-moi! "
Jean prend la main tendue de Paul en riant.
Aussitôt, il se sent envahi par une averse d'images,
d'impressions, de sons et de souvenirs
vivants, qui se déversent pêle-mêle de
la mémoire de Paul. "Hein!?" Fait Jean, qui
écarquille les yeux et dont l'expression
enjouée change tout d'un coup, pour devenir
complètement abasourdie. Il redresse la tête,
place son autre main sur son poignet
et commence à balbutier des mots inintelligibles.
- " Et c'est reparti, une fois de plus! Tout à
l'heure,
Isabelle ce sera ton tour. Quand tu seras toute seule avec
nos deux héros, je
suis certaine qu'ils se feront un plaisir de t'initier toi
aussi, tu ne perds rien
pour attendre! Pour toi, la belle Claudine va
sûrement accepter de se mouiller
aussi. Après tout, en ce qui te concerne, c'est
surtout elle qui est importante!
En attendant, laissons ici nos deux conspirateurs et
faites-nous visiter votre
terre, madame Christiane; Marie-Elfe m'en a tellement
vanté les charmes! "
<> POUSSES!
- " S'il-te-plaît Paule, pourrais-tu nous rapporter
le
chaudron d'eau qu'on a mis à chauffer tout à
l'heure sur le poêle du gazebo?
Merci. "
" Alors Claudine, comment ça-va? Et Emmanuelle?
Est-ce qu'elle a hâte de sortir? Tes eaux ont crevé,
alors c'est aujourd'hui le
grand jour! Tu vas voir: tout va très bien se
passer. Tu es en pleine forme. Les
muscles de ton ventre et de tes cuisses sont bien fermes.
On est là, avec toi.
Tu es bien confortable? Ton dos est bien soutenu? Oui.
Parfait... Détends-toi...
"
...
" Tu restes toujours bien en contact avec elles, hein
Paul? En tâtant ton bas-ventre, Claudine, j'ai
l'impression qu'Emmanuelle n'est
pas encore positionnée correctement pour sortir.
Alors n'essaies pas encore
de forcer tout de suite, sinon elle va se présenter
par le siège. "
" Ne t'en fais quand même pas pour ça, ma
belle. Paul
et moi on va lui faire comprendre qu'elle devrait se
retourner. Je vais l'aider
aussi par des petites pressions bien placées sur
ton abdomen. Ensemble,
essayons tous les trois de nous imaginer et de nous
visualiser en position
foetale en train de nous retourner dans l'eau.
J'espère qu'Emmanuelle va
capter l'image et comprendre le message. "
...
" D'après l'impression qu'elle nous renvoie, je
sens
qu'elle a bien compris. Elle gigote déjà
pour changer de position. Tout va bien:
je sens que mon cordon, ou plutôt son cordon...
n'est pas entortillé autour du
cou. "
...
" Respires calmement Claudine. Toi aussi Paul. Aides
ta belle à prendre un bon rythme. Essayez de bien
vous détendre en attendant
la prochaine contraction. Tes lèvres ne sont pas
encore suffisamment
ouvertes pour commencer à pousser tout de suite,
Claudine. "
...
" Merveilleux, Emmanuelle a réussi à se
retourner.
C'est quand même extraordinaire de pouvoir
communiquer aussi bien avec
l'enfant qui va naître! Depuis près de quinze
ans que je suis sage-femme, je
n'aurais jamais pensé vivre une expérience
comme ça un jour! J'éprouve
vraiment toute la hâte, la curiosité et un
peu l'inquiétude de celle qui va enfin
venir au monde sous peu... Et ça n'est pas rien! Ne
t'en fais pas, ma belle
Emmanuelle, on est avec toi. On t'attends. Tout va
très bien. Maman ne force
pas encore pour te faire sortir. Mais ça va venir.
Ne t'inquiètes pas, sa
dilatation n'est pas encore suffisante. "
...
" Continuez à respirer bien
régulièrement les amis. La
prochaine contraction est pour très
bientôt... Cette fois tu peux commencer à pousser un peu
Claudine, la dilatation est presque parfaite. L'ouverture est
rendue assez grande... Bon, c'est beau; vas-y. Ahan! Ahan!
Ok, maintenant,
on se détend. On respire à nouveau
calmement... comme ça... c'est beau.
Éponge un peu le front de Claudine, Paul. Merci,
ça fait du bien. Relaxez... "
...
" La prochaine contraction approche. Ok. Ahan! Ahan!
Pousses bien fort ma belle Claudine. Emmanuelle s'est
très bien placée, tu ne lui fais pas mal du tout.
Pousses Claudine! Pousses Emmanuelle! Bon... Ça va
très bien. Maintenant détendez-vous,
respirez calmement... Bien... À la
prochaine contraction, je devrais commencer à voir
un peu le haut de ta tête,
Emmanuelle. "
...
" Bon. On sort encore un petit peu plus, Emmanuelle...
C'est ça, Claudine. C'est ça... Pousses!
Pousses! Encore. C'est ça... Bon. Ok,
maintenant, relaxes un petit instant... "
...
" Ok, on remet ça Claudine. Pousses! Pousses! Toi
aussi Emmanuelle, vas-y. Forces fort pour aider maman.
Ahan! Ahan! C'est
beau les amies, on se relaxe.... on se relaxe...
Régulier, la respiration, régulier.
Bien. Les contractions vont commencer à se
rapprocher de plus en plus. "
...
" Ok? ahan! Ahan! C'est reparti! On force... Vas-y
Claudine... Toi aussi Emmanuelle... Encore.. Encore... Bon, c'est
beau... Ok,
maintenant on relaxe. Ok... On respire bien... "
...
" Prêtes? Allez-y, quand vous voudrez! Je t'attends
Emmanuelle... Ma tante Isabelle est prête à
te recevoir... Bon. Un dernier
sprint. Ok? .... on pousse! On pousse... ça s'en
vient... Encore... Encore un
peu... Bravo-o-o... Ça y est...! Oh, elle est
mignonne comme tout... Bonjour
Emmanuelle! Bienvenue dans notre monde! Paul prends les
ciseaux et coupe
nous le petit cordon... Ok, là... Merci. Petits
noeuds... Tiens, voilà... Claudine...
Prends-la sur ton sein... Allez, Emmanuelle, donnes un
petit vagissement à
Maman... Oh, quelle belle voix! Merci! Faites
connaissance. C'est ça...
Maintenant, déten-en-en-dez-vous, toutes les
deux... Vous l'avez bien mérité! "
...
" Oui Emmanuelle, c'est bien lui ton papa Paul. Tu peux
le regarder. Ne sois pas gênée... Je sais que
vous vous connaissez déjà assez
bien, même si c'est la première fois que vous
vous voyez pour vrai... de vos
propres yeux... Est-ce que les yeux de maman te l'avaient
déjà bien montré,
Emmanuelle... C'est assez ressemblant? Allez Paul,
prends-la dans tes bras;
soutiens-lui bien la tête... Ok, comme ça...
c'est bon. Comme elle te dévore des
yeux! Qu'est-ce que tu es en train de lui raconter
là? "
...
" Il y a un plat d'eau chaude tiédie à point
ici;
approches et je vais t'aider à la laver comme il
faut, pendant que Paule va
s'occuper de maman Claudine. "
<> " MÉDECINE " IDÉALE
- " Décidément, elle n'habite pas dans un
taudis, la
fameuse doctoresse Landré!"
- " Oui, c'est vrai: joli petit shack! Impressionnant
comme propriété! Mais, ne t'en fais pas pour
ça, Isabelle, ça lui est venu par
héritage. En fait, elle-même est beaucoup
plus simple et accessible que sa
demeure! De toute façon, elle a un respect
absolument total pour Claudine,
Paul et Paule. D'ailleurs, quand Claudine devait
accoucher, c'est d'abord à
Denise qu'elle avait pensé faire appel pour
l'aider. Mais, malheureusement
pour elle et heureusement pour toi peut-être, la
doctoresse Landré n'est pas
revenue de chez les Inuits en temps... "
" Alors si Paule t'a dit qu'elle s'était entendu
elle-même
avec Denise pour que tu viennes ici et que tu t'occupes de
diriger
l'accouchement, je crois que tu peux avoir confiance:
ça n'est certainement
pas une mise en scène de la corporation des
médecins destinée à te piéger!
La doctoresse Landré, même si elle ne m'a
jamais rencontré vraiment, je la
connais tout de même un peu, par ouï-dire
mettons... De toutes façons, nous
sommes rendus, descendons et tu verras bien! "
Jean stationne sa voiture en face de la maison; il descend
et se dirige vers le porche d'entrée,
accompagné par Isabelle. Ils vont frapper à la
porte quand celle-ci s'ouvre devant eux et c'est Paule qui
leur saute dans les bras.
- " Bonjour les amis! Ah enfin vous voilà! Je vous
attendais avec impatience. Entrez! "
" Jean et Isabelle, je vous présente la doctoresse
Denise Landré, votre hôte, de même que
Jacqueline et Ray, ses gens de
confiance. Dès qu'ils reviendront de leur
expédition de chasse, vous pourrez
aussi faire la connaissance d'Ismaël et Olivier, nos
petits Inuits de service!
Vous prendrez bien un petit café, je viens tout
juste d'en faire! Venez, on a tant
de chose à se raconter! "
Paule entraîne vivement les nouveaux arrivants vers
la
salle à manger en les tenant tous les deux par la
taille. Denise s'assied en face
d'eux pendant que Ray et Jacqueline s'occupent de servir
du café à tout le monde.
" S'il-vous-plaît, Isabelle, racontez-moi un peu
comment s'est déroulé la naissance
d'Emmanuelle, parce que le récit que Paule a pu m'en faire
était... comment dire, très sommaire... Le peu qu'elle
a pu me raconter a simplement réussi à piquer ma
curiosité. Je connais bien Claudine et Paul, pour ce qu'ils
ont, de spécial... disons. Alors j'aimerais
beaucoup que vous me racontiez vous-même comment
s'est déroulé
l'accouchement "historique". D'autant plus que,
d'après ce que Paule m'a
raconté, l'embryon qu'elle porte elle-même
serait lui- aussi doué de facultés à peu
près identiques à celles d'Emmanuelle... "
" Paule voudrait que vous l'accouchiez. Parfait. Je vous
offre avec plaisir ma maison et mon humble collaboration
pour ce faire. Je
compte sur vous pour prendre le contrôle le moment
opportun; Paule a une
parfaite confiance en vos compétences. Je l'ai
moi-même examinée ce matin
et elle m'a paru en pleine forme physique. Je sais bien
qu'ici, dans le sud, les sages-femmes ne sont pas reconnues, mais je
reviens tout juste d'un séjour
dans le grand-nord, chez les Inuits, et j'ai pu rencontrer
là-bas plusieurs sages-femmes qui font
régulièrement des accouchements. Très bien et en
toute légalité... Comme quoi, le primitif
aux traditions inhibantes n'est pas
toujours celui qu'on pense... Tout est relatif. "
" Je suis moi-même médecin
diplômée et reconnue,
alors je peux bien prendre la responsabilité
officielle de l'accouchement, au
cas ou il adviendrait un problème
nécessitant une entrée d'urgence à
l'hôpital.
De toutes façons, j'ai bon espoir que tout va bien
se passer. Après tout,
l'accouchement c'est un phénomène tout ce
qu'il y a de naturel: les femmes
ont su accoucher bien avant que les hommes pensent
à inventer la médecine!
"
" En ce qui me concerne, les accouchements, j'en
connais en fait si peu de chose: il y a longtemps que je
suis sortie de l'école
de médecine et j'ai rarement eu l'occasion d'en
vivre pour vrai. À part celui de
mon Olivier, bien sûr! Mais ça, c'est une
autre histoire... je pourrai vous la
raconter un de ces jours. Au des derniers mois par contre,
j'ai eu plus d'une
fois l'occasion d'assister des sages-femmes inuits en
action, alors si vous
voulez de moi comme assistante, j'en serait ravie. Plus
tard, si vous voulez,
quand tout sera fini, je suis bien prête à
témoigner ouvertement, et à qui vous
voudrez, que c'est bien par vous, sous ma surveillance si
vous voulez, que tout aura été fait. Et " bien fait " ,
je n'en doute pas! "
" Excellent! Excellent! Tu vois Isabelle que j'avais
raison, Denise, (je peux vous appeler Denise?) est
vraiment " une médecine " idéale! Alors mesdames et
monsieur, en grande première mondiale, si vous
voulez, je peux vous montrer les images vidéo que
j'ai tournées lors de
l'accouchement de Claudine! Un peu de mon "
cinéma-vérité " , ça devrait vous
permettre de partager quelques connaissances de base
concernant le
phénomène " mutants " . Où est-ce
qu'on peut s'installer pour ça? "
À la demande de Denise, Ray guide Jean jusqu'au
petit
vivoir où sont situés le magnétoscope
et la télévision de la maison. Tandis que Jean
prépare son vidéo, les autres viennent
prendre place sur le tapis devant le téléviseur
et dans le fauteuil moelleux qui lui fait face. Jacqueline
est allée chercher un grand
plat de croustilles et chacun se prépare pour la
"grande première".
<> TOUTE SEULE
- " Bonjour Paule! Comment ça va ce matin, Madame
La Grande Cachottière? Alors, comme ça
Madame a des contractions en
pleine nuit, à l'improviste, Madame va n'importe
où, et Madame accouche
dans le premier hôpital venu, en cachette, sans
prévenir, ni les amis, ni même
le papa... Franchement, c'était quoi l'idée?
Dire qu'on était descendu tous les
trois de notre petit paradis du nord, qu'on est
resté en ville depuis déjà une
semaine, pour pouvoir être là et t'assister
pendant l'accouchement. On t'avait
pourtant bien avertie d'avance qu'on comptait être
là pour ton accouchement!
Mais voilà, pendant toute la semaine, madame Paule
s'est déguisée en courant
d'air! On va chez elle: personne. On lui
téléphone: on n'entends jamais sa voix
que sur le répondeur. On laisse des messages:
jamais de rappel. "
" Je commençais à être inquiète
alors j'ai appelé à
l'Institut, puis chez Denise, pour savoir où tu
étais. La docte Denise Landré était encore
partie chez les Inuits, puisque tu avais fini par lui dire que "
finalement, tu ne pensais plus avoir besoin de ses
services pour ton accouchement " parait-il, mais Jacqueline m'a tout
de même dit qu'elle avait
parlé à Madame Paule au
téléphone le matin même, que d'après ce
que
Madame Paule lui avait dit, "tout allait très bien
pour Madame Paule... Que
Madame Paule devait rappeler dès qu'il y aurait du
nouveau." Ça m'a un peu
rassurée, bien sûr, mais... "
" Et pourquoi se donner tout ce mal? Pour rien?! Je
sais bien que dans le fond, chaque femme voit
l'accouchement à sa façon,
mais enfin... "
" Quand tu m'as finalement appelée ce matin. Que tu
as commencé à me raconter que tu avais accouché
cette nuit... Ici... Toute
seule. Avec le premier médecin
généraliste venu... L'interne de service, quoi!
Médecin que tu n'as d'ailleurs rencontré pour la
première fois que pour ton
accouchement lui-même... Mais, " qu'en fait, tout
c'était vraiment passé
exactement comme tu l'avais toujours souhaité " !
J'étais persuadée que tu me
faisais une farce! Même quand tu m'as passé
l'infirmière de garde et qu'elle
s'est mise à me parler du " gentil docteur...
A'isss " ; pour qui " accoucher Madame cette nuit avait
été un petit accouchement tout simple! Sans aucune
complication.>> Qu'il lui avait même dit que tu avais
fait ça, " toute seule,
comme une grande! " D'ailleurs le bon docteur " A'isss "
était déjà reparti. Lui
qui était toujours " d'une telle délicatesse
" , s'il vous plaît! " Il l'a accouchée
pratiquement sans lui toucher " encore! " Madame a
vraiment tout fait toute seule! Comme une vraie Haïtienne... "
Ha, tiens donc, vous m'en direz tant!
J'ai encore pensé pendant de nombreuses minutes que
tu avais drôlement
bien manigancé ta blague! Mais assez
râlé: l'important c'est que tu sois bien
et ton enfant aussi. S'il-te-plaît, racontes-nous
tout, maintenant qu'on est là! "
- " Baptiste. Le docteur Baptiste, c'est un haïtien.
Comme l'infirmière de garde à ce moment là
d'ailleurs. Et c'est vrai qu'il est
très gentil! Tu vas l'adorer. Et l'accouchement
s'est effectivement très bien
passé. J'ai pu avoir un accouchement parfaitement
naturel. J'étais toute seule
avec le docteur Baptiste, comme je lui avais
demandé en arrivant. Merci
encore, docteur Baptiste! Tout s'est passé
exactement comme je l'avais
souhaité. "
" Je n'ai pas averti personne, parce que... parce que pour
moi, l'accouchement c'est personnel! Ça se vit toute seule,
bon! Moi et
mon enfant, c'est tout! Et avec juste un brave
médecin à portée pour couper le cordon et faire
des noeuds (et puis, on ne sait jamais). Comme tu vois,
même quand j'essaie de m'assumer, j'ai toujours
tendance à me sentir un peu insécure... Je ne suis pas
aussi forte que toi, moi! Je ne suis pas toujours
aussi sûre de moi, moi! Je voulais avoir un
sympathique médecin à portée,
mais il fallait qu'il se borne à assister. Faire ce
que je lui dit. Qu'il s'occupe du
cordon mais qu'il me laisse accoucher, sans donner
continuellement des
ordres comme s'il se prenait pour un fier capitaine
à la tête de son armée! "
" Avec personne d'autre autour pour me
déconcentrer,
me dévisager pendant que je peine comme une
bête! Accoucher, c'est pas un
show! N'en déplaise à tous les
cinéastes du monde, Jean y compris! "
" Je ne voulais voir personne autour! Surtout pas vous
autres, toi et Paul! J'avais besoin de le mettre au monde
toute seule, cet
enfant-là! D'abord, quand je l'ai fait, il y a neuf
mois, je savais ce que je faisais
et je voulais l'avoir! Je voulais qu'il soit MON enfant,
pas celui d'un " chum " , pas celui de la bonne sage femme, pas celui
de ma chère bonne amie la "
Grande Claudine " , pas celui de son père non plus,
même s'il est... un mutant
lui aussi. Surtout, s'il est mutant lui aussi en fait! Mon
petit René (il s'appelle
René et c'est bien un "il") et moi, après
ces neuf mois à vivre ensemble, l'un
dans l'autre (toi, tu sais bien ce que je veux dire,
n'est-ce pas Claudine?), je
me suis sentie... comment dire? très...
possessive... Je ne trouve pas d'autre
mot. "
" Je crois que dans le fond, même si je n'en
étais pas
vraiment consciente, j'ai toujours été un
peu jalouse de cette relation
privilégiée qui existe entre Paul et toi...
et avec Emmanuelle aussi maintenant,
je l'ai bien vu. Vous ne m'en voulez pas trop,
j'espère? "
" Mais maintenant, je suis on-ne-peut-plus contente
que vous soyez venus! Donnez-moi la main, tous les deux,
que l'on puisse se
communiquer vraiment toute la joie de ces retrouvailles!
Vous allez me
raconter vos premiers mois de vie à trois. De mon
côté, je vais vous montrer
une avant-première de mon cher ange. Je peux vous
aussi parler de ma propre " vie à deux " avec René dans
mon ventre. Et pour finir, si tu veux, dans ma
tête, je pourrai aussi te " présenter " le
bon docteur " A'isss " comme tu dis.
La garde doit m'amener René d'un moment à
l'autre pour que je lui donne le
sein. Elle est venu le chercher tout à l'heure pour
le laver. Vous verrez comme
il est adorable. Tout le portrait de sa mère, quoi!
Ah, et il est... doué... du même
don que son père bien sûr... Quand il s'en
va, c'est... c'est exactement comme
si on m'enlevait une partie de moi-même, c'est bien
simple! "
" Mais de toutes façons le voici en chair et en os:
c'est
l'heure du lunch pour monsieur René! "
" Merci garde. Parfait, je le tiens bien. Je ne devrais
pas avoir trop de difficulté à le nourrir:
d'après ce que j'ai vu ce matin, il a déjà
un très bon appétit. Je vais le nourrir tout
de suite et je vais le garder pour
l'endormir après. Dans le jour j'aime mieux la
garder avec moi. Bien. Merci, à
tout à l'heure. Pendant sa tétée,
Claudine racontes-moi un peu comment ça va
pour vous avec Emmanuelle. À quoi puis-je
m'attendre avec mon propre petit
mutant d'amour? "
- " Une enfant comme Emmanuelle, c'est un parfait
délice! On la touche et on sait illico tout ce
qu'elle ressent, Éprouve ou pense.
D'un autre côté, on peut lui suggérer
facilement toutes sortes d'images et de
sensations, d'impressions et de sentiments. La
communication avec elle est si intense... Bien sûr, on
n'échange pas encore vraiment ensemble de conversations
intérieures avec des idées-mots; pas beaucoup plus que
quand
je la portais, même si l'éventail des mots
qu'elles comprend et retient
s'agrandit avec une rapidité impressionnante. Elle
apprends à toute allure et
moi-aussi... à mon rythme de tortue... Elle m'a
amenée à vivre une façon toute
simple d'aborder univers, somme toute encore non-verbale,
absolument
fascinante. Elle a un regard tout à fait clair...
comment dire... perçant,
"décapant" même sur les gens, les choses et
les situations! Et quelle
sensibilité auditive j'ai avec elle!. Par elle,
j'entend les paroles comme une
sorte de musique... C'est bien simple: en fait tous mes
sens en prennent un
sérieux coup de jeunesse quand on se touche! C'est
absolument grisant! Même que c'est parfois assez
déroutant... Si on conjugue ensemble nos
quatre oreilles, ça donne une perspective sonore...
inouïe, c'est bien le mot!
En connectant ses deux lobes, notre vieux cerveau a
intégré les trois
dimensions de l'espace; qu'est-ce qui va sortir de la
connexion de deux, trois
ou X mutants humains ensemble? Est-ce que le produit sera
toujours
simplement égal à la somme des parties? Rien
n'est moins sûr... Comme dirait
la docte Denise: nos pauvres cerveaux de dinosaures vont
avoir de sérieux
apprentissages à faire, côté
intégration des sensations! "
" Avec un bébé mutant, on est constamment
confronté
avec l'inimaginable! Et le pire c'est qu'apprivoiser
l'inconnu, c'est toujours tout
naturel pour lui! Une surprise n'attend pas l'autre.
Autant pour moi que pour
Emmanuelle. Pour toutes sortes de raisons d'ailleurs. Par
exemple, je me
rappellerai toujours de la première fois où
Emmanuelle m'a transmis
l'impression très nette que je venais de " faire
pipi dans ma couche " . Sans y
penser, elle m'avait transmis la sensation parfaite du
liquide chaud qui
l'inondait! "
" Mais rassures-toi: aujourd'hui, la vie avec elle est
déjà beaucoup plus facile. Ainsi, elle n'a
maintenant que quatre mois à peine
et il est déjà très, très rare
que nous ayons à changer sa couche, pendant le
jour. Je n'ai qu'à lui toucher la peau n'importe
où pour savoir si elle a envie. Il
me suffit alors de l'asseoir sur son petit pot! Au
début, pour lui communiquer
ce que j'attendais d'elle, je l'ai amené avec moi
à la salle de bain et quand elle
m'a sentie faire pipi dans la toilette, elle a
aussitôt fait de même dans son petit
pot. Aujourd'hui elle n'est donc pratiquement plus
incontinente, dans le jour
tout au moins.... Pour parler comme à l'Institut,
on dirait que je lui ai appliqué
un traitement de " bio-feedback effectif " ... mais pour
mutants seulement! "
" Actuellement, comme je la nourris au sein, nous
sommes encore en contact tactile prolongé
très souvent. Je ressens alors
comme parfaitement mien tout le plaisir que je lui donne,
ça en devient
presque gênant parfois, parce qu'à cet
âge-là, la tétée, c'est un
véritable
orgasme! "
" À part de ça, je me suis aperçu que
je sers
maintenant de pont pour permettre la communication entre
elle et quelqu'un
d'autre. Tout comme quand elle étais dans mon
ventre! Souvent, j'ai même
l'impression que maintenant je peux "communiquer" un peu
par le toucher moi-même avec d'autres personnes que Paul ou
Emmanuelle sans l'aide de
mes deux mutants! C'est peut-être à cause du
fait que je lui donne encore le
sein. Je ne sais pas. Cet été en tout cas,
ça fonctionnait assez bien avec Jean,
Christiane et Elfe, à chaque fois qu'on a
essayé, quand ils venaient passer
quelques jours à leur maison sur " la terre " .
J'espère que je ne vais pas
perdre mon nouveau don après. C'est une perspective
qui me fait peur... Par
égoïsme pur et par peur, je vais donc
probablement la nourrir au sein encore
plusieurs mois! Après, on verra... "
" Depuis qu'on est à Montréal, on habite
chez Jean. Tu devrais voir la relation privilégiée qui
s'est établie entre Emmanuelle et la
petite Elfe! Quand elles se sont touchées pour la
première fois, Elfe a d'abord
sursauté. La communication directement avec
Emmanuelle est tellement plus
nette que quand je lui servais de canal! C'est comme
rencontrer quelqu'un en
personne plutôt qu'au téléphone! Elle
a prestement retiré sa main, puis elle l'a
rapprochée timidement. Elle est restée
ébahie plusieurs secondes; les yeux
grands comme... comme des soucoupes, c'est bien simple!
Mais il fallait voir
l'expression rigolote qui lui est venue, quand Emmanuelle
a commencé à jouer
avec ses petits pieds en glougloutant! Maintenant elles
sont devenues
inséparables! Relation privilégiée
donc, entre Emmanuelle et toute la famille
Major en fait: Elfe, Christiane et même Jean ont
été littéralement séduits! "
" C'est toi Paul, qui me disait que l'évolution de
ses
rapports avec les autres te rappelait les premiers mois
après ton réveil à
l'Institut. tu me disais que, la première vague de
surprise passée, avec la
curiosité il se développait
spontanément une sorte de confiance très
spéciale.
Une " empathie infinie " , comme disait Glen, ton chaman.
"
" Bla, bla, bla. O.K. Paul! Tu as raison.
Décidément, je
suis vraiment incorrigible! Ah, il y a de ces jours, comme
ça, où je comprends
pourquoi vous me traitiez de bavarde à l'institut!
"
Claudine et Paul, qui se tiennent par la main, comme
toujours, se penchent sur le lit de Paule et lui donnent
à tour de rôle un long baiser
de retrouvailles. Puis ils s'assoient tous deux sur le
rebord de son lit et ils prennent
ensemble la main que leur tend Paule.
<> EN ROUTE
- " Décidément Paul, elle est vraiment au
bout du
monde, votre Terre! À chaque fois que je fais le
parcours, il me semble que
c'est un peu plus long! ... C'est encore loin? "
- " On devrait arriver dans... disons, à peu
près une
heure trente. Mais on va s'arrêter d'ici cinq
minutes pour manger. À
l'Annonciation, il y a un merveilleux petit restaurant,
qui sert de très bons
repas, pas trop chers et de l'excellent café. Jean
s'arrête toujours là, lorsqu'il
fait la route et je vais l'imiter. Je comprends
qu'Emmanuelle a bien besoin
qu'on la mette sur son petit pot au plus tôt, sinon
elle va finir par faire dans sa
couche et je sais qu'elle trouve ça très
désagréable et humiliant. Retiens-toi
encore un tout petit peu ma grande, ce ne sera pas long,
papa a bien besoin
de faire une petite halte lui-aussi. Je vais te faire
goûter tout ce que je vais
manger de bon, c'est promis! ! Tu vas voir comme c'est
agréable de bien
bouffer! Et, je suis sûr que ta gourmande de maman
va te communiquer avec
joie tout le plaisir qu'elle va avoir à s'empiffrer
elle aussi! Même que son lait va en être meilleur que
jamais! "
" Je suis crevé. Il faut dire que je n'ai pas
conduit
d'auto très souvent pendant tout le parcours
à partir de Montréal. Je faisais
habituellement le trajet en autobus, ou sur le pouce, ou
alors je montais avec
un autre associé de la Terre avec qui je partageais
généralement la conduite.
Comme célibataire, habitant une grande ville, j'ai
toujours préféré utiliser le
métro ou un taxi à Montréal et ne pas
m'embarrasser d'une auto, avec toutes
les complications que cela suppose en hiver... Je ne
voulais pas contribuer à
la pollution de la ville non plus. Donc, pour monter sur
la terre, la plupart du
temps je dormais dans l'autobus jusqu'à
Grand-Remous et quelqu'un venait
habituellement me chercher là, ou alors je faisais
le reste sur le pouce. "
" Mais depuis que je suis devenu... une famille,
demeurant à la campagne en plus, il est bien
évident qu'il nous fallait une
voiture! Elle n'est pas ce que je pourrais appeler " un
bolide " , mais pour le
moment je crois qu'elle fera l'affaire. Quand j'ai
serré la main du vendeur hier,
tu sais que je l'ai sondé, de l'intérieur.
Il n'a pas trop sursauté. Il a comme
pensé qu'il parlait tout seul dans sa tête ou
qu'il faisait simplement une espèce
de rêve éveillé. Il a donc
marché tout naturellement. En même temps, je lui ai
dit qu'il me fallait absolument une " bonne voiture " pas
trop chère, pour faire " l'achat du siècle " , il a
immédiatement visualisé celle-ci. Aussi, quand nous
sommes sortis dans son stationnement et qu'il m'a
montré ce petit " chameau
" , tout blanc, propre mais l'air de rien, en même
temps que trois autres
véhicules usagés, plus luxueux mais plus
dispendieux évidemment, je l'ai
reconnu tout de suite. La transaction conclue, quand je
lui ai serré la main de
nouveau avant de partir, j'ai su qu'il pensait vraiment
que je venais de faire une
affaire en or. "
" Bon, "Le Versant Nord, Fine Cuisine", nous y
voilà. "
Paul stationne la voiture devant le restaurant, puis il
prend
le petit pot d'Emmanuelle et le sac de couches propres sur
la banquette arrière
pendant que Claudine sort de l'auto en tenant la petite
dans ses bras.
" Hum... comme ça sent bon! Je vais aller tout de
suite à la toilette pour changer la couche d'Emmanuelle, avant
que ses écluses ne
craquent, la pauvre chérie! Commandes à
dîner pour moi pendant ce temps-là,
je suis affamée. Je me fie sur toi: tu connais mes
goûts aussi bien que si
c'étaient les tiens... Alors pour moi ce sera
quelque chose de rapide mais
copieux, avec une bonne soupe chaude pour commencer. Et
pour boire, pas
de café mais un grand verre de lait,
s'il-te-plaît! Merci, à tout de suite. "
<> UN GRAND, GRAND GARS
- " Bonjour Miche. "
- " Bonjour Paul. Comment ça va aujourd'hui? Le
voyage à Montréal s'est bien passé?
Alors, vous avez assez fêté en ville? "
- " Oh non. On a été bien sages. En fait on
a passé la
semaine avec une bonne amie qui vient d'accoucher. Alors
ni elle ni Claudine
ne pouvaient faire trop d'excès: tu sais ce que
c'est quand on allaite, alors je
leur ai donné le bon exemple. Pourquoi tu ris
Claudine? Oh j'ai bien bu
quelques petits verres de vin de temps en temps. Mais
c'était mon soporifique
à moi pour réussir à me rendormir la
nuit. Bref, une semaine avec beaucoup
de catinage et de changements de couches, quoi! Avec deux
jeunes enfants
qui se réveillent régulièrement pour
la tétée pendant la nuit, on a eut une
semaine de sommeil difficile. En plus, depuis que je suis
déménagé ici, j'ai
perdu l'habitude du bruit de la ville et ça me
prenait toujours une éternité pour
me rendormir! Mais ça ne fait rien, Je vais me
rattraper cette semaine! Ah oui
Miche, as-tu vu passer d'autre monde de la Terre cette
semaine? "
- " Juste le grand, grand gars de votre " gang " . Je ne
me souviens plus de son nom... Il est arrivé pas
longtemps après votre départ,
la semaine dernière. Il est passé encore ce
matin. Il m'a dit qu'il comptait
rester dans le coin encore un petit bout de temps. Du
moins c'est ce qu'il m'a
dit. "
- " Parfait, on va aller le voir demain. Merci et à
bientôt.
"
- " À bientôt et bonne année. "
Âgée d'environ 55 ans, Miche, de son vrai nom
Micheline,
est maintenant propriétaire du "dépanneur"
du village. Paul et les autres gens de la Terre vont souvent
s'approvisionner chez elle. Elle opère ce commerce depuis
quelques mois déjà. Avant d'en faire
l'acquisition, elle était institutrice pour les
enfants du village. L'hiver dernier, elle s'est
remariée. Or, le printemps suivant, son
mari, qui est biologiste de formation, a vu son contrat se
terminer sans être
renouvelé. Récession oblige. Micheline et
lui ont alors pensé acheter le dépanneur,
à vendre depuis deux ans déjà. De
cette façon, ils se trouveraient à lui créer un
emploi fiable même si toutes les compagnies et les
ministères s'entêtent à ne plus
engager personne.
Cette année, Micheline s'est pris un an de
congé
sabbatique. Elle peut donc aider son mari pour
redémarrer le commerce.
Heureusement, Micheline a toujours été une
excellente institutrice et tous ses
élèves l'adoraient. Heureusement, parce que
le dépanneur du village marchait alors
très peu et il avait fallu la popularité
exceptionnelle de Miche auprès des jeunes et
de tous ses anciens élèves pour relancer le
commerce. En effet, le coeur de Marie-Paul, l'ancienne
propriétaire, avait cessé d'y être quand elle
avait appris que son
mari souffrait de cancer généralisé.
Elle avait négligé son commerce et les ventes
avaient périclité.
Après avoir fait quelques achats, Paul et "ses
femmes",
comme aurait dit Jean, repartent pour son "Vaisseau
Spécial".
- " Dis-moi Paul, qui c'est " le grand, grand gars " de la
Terre? Est-ce que je le connais? "
- " Jacques. Jacques Dubé. Ça doit
être Jacques: avec
ses 6 pieds et 6 pouces, c'est sûrement lui le "
grand, grand gars " de la Terre.
Non, je ne penses pas que tu le connaisses: tu ne l'as
jamais rencontré et je
ne crois pas que l'occasion se soit
présentée pour que je t'en touche un mot...
La roulotte verte qu'on voit du bord du chemin du rang sur
la Terre, c'est à lui.
Ça fait juste quelques années qu'il est
devenu actionnaire de la Terre et depuis
ce temps-là, il est presque toujours parti! Un vrai
coup de vent! Maintenant,
par exemple, il revient tout juste d'un contrat de
coopérant en Afrique et déjà,
je suis certain qu'il va nous parler de repartir encore!
Mais il est très gentil, tu
verras. On pourrais aller chez lui pour l'inviter à
passer le jour de l'an avec
nous, comme ça vous pourriez faire connaissance. En
attendant, donnes-moi
la main, je vais te le présenter à ma
façon... Je revois son sourire narquois et
j'entends son rire sonore assez clairement dans ma
tête pour que tu puisses
le reconnaître dès que tu le rencontreras
pour vrai. "
<> JACQUES LE TÉMÉRAIRE
- " Qu'est-ce que je te disais, Claudine: il vient tout
juste d'arriver d'Afrique; on a à peine le temps de
l'inviter à prendre un petit
souper d'amitié, que déjà il parle le
plus sérieusement du monde de repartir au bout du monde! Un
vrai courant d'air. Et instable l'air, en plus! "
- " Allons Paul, cesses de râler!
Je suis ici pour au moins une ou deux semaines encore.
Après, dépendament
du résultat d'un téléphone, je
retourne à Montréal ou je reste ici quelque temps
encore pour profiter un peu de mon "home". Si je vais
à Montréal, ce sera: soit
pour y rester un an et étudier pour enfin
décrocher un diplôme; soit pour faire
mes derniers préparatifs et repartir comme
coopérant une fois de plus. Au lieu
de dire des anneries, finis de mamger ton falafel , si tu
veux que tonton
Jacques te serve un bon petit café! "
L'interlocuteur de Paul, un homme d'une quarantaine
d'années à la voix très grave mais
chaude, s'approche de la petite table oblongue
où sont attablés Claudine et son compagnon.
Grand de plus de deux mètres, il doit
marcher le dos légèrement vouté dans
cette section de la vieille cantine de chantier
qui lui sert de résidence sur la terre. En effet,
Jacques a acheté d'occasion cette
vieille roulotte deux ans auparavant, juste avant de
partir en Affrique et il n'a donc
pas eu l'occasion de la réaménager
convenablement en fonction de sa propre
taille, nettement supérieure à celles des
anciens propriétaires qui avaient encombré
une partie du pLacoët avec des compartiments divers
pour gagner de l'espace. Malgré le ton qu'il essaie de rendre
bourru, on voit bien à son sourire enjoué qu'il
est dans le fond "un grand tendre". Il s'assied à
côté d'eux après avoir rempli leur
trois tasses d'un café fumant qu'il vient de
prendre sur un petit poële au gaz trônant
sur un comptoir minuscule coincé entre
l'évier et le petit réfrigérateur. À le
voir
manilpuler du bout des doigts ses petites tasses espresso,
on pourrait facilement le prendre pour un adulte égaré
dans une maison de poupée.
- " OK, ça va, je n'insiste pas. Mais avant de
repartir, au moins racontes-nous un peu comment ça se passe
tes contrats de
coopérants. Qu'est-ce que tu faisais exactement en
Afrique à ton dernier
voyage? "
- " Je m'occupais principalement de l'aspect graphique
et visuel de diverses campagnes d'information nationales.
J'étais en fonction
en Ethiopie dans la province du Tigré. Je
n'étais pas le seul responsable, en
fait je travaillais toujours en collaboration avec Amadou,
un Africain que
j'avais la responsabilité d'entraîner et de
former. Au début, il me regardait plutôt aller, sans
rien faire, ni même poser de questions. Il n'osait pas je
crois. Peut-être que sa foi musulmane lui avait trop bien
appris à garder son rang...
Ou peut-être que mes 6 pieds et sept
l'impressionnaient... Je ne sais pas. De
toutes façons, je n'ai pas vraiment compris
pourquoi et Amadou ne m'en a
jamais parlé, alors je fabule simplement! Mais
heureusement j'ai quand même
réussi à le dégêner un peu,
assez vite. Une fois qu'il a commencé à se laisser
aller, les choses ont évolué assez vite. "
" Quand j'ai vu qu'il voulait bien prendre sa place et
commencer à dessiner lui-même pour
répondre aux commandes, j'ai décidé
de m'effacer un petit peu. On se rencontrait chaque matin
au bureau; on discutais ensemble du travail au menu de la
journée, des problèmes à
résoudre, des solutions possibles, puis je le
laissais généralement se charger
de la réalisation proprement dite; j'en ai
profité pour parcourir tout le pays de
fond en comble en jeep avec mon chevalet, mes couleurs et
un appareil-photo.
"
" J'ai constitué toute une banque d'images locales
et
régionales, bien classées et
répertoriées pour Amadou. Le soir même, ou
parfois après quelques jours, dépendamment
de la distance à laquelle je me
rendais, je regardais avec lui ce qu'on avait fait tous
les deux; on en discutais;
de son côté, il m'aidait à identifier
ce que j'avais vu; du mien j'évaluait le degré
de réussite de son travail; parfois, j'apportais
moi-même des modifications à
ses essais; la plupart du temps, c'était lui qui
s'en chargeait; je l'aidais à
terminer ce qu'on s'était fixé plus
tôt; à de rares occasions on se rendait
compte tous les deux que ça ne pouvait pas marcher,
alors on décidait de tout
recommencer à zéro. "
" Au début, il se faisait en fait plus de travail
effectif le
soir et la nuit ou la fin de semaine que durant le jour
pendant la semaine, mais
ça n'a pas duré longtemps: Amadou
était vraiment très doué finalement! Oh il avait
bien sûr encore tendance à se sentir très
insécure et ma tâche la plus
ardue, fut sans conteste celle de lui apprendre à
apprécier la qualité de son
travail sans se laisser dénigrer par des
supérieurs hiérarchiques qui, de
toutes façons, n'y connaissaient rien! Je crois que
je les ai tous surpris quand
j'ai commencé à discuter avec les bonzes de
l'administration et à rejeter
plusieurs remarques faites à l'endroit de son
travail. C'était rendu que même
son supérieur immédiat, monsieur Ali, avait
peur de moi, le " redoutable géant étranger " : j'avais
osé tourner en ridicule une de ses critiques
particulièrement oiseuses, donc j'étais
peut-être susceptible de
recommencer... devant témoins cette fois, sait-on
jamais ! Cette fois là, je ne
l'avais pas fait devant Amadou, ni devant aucun de ses
confrères, mais seul à seul avec lui, Ali, sinon il
m'en aurait sûrement voulu à mort! "
" Cette fois là donc, il avait compris que je ne
m'embarrassait pas de ma propre " réputation " ,
que je m'en sacrait en fait,
mais que je n'étais pas vraiment méchant,
puisque j'avais pris soin de faire
mes critiques en privé... Je lui ai
démontré en deux temps trois mouvements
que je pourrait facilement le tourner en tête de
Turc devant ses employés ou
même devant ses propres supérieurs s'il le
fallait... qu'Amadou travaillait très
bien, et que la qualité de son travail ne pouvait
qu'honorer son service à lui,
Ali... qu'Amadou et moi étions devenus de bons
amis... que j'étais toujours
prêt à défendre un ami accusé
injustement... et qu'enfin qu'Amadou et moi ne
demandions pas mieux que devenir SES amis à lui
également. À partir de ce
moment-là, le climat de travail dans notre service
est devenu particulièrement
serein et l'esprit de collaboration inter-équipe
exemplaire! M. Ali avait bien sûr
plus tendance que jamais à fuir ses
responsabilités, mais à part ça, tout allait
à merveille! "
- " Comme ça, tu as eu l'occasion de parcourir tout
le
pays; alors comment c'est? Désertique j'imagine? "
- " Oui, c'est très désertique. Mais
ça n'empêche pas
que tu rencontres du monde absolument n'importe où:
tu es au milieu de nulle
part, tu t'arrêtes après des heures et des
heures de route dans le désert sans
avoir rencontré âme qui vive, et ça ne
prend pas un quart d'heure que tu
t'aperçois qu'il y a une famille de campée
à quelques centaines de mètres à
peine; qu'un groupe de nomades est aussi à
portée de voix, etc... Où que tu ailles, tu peux
être à peu près certain de toujours pouvoir
trouver quelqu'un de
tout près! C'est ahurissant! Ce qui ne
m'empêchait pas de me sentir assez
seul quand même: la presque totalité des
habitants des campagnes ne
comprennent pas un traître mot de français ou
d'anglais. "
" Ah et puis quand je repense à toute la
misère que j'ai
eu l'occasion de voir, j'en ai encore des sueurs froides
et je sais qu'il faut
absolument que j'y retourne... "
- " Mais dis-moi, Jacques: d'après ce que les gens
te
disient et d'après ce que tu as pu voir dans tes
safaris-images, la misère, tu
crois qu'ils vont s'en sortir, ou si c'est
irrécupérable?"
Jacques s'est levé et tout en demeurant attentif
à la
question de Claudine, il s'est levé et va rajouter
une bûche bois sec dans le gros
poële à combustion lente qui occupe le centre
de la roulotte et dont la chaleur
bienfaisante réchauffe l'air froid du matin. Il
fourrage maintenant dans le grand
coffre fourre-tout qui lui servait de siège
l'instant d'avant.
- " J'avoue que je ne le sais pas vraiment. Par certain
côtés, tu as parfois l'impression de vivre au
Moyen-Age, ou dans l'Antiquité,
quand ce n'est pas la préhistoire! "
Le visage de Jacques s'éclaire d'un sourire quand
il met
enfin la main sur un gros album photos ficelé
serré parce que tout rondouillard à
force d'être plein. Il referme son coffre et se
rassied en démaillotant son trésor...
- " Regardez, j'ai plein de photos sans Âge dans mon
album. Des fois, par contre, et peut-être
précisément à cause de cet
environnement sec et sans vie, tu as quasiment la
sensation d'être sur une
autre planète et que tu pénètres dans
l'enceinte d'une base extra-terrestre du
vingt-et-unième siècle, tellement certains
méga-projets subventionnés par
l'Étranger sont impressionnants et construits dans
des endroits surprenants!
"
- " Ah oui?! Tu pourrais nous en décrire un pour
voir? "
- " Tenez. Par exemple, une fois que je m'étais
aventuré
seul en jeep dans une vallée assez encaisse et
plutôt désertique, en suivant
une route qui me semblait assez passante. Il faut dire que
là-bas, une route
passante c'est n'importe où quand il y a assez
d'ornières pour qu'on puisse
reconnaître un tracé... Je roulais donc dans
une vallée perdue à la recherche
d'un bon point de vue pour une photo, quand je
débouche tout à coup sur un
complexe industriel du genre énorme et
impressionnant. Je n'avais aucune
idée de ce que ça pouvait être.
Ça avait l'air d'être encore en construction. J'en
étais encore loin, alors d'où j'étais, ça
donnait une impression d'irréel
consommé... Des bâtiments aussi
énormes, au milieu du désert, c'était comme
une gigantesque usine et assez moderne qu'elle n'avait
même plus besoin de
main d'oeuvre! J'ai pris quelques photos, sans m'approcher
beaucoup, parce
qu'il était déjà tard et que je ne
voulais pas être pris dans le désert par la
noirceur. Il faut dire aussi que ma jeep marchait assez
bien, mais que ses
circuits électriques étaient plutôt
foireux... C'était une jeep pour les
promenades " de jour " , pas les explorations de nuit!
Mais, attendez, j'ai les
photos ici, à la dernière page de mon album,
regardez. "
...
- " Spécial! "
- " Et est-ce que tu as su par la suite ce que
c'était? "
- " Oh oui, mais ça m'a pris quand même un
peu de
temps: Amadou ne connaissait pas l'endroit, Ali non plus
et personne d'autre
au bureau en fait! Finalement, grâce à son
frère, qui était bien placé dans un
quelconque service du Ministère de
l'Intérieur, Ali a pu me fournir quelques
explications, concernant " mon complexe lunaire " .
D'après ce que j'ai su, ce
serait un des éléments fondamentaux de la
stratégie de développement de
l'agriculture. L'argent viendrait de riches pays arabes
producteurs de pétrole.
On construit là deux usines: l'une produira des
perturbations importantes des
différentes couches de l'atmosphère en
projetant loin dans les airs divers sels
choisis pour, espère-t-on, provoquer la pluie. De
loin, le bidule ressemble à un gigantesque canon pointé
vers le ciel. En même temps, on construit à
côté
une usine pour la production des engrais qui deviendront
nécessaires si la
stratégie de pluie provoquée fonctionne. Je
ne sais pas si ça va vraiment
marcher, mais si c'est le cas, ça promet! "
" Mais au fait, tu me fais parler, tu me fais parler et
toi
tu ne m'a pas encore présenté ni ta blonde,
ni ta fille, mon espèce de sauvage
de Paul. Ah et puis parles-moi aussi un peu de toi: il
parait que tu relèves d'un
sombre accident de moto. C'est la femme du
dépanneur au village qui m'a
raconté ça. Oublies ta pudeur du cameraman
qui n'ose pas se montrer! C'était
plutôt vague son histoire, sinon un peu
mystérieux... Tu prépares le monde
pour un autre de tes projets de film
échevelés, j'imagines? Allons, déballes
ton sac Paul et contes-moi tout toi-même! "
- " Tu essaies de changer de sujet, hein. OK, OK... Tu
veux que je te racontes tout, n'est-ce pas? "
- " J'y tiens mordicus! "
- " Soit. Vous l'aurez-voulu monsieur Jacques le
téméraire! Mais attention, quand j'aurai
fini de raconter mon histoire, le monde
ne vous semblera jamais plus le même! Je sais que
ça va te paraître
absolument invraisemblable Jacques, mais je suis certain
que Claudine pourra
corroborer mes dires si tu veux. Et en plus je pourrai te
faire une petite
démonstration fort convaincante si tu doutes
toujours. À dire vrai, je ne savais
pas par où commencer mais à bien y penser,
je devrais peut-être commencer
précisément par là, tu ne crois pas
Claudine? Bon OK, cales-toi bien dans ton
fauteuil mon coco et donnes- moi gentiment la main... "
<> BANDIT
Ce matin-là, Claudine patauge à quatre
pattes dans la neige, une petite
Emmanuelle morte de rire accrochée sur son dos.
À quelques mètres de là, Paul
achève de corder le bois de chauffage qu'il vient
de fendre. Soudain, ils sont tirés de leurs occupations
matinales par l'arrive inopinée d'un véhicule
automobile qui
s'approche laborieusement du "shack" de Paul.
- " Tiens, on a de la visite. Un petit pick-up rouge, tu
sais qui c'est Paul? "
- " Je pense que c'est Jean-Louis, le chef des pompiers
volontaires. Ah, mais il n'est pas tout seul. Il y a un gros chien
dans la boîte de son camion. Je vais aller
voir ce qu'il veut. "
Jean-Louis Lavigne, leur visiteur est un vieux
garçon bien connu du village. Il est implique dans toutes
sortes d'activités sociales de la paroisse: soit comme chef
des pompiers volontaires, ou comme président du
club Optimiste local, ou alors
comme grand organisateur de danses sociales pour le club
de l'âge d'or, les
adolescents, les célibataires à marier, les
autres... enfin n'importe qui. Ancien
motard plutôt mal vu lorsqu'il était jeune,
il avait quitté le village à dix-sept ans pour
aller vivre sa vie en ville. Il s'était alors joint
à une bande de motards plutôt
coriaces, les Paradise Devils, dont les membres pilotaient
diverses activités plus ou
moins illégales. Pendant plusieurs années,
il avait alors eu l'occasion de voyager,
voir du pays, connaître beaucoup de monde, vivre
intensément quoi! Très
intensément. Au cours d'un de ses périples
d'est en ouest et du nord au sud, ou
bien vice-versa... il s'était retrouvé
implique dans une histoire de trafic de drogue. Il est
arrêté le jour de son vingt-cinquième
anniversaire, près de la frontière US,
avec en sa possession une bonne quantité de
hachisch." Une quantité suffisante
pour faire du trafic! ", avait dit le juge.
Condamné à cinq ans de prison, il n'en avait
purgé que deux et avait été
libéré avant terme, pour bonne conduite.
Depuis, il est revenu au village, s'est marié et
est devenu père de deux enfants.
Puis il a fini par divorcer de sa femme et éduque
maintenant son fils tout seul, sa
femme ayant gardé leur fille aînée. il
a beaucoup vieilli depuis et on peut dire qu'il
s'est presque complètement assagi: Presque, parce
que, bon an mal an, il réussit
quand même toujours à se dégoter une
moto à rafistoler pendant l'été. Et bien
sûr,
qui dit réparations de moto dit tests de moto... Il
s'agit généralement d'une moto
de plus petite taille que son ancienne Harley, revendue
depuis longtemps, mais
toujours assez grosse tout de même pour avoir le
goût de la pousser à fond pour
voir ce qu'elle a dans le ventre! et... se prendre une
fouille méchante presqu'à
chaque été! Il sait depuis longtemps qu'il
devrait y renoncer, mais la fièvre de la
moto est toujours la plus forte. Aussi, au fil des
années, des chutes, des sessions de thérapie et de
l'accumulation de petites incapacités qui s'en suivent
toujours, il a fini par être aussi raide et perclus qu'un
vieillard, quoiqu'âgé de quarantaine cinq
ans à peine. Sa dernière fouille par exemple
lui a "mangé" si cruellement la peau
des mains et des avant bras lorsque sa longue glissade sur
l'asphalte s'était
prolongée sur près de cent mètres,
qu'il préfère maintenant porter une paire de
gants protecteurs quasi en permanence pour protéger
sa nouvelle peau
hypersensible.
- " Aie, le monde! Laissez-moi vous présenter mon
ami " Bandit " . Il vient
quant on l'appelle " Bandit " , mais j'imagine que vous
pouvez changer son nom si vous voulez. Et puis, ne vous en faites pas
avec son nom, vous verrez,
il est très gentil. Il appartenait à Marc
Comte. Ça fait à peu près un an et demie
que Marc l'a amené au village. Je pense qu'avec une
job de bûcheron, son
maître était pas souvent là pour le
nourrir: ça fait que Bandit mangeait pas
tous les jours... Comme c'est quand même un assez
gros chien, il réussissait
souvent à se sauver en cassant sa chaîne pour
courir les poubelles; alors les
voisins ont souvent porté plainte... M. le maire a
averti Marc qu'il ne pourra
pas le garder quand il va emménager dans son H.L.M.
Alors si vous voulez
toujours un chien, il est à vous: Marc se marie
dimanche et il va déménager dans le H.LM. Municipal
avec sa femme, ça fait qu'il cherche à divorcer de son
chien... "
" Comme c'est moi qui ai la job de m'occuper des chiens
errants dans le
village, il va falloir que je le gaze si personne n'en
veut. Trucider des animaux, même " sans douleur " , j'aime pas
ça plus qu'y faut... Ça fait que... Comme il y a un
mois vous m'aviez demandé de vous trouver un chien... Si
ça vous
intéresse toujours, vous pouvez le garder cet
après-midi. Ok? Comme ça,
vous pourrez faire connaissance. Je dois repasser dans le
rang vers cinq
heures. J'arrêterai en passant. Si vous changez
d'idée, je pourrai le reprendre
à ce moment-là. Ok? "
- " Ça marche. Merci Jean-Louis. Il est bien beau
avec ses grands yeux
tristes. Et puis, avec le masque noir qui est
dessiné autour de ses yeux, c'est
vrai qu'il ressemble à un bandit! Tu peux nous le
laisser, on va s'en occuper.
On doit rester ici toute la journée de toutes
façons, y a pas de problème.
Emmanuelle a bien hâte de toucher enfin à "
son " chien. Depuis le temps
qu'elle l'attend: un mois ça fait tout de
même une bonne partie de sa vie! J'ai
bien hâte de voir comment elle et ton " Bandit "
vont s'entendre! Mais au fait,
qu'est ce que c'est comme race de chien? "
- " Un cocktail de berger allemand et de doberman. "
- " C'est un mâle? "
- " Oui, c'est bien ça que vous m'aviez
demandé? Il a sûrement déjà
quelques rejetons dans la paroisse ou en route, parce que
c'était un tombeur
de toutes les petites chiennes du village. Comme je vous
le disais: il se
sauvait souvent, et dans ce temps-là, inutile de
vous dire qu'il ne s'intéressait
pas qu'au lunch et aux poubelles... "
- " Et, quel âge il a? "
- " Oh, à peu près deux ans, je pense. "
- " D'oß il vient? Comment est-ce qu'il a
été élevé? "
- " En fait, c'est le père de Marc qui le lui avait
donné. Son père reste sur
une ferme dans le rang trois. Bandit est venu au monde
là, dans la grange. Il a passé les 6 premiers mois de
sa vie libre autour de la maison. Il a donc eu
l'occasion de s'habituer à côtoyer d'autres
animaux domestiques sans les
attaquer. Puis, quand Marc a pris son petit appartement au
village, Bandit est
venu avec lui. C'était un bien petit appartement,
mais avec un accès sur la
cour. Bandit y avait une niche isolée et il vivait
dehors toute l'année. Il a le poil
plutôt ras mais très dense. Il n'est pas
agressif pour deux sous: les enfants du
village venaient régulièrement jouer avec
lui et même quand ils le martyrisaient de toutes sortes de
façons, tout ce que Bandit faisait c'était de
japper, japper, quelques fois grogner quand ils lui
faisaient trop mal, sinon
japper et re-japper! évidemment, les voisins
n'aimaient pas trop ça... Comme
je vous le disais en arrivant tantôt, son
maître Marc se marie dimanche et il
déménage au H.L.M. cette semaine. M. Comte
père ne veut pas reprendre de
chien, alors Bandit devient orphelin, si je puis dire...
Ça fait que je vous l'ai
amené... Je vous le laisse: faites connaissance...
Salut, et pis, à tantôt le
monde! "
- " Ok. Merci Jean-Louis. Salut. ¸A plus tard. "
" Bandit! Bandit! Viens mon beau Bandit. Sautes, sautes!
Bravo... Ça c'est
un bon chien. C'est ça, viens ici! Bandit! Viens
sentir et lécher la main au
monsieur. Approche Bandit! Je ne te mangerai pas. Viens,
qu'on fasse
connaissance... Bandit, viens mon chien! "
<> UNE PETITE PLACE
Comme une tache blanche au milieu de l'incendie du
feuillage automnal, une camionnette louée
était stationnée devant la maison de
Jean. Celui-ci s'affaire à la décharger. Une
chaîne humaine, constituée de
Christiane, Marie-Elfe, Claudine et Paule en relaye tout
le contenu à Paul dans le
sous-sol du "château" de son ami.
... ... ...
- " Tu vois, je pensais installer le centre de la table
anti-vibrations juste ici ... le laser principal, là, à
côté du sismographe ... et sur
les étagères le long du mur là-bas,
je placerai tous les autres accessoires...
Qu'est-ce que t'en penses Jean? "
- " Parfait. Il faudra aussi s'assurer que la porte de
cette pièce est absolument et totalement
imperméable à la lumière, parce
qu'avec des expositions de plusieurs heures en
perspective, on ne peut se
permettre aucune pollution lumineuse, quelle qu'elle soit!
"
" Demain on commence l'installation de tout le bazar.
Après tout, si tu veux lancer les " Hologrammes du
Mutant " avant Noël, il n'y
a pas de temps à perdre, surtout que tu ne connais
pas vraiment ça et qu'il va
te falloir apprendre sur le tas, sans aucun guide pour
t'aider! "
" Moi, il faut que je retourne à Montréal
dans trois
jours. J'ai un gros contrat de son sur un long
métrage qui m'attend. Ça promet
d'être très payant, mais ça ne se
reporte pas! Surtout que si ça va bien, je vais
peut-être travailler aussi pour l'enregistrement de la
série télé qui doit suivre.
Et ça mon vieux, ça fait beaucoup de jours
de tournage! "
" De toutes façons, en attendant, ma maison c'est
ta
maison. Je ne penses pas y revenir avant un bon bout de
temps, alors tu t'y
installes avec ta famille tout le temps que tu voudras. "
Pendant les jours suivants, Paul et Jean s'échinent
donc à assembler les divers éléments de la
massive table anti-vibration essentielle à la
réalisation de leur projet d'holographie: les
chambres à air, les planches,
contreplaqués, madriers et les lourds parpaings de
béton, etc... Par la suite Paul
finalisera seul les détails de l'installation.
(.. ... ...)
- " Et puis? Paule: ta rencontre avec Monsieur Denis
Boucher, le directeur de l'hôpital, comment
ça s'est passé? Racontes-moi
tout! "
- " Impec, ma fille. Impec! Absolument impeccable
quoi! Il m'a dit qu'il était tout à fait
ravi à l'idée de voir apparaître une nouvelle
clinique, privée, de physiothérapie en
Haute-Gatineau; que oui, il y avait
sûrement un besoin criant pour des services comme
ceux qu'on veut offrir; et, enfin, que oui il allait être
enchanté de nous refiler des clients, surtout si on accepte
d'être affiliées à son hôpital ou au CLSC,
parce que dans ce cas là, on ne sera pas obligées
d'imposer de frais à nos clients: ils pourront nous
régler avec leur carte d'assurance-maladie!
C'est-tu pas merveilleux? J'ai
aussi fait le tour du quartier autour de l'hôpital
et je pense que j'ai trouvé une
maison à louer pas trop cher. Elle est tout
près de l'hôpital; alors j'ai pensé que je
pourrais la louer pour me loger, moi et René. Son sous-sol est
fini et on
pourrait facilement y installer notre clinique. Ah et puis
au fait: le directeur de
l'hôpital m'a dit aussi qu'il ne veut rien savoir de
se mêler de la façon dont on
va administrer notre clinique: il en a déjà
plein les bras avec son hôpital! Je te donnerai plus de
détails tout à l'heure si tu veux. Pour tout de suite,
je meurt
d'impatience d'aller me laver pour me débarrasser
de toute cette croûte de
rimmel, fonds de teint, fards de tout acabit,
déodorants et autres cosmétiques - " relations
publiques " obligent - dont j'ai dû m'affubler ce matin! "
- " OK. À tantôt.
Encore toute transie et les cheveux tout mouillés
par l'averse copieuse qui l'a
surprise à sa sortie de l'hôpital, c'est une
grande Paule toute fébrile et grelottante
qui lance son sac et son long manteau de daim sur la
patère de l'entrée.
Impatiemment elle se hâte vers la grande salle de
bain semi-souterraine de la
maison de Jean. Pour gagner du temps, elle se
déshabille en chemin et sème ses
vêtements humides ça et là en cours de
route...
- " Oh, mais la grande baignoire familiale est
déjà
pleine et fumante! Chouette alors! Je ne sais pas pour qui
elle était, mais il
faudra compter avec moi: je m'installe!"
En disant cela, elle quitte son slip et se coule en
soupirant
de bonheur dans l'immense baignoire - " presqu'une piscine
intérieure " - disait
volontiers Jean. Quelques minutes plus tard, somnolant
déjà à moitié, elle ouvre
les yeux quand elle entend Claudine entrer dans la salle
d'eau, portant dans les
bras Emmanuelle et René, qui rigolent d'aise avec
un air complice.
- " Tiens, s'il-te-plaît, les prendrais-tu une
minute, le
temps que j'entre dans l'eau moi-aussi. Merci. "
Quelques minutes plus tard, quand Paul
pénètre dans la
maison, il devine au son des éclats de rires de ses
amies, des clapotis et des
gargouillis joyeux qui lui parviennent des profondeurs de
la partie semi-souterraine
de la maison que "c'est dans la salle d'eau que ça
se passe "!
- " Allô! Qui est là? Paul? Paul, c'est toi
qui vient
d'entrer? On est dans la salle de bain. On prend un bain
en famille et l'eau est
absolument délicieuse! Viens nous voir: on peut
bien te faire une petite place,
si tu veux! Allez, viens. Allons, les enfants, on se tasse
un peu pour faire une
petite place pour le papa le plus gentil de la maison!
C'est ça. parfait... merci. "
<> " JE << PICOSSE >>"
- " Merci. "
- " Il n'y a vraiment pas de quoi! Tout le plaisir est
pour
moi. Tu sais bien que tu seras toujours absolument le
bienvenu pour un petit
massage ostéopathique, Roland. Tant que ma copine
accepte de s'occuper
toute seule de nos deux enfants, il n'y a aucun
problème! Et puis on te doit
bien ça: sans ton aide précieuse, ni Jean ni
Paul ne seraient venu à bout de la finition de leur maisons
aussi vite. Et surtout de la façon dont tu l'as fait
pour eux, parce qu'avec la quantité de pierres que
tu as dû déplacer pour
recouvrir les murs de leurs maisons... "
Agé de quarante-huit ans, Roland Mirette est encore
doté
d'une vitalité à toute épreuve.
Presque chauve depuis des années, il se rase
maintenant complètement la tête, à
l'exception d'une petite couette tressée sur la
nuque, un peu à la façon des samouraïs
japonais. Bien que de taille tout à fait
moyenne, il réussit pourtant à mener
à bien tout seul des tâches qui normalement
rebuteraient même des équipes
complètes de travailleurs expérimentés, d'un
gabarit nettement supérieur... Aussi, Paule
doit-elle dépenser beaucoup d'énergie
lorsqu'elle lui prodigue un massage.
- " Maintenant que c'est fini, est-ce que tu as une
idée
de la quantité de pierres que ça t.'a pris
au fait?
- " Cent cinquante tonnes, à peu près. "
- " Hein? Quoi? "
- " De cent vingt-cinq à deux cents tonnes à
peu près.
C'est du moins l'évaluation que j'en fais.
D'après le volume que j'ai charrié
pour ça et le poids approximatif d'un seul voyage
de mon camion. Tu vois: ça
m'a pris une centaine de voyages pour transporter toutes
les pierres
accumulées sur les lignes de rang de votre voisin
cultivateur. Je sais qu'un
voyage pèse quelque part entre une tonne et demie
et deux tonnes, alors le
calcul est facile à faire! Ça fait que moi
j'arrondis à cent cinquante tonnes à
peu près; on va pas chipoter pour vingt-cinq ou
cinquante tonnes quand
même! "
- " Ouais, c'est encore pire que je pensais! Tu es
vraiment effrayant! Encore heureux que tu aies un dos
solide. "
- " L'idée c'est que mon dos est fabriqué
avec des
atomes, des électrons et un paquet d'autres
particules dont les éons sont
particulièrement riches en informations... Alors,
vois-tu, c'est assez facile pour
moi de puiser de l'énergie dans leur dimensions
d'espace/ temps imaginaires!
Tu comprends? "
- ?!?!?...
- " Oh oui, dans le fond c'est facile. Pour moi, il me
semble que c'est facile à comprendre, mais faut
dire que, en premier, quand j'ai voulu lire les équations de
Jean Charron qui expliquent tout ça, j'en ai
d'abord sué un moyen coup, (pis là c'est
vrai!), pour mais c'est fatiguant à
s'expliquer juste avec des mots ordinaires... et pour ce
qui est de se faire bien
comprendre... Ça fait qu'à la limite je me
retrouve quand même toujours un
peu tout seul dans mon trip... Tellement seul que parfois
j'ai l'impression d'être fou!
(...) Alors à un moment donné je finis par
retomber
dans la facilité: et hop me v'la retombé
dans des " ici-maintenant " tout ce
qu'il y a de plus réels: dans ce temps là,
je ressens bien que j'ai vraiment un
dos! Il me fait mal... "
- " Et ça mon p'tit père, c'est mon rayon,
c'est ça? Même que c'est pour ça messire Roland,
que nous nous voyons aussi
assidûment. Ça n'est sûrement pas pour
mes vieux yeux, n'est-ce pas? Tant
pis. J'ajouterais que, même si je ne dispose que de
mon " good old " sixième
sens de physio pour traiter d'aussi insignes
...zé-ons... c'est véritablement un
traitement royal que vous leur payez-là! Et puis,
tant mieux si ça te convient,
parce que des bons clients comme toi qui acceptent de
venir jusqu'ici, au fond
d'un rang perdu, à toutes les semaines pour se
faire traiter, pour moi c'est de
l'or! Parce que quand j'ai appris que madame Gauthier, qui
acceptait de me
louer sa maison près de l'hôpital, avait
décidé de reprendre sa maison au bout
de quelques mois à peine après être
déménagée, " elle s'en ennuyait tellement! "
parait-il. " Et puis ma fille accepte de revenir vivre à la
maison
avec moi, maintenant. C'est parfait! " Parfait pour elles
oui, mais moi j'étais
vraiment coincée! J'avoue que ça m'a
complètement prise par surprise! Je
n'avait rien à dire: je n'avais jamais signé
de bail. Je n'avais pas prévu aucune
solution alternative non-plus! Et surtout: où
installer notre clinique
dorénavant!"
" Mais passons. Ça n'est pas ton problème!
Voici mon
diagnostic pour aujourd'hui en tout cas: Ton dos m'a l'air
de fonctionner très
bien mon grand. Et, d'après tout ce que j'ai
pû voir, c'est comme tout le reste
de ton corps d'homme... ou presque. Enfin on se
comprend... Le pronostic
maintenant: tout à fait excellent! Alors souriez
preux chevalier. Une bonne
grande rasade de sourire tous les jours, avant, pendant,
après et entre chaque
repas! C'est encore la meilleure prescription que je peux
vous donner, messire
Roland..."
- " Oui je sais bien Paule que je n'ai pas l'air trop mal
en point, et je remercie le ciel à chaque jour pour
ça! Mais même si ça ne
parait pas beaucoup, vu comme ça... je sais qu'il
faut être très prudent dans la façon de forcer
avec son dos. Alors je suis prudent. Prudent et content.
Content, parce que rien n'empêche que je lui impose
tout de même un sacré
stress à mon vieux dos! Et presqu'en permanence,
c'est vrai! C'est pour ça
que notre petit échange a une telle valeur pour
moi! Échanger du bête travail
de bête de somme contre les services
éclairés d'une professionnelle de la
santé qui vous fait un bien tellement tangible
quand elle s'occupe de vous...
pour moi c'est une aubaine extraordinaire! Crois-moi:
j'apprécie, surtout que
la professionnelle en question n'est pas bête du
tout et que ses " vieux yeux
de physio", comme elle dit, sont tellement jolis que je ne
peux plus me passer
d'eux ... "
- " Alors assez déconné, on finit de se
déshabiller et
on s'étend! Voilà. Allez hop à plat
sur le ventre sur le matelas. Bien. On garde
la pose maintenant. Parfait, merci."
Après s'être mis nu, conformément aux
instructions de sa
thérapeute, Roland pousse un soupir d'aise et
s'étend sur la table de massage. Il
ferme les yeux et se laisse aller à la
délectation des sensations agréables que lui
procure maintenant le massage ostéopatique de
Paule.
Une fois que son évaluation précise du
patient est
complétée et que les " noeuds " du
problème sont identifiés avec certitude, son
approche vise toujours à rétablir la
mobilité relative de chacun des éléments de la
carapace humaine; pour dissoudre ces noeuds, elle doit
vaincre les blocages et "
imposer " leur liberté aux diverses parties du
corps de ses patients. Pour ce faire,
elle doit toujours exercer de très fortes pressions
et elle se prend souvent à
souhaiter être elle-même dotée d'une
plus grande force musculaire! Pour
commencer, elle préfère
généralement opérer un simple massage
musculaire,
mais donné avec beaucoup de vigueur et " forcer "
les muscles noués et raidis pour
les libérer des les tensions diverses, tant
psychologiques ou émotives que
physiologiques, qui s'y logent et incommodent tellement
leur "propriétaire". Aussi,
qu'elle s'applique par des manipulations
ostéopathiques à restituer aux différentes
masses osseuses leur mobilité relative ou que son
traitement soit plut_t un simple
massage s'exerçant au niveau musculaire, Paule doit
toujours déployer une bonne
dose d'énergie lors de ses traitements. "Ça
me fait au moins autant de bien qu'à
mes patients, et ça ne me coûte rien à
moi!" dit-elle souvent. Lors des premières
séances de traitement d'un patient, Paule se
concentre généralement sur la
libération des tensions musculaires avant toutes
choses, de façon à éviter que ces
noeuds nuisent à son approche ostéopathique
ultérieure. Aussi les premières fois
qu'un patient, surtout s'il est très
stressé, s'étend sur la table de massage de Paule,
il doit souvent s'attendre à des manipulations au
niveau des "noeuds" musculaires
qui vont l'amener au seuil du tolérable en termes
de douleur. "C'est ça ou c'est un
abonnement d'un an à te masser en espérant
que l'on finisse par évacuer ces
vilaines tensions, et encore là, si je te dorlote
trop c'est vraiment pas sûr
qu'on va y arriver tout de même!"
Tous les muscles du corps de Roland sont quant à
eux
beaucoup plus durs et forts que ceux de tous les autres
patients auxquels elle a eu
affaire précédemment. Comme les massages,
osthéopatiques ou musculaires, que
prodigue Paule exigent donc de traiter le patient
"très en profondeur", elle doit
dépenser une énergie très importante
pour ce faire. Même si elle éprouve
généralement beaucoup de pudeur à
l'avouer, ces traitements "choc" la laissent à
chaque fois absolument vannée après une
séance. La semaine dernière après une
session de traitement particulièrement laborieuse
pour elle, elle a même accepté
que Roland lui rende un peu la monnaie de sa pièce
et lui prodigue à son tour un
massage à sa façon.
Depuis quatre mois déjà qu'elle le traite,
à raison d'une ou
deux sessions par semaine, ils se parlent maintenant comme
deux vieux copains de toujours! Et cela, même s'ils ne se
connaissent en fait que depuis quatre mois
exactement. Roland avait alors été
référé à la clinique de physio
privée par le
docteur Kermit, médecin traitant du CLSC. Celui-ci
ne savait vraiment pas quoi faire
avec cet énergumène, qui lui paraissait
être en parfaite santé et d'une vitalité rare,
mais qui lui réclamait l'accès à des
soins en physio pour " m'empêcher d'être
handicapé par mes excès de picossage ", lui
avait-il dit. Le docteur Kermit savait
que Claudine avait déjà soigné plus
d'un danseur étoile des Grands Ballets
Canadiens. Son nouveau patient si particulier lui semblait
être lui-aussi un de ces
athlètes exceptionnels qui, bien que dans une forme
physique à faire pâlir d'envie à peu près
n'importe qui, n'en éprouvaient pas moins de temps en temps le
besoin
de recevoir des massages ou des traitements de physio
à cause des efforts
exagérés auxquels ils s'astreignaient
continuellement.
Pourtant, la première fois que Roland
s'était présenté à la
clinique, sans rendez-vous bien sûr, c'est par Paule
qu'il avait été reçu et soigné; Claudine
étant absente ce jour-là. Comme l'expérience lui
avait paru tout à fait
satisfaisante, il avait continué à venir la
voir, elle. Quand Paule et la clinique avaient
re-déménagé "temporairement" sur la
terre, Roland avait suivi et il continuait à venir
régulièrement pour ses massages. Au fil des
semaines de traitement et des
conversations, elle avait appris qu'il n'était
résident de la région que depuis
quelques années à peine et qu'il subsistait
essentiellement en vendant les
magnifiques plats, pots, assiettes et autres poteries
utilitaires qu'il cuisait dans son
énorme four à bois en même temps que
les pièces de ses sculptures. Il résidait sur
un lopin de terre acheté plusieurs années
auparavant par son père. Celui-ci n'avait
jamais rien fait ni aménagé sur ce terrain.
Aussi à sa mort, son épouse avait-elle
offert à leur fils Roland la
propriété dans l'espoir de le voir se fixer un peu et
peut- être envisager de s'établir pour de vrai avec
quelqu'un et lui donner enfin des petits-enfants.
Quand les revenus de ses ventes de pièces
céramiques n'étaient pas suffisants et qu'il avait
besoin d'un surcroît d'argent, comme pour
réparer son camion par exemple, il travaillait
à droite et à gauche à faire à peu
près
n'importe quoi. " Moi, j'travaille jamais, mais " je
picosse " tout le temps par ci
par là! " disait-il.
Autodidacte, il s'était toujours passionné
pour l'étude des
théories cosmiques et des systèmes
mathématiques entourant des concepts
comme "espace-temps", "relativité",
"énergies fortes", "énergies faibles", "quantas",
et surtout les fameux "éons", bien
informés... Il en était maintenant à essayer
d'intégrer dans sa vie sa compréhension de
la "Relativité complexe" avec ses trois
dimensions d'espace et sa dimension temps imaginaires qui
s'ajoutent aux quatre
dimensions de l'espace-temps réel telles que
définies par Albert Einstein. Les
sculptures en terre cuite qu'il aimait le mieux dans
l'ensemble de sa production de
céramique artistique et de subsistance,
étaient d'ailleurs des tentatives de "représentations
quadri-dimensionnelles concrètes" de divers concepts de la
théorie de la Relativité Complexe, telle
qu'il l'avait comprise...
Bien qu'il ne posséda vraiment aucune carte de
compétence valide pour les divers métiers
dont relevait les " picossages " qu'il
faisait, dans la région on s'était vite
aperçu qu'il n'avait rien à envier aux
professionnels de ces métiers. Que, par ailleurs,
en bon solitaire, il était
parfaitement autonome et responsable. D'autre part, ses
"picossages" habiles ne
laissait jamais rien à désirer, pas plus en
termes de qualité qu'en ceux de quantité
ou de rapidité d'exécution... Par
conséquent, on l'a rapidement identifié comme un
type solitaire et indépendant, original et
doué d'un franc-parler, mais efficace,
autonome et responsable.
Très vite, il avait cessé de
présenter sa carte d'Assurance
Maladie pour régler ses traitements de physio
à la clinique. D'abord parce que,
comme il ne souffrait apparemment de rien, le docteur
Kermit ne pouvait pas
décemment lui prescrire un très long
traitement de physio aux frais du
contribuable... Ensuite, parce que Roland avait
très vite senti qu'il pouvait aider Paule en lui
échangeant "du travail de son corps contre du travail sur son
corps". À la suite de la perte de la maison située
à proximité de l'hôpital à Maniwaki
où elle comptait originalement emménager et partager le
logement avec son associée ainsi
que "LA" clinique, à l'invitation de Paul et
Claudine, Paule avait donc investi avec
son fils le petit "Vaisseau Spécial" de Paul. Ce
dernier habitait maintenant avec Claudine et Emmanuelle dans la
grande maison de Jean, le "Vaisseau Amiral", où
se trouvait maintenant la clinique des
physiothérapeutes. Roland s'était donc mis à
"picosser" pour eux et avait tôt fait de rendre
complètement leurs demeures
parfaitement convenables...
C'est ainsi qu'avait commencé ce troc
thérapie/"picossage"
qui somme toute satisfaisait pleinement chacune des
parties. Roland avait agi
comme cela toute sa vie. Ce qui lui avait donné
l'occasion d'apprendre et d'exercer
une impressionnante collection d'emplois les plus divers:
journalier, menuisier,
charpentier, peintre, plâtrier, plombier, potier,
maçon etc. ou alors animateur,
professeur en enseignement spécialisé,
préposé aux malades, infirmier ou
thérapeute avec des enfants handicapés, des
adolescents suicidaires ou des
délinquants, etc., ici au Québec ou
même en Europe au cours de ses longs
voyages à l'aventure.
Il aimait rendre service et, comme il était
très conscient de
la qualité supérieure de son travail, il lui
plaisait de pouvoir l'offrir ainsi à ceux qu'il
aimait s'ils en avaient besoin, même s'ils ne
pouvaient pas le payer comme tel.
Dès leurs premières rencontres,
malgré la douleur
presqu'intolérable que les massages "musculaires"
de Paule lui donnaient sur le coup, lors de ses premiers traitements
en partculier, Roland s'était bien rendu
compte toute cette douleur disparaissait
complètement une fois le traitement
terminé et qu'après un nombre minimal de
séances, il s'était senti rajeunir et
retrouver enfin une aisance et une liberté de
mouvement qu'il croyait avoir perdue
depuis au moins dix ans! Ainsi. Paule réussissait
à lui apporter un bien-être
exceptionnel dont l'intensité avait parfaitement
satisfait son propre besoin de
perfection. Par la suite quand les traitements
ostéopathique avait commencé à
proprement parler, il avait fini par vouer à Paule
une admiration et une
reconnaissance carrément sans bornes!
Aujourd'hui, à la suite de sa grossesse, pendant
laquelle
elle avait vécu en symbiose constante et totale
avec son petit mutant à naître, Paule était
restée avec des vestiges du Toucher Total vécu pendant
la gestation de René;
une sorte de sixième sens qui lui permettait de
dispenser avec une efficacité
incomparable des soins en physio et en ostéopathie;
soins pour lesquels elle avait
au départ toute la stricte compétence
professionnelle voulue de toutes façons...
Depuis quatre mois maintenant qu'elle traitait Roland, ils
s'étaient bien sûr sentis fortement attirés l'un
par l'autre, ce que chacun savait
d'ailleurs très viscéralement. C'est
précisément pour ça qu'ils n'avaient jamais
osé
se laisser aller complètement: ils étaient
tous deux si effrayés, à l'idée de risquer de
perdre leur chère liberté de
célibataire... Chacun redoutait de s'engager dans une
relation plus intime. Une relation qu'ils ne pourraient
probablement pas abandonner
à volonté par la suite... Ils avaient chacun
un plan de vie qui exigeait une
indépendance totale, pour quelques années
encore tout au moins... À cause de la
sensibilité particulière de Paule, son
"sixième sens" comme elle se plaisait à
l'appeler, chacun d'eux était tout aussi conscient
des réticences de l'autre face à un
engagement avec un partenaire que des siennes propres.
Leur relation était donc
toujours restée thérapeutique et très
amicale, mais essentiellement platonique. Bien
sûr, Paule avait déjà accepté
une fois que Roland lui rende la monnaie de sa pièce et lui
prodigue un massage à sa façon pour la détendre
aussi après une session
particulièrement éreintante pour elle. Elle
avait alors gardé tous ses vêtements et
cette fois là, leurs contacts physiques
étaient toujours restés strictement au niveau
thérapeutique, comme lorsqu'elle le soignait
elle-même...
À plusieurs reprises, Roland, totalement fanatique
de l'escalade dans ses temps libres, était venu chercher Paule
pour l'amener en
expédition avec lui. Elle avait vite
développé un amour certain pour ce type
d'activité.
Elle se souviendrait toujours de sa première
ascension comme si c'était hier! Elle
l'entendait encore la sermonner amicalement à leur
arrivée au sommet.
- " Il n'y a pas beaucoup de moments dans la vie qui
soient aussi satisfaisants que celui où tu arrives
enfin au sommet d'une
montagne comme ça et où tu peux te laisser
couler par terre, comme ça, tout
en étant plus haut que tout ce qui t'entoure. Tu
peux contempler le paysage
autour, comme ça, en grignotant les quelques
provisions que tu as amenées
avec toi ou les petits fruits sauvages que tu as cueillis
en montant. Dans ces
moments-là, d'habitude on ne dit jamais un mot. On
médite. Comme ça. ... On
savoure et on se laisse habiter par l'instant qui passe
dans le vacarme du
silence si particulier qui règne sur les sommets.
Comme ça. ... Non, ne dis
rien. Restes comme ça. Tais-toi, écoutes et
regardes! J'ai déjà beaucoup trop parlé... ...
( ...)
" Ici on se rend bien compte que dans le fond, on est
toujours seul avec soi-même, pour donner un sens
à sa vie aussi bien qu'à sa
mort. "
Elle avait quand même rétorqué:
- " C'est vrai que c'est beau! Et je comprends bien
maintenant pourquoi tu adores l'escalade, maisJe ne suis
pas absolument
sûre que tu vas continuer à parler de
solitude de la même façon quand tu
connaîtras mieux mes amis... mais ça n'a pas
d'importance! De toute façon,
aujourd'hui je pense que tu as raison: il vaut mieux ce
taire et " être " tout
simplement! Je voudrais pouvoir t'aimer aussi bien que tu
m'aimes en
respectant ta vie intérieure comme tu respecte la
mienne, parce que pour moi
ça n'a pas de prix. J'adore. ... Merci. "
- " Sh-sh-sh-sh..."
Depuis ce temps, ils avaient tous deux toujours
respecté
cet espèce de voeu tacite de silence au sommet...
... ... ...
- " Psitt! "
- ...
- " Psitt. Ro-o-o-lll-and. HÉ, ho! C'est fini mon
gars, tu
peux te rhabiller... "
- "Hein, quoi? C'est déjà fini? ... OK. ...
Ils sont quand même devenu beaucoup plus agréables
maintenant tes massages ma belle Paule; tellement qu'on en redemande!
Mais ça serait de la gourmandise... Tu
as fini de t'éreinter? Alors c'est maintenant
l'heure pour moi de te donner un
bon massage! OK? ... Bon... Alors maintenant c'est toi la
patiente et moi le
thérapeute. Bon. Alors on se tient les oreilles
molles et on écoute le monsieur.
Comme ça. Aujourd'hui on va faire ça
sérieusement! OK. Ça fait quatre mois
madame que je me flanque à peu près à
poil sous vos yeux et vos mains parce
que " c'est comme ça que vous travaillez toujours
quand vous voulez donner
un vrai bon masage " , parait-il. OK. Je suis encore
vivant... Alors ça doit être
vrai. Bien. Alors aujourd'hui c'est votre tour,
chère patiente. On va faire
comme ça On commence par se déshabiller
COMPLÈTEMENT et on s'étend sur le ventre sur la table
de massage. Et surtout, prenez garde de ne pas
impatienter votre thérapeute! Allez hop, " Chair "
patiente... "
_ !?!?...
- " Allons, pas de discussions! Et n'impatientez pas
votre thérapeute. Je vais sortir un instant, il
faut que j'aille soulager ma vessie
aux toilettes. Pendant ce temps-là,
préparez-vous pour votre traitement, chère
patiente, parce qu'à mon retour je veux vous voir
couchée sur la table de
massage. Étendue sur le ventre et en tenue
adéquate pour votre traitement,
s'il-vous-plaît! À tout de suite."
- ? !!! ?
<> DE L'AUBE A L'AURORE
La lumière blafarde de l'aube n'a encore
réussi qu'à
éclipser celle des étoiles et elle n'a pas
encore fait place à celle, plus chaude, de
l'aurore automnale. La campagne est toujours nimbée
d'un frais brouillard qui
s'étire paresseusement au gré des
vallées, des poches d'humidité et du relief plus
ou moins élevé des environs.
Le grand chien noir se faufile lestement entre les
buissons.
Le nez au raz du sol, il remonte la piste d'un raton
laveur qui s'est approché
insolemment de la maison alors que Bandit était
"retenu" à l'intérieur,
complètement accaparé par son amie la petite
humaine si extraordinaire.
Non.
À en juger par la fraîcheur de l'odeur.
Quelques heures d'âge au maximum!
Et encore.
Peut-être quelques minutes à peine.
Peut-être même qu'en humant l'air ambiant, le
vent va
apporter l'odeur de l'insolent en chair et en os?
Humm, non.
Rien encore, dommage.
Surtout, ne pas perdre la piste au sol.
Notre visiteur a bien dû passer ici y'a vraiment pas
longtemps.
Y'a pas de temps à perdre.
C'est toujours vers la fin de la nuit qu'il rôde
autour.
Cette nuit, rien de plus facile, puisque Bandit l'a
passé
presqu'au complet au chaud dans la maison!
Même que, quand maître Paul lui a ouvert la
porte tout à
l'heure, il faisait encore presque nuit.
Quand le soleil levant réussit enfin à faire
lever les dernières poches de brume matinale, Bandit rebrousse
chemin vers la maison de sa petite copine humaine, après avoir
serpenté autour des constructions d'à peu
près tous les habitants de la terre.
évidement, il en a parsemé les abords de
quelques gouttes d'urine laissées ici et là,
histoire de restaurer le marquage de son
territoire...
L'odeur était tellement provocante pour son flair
de gardien
qu'il avait bien espéré réussir
à rattraper son insolent visiteur.
Il ne s'était laissé distraire par aucune
rencontre.
Par aucun animal, ni aucun humain.
Pas de raton laveur non-plus...
Tant pis, maintenant c'est le temps d'aller jouer avec la
petite humaine.
Pas de raton laveur à lui montrer. Dommage: elle
aime
voir.
Juste un peu d'odeur.
Quelques rayons de soleils rendus tangibles par les
courants de brume.
Le trémolo matinal des oiseaux diurnes
déjà bien éveillés
se mêle aux notes ultimes du chant des rapaces
nocturnes.
Quelques bruits épars. Scritch...
scritch...crack...clic...
À part ça, presque rien.
Juste la piste fraîche d'un raton-laveur insolent
qui n'a
laissé que son odeur, et un vague visiteur humain
à l'odeur très forte. Trop occupé
pour être intéressant...
rh-rh-rh-vroom-rhvroooom... Puanteur certaine. Ça masque
tout. ...Scrouic-clac...
Vroom-chik chik... cri-ik... crouch...vroom
Il est temps de rentrer voir ce que fait ma meute.
<> " ÇA FAIT QUE LÀ... "
- " Heille! Y-a-tu quelqu'un? Heille, le monde! Avez- vous
vu Jacques? Je reviens de chez lui, pis y'est pas là. Pis y'a
juste un gros
homme mort sur son lit. Heille, le monde! Aidez-moi,
quelqu''un! La police s'en
vient! Ça pue la charogne dans son autobus, que
ça'se peut pas! "
Ameuté par les cris et les appels de Michel Tocard
qui
vient d'entrer au rez-de-chaussée, Paul laisse sa
table de travail et descend le
rencontrer. D'abord amusé par l'histoire sans queue
ni tête que Michel essaie de lui
raconter parce que, connaissant assez bien le
tempérament frondeur de Michel
maintenant, il est persuadé que celui-ci est en
train de lui monter un bateau
ÉNORME. Maintenant actionnaire de plein droit de la
Corpo, Michel Tocard, qui
remplace dorénavant Paul comme cameraman à
Montréal, est venu sur la terre il y a quelques semaines, pour
y passer ses vacances. Il réside dans la maison de
Robert Malin. Ce dernier est un des associés de
Paul et Jean, tant dans la propriété
de la Corpo que dans celle de la terre où se
trouvent leurs maisons.
- " Allô! Tu veux un café Michel? Viens.
Assieds-toi,
j'en étais justement rendu au moment de prendre une
pause-café, de toutes
façons. Assieds-toi, pis répètes-moi
ça ton histoire pendant que je nous
prépare deux bons cappuccini. C'était pas
très clair ta salade. "
- " C'est pas des blagues Paul. Tout à l'heure je
suis
allé chez Jacques. Pour commencer, j'ai
cogné à sa porte. Pas de réponse. J'ai
appelé. Pas de réponse. J'me suis dit: Y'est
pas là. J'ai pensé allez voir si
y's'rait pas dans son atelier à côté.
Pis en même temps j'me suis dit que
j'pourrais jeter un coup d'oeil pour voir si la
génératrice de Robert ne serait
pas là. Parce qu'en fait, c'est une des raisons qui
m'avaient amené là. Pour
tout de suite, mettons que c'est pour ça que
j'allais voir Jacques: je cherchais
la génératrice de Robert Malin. À
Pâques, au party de la Corpo, on s'était
entendu Robert pis moi pour un échange: y
m'laissait sa maison tout
l'automne, pis moi j'y fait ses armoires de cuisine."
" Ça fait que là, comme je disait, j'avais
absolument
besoin de sa génératrice pour finir de
construire son comptoir, mais j'savais
pas où elle était. Robert n'avait pas eu le
temps de me le dire quand il est
reparti lundi, il y a deux semaines. J'savais qu'la
semaine d'avant Jacques
avait demandé à Robert si y pourrait lui
emprunter sa génératrice à un
moment donné pour faire des travaux dans son
autobus avant de repartir en
Afrique. Ça fait que j'me suis dit
qu'c'était peut-être Jacques qui l'avait
empruntée, la fameuse génératrice. Ou
sinon qu'y s'rait peut-être au courant d'où Robert la
cachait habituellement, sa machine. "
" En tout cas, y étaient pas là ni l'un ni
l'autre. Pas de
génératrice, pas de Jacques. J'suis
retourné à son autobus. J'ai cogné encore.
Pas de réponse. J'ai appelé autour. Pas de
réponse. Ça fait que j'me suis
penché pour regarder en dedans par la petite vitre
de la porte. Je l'ai frottée un peu avec ma manche pour la
nettoyer. Pis là, y m'a semblé voir comme
quelqu''un d'assis sur son lit. Tu sais bien comment est
arrangé son lit: au
fond du bus, de côté parce que Jacques est
bien trop grand pour coucher
dans l'autre sens, derrière la voilure de sa
moustiquaire. Ça fait que j'voyais
comme la silhouette de quelqu''un. Quelqu''un qui
était assis sur le bord du lit,
de profil derrière la moustiquaire."
" J'voyais pas bien, mais j'étais pas mal sûr
que c'était Jacques! "
"Ça fait que j'comprenais pas pourquoi y
m'répondait
pas. J'me suis dit qu'y avait peut'être les oreilles
de son walkman sur la tête
pis qu'c'était pour ça qu'y m'avait pas
entendu. Ça fait que j'ai tâté la poignée
de porte. Était pas barrée. Ça fait
que j'ai entrouvert en appelant encore: "
Jacques! Jacques! " "
" Toujours pas de réponse. "
" Ça fait que là j'me suis dit: coup donc, y
m'fait-tu une
blague, ou ben quoi? Ça fait que là, j'ai
ouvert la porte pour vrai, mais j'suis rentré tout de suite
pour être ben sûr que je'l'pognait pas à un
mauvais
moment, t'sé là . Pis c'est à ce
moment-là que j'ai senti une odeur de charogne
absolument écoeurante. "
" Ça fait que là, j'suis rentré pour
vrai en disant: " Heille
Jacques, pour moi ça fait un bout que t'as pas
vidé tes trappes à souris pis tes
pièges à rats. Tu dois avoir pogné de
quoi: ça pue la viande en décomposition
à plein nez, pis même qu'y-a un maudit paquet
de mouches chez-vous! "
" Y disait rien pis y bougeait toujours pas non plus. "
" Ça fait que là j'me suis rapproché
du lit en furetant
dessous ses meubles, pis j'y ai
répété en blaguant: pour moi, t'as de quoi de
mort quelque part! Mais j'le surveillais tout le temps
pareil du coin de l'oeil. "
" Y s'passait toujours rien. À part le maudit
paquet de
mouches qui volaient partout. Rien. "
" Ça fait que là j'ai ouvert le rideau de sa
moustiquaire,
pis j'y ai touché à une épaule. Pis
c'est là qu'y est tombé sur le côté. "
" Mais là, là, j'te mens pas! C'est
là que j'ai été comme
assommé par une odeur absolument écoeurante
en même temps que le plus
vrai maudit gros paquet de mouches que j'avais jamais vu
de ma vie s'en v'nait
me buzzer ça dans la face. J'ai manqué de
perdre connaissance, c'est pas
mêlant. "
" J'ai essayé de me protéger la face des
mouches pis
d'la puanteur avec mes bras. Mais par en dessous je
regardais tout le temps
pour essayer de comprendre c'qui arrivait avec Jacques.
Ben, c'était pas
Jacques. Y'était aussi grand qu'lui, pis ça
c'est pas rien, mais c'était pas
Jacques. C'était un gros bonhomme, tout
boursouflé. Mais y était mort. Pis ça
d'vait faire un bout! Parce que j'ai même vu des
mouches sortir des trous de
sa face. C'était un gros, gros bonhomme. Grand
comme Jacques. Pis tu sais
comment grand il est! Ben le bonhomme, y était
grand pareil. Mais y était bien
plus gros que Jacques. Bien, bien plus gros que Jacques.
Tu sais combien
Jacques est maigre! "
" Ça fait que là, j'suis ressorti à
toute vitesse. J'ai pris
peur, j'ai sauté dans ma bagnole. J'savais pas quoi
faire. J'ai pris une pilule de
nitro pour mon coeur. J'ai essayé de me
raisonner... de me calmer. "
" Ça fait que là, j'ai appelé la
police avec le téléphone
cellulaire qui est dans ma bagnole. Y m'ont dit d'les
attendre ici, sur la terre.
J'ai dit: y faudrait qu'j'retourne ouvrir les
fenêtres chez Jacques pour aérer
avant qu'y arrivent, parce que ça puait là
comme ça s'peut pas! Mais y m'ont
dit de pas bouger, de toucher à rien. Pis de pas
retourner chez Jacques. Y
m'ont dit de rien faire pantoute. Surtout, de toucher
à rien là avant qu'y
arrivent. Y fallait juste que j'les attende. Y
trouveraient la place tout seuls. Y
m'ont dit qu'y savaient même où qu'on
étaient. Mais y m'ont dit qu'y
viendraient me voir après, pis y m'ont
demandé dans quelle maison j'voulais
rester en attendant. Ça fait que là, j'leur
ai dit: ici, chez-vous. Ça fait que j'ai dit
OK là!"
"Ça fait que là, j'ai couru jusqu'ici, pis
me v'là. "
<> UN ACCIDENT À COUP SÛR!
Pendant que deux agents munis de masques à gaz et
de
survêtements de caoutchouc s'affairent à
ramasser la dépouille mortelle à l'intérieur
de l'autobus pour la glisser dans une enveloppe
étanche en plastic, deux de leurs
confrères examinent en détails l'autobus
sous toutes ses coutures à l'affût du
moindre indice permettant d'aider à solutionner
l'énigme. L'un d'eux est muni d'un
détecteur de propane et il prend ça et
là des lectures dont il note les résultats dans
un calepin. L'autre, plus âgé, fouine un peu
partout dans et autour de l'autobus en
marmonnant à voix basse.
Ce dernier, l'inspecteur Jean Villeneuve, en charge de
l'enquête, est persuadé de connaître
déjà la cause du décès: aucune trace de
lutte,
aucun signe de vol, aucun indice de consommation de
drogue, des installation
électriques 12 volts et de gaz propane
bricolées par un amateur... Il sait bien
qu'aucune odeur de gaz ne pourrait apparaître avec
cette abominable puanteur de
charogne qui couvre tout. D'un tempérament
plutôt fier et individualiste, pour ne pas
dire orgueilleux, il préfère ne pas attendre
les résultats de l'autopsie qui sera
pratiquée à l'Institut
Médico-légal de la Sûreté du Québec
à Montréal, de façon à
découvrir tout seul la cause de la mort et passer
à autre chose... Aidé d'un assistant
expert en systèmes de gaz propane, il inspecte donc
en détail l'installation de gaz
de l'autobus, pendant que ses deux confrères
achèvent de porter le corps dans leur
fourgon réfrigéré.
Tout semble fonctionner à merveille, sauf que...
Non, même les détecteurs électroniques
spéciaux n'arrivent pas à renifler de traces de
propane suffisantes pour expliquer un trépas par
asphyxie. Bizarre. Tous les ronds
du poêle au gaz sont fermés. Le four
également. Pourtant, on a l'impression
étouffante de manquer d'air dès qu'on entre
à l'intérieur de l'autobus. Il faut dire que
cette odeur à vous soulever le coeur, ça
n'aide pas à dégager la respiration... Très
Étanche cet autobus.
- " Étanche? ... Étanche! Voilà la
clé! "
Villeneuve et son confrère se sont aperçu
que Jacques
n'avait jamais terminé l'installation de la
cheminée d'évacuation de son frigo au gaz.
Il s'était toujours contenté d'un simple
trou de quelques pouces de diamètre dans la tôle de son
autobus derrière le frigo pour assurer l'évacuation des
gaz de
combustion. Parce qu'à part ce trou, l'autobus est
complètement étanche dès que
la porte et les fenêtres sont fermées.
Villeneuve ne tarde pas à constater qu'un petit
morceau de tôle normalement placé dehors
à angle au dessus du trou d'évacuation
en question est tombé sur la fameuse prise d'air,
la bouchant complètement...
" Le frigo au gaz fonctionnait en vase clos. Les
mélanges gazeux produits par la combustion du
propane sont pratiquement
sans odeur, alors ça ne parait pas. Lentement mais
sûrement le frigo a
remplacé l'oxygène par des oxydes de
carbone, de la vapeur d'eau et divers
autres gaz. Ça a pu arriver n'importe quand cet
été et le gars ne s'en est
jamais rendu compte: cet été, il faisait
assez chaud pour toujours garder au
moins une fenêtre ouverte; tandis que cet automne...
"
" Il y a trois jours - parce que la mort semble dater de
plusieurs heures déjà et si je me souviens
bien, c'est seulement à ce moment- là qu'il a vraiment
commencé à faire frais - le gars a dû se coucher
après avoir
bien fermé toutes ses fenêtres pour garder sa
chaleur. Pendant la nuit, son
frigo à gaz aura brûlé tout
l'oxigène de son autobus. Il s'est finalement
réveillé
pendant la nuit parce qu'il manquait d'air.
Peut-être qu'il avait bu un peu la
veille: il y a encore deux bouteilles de bière
vides sur la table. Tiens, des
photos et des dessins sur la table. Prises à
l'étranger... Pour moi, ... c'est en
Afrique, on dirait. Il avait dû regarder ses
souvenirs de voyage, en buvant sa
bière. Après ça, il a dû se
coucher."
" Quand il s'est senti assez mal pour se réveiller,
il était
déjà tout engourdi, mais il a tout de
même réussi à s'asseoir dans son lit pour
se replacer. Il ne devait pas comprendre ce qui se passait
et il a paralysé sur
place avant de réaliser ce qui lui arrivait. Et
puis, c'est dans cette position là
qu'il a finalement été retrouvé ce
matin, soit trois jours plus tard. Et la
décomposition des chairs a bien eu le temps de
faire son oeuvre dans la
fournaise surchauffée qu'a dû devenir
l'autobus ces derniers jours. "
" C'est pour ça que son ami a été
incapable de le
reconnaître quand il l'a vu ce matin. Il pouvait
bien paraître complètement
affolé au téléphone ce matin.
Moi-même, quand je suis rentré dans l'autobus la
première fois que je suis arrivé, j'ai failli tomber
sur le dos! Cette odeur! La
décomposition était quand même assez
avancée... Le corps était déjà
tellement boursouflé par le gaz méthane
qu'il était absolument
méconnaissable! Ouf, quel tableau ça a
dû être pour le gars qui l'a trouvé en premier!"
Bien convaincu de la justesse de l'hypothèse qu'il
vient
d'échafauder avec l'aide de son assistant,
l'inspecteur Villeneuve ne tient pas à la
garder confidentielle, même s'il n'a pas encore en
mains les résultats de l'autopsie
pour la confirmer.
- " Mourir sans douleur, pendant son sommeil. Assez
belle façon de partir! Il va juste falloir
vérifier si le gars avait pas de raisons de
vouloir s'enlever la vie. Qui l'a vu ces derniers jours? Y
avait-il quelque chose
qui puisse suggérer qu'il aurait pu vouloir
disparaître. Parce que si ça n'est
pas le cas, je crois qu'il devient évident que
c'est une mort accidentelle. Un
accident à coup sûr! "
<> ASSEZ FORT POUR RÉVEILLER UN MORT
Installé devant son bloc-note et un cappuccino
fumant,
l'inspecteur Jean Villeneuve se racle la gorge pour
attirer l'attention de Michel
Tocard, Paul, Claudine et Paule qui lui font face autour
de la grande table
décagonale du living room de la maison de Jean.
- " Vous êtes bien certains que votre ami
n'était
d'aucune façon dépressif ces derniers temps?
"
- "Absolument pas inspecteur, voyons! Même qu'il
débordait d'enthousiasme à l'idée de
repartir à l'étranger comme coopérant
une fois de plus. Il n'était revenu passer deux
semaines sur la terre dans sa
maison, son autobus si vous préférez, que
parce qu'il savait devoir attendre
encore deux semaines avant de connaître à
coup sûr sa prochaine
destination. Il avait encore tout plein de projets dans la
tête. Il ne prévoyait
sûrement pas mourir! "
- " Bien. Et vous êtes certains qu'il vous disait
vraiment la vérité? Qu'il ne s'est pas mis
à vous raconter tout ça uniquement
pour que vous ne vous doutiez de rien? "
- " Écoutez inspecteur, si mon ami Paul vous dit
que
Jacques était sincère et qu'il ne
nourrissait aucune pensée suicidaire, croyez-moi, vous pouvez
vous y fier. Je vous dis cela parce que je SAIS à coup
sûr
que Jacques ne pouvait pas mentir à Paul. Surtout
que je me souviens très
bien que lui et Jacques se sont longuement serré la
main... Pardon. Je crois
qu'il vaut mieux oublier cette dernière phrase,
c'est un détail sans importance
pour vous: vous ne pouvez pas comprendre... De toutes
façons, une chose
demeure: on ne ment pas à Paul. Personne!
Croyez-moi... Bref, Jacques ne
s'est pas suicidé. Pour moi, c'est sûr!"
- " Je vous demande ça parce que, à en juger
d'après
tous les indices que j'ai pu relever, votre ami a
été victime d'un bête accident:
il se serait asphyxié dans son autobus.
Asphyxié à cause de son frigo à gaz
qui fonctionnait dans son autobus étanche à
l'air, en circuit fermé, sans
cheminée ni prise d'air extérieure. Votre
ami a bêtement manqué d'oxigène. Je
vous dis ça évidemment sous toutes
réserves: ça n'est encore que mon
hypothèse à moi. L'autopsie qui sera
pratiquée par les laboratoires de notre
Institut Médico-Légal devrait nous le
confirmer demain. "
" Selon moi, la mort remonterait à trois jours,
sans
doute aux petites heures du matin. À
première vue, ça n'a pas l'air d'un
meurtre. OK. Probablement une mort accidentelle. OK.
Peut-être... Parce que
dans les cas d'asphyxie comme ça, il faut toujours
se demander si ça n'était
pas un accident prévu: un suicide quoi. Vous
comprenez? Je ne peux pas
écarter cette hypothèse là à
priori... Parce que, quand j'ai inspecté son
autobus en détails ce matin, j'ai bien vu qu'il
n'avait jamais installé de
cheminée ni de prise d'air pour son frigo à
gaz. Il s'était contenté de pratiquer
un simple trou d'aération derrière le fameux
frigo. Ceci étant dit, la dernière question est donc
maintenant: savait-il que son trou était bouché, oui ou
non?
Suicide ou cruel accident? "
- " Le pire, c'est que j'aurais bien dû me douter de
quelque chose depuis au moins deux jours! "
À ces mots, tous les regards se sont tournés
en même
temps vers Michel qui frappe de son poing sur son genoux
en maugréant: " de
toutes façons, y était déjà
mort, ça n'aurait rien changé! Sauf pour moi quand
je l'ai trouvé! "
- " Hein quoi? Qu'est ce que tu as dit? T'en douter!
Pourquoi? "
- " Ben, laissez-moi vous expliquer. Comme j'vous l'ai
déjà dit, ça faisait quelques jours
déjà que j'cherchais la génératrice de
Robert, ça fait que j'étais
déjà allé chez Jacques deux jours avant. Ton
chien
Paul était couché là, en face de son
autobus, pis y "sillait". Pas fort mais y
"sillait" quand même; vous savez: y faisait du bruit
comme une porte qui
manquerait d'huile! Comme si y s'était fait mal.
J'connais ton chien, j'sais ben
qu'y est pas méchant pantoute, ça fait que
j'suis passé pareil pis j'ai cogné
chez Jacques. Pas de réponse. Y avait pas l'air
d'être là. Pis ton chien y s'était
levé pis y'me poussait sur la main avec son museau
en "sillant". Ça fait que là j'me suis dit: pour moi y
a dû se faire mal. Y s'est peut-être planté
quelque
chose dans une patte, pis y veut que j'y enlève
ça. Ça fait que là j'y ai r'gardé
les coussins de toutes les pattes. Tout avait l'air
correct de ce côté-là. Ça fait
que là, j'suis v'nu pour r'partir. J'me suis
levé debout pis j'suis r'parti. Mais là
quand ton chien m'a vu r'partir, ben y s'est mis à
japper après moi comme un
bon! Pis des fois, quand y s'arrêtait de japper
comme un perdu, c'était rien
que pour r'commencer à "siller". "
" Ça fait que là, j'y ai dit: heille le
chien, fermes-toi!
Arrêtes donc de japper comme ça, ta maison
à toi c'est même pas ici! Pis à
part de ça, moi, j'suis même pas ton
maître! Ça fait que: vas-t-en donc chez
vous! Tu fais peur au monde à japper comme
ça! C'est pas mêlant: tu jappes
assez fort pour réveiller un mort! J't'ai assez
entendu, OK là. Ah, pis à part de
ça, tu m'fatigues le chien. Salut! ... Ça
fait que là, j'suis r'parti sans chercher
plus loin... Beau cave!!"
Complètement interloqués, Paul et Claudine
se penchent
l'un vers l'autre et elle lui prends la main en lui jetant
un regard plein de points
d'interrogation.
- " Quand on est parti pour Montréal vendredi
dernier,
j'avais été porter Bandit chez Jacques pour
qu'il s'en occupe pendant notre
absence. On l'avait attach pour qu'il n'essaie pas de me
suivre en partant,
mais Jacques devait le détacher quand il le
nourrirait un peu plus tard. Pauvre
bête, quels trois jours il a dû vivre! Il
pouvait bien avoir faim et être
complètement fou quand on est revenu hier soir! Je
me demande à partir de
quel moment il a pu sentir que quelque chose n'allait pas
chez Jacques?
Faudrait lui demander... "
" De toutes façons, c'est probablement lui qui a vu
Jacques en vie le dernier."
- " C'est probable, mais pour ce qui est du dernier humain
à lui avoir parlé, il faut chercher quelqu'un
d'extérieur à votre "terre",
parce que Jacques a eu de la visite la veille de son
décès. Votre copain du
village, tu sais bien Paul, l'ancien motard qui t'avait
donné ton chien... Je ne
me souviens pas de son nom... "
- " Jean-Louis. Jean-Louis Lavigne, le chef des
pompiers volontaires? "
- " Oui c'est ça. Il Était arrivé
vers la fin de l'après-midi.
Je penses qu'il a dû souper avec Jacques parce qu'il
est reparti autour de huit
heures. "
- " Vous l'avez vu repartir? "
- " Vu? Non inspecteur. Je l'ai pas vu repartir comme
tel, mais je l'ai entendu. Parce qu'à ce
moment-là, j'étais sur le bord du
ruisseau, là où ça s'élargit;
tu sais où je veux dire Paul? C'est le meilleur
"spot" du ruisseau pour pêcher la truite, hein Paul?
En tous cas, toujours est-il
que c'est tout près de l'autobus de Jacques; deux
cents pieds à peu près. J'étais là tout
seul pis j'pêchais, tranquille. Ça fait que là
j'les ai entendu sortir
de l'autobus, pis y était à peu près
huit heures. En tout cas, y avaient l'air
d'avoir ben du "fun". Parce que ça riait comme des
bons! Ça fait que c'est
pour ça que j'sais que ton "tchum", l'ancien
motard, - j'ai ben r'connu sa voix! -
ben, y est r'parti vers les huit heures... Après
ça, j'ai entendu Jacques rentrer
chez lui, pis ça fait que là son visiteur
est r'monté dans son "pick up". Y a
rincé son moteur comme il faut. Pis y est r'parti.
"
- " Donc, si j'ai bien compris, vers les huit heures du
soir, vendredi, la victime était encore vivante, de
très bonne humeur et son
visiteur, le dénommé... " Jean-Louis Lavigne
" , partait. En très bons termes,
semble-t-il. C'est bien ça? "
Michel opine de la tête et se tourne vers Paul qui
ajoute:
- " Ah oui, c'est vrai: Jean-Louis! Je l'avais
rencontré
vendredi après-midi chez Miche avant de partir et
il m'avais dit qu'il voulait
venir visiter Jacques pendant la fin de semaine pour voir
son album de
photos de voyage. Je lui avait raconté que Jacques
avait fait beaucoup de
photos pendant ses stages de coopérant et qu'il
avait ramené une collection
de photos d'Afrique assez surprenante! Et je savais qu'il
n'y avait rien pour
rendre Jacques heureux comme de montrer son album-photos
à un nouveau
public. Sacré Jean-Louis! Comme il a
déjà vécu en Afrique quelques années,
lorsqu'il était plus jeune, il était
très intéressé de voir les images de Jacques. Il
disait qu'il était très curieux d'y jeter un coup
d'oeil et qu'il pensait venir
visiter Jacques en fin de semaine pour regarder sa fameuse
collection. Il
espérait que, comme ça, il pourrait
peut-être voir si les choses avaient l'air
d'avoir beaucoup changé là-bas depuis vingt
ans. "
- " Un instant. Vous voulez dire cet album-photos
là,
j'imagine. " dit l'inspecteur Villeneuve en sortant de son
porte-document l'album-
photo de Jacques. Il pose le volume au centre de la table.
Claudine tend la main et ouvre le livre devant elle.
- " Oui, c'est bien ça. ...
... " Je le feuillette et, au fil des pages, je me
remémore
toutes sortes d'histoires pittoresques ou totalement
abracadabrantes que
Jacques pouvait y rajouter pour leur donner un peu de
couleur et de sel quand
il nous le montrait. Quand il faisait ça, on
sentait qu'il était heureux. Ses yeux
brillaient... C'est comme ça que je veux me
rappeler de lui! Je ne le
connaissais pas depuis aussi longtemps que Paul, mais je
l'aimais beaucoup!
"
...
- " Au fait, c'est vrai qu'elle était attachante et
surprenante sa collection de photos. Il avait
photographié des scènes qu'on
aurait pu voir du temps du Christ ou de Mahomet! Jacques
était un foutu bon
photographe, et un photographe assez culotté merci!
Alors elle renfermait un
bon pourcentage de bizarroïde, d'étrange et
d'inusité! C'est vrai ce que tu
racontes Claudine: quand il nous les montrait, il avait un
don très spécial pour
nous mettre dans l'ambiance en nous donnant toutes sortes
de détails à
propos du contexte ou des circonstances entourant la prise
de telle ou telle
photo... "
Tout en parlant, Paul tient la main gauche de Claudine
dont le regard est plongé dans l'album photo de
Jacques. Il s'interrompt soudain et
se retourne vivement pour jeter un coup d'oeil
intrigué dans l'album que tient Claudine, puis il lève
un regard interrogatif vers son amie...
<> "LIRE" LES ODEURS
- " Ghah ghaaah... "
- " HouHiih 'amdihi 'on 'ien. 'On 'ien. "
- " Ouin ouin ououinhin. "
- " Vos deux mioches ont l'air de s'entendre comme
larrons en foire. On croirait qu'ils se parlent et qu'ils
se comprennent
parfaitement tous les deux sans problèmes. Je les
regarde jouer ensemble, et
le plus drôle, c'est que votre chien semble
être aussi parfaitement de la partie!
"
- " Mais c'est que vois-tu Roland, ils se comprennent
effectivement très bien! Même qu'ils sont
maintenant parfaitement au courant
pour la mort de leur copain, le grand Jacques. Bandit l'a
raconté aux enfants
hier matin et après cala, ils ont été
complètement bouleversés durant toute la
journée. C'est Emmanuelle qui a appris la nouvelle
la première. Quand on est
revenu de Montréal lundi soir, Emmanuelle et Rend
dormaient tous les deux
et on est allé les coucher tout de suite. "
" Bandit avait absolument besoin de se confier à
quelqu'un. Il avait eu le temps de bien se mettre martel
en tête: qu'est-ce qui
s'était vraiment passé? Qu'est-ce que les
odeurs auraient dû lui apprendre?
Qu'aurait-il dû faire? Et surtout: comment son
maître le " chef du clan " , - moi -, allait-il prendre cela?
Il savait bien que Jacques était un très bon ami pour
moi. Peut-être que je m'attendais à ce que
Bandit le protège? Peut-être que
j'allais le tenir lui, Bandit, comme responsable du drame?
Il n'en savait rien... "
" Quand on est arrivé, après un premier
accueil
exubérant à courir et à sautiller
autour de nous en jappant et en battant de la
queue à se la casser, j'ai eu comme l'impression
que Bandit avait l'air pataud,
gêné, inquiet, enfin quelque chose comme
ça... Il se tenait un peu à l'écart, les
oreilles basses, la queue entre les pattes. "
" Bien sûr, dès qu'on a été
débarqués de l'auto, il nous
a promené sa truffe sur tout le corps. On
était tous habillés de vêtements aux
manches longues, alors il n'a pas pu nous toucher la peau
directement, même
pas celle de ma main, puisque je tenais Emmanuelle dans
mes bras. Je la
portais hors d'atteinte pour lui parce que je ne voulais
pas qu'elle se réveille
trop et, en sortant de l'auto, je me suis empressé
d'aller la coucher dans son
lit. Paule a fait pareil avec René... "
" Alors tout ce que le pif et la langue de notre copain a
pu toucher le soir de notre arrivée, ce sont nos
vêtements. Mais même ces
petits vestiges des odeurs multiples de la ville l'ont
sans doute quand même
renseigné sur un tas d'événements
qu'on avait pu vivre en ville. Assez en tout
cas pour lui changer momentanément les
idées. Ça le sortait de ses trois jours
de solitude infernale à la porte de la maison d'un
mort. Renifler du neuf, ça
attire toujours son chien! Bref, il nous a senti sous
toutes nos coutures... Et ça n'est que le lendemain qu'il a pu
échanger vraiment avec les enfants. Quant
à moi, je n'étais toujours pas accessible
puisque Michel était venu me
chercher très tôt... et tu connais la suite
de l'histoire ce matin-là... "
- " Mais depuis ce temps, est-ce qu'il a pu t'approcher
un peu plus? Tu as pu le rassurer? Parce qu'il a l'air
d'aller beaucoup mieux
ce matin. "
- " Oui, un peu. Mais l'essentiel de ce que je sais
maintenant de ses aventures de la fin de semaine, c'est
Emmanuelle qui me l'a communiqué ce matin! Alors comme nos
trois lurons ont l'air de très bien
s'amuser pour le moment, sans penser aux
événements tragiques des
derniers jours, je préfère les laisser jouer
entre eux. Tout à l'heure, j'ai
l'intention de les sortir dehors tous les trois. Je sais
que notre copain au
grand pif se fera un plaisir de nous donner un cours sur
l'interprétation des
odeurs et le sens des "marques" laissées,
volontairement ou non, par les
animaux du coin. Lui-même y compris. "
" En ce qui me concerne, je n'ai qu'un pauvre vieux nez
quasiment bouché en permanence dirait Bandit si on
lui demandait un
commentaire! Pourtant à son contact, je
découvre avec émerveillement la
richesse et la très haute précision de sa
perception à lui des choses, des lieux
et des gens bien-sûr... Une perception tellement
fine que même le terme
"hyperréalisme" est nettement insuffisant! Mais il
faut avouer que c'est
toujours par l'intermédiaire du nez de Bandit
lui-même que je peux sentir
toutes les nuances subtiles qu'il veut m'indiquer... "
" Par contre, pour Emmanuelle et René, c'est tout
autre
chose: leurs facultés olfactives ne sont pas encore
déterminées et censurées
par l'expérience et toutes les connotations
sociales qui accompagnent le sens
de l'odorat dans notre société. Alors s'ils
sont aidés par un tel mentor, je
pense qu'ils sont encore en mesure tous les deux
d'acquérir une
"compétence" olfactive, à toutes fins
pratiques, de beaucoup supérieure à tout
ce qu'on peut trouver de nos jours! Mais bien-sûr,
pour en arriver là, il faut
quand même compter avec le niveau
d'intérêt des élèves! Jusqu'ici, j'ai
l'impression que c'est Emmanuelle qui est la plus
intéressée et captivée par
les leçons de "son" Bandit. "
" Après le dîner, on va donc sortir et Bandit
va nous
apprendre à "lire" les odeurs de notre
environnement. Ça promet! Si j'ai
l'impression qu'il y a plus à en tirer, je pense
que je vais continuer à le sonder
pendant que les enfants vont faire leur sieste, pour ne
pas les traumatiser le
cas échéant par ce que Bandit va nous
communiquer de neuf à propos de sa
fin de semaine pour le moins macabre... On verra bien ce
que ça donnera! "
<> " PLEIN DE BONS SENS "
La peau encore toute chaude polie comme du cuivre et
tirant légèrement sur le rouge à la
suite de l'après-midi de farniente qu'elle vient de
passer à se prélasser sur la petite plage de
La Terre, Claudine salue une dernière
fois Paule et Roland qui s'éloignent de la maison
dans le vieux camion pétaradant
de ce dernier. Puis elle entre dans la maison et se dirige
en marmonnant
indistinctement vers la pièce où Paul a
installé son ordinateur et où il va souvent se
réfugier quand l'inspiration le pousse à
écrire.
- " Non mais franchement, ils exagèrent! Ça
n'a pas de
bon sens. Je veux bien croire que nos enfants sont
exceptionnels, mais tout
de même! Si un jour on m'avait dit que je
m'inquiéterais pour ma fille à cause
de l'influence... néfaste?... que son chien
pourrait éventuellement avoir sur
elle... je crois que je l'aurais envoyé promener!
Oh qui dira un jour toutes les
inquiétudes qu'une enfant mutante peut causer au
coeur de sa plate maman
très ordinaire, elle! Bon, voyons tout de
même ce qu'en pense son mutant de
père! "
Elle arrive en haut de l'escalier qui mène à
l'étage
supérieur, pousse doucement la porte du bureau de
Paul et, s'étirant le cou par la
porte entrebâillée, elle jette un coup d'oeil
discrètement à l'intérieur. L'écrivain
nudiste qui s'y cache tourne alors la tête vers
elle.
" Allô Claudine! Entres vite, Soleil de ma Vie, tu
ne me déranges pas: je
viens justement de finir d'écrire pour aujourd'hui.
Je sauvegarde une dernière
fois mon texte et je suis à toi. Voilà c'est
parti. Oh femme fatale! Que vous êtes
jolie et que vous me semblez belle! Sans mentir, avec
votre épiderme si
délicieusement bruni par la chaleur du soleil
éblouissant de notre été des
indiens, vous me donnez le goût de vous
lécher au complet: je vous veux
comme entrée, plat principal et dessert, c'est pas
mêlant! Entrez vite, j'ai faim
de votre corps de déesse!"
À ces mots, Claudine pousse un peu plus la porte et
le
côté ludique de sa personnalité la
pousse à entrer en roucoulant et en se pavanant
avec ostentation. Elle se fige occasionnellement ça
et là dans des poses très
"composées", telle un mannequin vedette
s'exerçant devant un noble auditoire
admiratif. Amusé et rieur, Paul s'est laissé
glisser à côté de sa chaise et, assis par
terre, il applaudit à chaque pose que prend sa
vedette qui se tourne et se retourne
devant lui en lui lançant toutes sortes d'oeillades
assassines. Sur la pointe des
pieds, celle-ci tend les bras vers le ciel, puis, dans un
fluide mouvement de rotation,
elle se rapproche de son auditoire admiratif et se cambre
vers l'arrière. Le corps
encore de profil, elle a tourné la tête vers
son amoureux et se penche maintenant
vers lui pour déposer un doux baiser sur son front.
Effronté, l'admirateur béat a
tendu les mains. Il flatte lentement le galbe parfait des
cuisses de son idole et ses
mains remontent lentement le long du corps chaud et
frémissant qui s'offre à lui
jusqu'à envelopper amoureusement les deux seins
bien fermes et si jolis. Leurs
mamelons dressés réagissent
immédiatement à ce contact délicieux et
suscitent un
frémissement de plaisir chez les deux partenaires.
Tout à fait rassurée sur l'à propos
de son arrivée
impromptue dans le bureau de Paul dont elle a vu avec
plaisir le membre viril se dresser pendant qu'elle faisait son
numéro, Claudine s'est maintenant approchée
de lui et en pliant légèrement les genoux
elle amène son sexe à la hauteur du
visage de son ami et sans plus attendre, elle se caresse
maintenant avec un doigté
des plus fins, puisqu'elle sait bien que c'est ce qui
enchante le plus son amant.
Tous leurs sens communient ensemble totalement dans cette
fête du plaisir où
leurs deux corps ne font littéralement plus qu'un.
Épuisés par ces agapes
impromptues et exubérantes, ils reposent maintenant
sur la tapis tendrement
enlacés dans les bras l'un de l'autre. Finalement,
c'est Claudine qui retrouve la
première ses esprits.
- " Très agréable comme accueil, merci! Bon,
mais ça
n'est pas tout ça! Paul, si je me suis permis de
venir te déranger pendant ton
travail c'est parce que j'ai quelque chose d'important
à te demander.
Évidemment c'est d'un genre plus sérieux que
ce qu'on vient de faire.
Quoique...? "
" Bon, assez tourné autour du pot: Paule et Roland
viennent de partir faire des courses. On a passé
pratiquement tout l'après-midi tous les trois sur la plage
avec Emmanuelle et René. Les deux complices
n'ont pas arrêté de faire courir et nager
Bandit après les battons qu'ils
lançaient constamment dans la rivière. On
les avaient bien à l'oeil, mais ils
étaient assez occupés par leurs jeux pour
qu'on puisse parler librement entre
adultes. D'ailleurs, ils font leur sieste en ce moment:
ils ne se sont pas fait
priés pour aller dormir après tout ce temps
à s'énerver avec leur chien, tu peux
me croire! "
" Au fil des conversations, Roland en est venu à me
parler de l'aventure de nos enfants dans l'univers de leur
cher Bandit. Dis-moi
sans détour: est-ce vrai? Si oui, est-ce que l'on
devrait s'inquiéter? Y a-t-il
risque que sous l'influence de leur chien nos enfants
rétrogradent au lieu de
progresser. Est-ce qu'on devrait intervenir? Est-ce qu'on
POURRAIT encore
intervenir ou si c'est déjà trop tard?
Qu'est-ce que t'en penses? Moi je me
sens complètement dépassée! Mais toi,
comment tu vois ça? Après tout: c'est
toi le premier mutant de la famille! Roland disait cet
après-midi que c'était
d'ailleurs toi qui lui avait parlé de cette
relation particulière qui s'établissait
entre tes enfants et leur chien. Alors
s'il-te-plaît: je veux savoir moi-aussi! Oh
bien sûr, mon instinct de mère m'avait
déjà mis un peu la puce à l'oreille, mais
je ne voulais pas y croire... j'avais l'impression de m'en
faire pour rien!"
- " Oui c'est vrai Claudine: c'est moi qui ai parlé
de ça
avec Roland. C'est lui qui, inconsciemment sans doute, a
amené la
conversation sur ce sujet-là. Mais je pensais que
tu étais déjà au courant; ton " instinct de
mère " , comme tu dis, et le questionnement intérieur
qu'il amenait
en nous a même été le premier indice
qui m'a poussé à sonder moi-même
Emmanuelle et son chien. Emmanuelle a déjà
du t'en informer, non? C'est vrai
que sur le coup tu n'as peut-être pas
réalisé l'importance que pouvait prendre
ce phénomène ni ce qu'il représente
pour l'avenir de la race humaine comme
pour notre propre avenir familial. Je ne sais pas si
ça peut te rassurer, mais
personnellement j'ai trop confiance en Emmanuelle et
René pour m'inquiéter
vraiment. Mais je l'avoue: c'est purement intuitif."
- " Non. Paul, non! Ça n'est pas vrai? Dis-moi que
c'est
une blague! On fabule, n'est-ce pas? Je n'arrive toujours
pas à y croire! En
tout cas, moi ça me dépasse... il n'y a pas
d'autres mots: ça me dépasse!
Rassure-moi je t'en prie: dis-moi que je m'inquiète
pour rien! Dis-moi que tu
vas suivre son cheminement de près! Que tu va
toujours me tenir au courant de tout ce que tu vas trouver!"
- " Bien sûr que je vais la suivre d'aussi
près que
possible! Et je te promet que tu sauras toujours tout ce
que j'aurai trouvé!
Mais c'est le plus que je puis t'offrir pour le moment. Je
suis désolé Claudine,
comme je n'en sait pas vraiment beaucoup plus que toi,
j'ai bien peur de ne
pas pouvoir t'offrir d'autres certitudes: je ne penses pas
que tu fabules du
tout! Je suis bien certain que ton instinct de mère
va te permettre de tout
comprendre bien vite - plus vite que moi peut-être -
et qu'ensemble on va
trouver comment réagir pour le mieux. Entre
parenthèses: je trouve assez
enivrant de pouvoir vivre avec ton intuition en plus de la
mienne. Même si ça
devient parfois mêlant... parce qu'on en jase un
coup tous les deux dans nos
têtes! Enfin passons, là n'est pas la
question aujourd'hui. Bref, je comprends
très bien que tu sois désorientée:
moi aussi je le suis probablement autant
que toi sinon plus à dire vrai! Il nous faudrait
probablement apprendre à
méditer mieux comme le dit toujours Paule, pour
arrêter le dialogue intérieur et sortir des mots? C'est
pas à moi de te dire que ta copine Paule, c'est
quelqu'un de... hors du commun. ¨Ça fait
plusieurs années qu'elle fait de la
méditation. Elle dit qu'il faut apprendre à
sortir du labyrinthe des mots pour
saisir directement toute la finesse du monde. Devenir
assez attentifs à la
réalité pour DEVENIR la
réalité elle-même. Hyper-réaliste et
connecté au point d'ÊTRE tout court! "
- ???
- " Ok, là je charrie tout de même un peu,
c'est vrai.
Mais si peu! Je te dis tout ça parce ce que je vis
moi-même avec Bandit
quelques chose de tout à fait ahurissant. Dans mon
cas, évidemment, peut-être à cause de mon
âge ou tout simplement comme il existe déjà une
relation
de type maître/dominé bien installée
entre nous deux, jamais Bandit ne se
serait permis d'avoir l'air de quelqu'un qui essaierait de
m'éduquer... Pour lui,
ça ne se fait pas, point! Pourtant ce n'est pas
faute de pouvoir réellement
m'apprendre encore quelque chose s'il le voulait, je te le
jures! "
" Penses à ton expérience avec Emmanuelle
par
exemple. Lorsque tu la touches, le fait de partager avec
elle toutes ses
sensations t'ont sûrement permis de ressentir un peu
de cette euphorie que
procure l'augmentation notable de ton acuité
sensorielle, grâce à la
communion avec ses jeunes oreilles par exemple.
(Même si l'intégration des
données quadraphoniques de vos quatre oreilles
n'est pas toujours simple
pour un vieux cerveau à peine
stéréo!) On se comprend? Bien. "
" Mais, si je comprends bien tes propos de tout à
l'heure, je suis sûr qu'Emmanuelle a
déjà dû te permettre " d'assister " aussi
à quelques unes des sessions d'éducation sensorielle
que lui donne son cher
Bandit. Ne serait-ce qu'à titre de souvenir, parce
que, quand la leçon est
terminée, un élève attentif repasse
souvent dans sa tête ce qu'il a appris pour
mieux " l'intégrer à son vécu " ,
comme on dit. Tu te doutes bien qu'à côté de
certains des sens de Bandit, même ceux de la
chère Emmanuelle font office
de parents pauvres. "
" Grâce à lui, elle a en ce moment l'occasion
d'accéder
à un nouvel univers sensoriel inédit pour
nous pauvres humanoïdes à la
grosse tête. Le monde des odeurs d'abord et celui
des ultrasons ensuite...
Rien que ça! Pour nous, adultes déjà
formés, une ouverture comme celle-là, ça
équivaut presque à une incursion dans un roman
fantastique... mais avec
une portée toute limitée dans le fond,
à cause du fait que nos images de nous- même et du monde
en général sont plutôt arrêtées!
Mais pour bébé
Emmanuelle, ça signifie: un apprentissage de plus
à faire, un nouveau
professeur à écouter et pourquoi pas:
à dépasser peut-être..." " Bien sûr, elle
dispose quant-à-elle d'un ensemble yeux- cerveau infiniment
supérieur à celui de Bandit, en couleurs même,
alors qu'il
est de son côté normalement condamné
à une bien piètre vision, monochrome
en plus! Par contre, si elle se laisse guider par son ami,
elle peut pénétrer
dans un nouvel univers qui n'est plus qu'une
multiplicité fascinante d'odeurs
dont chacune est dotée d'une
spécificité absolument indéniable. Pour qui sait
sentir bien sûr... C'est comme une sorte de
courtepointe foisonnante de
"couleurs" et de "textures" olfactives. Tissées
serré. Aussi variées que nettes.
Tellement précises qu'elles apparaissent toutes
comme assez différentes
l'une de l'autre pour pouvoir être
identifiées absolument sans erreur! Tu
avoueras que c'est sûrement assez grisant merci. "
" Alors pour Emmanuelle, qui en est encore à
circonscrire et définir son propre champs de
perception et d'intégration
sensorielle, il n'est peut-être pas encore trop tard
pour que ses jeunes sens
s'affinent et gagnent encore en précision et en
puissance. "
" Parce qu'après tout, pour l'être humain,
l'éducation,
ça comporte toujours une part de choix et donc
d'auto-fermeture à une partie
des informations que lui donnent ses sens. En tout cas,
c'est à peu près ce
que disait Glen à l'Institut. Il disait que pour
apprendre une langue par
exemple, il nous faut apprendre à découper
la réalité acoustique en fonction
des fenêtres que constituent les phonèmes
pertinents de la langue en
question et de devenir " sourd " aux autres nuances
sonores subtiles. Une
deuxième langue c'est tout une nouveau
fenêtrage sur le monde acoustique.
De la même façon, il disait que le seul fait
d'acquérir une nouvelle langue
apporte une nouvelle façon de diviser et
d'articuler la réalité au niveau
conceptuel. "
" Maintenant ce qui s'ouvre à Emmanuelle, c'est
toute
une nouvelle façon de découper le
réel. Un continuum inédit pour l'être
humain. Inédit ou oublié depuis la
préhistoire? Après le dilemme "auditif ou
visuel" du docteur Lafontaine, voici l'alternative
"olfactif"! Un hyperréaliste
celui-là. "
" Moi en tout cas, j'ai confiance en Emmanuelle. Je
crois qu'elle se développe bien, mais je sais aussi
qu'elle vit quelque chose de
capital avec son copain aux grandes oreilles molles et au
pif plus sensible
qu'un détecteur de mensonges. À cause de son
héritage du toucher total, on
ne pourrait déjà plus la classer comme "
auditive " ou " visuelle " . J'aurais eu
quant à moi tendance à lui donner
plutôt une étiquette de " tactile " ; " tactile totale "
si on veut. Mais maintenant qu'elle déborde dans un univers
carrément olfactif doté d'une " teinte "
auditive enrichie, je pense qu'on
pourrait laisser de côté le mot " toucher "
et la voir comme un être "Total" tout
simplement! Non?"
- " Tu veux dire que je ne rêve pas: Emmanuelle est
bien en train d'apprendre à sentir et à
penser en chien! Sacré Bandit! "
- " C'est à peu près ça. Mais je sais
aussi qu'elle va
avoir besoin de nous comme jamais. Besoin de donner comme
de recevoir.
Besoin d'échanger. Besoin d'amour."
" Je suis convaincu que lorsqu'on apprend une
nouvelle langue, on peut s'en trouver grandi, dans la
compréhension de celles qu'on connaissait déjà,
comme dans la diversité de nos façons de voir. Mais
pour ça, ça prend un environnement
favorable. Je pense qu'on est embarqués
tous les trois, ou plutôt tous les cinq... dans le
même bateau. Celui de
l'accroissement exponentiel de l'envergure de nos
qualités de vie... Ouff! "
- !!??!!
- " Tout un programme, non? Cela est-il assez
séduisant, madame Claudine? Bien. Alors
chère amie, soyez la bienvenue à
bord du Vaisseau amiral de la mutation, le " Plein de Bons
Sens " , et en route
vers de nouvelles aventures!"
" Mais ça, c'est tout une autre histoire..."
_ " Tais-toi Paul. Toi aussi tu parles trop!" Lui dit-elle
en lui mettant son doigt sur les livres. Pendant que Paul lui serre
la main tendrement
entre ses deux paumes bien chaudes, leurs regards amoureux
communiquent dans
un silence des plus touchants...
<> BRUITS ET BROUILLARD
Ce matin-là, Roland est passé très
tôt pour amener tous le monde faire un tour dans le parc de La
Vérendrye pour visiter un petit lac peu
profond doté d'une grande plage en sable fin et
dont l'eau a peut-être été
suffisamment chauffée par le soleil des derniers
jours chauds pour qu'on puisse
encore espérer s'y baigner. De toute façon
Roland compte bien y louer une ou deux
embarcations. Emmanuelle et René ont bondi de joie
à l'idée de changer de terrain
de jeu et de pouvoir peut-être se baigner à
un endroit où il n'y a pas du tout de
courant et où l'eau n'est pas encore trop
glacée. Leurs deux mamans ont acquiescé
avec joie à cette pincée de
variété dans leur vies. Paul de son côté
est resté à la
maison pour écrire encore un peu et pour attendre
Jean qui doit passer au cours de la journée. Bandit est
resté lui aussi car Roland n'était pas certain si les
chiens étaient admis près de la plage où il
compte amener son monde.
Il est près de midi quand Paul entend les
aboiements de
Bandit. Celui-ci signale à sa façon
l'arrivée de la voiture de Jean qui s'arrête devant
la maison. Ayant sauvegardé son texte, il descend
alors à la rencontre de son ami.
Celui-ci est tout occupé à répondre
aux avances du chien en le grattant derrière les
oreilles.
- " Bonjour Paul. Comment vas-tu vieux? Aussi bien
que ton cerbère de service j'espère! Et la
famille aussi? Qu'est-ce que vous
faites de bon? Est-ce que les tristes
événements du mois dernier font
maintenant un peu plus partie du passé pour vous
comme pour ton clebs? "
- " Bonjour Jean. Ça va plutôt bien pour la
moment.
Avec un aussi bel été des indiens, comment
cela pourrait-il aller mal. L'eau est
toujours un peu froide, mais on dit qu'il y a encore des
petits lacs isolés qui
sont déjà très " baignables " dans le
parc La Vérendrye. ... As-tu dîné? Non,
parfait: j'allais justement arrêter pour manger,
alors entres et viens m'aider à
cuisiner quelque chose. Je suis tout seul avec Bandit;
tout le monde est parti
avec Roland à la recherche d'un petit lac mythique
à l'eau encore chaude. Ils
ont dû trouver, ça fait au moins trois heures
qu'ils sont partis. Ils se baignent peut-être, ou bien ils se
promènent en canot... ou alors ils sont en train de
lézarder au soleil tout simplement! "
Les deux copains entrent ensemble et s'affairent
maintenant à préparer quelque chose pour
dîner. On s'est entendu pour une "
salade du chef " improvisée à partir des
légumes frais que Jean a rapporté du
Marché Central de Montréal. Ce faisant, ils
se mettent mutuellement au courant des
derniers développements à s'être
produits sur la Terre et à la Corpo au cours du
mois dernier. Puis ils s'assoient tous deux et continuent
d'échanger tout en
mangeant. Ils en sont rendus au café quand Paul
commence à évoquer l'étrangeté
de la relation que Bandit entretien maintenant avec ses
maîtres. Fasciné par ce qu'il
vient d'apprendre, Jean presse son ami de lui servir de
canal pour expérimenter lui
aussi la grande ouverture sensorielle que maître
Bandit peut lui offrir.
- " Bon, d'accord Jean. Si tu veux bien faire entrer
monsieur du Pif, je vais ranger la vaisselle pendant ce
temps là. "
...
- " Allez, assieds-toi là et poses ta main sur mon
bras pendant que je tiens notre gourou par le coup. Bien. Attends, je
n'ai pas
encore un bon contact avec lui. Trop de poil! Voilà
qui est mieux. Avoues que
c'est tout de même assez " tripant " de savoir
vraiment ce qu'un chien
distingue de particulier lorsqu'il sent ta propre odeur
corporelle. Fascinant
n'est-ce pas. On peut même " dialoguer " avec lui.
Si tu es intéressé, je te
laisse le champs libre. Vas-y mon vieux essaie de "jaser"
un peu avec notre
ami. Tu vas voir: il est assez fort! "
Pendant de longues minutes, Jean essaie alors de
communiquer avec Bandit par Toucher Total
interposé. Au début, il a beaucoup de
peine à s'y retrouver dans le dédale
extrêmement complexe des impressions
fugitives et des souvenirs olfactifs de Bandit qui est
lui-même complètement dérouté
par cette incursion si étrange dans sa conscience.
Pour faciliter la prise de contact,
Jean essaie d'amener son guide à se
remémorer quelques uns des souvenirs qu'il
garde encore de son été.
Bien sûr, au nombre des souvenirs inoubliables de
Bandit
figure en première place la longue veille
décourageante qu'il a tenu devant la porte
de l'autobus de Jacques. Bien qu'il s'agisse
d'éléments tous aussi incohérents et
étranges les uns que les autres pour leur
conscience humaine, les deux amis
suivent tant bien que mal la ré-actualisation
essentiellement olfactive et sonore que
Bandit leur offre de la nuit tragique où Jacques
est mort. Ils entendent distinctement
la voix grave de Jacques qui discute avec un visiteur dans
son autobus, mais sans
pouvoir reconnaître vraiment aucun des mots
prononcés, puisque Bandit ne les
comprenait pas lui-même et n'en avait effectivement
retenu que la sonorité général
et le ton comme une sorte de mélodie en fait. Ils
sentent très clairement l'odeur
d'huile à moteur et d'essence qui
caractérise si bien Jean-Louis Lavigne dans le
cerveau de Bandit. Via les images confuses que sa pauvre
mémoire visuelle
conserve de ce qu'il a aperçu vaguement, ils voient
Jacques debout sur le pas de
sa porte qui dit quelque chose à Jean-Louis. Celui-
ci lui répond et farfouille sous le capot de son camion.
Beuding, beudang. Jacques lui dit encore quelque chose et rentre chez
lui. Clac. Jean-Louis démarre le moteur de son camion,
rh-rh-rh-vroom-rhvroooom. L'univers entier est estompé par
l'odeur trop forte de
l'échappement. Il ressort de son camion et
s'approche de l'autobus de Jacques. On
voit la scène confusément comme dans un
nuage, obscurcie en fait dans l'esprit de
Bandit par la forte odeur acide qui agresse ses narines.
Scrouic-clac. Jean-Louis
remonte dans son camion et les roues se mettent en
mouvement. Vroom-chik chik... cri-ik... crouch... vroom. Il est
parti.
<> SCROUIC-CLAC
- " Quelqu'un veut une autre tasse de café? Paule?
Non. Paul? Une. Roland? Non. Jean? Deux. Ok, j'arrive."
Un rayon de soleil encore timide traverse la petite bruine
qui enveloppe la maison de Jean. En entrant par la
fenêtre la plus à l'est du grand
vivoir décagonal, son éclairage oblique
trace une ellipse claire au centre de
l'immense table centrale. Claudine y pose un plateau avec
trois tasses de café
fumant. Autour de la table, on est silencieux depuis
plusieurs minutes. Les convives
sortent alors de leurs réflexions oniriques et se
retournent vers le ballet des volutes
de fine vapeur qui dessine ses blanches spirales dans
l'air encore frais du matin.
- " Pour pister un raton, mon nez n'est sûrement pas
capable de rivaliser avec votre museau, mon cher monsieur
Bandit, mais pour
ce qui est de reconnaître l'odeur d'un bon
café, vous pouvez déclarer forfait: je suis un
maître! "
...
" Merci Claudine. "
Conscient qu'on s'intéresse à lui et
rassuré par le ton
amical de la voix de Paul, le grand chien noir qui est
couché près de la porte
d'entrée lève la tête et dresse les
oreilles en battant le sol de sa queue. Puis
comme son maître détourne son regard et se
retourne vers ses compagnons, il
repose la tête sur son tapis et pousse un long
soupir en fermant les yeux.
- " " Scrouic-clac " ... Qu'est-ce que ça pouvait
vouloir
dire un son pareil? Qu'est-ce que t'en penses Jean? C'est
intriguant, non?
Moi, ça fait déjà quelques fois que
Bandit me refait le show, mais je n'ai
toujours pas réussi à identifier avec
certitude ce qui s'est vraiment passé
pendant cet épisode là. L'odeur de gaz
d'échappement trop agressive cache
tout dans les souvenirs obnubilés de notre cher pif
à pattes! En tout cas, une
chose est sûre, Jean-Louis est redescendu de son
camion et il a failli
retourner voir Jacques. Peut-être qu'il se doutait
que quelque chose clochait...
Qu'on manquait d'air chez lui... Peut-être que
Jacques lui avait dit quelque
chose d'inquiétant... Allez savoir! Mais il n'est
pas entré... De quoi il avait l'air à ce moment
là? Bandit n'a évidemment pas remarqué ni
l'expression de son
visage, ni s'il a parlé à Jacques à
travers la porte, ni non plus le détail de ce
qu'il a fait. Dommage. "
- " Tu devrais peut-Être lui demander? À ton
Jean- Louis. Le sonder, peut-être? Comme ça, on saurait
à coup sûr. "
Paul émet un han-han sourd, opine de la tête
et replonge
son regard dans sa tasse de café.
- " " Scrouic-clac " ... " Scrouic-clac " ... Moi aussi,
c'est
ce son là qui m'intrigue. Qu'est-ce qui a pu faire
ce petit bruit là? Et je t'avoue
que je considère ça comme un défi
à mon expérience de preneur de son! J'ai
réussi à identifier la source d'à peu
près tout les autres bruits que Bandit a
entendu. Excellente prise de son monsieur du Pif. Prise
d'odeurs édifiante... Chapeau!... Mais captation de dialogue
nulle... et travail de caméra... plutôt
pauvre. ... Pellicule assez merdique... Sérieux
contrat pour un monteur, ça
monsieur! ... Et je ne parle pas de celui du monteur
sonore! "
Pendant que Jean parlait, Roland s'est levé et il
flatte la
chien qui se sent soudainement devenu vedette. La
pièce résonne maintenant du ra frénétique
que bat la queue sur le plancher.
- " Écoutez les copains, la semaine prochaine
ça va être l'anniversaire du réveil de Paul entre
mes pattes de physio bavarde. Pour
moi en tout cas c'est un anniversaire important! J'ai le
goût de fêter ça. Un
bon gros party retro - des années 80, tiens,
pourquoi pas - avec bonne bouffe
et bon vin, ça vous va? Vous serez tous là?
Bien. Je comptais inviter aussi
Jean-Louis. Vous lui parlerez à ce moment
là. Ok. C'est réglé. On peut-tu
parler d'autre chose maintenant?!"
<> NOUVEAU PARADIGME
- " Bonjour les tourtereaux! Alors bien dormi? Un peu
tout de même? Attention Roland, la belle Paule est
bien capable de vous vider
de toute votre énergie avant que vous n'ayez le
temps de vous en apercevoir.
C'est du moins la réputation qu'elle avait à
l'Institut de Réadaptation! "
- " Claudine, s'il-te-plaît, t'as fini de ressasser
les
racontars de l'Institut. Ce qui n'était au
début qu'un petit gag et baliverne sans
méchanceté a fini par devenir une blague
plate qui n'en finissait plus et qui
s'alimentait à toutes sortes de mesquineries
jalouses. À l'Institut, j'ai toujours
fait comme si je me fichait de ce genre de
réputation, mais à dire vrai, j'ai
souvent souhaité que ça cesse. De toute
façon, côté " mangeuse d'homme
dangereuse " , toi et Paul savez très bien ce qu'il
en est vraiment! Alors, s'il-te- plaît... "
- " Tu as raison Paule, je m'excuse. En voulant
détendre l'atmosphère avec une vieille
blague usée, j'ai bien peur d'avoir
commis une bêtise en fait. Je suis
désolée. Pour me faire pardonner, je me
charge du déjeuner ce matin. Alors qu'est-ce qu'on
vous sert? Un jus d'orange
ou un pamplemousse pour commencer? Des
céréales peut-être? Après ça,
des oeufs et du bacon ou simplement des toasts et de la
confiture? Et du café,
vous en voulez avant de manger ou simplement après?
Je suis à vos ordres! "
- " Bon. ...Hum... Pour commencer, je prendrais bien
une bon verre de jus d'oranges - fraîchement
pressées s'il-vous-plaît - puis...
ce qui me ferait vraiment plaisir... c'est... que Paul
nous prépare quelques
unes de ses crêpes si succulentes! OK Paul? J'ai au
fond de votre mémoire
familiale un ou deux très bons souvenirs qui s'y
rattachent... OK? ... Merci.
Pour le café, j'attendrai à la fin du repas.
Roland aussi je pense? ... Oui, OK?"
Pendant que Paul et Claudine s'affairent dans la cuisine,
Roland et Paule récapitulent ensemble les derniers
événements qui sont venus
bouleverser leur vies. La nuit dernière, pour la
première fois Roland a dormi avec Paule, après
plusieurs mois de fréquentation où les occasions
d'intimité n'ont pas
manqué: qu'il s'agisse des nombreux traitements
dispensés par Paule à son patient
nu comme un ver ou les délicats massages que
celui-ci a commencé à donner en
retour à sa thérapeute, nue pour l'occasion
également. Pourtant, en dépit des
insinuations de Claudine, rien n'a vraiment
été consommé la nuit dernière. Roland a
en effet préféré opter une fois de plus pour une
relation essentiellement tantrique et non totale. Lui-même et
Paule ont encore trop peur de cette attirance viscérale
qui les pousse en fait dans les bras l'un de l'autre. Bien
sûr, ils n'ont pas dormi
beaucoup car ils ont passé beaucoup de temps
simplement à se serrer dans les
bras l'un de l'autre et à se caresser mutuellement
avec une délicatesse extrême.
Pendant ce temps, ils se sont ouverts l'un à
l'autre pour se confier un bon nombre
de secrets et de désirs cachés qu'ils
n'avaient jamais penser révéler un jour à
quelqu'un.
...
- " Il est tout bonnement adorable, ton petit bonhomme
et je serais très fier d'être son
père, même si je sais que cette place-là est
déjà prise... En fait, j'aimerais beaucoup que tu ou
plutôt que vous, m'acceptiez
comme... membre honoraire de votre famille... un peu
spéciale. Une sorte de " mon oncle " très familier. Je
ne veux m'imposer en aucune façon... et de ce
côté-là, Paule tu sais bien que j'ai
assez de contrôle sur moi-même pour ça: je crois
te l'avoir amplement prouvé au cours des derniers mois! Je
sais qu'il y a toujours quelque chose de latent entre Paul, Claudine
et toi. Je n'y pourrai
jamais rien: il y a trop de choses qui vous unissent.
Aussi, je ne tiens vraiment
pas à contrecarrer quoi que ce soit de ce
côté-là, ce serait vraiment trop idiot!
Vous êtes complètement embarqués dans
la création d'un nouveau
paradigme. René et Emmanuelle sont là pour
changer la face du monde...
comme jamais! Ils seront issus d'une famille
réinventée, aussi inusitée
aujourd'hui que... celle d'un autre changeur de monde
l'était pour l'époque, il y a deux milles ans!... C'est
pas des blagues! Vous avez en main tous les éléments
d'une nouvelle culture et d'une nouvelle conscience. Un nouvel
écosystème parfaitement
intégré. Je vous aime trop tous les cinq, et toi d'une
façon toute particulière Paule... pour
penser briser votre synergie, car je sais
qu'on perdrait trop pour le peu que je peux espérer
gagner en tentant de vous
séparer. Pour moi, tu dois toujours rester
maîtresse de ta vie, suivre ta
conscience et ton intuition. Je t'aime vraiment Paule. Je
t'aime et... je vous
envie... "
- " Attention les conspirateurs! J'arrive avec vos deux
verres de super jus d'orange frais pressé! Les
crêpes de mon acolyte s'en
viennent d'un instant à l'autre. On sent
déjà l'odeur de cuisson! Ne bougez
pas, j'arrive! "
Claudine sort de l'escalier du demi-sous-sol où est
située
la cuisine et, après avoir passé un chiffon
sur la table du vivoir, elle y dépose deux
grands verres de jus d'oranges devant Paule et Roland.
Puis elle redescend à la
cuisine pour préparer du café.
...
- " Voilà, Roland, tu comprend mon problème?
Ce que
Bandit nous a montré m'a laissé avec un
goût bizarre. On a compris que Jean-Louis est retourné
près de l'autobus de Jacques, qu'il est presque rentré,
puis
reparti. Le lendemain matin, ou à peu près,
Jacques s'asphyxiait dans son
autobus. Et puis il y a ce " scrouic-clac " non
identifié... À part ça, il faut que je te dise
que peu de temps avant, Claudine et moi on avait invité
Jacques à
souper. Il avait apporté son album de photos de
voyage, il nous avait
montrées en y ajoutant toutes sortes de
commentaires. Des photos, il en avait
vraiment fait beaucoup, dans tout le pays. Ça lui
servait de modèle pour son
travail de graphiste. Il y en avait une, entre autres,
qu'il avait prise dans une
vallée du désert où il s'était
perdu. Une usine ultra-moderne au milieu de nulle
part. Elle le fascinait et lui rappelait beaucoup de
souvenirs, Il l'avait montée
dans son album et semblait y tenir particulièment.
Quelques jours plus tard,
quand l'inspecteur euh... Villeneuve, nous a montré
l'album de photos de
Jacques pour identification, il a ouvert l'album, et bien
je suis à peu près
certain que cette photo, celle-là en tous cas,
avait disparu... Claudine pense
comme moi: elle a regardé cette page de l'album
avec moi elle aussi, les deux
fois. Je sais que Jacques devait montrer ses photos
à Jean-Louis, qui était
très curieux de les voir parce qu'il a
déjà vécu en Afrique, mais selon
Villeneuve, Jean-Louis prétend que Jacques ne lui a
rien donné cette fois-là.
J'aurais tendance à le croire: Jacques revenait
à peine de voyage, il avait trop de monde à voir en peu
de temps pour se départir de ses photos. Surtout
celle-là. Où est passée cette photo? "
" Alors tu comprends que je ne me sentirai pas en paix
tant que je n'aurai pas sondé notre ami. Mais il y
a un hic: monsieur Lavigne
porte absolument tout le temps une paire de gants. Ajoute
y des jeans et une
chemise à manches longues, il ne nous reste pas
beaucoup de peau à
"contacter"... Donc, si je veux le sonder, il faudra
d'abord que je lui en fasse
accepter l'idée. Si je me trompe, il n'y aura pas
de problème: dès que j'en serai
certain, je pourrai oublier tout ça. Si mon
questionnement est juste par contre,
il ne voudra rien savoir. On se connaît quand
même assez bien pour qu'il
sache que je peux être très... touchant. Il
m'a déjà laissé lui toucher le front,
alors le Toucher Total, il connaît. Pourtant s'il ne
fait que refuser, je reste avec
mon questionnement. Je suis coincé. "
- " Si tu veux, je peux t'aider. J'ai déjà
eu à immobiliser
des délinquants ou des aliénés. Quand
Jean-Louis sera là, au party, tu pourra
lui parler. Je me tiendrai tout près. Il ne pourra
pas t'empêcher de le sonder. Je te promet de ne pas lui faire
le moindre mal, mais il ne pourra pas
t'empêcher de le sonder, tu peux me faire confiance.
Si tu te trompes, on
pourra toujours s'expliquer et s'excuser. Si tu as raison,
par contre... "
- " Oh ça, c'est un tout petit problème de
mise en
scène pour notre ami Jean Vidéo St-Pierre,
j'en suis sûr. "
- " HÉ ho les gars! Si vous permettez un
commentaire
d'une pauvre nana qui est sûrement là par pur
hasard: vous faites encore des
plans de gars, entre gars, avec rien'que des gars dedans,
et des gars qui se
comportent en gars, en vrais "tough": un peu macho sur les
bords votre
histoire! Vous pensez-pas? ... Si j'osais, j'ajouterais
peut-être mon grain de
subtilité féminine... Je peux? "
- " Pardonnes-nous Paule, tu as raison. Ton grain de
subtilité féminine serait tout à fait
le bienvenu. Même qu'il nous le faut
absolument j'en suis sûr! J'ai déjà eu
l'occasion de réfléchir avec toi dans ma
tête... J'en sais quelque chose! Dis-nous vite! Nous
mourrons de goûter à la
quintessence de la subtilité. Nous sommes tout
ouïes! S'exclama Paul en
faisant de grands gestes mélodramatiques. "
- " Ok! On se calme... on se calme. D'accord. On
reprendra pas depuis le début ce serait trop long,
juste à partir de là où c'est
vraiment important: Paul veux "toucher" Jean-Louis sur la
peau. Tu veux sa
peau, quoi? ... Assez longtemps pour répondre
à tes inquiétudes. ... Le
problème c'est qu'il est généralement
" intouchable " : il est toujours trop
habillés. C'est à peu près ça?
"
- " Oui... c'est en plein ça! "
- " Alors pourquoi ne pas organiser un " beach party "
d'automne? On remplit le grand bain, on débarrasse le grand
vivoir, on y
installe un petit filet de ballon volant, on joue avec un
ballon de fête; il faudrait
un gros ventilateur, quelques-uns de vos gros spots de
cinéma déguisés en
soleils... un paquet de serviettes de plage... on sert du
punch... tant qu'à
donner dans le kitsch: Roland pourrait peut-être
même nous bricoler un ou
deux palmiers en bois ou en carton, et... on
déclare le maillot de bain costume de circonstance pour la
soirée! "
- " GÉNIAL! Le hic c'est que Jean-Louis n'est pas
un
gars qui se baigne. Il dit qu'il a peur de l'eau. Si on
veut qu'il vienne à coup sûr,
on pourra pas mettre le costume de bain obligatoire... Il
n'en met jamais et je
ne suis même pas certain s'il en a un! "
- " Peut-Être? Mais on peut toujours essayer. Je
pourrais peut-être essayer d'user de toute ma
persuasion féminine pour vous
l'amener en maillot pour le party. Et si ce butor
rapplique ici couvert de tissu,
je vais vous le déshabiller moi, il y coupera pas!
S'il le faut, tu lui prêtera un
maillot... et je lui mettrai moi-même, tiens! Sinon
je vous le flanque à l'eau tout habillé! Vous
allez-voir: on va quand même bien s'amuser, c'est moi qui vous
le dit. J'ai l'intention de mettre beaucoup de vie dans
cette soirée. Après tout
cet anniversaire est assez important pour moi aussi:
ça quand même été le
début de quelque chose qui allait changer
totalement ma propre vie... "
" Fiez-vous à nous, on va vous organiser un
anniversaire de réveil absolument inoubliable. Quoi
qu'il arrive! Ok? "
" Et puis après tout: quoi de plus drôle
qu'un bon gros
beach party quétaine pour réveiller les
bêtes en nous et casser la monotonie.
Ça fait toujours un peu nostalgique. Nostalgique ou
impatient... selon que l'Été
est loin devant ou derrière... Comme ça,
c'est Ok? Je vais me charger d'inviter
Jean-Louis. Ha oui, ça va être un "beach
party surprise". Toi et Claudine ne
savez rien. C'est une surprise qu'on vous organise.
Roland, Jean et moi, on
veut vous fêter Si ça n'est pas une
idée à toi, peut-être que notre ami va moins
se méfier, si méfiance il doit y avoir, bien
sûr! Ok? Vis-à-vis de Jean-Louis, toi
qui sais toujours tout, au pire tu peux te douter qu'il se
prépare quelque chose
dans ton dos, mais tu ne sais pas quoi. Tu n'es sûr
de rien. Ok? "
<> BEACH PARTY: SURPRISES!
- " Est-ce que le bain-piscine est toujours plein? "
- " Oui et non. Il y a toujours du monde dedans.
Emmanuelle, René et Marie-Elfe en ce moment,
Christiane les surveille. Mais
ils peuvent sûrement te faire une petite place si tu
veux, Michel. ... Plus tard?
Ok. "
Le grand vivoir de Jean a été vidé et
transformé en plage
du sud avec l'eau (le bain), le soleil (un
éclairage très chaud et éclatant), on a
installé un vrai carré de sable dans un
coin, deux magnifiques palmiers peints sur
des panneaux de " foamcore " découpés, une
espèce de filet de ballon volant; la
plupart des convives sont installés dans des
chaises de toile pliantes ou alors sur
des coussins et de grandes serviettes de plage
étendues sur le plancher. On sirote
du punch glacé, du jus ou de la bière. Jean
a mis un environnement sonore
d'oiseaux des îles.
- " Jean, est-ce que Claudine et Paul vont bientôt
arriver? Qui s'occupe d'eux? Vous êtes certains
qu'ils ne se doutent de rien? "
- " Ils ne devraient pas tarder. C'est Jean-Louis qui
s'occupe d'eux. Aujourd'hui, il les a amené voir un
site naturel inoubliable en
Haute-Gatineau. On l'appelle " le Pont de Pierre " .
Paraît que c'est de toute
beauté. Mais pour le trouver, il faut y aller avec
quelqu'un qui connaît bien la
place, parce qu'il faut faire un bon bout dans le bois
pour y arriver. C'est une
expédition qui vous occupe un journée
complète! Claudine ne l'a jamais vu et
Paul serait incapable de retrouver le chemin tout seul.
Alors Jean-Louis a eu
l'idée de les y amener aujourd'hui. Il a fait beau
et plutôt chaud... mais les
froids du début de l'automne nous ont
déjà débarrassés des moustiques et on
voit mieux à travers les arbres quand ils ont perdu
leurs feuilles. "
" HÉ Paule, te voilà. Tout va bien à
la cuisine? ... Ah comme ça c'est Michel qui doit prendre les
choses en main en bas? ... OK ...
Il s'en vient. ... Parfait. "
...
" Mais le plus drôle de nous tous, c'est encore ton
copain Roland. Est-ce qu'il a déjà vraiment
été un G.O.? Dans un Club Med? Peut-être. Ah, tu
le sais pas. À le voir diriger les jeux sur "la plage", on
jurerais
que oui! Il fait plus vrai que nature! "
" Toi, tu as été trop occupée
à organiser ça aujourd'hui
pour mettre ton maillot? Attention, si tu ne te changes
pas bientôt, on va te
flanquer à l'eau toute habillée. Tu connais
la règle. D'ailleurs c'est toi qui l'a
proposée! "
- " Non je ne me suis pas encore changée. Je
préfère
attendre que les autres arrivent pour faire ça. Il
y en a un que je veux
absolument voir en maillot... Peut-être mon exemple
le convaincra-t-il. Sinon,
je compte bien inventer un jeu pour qu'il ne puisse pas
s'en tirer! Votre caméra
va nous immortaliser tout ça? Ok."
- " Oui, de ce côté-là tout est
prêt. Je vais d'ailleurs faire un petit tour du party pour
prendre quelques images. Comme ça, mon
vidéo servira au moins à nous rappeler de ce
party mémorable, s'il ne devait
Éventuellement pas servir à ce que tu
sais... Je vais d'abord aller tourner ton
ami le G.O. qui anime le match de LA CORPO vs L'Institut.
Match épique: les
filles de L'Institut sont habituées de jouer
à ce jeu-là, mais à la CORPO, sur les
tournages les gars jouent ensemble au aqui assez souvent
qu'il ne faudrait
pas les compter pour battus tout de suite: empêcher
quelque chose de tomber
par terre, y connaissent! "
- " L'esprit est pas mal bon. C'est " tripant " que tout
ce monde aie pu venir. C'est un beau party, Ok.
J'espère que l'envers va être
aussi calme..."
Paule a bien remarqué que l'idée de Jean
d'inviter à un
même party lui, ses confrères,
célibataires pour la plupart, et elle, ses consoeurs,
presque toutes aussi célibataires, donne
déjà à la fête un allant remarquable.
Puisque plusieurs d'entre eux et elles avaient
accepté de venir, Paule avait préféré
limiter ses invités et oublier ceux de ses nouveaux
patients de la région qui auraient
pu venir. Sauf Roland bien sûr... Son cher Roland
est d'ailleurs fortement courtisé
en ce moment par la sournoise Pascale, capitaine de
l'équipe des physios, qui
cherche à gagner la faveur de l'arbitre-animateur.
Mais l'heure n'est sûrement pas à la jalousie... Les
voix cristallines des trois enfants qui fusent de la salle de bain
ajoute une touche de gaieté très
juvénile. Ils semblent tous les trois ravis de leurs
retrouvailles.
...
" Ah mais un véhicule arrive... C'est le camion de
Jean- Louis! ... Ce sont eux! ... Ils descendent et... merde, je
pense qu'il va me falloir
éplucher un oignon ce soir. Ok mon gars, attends un
peu pour voir..."
Quand ils entrent enfin et se débarrassent de leurs
manteaux d'automne, les trois nouveaux arrivants sont
accueillis chaleureusement,
l'un par un groupe de physios qui, l'assaillent en bonnes
professionnelles, de
questions et de commentaires sur sa forme physique et sa
santé, toutes sortes de
remarques sur la qualité de la posture, la couleur
du costume, la longueur des
manches; l'autre par une équipe de techniciens
zélés qui discutent autour d'elle de
technicités de mise en scène, couleurs de
fards et détails d'éclairage etc. pour la
mettre en valeur; le troisième enfin est assailli
par une jeune sylphide et deux petits
chérubins tout nus et dégoulinants qui lui
grimpent littéralement sur le dos. Jean
alterne entre un groupe et l'autre avec sa caméra
et essaie de fixer sur vidéo toute
la pagaille de ce moment magique. Au bout de quelques
minutes d'effusions
démonstratives, en partie improvisées, en
partie "théatralisées", c'est finalement Paule qui
revient de la cuisine en battant vigoureusement dans une grande
poëlonne avec une grosse cuillère de métal qui
réussit finalement à enterrer le
tintamarre ambiant et à imposer une sorte de
"silence".
- " Holà tous le monde! Vous voyez bien que nos
visiteurs du nord ont encore leurs costumes d'esquimaux!
Ayez pitié d'eux et
laissez les se changer! ... Allez les copains, venez en
haut, on va enfiler nos
maillots. Tout le monde a son maillot? ... Non. Jean, tu
peux lui en prêter un?
... Une paire de bermudas... Ok. Il y a des touristes qui
viennent sur nos plage
habillés de toutes sortes de façons!
Habillés ou... déshabillés! Hein les
enfants? ... On y peux rien! À chacun sa
façon de voir, où d'être vu... Ok, mettons que
les bermudas, ça va faire pareil: on va pas être plus
crétin,
pardon catholique, que le pape tout de même. Michel,
s'il-te-plaît, tu peux
commencer à servir les amuse-gueule pendant ce
temps là. Merci. À tout de suite, le monde!"
...
- " Sers-moi un autre verre de punch, s'il-te-plaît
Paul.
... Ok, merci. La fête se déroule bien. Tout
le monde s'amuse ferme. Je pense
qu'il s'est même révélé de
nouvelles passions. Tu as vu comment la petite
Nicole et ton copain Sylvain ne se sont pas
lâchés un instant depuis que Jean
les a présentés l'un à l'autre? Et
Robert? Tu penses pas qu'il est pas rigolo à
essayer de draguer toutes les jeunes physios l'une
après l'autre! ... Le démon
du midi, oui! Et les enfants dans tout ça! Des
vraies petites guêpes, qui
butinent d'un groupe à l'autre; en piquant les
susceptibilités ici et là pour
secouer le monde. ... Heu... Est-ce que tu as eu
l'occasion de... prendre
contact?... "
- " Oui et non. En fait, on s'est un peu touchés
tout à
l'heure, pendant le repas. Pas assez longtemps pour que je
puisse aller bien
loin, mais assez longtemps pour que j'aie envie de creuser
plus profondément.
J'ai essayé de faire ça discrètement
et j'espère qu'il ne se doute pas trop de
mes intentions. Je vais continuer de guetter les occasions
de contact même
superficiel, mais j'ai bien peur que pour régler
vraiment la question, il va falloir
que je change de stratégie à un moment
donné. Je ne pourrai pas encore
longtemps tourner autour du pot."
" Mais assez conspiré, viens Paule, on va remonter
rejoindre les autres, Les enfants me suggéraient
tantôt un grand jeu de colin-maillard pendant que tout le monde
est encore là et... qu'il n'y a encore
personne de saoul. Ça promet d'être amusant
et ça devrait me permettre de
solutionner tous nos proplèmes, tu ne penses
pas?... Viens avec moi, on va
proclamer que " l'heure du grand Colin Maillard " est
arrivé!"
- " Ok. Tope là! Attends, je reprends la "
poëllonne de
parole " et j'arrive."
C'est transformée en batteuse de gong absolument
fébrile
que Paule remonte de la cuisine, suivie de Paul qui
s'avance en levant une main en
signe d'apaisement, pour indiquer clairement que c'est
pour lui obtenir l'attention de
tout le monde pour une déclaration, que Paule fait
tout ce tintamarre. En quelques
instants, tout le monde s'est tû, ou à peu
près, trop curieux de savoir ce que leurs
hôtes leur ont préparé comme suite.
- " Oyez! Oyez tout le monde! On a bien mangé? ...
Le
punch était pas trop vilain? ... Alors on peut
sortir le hibachi dehors et mettre
tout en place pour une bonne partie de colin-maillard. Ok?
Fermez toutes les
portes. Mettez vos assiettes et vos verres en
sécurité, s'il-vous-plaît! Marie-Elfe, est-ce que
tu veux choisir notre premier aveugle? ... Roland? Ok. Marie-Elfe,
Toi et tes deux assistants, vous voulez-bien lui mettre un bandeau
sur les
yeux. Ok? Vous allez être nos " officiers du bandeau
" pour commencer. Et
assurez-vous bien qu'il ne verra rien du tout! On a un
bandeau? ... Merci
Christiane, ça va être parfait. Ah oui, pour
que notre aveugle soit libéré, il faut
absolument qu'il vous donne le prénom de celui ou
celle qu'il a capturé. S'il ne
s'en souvient pas et même s'il pense savoir qui il a
pris, ça ne vaudra rien. On ne veut pas de descriptions: on
veut des noms! Tant pis pour lui! Il faudra qu'il
capture quelqu'un d'autre. Compris? ... Officiers du
bandeau? "Officez", je
vous prie !"
Dès que les enfants ont voilà les yeux de
Roland, une demi-douzaine de mains le font tournoyer
énergiquement pour le mêler un peu plus
et lui faire perdre le nord. Quand on le laisse, il en est
tout groggy. Il déambule alors
les mains tendues, en réponse à toutes
sortes d'appels ou de petits bruits furtifs,
faits par les multiples convives, qui s'évertuent
à lui donner toutes sortes
d'indications trompeuses.
- " Ah toi je te tiens! ... Mais qui c'est ça? ...
C'est... un
gars! Lequel? ... Je pense que je te vois dans ma
tête. C'est toi qui porte une
casquette des Expos, et tu t'appelles... Il n'y a pas
quelqu'un qui veux m'aider?
Non? Vous Êtes durs! Je ne connaissais pratiquement
personne de votre
gang moi avant aujourd'hui."
...
"Tu t'appelles... Pierre? ... Jean? ... Jacques? ... Paul?
... Arthur?... Albert? ... Simon?... Gilles? ... Euclide,
calvaire? ...
"Ouais... Tant pis, vas-t-en mon gars, je ne me souvient
absolument pas de ton nom! Va falloir que j'en attrape un
autre. ... HÉ les
copines, gênez vous pas: continuer à venir me
chatouiller à la sauvette si vous
voulez, comme ça je vais avoir moins de
difficultés à attraper une nouvelle
proie. ... Ah j'en tiens un autre. ... Non UNE autre,
pardon. Excuser mes mains
polissonnes mademoiselle, mais votre maillot est si
petit... Quel curieux
maillot d'ailleurs. C'est... Claudine? Non, alors c'est...
c'est... la féroce
capitaine des physios, je pense. Attends que je tâte
un peu mieux ton visage,
ma belle, mes doigts de potier vont t'identifier à
coup sûr. ... Oui... C'est bien
toi: c'est Pascale! "
Quelques instants plus tard, Roland est
libéré de son
bandeau et c'est maintenant Pascale que erre à
droite et à gauche à la poursuite
des nombreux fantômes qui tournent autour d'elle.
Elle bondit à tout bout de
champs pour capturer les responsables de toutes sortes de
petits bruits et n'arrive à chaque fois qu'à attraper
un courant d'air. Elle finit par agripper enfin quelqu'un
qui ne s'est pas esquivé à temps et le tient
d'une main pendant qu'elle le tâte de
l'autre pour l'identifier.
- " Toi, t'es... un gars... attendez, Robert? Non. ... Tu
portes des gants... t'es... le gars en bermudas! C'est toi
qui as amené Paul et Claudine tout à l'heure, et tu
t'appelles... Jean-Guy! Non? heu... Jean... Jean-Louis! C'est
ça? Enfin! J'commençais à avoir peur de
finir la soirée aveugle. "
- " Officiers du bandeau? "Officez" je vous prie. "
...
C'est maintenant au tour de Jean-Louis à courir
après des
fantômes hilares qui ne se privent pas pour le
tourner en tête de turc lui-aussi.
<> "RIEN QUE DES MENTERIES"
Après avoir capturé un gars de la CORPO et
trois physios
qu'il a pourtant tâtées de très
près... sans réussir pour autant à se rappeler
de leurs
noms, Jean-Louis finit par attraper le seul fantôme
dont les esquivades ne sont que
des feintes. Celui-ci le tient maintenant par les genoux
et s'est accroupi bien en face
de lui. Jean-Louis a les jambes légèrement
pliées et rentre la tête et les épaules,
comme pour esquiver un coup. Ils restent là au
milieu de la pièce, sans dire un mot,
à tourner en rond comme dans une danse sociale.
L'expression du visage de Paul
ressemble à une sorte de moiré puisqu'il est
sans cesse parcouru par de reflets
souvent très nets des feux de l'ahurissement total
de Jean-Louis.
- " Mais il est complètement
déconnecté, le mec! HÉ
Ho! " lance le gars de la CORPO que Jean-Louis avait
attrapé un peu plus tôt.
"
Dès que le contact a été pris, Paule,
Jean et Roland se
sont rapprochés du couple. Pendant que Paule
demande discrètement le silence,
l'index posé sur la bouche, en tournant furtivement
autour du curieux couple qui
danse, Jean les suit de près avec une large focale
et essaie de toujours garder un
cadrage assez serré sur Jean-Louis pour être
bien certain de ne rien manquer. Roland se colle à eux et
s'assure que rien ni personne ne risque de faire trébucher
l'un ou l'autre des protagonistes. Tout le monde est
maintenant aux aguets, trop
intrigué par le ballet étrange qui se
déroule sous leurs yeux pour souffler mot, si ce
n'est sous forme de murmure interrogatif. Tout à
coup, Jean-Louis se redresse et
les mots commencent à débouler de sa bouche:
- " Calvaire! Ben non! ... Voyons, c'est même pas
vrai!
... Tu ne sais rien de tout ça! T'as rien vu!
T'étais même pas là! Y a personne
qui peut savoir. Y a personne qui a rien vu, ça se
peut pas... Y a pas de
preuves! ... Ça s'peut pas. ... Un témoin,
quel témoin? ... Un bandit. Ouais, un
bandit mon oeil! ... Hein? ... Toi? J'te crois pas. ... De
toutes façons l'enquête
est finie! ... la police l'a dit: c'Était un
accident. Rien qu'un accident! ... Hein? ... Mais puisque j'te dis
qu'c'était un accident pour vrai. ... Bien oui c'est moi
qui a décroché la tôle au dessus de sa
prise d'air. ... Pis oui, c'est bien vrai
qu'y est mort à cause de ça, si tu veux,
mais c'est rien qu'un accident quand
même! J'voulais pas qu'y en meure! ... Ben oui, j'ai
été payé pour faire ça. Mais
le gars qui m'avait payé m'avait dit qu'y serait
juste un peu " stone " ! Comme
dopé... pis qu'ça allait même prendre
quelques heures avant qu'ça se passe...
pis qu'là y dormirait profondément rien que
quelques heures à peine... pis
qu'après Jacques allait se réveiller, comme
si de rien n'Était. ... ... Ben non. Le
gars devait juste passer plus tard dans la journée
pour reprendre une photo
que Jacques y aurait volée, une photo importante
pour lui pis son boss, pis
après y devait déboucher le tuyau!... ...
ben non, calvaire! Il me l'avait juré!
L'hostie! ... " Y a pas de danger " , qu'y m'avait dit! "
J'va l'déboucher l'tuyau,
inquiètes-toi pas " , qu'y m'avait dit... " J'sais
quand y faut revenir, j'ai déjà fait ça. " qu'y
m'avait dit. Y m'avait même montré un bout de papier pas
lisable,
tout écrit en charabia pis en pattes de mouches,
qu'y disait qu'c'était son
diplôme d'ingénieur! L'hostie! ... J'y ai
fait confiance! ... Ben, j'y ai fait
confiance, pis y m'a fourré: y est r'venu prendre
sa photo, all right, mais y a
jamais débouché le tuyau, l'hostie! ... Ben
non, puisque j'te dis qu'j'voulais pas y faire de mal! ... ... Lui,
l'hostie, c'était même pas un tchum. ... J'le
connaissais
pas personnellement pour vrai. C't'un gars qu'j'avais
juste rencontré de même!
... Ben, c't'un indien qui m'l'avait
présenté chez Martineau. ... " Chez Martineau
" ... ben oui, t'sé ben: la grosse taverne à
Maniwaki. Là où's'que tout l'monde
se tient, calvaire. ... C'était un étrange,
ouais un vrai étrange là... tu sais un peu
comme une sorte de nègre, mais en plus pâle
un peu... ... Y disait qu'y
s'appelait " Ali Kiéfou " , ou quelque chose comme
ça. Y s'appelait Ali en tous
cas. ... Ben y m'avait donné cent piastres
d'avance, pis y disait qu'y allait m'en
donner un autre cent quand il aurait sa photo... ... Ben
non, y est jamais r'venu
l'hostie! ... Ben non je l'ai jamais r'vu depuis ce temps
là... évaporé, l'hostie de
sale! ... J'l'ai jamais r'vu depuis ce jour là,
c'est vrai, mais si je descends faire
un p'tit tour à Montréal, j'ai quelques
idées d'où's'que je pourrait le trouver. ...
un restaurant arabe où qu'y disait qu'y
travaillait, par exemple. ... C'est vrai
calvaire, moi-aussi j'y ai pensé, chu pas un cave!
...Mais y disait qu'son
diplôme d'ingénieur y y manquait de quoi pour
pouvoir travailler ici, ça fait
qu'en attendant y travaillait dans un restaurant... ...
Ben oui. Y a déjà téléphoné
là, une fois, à son boss, à partir de
chez nous. ... Pour l'avertir qu'ça y
prendrait une semaine de plus long d'vacances. ... Ben
sûr que non, calvaire,
y'se parlait en arabe ou une autre langue comme ça,
ça fait que j'ai rien
compris pour vrai, moi. ... Mais c'est ça qu'y m'a
dit qu'y avait dit, calvaire! ...
Ouais! ... Pis y disait qu'y allait r'venir au restaurant,
tout de suite après ça! ...
Ouais, calvaire ... Non j'haïrait pas ça y
mettre mon poing dans la face si je le repoigne, l'hostie ...
Après tout, Jacques c'Était quand même un maudit
bon
gars! ... et pis à cause d'un hostie de menteur
sale y est mort aujourd'hui,
calvaire. ... Ouais. ... Ouais. ... Bon t'es tu content
là, j't'ai tout dit ce que je
savais, calvaire! ... Tu peux tu m'lâcher patience,
là? ... ... Quoi?... Témoigner? ... Témoigner en
cours, moi! ... Pourquoi qu'j'irais témoigner, hostie? ... ...
...
Tu me connais mal si tu penses que j'va aller faire le
singe à témoigner devant
un juge, quand t'as déjà un autre
témoin pour faire ça! ... ... Bon, OK c'est
correct d'abord, je te l'avoue, mais si c'est vrai que
t'as déjà un témoin qui a
tout vu pis qu'toi tu sais tout, t'as pas besoin d'moi! ..
... Bon OK, OK, T'en sais
bien trop, ça doit être un hostie d'bon
témoin que t'as mon gars! ... Ouais,
ouais... ... T'as p't'être raison. ... Ouais, c'est
correct... M'a témoigner. ... M'a
témoigner " all right " mais c'est rien que parce
que j'veux qu'on sache ben
que c'est rien qu'un accident. C'que j'ai fait, c'est pas
c'qu'on pourrait penser,
ça fait qu'y faut qu'j'l'explique. Ça fait
que: correct m'a témoigner ... Correct. ... Un meurtre? ...
Comment ça un meurtre? ... Ouais. ... Mais... ... correct,
calvaire! ... C'est pas moi qui l'ai fait en tout cas! ...
Correct, correct, mais
j'voulais pas ça! ... J'voyais pas ça de
même, moi ... J'me suis juste fait fourré
par un calvaire d'hostie de sale qui m'avait dit rien que
des menteries! Rien
que des maudites menteries, calvaire! " ...
Les yeux de Jean-Louis sont toujours bandés et les
deux
hommes sont maintenant à genoux au milieu du
vivoir. Paul tient Jean-Louis serré
entre ses bras, comme pour le réconforter, et les
épaules de ce dernier tressautent
sans arrêt depuis qu'il est tombé en
sanglots. Autour, on garde un silence religieux
et on est absolument fasciné par la scène
d'une rare intensité qui s'y déroule.
<> "ÇA VOUS VA? ... GOOD"
- " Non. Ils sont sortis; mais, ils ne sont pas bien loin,
hein les enfants? ... Où ça les amis? ...
C'est ça!. Chez Paul lui-même. C'est ça.
Oui monsieur, c'est ça: dans la drôle de
petite maison là-bas. Au revoir. "
La voiture de la sûreté du Québec va
se stationner juste en face de l'icosaèdre de Paul et
Villneuve en descend avec une molette et va
frapper à la porte quand celle-ci s'ouvre d'elle
même. Claudine l'accueille à bras
ouverts, avec un grand sourire sur les lèvres mais
aussi un mélange d'inquiétude et de point
d'interrogation dans les yeux.
- " Bonjour inspecteur, entrez vite, il ne fait pas chaud
aujourd'hui. Donnez-moi votre manteau. Merci. Tenez,
asseyez vous ici. On
peut vous servir un quelque chose? Un café? ...
Non? ... Bon. Pas la peine de
vous demander ce qui vous amène... On peut avoir
des nouvelles? Où en sont
les choses? "
- " Merci. L'affaire évolue... disons, très
bien. Très
impressionnante votre cassette les amis. Quand vos copains
nous ont amené
le gars, Jean-Louis Lavigne, il était encore sous
le choc de ce qui lui était
arrivé! Je pense qu'il n'avait toujours pas bien
compris ce qui venait de se
passer! ... moi non plus d'ailleurs ... Après, j'ai
visionné la cassette au complet,
deux fois plutôt qu'une même! Je ne comprends
pas comment vous avez pu
arriver à ça, monsieur Tardif et j'vous
avoue que j'aimerais bien ça être
capable de faire parler un coupable comme ça...
Mais je ne pense pas que je
pourrais jamais y arriver... "
" Madame de Lacoët, vous m'aviez dit, lors d'une de
nos rencontres: " on ne ment pas à Paul, personne!
" Je vous ai crû... mais
avec un grain de sel, si on peut dire. Mais ce que j'ai vu
sur votre cassette a vraiment dépassé tout ce que
j'avais pu imaginer! Un vrai psychodrame!
Comment lui parliez-vous? en chuchotant? Pas fort en tout
cas: on n'entend
que le pauvre Jean-Louis Lavigne. En tout cas si ça
n'est pas une mise en
scène organisée, à la "Surprise-
Surprise", laissez-moi vous dire que je l'ai
trouvée vraiment très impressionnante votre
technique! En fait, avec le
nombre de témoignages que j'ai pu recueillir pour
corroborer votre version et
votre vidéo, je suis bien certain que ça
n'est pas un coup monté. ... J'aurais
bien besoin de voir comment ça se passe pour vrai
pour comprendre un peu
plus. ... J'ai d'ailleurs montré votre vidéo
à des collègues de la RCMP qui n'en
sont pas revenu eux non plus! Ah oui, il a bien fallu que
j'avertisse la police
fédérale: il y a eu un meurtre au Canada,
commis par un étranger, sur un
citoyen canadien qui revenait à peine de
l'étranger lui-même, un meurtre
habilement maquillé en accident et ça, pour
récupérer une photo. Une
mystérieuse photo aujourd'hui disparue! Je n'avais
pas le choix! "
" Et bien les gars de la RCMP m'ont dit qu'ils
aimeraient ça vous rencontrer monsieur Tardif pour
que vous leur donniez un
peu un coup de main pour interroger quelqu'un
peut-être... Un certain
Mustapha Hassan, propriétaire du "Croissant
Doré", un restaurant chiite de
Montréal. C'est lui que leurs services ont
identifié comme étant le patron du
fameux Ali de Jean-Louis Lavigne. Si vous acceptez, il
propose de venir vous
chercher en hélicoptère pour vous amener
à leur quartier général d'Ottawa. Ils
ont déjà amené monsieur Hassan
à Ottawa, parce qu'il jugent l'affaire très grave au
plan de la diplomatie internationale. C'est un dossier pour le SCRS.
Ils m'ont dit que si vous voulez, vous seriez revenu dans
la même journée! Ils
comptent beaucoup sur vous... Je peux leur confirmer que
vous acceptez? "
Pris par surprise par la demande inattendue de
l'inspecteur
Villineuve, Paul demande à réfléchir
un peu et fais signe à ses amis de s'approcher. Claudine,
Paule, Jean et Paul se sont penchés au dessus la petite table
centrale et, leurs huit mains réunies au milieu de la table,
ils discutent de la chose en
silence. À côté d'eux et pourtant si
loin, Villeneuve suit sans bien comprendre le
regard de Paul qui va de l'un à l'autre de ses amis
sans qu'un seul mot soi
prononcé.
- " Ok, c'est d'accord: il va y aller. Il va vous le
cuisiner
votre Mustapha! Nous autres aussi on aimerait bien
ça le trouver le fameux
Ali. Si pour ça, Paul doit tirer les vers du nez
de... du président des États-Unis
ou du pape tiens, s'il le faut, il va vous le faire, Ok.
Il va y aller, mais nous
autres on va pas le laisser partir tout seul. Vous direz
à vos RCMP que leur
hélicoptère devra emmener au moins cinq
passagers! Ok là? "
- " Pas de problème.
- " Cinq passagers dont un avec une caméra
vidéo?"
- " Pas de problème, vous me donnez leurs noms et
je vous organise ça. En principe on revient dans la même
journée, mais si
vous voulez, vous pouvez rester plus longtemps et en
profiter pour visiter les
musées ou faire des emplettes. L'hôtel et
tous les frais sont payés, bien
entendu... "
- " Hum... Cinq passagers adultes et trois enfants peut-
être? "
- " Peut-être... Je ne sais pas si leurs
hélicos peuvent
enlever autant de passagers avec armes et bagages, il fait
que je vérifie. Ah
oui, au fait, moi aussi j'y serai, mais j'y vais en
fourgon avec monsieur
Lavigne... On se retrouvera donc là bas. Je
vérifie pour l'hélico et puis je vous
rappelle sur votre téléphone cellulaire
monsieur St-Pierre. On fait comme ça?
Bien, alors à demain. "
... ... ...
Le lendemain matin, quand l'hélicoptère se
pose pour
prendre ses passagers, le pilote est forcé de
redécoler presque tout de suite pour
permettre à trois petites pestes
récalcitrantes de faire un petit tour
d'hélicoptère au
dessus de La Terre et de la rivière.
- " Si on peut même pas faire un tour dans les airs
avant, on vous laisse pas amener nos parents, bon! ...
Vous aviez juste à venir
avec un plus gros appareil! ... Tant pis, c'est pas notre
problème! ... Nous
autres il faut absolument qu'on vérifie si votre
machine marche bien avant de
vous laisser y embarquer nos parents! ... C'est ça
ou rien, compris! "
Plutôt décontenancé par
l'intransigeance des trois enfants,
après avoir demandé et obtenu par radio
l'autorisation de ses supérieurs, le pilote s'est fait un
plaisir de céder au chantage et il est en fait ravi d'emmener
en l'air les
trois enfants, accompagnés de Jean avec sa
caméra. Ceux-ci saluent avec moult
"Haaa" et "Hooo" admiratifs chacune des manoeuvres habiles
que fait le pilote pour
leur faire voir "leur Terre" aussi en détails que
possible dans le peu de temps qui lui est dévolu. Il vont
même survoler le village de Montcerf quelques instants. Ils
sont tordus de rire quand ils aperçoivent le petit
Danny Dannis courir à droite et à
gauche pour ramasser la pile de prospectus publicitaires
qu'il allait distribuer et qui
ont été dispersés en tous sens
à cause du vent soulevé par leur
hélicoptère.
Après ce court intermède, c'est finalement
le moment du
départ et les enfants sont réunis autour de
Christiane.
- " Au revoir les copains! Inquiétez-bous pas pour
le
reste de la famille, je m'en occupe. Si vous devez restez
plus longtemps,
téléphonez, on va bien s'organiser.
Amusez-vous bien! Vous nous
raconterez... "
Encore tous joyeux de leur tour de "libellule
mécanique",
les enfants la regardent partir en agitant les bras pour
saluer leurs parents qui s'en
vont. Après un vol sans histoire d'une demi-heure
à peine, l'hélicoptère se pose
enfin à l'héliport situé à
côté d'un édifice de la banlieue d'Ottawa. Un
constable de
service les y attend et leur demande de le suivre à
l'intérieur. Quand ils pénètrent
enfin dans l'antichambre du bureau où les attends
l'officier responsable de
l'enquête qui les concerne, ils sont accueillis par
l'inspecteur Villeneuve.
- " Bonjour messieurs dames. Je vous présente le
lieutenant " Ted Thompson " , officier enquêteur de la police
montée du
Canada et responsable de " notre " enquête. ...
Monsieur Lafrance, collègue
responsable au SCRS. ... Madame Claudine de Lacoët et
madame Paule
Sauvageau, physiothérapeutes, monsieur Jean
St-Pierre, l'as cameraman,
monsieur Paul Tardif, mon expert en interrogatoire
délicat; celui " à qui on ne
ment jamais. Personne " ... Et son assistant, monsieur
Roland Mirette. "
...
- " Bonjour messieurs dames. Soyez les bienvenus
dans les locaux de la Gendarmerie Royale du Canada dans la
capitale
nationale. Dans des bureaux du " SCRS " , le " Service
Canadien de
Renseignement de Sécurité " en fait. Entrez
et prenez-vous des chaises, je
vous en prie. Avez-vous déjà
déjeuné? Est-ce que je peux vous faire apporter
quelque chose? Thé? Café? Croissants,
beignes ou brioches? ... Quatre cafés
seulement? Good. ... avec lait et sucre? ... Good.
Monsieur Wier, vous voulez
vous en occuper, s'il vous plaît? ... Good. Merci. "
Le lieutenant Ted Thomson de la GRC, affiche un air
"très
british", avec son costume de tweed de la meilleure
qualité et ses cheveux plutôt
courts, bien peignés et presqu'entièrement
blancs mais avec tout au plus quelques
reflets gris qui leur donnent un air presque
métalique et une moustache abondante
et tombant de chaque côté de sa bouche aux
lèvres crispées vers l'avant. Son
collège par contre, M. Lafrance du SCRS, porte un
ensemble complet veston noir à rayures et donne vraiment
l'impression d'être un jeune étudiant de "College"
américain qui aurait déniché un
emploi d'été de caissier de banque.
" Je vous ai fait venir pour nous aider à
interroger un
témoin un peu, comment dire... délicat,
disons délicat à cuisiner. Comme l'inspecteur
Villeneuve a dû déjà vous le dire, après
vérification, il appert que
le numéro rejoint par le dénommé Ali
lorsqu'il a appelé de chez Jean-Louis
Lavigne, c'est celui du restaurant de notre témoin.
Or le témoin en question
est aussi le beau-frère de l'ambassadeur d'un
pays... disons chatouilleux vis à vie de l'influence de
l'occident, l'Iraq. De plus le témoin est aussi un vague
cousin du dictateur dans son pays, Saddam Hussein. Le dit
dictateur est bien
connu comme quelqu'un qui a pour habitude de souvent
confier à des
membres de sa propre famille et de son propre clan la
direction de ses coups
les plus fumants. Jusqu'à quel point Hassan et
Saddam Hussein sont-ils
proches? Bonne question. Aussi, nous pensons qu'il y a
peut-être quelque
chose d'important qui se cache sous votre histoire, mais
nous marchons sur
des oeufs... Comment être certain de ce qui s'est
passé vraiment et surtout:
pourquoi? Et tout ça, sans créer d'incident
diplomatique pour rien non plus bien-sûr... Idéalement
pour nous, il faudrait que monsieur Hassan accepte de
collaborer et nous aide à trouver qui se cache sous
le nom d'Ali (?). "
" À partir de là, on pourra peut-être
découvrir ce qui se
trame derrière toute cette affaire: apprendre
qu'est ce que votre ami avait
photographié de si important pendant son
séjour en Afrique, puisqu'il semble
que ce soit là la clef de toute l'histoire. C'est
pour ça que nous pensons que
votre " approche psychologique... spéciale " est
peut-être la plus appropriée
monsieur Tardif... puisque, lors de votre... "
échange spécial " avec le
dénommé Jean-Louis Lavigne, après
s'être mis totalement à table et ça sans
usage de violence oumenaces aucune, l'individu en question
n'a, semble-t-il
jamais rien compris de ce qui lui était
arrivé! "
...
" ... Ça vous va? ... Good!
" Vous voulez voir monsieur Hassan maintenant, il est
dans la pièce à côté;
suivez-moi.
...
" C'est lui, sur la chaise; en ce moment vous le voyez,
mais il ne nous voit
pas. ... Vous parlez anglais? ... Good: lui aussi.
Voulez-vous lui parler? ... Vous
concentrer? ... Good. ... Seuls? ... Good, Prenez tout le
temps qu'il vous faudra.
Entre-temps, monsieur Wier, l'inspecteur Villeneuve et
moi-même allons
traverser voir si le café de monsieur Hassan
était à son goût. Dès que vous
êtes prêt vous arrivez. Ensuite, si vous
voulez qu'on vous laisse seul à seul
avec lui, vous me faites signe et on disparaît. Les
autres, vous pourrez tout
voir et entendre d'ici. Ça vous va? ... Good.
Tenez, voici un dossier avec l'essentiel de l'information que nous
avons dans cette affaire. Dans cette enveloppe, vous
trouverez des fiches
avec photos sur les autres membres du personnel du "
Croissant Doré " . C'est
quand même un assez gros restaurant. Son personnel
de base est composé
de deux cuisiniers, trois assistants, deux laveurs de
vaisselle, trois garçons
de table, un bus boy, deux autres " types à tout
faire " , une caissière et un
gérant; en partant, c'est tout le choix qu'on a...
Ça vous va? ... Good. ...
Messieurs, allons-y sans plus attendre. "
Les trois policiers sont à peine sortis que chacun
des cinq complices se
concentre sur ce qui l'intéresse avant tout: Jean
feuillette le dossier laissé par
Thomson, Roland et Paule se sont approchés du
miroir sans tain pour voir Hassan
de plus près, pendant que Paul et Claudine se
recueillent ensemble avant son
entrée en scène.
- " Jean, fais voir les photos un instant. ... Hum... Pour
ce qui est d'identifier le mystérieux Ali... je pense qu'on
peut faire comme si c'était celui-ci, un des " types à
tout faire " , je pense. Ali c'est lui. Je le reconnaît. ... Je
l'ai vu par les
yeux de Jean-Louis. Il a une assez bonne mémoire
visuelle. Le gars est
beaucoup plus jeune sur la photo, mais c'est le même
homme, ou alors son
sosie. ... "
- " Comme ça, d'après toi, Ali c'est lui...
" Mohamad Ali Kephir " . Bien. Ça
correspond. Voilà toujours une question de
réglée. Décidément, ça
traîne pas
avec toi! Maintenant, il va te rester à
découvrir ce que monsieur Hassan sait. Peut-être qu'il
pourra nous dire pourquoi ce meurtre odieux. Tu crois que tu
vas y arriver? "
- " Je ne sais pas. Je ne sais même pas dans quelle
langue il pense. Pour
les souvenirs ou idées images, ça devrait
aller. Pour tout ce qui n'est pas idées-mots en fait,
ça ira; par contre côté concepts, je ne sais pas
ce que je
pourrai décoder... Ainsi, lors de non
expérience précédente, celle avec Jean-Louis,
ça s'était finalement avérée une
réussite totale, soit, mais avec ce
premier match avec une conscience qui essaie de vous
résister en partant, j'ai
compris que le contact via le " Toucher Total " , c'est
merveilleux bien sûr,
mais que ça ne règle pas tous les aspects de
la communication. J'ai réalisé
qu'il y a parfois des circonstances où sa
maîtrise pourrait s'avérer quelque
fois être plus encore plus délicate
même que le contact avec un enfant autiste " ordinaire " comme
Ismaël ou Olivier."
" Pour amener Jean-Louis à se livrer et à le
faire comme il l'a fait,
publiquement et à haute voix, j'ai dû user de
stratégie dans ma façon d'investir
sa conscience. Surtout au niveau de la perception que
Jean-Louis avait de ce
qui était son idée à lui proprement
et de ce qui était une suggestion à moi. J'ai
bénéficié du fait que Jean-Louis
était tellement traumatisé à l'idée qu'il
ne
pouvait pas avoir de secrets pour moi puisque
j'étais à l'intérieur de sa
conscience, qu'il refusait tout ce qui lui semblait venir
de moi. Je l'ai d'abord
laissé s'emberlificoter dans sa paranoïa et
ses mécanismes de défense ont
été de bonnes barrières mobiles pour
l'amener là où je voulais. Il essayais de
tricher avec sa conscience elle-même; il se mentait
et refusait à son
intelligence le droit d'utiliser ce qui ne venait pas
directement de ses sens
propres. "
" C'est pour ça qu'il se comportait comme si il
était aveugle sous son
bandeau, alors qu'il pouvait très bien voir avec
mes yeux à moi par exemple.
Je sais maintenant que même dans le Toucher Total,
la vérité peut quand
même prendre des dominantes particulières. "
"Éventuellement, il va me falloir trouver une forme
de yoga ou de
méditation qui va me permettre de mieux
contrôler mon propre esprit, avant
d'essayer de m'insérer dans ceux des autres...
Surtout les tordus! Alors,
autant te dire que je suis un peu inquiet face à
des Toucher avec des individus
fanatisés(?) qui ont probablement appris depuis
longtemps à faire taire leur
conscience ou à remplacer leur capacité
d'analyse rationnelle par cette
cohérence certaine qu'assure une logique
fermée, aussi " syllogique " soit- elle. Le problème
dans le cas présent, c'est que je n'ai jamais eu vraiment
à
échanger, même sur un mode normal, avec ce
genre d'individus. Alors je me
sens comme un gars tout nu qui va se flanquer dans un tas
de ronces! Inexpérimenté et absolument sans protection!
"
- " Si vous me permettez de m'immiscer dans votre
conversation, dont j'ai
entendu les dernières bribes. ... Paul, tu est
peut-être inexpérimenté pour ce
qui est d'être confronté avec le fanatisme et
la schizophrénie, mais tu ne dois surtout pas angoisser avant
de commencer. C'est ce que tu pourrais faire de
pire. Parce qu'alors ton client aurait beau jeu de tabler
sur cette inquiétude
pour t'amener à tourner avec lui dans le cercle
vicieux de cette cohérence
fermée dont tu parlais il y a un instant. Pour ce
qui est de la langue, laisse-moi
te dire que si tu as réussi à tirer les vers
du nez à ton chien, je ne m'inquiète
vraiment pas pour toi ici! ... Depuis tout à
l'heure que je regarde nos pauvres
amis policiers essayer d'établir un dialogue "
diplomatique " avec leur client.
Ça m'a donné comme des relents de
déjà vu. J'avais l'impression de me
retrouver témoin d'une tentative d'interaction par
des "psy", pleins de bonne
volonté face à un schizophrène non
coopératif. Je sais ce que c'est, j'en ai
déjà vues. Lorsque j'ai travaillé en
France dans un centre pour délinquants ou
dans celui pour malades mentaux plus ou moins "
légers " , j'ai eu souvent à
m'occuper de clients similaires, étanches à
l'approche " pachydermique " des
psy- de service! J'en ai " traité " plusieurs dont,
entre autres, quelques
maghrébins et un palestinien; en moins criminels
peut-être, mais encore là:
tout est toujours question d'échelle de moyens
accessibles! J'ai dû apprendre
à contourner les pièges de ce type de
logique " reliogiste " fanatique. Alors si tu veux, je pourrait
peut-être rester en contact avec toi pendant ce temps
là.
Ne serais-ce que pour te permettre de reprendre assez de
confiance en toi
pour réussir à dominer la situation. ... Si
on patauge, je pourrai toujours me
dégager et intervenir de l'extérieur pour
t'aider. Alors ça vous va monsieur Paul? ... Good, comme
disait l'autre! Quand tu veux! "
Puis, Paul et Roland donnent un dernier baiser à
leurs compagnes et traversent
rejoindre les policiers et leur témoin. Celui-ci,
un noir à la peau plutôt pâle et aux
cheveux crèpus d'environ cinquante-cinq ans, se
tient le dos un peu vouté, assis sur
une chaise droite et grade le regard baissé, fixant
ses propres main. Quand les
nouveaux arrivants sont entrés dans la
pièce, Thompson s'est levé et il les accueille
d'une poignée de main. Il les présente
ensuite au témoin, en lui disant qu'ils sont
des " experts, amis du prophète " qui vont lui
poser quelques questions. Roland lui
serre la main le premier en prolongeant sciemment la
poignée de main. Pendant ce temps, Paul s'est assis sur la
chaise qui fait face au témoin. Aussitôt que la main
de celui-ci est libre, Paul tend la sienne par dessus la
petite table qui les sépare. Dès l'instant où le
contact tactile s'établit, les expressions des trois
protagonistes
changent significativement. Elles commencent à se
ressembler par moments et à
réagir en parfait synchronisme. Même
lorsqu'absolument différentes l'une de l'autre,
elles réagissent l'une à l'autre en une
sorte de point contrepoint saccadé.
- " Allah is great! Allah is the greatest! ... Mohamed is
his prophet. A good
muslim must acclaim the real religion to the real god
Allah. ... Mustapha is a
good muslim. ... The holy war is his combat! Islam is
powerfull and Allah is
great! "
...
" Yes. Oh Allah please spesk to me again!"
...
" Oh ... Yes, Allah, you're the holy one! ..."
...
"... Allah! Allah! ... "
...
" Is you that realy you that is talking to me again?
Adressing the poor Mustapha? ... "
...
"Oh Allah, please forgive me. I realy beleive. I Know
you're the only real one! Forgive me! Please..."
...
"Oh my god, yes, Mustapha will keep shouting his
answer to you because little Mustapha is such a creepy
little thing, yes, he will
keep on doing so. ... Yes, Yes.."
... "Please, have mercy on me, please, don't leave me
alone with these evils. Please!"
... ...
" Thank you great one! Thank you! ... Yes, but please...
Help me Allah! Help me! Don't leave me alone again, please
Allah! ....
Mustapha is your servant! Allah, please, don't abandon
your little Mustapha!
..."
... ...
"Yes, I am proud of being your servant. Yes i want to
acclaim your name everywhere, oh Allah don't leave me
alone! ..."
... ...
" Yes, Allah, I know that your the greatest and that one
day Islam will rule the world! ... But, please now
Mustapha your little thing
needs you desperatly..."
...
"Yes, the insignificant little Mustapha must not be
induced in treason! ... Help me! Please... I must not!
Please ..."
...
"I pray you! ... You must not let it happen! It cannot!
...
To stay silent... say nothing! Nothing. ... "
... ...
"Yes Allah! You rule the time, but... ... We are not ready
yet... Not ready yet... Say nothing or everything is lost!
"
... ...
"... Allah...Oh ... Pardon me Allah! Pardon me! Have
mercy! Please. Yes, the miserable Mustapha's pride is
enormous... To think
that he is significant enough to have any importance in
the views you have for
us..."
...
" Pardon me Allah. ... Pardon my arrogance. Pardon
me. ... Yes, you're to great and powerfull to be realy
bugged if an
insignificance like Mustapha is not doing what he is
supposed to." ...
... ...
" Yes you can do every thing... Yes I know that if you
want so, nothing is impossible for you! ... Yes, I am
fully confident." ...
...
" Yes, I rely on you, I put my trust in you whatever it
means. ... Thank you Allah. you are the source of all
blessings. "
... ...
" Yes you command and I obey! "
... ...
" Yes, you are seing all my secret thoughts, yes. ... See,
Mustapha the little gnat still remembers every thing that
is important to know
to favor your reign..."
... ... ...
" Thank your, your greatness! Thank you! Yes, I trusted
your powers to protect my feebleness! Thank you again!..."
Le trio reste ensuite pratiquement sans bouger pendant de
longues minutes,
hormis les expressions de leurs visages qui sont
très volatiles. Après une bonne
heure de " main à main " , c'est Roland qui se
détache le premier du trio; il se lève
et va donner une claque amicale dans le dos du
témoin, toujours englué à la main
de Paul.
- " Hey my good friend Mustapha, that's very interesting
your little chat
with Allah, but that's not all he has to do! Great Allah
is a very busy god you
know. ... And that good old Mohamed is also very busy
these days: there are
so many peoples who make him say all kinds of things he
never really said,
even pure stupidities... I am even sure you know some of
these peoples! ...
No? ... Anyway, that's precisely why he asked us to fix
all that nonsense. He
asked to Paul the Mahdi, as you say, and to myself, his
servant to try to fix
your mess a little bit. So we have an other good muslim to
reassure. Your little
friend Ali. Mohamad Ali Képhir, is that his real
name? ... Anyway, you have no
idea in what kind of a mess he is stuck in! Poor old chap.
He realy needs help
a lot! That's for sure! ... By the way, you know how to
contact him? ... Is-he still
working in your greasy spoon, sorry, your grand palace I
mean? ... Of course,
we're going to find him, one of these days, but if you
ever meet him first -
because you must still see him once in a while. No? ...
... Unless he has
already gone abroad, of course... - anyway, if you see him
again, please give
him the best regards from Allah's mahdi... Tell him that
"le p'tit Mahdi Paul
aurait deux mots à lui dire!" Ok? ... Got that
one?... No? ... Anyway that's
irrelevant... Thank you and that will be all on Allah's
channel today. ... Ciao..."
...
" Hé! Ho! Paul, Mahdi fatiguant! ... Arrête
de te
prendre pour un autre!"
" Hum... ... J'ai l'impression qu'on pourrait
peut-être
couper la communication pour tout de suite. ... Ahem...
Paul il y a un autre
appel pour toi. Minerve et Vénus sont en ligne et
elles te demandent sur l'autre " toucher-phone " .
dépêches-toi, parce que si tu les fais attendre, elle
vont être en beau Jupiter! Alors, mahdi lambin tu viens? "
lui dit Roland en lui donnant une poussée sur
l'épaule. Ce
qui a pour effet de briser le contact Paul/Hassan.
<> LA FÉROCITÉ D'UNE LOUVE
- " Non. Puisque je vous dis qu'il faudrait absolument que
nous, surtout
Paul en fait, rencontrions quelqu'un qui a un poids
politique majeur dans le
gouvernement canadien pour commencer. À partir de
là, il faudra peut-être
aller à un niveau encore plus haut que notre
gouvernement en fait! Sinon, je
pense vraiment que nous sommes peut-être en train de
nous prendre des
réservations pour le grand show... l'Apocalypse
enfin. De toutes façons, au
point où on en est rendu maintenant, il y a
peut-Être déjà trop de monde qui
sait que nous avons une bonne idée de ce que l'on a
essayé de cacher en
assassinant Jacques... Si on est allé
jusqu'à l'assassiner à cause d'une simple
photo, prise par hasard de quelque chose qu'il ne pouvait
même pas identifier
vraiment lui-même, j'ai froid dans le dos en pensant
à la façon dont ces gens
vont réagir s'ils découvrent notre propre
secret. Pour eux, c'est pire qu'une
bombe! Par ailleurs, je comprends très bien que
pour que nos hôtes
d'aujourd'hui puissent organiser des rencontres avec des
interlocuteurs
comme ceux dont je viens de parler, capables d'agir
concrètement au niveau
requis, il va d'abord falloir convaincre Thompson et sa
clique, que
l'importance de l'affaire le justifie. Qui plus est, j'ai
bien peur qu'il n'y aie pas
de temps à perdre, moins en tous cas que leurs
délais administratifs et
hiérarchiques ne le permettent en
général. Pour contourner ce problème, je
crois qu'il va peut-être falloir mettre nos petits
copains policiers vraiment au
parfum sur la façon dont tu fonctionnes mon p'tit
Paul... Mais attention, c'est
une pente glissante et si tu commences à te servir
essentiellement de ton
Toucher Total pour convaincre ton monde, tu vas te
retrouver vite poigné
dans un engrenage incontrôlable."
" Jusqu'ici tu as assez bien réussi à garder
ça dans le domaine privé si je
puis dire et je crois que tu as eu raison. Alors je veux
être bien certain que vous vous rendez compte de l'impact
qu'une telle divulgation peut avoir sur
notre vie familiale à tous. C'est surtout à
René et Emmanuelle que je pense en
fait... Pour moi, la vrai question c'est: est-ce que
l'importance et l'urgence de
ce qu'on sait justifie de prendre une telle liberté
avec la qualité de vie de vos
enfants. Et la nôtre bien entendu... C'est un
pensez-y bien! "
Après avoir jeté un regard circulaire en
direction de ses compagnons, Roland
s'approche ensuite de Paule qu'il serre dans ses bras sans
dire un mot de plus.
- " Écoutez les gars, je ne sais pas ce que Hassan
a pu vous raconter de si important qui pourrait vous obliger à
dévoiler clairement notre secret, mais
je vous le dis tout de suite: non! Il n'en est pas
question! Qu'on initie quelques
amis ou connaissances de la vie de tous les jours, c'est
parfois un peu risqué,
mais... bon, ça va. Que quelques personnes choisies
du domaine médical
soient également de la confidence, passe encore.
À la limite, qu'un obscur
policier ou magistrat " ordinaire " aie des doutes plus ou
moins sérieux, c'est
pas trop souhaitable mais... bon. Ça peut amener de
petits tours en
hélicoptère et ça colore un peu la
grisaille du quotidien disons. Ça peut encore
passer dans la mesure où on joue bien nos cartes.
Ça nous fait vivre un petit
trip de vedettes et ça c'est toujours un peu
grisant! Dans le cas présent, il y a en outre une bonne
raison: il y a un secret à percer derrière la mort d'un
de
nos très bons amis! En plus, cet ami a
été assassiné froidement à
côté de
nous si on peut dire... On a affaire à des gens qui
ne reculent devant rien pour
garder leurs secrets cachés! Par contre, qu'on "
garroche " l'information toute crue dans l'arène de la vie
policière, de la politique nationale, puis
internationale en plein dans le milieu du fondamentalisme,
du terrorisme, de
l'espionnage, du contre-espionnage et tutti quanti, -
c'est ça que tu dis? - et
bien, je suis contre. Formellement contre. Ma fille, son
frère ou son père ne
deviendront pas des animaux de cirque ou des secrets
militaires que l'on
garde et que l'on cache sous peine de se les faire voler
ou détruire... Il n'en est
pas question! La condamnation de l'écrivain
britannique Salman Rushdie, à
côté de ça, c'était encore de
la rigolade! Je vous préviens les gars, je vais
défendre avec toute la férocité d'une
louve s'il le faut, notre droit à une vie
familiale de qualité! Aussi peu ordinaire
soit-elle... Compris?"
Pour bien faire comprendre sa dernière phrase
Claudine avait montré les dents
et pris une expression hargneuse en faisant mine de mordre
et griffer. Elle se
dirigea ensuite vers Paul et ils se jetèrent dans
les bras l'un de l'autre. Jean qui se
tenait un peu à l'écart des deux couples
s'était assis et, donnant un coup de poing
dans l'accoudoir de son fauteuil, il lança:
- " Non, les amis, vous avez parfaitement raison: il ne
faut pas ouvrir plus
votre propre jeu. Pour le moment, bien que je ne sache pas
encore ce que
vous venez d'apprendre, je pense qu'il vaudrait mieux que
vous teniez ça mort,
puisque sinon il va falloir que vous expliquiez comment il
se fait que vous
savez tout ce que vous savez... Et ça, c'est votre
information " Top secret " à
vous! Ce qui implique pour tout de suite que l'on peut
laisser à nos amis
policiers une copie des séquences vidéos que
j'ai tournées ce matin, elles ne
sont pas trop " compromettantes " , leur confier quelques
bribes
d'informations supplémentaires sur les plans de
nègres des assassins de
Jacques si vous voulez, mais en prenant bien garde de ne
pas éventer votre
propre mâche. Ça ne sera pas facile. Il va
falloir jouer de subtilité, mais a-t-on
le choix? "
" Par contre, la question que je me pose, c'est: qu'est-ce
que le cher
monsieur Hassan a bien pu comprendre de ce qui lui est
arrivé ce matin?
Qu'est-ce qu'il va pouvoir raconter à sa bande en
sortant? Pour vous, est-ce
qu'il n'est pas déjà lui-même une
bombe à retardement? S'il n'a pas compris
ou réalisé ce qui s'est passé
vraiment, on peut toujours prendre le temps de
réfléchir à ce qu'on doit faire et
garder nos secrets pour nous. Par contre, s'il
se doute de quelque chose, il va falloir effectivement
agir vite pour frapper la
bête à un point vital, parce que c'est une
bête qui tue pour un rien semble-t-il.
Alors, qu'en pensez-vous? Qu'est-ce que Hassan sait
déjà maintenant? "
À ces mots, Paul et Roland se regardent
mutuellement d'un air interrogateur et
c'est finalement Paul que répond:
- " Je ne pense pas qu'il aie bien compris ce qui s'est
passé. Il ne faut pas
oublier que dans nos pensées et nos communications
" privées " Roland et
moi on pensait foncièrement en français,
langue qu'Hassan ne comprend pour
ainsi dire pas du tout! Quand on voulait qu'il comprenne,
par exemple lorsque
la voix d'Allah lui soufflait des choses, alors on
traduisait en anglais. Sinon il
pataugeait dans sa tajine le pauvre Hassan! ... Je pense
aussi qu'il est encore
convaincu qu'il ne nous a rien dit. Ce qui est vrai dans
un sens... Même s'il sait
que leur secret est menacé, que l'on se doute que
la mort de Jacques n'était
pas accidentelle et que c'est son agent Muhamad Ali
Képhir qui a fait le coup.
Je ne crois pas qu'il se doute qu'on connaît leur
projet d'arme secrète aussi
bien que lui. ... Je pense que tu as raison, Jean, mieux
vaut ne pas céder à la
panique et risquer de se rendre l'existence invivable sur
un coup de tête. ... On fait comme ça! Mon vieux Roland,
avec nos petits copains policiers, tu me
laisse parler et tu fais comme si tu ne savais rien de ce
que l'esprit tordu de
Hassan pouvait receler. Si j'ai bien compris, dans ton
vidéo, Jean, tu ne crois
pas qu'on puisse voir rien de trop compromettant pour
nous; c'est ça? ... Bien.
Alors on joue ça mollo. " ...
"Parfait, je pense qu'on peut rappeler Thompson tout
de suite et lui dire qu'on est prêt à lui
faire notre rapport. À lui seul pour
commencer, comme ça, si pour une raison ou une
autre, on devait l'informer
un peu plus que prévu, ça nous laissera plus
de marge de manoeuvre pour
arranger les choses. ... Jean, tu veux bien aller le
chercher, s'il-te-plaît? ...
Merci. "
<> LE FANTÔME DE LA SADIC
- " Alors comme ça vous avez trouvé quelque
chose d'intéressant?
Good. Nous vous écoutons. "
Jean marque un temps d'arrêt avant de
répondre, se racle la gorge, puis
annonce d'un ton qu'il tentait de rendre aussi "technique"
que possible:
- " Bien, il y a un hic. On est pas absolument certains
d'avoir tout compris.
En fait, c'est assez technique et très complexe
à expliquer messieurs.
Monsieur Tardif aimerait d'abord vous rencontrer seul
monsieur Thompson
pour vous faire un premier rapport. Si vous voulez bien me
suivre. Ça ne
devrait pas être trop long, nous viendrons vous
chercher dans quelques
minutes messieurs. "
En entendant la réplique de Jean, les trois
policiers réagissent simultanément
avec diverses onomatopées et borborygmes pour
exprimer leur désaccord sans
devoir le faire bien clairement. Ils sont totalement pris
par surprise et avaient
l'impression très diffuse dans leur for
intérieur de policiers aux commandes que
quelque chose cloche dans la proposition de Jean.
Pourtant, comme ils réalisent en même temps qu'ils ne
sont pas vraiment maîtres de la situation, aucune
protestation claire ne se fait pourtant entendre et
Thompson se lève pour suivre
Jean.
- " Hum... Good. Allons y sans plus attendre monsieur
St-Pierre."
Quand ils pénètrent dans l'antichambre de la
pièce à interrogatoire, Paule est
penchée par dessus l'Épaule de Claudine qui
esquisse un croquis sur la table. Elle
lève la tête vers les nouveaux arrivants et
leur indiquant la baie vitrée, elle leur dit
simplement:
- " Ils sont de l'autre côté et ils vous
attendent monsieur Thompson. Jean,
viens voir; Claudine est en train d'essayer de nous tracer
un dessin de "LA"
photo. Tu te souviens que Jacques la lui avait
montrée à elle aussi quelques
temps avant sa mort. Depuis le temps qu'on en parle, t'es
pas curieux d'avoir
une petite idée de ce dont elle avait l'air, cette
damnée photo? "
- " Entrez et asseyez-vous monsieur Thompson, je vais
essayer de vous
résumer en quelques mots ce qu'on a appris. ... Ah
Roland, si ça t'intéresse, à côté
Claudine est en train d'essayer de faire un croquis de ce qu'on
voyait
sur la fameuse photo volée de Jacques. Si tu veux,
tu peux aller y jeter un
coup d'oeil. Et s'il-te-plaît, insiste qu'on nous
laisse un peu tranquille, tout ça
c'est une histoire un peu compliquée et il va sans
doute falloir que je touche
un mot à monsieur Thompson à propos d'un
paquet de détails particuliers
assez longs à expliquer... Alors je pense qu'on va
avoir sûrement avoir besoin
de plusieurs minutes si je veux que le message passe bien.
... Tu comprends?
...OK, merci, à tantôt.
- "Tu dis que Claudine est en train de tracer un portrait
de LA photo? Tu peux être sûr que ça
m'intéresse! Il me semble que tout le
monde parle rien'que de ça depuis une semaine!
Certain que je vais aller voir
de quoi elle avait l'air! Tu m'en a tellement parlé
qu'il me semble que je vais la reconnaître au premier coup
d'oeil! "
" Ah et puis t'en fais pas mec, je vais te filtrer les
distrations: vous aller être tranquille pour parler
en paix... Prenez tout le temps
qu'il vous faudra! À tantôt!
Sur ces paroles qui ne laissent aucune ambiguité
dans la
tête de Paul, Roland fait un dernier petit salut aux
deux hommes et sort du local
dont il referme la porte sans bruit derrière lui.
...
" Bon. OK, où est-ce qu'on en était? ... Ah
oui, OK,
voilà:
" D'après ce qu'on a compris des bafouillages
confus
de votre témoin, Jacques a été
tué parce qu'il avait par inadvertance
photographié du matériel militaire top
secret. C'est une photo qu'il avait prise
en Afrique, au Soudan, mais les installations
photographiées ne sont pas
vraiment Soudanaises. Pour lui et ses chefs, il ne pouvait
être question que
quiconque, surtout pas des gens comme vous et vos
collègues aient le
moindre soupçon de ce projet ambitieux tant que
tout ne sera pas terminé, et
même plus longtemps encore si possible. Par une
agence pro-agricole du
Soudan interposée, les installations en question
ont été érigées par des
techniciens de divers pays, même du Canada, pour le
compte d'un front
islamique essentiellement préoccupé par " La
Guerre Sainte " . En fait ce
dernier fraye de très près avec l'Iraq de
Saddam Hussein. C'est lui qui a fourni
l'essentiel des capitaux et des moyens techniques
nécessaires à la mise en
place de l'instrument de la " domination d'Allah sur le
monde " et le châtiment
de l'Occident pour commencer. Il est donc question ici de
la mise au point
d'une arme nouvelle. Rien que ça! Vous aimeriez en
apprendre plus? "
En écoutant Paul, Thompson s'est appuyé sur
la table et, penché en avant
comme pour mieux entendre, il hoche continuellement la
tête pour acquiescer à ce
qu'il entend. Il accompagne chacun de ses hochements de
tête par un petit " yes " presque muet.
- " Good, bien sûr, je suis ici pour ça! ...
Mais... Une arme nouvelle, dites-vous, quel genre d'arme? "
- " C'est assez compliqué. ... En partant, disons
qu'il ne s'agit pas d'un
nouveau rayon de la mort ou d'une quelconque invention "
Hi-tech " de ce
genre là. Il ne s'agit pas non plus de la mise au
point d'une arme nucléaire
islamique non plus. En tous cas, pas à court
terme... Il s'agirait plutôt de la
version tiers-monde de la destruction à grande
échelle et à grande distance. ... "
" Il y a plusieurs années, Saddam a retenu les
services d'un génial expert
en balistique Canadien du nom de " John Buhl " . Celui-ci
devait aider l'armée
de Saddam à se doter d'un attirail de canons de
tous calibres très
performants. Ce qui fut fait au cours des années
80.."
" Or le monsieur Buhl en question avait depuis plusieurs
années
commencé à envisager la possibilité
de reprendre l'idée développée par Jules
Vernes dans son roman " De la terre à la lune " .
Pour lui, il n'était bien entendu
pas question d'envoyer quoi que ce soit sur la lune. Il
avait simplement
considéré qu'en se dotant d'un ou plusieurs
méga-canons, qui allieraient
plusieurs technologies dont M. Hassan connaissait
évidemment pas le détails,
des méga-canons donc qui pourraient même
être à peu près fixes et enfouis dans le sol, un
pays aussi petit et peu avancé techniquement que l'Iraq par
exemple pourrait réussir à mettre sur orbite
tous les satellites dont lui ou
d'autres clients, moins fortunés que les sept
grands, pourraient avoir besoin
et ce, pour une fraction minime de ce que
l'équivalent coûte aujourd'hui aux
pays industrialisés."
" Pour Buhl, tout ce qui lui semblait un prérequis
pour ce pays, c'est d'être
doté d'un pouvoir central fort, capable de
décider de s'engager dans une
aventure aussi incertaine; un pays disposant tout de
même de moyens
financiers appréciables pour pouvoir acheter les
pièces nécessaires à la mise
au point du premier prototype et un pays capable aussi
d'adopter
concrètement toutes les mesures essentielles
à la réalisation de ce projet. Ce
pays devait également pouvoir compter sur une
infrastructure industrielle
suffisante pour lui permettre de réunir en un
même lieu toutes les ressources
humaines et techniques requises et en gérer ensuite
efficacement l'utilisation.
Toutes choses dont disposait l'Iraq. Par contre, le projet
de lanceur balistique
à satellite de communication ou de
météo conçu originellement par Buhl est
maintenant devenu un lanceur à missiles de guerre
satellisés. Pour le moment,
ils n'envisagent pas d'ogives nucléaires pour
ça: d'abord, ils n'en ont pas;
ensuite tout ce qui pourrait leur permettre d'en mettre au
point est l'objet d'une
surveillance extrême; ensuite la technologie du
canon-lanceur de satellite ne
semble pas permettre pour le moment de lancer des charges
suffisantes pour
mettre en orbite une charge nucléaire dont la
conception serait forcément
grossière et trop lourde; finalement, l'aspect
coût d'une telle opération avec le montant faramineux de
la corruption, avec tous les pots-de-vins et autres " coûts
supplémentaires " qu'il faudrait envisager pour réussir
une telle
opération rend encore la chose pratiquement
impensable à court terme..."
" Par ailleurs, Saddam a également réussi
à mettre la main sur un brillant
biochimiste assez particulier, " Ioshi Von Trapp " . Il
s'agit d'un chercheur
spécialisé dans la recherche sur les formes
de vie ayant un potentiel militaire.
Né au Japon d'une mère japonaise et d'un
père Allemand, Herman Von Trapp.
Celui-ci était un officier SS envoyé comme
enbassadeur spécial du troisième
Reich auprès de Hirohito pour le conseiller
à propos des "techniques
civilisées prônées par son
gouvernement pour régler les problèmes de
gestion des populations d'un pays conquis". Toutefois,
quand le Her
Commandant est re-déménagé en
Allemagne avant la fin de la guerre, le jeune
Ioshi est parti avec lui et c'est là qu'il a
vécu jusqu'à sa majorité, du côté
ouest
en fait. Il est alors retourné au Japon pour tenter
de retrouver sa mère
japonaise. Malheureusement, après le départ
de Ioshi et son père, elle était
devenue une résidente de Nagasaki... Quand la bombe
a explosé, d'elle il n'est
plus rien resté. Lorsqu'il a compris ça, le
jeune Ioshi en a développé une haine
inextinguible pour les américains, l'Occident
condescendant et toutes les
puissances nucléaires en général. Il
s'est juré de la venger. "
"Il a donc fait dévier sa carrière, de la
biologie médicale, pro-santé à
l'origine, vers une biologie orientée
essentiellement sur la mort et la
destruction. Après quelques années au
service de la recherche militaire
britannique en matière de guerre
bactériologique, il est ensuite passé chez les
américains. Il avait d'abord été
séduit par la réputation des chercheurs anglais
qui ont longtemps été
considérés comme des maîtres en ce domaine."
"Puis, fort d'une réputation enviable - enviable? -
de
chercheur polyvalent, aussi efficace que pugnace dans la
promotion de la
guerre bactériologique comme prochain instrument de
l'équilibre de la terreur,
il s'est donc infiltré dans l'antre de " La
Bête " : les États-Unis. Il s'est alors
impliqué plus particulièrement dans la
recherche de nouvelles façons de
contrôler et contourner toutes les méthodes
de contrôle " défensif " et immunitaire des
épidémies, naturelles ou non. Déjà
à la fin des années 50, il
envisageait de créer des formes de vie de type
pseudo-virale, dont la première
et principale caractéristique consisterait en la
destruction des mécanismes de défense chez des animaux
comme les mammifères. Plus spécifiquement
les primates supérieurs bien entendu...
Employé par la "Society for Advanced
Diseases Integral Control " , il a travaillé
plusieurs années en Afrique, au Zaïre
d'abord, au Gabon par la suite et finalement au Liberia,
à faire des tests sur
des primates supérieurs, comme des
chimpanzés, des macaques et une autre
sorte de singes dont je n'ai pas compris le nom; des
animaux qu'il réussissait
assez facilement à y trouver auprès de
nombreux chasseurs et braconniers
trop heureux de l'approvisionner, moyennant finance bien
entendu..."
" Pour ses hôtes africains, officiellement il devait
utiliser ces spécimens
comme cobayes pour la lutte contre les maladies
épidémiques susceptibles
de ravager une région ou une " population cible " .
Cette expression, dont il
raffolait d'ailleurs, avait évidemment pour lui un
sens assez particulier,
emprunté au moins autant à la balistique
qu'aux sciences humaines. Il
essayait en fait de créer un virus militaire
miracle qui pourrait réduire à néant
tous les mécanismes de défense immunitaires
d'une population de primates
supérieurs, des anthropoïdes plus
spécifiquement..."
"Avec son équipe, il avait effectivement
réussi à créer
plusieurs variétés d'un tel virus miracle.
Mais la fragilité des différentes
formes du virus en question, avec la complexité
d'une transmission
épidémique " de masse " qui en
découle était le problème majeur qu'il n'avait
pas encore réussi à régler lorsque
diverses bavures en termes de sécurité ont
convaincu la SADIC d'abandonner toute cette recherche.
Dans leurs
laboratoires africains en particulier. Certains des
spécimens porteurs de
diverses souches de son virus miracle ont réussi
à détaler dans la nature. On
comprendra que la SADIC ne voulait sous aucun
prétexte qu'on puisse
associer son nom et la présence de ses laboratoires
de recherche bio-médicale avec l'apparition au tournant des
années 80, d'une éventuelle
épidémie particulièrement sournoise
puisqu'elle se contenterait de saper la
résistance à n'importe quelle agression
biologique naturelle. Cette dernière,
fut-elle normalement bénigne et non franchement
létale, sous l'influence d'un
nouveau virus "miracle" libéré par
mégarde, se rangerait alors presque
automatiquement dans cette dernière
catégorie."
" La SADIC savait que dans l'éventualité ou
l'un des spécimens perdus par
Von Trapp s'avérait porteur d'une souche " viable "
, le continent Africain
serait certainement le premier et le plus durement
touché. Ils n'ont rien voulu
laisser au hasard: il ne reste aujourd'hui aucune trace,
ni document pouvant
laisser croire qu'ils aient un jour fait quoi que ce soit
sur le continent Africain.
Absolument rien. Sauf dans la chair de quelques macaques
qui voltigent de
branche en branche dans la brousse. "
" Aucune information non-plus, sauf dans le crâne de
ce cher Ioshi, qui fut lui-même remercié
poliment, avec une prime de
licenciement conditionnelle assez substantielle pour qu'il
accepte de prendre
une confortable retraite anticipée et " oublie " la
légende du M I P T V, ou "
Military Invasion Penetrating Total Virus" ... Je crois
qu'il n'existe aujourd'hui
peut-être même plus aucune trace de
l'existence de la mystérieuse SADIC elle-même! Par
contre pour ce qui est des versions " beta " du M.I.P.T.V.
développées au cours des recherches de la
SADIC, je ne suis pas absolument
certain qu'une première édition,
déjà capable de neutraliser tous les
mécanismes naturels de défense de
l'organisme humain, mais aussi
caractérisée par un mode de transmission
infiniment moins pragmatique en
cas de guerre, n'est pas en ce moment même
déjà devenu un fléau international et ce, en
Afrique plus particulièrement..."
" Voilà, c'est à peu près ça.
Vous pouvez en faire
quelque chose?"
Tout au long de cet exposé de Paul, Thompson le
dévisage en fronçant ses sourcils qu'il a
très fournis et broussailleux. Dès les
premières secondes du rapport, il a
réalisé l'importance et la richesse des
informations qu'on allait lui révéler. Aussi
a-t-il posé un petit magnétophone sur la
table et glissé à l'intention du locuteur: "
You don't mind? " Paul n'ayant posé
aucune objection, il avait donc placé son appareil
en mode d'enregistrement. Après
avoir aussi ouvert devant lui un petit carnet dans lequel
il inscrit l'essentiel des
informations que lui communique cet informateur
décidément très particulier, il boit
avec gourmandise chacun des mots qu'il entend et acquiesce
par une espèce de
grognement sourd à chaque fin de phrase de son
visiteur. À quelques reprises au
court de cet entretien il se laisse également aller
à chuchoter plus qu'il ne le dit
vraiment un " oh my God! " horrifié. Quand Paul se
tait enfin, le policier éteint
d'abord son magnétophone, puis il tousse un peu en
se levant de sa chaise et
finalement il se racle la gorge tout en relisant les
quelques notes qu'il a prise dans
son carnet et en pivotant sur lui-même lentement sur
360 degrés. Après quoi, il
range enfin son calepin dans la poche intérieure de
son veston. D'un geste lent et
avec un grand sourire manifestement très
exagéré, il se penche vers Paul et
approche son visage à quelques pouces de celui de
son interlocuteur en posant les
deux mains bien à plat sur la table de chaque
côté de celles du jeune homme qui le regarde toujours
avec des points d'interrogation dans les yeux.
- "Well, it seems very interesting to me, but... Oh
sorry... Tout cela me parait être très
intéressant, mais... je ne sais pas
comment vous dire... vous ne me présentez aucune
preuve de quoi que ce
soit! Votre histoire ferait une excellente histoire pour
un roman - bien qu'un
peu tirée par les cheveux, si vous voulez mon avis
- mais dans la vraie vie, le
vrai monde, je ne vois vraiment pas ce que je peux faire
avec ça. "
Il se racle une nouvelle fois la gorge en fronçant
les
sourcils et, toujours sans bouger, il ajoute d'une voix
abaissée d'un octave en
souriant à nouveau avec un sourire
exagéré qui devient presque une espèce de
rictus lorsqu'il parle en essayant de le garder bien
figé sur son visage.
- "Well, Monsieur Paul - c'est bien comme ça qu'on
vous appelle? - Tout ce que vous m'avez raconté m'a
beaucoup intéressé, je
ne vous le cache pas, mais je ne crois pas que vous ayez
pu apprendre tout ça avec une petite entrevue d'une heure
à peine avec un suspect aussi
récalcitrant. Alors je suis obligé de
conclure que vous essayer de vous payer
la tête de nos services et j'aimerais comprendre
pourquoi! ... "
"Peut-être que vous voulez simplement ajouter un peu
de piquant dans votre vie! ... Ou peut-être que vous
voulez faire la première
page des journaux demain! ... Ou peut-être que vous
faites partie d'un complot
organisé pour créer un conflit diplomatique
où le Canada serait le grand
Coupable! ... Pourquoi ça, je ne le sais pas, mais
en tout cas... ... Ou bien alors
vous et vos amis êtes simplement de grands
mythomanes inoffensifs mais
très nuisibles parce qu'ils essaient de s'amuser
avec des choses qui les
dépassent complètement! "
Puis il se relève, pivote à nouveau sur
lui-même de 360
degrés lentement en toussotant un peu et d'un
mouvement brusque, il revient prendre la même position
qu'auparavant avec toujours le même sourire figé
à
quelques pouces de Paul et lui lance d'une voix maintenant
plus aiguë que normal:
- " Well... et maintenant MONSIEUR PAUL, est-ce vous
allez me le dire, ce que je devrais penser et croire... et
pourquoi ça, s'il vous
plaît?! "
Pour toute réponse Paul, se recule le visage de
quelques
pouces et pose simplement les deux mains sur celles du
policier et les tient
fermement. Le visage de celui-ci se contracte alors un
instant, puis il perd
lentement le sourire du chat de Cheschire qui
déformait son visage pendant qu'il
s'assied en se tordant un peu le corps sur la chaise qui
est placée en biais en face
de Paul. Ils restent assis comme ça face à
face à se regarder intensément dans les
yeux sans bouger pendant plus de quarante-cinq minutes.
Quand finalement, Paul
lui laisse les mains et se relève avant de sortir
de la pièce, Thompson reste figé sur
sa chaise et continue à fixer Paul des yeux et il
le suit simplement du regard sans
bouger ni le corps, ni la tête, pendant que celui-ci
va vers la porte et sort rejoindre
ses amis et les autres policiers qui les attendent dans la
pièce à côté en jasant
maintenant de sujets tout à fait anodins comme les
performances de leurs équipes
de base-ball favorites.
< > TRICHER
Klink- klonk, beding-bedang!
- "Marie-Elfe! ... Marie-Elfe! ... Oh hé! Où
es-tu
coquine?... Allons viens manger et amène Emmanuelle
et René, le dîner est
prêt. ... Venez vous en vite, ça va
refroidir! "
Bien certaine que les enfants l'ont entendue, puisqu'elle
vient de leur crier avec un volume suffisant pour
être comprise à quelques
centaines de mètres. De toute façon, les
trois petits mousquetaires ne pouvaient
pas être bien loin, elle les entendaient jacasser
dans les fourrés situés juste en face
de la maison. Elle avait d'abord frappé bien fort
sur une grande poële à frire, la
fameuse "poëlonne de parole " de Paule, qui est
maintenant devenue l'instrument
privilégié pour l'appel du repas, Christiane
rentre donc sans plus attendre dans la
maison. Quelques minutes plus tard, c'est au tour de
Marie-Elfe et René qui entrent
en se tenant la main et en rigolant. Après
s'être lavé les mains à l'évier de la
cuisine, ils vont tous deux s'asseoir en rigolant toujours
et Christiane leur sert
aussitôt chacun un bol de salade. Puis elle s'assied
à son tour avec un troisième
bol.
...
- "Bon! Où est encore passée Emmanuelle
maintenant?
... Si elle ne vient pas manger tout de suite, ça
va être froid: on a du bon maïs
frais du jour après et je nous ai
déjà sorti chacun un épis pour qu'il refroidisse
un peu. ... Qu'est-ce qu'elle fait? ... Elle
n'était pas avec vous autres les
enfants? ... Hé, ho, Marie-Elfe, je te parle! C'est
toi la plus grande, je comptais
sur toi pour surveiller les deux galopins. Pour moi,
t'étais responsable: à
matin, tu m'avais bien dit que tu t'occuperais d'eux!
Alors je te demande une
nouvelle fois: où est Emmanuelle? Elle
n'était pas avec vous? ...
Aussitôt, Marie-Elfe cesse de rigoler. Elle se
redresse sur
sa chaise, laisse la main de René et se tourne vers
sa mère pour lui répondre.
- " Bien... je ne sais pas où elle est rendue:
aujourd'hui
elle a joué dans l'équipe de bandit comme
d'habitude, et puis c'était à leur tour
de se cacher . Ça fait que René et moi on
allait justement partir à leur
recherche quand tu nous a appelés. ... Je ne sais
vraiment pas où ils sont
partis, parce que des fois, ils vont se cacher pas mal
loin. Bien c'est parce
qu'ils trichent un peu. ... Tu vois: Emmanuelle grimpe sur
le dos de Bandit
comme un cheval, et puis ils se cachent toujours ensemble
... ça fait que
comme ça, ils peuvent aller pas mal loin avant que
j'aie pu compter jusqu'à
cent! "
" Hein qu'c'est vrai, René? "
...
Tout au long de son récit, Marie-Elfe dont le
visage fait
face à sa mère a plutôt les yeux
baissés et regarde dans son bol de salade pendant
qu'elle mêle consciencieusement les morceaux de
laitue et de tomates qui s'y trouvent.
- " Ouais, belle affaire! Comme ça, t'as
laissé
Emmanuelle toute seule dans le bois avec son chien! Mais
tu te rends tu
compte! Une enfant de cet âge là, toute seule
et on ne sait même pas où! Avec
un chien comme gardien! Rassurant... Et puis en plus, ils
se cachent! Et puis
moi qui suis toute seule pour m'occuper de vous autres.
Qu'est-ce que je vais
faire? Claudine, Jean, Paule et Roland qui sont tous
partis avec Paul à
Washington - dans un avion spécial du gouvernement
s'il-vous-plaît! - "c'est
pas pour longtemps " qu'ils m'ont dit. Ouais, pas pour
longtemps mon oeil! Ça
fait presqu'une semaine qu'ils sont partis. En tout cas,
moi j'ai pas mal hâte
que ça finisse toutes ces histoires de
mystères et de série policière. Mais en
attendant, comment est-ce que je fais pour retrouver
Emmanuelle. ... Marie-Elfe, t'as-tu une idée d'où elle
pourrait être allée? ... Mais voulez-vous me dire
ce que vous avez à rire comme ça tous les
deux! ... Marie-Elfe, je te parle!
Marie-Elfe, qui avait détourné la tête
vers René lorsque
finalement elle l'avait pris à témoin,
s'était passé un main discrètement sous la table
pour prendre celle de son complice. Aussi, c'est d'une
oreille très distraite qu'elle
écoute maintenant les propos alarmés de sa
mère, puisque son petit ami et elle
semblent partager maintenant des confidences apparemment
très comiques.
- "Oui maman. Excuse-moi, je ne peux pas m'empêcher
de rire. ... Tu vois, tout à l'heure, je t'ai dis
qu'Emmanuelle trichait un peu,
parce qu'elle "faisait du cheval " sur le dos de Bandit
pour aller se cacher plus
loin. ... Mais ce que je ne t'ai pas dit, c'est que
nous-autres aussi, on triche un
peu... Avant qu'Emmanuelle parte se cacher avec son
complice, l'air de rien,
René a commencé à toujours sonder un
peu le cheval et puis comme c'est
Bandit qui connaît le coin le mieux, et bien c'est
toujours lui qui décide d'où ils vont se cacher,
ça fait qu'on a toujours une bonne idée d'où ils
sont
cachés! Ça fait que maintenant on cherche
plus pendant des éternités, on
reste au "but", on se raconte des histoires pour laisser
passer un peu le temps
et puis là, moi je vais les trouver... par hasard.
Là je crie. René reste à
m'attendre au "but", ça fait que là, il les
"délivre ", ... bien oui, tu sais bien, il
fait: - un, deux, trois pour Emmanuelle et Bandit qui sont
cachés... dans la
boîte à bois de Robert! - mettons. "
- " Ah ma petite gueuse! Vous êtes vraiment des
petits
" pas d'allure" tous autant que vous êtes! Et puis
comme ça, tu savais où ils
sont cachés depuis le début et puis tu ne me
la disais pas! Mais tu voyais bien
que j'étais inquiète! ... Bon, et bien c'est
pas tout ça. Maintenant, mettons -
que ça fait assez longtemps que ça dure! -
comme tu dis. Qu'est-ce que vous
en diriez d'aller les trouver, par hasard... si vous
voulez. Et de me les ramener
par ici pour dîner illico, s'il-vous-plaît?
... Merci. En attendant je vais remettre
vos épis à bouillir pour qu'ils restent
chauds. Mais ne lambinez pas trop, parce
qu'ils vont finir par être trop cuits et tout
mollassons! ... Ah et puis si, par
hasard, vous allez chez Robert et que Judy est là
et que Michel est encore
parti, vous pourriez l'inviter à dîner, ce
serait gentil! Merci."
...
Les deux enfants venaient à peine de sortir quand
retentit
la sonnerie du téléphone. Christiane monte
en vitesse à l'étage supérieur pour
décrocher le combiné du cellulaire de Jean.
- " Oui allô. ... Ah bonjour. Enfin! Et puis,
comment ça
va là-bas? ... Justement on parlait de vous-autres.
... oui c'est ça. ... OK
d'accord, mais ici on pense très fort à vous
et on a bien hâte que vous
reveniez! ... Oui. ... Oui. ... Non. ... Ah demain, enfin
c'est pas trop tôt! ... Tant
mieux! ... Hein! Quoi, en auto? ... Mais ça va
prendre un temps fou! ... Ouais,
peut-être... ... Ça fait qu'on peut vous
attendre pour quand? ... Oui, OK. En tous
cas, y a pas que vos petits monstres qui ont hâte de
vous revoir, ça tu peux
me croire! ... Non, c'est pas ça. Eux-autres, ils
ont été parfaits. Je ne te ment:
pas des vraies "soies". ... Non c'est qu'il s'est
passé d'autres choses ici, des
niaiseries en fait! ... Non. ... Mais ça serait
trop long à raconter au téléphone. ... Oui,
c'est ça. ... OK ...Ah. ... Dommage, mais je suppose que c'est
ça la
rançon d'un talent extraordinaire. ... Oui je
comprend, mais ... Tard? ... OK. ...
On va vous attendre. ... Non, ils sont sortis tous les
quatre, et je ne sais pas où ils sont. ... Bien non voyons,
ils jouent à la cachette. ... Oui, c'est ça, en
équipes: Marie-Elfe et René contre
Emmanuelle et Bandit! ... Mais puisque je
te le dis. ... Ah bien tiens, tu vas pouvoir leur
demander, ils arrivent justement
pour dîner."
" Ah, vous voilà enfin, mes petits sacripants!
" Youhou! Les enfants, venez ici! Je suis en haut,
dépêchez-vous: c'est important! Vous arrivez
à temps: j'ai Claudine au
téléphone. Je pense qu'elle aimerait bien
parler à une certaine... ah, comment
donc... une dame "Émilie", euh non c'est pas
ça. "Erménégilde", peut-être? ...
Non ... À moins que ce ne soit "Eulalie"? Non ...
Hum. "Ernestine"? Non, c'est
pas ça non plus. ... C'est-tu bête, je ne
m'en rappelle plus! ... Je suis pourtant
bien sûre que ça commence par un "E" en tous
cas! ... Est-ce que quelqu'un
pourrait m'aider? ... Comment tu dis? ... Ah "Emmanuelle".
... Oui ça doit bien
être ça: "Emmanuelle"! ... Emmanuelle? Tiens,
prends le téléphone ma grande,
c'est pour toi. "
" Mais après ça, je pense bien qu'à
côté de Claudine,
on devrait pouvoir trouver une belle Paule à son
René... Et puis sans doute un
grand escogriffe de Jean, pour une Marie-Elfe en fleur.
... Ça fait qu'à chacun
son tour!"
En entendant les enfants pénétrer dans la
maison,
Christiane s'était empressée de les appeler,
mais, un peu pour se venger gentiment
de l'inquiétude que venait de lui causer
Emmanuelle, par Marie-Elfe interposée, elle
avait malicieusement fait durer le suspense jusqu'à
ce que Emmanuelle, toute
essoufflée par la course qu'elle venait de faire,
lui chuchote d'abord son nom dans
l'oreille et le lui crie enfin dans la tête
lorsqu'elle l'avait agrippée par la main pour
prendre le combiné téléphonique.
<> LA MONTAGNE COUCHÉE
Le jour se lève à peine quand une petite
fourgonnette
blanche s'engage dans le Chemin-des-Trois-Bras, qui
mène aux Domaine-des- Cultivés, sur lequel sont
construites les résidences, originalement d'été
mais dont
certaines sont maintenant occupées à
l'année, des associés de la Corporation
Cinéma et de quelques-uns de leurs amis. Le chemin
est presqu'entièrement
bordé par des bois mêlés,
conifères et arbres à feuilles caduques de diverses
essences avec, ici et là, de petites
clairières couvertes d'épervière et de
verges-d'or
et déjà fortement envahies par la repousse
et la fardoche. Ce qui confère à sa
palette un éventail infini de teintes de vert, du
plus tendre au plus foncé; le tout
parsemé de délicates touches de couleur, que
lui apportent les nombreux bosquets
de vinaigrier rouge vin ou les cerisiers en fleurs par
exemple. Tout le paysage est
vraiment féerique en ce petit matin aux couleurs
rosées avec de fines nuances
d'orange presqu'éteinte. Les phares de la
camionnette tentent d'ouvrir un tunnel de
franche clarté bien blanche devant le
véhicule. Ils ne réussissent en fait qu'à
accuser les multiples veines de brume matinale qui
traversent encore le chemin et
la campagne environnante à cause, surtout, de la
rivière toute proche. La route et le décor
disparaissent donc ça et là, l'espace d'une fraction de
seconde dans un
tampon de ouate évanescent. Heureusement le
chauffeur, Jean St-Pierre, connaît
parfaitement bien le chemin et la moindre de ses courbes
comme chacune de ses
distances n'ont absolument aucun secret pour lui. Ce qui
ne l'empêche pas de
rouler à une allure de tortue par prudence d'une
part, en fait surtout pour ne pas
frapper quelque animal sauvage surpris par le lever du
jour sur cette piste des bêtes à quatre roues, et aussi
parce qu'il peut ainsi se délecter à loisir de ce matin
de début du monde dans toute sa splendeur. Les passagers du
véhicule, en dépit
de leur hâte d'arriver à La Terre, ne s'en
plaignent vraiment pas, tout absorbés
qu'ils sont par le spectacle quasi magique qui s'offre
à eux.
- " Tu vois Carlos, on est presqu'arrivés. Comme tu
peux voir, le pays est pas mal plus plat que par chez vous
j'en suis sûr, mais
c'est pas trop laid non plus... non? ... Encore
dix-minutes tout au plus. Ici on
est déjà rendu sur le chemin de "notre"
rang. Comme tu peux voir, c'est pas le bout du monde! ... Oh, mais
j'avoue que c'est quand même assez retiré,
merci... Et comme il y a pas mal de "tournicotage"
à faire pour y arriver, tu
comprends pourquoi je préférais prendre le
volant après la frontière plutôt
qu'avant "
...
"J'espère que l'on aura pas trop de mal à
réveiller
quelqu'un en arrivant: c'est qu'il est plutôt de
bonne heure...
- " Bah! Ne t'en fais pas pour ça! En tous cas y a
au
moins notre Bandit qui ne sera pas difficile à
réveiller! De toutes façons, moi
ça ne me déplairait pas d'aller roupiller un
peu en arrivant. Il va juste s'agir
d'essayer de ne pas réveiller les autres en
arrivant. Mais c'est vrai qu'avec
Bandit, c'est vraiment pas évident... Encore que
pour Roland et moi, passe
encore, mais pour toi, Carlos et pour Claudine, c'est un
peu plus compliqué...
"
- "Allons bon Paule, tu crois vraiment que tu vas
pouvoir résister à ton petit René
chéri, parce que quand on va rentrer chez Jean... et bien
c'est pas mal certain que nos trois galopins vont rouvrir les
yeux. Alors quand René va savoir que tu es
là aussi, tu n'y couperas pas ma
grande! Carlos, toi tu viens chez nous, on devrait pouvoir
t'accommoder pour
cette nuit dans le grand vivoir ou dans la cuisine
d'été, c'est pas la place qui
manque. Demain, si ça te tente, je pourrai te
montrer quelques beaux coins où
tu pourras monter ta tente... si tu préfères
le camping."
- " Ha oui, ça serait chouette! Tant qu'à
être au Canada
en pleine brousse, évidemment que je vais en
profiter pour camper! Je veux,
oui! De toute manière, c'est de cette façon
qu'on peut le plus facilement
s'imbiber des vibrations locales de la Terre Mère
vous savez et pour moi c'est
tout ce qu'il y a de plus important. Je suis absolument
certain que vais adorer
mon séjour ici. J'ai déjà
l'impression de me promener dans un tableau du
Louvre! Ça va être extra, t'en fais pas mon
pote!"
En disant ces quelques mots, l'homme, d'origine
visiblement amérindienne ou
latino-américaine et âgé d'environ quarante ans,
portait la main droite à son coeur pendant qu'il
faisait mine de toucher le sol de son
autre main. Ses cheveux très noirs ainsi que ses
traits caractéristiques des indiens d'Amérique lui
donnent un air à la fois mystérieux et
légèrement austère. Celui-ci
n'est atténué que par la chaleur et la
bonté qui se dégage de son sourire engageant
et des feux miroitants de ses yeux bleus. Le plus
surprenant c'est qu'il s'exprime
dans un Français parfaitement correct mais quand
même teinté d'un indéniable accent d'origine
quasi indéfinissable. Ce qui rend son discours tout à
fait étrange avec ses sonorités quelquefois franchement
latino-américaines et quelquefois
totalement inusitées, qui voisinent avec des
formules et un vocabulaire typiquement franco-européens, de
Paname en fait!
- " Mais pour tout vous dire, ce sont vraiment vos
mioches, heu.. vos enfants, mesdames les comtesses, que
j'ai hâte de
rencontrer! "
...
Aussitôt que le véhicule s'engage dans le
petit chemin du Domaine-des-Cultivés, "La Terre", l'air
résonne des aboiements de Bandit. Quand il voit un
véhicule qui lui est inconnu s'approcher ostensiblement du
château de ses
maîtres, il redouble d'énergie pour bien
alerter les siens; après tout, son chef de
meute, Paul, est absent et il est un peu responsable des
enfants qu'il lui a laissés!
Aussi, se sent-il enfin rassuré quant il
reconnaît les odeurs familières de ses maîtres
Claudine, Paule et Jean, avec leur ami Roland. Il se tient les
oreilles baissées et fait
les yeux doux, pendant que sa queue bat comme un essuie
glace qui s'emballe,
avec toute l'énergie qu'il a accumulée
pendant la longue absence de ses amis. Il a bien senti
également une odeur étrangère à sa meute,
mais sa rencontre avec le visiteur va se passer tellement bien et ce
dernier aura une façon absolument
charmante de faire sa connaissance en lui permettant de le
sentir sous toutes ses
coutures et même derrière les oreilles!
D'ailleurs, le ton de sa voix lorsqu'il lui parle
et la bonté de son regard lorsqu'il se laissera
lécher les mains ne laissera aucun
doute dans l'esprit du chien: cet homme et lui deviendront
de très bons amis à coup
sûr!
Les aboiements sonores de bandit ont tout de même eu
le temps de réveiller les occupants de la maison. Quelques
paires de yeux se sont
donc pointés derrière les fenêtres
pour s'assurer de l'identité des nouveaux arrivants mais
Marie-Elfe quant à elle, était déjà
presque rendue à la porte d'entrée
dès que la fourgonnette s'est arrêtée
devant.
- "Bonjour papa. Bonjour Claudine. Bonjour Paule.
Bonjour Roland. Bonjour... euh... monsieur. Vous
voilà enfin! Il était temps!
Mais Paul n'est pas là? Il n'est pas revenu avec
vous autres?"
- "Bonjour ma chouette! Viens que je t'embrasse! ...
Non, Paul n'est pas avec nous. Il va revenir plus tard. Il
avait encore un peu de
travail à faire, mais nous-autres on s'ennuyait
tellement de nos petits chéris,
toi par exemple ma grande, qu'on a décidé de
revenir tout de suite. Et puis, le
hasard et les coïncidences ont voulu qu'on rencontre
monsieur Carlos
Bellemaison que voici:"
"Carlos de Bellemaison, homme de grand savoir."
"Marie-Elfe St-Pierre, ma fille unique et
préférée!"
...
"En jasant ensemble, on s'est rendu compte que
monsieur Carlos devait absolument venir chez nous
rencontrer des familles
aussi extraordinaires... alors on a pas
hésité et nous voici! ... Mais si c'est pas
les autres mousquetaires qui se pointent et le grand amour
de ma vie! ...
Bonjour Christiane. ... Allez, on rentre tous et on va se
prendre un petit
espresso bien tassé ou un bon jus de fruit; comme
ça, on sera plus à l'aise
pour faire les présentations et jaser, hein
Christiane? ... À moins bien sûr qu'il
ne te reste plus ni café, ni jus ou que certains
moussaillons préfèrent aller se
re-coucher tout de suite? ... Non ... bon, parfait: alors
entrons et cap sur le
mess des officiers!"
(...)
Pendant que Jean et Marie-Elfe s'affairent dans la cuisine
à préparer du café, réchauffer
quelques croissants et verser de grands verres de
jus avec quelques cubes de glace et des sections d'orange
à cheval sur les bords,
les autres convives se sont installés autour de la
grande table décagonale du vivoir. Claudine et Emmanuelle d'un
côté, Paule et René de l'autre sont en
aparté depuis
quelques minutes déjà tandis que Christiane
et Carlos sont en train de faire plus
ample connaissance, chacun essayant de s'exprimer d'une
façon qui permettra à
son interlocuteur d'une culture différente de bien
comprendre ses propos.
- "Oui, c'est bien ça madame, j'étais venu
à Washington
rencontrer un ami américain, John Greenwoods, pour
avoir son avis quand à
l'interprétation d'un texte précolombien
dont j'avais réussi à avoir copie. Or, il me semblait
que le-dit texte devait avoir un rapport très étroit
avec un autre
manuscrit que John avait déjà
étudié et dont il m'avait parlé à notre
dernier
rancart à Mexico. J'avais même l'impression
que mon propre manuscrit était
un peu comme la suite du sien, ou plutôt non: qu'il
était en fait comme une
sorte de mode d'emploi qui devrait permettre de retrouver
spécifiquement où
était cachée la suite proprement dite des
textes originaux étudiés par John. ... Je ne sais pas
si je me fais bien comprendre: c'est assez compliqué... ...
Hum, en tous cas! Oublions ça pour le moment. On en
reparlera un autre jour...
"Toujours est-il qu'un de ces quatre, je me suis
retrouvé dans un petit bar de style parigot dans un
bout plutôt latino de la ville
pour me changer un peu les idées après une
journée à se creuser la nénette
avec John pour traduire en clair le sens premier de mon
texte. Habituellement
après le travail, je ramenait John chez lui et nous
prenions alors un pot dans la cour de sa maison quand la
journée avait été particulièrement
lourde, puis
je retournais bien coulos à mon hôtel. Mais
ce soir là, j'étais tout seul parce
que John était parti à pied voir son
éditeur à côté de l'Université. Je
suis donc
rentré tout seul sans me presser. Je voulais me
laisser guider par les
coïncidences. Mais chemin faisant, je me suis un peu
perdu et j'ai abouti dans
un quartier où je ne reconnaissait que dalle.
À un moment donné j'ai vu un
petit bar "genre Français", alors j'ai
décidé d'arrêter prendre une pause et
quelques tuyaux sur le plan du bled. Toujours est-il que
j'étais là, en train de
siroter un demi et je regardais les gens danser sur la
petite piste de danse à
côté. Tout était parfaitement banal:
trois petits couples bien ordinaires et deux
ou trois hurluberlus tous seuls s'agitaient les baguettes
sur la piste."
"Tout à coup j'aperçois deux couples qui
débarquent
en même temps sur la piste. Jusque là rien de
spécial, les deux nanas plutôt
bien roulées merci, et elles étaient avec,
pas deux, mais trois mecs... euh,
comment dire? Euh, assez bien fringués, pas trop
mal baraqués les mecs
mais quand même pas des malabars: trois gus
très ordinaires avec deux
chouettes gonzesses quoi... Pas de quoi en faire un
cinéma, enfin! Mais l'os
c'est qu'ils se causaient en Français, mais alors
là en Français avec un
curieux accent que je ne connaissait pas et pourtant les
accents de France, en général je les situe assez
facilement, parce que la France je l'ai visitée dans
le menu et j'ai vraiment été glander dans
tous les coins avec mon vieux quand
j'avais encore du placenta plein les narines. Alors
côté "accent du terroir",
dame, j'vous dis pas, j'ai le pif pour les caser aussi
sec! On ne me la fait pas à moi, parole! Mais pour le parfum
de leur jactance, alors là, "niet"! Et puis
c'est pas tout, ils débarquent sur la piste et au
lieu de se peloter en couple
chacun dans leurs coins comme tout le monde, les
voilà qui se prennent tous
les cinq par la main et qu'ils se mettent à danser
pour faire comme une espèce
de ronde, genre folklorique, mais entre nous, le folklore
sur une musique
techno, ça faisait pas trop "réglo",
même s'ils ne conjuguaient pas vraiment
leur carmagnole comme tout le monde, si vous voyez ce que
je veux dire! En
tous cas, ils avaient l'air de s'amuser comme des dingues;
à tout bout de
champs, ils partaient à rire en même temps et
semblaient se comprendre
entre eux comme larrons en foire! Ils se sont faits suer
en se bidonnant
comme ça pendant une bonne heure à peu
près. Allez savoir pourquoi, j'étais
fasciné et je n'ai pas bougé de mon perchoir
tout ce temps là!"
"Alors là, quand ils sont finalement
retournés à leur
table, j'ai ramassé mes frusques et mon verre, je
me suis levé et j'ai été me
pointer chez eux parce qu'ils avaient vraiment
piqué ma curiosité avec leur
accent de dieu sait quel terroir et leur façon
biscornue de giguer une
ritournelle! Alors je me présente. Je demande la
perm de m'asseoir. Puis je
leur demande comme ça: dites-moi donc les mecs,
d'où vous êtes avec votre
accent, pas de Normandie, pas de Bretagne ni du midi, non
plus de Savoie ou
d'Alsace, pas plus que de Belgique ou de Suisse, mais
d'où donc? Parce que
les accents du pays, d'habitude j'ai l'oreille pour
ça, vous pouvez me croire,
que je leur dis! ... Ils se regardent, ils pouffent de
rire en même temps et y a
celui avec les plus gros bras et le moins de poils sur le
caillou qui me dit
comme ça: "mais voyons, nous on est tes cousins du
"pays qui n'est pas un
pays, mais l'hiver!" ... Je pigeais que dalle, alors il en
a remis: "tu sais bien, par
rapport à icitte, mettons qu'on est en bas icitte
pis mettons qu'on viens... ...
tiens: comme du top d'la grosse montagne couchée,
là d'où-s-qu'y a de la
neige quasiment tout le temps, tabarn...!"
"Alors là, quand j'ai entendu ça, c'est venu
me
chercher jusqu'aux tréfonds de la cave à
vin! Je veux, oui! ... Ça faisait au
moins une semaine que John et moi on se cassait la
tête sur un bout de mon document précolombien qui
parlait précisément de quelque chose comme ça:
le sommet de la grande montagne couchée,
près des neiges éternelles!
Toutes les cartes de l'Amérique du Sud, de
l'Amérique Centrale et de
l'Amérique du Nord avaient été
passées au peigne fin; toutes les archives
existantes, celles des Jésuites, des Dominicains,
de l'Inquisition, des états,
des grandes familles, de la CIA tiens! Même celles
des cartels de la periqua ou de la mota sur lesquelles on a pu mettre
la main par la FDA! Toutes avaient
été scrutées, étudiées,
compulsées. En vain: nulle part il n'était question de
cette foutue montagne couchée! "
"Alors, vous comprenez que quand le grand dieu des
bonnes coïncidences m'a permis d'entendre un Charlot
raconter tout de go
comme ça qu'il venait "du top de la montagne
couchée, d'où-s-qu'y avait
quasiment tout le temps d'la neige", j'ai su pourquoi,
contrairement à mon
habitude, je m'étais perdu en ville et pourquoi
j'avais décidé d'aller prendre un
pot ce soir là et précisément dans ce
petit troquet snobinard où j'allais alors
pour la première fois! Pour moi en tout cas,
ça faisait du sens, comme disent
nos amis les "amères loques"!"
<> SURVENANT ET REVENANTS
Christiane est encore toute occupée à rincer
la vaisselle du petit déjeuner quand Jean s'approche d'elle
sur la pointe des pieds par derrière
avec des airs de Sioux rusé. Puis, tel un fauve
affamé, il bondit et lui enserrant la
taille de son bras gauche, il lui relève les
cheveux de la main droite et lui applique
un long baiser aspirant et sonore dans le cou.
Agréablement surprise, elle prend un sourire complice et
jouisseur tout en faisant mine de rentrer les épaules pour se
protéger. Puis elle se retourne pour faire face
à ce vampire qui ne cesse de la
bécoter dans le cou, ce qui la fait frissonner,
autant de plaisir que de froid. Ce n'est
qu'en gratifiant son agresseur d'un touche de sa
vadrouillette à vaisselle toute
imprégnée d'eau froide au creux de ses reins
nus qu'elle réussi enfin à se dégager.
Ils éclatent alors de rire et, ouvrant tous les
deux les bras d'un geste quasi-solennel,
ils s'enlacent l'un l'autre avec passion. Puis Jean attire
insidieusement sa
compagne vers les escaliers qui mènent à
leur chambre où ils s'étendent sur le lit
toujours tendrement enlacés.
- "Enfin seuls chez nous. Tu m'a manquée!"
- "Toi aussi! Viens, profitons-en avant que les autres ne
reviennent. On a bien une petite heure à peine juste pour
nous! Maintenant
que tu m'as ouvert l'appétit, mon grand escogriffe,
je veux goûter au reste!"
(...)
Ils sont maintenant étendus tous les deux
côte à côte sur
leur grand lit. Complètement nus tous les deux, ils
sont encore en sueur à la suite
de leurs ébats amoureux animés. Les cheveux
tout ébouriffés, Christiane a posé sa
tête dans le creux de l'épaule de Jean et,
toute en confidences, lui raconte
maintenant à son tour quelques-uns des
événements les plus marquants qui se
sont déroulés sur La Terre pendant l'absence
de son compagnon.
- "En tous cas, si tu veux mon avis, même si
ça n'est
pas vraiment de nos affaires, je pense qu'il va falloir
que Paul et toi vous vous
en mêliez!"
"Moi de mon côté, c'est bien sûr que
j'ai été un peu
forcée de prendre partie pour Judy parce qu'elle
était à ramasser à la petite
cuillère la pauvre, je te jure! Et puis d'abord,
solidarité féminine oblige, quand
elle est venue me trouver et qu'elle m'a demandé de
devenir sa confidente, j'ai
bien sûr accepté avec plaisir. Après
tout, même si on se connaît depuis plus
de quinze ans maintenant, jamais on ne s'était
parlé de nos choses intimes
avant. Même que quand ils ont atterri sur "la terre"
au début de l'été, pour moi
ils étaient comme des revenants! Après tout
ça fait un bon bout que je ne me
tiens plus à la Corpo, alors je n'avais jamais
l'occasion de les revoir! Surtout
Judy."
"Pour moi, le couple qu'elle formait avec Michel,
c'était
du solide, une sorte de modèle qui avait
duré, duré et duré encore, alors que
pratiquement tous ceux de nos autres amis autour de nous
avaient déjà eu le
temps de fondre comme neige au soleil. Moi j'avais
toujours trouvé ça
rassurant de les voir encore ensemble puisqu'ils
s'étaient rencontrés à peu
près au même moment que toi et moi!"
"Tu te souviens quand Paul nous les avait
présentés et qu'ils nous avaient dit qu'ils se
cherchaient des co-locataires pour partager
avec eux la location de la grande maison de ferme de J. P.
Roberts, l'oncle de
Judy à côté de Waterloo? Comme
ça tombait bien. Un belle maison en
briques, pour un prix ridicule, avec une grande terre,
quelques pommiers, près
d'une petite rivière, polluée bien
sûr, mais où on pouvait faire du canot tout de
même, quelques bâtiments de ferme vides, tout ça
à partager avec un jeune
couple à peu près de notre âge et qui
vivait une merveilleuse histoire d'amour
eux aussi! Du beau monde en plus! Judy qui connaissait
vraiment tout le
monde dans le coin et qui savait parfaitement comment
faire un bon jardin et
où trouver tout ce qui nous fallait pour que tout
marche comme sur des
roulettes."
"Je me rappelle que ses yeux étaient pleins
d'étoiles
quand il était question de Michel, son amoureux.
C'était son premier amoureux
véritable en fait: elle n'avait que seize ans
à peine quand ils s'étaient
rencontrés au Mexique au cours de son premier
voyage à l'étranger. Lui de
son côté, il avait bien l'air en amour lui
aussi. Tu te souviens comme c'était
touchant quand il lui faisait sa cour le soir après
le souper en lui chantant des
chansons d'amour en s'accompagnant avec sa guitare? On
aurait dit des
anges! Il avait presque dix ans de plus qu'elle, mais
ça ne paraissait
pratiquement pas. Moi je l'enviais: si jeune et
s'être trouvé un conjoint aussi
brillant qui l'adorait et qui avait même
déjà enseigné à l'Université! Un
gars
aussi intelligent, qui avait du vécu et qui
n'aspirait qu'à une chose: fonder un
foyer avec sa jeune tourterelle pour avoir des enfants et
les élever ensemble!"
" Quand on a emménagé dans la maison avec
eux et
que Judy m'a dit qu'elle était déjà
enceinte et que Michel et elle comptaient
bien avoir cet enfant à la maison si possible, je
me souviens que j'avais trouvé
qu'elle était bien courageuse. Moi en tout cas,
l'idée d'avoir un enfant, à la
maison en plus, ça me faisait encore peur. Et puis
j'avais l'impression que
j'avais encore des choses à vivre, à prouver
et à trouver avant de mettre quelqu'un d'autre au monde avec
tout ce que ça implique. Toi aussi d'ailleurs,
je pense... La dessus, on s'entendait. Tu te souviens?"
- "Bien sûr que je m'en rappelle! Comme si
c'était hier.
D'ailleurs toi tu n'as pas changé d'un iota..."
- "Menteur! Je le sais bien que mon âge a
doublé
depuis ce temps là! Et puis que j'ai eu un enfant
qui a déjà dix ans, alors s'il te plaît,
arrêtes ton numéro! Même si c'est très
gentil de ta part... Merci. En
tous cas, si tu t'en rappelles si bien, tu te souviens
sûrement de la façon dont
leurs finances étaient organisées?"
- "Ah oui, j'me rappelle que je trouvais qu'ils
étaient
plutôt chanceux! Ils pouvaient compter sur
l'héritage que Judy avait reçu de
son parrain. Une petite rente viagère. Je me
souviens même du nom de son
parrain... attends... Monsieur... Monsieur William... Will
Ford... non pas tout à
fait.. ... Monsieur Will Ferr, ou quelque chose comme
ça. Je me souviens que
c'était assez compliqué comme histoire parce
que, pour avoir le droit de
continuer à toucher la petite rente que son parrain
excentrique lui avait
laissée, Judy ne devait pas ni se marier, ni vivre
en union libre avec un gars!
Alors il lui fallait toujours cacher que Michel
était son "tchum". Comme tout le
monde dans le rang connaissait les Roberts, sa famille, je
me rappelle que
c'était pas simple! On avait été
obligé d'organiser la maison comme si Michel
et elle était simplement deux co-locataires
célibataires, avec chacun une
chambre et que Susie-Janique était née de
père inconnu! Peut-être un mexicain ou un
américain rencontré à Cancun. Quand la petite
était venue au
monde, je me rappelle qu'on manquait de chambres, alors
Judy avait installé
le lit de sa fille dans sa fausse chambre comme si elles
couchaient toutes les
deux dans la même chambre. Même que Michel
était resté "tout seul" avec la
pièce la plus belle, la plus grande et la plus
confortable de la maison!"
"Je me souviens aussi qu'à ce moment là, je
trouvais
qu'ils étaient pas mal chanceux d'avoir ça,
parce que nous autres on avait rien
du tout: on tirait le diable par la queue en essayant de
vendre des trucs
d'artisanat qu'on fabriquait. Ah la naïveté de
la jeunesse! ... Mais plus tard,
quand les gars et moi, Robert, Paul, Pierre, Marc, Yves,
Bernard... et les
autres, on a parti la Corporation Cinéma à
Montréal, je me souviens que Paul
avait beaucoup insisté pour qu'on engage Michel
aussi souvent que possible
quand on avait des contrats, pour que Judy et lui puisse
enfin arrêter de vivre
dans la situation compliquée que leur imposait le
mensonge face à la famille
de Judy, les Roberts. Paul venait du même coin que
Judy et il la connaissait
depuis toujours. Surtout ses soeurs en fait: elle en avait
quatre, dont trois plus
vieilles qu'elle... Je me rappelle que Paul avait
même montré à Michel
comment faire du montage en lui donnant le contrat de
monter un de ses
propres films parce que personne à la Corpo ne
voulait prendre la chance
d'engager un "amateur sans aucune espèce
d'expérience". Il n'y connaissait
absolument rien, mais Paul était sûr qu'il
avait assez de talent et de potentiel
pour apprendre vite. Ils avaient donc monté le film
de Paul ensemble et Michel
avait alors été payé pour apprendre!
Pas cher, parce que le budget de Paul
pour ce film là était dérisoire, mais
payé tout de même! Alors que Paul était
lui-même carrément bénévole pour ce
travail là! Mais rétrospectivement, il était
évident que Paul avait eu raison: son film avait
été parfait! ...
"Même qu'il s'est avéré par la suite
que Michel était un
des meilleurs monteurs de la Corpo. Et il était
tellement serviable; toujours
disponible! Complètement emballé par sa
nouvelle vie, presque tout de suite,
il avait commencé à acheter des actions de
la Corpo pour devenir actionnaire
à part entière comme tout le monde.
Lentement mais sûrement. Plus tard,
comme il n'y avait pas tout à fait assez de
contrats de montage pour tout le
monde, puisque la Corpo comptait déjà deux
autres monteurs, Paul lui avait
montré son propre métier, cameraman. Comme
ça, puisque Paul était à peu
près le seul cameraman à pouvoir faire
n'importe quoi, ils avaient alors pu
commencer se diviser l'ensemble du travail à deux.
Si bien que, quand Paul a
eu son bête accident, Michel a pu prendre facilement
la relève et prendre tous
les contrats de caméra. Même que, lorsque la
Corpo avait loué sa caméra à
"Vibration inc.", la compagnie de... machin là, je
ne me rappelle plus de son
nom... en tous cas, pour le tournage de "One, two, tree,
four, five, sex at the
top!", son émission érotique, pour ne pas
dire porno, tournée avec des têtes
d'affiche, acteurs connus, chanteurs vedettes, sportifs de
pointe, politiciens,
hauts fonctionnaires, tout le gratin enfin, avec leurs
conjoints et conjointes ou
leurs amants et maîtresses, Michel s'était
alors trouvé un nouveau créneau et
il était devenu LE grand spécialiste pour le
tournage de scènes du genre.
L'expert incontesté chez Vibration en tous cas.
Jusque là, ça va? Ma mémoire
ne me trompe pas trop?"
- "Non mon grand, c'est pas mal correct. Moi aussi
c'était à peu près ce que j'en
retenais à partir de ce qu'on voyait et que Judy et Michel
laissaient paraître "officiellement". Je dis bien
"était", parce que
pendant que vous étiez partis la semaine
dernière, tu sais que Michel et Judy
habitaient dans la maison de Robert, en échange de
divers travaux à réaliser
dans le "château" de Robert. Et bien pendant ce
temps là, j'ai eu l'occasion de jaser assez souvent avec Judy
quand on allait toute les deux à la plage avec
"nos" enfants; moi avec Marie-Elfe, Emmanuelle et
René; elle avec Susie- Janique et Gustave. ... Mais je pense
que les nouvelles vont s'arrêter là pour
tout de suite, j'entends Bandit qui jappe proche de la
maison. ... Oui c'est ça:
les autres reviennent.. Allez levons-nous. ... Il va quand
même falloir qu'on en
reparle: j'en ai appris pas mal que je ne savais pas, et
je suis bien certaine que
tu vas être surpris toi aussi! Je n'ai pas
l'intention de tout te dire, c'est sûr,
(après tout si Judy m'a fait ses confidences c'est
pas pour que je les répète à tout le monde!),
mais je pense qu'il y a des choses que Paul et toi devriez
savoir: ça vous concerne tous les deux! Bon. ...
Mais en tous cas... ... Assez
paressé! ... Debout!"
"Ah oui: merci. C'était bien agréable mon
bon
monsieur!"
- "Tant mieux, c'était parfait pour moi aussi!
Merci bien,
belle dame, tout le plaisir était pour moi. Tout
à l'heure, je pensais qu'on
n'aurait qu'une petite heure à peine à nous,
mais ça doit bien faire plus de
deux heures qu'on est seuls! Merci Paule et Claudine, je
suis pas mal certain
que vous avez fait exprès pour retenir la foule au
loin et nous laisser un peu
plus de temps à nous; vous autres vous saviez
à quel point j'avais envie de ma
chère Christiane! Et pour des choses comme
ça, il faut que ça soit bien fait. ... Et pour
ça, vous savez bien que ça prend le temps que ça
prend... Merci
encore. ... Bon, allez maintenant on se grouille! Notre
survenant et tes
revenants arrivent!"
Pendant que Jean parlait, encore assis sur le bord du lit,
Christiane s'était déjà levée
et s'affaire en ce moment à se laver avec la
débarbouillette mouillée qui était
posée sur le rebord du petit évier de leur chambre.
Aussitôt qu'elle a fini, elle laisse sa place et
tend une autre débarbouillette propre à Jean. Puis,
elle va chercher son maillot de bain accroché à
sécher sur le balcon.
Quand ils terminent enfin d'enfiler leurs maillots, ils
entendent la porte du rez-de- chaussée s'ouvrir et le portique
résonne des éclats de voix des enfants et du clic-
cliquetis-clac des griffes de Bandit qui arpente à toute
vitesse le grand vivoir au
plancher de bois franc, comme il en a l'habitude lorsqu'il
rentre de dehors tout
joyeux. En descendant de l'escalier, ils constatent que
tout le monde est bien
revenu en même temps et qu'ils ont aussi
ramené Judy et ses enfants,
C'est une toute jeune femme de trente ans à peine,
mais
dont les longs cheveux noirs, qu'elle porte lâches
sur les épaules, sont déjà
tellement constellés de fils d'argent qu'à
première vue, ils lui donnent l'apparence
d'une personne beaucoup plus âgée. Grande et
élancée, elle est tellement mince
qu'on pourrait la prendre pour une anorexique. Pourtant
quand on la connait, on
s'aperçoit qu'il s'agit là probablement d'un
trait strictement génétique puisqu'elle ne
dédaigne pas faire bonne chère quand
l'occasion se présente et que ses soeurs ont
elles-aussi à peu près la même
corpulence. Ce qui frappe par contre lorsqu'on
l'approche, outre la jeunesse quasi-adolescente des traits
de son visage, c'est la
chaleur redoutable de son sourire et la sourde
résolution teintée d'une
indéfinissable nostalgie que l'on dénote
dans le regard que jettent ses yeux pairs si pâles qu'ils en
sont presque gris. Sa fille, Susie-Janique lui ressemble beaucoup
par la forme de son corps et de son visage. Par contre, la
grandeur peu commune
de ses yeux bleus aux longs cils et de sa bouche bien
dessinée, lui donnent un petit
air irréel que ses immenses cheveux blonds ne font
que rehausser. Gustave quant
à lui est un bouillant petit garçon, presque
hyperactif, très curieux et inventif; à voir
son regard décidé et sa mine fière,
presque bravache, on voit tout de suite que rien, ni personne, ne
saurait le rebuter. Les traits de son visage ressemblent beaucoup
à ceux de sa mère, mais il est de constitution beaucoup
moins émaciée que celle-ci
par contre. Toutefois, le ton exceptionnellement grave de
sa voix, presque celui d'un
adulte, n'a d'égal que la petitesse de sa taille,
soit celle d'un enfant qui serait son
cadet d'au moins deux à trois ans.
Les adultes s'installent donc autour de la grande table
décagonale du vivoir une fois de plus, pendant que
les enfants ressortent jouer
dehors en emportant quelques outils pour pouvoir
s'aménager une cabane dans le petit bois de tremble tout
près de la maison.
- "Soyez prudents les enfants! Attention à vos
doigts
avec la hache! Susie-Janique, tu t'occupes de ton
frère et ne le laisses pas
trop faire le singe dans les arbres! Gus, sois sage et tu
obéis à ta soeur, c'est
elle qui mène quand je ne suis pas là!
Compris?"
- "Oui maman!." font les deux enfants d'une seule voix
avant de sortir en coup de vent.
...
- "Michel n'est pas avec vous?"
- "Non, il est reparti à Montréal. Un
contrat avec
Vibration. Il doit aller en Allemagne pour tourner
quelques épisodes de "sex to the top", version allemande. Il
parait que les cameramans de là-bas ne sont
pas assez bons. Manquent de subtilité à ce
qu'on dit! Alors je suis toute seule
pour un mois. Des vraies vacances à la campagne,
sauf que je vais devoir finir
les "jobs" que Michel avait promis à Robert de
faire... Oh pas grand chose, de
la finition surtout. Poser quelques moulures, vernir,
peinturer, etc... Mais avec
les enfants dans le décor, c'est pas toujours
simple, d'autant plus qu'en ce
moment je suis toute seule pour voir à tout.
Heureusement que Susie-Janique
m'aide un peu, mais elle n'a que quinze ans, alors je ne
peux tout de même
pas trop lui en demander! Je ne veux pas lui voler sa
jeunesse. D'un autre
côté, essayer de les séparer,
ça relève un peu de la cruauté mentale! Alors je
vais encore finir par avoir la petite "gang" chez moi un
bon pourcentage du
temps, ça c'est sûr! ... Mais entre nous, je
commence à faire une sérieuse
"overdose" du gardiennage des enfants de tout le monde et
si quelqu'un
d'autre pouvait les prendre de temps en temps, je n'en
serais vraiment pas
fâchée!"
- "Si vous voulez, je peux vous aider. Côté
finition, je
me démerde pas trop mal. Boulotter de mes mains,
ça va me détendre. Et puis,
de toutes façons, si vous me trouvez trop mauvais,
je pourrai toujours
m'occuper des mioches, j'adore ça! Comme ça,
vous allez pouvoir travailler
plus relax et moi, je vais pouvoir oublier un peu mes
salades de manuscrits
précolombiens. Vous voulez bien?"
- "Marché conclus! ... Ah, et puis je ne m'appelle
pas
"Vous"; "Vous", chez nous ça peut être, ou
plutôt C'EST, plusieurs
personnes... ici tout le monde me connaît comme
"Christiane". ... OK
..."Carlos"?"
- "OK, Christiane."
<> ÇA BAIGNE
Galarneau est encore au milieu du ciel. Il y a tout au
plus
quelques petits cumulus blancs solitaires qui traversent
le firmament à pas de tortue
de temps à autre. La plus grande plage de la terre
est parsemée par les
nombreuses serviettes et couvertures des baigneurs
étendus à se faire chauffer la
couenne ou qui pataugent dans l'eau de la rivière.
Tous les enfants quant à eux sont occupés
à attraper et re-lancer l'espèce de petite chambre
à air de scooter qui leur sert de ballon. Divisés
en deux équipes, ils disputent en ce moment la
sixième manche d'une partie de trippe chasseuse aquatique, un
jeu qu'ils ont inventé et dont les règles sont
calquées sur celles du ballon chasseur. En plus de
ses co-équipiers enfants,
chaque équipe peut aussi compter sur l'aide de
quelques adultes pour aider les
enfants en offrant, soit aux lanceurs le secours de leurs
épaules pour leur permettre
de dominer l'eau et bien viser les joueurs adverses ou
soit en nageant pour les
aider à récupérer la trippe
lorsqu'elle dérive trop loin. Actuellement l'équipe
formée
par Marie-Elfe, Emmanuelle et René, aidés
par Roland, Paule et Christiane est en
avance au pointage, mais pour le moment c'est
l'équipe de Susie-Janique et
Gustave, assistés par Carlos et Judy qui domine
cette manche. Gustave,
Emmanuelle et René ont en effet déjà
été tués et relégués à
l'arrière du côté des vaches et Susie-Janique est
nettement plus habile que Marie-Elfe pour manier la trippe. Pourtant
tout n'est pas encore joué, puisque les
co-équipières Paule et
Christiane sont manifestement beaucoup plus rapide que
leur vis-à-vis Judy pour
récupérer la trippe et la donner à
Emmanuelle et René. Ceux-ci peuvent donc viser
leur adversaire beaucoup plus vite, et, par la force des
choses, le bon cheval Carlos
doit déployer beaucoup d'énergie pour
soustraire Susie-Janique aux lancers de
retour et lui éviter de se faire tuer par des tirs
à bout portant des vaches de l'autre
équipe.
- "... D'ici la fin de semaine, aujourd'hui, demain ou
après-demain en principe. En tout cas, il a dit
qu'il nous téléphonerait avant de prendre l'avion et
puis il va rappeler dès qu'il arrivera à Ottawa.
Après,
comme on lui a promis un nouveau tour en hélico
pour son retour, il devrait
être ici en moins d'une heure."
- "Et il ne t'a rien raconté sur la façon
dont ça s'est
passé là-bas?"
- "Non, pas vraiment.. Il m'a juste dit qu'après
notre
départ, il avait eu l'occasion de rencontrer le
président Ted Vulvin et sa
femme. Il m'a raconté que Mary Vulvin l'avait
même invité à dîner avec eux à
la Maison Blanche, dans le "petit salon vert", qu'il ma
dit. Il parait qu'elle lui a
aussi donné un cadeau pour moi, un petit bracelet
en argent, "nothing really,
just some form of a little present, so that your wife
would forgive us for
imposing her such a long absence", qu'elle lui a dit.
C'est gentil."
- "Un cadeau pour toi? Ah oui, c'est signe d'une
certaine délicatesse. Entre nous, ça colle
très bien avec sa réputation de
femme sensible à la réalité des
causes féminines que de penser à des détails
comme ça, quand toute l'avant-scène semble
monopolisée par des histoires "macho" des gars autrement! ..."
...
"Mais en attendant, excuse-moi, je vais aller faire un
tour à la maison, chercher une bière et voir
s'il n'y aurait pas un message sur
le répondeur. ... Est-ce que quelqu'un voudrait que
je lui ramène quelque
chose à boire en même temps? ... Du jus les
enfants? ... Quelle sorte?... Une
bière Claudine? ... Christiane? ... Paule? ...
Judy? ... Les gars? ... OK, je reviens
dans une vingtaine de minutes. ... À tantôt!
Jean se relève de la grande couverture en coton sur
laquelle il était étendu et essaie de se
débarrasser de tout le sable qui est resté
collé sur ses fesses nues. Quand il le voit se
lever, Bandit délaisse la partie de trippe chasseuse qui
l'occupait jusque là pour s'approcher des couvertures de Jean
et Claudine. Celle-ci n'a alors pas d'autre recours que
d'essayer d'envelopper son
corps nu réchauffé par le soleil dans la
grande serviette de plage posée à côté
d'elle, pour pouvoir ainsi se prémunir contre la
douche froide que Bandit s'apprêtait
à lui servir en s'ébrouant à
côté d'elle pour bien sécher son poil.
(...)
- "Alors, qui a gagné? ... L'équipe
Roberts/Bellemaison,
ah mais c'est bien normal, après tout
c'était quand même la seule équipe
internationale! ... Bon, mettons que je n'ai rien dit...
... C'est vrai que l'autre
équipe avait plus de joueurs , mais ils
étaient plus petits... ... Bon, j'ai compris:
je me tais! ... De toute façon, moi je ne fais
aucune espèce de favoritisme: j'ai
de quoi boire pour tout le monde!"
Tous les joueurs de trippe chasseuse sont maintenant
revenu au bord de l'eau et, tandis que René et
Emmanuelle sont accouru aussitôt
pour prendre un verre de jus de raisin encore bien froid
que leur sert Claudine, les
autres joueurs ont préféré s'essuyer
un peu avant de venir s'asseoir sur les
couvertures. Jean est en train d'aider Christiane à
se sécher le dos, pendant que Paule et Roland, Judy et Carlos,
ainsi que Marie-Elfe et Susie-Janique font de
même mutuellement à tour de rôle
puisque le nombre de serviettes de plage
encore sèches et non couvertes de sable est
à peu près limité à une pour deux
personnes. Puis, chacun va voir Claudine qui leur sert
à boire à partir du contenu de la glacière que
Jean a ramené, avant d'aller s'asseoir ou s'étendre sur
l'une des
couvertures de coton disposées ça et
là sur la plage. Les quelques bouteilles de
bière, bien contemporaines elles, que boivent les
adultes constituent le seul
élément qui détonne un peu dans cette
scène bucolique apparemment tirée d'une
fresque antique ou d'un tableau classique avec tous ces
cops nus vautrés au soleil.
Ceux-ci couvrent une gamme très étendue de
tons de bronzage: à partir de la peau
encore très pâle de Judy à celle,
beaucoup plus sombre, presque olivâtre de
Carlos, en passant par les diverses teintes plus ou moins
foncées des peaux des
enfants ou de Claudine, Christiane et Jean;
l'épiderme franchement couleur café au lait de Paule
quant à lui s'apparie assez bien avec celui très bistre
de son
compagnon.
- "Allez, s'il-vous-plaît, pas tous en même
temps!
Donnez-moi une chance les mioches, que diable! Oui je veux
bien répondre à toutes vos questions, mais "carajo" si
vous me surchargez les accus, je
pourrai pas! Alors s'il-vous-plaît, une question
à la fois. Bon, commençons par
le commencement: Susie-Janique, c'est toi qui m'avait
posé la première colle.
"D'où je viens?" C'est bien ça? ... Bon. Et
bien voici: la réponse est très
simple, je suis né près de Tulum au Mexique,
dans un minuscule petit "pueblo" que les indiens appellent d'un nom
Nahuatl imprononçable qui signifie "Las Profundidades" en
espagnol, ou heu... "Les Profondeurs" en français si vous
préférez."
"Ce qui m'amène tout cru à la question de
Marie-Elfe:
"est-ce que je suis Français ou
Latino-Américain?" Ta question à toi, c'était
bien ça, ma grande? ... Oui, bon. Ça c'est
un peu plus compliqué... Tu vois, je
viens de vous dire que je suis né au Mexique, alors
je suis Mexicain, mais
voilà, même si ma mère était
Mexicaine, une pure indienne Quiché en fait, et
considérée comme une femme de pouvoir, une
"curandera muy poderosa y
una bruja de buena onda", une sorte de bonne
sorcière ou une prêtresse
vachement calée si vous voulez, comme un genre de
gonzesse de la haute
église locale pour les gens du coin quoi, ...
Ouais, c'est ça: une personne très
importante pour les indiens. Mon père par contre,
lui il était tout ce qu'il y a de
plus Français. En plus, c'était un homme
d'affaires qui est vite devenu
vachement balaise, ... heu, je veux dire très
riche, en faisant de l'import/export.
... Il importait des biens de France au Mexique et il
exportait des objets Mexicains en France. Voilà pour le fond.
Jusque là, ça va, vous me suivez? ...
Bon. Mais quand on connaît les Français, on
peut être certain que leurs
enfants, les mâles surtout, sont toujours
Français eux-aussi, où qu'ils soient
nés! Alors comme ça, même si je suis
tout ce qu'il y a de plus Mexicain, avec
un passeport Mexicain en règle, je suis aussi
Français pur porc! Heu, je veux
dire un vrai citoyen Français et qui a même
fait son service en Algérie en plus
pour pouvoir avoir son passeport français, c'est
vous dire! Alors, comme ça,
ça baigne? T'as pigé Marie-Elfe? ... Bon."
"Et c'est au tour des trois mousquetaires maintenant:
"chez qui je vais coucher ce soir?" Vous me voulez tous
les trois chez vous, et bien là, il y a un os les petits
copains: moi je veux bien, vous créchez pas
tous dans la même piaule, alors qu'est-ce qu'on
fait?"
...
"On va coucher tous les quatre au même endroit:
c'est
ça? ... Ah, tous les six, bon si ça vous
chante, pardon mesdemoiselles! ... Un
soir, une maison, le lendemain une autre? Bon pour moi,
ça baigne. ... Ah et ce soir je vais chez Gustave parce que
hier j'étais chez Emmanuelle. Est-ce
que je suis bien dans le mille? ... Oui, bon, c'est extra.
Moi en tous cas, ça me
va. Mais qu'en pensent les mamans? ... Judy? ... Claudine?
... Paule? ...
Christiane? ... Parfait, ça baigne toujours, alors
on fait comme ça. ... ... Et pour
la troisième nuit, demain soir, on se monte une
tente et on fait du camping
tous les six parce que le nid de René est trop
petit pour coucher tout le
monde? ... Parfait, de mieux en mieux, alors demain
après-midi, on installe la
smala ensemble mais attention, si on fait ça,
j'veux pas de flemmard parce que
je vais vous avoir dans le collimateur moi mes petits
pères, compris? ... Bien,
alors ça baigne vraiment et tout va être au
poil!"
- "Ça baigne, ça baigne, c'est vite dit!
Ça se baigne pas
fort si vous voulez mon avis, tas de flancs mous
écrasés sur la plage! Tant pis
pour vous, en tous cas moi, il n'y a personne qui va
m'empêcher de me baigner pour vrai une dernière fois
avant d'aller souper!" lance Paule qui s'est
levée et qui s'est déjà
avancée dans l'eau jusqu'à la taille. Ceci dit, elle
plonge tête
première dans l'eau sans plus attendre.
<> CREVÉS
- "Une chance que tu aimes jouer avec les enfants,
parce qu'ils ne t'ont pas lâché une seconde
ce soir! De vraies petites
tornades! ...Tu veux une autre tasse de tisane?" dit Judy
en s'approchant de la
table de cuisine et de la chaise où est assis
Carlos, l'air complètement vanné. Elle
remplit la tasse que lui tend son invité, puis elle
fait de même avec la sienne propre
et se rassied enfin. Comme elle a fait du feu dans le gros
poële à bois Krüpa de la
maison pour cuisiner son souper ce soir et qu'elle n'en
contrôle pas encore
parfaitement la combustion, il règne dans la maison
la chaleur d'une véritable
étuve. Ils sont donc encore nus tous les deux et
malgré ça et le fait que toutes les
fenêtres de la maison sont ouvertes au maximum, ils
suent tous deux à grosses
gouttes.
- "Oui, pour ça tu peux le dire: il ne manquent
vraiment
pas de carburant vos gosses! Mais après
l'après-midi qu'ils ont eue et la
soirée passée à faire des cabrioles
sur le plancher et sur leurs matelas, ils
sont certainement bien partis pour roupiller comme des
bûches jusque tard
demain! En tous cas, moi je pense que je vais les imiter
bientôt, je suis
complètement crevé. ... Où est-ce que
je peux me pieuter?"
- "Ouais, bonne question! Avec la demie-douzaines
d'enfants qui prennent déjà toute la place,
je ne sais plus où t'installer! Oh, et
puis je ne me sens pas l'énergie de t'installer un
autre lit non-plus. Il faudrait
remonter un autre matelas du sous-sol, avec des
couvertures ou un sac de
couchage, un oreiller: j'ai pas le courage: je ne sais
même pas dans quel
racoin du sous-sol de Robert on va trouver ça et je
ne suis pas certaine non-plus qu'il en reste de toutes façons!
Alors, si ça ne te fait rien, tu vas dormir
dans mon lit ce soir? Comme ça on va pouvoir se
coucher tout de suite. OK?"
- "Si tu veux, moi je ne demandes pas mieux. Ça ne
fait
rien de partager ta couche, au contraire... mais tu n'as
pas peur que ton mari
ne prenne ça mal s'il l'apprend. Je sais bien qu'on
est trop crevé pour qu'il se
passe quoi que ce soit, si tu vois ce que je veux dire,
mais enfin..."
- "Ne t'en fait pas pour ça. D'abord, je ne suis
pas
mariée, ensuite même si je l'étais
avec le foutu bonhomme qui est le père de
mes enfants et avec qui j'ai fait ma vie depuis plus de
quinze ans, je ne me
sentirais vraiment aucune obligation envers un type que
j'ai entretenu comme
un gigolo tout ce temps même s'il refuse de
l'admettre aujourd'hui. Un type
qui n'attend qu'un prétexte pour me balancer et se
trouver une autre poire
plus jeune et plus riche, (pourquoi pas?) maintenant qu'il
a une bonne "job" et de bons revenus, tandis que moi je commence
à me réveiller et lui
demander des comptes depuis que je me suis aperçu
qu'il me cache l'état de
ses revenus depuis des années pour que je continue
à assumer seule tous les
frais de la maison, des enfants et de toute la famille,
même les siens, je ne te
mens pas!"
"Pendant ce temps là, ce cher monsieur Michel
Tocard
investit tout son pactole dans sa valise
d'équipement: super caméra Aaton
super 16, avec Paluche s'il-vous-plaît, super
lentilles Leitz; oh pas de la camelote, non, ce qu'il y a de meilleur
sur le marché ça va de soi! Avec
collection de filtres de toutes les sortes, "top quality"
bien sûr, une panoplie pour les fous et pour les fins!
Accessoires particuliers d'éclairage de tout
acabit! Etc... Etc... Et j'en passe! "Priorité
force de travail" qu'il me disait!
Ouais, tiens-toi! Pauvre conne qui fout rien! Continue
à payer pour du vent! "Surtout il faut pas que tu laisses
tomber NOTRE projet familial! "Patience, ça
s'en vient! Il n'y en a pas pour longtemps, lâche
pas la patate!" Ouais, NOTRE
projet familial, belle carotte ça et moi qui ai
été assez "patate" justement pour
y croire!"
"Maintenant on peut bien oublier toute ces balivernes
et penser aux choses sérieuses, ça doit
être un vague souvenir d'une
existence antérieure, non? Mais ce qu'il s'est
payé lui pendant ce temps là, ça
compte pas ça! Aujourd'hui, tout ça c'est SA
propriété exclusive bien sûr. Bien
voyons: c'est tout lui qui se l'est payé
lui-mème en étant raisonnable et en économisant
sur SON argent, qu'il dit, alors moi j'ai rien à dire, j'avais
"rien
qu'à faire autrement!" Non mais sans blague! Bien
sûr que ce qu'il a mis dans
sa valise pendant tout ce temps là, ça ne
peut pas se partager aujourd'hui, ce
sont SES outils de travail! Qu'il a tout acheté
juste avec SON argent! Tandis
que moi, belle conne, avec mes revenus ridicules, au mieux
la moitié des
siens, je payais pour tout ce qui est intangible; ce que
l'on consomme et dont
il ne reste rien: la bouffe, l'électricité,
le loyer, les assurances, les traites de
l'auto, les vêtements des enfants, leurs frais
dentaires, même ceux de Monsieur, tu imagines? En plus, je lui
signais des reçus "pour ses impôts",
même s'il ne me donnait pas un sou!" ...
... "Bon OK, je m'excuse Carlos, j'arrête! ... Comme
tu
peux voir, ça me pompe rien que d'y penser! Et puis
je me répète! ... En tous
cas! ... Bref, cher ami vous n'avez pas à vous en
faire pour les apparences. Je
m'en cr... ... De toutes façons, comme je te l'ai
dit, s'il l'apprend, je n'en serai
que plus contente, quoi qu'il advienne cette nuit ou
demain. Il pourra bien
penser ce qu'il voudra! Même que ça pourrait
peut-être forcer l'abcès à crever.
Allez savoir! ..."
"Mais assez discuté, je radote! Tout ça
c'est des
histoires qui ne te concernent pas; c'est juste entre
monsieur Michel Tocard
et moi que ça se passe; qu'il crève! ...
Mais, à dire vrai, ce soir c'est moi qui
suis crevée! ... Ah, et puis fais donc comme tu
veux: tu peux dormir sur la
table de cuisine si ça te chante, moi je
démissionne: je suis morte! ... Allons,
assez niaisé, éteins la lumière je te
dis et vas te coucher où et quand tu
voudras, parce que moi j'ai les yeux qui se ferment tous
seuls! "Count me
out!"... Ciao, bonne nuit, à demain..."
Sur ces mots, Judy se lève et après avoir
placée sa tasse
sale dans le bac à vaisselle, elle se traîne
jusqu'à son lit situé à l'étage au
dessus.
Elle s'y laisse tomber en poussant un soupir de
satisfaction. Elle s'endort presque
aussitôt et c'est avec un simple ronflement un peu
plus fort que les autres qu'elle
accueille Carlos quand il se glisse à ses
côtés quelques minutes plus tard en lui
souhaitant: "Buenas noches carissima. Felices
sueños. Qué les duerme bien
mama-hija!"
<> PENDANT QUE LES PARENTS DORMENT
- "Non! Bandit, non! Fais attention que je te dis, fais y
pas mal pour rien, voyons donc! Ah, et puis vas-t-en pas!
... Reviens, mon
beau Bandit. Tu sais bien que je ne suis pas
fâchée, quelle idée. Je le sais bien
que tu pensais pas mal faire, voyons! ..."
"Allez, reviens ici. ... Viens nous voir, elle a quelque
chose à te dire. Bien oui: mon amie la petite
grenouille a quelque chose à te
dire. Viens, elle te mangera pas, inquiète toi pas.
Les petites grenouilles, elles
ont pas l'habitude de manger les gros chiens ou de juste
les tuer en faisant
pas attention, elles... Bien oui, tu sais bien que c'est
vrai, OK là! ... Bon chien.
Assis. ..."
"C'est ça. Donnes-moi ta patte, maintenant. Bon,
merci.
OK là, ouvre ferme tes yeux et pis ralentit un peu
ta machine à sentir un
instant! ... Bon, là mon amie va te faire voir le
monde pis sa vie à travers ces
yeux à elle. ... OK? ... Surprenant, hein? Tu vois
pourquoi je ne veux pas que
tu l'attrapes avec tes dents pour jouer comme avec une
balle ou bien que tu
mettes ta patte dessus pour l'écraser? ..."
"Hein? ... Tu vois bien que j'avais raison: même les
petites grenouilles, elles ont leur vie à elles!
Elles ont bien le droit d'espérer la vivre le mieux possible
et il ne faut pas gâcher tout ça en faisant pas
attention pis en les empêchant de vivre un peu de
bonheur pendant leur
courte vie. Pareil comme toi pis moi! ..."
"OK, merci, ... bon, c'est ça, excuses-toi. ...
merci. ...
Oui, madame, ça va, ça va, j'ai compris. ...
C'est ça, à la prochaine! ..."
"Bon, et bien là, mon beau Bandit, t'as-tu compris,
toi
aussi? ... Oui, c'est ça, la dame du
Nénuphar à d'autres obligations et comme
elle ne dispose pas de plusieurs années devant elle
pour les remplir, elle
aimerait bien qu'on lui f... un peu la paix! ... OK. ..."
"Oui, c'est vrai, après tout, juste un
été pour manger et engraisser assez pour pouvoir se
ramasser assez de forces pour pondre
des centaines d'oeufs et mettre au monde quelques
centaines d'enfants
comme vous allez le faire d'ici peu, c'est vraiment pas
évident! ... Oui, oui, je
comprends, surtout quand on peut compter rien que sur les
pauvres petites
mouches et puis les moustiques qui s'adonnent à
passer par là! ... Une chance
pour vous que les moustiques, c'est pas ça qui
manque ici! ... Oui , OK, je vous
laisse. À bientôt! ..."
"C'est ça, vous me présenterez vos enfants
dans un
mois! OK, salut. ... Viens-t-en Bandit. ..."
...
"Attends, bouges pas, s'il-te-plaît, j'aimerais
ça que tu
me donnes un "lift" pour allez rejoindre les autres sur la
plage. ... Oui, merci. ... Bon on y va!"
Le grand chien se lance dans l'eau de la rivière
avec
Emmanuelle qui l'étreint par l'encolure. Elle est
à demi-couchée sur son dos et se
laisse entraîner comme passagère; ainsi
réunis ensemble, ils traversent la rivière
pour aller rejoindre leurs amis, sur la grande plage de La
terre, "Ouaï-qui-qui beach", située un peu en aval de la
petite crique dans laquelle ils venaient de
rencontrer La dame des Nénuphars... Heureusement
pour le chien, Emmanuelle porte "sa flotte", soit son propre
dispositif de flottaison bien adapté à sa taille, tout
comme René et Gustave qui ne savent pas encore
nager et ce, même si elle est
parfaitement nue par ailleurs comme tous les autres
enfants qui se baignent en ce
moment. Quand l'équipage rejoint les autres, ils
sont tous occupés à construire des
châteaux de sable ou à façonner des
sculptures en sable mouillé. Emmanuelle
s'approche donc de Marie-Elfe dont la sculpture d'un
cheval en bas-relief l'a
séduite.
- "Est-ce que je peux t'aider? ... Il va être pas
mal beau
ton cheval!"
- "Ah, allô Emmanuelle, oui si tu veux. Tiens,
prends le seau bleu en plastique qui est là, et puis vas me
chercher d'autre sable mouillé
au bord de l'eau, comme ça je vais pouvoir faire
une plus belle crinière à notre
cheval. OK? ... Merci. Si tu m'aides, je pense qu'on
devrait pouvoir le finir
complètement avant de retourner à la maison
réveiller Carlos pour qu'il vienne
faire le juge pour décider du gagnant de notre
concours de châteaux et
sculptures en sable."
(...)
- "Ouais, et bien les filles, elles sont biens belles vos
créations en sable, mais nous autres, René
pis moi, ça nous tente pas
vraiment de faire des châteaux pis des sculptures de
sable. On a bien plus le
goût de construire un vrai campement pour les
enfants. Oui, juste là derrière
la plage; entre la plage et pis l'étang. Hein que
ça serait le "fun"! Après ça va
nous faire une place juste à nous autres pour se
tenir quand nos parents
dorment!"
- "Ah oui, ça je trouve que c'est une bonne
idée,
Gustave! Eille les filles! On se met-tu tous ensemble pour
faire ça: un
campement rien que pour les enfants. Pareil comme si les
adultes existaient
plus! En tous cas, moi j'embarque! Marie-Elfe et
Emmanuelle, si vous voulez
aller voir chez vous si vous pourriez pas nous trouver des
bouts de feuille de
plastique pour le toit, moi je vais aider les gars et on
va monter la structure du
campement pendant ce temps-là. OK?"
- " OK. Ça marche et puis quand notre campement va
être fini, on va pouvoir jouer à
"après la Grande Catastrophe, quand y resterait
plus rien que des enfants sur la terre"! On pourrait
même se faire un coin de
jardin à côté et puis une sorte de
petit foyer avec une grille pour se faire à
manger nous-autres mêmes! Si on veut, on pourrait
pêcher et puis cuire nos
poissons tout seuls sur notre feu! Moi je sais où
il y a une vieille grille de
poële qui sert pas, ça fait que je vais la
ramener en revenant tout à l'heure. À
tantôt. Viens Emmanuelle."
- "Ah oui, pis pour que ce soit plus le fun encore, on
pourrait imaginer qu'il y aurait des drôles de
monstres dans la campagne.
Des mutants mettons. ... Mais des mutants méchants
eux-autres! ... OK? ...
Tenez: on pourrait parler des « Excités Russes
» qui nous guettent!"
- "Wow! Wow! Respirez par le nez, les gars! Vous allez
pas essayer de nous embarquer dans une histoire de peur
quand même! En
tous cas, si vous voulez faire comme si il y avait des
monstres, OK comme vous voulez. Mais de toutes façons, moi je
vous dis tout de suite que j'aurai
pas peur parce que... je vais savoir que vos monstres, et
bien, même si ils
vont être bien laids, l'air aussi méchants
que vous voudrez, pis avec des
grandes dents si ça vous chante! Hé bien,
ils ne me feront même pas peur vos
« Excités Russes », parce que moi...
hé bien, je vais savoir qu'ils ne seront pas
bien dangereux: si ils vont nous courir après,
ça va être juste pour se faire
gratter en arrière des oreilles comme Bandit,
mettons! OK là."
< > JUDY DANS LES GLYPHES DE CARLOS
Quand Carlos ouvre enfin les yeux, il est presque dix
heures du matin et c'est bien parce que ses narines ont
été titillées par a franche
odeur du café espresso qui passe. Sans se lever, il
se retourne simplement dans
son lit pour jeter un coup d'oeil en direction du coin
cuisine et de Judy qui s'affaire
en ce moment à couper quelques tranches de pain
pour leur déjeuner. Ce matin la température s'est
quelque peu rafraîchie et il se sent parfaitement bien. Il
s'étire
les bras en croix dans le lit et, ce faisant, il pousse
une sorte de grognement de
satisfaction. Puis il s'assied sur le bord du matelas et
sa frictionne doucement la
nuque pour bien se réveiller. Comme il faisait une
chaleur quasi étouffante dans la
maison hier, il a mis un peu de temps à s'endormir
profondément. Pourtant comme
la fatigue qui l'avait terrassée était
essentiellement physique, il n'en avait pas moins
réussi à dormir d'un sommeil très
profond et réparateur. Aussi, se sent-il
parfaitement d'attaque ce matin. Il faut dire que cette
impression de déborder
d'énergie est rehaussée par le fait qu'il a
le sentiment aujourd'hui qu'il va, d'une
part, bientôt enfin découvrir pourquoi il
s'est laissé embarqué dans une aventure
aussi excentrique sur de vagues paroles prononcées
par de parfaits inconnus dans
un petit bar merdique de Washington et, d'autre part,
qu'il va pouvoir discuter un
peu plus sérieusement avec cette belle inconnue
à côté de laquelle il vient de
passer la nuit.
- "Bonjour mystérieux étranger. On se
lève enfin? ... Tu
as faim?"
- "Bonjour belle amie. Bien dormi? ... Je n'ai pas trop
ronflé j'espère? ... C'est l'odeur du
café qui m'a réveillé et j'ai une faim d'ogre
ce matin! Si tu veux, j'ai quelques pamplemousses et des
mangues fraîches
dans mon sac. Il n'y a pas meilleur pour bien commencer
une journée! Je me
lève et te les apporte. ...
"Tiens. ... Avant de manger, je vais sortir dehors et
courir un petit peu. Je reviens tout de suite avec les
fruits qui sont dans ma
voiture."
À peine a-t-il refermé la porte
extérieure de la maison que
Judy l'aperçoit qui passe devant la fenêtre
de la cuisine en courant à un rythme de
coureur de fond et qui se dirige en faisant des mouvements
d'ouverture et
fermeture avec ses bras comme s'il était un grand
oiseau qui essayait de s'envoler.
Elle ne peut s'empêcher de remarquer l'espèce
de beauté exotique mais tout aussi classique que celle
présente dans la statuaire grecque, ainsi que la force
à la fois
parfaitement mature et bien juvénile qui se
dégage du corps nu de ce grand
énergumène. Celui-ci semble en ce moment
entièrement absorbé par ses
exercices de remise en forme matinale et il ne jette
même pas un regard en arrière
avant de disparaître derrière les arbres
quand il emprunte le chemin qui mène aux
autres habitations de La Terre. Quelques minutes plus
tard, quand elle le voit
revenir vers la maison en portant un petit sac
d'épicerie en plastique, il courre
toujours selon le même rythme mais il effectue
maintenant toutes sortes de flexions
et girations du tronc. Il vient finalement s'arrêter
devant la fenêtre de la cuisine et
effectue des petits bonds sur place. À chaque fois
que sa tête apparaît derrière les
carreaux et que son visage prend une expression comique
différente au profit de Judy qui le regarde, le sourire de
celle-ci glisse d'un degré de plus vers le rire tout
court. Aussi, quand il entre finalement les bras pendants
à terre et le dos
complètement voûté, avec l'air de
quelqu'un qui est si épuisé qu'il va mourir d'un
instant à l'autre, les deux complices
éclatent tous deux d'un fou rire.
- "Carajo", la hermosa señorita esta bromeando de
tù,
coño. Qué mala suerte tienes, cabròn!
... Olà, lindissima doña Judy, por favor
qué tiene piedad para my lastimosa payasada. La
rogo humildamente. Piedad,
por favor. Piedad por el gusano a su doña Judy y
entonces se transformara en un lucièrnaga brillantissimo!"
En lui adressant cette supplique en Espagnol, Carlos s'est
penché très bas en se cachant le front et
les yeux avec son avant bras et il s'est
approché de Judy en marchant ainsi à petits
pas très rapides jusqu'à se jeter à
genoux à ses pieds. Il lui enserre alors les jambes
de ses grands bras et il relève la tête par
derrière et, s'appuyant finalement le menton sur ses cuisses,
il lui dit en
prenant un air caricaturalement tragique: "Pietad por
favor doña Judy, o me mato
tal ves! ... Señorita lindissima, por favor. ...
Pitié belle dame!"
Désarçonnée par une mise en
scène aussi loufoque et
emportée, Judy est prise d'un grand éclat
rire communicatif et elle se penche vers
cet étrange adorateur. Lui prenant le visage entre
les mains, elle lui donne un baiser
sur le front. Celui-ci laisse alors échapper un
long soupir très sonore qui devient
progressivement une sorte de cri du coeur de plus en plus
aiguë et, en serrant les
jambes de Judy plus étroitement dans ses bras et en
tenant bien ses deux fesses
au creux de ses mains chaudes, il la soulève enfin
dans les airs en se levant debout
lui-même. Il caracole alors dans la pièce en
la faisant tournoyer rapidement et en
fredonnant un air de meringué endiablé.
Quand le ravisseur et sa proie ravie se
laissent finalement tomber parmi la montagne de coussins
qui garnit la portion de la pièce qui sert de salon, ils sont
tous deux pris d'un véritable fou rire. Après
quelques minutes passées ainsi à se
chatouiller et à rire franchement, ils
commencent ensuite à adopter un mode de relation
assez différent dont l'amour et le désir n'est pas
absent.
(...)
- "Mais alors, si je comprends bien, c'est strictement
parce que tu es persuadé que le sens de ta vie doit
se déterminer en grande
partie au gré des coïncidences et du hasard
que tu es ici aujourd'hui, c'est ça?
- "Oui, c'est précisément pour ça.
... C'est à la fois très
simple et pas mal compliqué... Hum... Bon.
Commençons par le début, ça peut
paraître long, mais je pense que si tu veux qu'on se
comprenne bien, c'est
encore comme ça que c'est le plus simple et le plus
sûr. ... OK. ... J'imagine
que pour toi le mot "prophétie" ça fait
essentiellement référence à l'antiquité
ou à des temps révolus de ce genre
là. Est-ce que je me trompe? ...
"Non, bon, C'est normal, moi aussi j'étais comme
ça,
avant... Avant d'entendre parler de la Prophétie
des Ombres. La Prophétie des
Ombres, c'est un manuscrit incroyable découvert par
hasard par un jeune
indien Nahualp et sa copine, une jeune fille en vacances
dans une partie non
fréquentée parce que très
difficilement accessible d'un réseau de cavernes,
grottes et puits qui s'étend de la région de
Xcaret sur la côte est du Yucatan,
au moins jusqu'à Dzitnup et Balancanché dans
le centre de la péninsule, près
de Chichén Itzà.
"Vois-tu, dans chacune de ces localités, on
retrouve
encore aujourd'hui énormément de vestiges de
l'occupation maya. Outre des
temples, monuments et pyramides très nombreux et
fort étonnants, dans ces
endroits en particulier, on trouve des trucs que les
anciens mayas appelaient
des "dzonot" et que les mexicains d'aujourd'hui
connaissent comme des
"cenotes". Les "cenotes" sont d'anciens puits,
extrêmement profonds qui
descendent jusqu'à la nappe phréatique de la
péninsule. C'est comme si on
creusait un puis de surface jusqu'à une profondeur
correspondant à un puis
artésien. Je ne sais pas si tu comprends la nuance:
il s'agit de profondeurs
qui se rangent dans des ordres de grandeurs qui ont un
rapport minimal de 10 à un, tu imagines! Les
archéologues pensent en général que les cenotes
sont des accidents géologiques naturels que les
anciens Mayas ont
simplement découverts tels qu'on les connaît
aujourd'hui et qu'ils les ont
simplement utilisés à peu près tels
quel. Ils auraient simplement profité des
opportunités offertes."
"Pourtant, depuis ce temps, on a fait d'autres
découvertes, en particulier dans la région
de Xcaret. Ainsi, ce petit bled est
bien connu aujourd'hui des vacanciers pour son surprenant
réseau de
cavernes avec bassins sous-terrains. Là, les
touristes peuvent louer un
équipement de plongée et descendre faire des
visites guidées et explorer des
profondeurs à la fois sous-marines et
sous-terraines. On y rencontre même
une étrange faune de poissons quasi-incolores qui
vivent comme ça, loin de
la lumière du jour depuis dieu sait quand!.
"Toujours est-il que Maria Antonieta Rosa de
Bambiniño, la jeune nana dont je t'ai parlé
plus tôt, était en vacances dans ce
coin-là; après tout, ça n'est
vraiment pas très éloigné de chez elle;
d'habitude,
elle crèche à Cancun, et prends des vacances
du côté de Mexico pour sortir
de son île de Cancun, cet espèce
d'attrape-touriste bien connu un peu plus au nord. Alors, au cours de
la semaine précédente, elle avait fait la
connaissance d'un touriste américain de passage
pour quelque temps à
l'hôtel où elle bossait. Le mec était
un ethnologue de profession, doublé d'un
archéologue amateur passionné. Ils ont
beaucoup causé à chaque fois qu'ils
se rencontraient à l'hôtel Elle voulait
apprendre un peu plus d'anglais et lui un
peu plus d'espagnol . Après le boulot, ils ont
même pris quelques verres
ensemble à l'occasion. Bref, ils ne se sont pas
déplu le moins du monde, si tu vois ce que je veux dire...
Alors quand le mec, John Greenwoods pour ne
pas le nommer, a appris que la belle Maria partait en
vacances à la campagne,
il n'a fait ni une, ni deux, il lui a proposé de
s'en offrir de vraies belles cette
fois, mais avec lui. On louerait une tire; il devait
casquer pour tous les frais,
plus "una buena propina para la guia" et elle, en retour
lui servirait de guide,
sans autre obligation que de lui tenir compagnie et
d'être son passeport pour
rencontrer les « vrais » descendants des Mayas."
"Le lendemain midi, ils mettent donc les voiles
ensemble avec un petit chameau mauve décapotable
pas trop cradingue loué
à l'hôtel et ils se dirigent vers un vrai
petit trou, pas loin de Xcaret justement.
Il s'agit en fait d'un petit groupe d'habitations, une
ferme avec quelques
bestiaux et des champs de cailloux et de maïs, un
magasin de souvenirs
doublé d'un petit resto d'empannadas, tacos y
burritos, plus les piaules des
deux ou trois pelés et du tondu qui y bossent avec
toute leur smala. Maria y
connaissait bien le fils du fermier puisqu'ils avaient
fréquenté le même lycée
peu d'années auparavant. « Pablo Maxtuatl
», le fils du bouseux, lui avait déjà
dit qu'il connaissait l'emplacement d'un "cenote" secret,
inconnu de tout le
monde. C'est son pépé, un indien Nahualp,
qui le lui avait montré, en lui disant
que c'était une porte d'entrée dans le
ventre de « Gucumatz » et du monde des esprits mayas. Que
c'était par là que le « Chilam Jaguar »
allait sortir pour
régler le sort du monde, un bonne fois pour toutes.
Il allait faire ça en parlant
aux initiés dans le langue « Suyua », une
sorte d'argot lithurgique maison pas
con du tout. D'ailleurs il fallait déjà
être un peu investi de "puissance
personnelle" pour qu'on t'y initie avant de pouvoir
espérer avoir accès aux
pouvoirs supérieurs par la suite et tout ça
prenait bien sûr un certain temps,
parce que par sa forme elle-même, ce langage
correspondait étroitement à
celui des figures cachées dans les glyphes; on
disait d'ailleurs que c'était le
seul apte à transcrire clairement tous les secrets
du réel. C'est pourquoi les
Mayas pensaient qu'il devait donc rester, pour ce faire,
comme le réel, en
partie indéchiffrable. La mise au parfum de sa
connaissance par des canaux initiatiques agréés des
dieux était d'ailleurs la seule bonne courroie de
transmission pour le pouvoir et la seigneurie dans la
communauté."
"Nos deux touristes en cavale se pointent donc chez
Pablito avant le casse-croûte du soir et ils tirent
ensemble des plans pour la
sortie du lendemain. Pablo leur raconte qu'il est
déjà descendu dans son
"cenote" avec une grande échelle de corde,
quasiment cent mètres, c'est pas
rien, mais qu'il n'a jamais été jusqu'au
fond du trou complètement, ni même,
jusqu'au bout de son échelle en fait. Il
était bien jeune à l'époque, il faisait si
noir, il était tout seul et il y avait des bruits
étranges qui lui avaient donné les
jetons. En plus avec les contes que son pépé
lui avait contés, il avait un peu
la trouille de rencontrer dieu sait quoi. Dans ce temps
là, il ne sentait pas prêt.
Il était certain que son échelle de corde
devait être toujours là-bas, bien
planquée tout près."
"John et Maria avaient loué tout un attirail de
plongée
avant de partir de Cancun, au cas où, et, au Plaza
Caracol, le magasin grande
surface de Cancun, John avait aussi mis la main sur tout
un barda de spéléo,
alors quand, en bout de piste, ils vont se pieuter, tout
est fin prêt et réglé au
quart de tour pour la saga du lendemain."
"Après un petit dej de fruits et café, nos
trois lascars
se rendent au lieu-dit. Ils accrochent l'échelle et
c'est John qui se risque le
premier. Muni d'un couvre-chef de spéléo
avec loupiote sur la tête, il emporte
un carnet pour les notes, une bonne torche
électrique et un appareil photo
étanche avec flash pour l'album souvenir dans sa
besace et il descend.
Cinquante mètres. Soixante-quinze. La flotte est
toujours plus bas, John
entend ses gargouillis et elle a l'air d'être
plutôt agitée même et de cavaler
une sacrée pente à en juger par sa chanson."
"Son échelle va lui faire faux-bond bientôt.
Mais il
remarque qu'un côté du cenote est
crevassé depuis un bon moment par des
petites cavités espacées verticalement l'une
de l'autre d'environ trente
centimètres. Comme une échelle
creusée dans la pierre, quoi! Il décide donc
d'essayer de s'en servir pour continuer un peu plus bas si
possible. Il crie à
ses copains à la surface, leur explique le topo,
attache le câble qu'il traînait en bandoulière
après sa taille et au bas de l'échelle, puis le
voilà reparti."
" Il n'a pas fait plus de dix mètres comme
ça, lorsqu'il
débouche sur une galerie horizontale assez grande
pour y entrer à quatre
pattes. Bien sûr le puits descend toujours et pour
la flotte, c'est encore à
l'étage au dessous. Curieux comme un singe, le mec
John s'y engage aussi
sec. Cinq mètres plus loin, le boyau s'agrandit, il
peut presque marcher
debout et débouche cent mètres plus loin
encore sur une grande salle au
murs très hauts et d'où partent plusieurs
galeries dans toutes les directions.
Les murs sont constellés de glyphes de toutes
sortes. Il y en a presqu'autant
que dans tout le texte du « Popol Vuh »
croit-il!"
- "Hein, des quoi?"
- "Oh excuse-moi. Des « glyphes », ça
s'écrit: G, L, Y,
P, H, E avec un S au pluriel. C'est comme ça qu'on
appelle les espèces de
dessins, comme des hiéroglyphes égyptiens si
tu veux, que les Mayas
gravaient dans la pierre. Ils correspondent à une
sorte d'écriture et
représentent des mots, des sons, des chiffres, des
concepts ou des divinités.
Dans le code des glyphes mayas, le dessin, son sujet, sa
forme, sa position
relative, ses couleurs, son relief, tout peut être
porteur de sens; alors leur
décodage aujourd'hui, c'est pas de la tarte, je
t'assure! Même pour des
ordinateurs hyper-rapides et puissants
équipés de logiciels spécialisés dans
le décodage, c'est pratiquement inaccessible, c'est
dire! Même le Chinois, à
côté de ça, pour nous c'est limpide!
Grâce à des glyphes du genre, on sait par
exemple que bien avant l'arrivée des espagnols en
Amérique, ils avaient un
calendrier déjà beaucoup plus précis
que celui des européens à la même époque.
... Et, en passant, le « Popol Vuh » dont je parle, c'est
l'un des deux
textes connus les plus importants qui nous restent des
Mayas."
- "Je vois, merci. Continue, je t'écoute."
- "Bon. ... En plus, dans le cas de ceux trouvés
par
John, plusieurs portent encore des traces des couleurs
fabriquées à partir de
matières végétales. Le
passionné d'archéologie fou ne se sent plus de joie: il
est en train d'écrire l'histoire et nul doute que l'importance
de sa découverte
dépasse tout ce qu'il connaît
déjà!"
"Il déballe son matôs, prend un maximum de
clichés,
note très systématiquement tout ce qu'il
fait, par exemple il se trace un plan
sommaire de la salle avec la position des sujets de ses
photos;
consciencieux, il gratte même quelques milligrammes
des vestiges de
colorant végétal qui restent encore sur les
glyphes. Il emballe le tout dans ses
boites de pellicule vide pour analyse ultérieure et
datation au carbone peut-être."
"Quand enfin il remonte, il est déjà tard et
l'avant-midi
est bien terminé. Maria Antonieta et Pablo sont
tellement partis dans une
discussion à propos du bon vieux temps et des
folies qu'ils faisaient au lycée,
qu'ils renoncent à descendre eux aussi dans le
cenote. On remonte l'échelle.
Pablo la flanque dans sa planque blindée et on
décide de retourner à la tienda
de babioles à côté de chez Pablo.
Là, il y a un gus qui apporte les films des
touristes jusqu'à la ville tous les jours au cours
de l'après-midi. Il reviens un
peu plus tard avec les films développés et
les tirages des touristes qui les récupèrent donc pour
le casse-croûte du soir. Grâce à ce service, le
resto
s'assure d'une bonne clientèle pour vendre sa
bouffe et acheter ses tours
guidés. En retournant tout de suite à la
base, John pourra attraper le pigeon
voyageur avant qu'il ne s'envole et comme ça, il
pourra examiner ses clichés
comme il faut, le soir même et, après
seulement, il décidera de ce qu'il doit
faire."
"Donc, retour illico à la tienda de Pablo. À
temps pour
envoyer la péloche. Ce soir là, on examine
le travail. Impec, mais John
voudrait y retourner le lendemain pour reprendre des
détails. Le pépé qui
glande encore par là s'adonne à viser un peu
ce que le yankee a trouvé grâce
à son petit morveux qui l'a mis au parfum. Il est
absolument furax: ça ne se
fait pas! C'est un insulte aux dieux! On a pas le droit
d'essayer de leur voler
leur secrets! Seul l'homme sage doit avoir accès
à la connaissance et un
maître doit la lui donner à la petite
cuillère, car il doit la mériter sinon elle le traverse
et ça pourrait laisser des trous dans la tranche des
dimensions de
l'univers! ... Ça donnerait peut-être des
ratés au réel, c'est pas rien! ... heu,
Judy?... ... Est-ce que je t'ai perdue? ... Non, bon. ...
Enfin, entre deux gros
mots en Nahualp, il glapit toutes sortes de choses dans
ces eaux-là en
espagnol. L'étranger sacrilège ne doit plus
jamais remettre les pieds sur ces
terres héritées des Mayas avec qui ses
propres ancêtres avaient conclu des
ententes sacrées! Bref, c'est cuit pour remettre le
nez dans le cenote. John
est, comment dire, "persona non grata" dans le coin. Un
peu plus tard, lui et
Maria Antonieta se replient sur Cancun. Fin de
l'épisode."
- "Je me demandes bien comment Maria Antonieta a pu
vivre ça. C'est sûr que ça pas
dû être de tout repos pour... Pablo, son copain,
ni pour le cow-boy... John, c'est ça? ... Mais John
en tous cas, lui il ne
repartait tout de même pas avec rien. Et puis
ça, même si au départ, il n'était
pas allé à Cancun, au Mexique pour d'autres
choses que des vacances au
soleil, à se la couler douce. Tout lui est un peu
arrivé entre les pattes, par
accident. Comme un cadeau du ciel! Non? ... Avec ses
photos et ses fioles de
couleur maya, il était gras dur! Ça lui
faisait plus qu'assez pour que son "trip"
aie valu la peine. Non? ... Tandis que, pour Maria, elle
n'y gagnait pas grand
chose sauf des embarras!"
" Remarque: moi ce que j'en dit, c'est parce que c'est
une fille et moi aussi? Peut-être, mais en tous cas,
par les temps qui courent,
je sais pas pourquoi, mais la solidarité
féminine, pour moi, c'est important.
Surtout quand t'as toi-même parfois l'impression que
c'est à peu près tout ce
qui te reste pour t'appuyer dessus. Ça soulage bien
un peu, même si ça suffit
vraiment pas, et que tu le sais très bien en
plus... C'est un peu triste, mais on
dirait que pour toi il faut que, en plus de "dealer"
toi-même avec le sens à
donner à ta p'tite vie, tu dois aussi apprendre
à gérer en fonction de celle de
quelqu'un qui dépend un peu ou beaucoup de toi, et
puis ça, c'est pas
toujours facile. ... C'est vrai que c'est peut-être
bien bon d'avoir toujours
quelqu'un ou quelque chose qui te ramène un peu en
vie par l'amour qui te
revient en retour. ... Bien sûr, si t'en as pas des
dépendants "ordinaires"
comme des enfants, il peut parfois t'en tomber entre les
bras bien d'autres
sortes! Maria était tout de même
coincée entre des personnes qu'elle avait,
elle-même introduites l'une à l'autre! Mais
là, elle n'avait peut-être pas grand
chose à gagner. Je sais pas. ... Mais au fait, le
fameux John est-ce qu'il a pu
savoir finalement qu'est-ce que ça racontait, ses
murs de... griffes? ... non? ... Glyphes, G, L, Y, P, H, E, avec un S
au pluriel, OK, OK. ... Et puis? ... Oui!
Wow! Alors ça parlait de quoi?"...
- " Hé bien, la fameuse Prophétie des
Ombres, c'est en
plein ça. Il en a fait une traduction. Ça a
été en grande partie facilité parce qu'il
y avait aussi sur un des murs des bouts d'histoires
déjà connues, en
l'occurence des extraits du « Popol Vuh » et le
« Chilam Ballam » de Tusik et
Chimayel et ça, on les avait déjà pas
mal étudiés! Assez pour déchiffrer les glyphes
pas trop mal en tout cas. Même que, selon moi en tout cas, John
est
devenu un des meilleurs interprètes du Maya ancien,
c'est dire! ... ...Bon,
toujours est-il qu'à partir de son premier «
glyphe-à-mot » littéral, John en a
fait une version plus « lisible ». En fait il
l'a à la fois condensée, simplifiée et
un peu « enrichie »; annotée, si tu veux.
J'en ai une copie dans mon sac. ..."
"Tu veux la voir? ... OK, c'est pas très long, en
plus
d'une espèce d'intro générale, qui
présente une sorte de cosmogonie
compêtement capotée, il y a juste huit
Prophéties de base qu'on a traduites
d'après la valeur idéographique des dessins
et une neuvième qui se dégage d'une lecture des valeurs
phonétiques des séries de glyphes qui servent tout
de même de signifiants pour les huit autres
prophéties, mais cela quand on
les lit comme des vrais idéogrammes, comme je
disais. ... C'est assez
compliqué! Non? ... Je pourrais pas te dire comment
ils s'y ont pris pour
concevoir un genre de texte comme ça, il me semble
qu'ils ont dû drôlement
se creuser la nénette, mais toujours est-il que
c'est ça qu'on a trouvé! Surtout
John en fait! ... ... Oui, c'est vrai, mais même si
on sait que la bible est un
document chiffré, dans son cas, les "auteurs" n'ont
eu que deux niveaux de
lecture à considérer, dont un assez
primaire, tandis que le niveau
d'encryptage des Prophéties des Ombres est pas mal
moins simpliste, si tu
veux mon avis! ... En tous cas! ... Si cela
t'intéresse, je vais même t'en donner
une copie. Tiens."
" ... Tu peux la lire au complet si tu veux, mais j'ai
bien
peur que la signification profonde de chaque
prophétie ne va t'apparaître que
quand le hasard et les coïncidences signifiantes de
ta vie vont te les éclairer;
alors tu peux garder la copie et en relire des passages
plus tard: elle est à toi. ... Bon. ... Moi-même, je
suis certain que je ne les comprend pas encore toutes
parfaitement. John disait qu'il devrait même pouvoir
y décoder une dixième prophétie, mais avant
qu'il ne découvre comment l'aborder, il lui a fallu
phosphorer sérieux pas à peu près!"
"... Ah oui j'y pense, lorsque tu la liras, je t'incite
à
regarder plus particulièrement la sixième et
la huitième prophéties, il va te
sembler qu'elles ont été écrites
spécialement pour toi! ... Au fait, quant à moi,
je suis convaincu que le sens des multiples
péripéties qui m'ont finalement
amené ici, avec toi, aujourd'hui, se trouvent
expliqué dans la première, et la
septième. ... Et puis, si je pense à notre
rencontre en particulier, je ne peux
qu'évoquer la troisième. ... Dit comme
ça, hors contexte, ça doit te paraître
plutôt « fumeux », mais en lisant les
prophéties, je pense que tu vas
comprendre..."
... ...
"Bien sûr, John a déjà voulu diffuser
l'information
contenue dans ces prophéties, que lui et moi on a
jusqu'à présent baptisées
du nom de: « Prophéties des Ombres ». ...
Pourquoi? Parce qu'elles ont été
découvertes à l'ombre bien-sûr et
aussi qu'elles parlent d'un truc qu'elles
appellent des « portes des Ombres » comme
quelque chose de très important.
... Il en a fait une transcription en termes contemporains
et tu vas voir qu'elle
nous concerne particulièrement aujourd'hui, parce
qu'elle traite en grande
partie des années de fin de millénaire que
nous vivons en ce moment. ... "
"Mais quand il a essayé de faire sortir ça,
il s'est
apperçu assez vite qu'il n'était pas
question de le faire de façon
conventionnelle via une publication dans une revue
scientifique spécialisée
par exemple. D'abord, à cause du caractère
vraiment universel du message
des prophéties, qui concerne tout le monde dans le
fond, pas juste les
archéologues, ça tu peux me croire! À
tel point qu'on pourrait presque être
tenté d'en faire la base d'une nouvelle religion!
Alors, tu peux bien
comprendre que, devant la possibilité de
l'apparition d'une nouvelle religion,
pas d'une simple secte plus ou moins naïve ou
barbaroïde, mais bien d'une
nouvelle religion, et une sorte de «
religion-plus» qui se trouverait à remplacer
celles existantes, déjà moribondes par
ailleurs, et ce, sans vraiment les
remplacer, mais en leur dammant le pion en quelque sorte,
en acceptant
d'amblée leurs messages, leurs prémisses,
leurs dieux, leurs cultes et même
leurs traditions, mais en expliquant aussi la raison de la
désaffection dont
elles sont l'objet et en proposant une nouvelle grille
d'explication de l'univers
et du sens de la vie qui intègrerait toutes celles
existantes en les débordant en quelque sorte, il s'est
retrouvé dans l'eau chaude! ... Tu me suis? ...
"Bon. ... OK, je continue. ... Donc, je parlais d'eau
chaude... oui, c'est ça. Est-ce que tu connais des
trucs comme « L'Opus Dei », « l'Ordre de St-Martin
», « l'A.M.O.R.C. » ou « la confrérie des
Rose-Croix »,
la « Franc-Maçonnerie » ou le «
Jihad Islamique »?... De nom, bon, c'est déjà
pas mal. ... OK, je vais t'expliquer. Depuis que les
grandes religions existent,
elles ont toujours représenté un certain
pouvoir, non? ... Bon. ... Tu vois ce
pouvoir s'est toujours exercé par le biais de
structures temporelles « visibles
» et bien identifiables officiellement et
socialement. Pourtant, il n'en a pas
toujours été ainsi tout à fait; lors
de leur naissance et dans leurs débuts, ces
mêmes religions, aujourd'hui si riches, convenables
et puissantes, ont
pratiquement toujours dû faire face à la
persécution et à l'opposition des
autorités civiles ou des autres cultes existant
déjà principalement. Pigé? OK.
..."
"Alors, c'est pourquoi, depuis leurs tout débuts en
fait,
de pratiquement chacune des grandes religions que l'on
connait aujourd'hui,
il émane un canal parrallèle de l'expression
du pouvoir. Ce canal parrallèle est
comme la branche « d'action directe » distincte
du pouvoir « politique» officiel
de nos religions patentées. Ça correspond un
peu à... ce que sont... disons la
CIA pour le Pentagone et la Maison Blanche, ou le MOSSAD
pour Israël, le
KGB pour la Russie, le Cinquième Bureau pour le
gouvernement Britannique,
etc... Mais en plus anarchique et « délinquant
» encore. Tu me suis toujours?
..."
"Bon. Alors, dans le cas de John, c'est surtout du
côté
de l'Opus Dei dans ses factions les plus
extrémistes, que s'est manifesté
l'opposition. C'est peut-être un des sous-produits
de l'héritage des folies de
l'Inquisition? ... Allez savoir! En tout cas, au
début, il n'a pas compris ce qui se passait; mais à un
moment donné c'est devenu trop gros, trop ahurissant.
Il avait essayé de consulter divers
spécialistes du monde entier à propos de
sa découverte. C'est donc dire que le contenu des
Prophéties circulait déjà
sous le manteau dans un certain milieu, soit celui de
l'archéologie scientifique
et de l'anthropologie."
"Tant que c'est resté strictement à ce
niveau, tout allait
bien, la réponse était très positive,
pour ne pas dire emballée.
Malheureusement, dans ce milieu là comme dans tous
les milieux où s'exerce
une certaine forme de pouvoir, les entités dont je
t'ai parlé tout à l'heure ont
des antennes et recrutent un certain pourcentage de leurs
éléments. Peut-être
un peu plus spécIfiquement dans ce milieu là
et ce, pour des raisons
évidentes peut-être? ... Allez savoir..."
"Toujours est-il que lorsque le « backlash » de
sa «
prédiffusion » a commencé à se
faire sentir, John a reçu ça comme un coup
de poing en bas de la ceinture. Au début, il n'y
croyait pas. Il pensait qu'il
fabulait. Mais à un moment donné, il s'est
apperçu qu'il y avait vraiment
quelque chose de pas catholique - ou de trop catholique,
si tu veux - qui se
passait. Trop de « coïncidences ». Et pas
seulement des belles non plus!
Ensuite, quand il a vu plusieurs de ses collaborateurs
littéralement «
disparaître », qu'il s'est lui-même
retrouvé menacé, traqué, agressé,
visé par
une campagne destinée à le discéditer
complêtement pour l'empêcher d'avoir
accès aux canaux ordinaires de diffusion pour un
chercheur scientifique, il a compris qu'il devrait s'y prendre
autrement."
"Alors il a transposé toute son aventure dans le
cadre
d'une histoire de fiction ... - oui, un roman si tu veux -
et en plus, il a rebaptisé
sa prophétie. Il a même déplacé
le lieu de sa découverte et les circonstances
présises de sa trouvaille bien-sûr. Il a un
peu parlé de l'action des forces occultes qui s'opposaient
à la diffusion des Prophéties, mais il les a toujours
sciemment situées ailleurs, sous d'autres noms,
dans un autre pays, etc. pour
brouiller les pistes et un peu dégonfler
l'importance du message donc. "
"Sous un pseudonyme, il a d'abord publié un premier
roman mettant en scène une quête du contenu
des neuf premières
prophéties, avec tout le « suspense »
voulu jusqu'à la découverte finale de la
neuvième s'il vous plait. En plus, il a si bien
intégré les prophéties dans sa
trame narrative qu'il en a fait une sorte de quête
d'identité susceptible de faire
de son bouquin un vrai "livre-culte" à
succès! La publication de ce premier
roman a eu un vif succès. Comme ça ne
prétendait pas être autre chose qu'un
roman de fiction, il n'a plus été l'objet de
« persécutions » par les Cinquièmes
Colonnes de nos chères Grandes... Tout était
pout le mieux dans le meilleur
des mondes: tirage extraordinaire, traduction dans
cinquante-douze langues
au moins, etc..."
"Maintenant, John a même fini par publier une suite,
sous forme de roman toujours, une « fiction »
donc, dans laquelle il diffuse le
contenu de la dixième prophétie; parce qu'il
a réellement réussi à décoder une
dixième prophétie cohérente. Il y est
parvenu en abordant la séquence des
glyphes selon une série de paramètres
différents, soit ceux qui avaient été
utilisés par une autre civilisation très
surprennante d'Amérique et
essentiellement antérieure aux Mayas, les
« Olmèques ». Tu me suis toujours? ...
Bon , parfait. ... Tu vois: les Mayas
interprétaient leurs glyphes selon un certain ordre
particulier; c'est mettons,
comme pour nous: une page écrite on sait que
ça se lit sur des lignes écrites
de gauche à droite; ensuite nos lignes
s'écrivent à la suite, de haut en bas.
OK. .... Bon. Mais tu sais peut-être aussi que les
Arabes écrivent de droite à
gauche, les Chinois de bas en haut, ou de haut en bas je
ne me souviens plus,
enfin différemment de nous en tous cas... Tu me
suis toujours? ... Bon. ... Bref,
il s'agit de conventions qui sont propres à nos
civilisations. Maintenant,
imagine un texte qui pourrait être lu selon notre
ordre conventionnel, et « faire
du sens », mais ce texte bizaroïde pourrait
aussi être lu selon... disons les
conventions propres aux Arabes mettons, et toujours "faire
du sens". Il
pourrait donc contenir un message supplémentaire,
caché au lecteur
ordinaire. Dans le cas de mon exemple, le texte devrait
être conçu comme un
immense palindrome; si j'avais choisi le chinois comme
deuxième paramètre,
ça aurait donné un mot croisé; dans
le cas des glyphes de John, c'est pas
aussi simple, mais le principe est le même, tu
comprends? ... Oui, bon. ... Où
en étais-je? ... Ha! Oui, c'est ça: un
message supplémentaire. Bon... ...c'est ce
dernier message donc que John a découvert en
appliquant aux glyphes de «
ses » prophéties les conventions de lecture
des Olmèques! ... OK, pigé? ...
Donc, parution de la suite des premières
prophéties avec un nouveau roman
où on trouvera une dixième prophétie
qui complètera celles de la précédente
saga! Voilà pour le début de l'histoire de
la Prophétie de Ombres, toujours
rebaptisée et relocalisée bien sûr!
... Jusque-là, ça n'est pas trop rasoir? ...
Non, bon. En tous cas. ..."
" ... Pour le reste, je vais abréger un peu. ...
Bon.
Disons qu'à la suite de la lecture de son premier
roman, j'avais été très
captivé par l'histoire, la formule de la
quête d'identité illustrée aussi, et quant
au message lui-même, j'te dis pas! ... Bon, mais
mettons que j'avais bien-sûr
pensé qu'il s'agissait essentiellement de fiction,
un chef-d'oeuvre de
littérature. Sans plus. Comme à peu
près tout le monde d'ailleurs. Par contre,
quand j'ai trouvé une série de dessins
similaires aux glyphes dont on parle
jusqu'à présent, inscrits sur la face
intérieure d'une potiche Maya qui faisait
partie de la collection personnelle de ma maman
chérie et que j'ai reçue en héritage, alors
c'est là que tout a commencé pour moi! Cette potiche en
céramique, ornée de motifs décoratifs
mayas très rudimentaires avait
toujours fait partie de mon environnement pendant le temps
où j'ai vécu aux
côtés de ma mère. Tout ce que j'en
savais, c'est que maman disait l'avoir
reçue en cadeau de sa propre mère. Elle
était authentique, à ce qu'elle disait,
et qu'elle avait beaucoup, beaucoup de valeur pour elle!
Pour moi, elle était
plutôt jolie OK, mais assez primitive merci. Sans
plus! ... Alors, quand comme
un con, je l'ai fait tomber et qu'en voulant ramasser les
morceaux, je me suis
aperçu qu'aux dessins décoratifs en relief
qui ornaient l'extérieur de la
potiche, il s'ajoutait maintenant de nouveaux dessins, en
relief toujours,
gravés, ou modelés plutôt, sur la
paroi intérieure de ma foutue potiche, alors
là je te dis pas!"
"Ces dessins étaient normalement quasi invisibles
parce que l'embouchure de la pièce ne faisait pas
plus de deux centimètres!
Comment l'artisan avait-il réussi à faire
son oeuvre cachée, ça c'est toujours
un mystère pour moi! ... En tous cas. ... Toujours
est-il que j'ai réassemblé les
morceaux, comme pour un pulse. J'étais
persuadé que je tenais là quelque
chose qui pouvait être important! Je veux, oui! Je
les ai donc tous rammassés
consciencieusement. Puis je les ai photographiés,
dessinés, numérotés, en
indiquant les liens morphologiques qui pouvaient permettre
de les "accoler"
et dans quel ordre, etc... Un vrai travail de moine quoi!
Bref j'ai bossé sérieux!
Tu me suis?... Bon, je continue."
"Puis, j'ai cherché quelqu'un pour m'aider à
les
décoder. Pour ça, j'ai bien sûr
contacté les départements d'archéologie et tutti
quanti des grandes universités du Mexique et de
France que je connaissais.
Au début, rien. Puis, à un moment
donné, un des chercheurs qui connaissait
la vraie histoire des prophéties de John parce
qu'il avait lui-même reçu un
exemplaire de son premier envoi, m'a contacté et
suggéré de venir aux États
Unis avec lui pour montrer mes trouvailles à
quelqu'un qui saurait comment
les traiter. Évidemment, jusque là je ne
connaissais John que sous son
pseudonyme et je ne pouvais évidemment pas faire le
lien entre des dessins
en bas-relief trouvés dans ma vieille potiche maya
et les fameuses prophéties
à propos desquelles j'avais lu un si merveilleux
roman! D'autant plus que
l'action de ce roman se déroulait à une
distance très significative du lieu où
moi j'étais! Ça n'est que quand j'ai
rencontré le vrai John Greenwoods, que
j'ai enfin complété l'addition! De toutes
façons, même aujourd'hui, je dois
t'avouer que je ne suis absolument pas certain de savoir
à coup sûr lequel de
ses deux noms, « John Greenwoods » ou celui
qu'il m'a dit être un
pseudonyme, qui est le vrai! Ni même s'il s'agit de
l'un des deux d'ailleurs!
Tellement il est devenu méfiant, malgré sa
nouvelle renommée incroyable...
C'est complêtement « barjo », si tu veux
mon avis! Enfin, passons..."
"... Pour en revenir à mon histoire, disons qu'en
étudiant ma trouvaille et la sienne, on s'est alors
rendu compte que le texte
que John avait trouvé n'était pas complet.
Peut-être même en y ajoutant le
texte de la mienne non plus! Les glyphes cachés
dans ma potiche parlaient
même d'autres prophéties suivant la
onzième et la douxième, - ces deux là
seraient essentiellement celles de ma potiche - , qu'il
faudrait elles-mêmes
ajouter à celles déjà connues! Quand
on sait que les Mayas utilisaient le
nombre 20 comme base de leur système
numérique, on peut toujours se
laisser aller à rêver! Non? ... Tu me suis.
... ... Bon, OK, j'ai presque fini. ...
Toujours est-t-il que c'est dans ces deux nouvelles
prophéties qu'on parle de
la fameuse « Montagne Couchée » qui m'a
tellement allumé quand j'ai
rencontré tes copains l'autre jour! ... OK,
pigé? ... Bon, alors assez causé pour
aujourd'hui, la suite au prochain numéro!" ...
"... En attendant, tu peux toujours lire ça, c'est
un peu
une collection d'extraits du fameux roman dont je t'ai
parlé, avec quelques
éléments présents dans les
prophéties originales que John n'avait pas inclus
dans son roman, ... plus quelques résumés et
quelques commentaires de
mon crû que j'ai ajoutés pour rendre la chose
plus claire. Par exemple, au
début, j'ai cru bon d'y ajouter une partie que mon
informateur avait réussi à
soustraire à l'action d'éradication
tentée par les forces occultes dont je t'ai
déjà parlé. Il me semble que
ça place tout ce qui suit dans une perspective un
peu plus claire... Peut-être que je me trompe? ...
Enfin, passons! ... Dans son
roman, John n'avait pas jugé utile de
l'intégrer, mais comme il s'agit en fait de
toute une nouvelle cosmogonie, assez flippante merci, j'ai
décidé de la mettre
comme une sorte de préface."
"... On pourra en reparler quand tu l'auras lue. OK? ...
Bon. Parfait! ... Et que la vie continue, maintenant!"
"Y viva la vida ahora, Carajo!"
...
"Tu veux une mangue ou un pamplemousse?"
- "Oui, s'il-te-plait. Une mangue. Même si c'est
plus
compliqué à peler! Après tout, c'est
un fruit que je ne me paie pas souvent.!
- "Allons bon, ça n'est pas vraiment plus
compliqué à
manger qu'un pamplemousse, quand tu connais le truc pour
les arranger.
Attends, je vais te montrer. ... Regarde: tu coupe deux
tranches bien nettes
d'un centimètre ou deux d'épais de chaque
côté du noyau, comme ça ... puis
tu fait un quadrillage de grandes entailles en croix dans
la chair du côté
intérieur des deux tranches que tu viens de
dégager du fruit, comme ça ...
ensuite, tu replies le corps de tes tranches pour que la
pelure extérieure se
retrouve à l'intérieur d'une nouvelle
concavité, comme ça ... et puis il ne te
reste plus qu'à gober les morceaux de la chair qui
se trouvent maintenant
dégagés et proéminents sur la peau,
comme ça. ... Puis tu fait pareil avec les
deux autres côtés du noyau. ... Bon, pour
finir, tu peux sucer le noyau si tu
veux, pour ne rien perdre, comme ça ... Et
voilà, c'est aussi simple que ça. ...
Tiens, prends une autre mangue et essaye toi même!"
MESSAGE et MASSAGE PROFONDS
- " ¡Hola, lindisima señorita,, ahora me sento
como
un niñito solisimo! ¡Soy una especie de
sardinita sola en una caja de
gigante tamaño, carajo! ¡Por favor, suplico a
usted de venirse por mi
aquario y tal vez bainarse conmigo! ... Si usted quiere,
venga con su hija,
yo tiendre tanta mieda. ¡Verdad! ...¡ Adelante
pescaditas de arena! ¡Oye,
señorita Susie-Janique, tù tambien chiquita!
... ¡Allez, viens toi-aussi, si
tu oses, petit poisson d'eau sèche à sa
maman!"
Pour toute réponse, Judy lève la tête
pour jeter un
coup d'oeil à ce baigneur exhubérant qui
vient de l'interpeler. Quant elle
aperçoit le visage de son clown
préféré tout empreint d'une fausse tristesse
sans borne, son propre visage arbore un grand sourire des
plus avenant.
Smultanément, elle lève l'index de la main
droite bien haut et répond:
-" Minute! Minute, j'arrive! ... Y a pas le feu! ... je
finis la dernière prophétie et je viens. ...
Y faut absolument que je finisse
de lire ça: j'ai trop peur que le prof
m'intérroge là-dessus ce soir! ... ...
Puisque je te le dis! Si tu connaissait le prof qui m'a
donné ça à étudier,
tu comprendrais que j'aie peur: c'est un vrai tyran! ...
... Bon, OK j'ai
fini. Me v'là! Attention à vos côtes
mon gros béluga préféré, je vais vous
les chatouiller à vous donner une vraie crise de
Parkinson de haut
calibre! Psitt, Susie-Janique, debout: le défi
s'adressait à toi-aussi! ...
Hop! ... Chère grande chatouilleuse devant
l'éternel: viens me donner un
coup de main, on va rigoler!... Allez, viens ma belle
complice d'amour! ... OK. ... Prête? ... On y va! C'est parti!"
Après avoir refermé son cartable qu'elle
pose sur le
grand sac de plage en paille placé à
côté d'elle sur un coin de la couverture
mexicaine éclatante de couleurs vives sur laquelle
elle est étendue sur le
ventre, la jeune femme se lève vivement et, suivie
de près par sa fille, aussi
hilare l'une que l'autre, elles s'élancent enfin
vers la rivière et, telles deux
harpies sans pitié, la mère et sa fille
plongent toutes deux sans hésiter le
moins du monde en direction du baigneur qui les
interpelait quelques instants
plus tôt.
Après quelques minutes de jeux aquatiques,
constitués essentiellement de poursuites,
d'attrapés, d'échappées, de
plongées, de remontées, d'esquives adroites
et de chatouillis impitoyables,
complètement hilares tous les trois, les baigneurs
à bout de souffle sortent enfin de l'eau et vont
s'étendre sur les deux couvertures de la plage.
- "Alors comme ça, tu as déjà fini de
lire le texte
que je t'avais donné ce matin. Hé bien, tu
n'as pas perdu de temps, ma
belle! ... Qu'est-ce que tu en penses?"
- "Euh... C'est très intéressant il n'y a
pas de doute,
mais... j'ai trouvé ça... heu... comment
dire... un peu trop compliqué
pour te donner un commentaire intelligent tout de suite,
comme ça, à
brûle pourpoint, après une seule lecture. ...
Est-ce que tu vois ce que je
veux dire? ... OK, OK! ... En fait, je vais t'avouer que
pour bien
comprendre tout ce que ton document contient, il faudrait
peut-être qu'on
le regarde ensemble... ou bien que tu me donnes d'abord
une petite idée
de ce que je devrais pouvoir y trouver. ... Un petit
aperçu. ... ... Oui c'est
ça: un résumé sommaire quoi! ... ...
S'il vous plait, messire, vous pouvez
faire ça pour moi et dame Susie-Janique? ...
N'est-ce pas que ça
t'intéresse toi-aussi ma grande?... Bien. Merci."
- "Ok m'dame, je veux bien, mais en échange,
voulez-vous me faire un massage dans le dos: je pense que
j'ai dû prendre
du froid cette nuit, j'ai tout le haut du dos tellement
raide que ça fait mal!
Ça vous va comme échange de service? ... Un
message profond contre un
massage en profondeur, c'est pas mal non?. ...Oui? ...
Non?"
- "Ok m'man, allez, dis oui! dis oui! Et c'est moi qui
vais lui donner un vrai massage en profondeur... et si tu
veux, tu peux
même m'aider, je vais t'expliquer comment faire, tu
vas voir, c'est facile: Paule m'a déjâ montré
comment masser un dos qui a pris un courant
d'air. ... Je t'en prie maman, dis oui, moi-aussi
ça m'intéresse les histoires
de prophéties, sans blague! ...."
- "Hé bien tope-là ma grande: montres-moi
ça
comment tu fais, si tu dis que c'est Paule qui t'a
montré commant faire,
je suis bien curieuse de connaître les recettes
magiques de la belle
ténébreuse!"
- "Bravo: ça c'est parlé! J'achète!
Allez Judy, passe- moi le texte, que je ne vous raconte pas trop
d'inepties!"
Les trois complices étendent d'abord côte
à côte les
deux couvertures mexicaines, puis Judy et Susie-Janique
s'intallent à pied
d'oeuvre de part et d'autre de leur compagnon., maintenant
couché sur le
ventre au milieu de cet îlot de couleurs
latino-américaines. Le patient
pousse un soupir de satisfaction quand il sent les petites
mains chaudes de Susie-Janique qui lui frictionne maintenant
l'épaule droite avec un doigté
parfait et il se laisse littéralement fondre dans
le sol, les yeux fermés et un
sourire béat sur les lèvres. Après
quelques minutes d'extase, Carlos relève
finalement la tête et place devant ses yeux le
cartable ouvert qui contient le
texte de sa traduction de la Prophétie des Ombres
pour lui servir de
référence. Il en feuillete rapidement
quelques pages pour se rafraichir la
mémoire. Après s'être
consciencieusement frotté les mains ensemble pour les
réchauffer, comme vient de lui expliquer sa fille, Judy
commence à
masser l'épaule gauche de leur patient elle-aussi.
Sous la direction de la
cadette, les deux masseuses pétrissent maintenant
le dos cuivré en
coordonnant parfaitement leur gestes. Leur patient
s'éclaircit enfin la gorge
et il commence son résumé.
- "Bon, allons-y! ... Hum... ... Quand tu prends le
texte des prophéties et que tu commences à
le lire, euh... hé bien... la
première chose qui te frappe c'est... heu... que tu
t'aperçois que la
première partie des prophéties n'en est pas
vraiment une, de prophétie!
Pas au sens où on l'entend habituellement en tout
cas: ça ne prédit
encore rien. D'ailleurs, quand John a écrit son
roman pour faire
connaître le contenu des prophéties, il n'a
pas jugé bon d'y inclure cette
partie-là. Il trouvait que ça faisait un peu
trop « flyé ». Il pensait qu'une
explication du monde de cet âge-là, ça
ne pouvait probablement pas faire
le poids vis à vis de la physique moderne et que de
l'inclure dans son
livre, ça pourrait briser toute la
crédibilité du reste qui ne lui semblait pas
bête du tout quant à lui; à vrai dire,
celà lui paraissait même du meilleur
à propos aujourd'hui, pour ne pas dire:
parfaitement d'actualité! ... Avait-il raison? Je ne saurais
le dire; l'avenir nous le dira... Enfin... ....
De mon côté, moi j'ai décidé de
tout garder et j'ai appelé cette « prophétie
» une « cosmogonie », parce que c'est en
fait une espèce d'explication
du monde, avec une description détaillée de
la façon dont les auteurs
concevaient les rapports entre l'espace, le temps,
l'énergie, la vie, l'esprit
et la réalité. Donc, pour ce qui est du
résumé que j'ai entre les mains,
c'est pour ça qu'on y trouve aussi partie-là
au début, comme une sorte de
préambule, même si ça n'a probablement
qu'un intérêt folklorique!
Heureusement pour moi, John a quand même
accepté de m'aider pour la traduction! Avec l'aide d'un copain
physicien, Pedro Silva, j'ai ensuite
essayé de rendre ce premier jet dans des mots
d'aujourd'hui et c'est
comme ça que j'ai pu l'inclure au début du
texte. ... Il est question là- dedans de rapports d'influence
entre le monde réel ordinaire et le monde
de l'imaginaire. ... Ça parle de choses comme les
« Trous Noirs » qui
déverse le monde réel dans l'imaginaire;
ça parle des « Points
Fondamentaux », qui « inventent le monde pour se
perpétuer », et des « organismes intelligents »
faits d'énergie et de matière « organisées
» qui
sont à cheval sur les deux mondes, comme l'esprit
humain qui procède autant du cerveau matériel que de
l'esprit immatériel. ... D'après la
prophétie, ce serait ces trois choses-là,
les Trous Noirs, les Points
Fondamentaux et les organismes intelligents, qui
serviraient de canal
entre ces deux mondes, avec leurs deux temps: le «
temps positif réel » et
le « temps négatif imaginaire »,
etc...Jusque-là, ça va? ... ... Ouais...
Mais ne vous en faites pas si ça vous parait un peu
trop compliqué: je
vous avoue que moi-même, je ne suis pas certain
d'avoir tout compris!
J'espère juste que ma traduction ne renfermera pas
trop de contre-sens
par rapport aux glyphes! ... En tout cas! ... Bref, en
gros, il me semble
que ça raconte que le monde comprends trois
dimensions d'espace réel,
avec un temps réel donc. Jusque là au moins,
ça va! ... Bon. ... Comme je le disais à l'instant,
ça dit aussi que le monde, c'est également trois
dimensions d'espace « imaginaire » avec une
dimension de temps, «
imaginaire » lui-aussi. La prophétie parle en
détails des caractéristiques
de ces dimensions du monde et de ce que ça devrait
signifier
concrètement pour nous. ... D'après Pedro,
mon consultant dont je vous
parlais tantôt, c'est d'ailleurs à partir de
cette conception du monde que
plusieurs des prophéties proprement dites prennent
une bonne partie de
leur sens. ... ... Enfin, comme je te le disais
tantôt, ça me perd un peu..."
...
Travaillant toujours de concert, les deux masseuses
continuent leur massage superficiel de toute la surface du
dos avec de
grands mouvements sinueux et symétriques. Leurs
manipulations intègrent
maintenant les reins et elles finissent toujours leur
massages sur la partie du
bas du dos où il perd son nom en y
pétrissant à deux mains les deux masses
charnues qui le constituent. Elles s'amusent d'ailleurs
à faire suivre chacun
de leurs passages par une paire de claques sonores sur les
deux
protubérances en question...
- "Ouille! Doucement..."
"Quand à la première prophétie, elle
parle de ce
qu'elle appelle « la Conspiration de l'Heureux Hasard
». Là, pour moi,
tu vois, il s'agit plus d'une vraie prophétie: elle
prédit quelque chose! ...
Ça revient à dire qu'à un moment
donné, les hommes vont pouvoir se
laisser guider par le hasard. ... Oui,vous avez bien
compris: le hasard.
Mais, pas n'importe quel: « l'Heureux Hasard » !
... ... Bien oui, c'est
pour ça que maintenant, à chaque jour je
remercie l'Heureux Hasard
qui, contre toute probabilité, m'a fait vous
rencontrer très chères! ... Oui,
c'est bien ça: la prophétie affirme
qu'à un moment donné, ce qu'on
appelle habituellement « le hasard », et bien,
en fait ça n'en sera plus! ...
Ça n'en sera plus, parce qu'on aura appris à
lire le sens caché des choses
et qu'en se laissant guider par ce qu'on va y voir, on va
pouvoir faire agir
la magie du monde pour appeler « l'Heureux Hasard
» à notre aide! Comme ça, on pourra changer sa vie
et lui donner un sens. ... ... En plus,
on y explique que l'on peut penser de deux façons:
comme un intellectuel
qui analyse avec sa raison, ce qui est bien pratique pour
régler les
questions d'intendance; mais on peut aussi penser comme un
artiste qui
comprend globalement, avec son ituition. Ça c'est
plus pratique pour
résoudre les questions fondamentales. ... ..."
"... Hum... Que ça fait du bien quand vous y aller
doucement comme ça... Continuez je vous en prie,
c'est si bon... mmmm...
merci...."
"Bon. Dans la deuxième prophétie
maintenant... on
annonce un peu comment la connaissance humaine va
évoluer. Ça
explique qu'à un moment donné, la religion
va devoir laisser sa place
centrale pour expliquer le monde, son fonctionnement et
son sens. ... Ça
raconte que les hommes vont construire une espèce
d'édifice de la
connaissance; tout ça basé sur des
hypothèses, des théories, des
expériences, des preuves, etc... Dans la
prophétie, c'est présenté comme
quelque chose de futur, mais comme la prophétie
remonte à environ trois
milles ans, je pense que pour nous, c'est
déjà du passé et ça parle en fait
de ce qu'on appelle aujourd'hui « la méthode
scientifique ». ... La
prophétie explique aussi comment nous allons, ou
plutôt « nous avons »
devrais-je dire, recyclé nos vieux dieux. ... En
les « intériorisant », dit la
prophétie. (On a juste à penser au
vocabulaire de la psychanalyse
aujourd'hui pour voir que c'est pas si con comme
idée) ... Bon. ... La
prophétie affirme aussi que notre nouvelle
méthode utilisée pour
appréhender le monde va se montrer incapable de
répondre à une
question aussi simple que celle-ci: « la vie a-t-elle
un sens et, si oui,
lequel? ... »
Pour commencer la partie en profondeur d'un
massage thérapeutique, à la manière
de Paule, les deux masseuses sont
maintenant debout de part et d'autre de leur patient et,
le dos plié tout en
gardant les bras bien droits, elles appuient maintenent de
tout leur poids sur
le dos raide de la victime avec la paume de leurs mains.
- "... Ça va Carlos? Ça ne fait pas trop
mal? ... OK,
fais-nous confiance, on va te réduire ça ton
mal de dos, Paule m'a bien
expliqué comment faire. ... ... Elle dit que si
ça fait mal, c'est normal: « il faut souffrir pour
guérir », parait-il!"
... ...
- "Bon. La troisième prophétie maintenant...
... Là,
on apprend que le monde comporte une sorte
d'énergie mystérieuse, «
immanente »; une énergie d'un genre qu'on ne
connait même pas encore, je pense. ... Une sorte
d'énergie « psychique ». ... Une énergie qui
s'apparenterait à la beauté et à
l'amour. ... On y explique en gros ce
qu'est cette énergie, quel est son sens et comment
on peut la trouver,
l'augmenter, s'en servir, etc..".
"... Bon..."
"Pourtant, ça n'est que dans la quatrième
prophétie
qu'on apprends vraiment comment cette énergie se
manifeste
concrètement. Dans cette prophétie, on
apprend aussi pourquoi c'est
précisément l'avidité pour cette
même énergie inconnue qui est à l'origine
de la majorité des conflits humain. ... Tout
ça parce que les hommes
oublient trop souvent comment on peut la trouver ailleurs
que chez leur
voisins et qu'ils cherchent généralement
à leur en voler. ..."
Toujours accroupies aux côtés de leur
victime, les
deux masseuses alternent maintenant des pressions avec la
paume de leurs
mains et des pesées plus localisées avec les
jointures pour réduire les noeuds
de tension qui font souffrir le patient. C'est en faisant
quelques grimaces de
douleur que ce dernier continue à résumer
son texte.
"... Ouais..."
"Dans la prophétie suivante, on y explique enfin
où
et comment trouver cette fameuse énergie sans
essayer de voler celle de
son voisin. ... Ici aussi ça parle de la «
chaîne des coïncidences » et de
l'importance qu'elles ont pour nous. ... "
"... Hum... ..."
"Quant à la sixième prophétie, elle
parle encore de
la-dite énergie mystérieuse et on nous y
explique comment sa pousuite a
amené les hommes à mettre au point ce que
j'ai traduit par « des
mécanismes de domination ». ... Pour
résumer ce qu'on en lit, disons que
selon la prophétie, il y en aurait des
mécanismes dits « actifs » et d'autres
dits « passifs ». On en décrit plusieurs
en fait... Tiens, par exemple: «
l'Interrogateur », le mécanisme « actif
» de celui qui pose tout le temps
des questions insidieuses pour qu'on ne pense plus
qu'à lui, ... ... À
l'Interrogateur, correspond « l'Indifférent
», la contrepartie « passive » de celui qui ne se sent
jamais concerné. ... Il y a aussi « l'Intimidateur
»,
qui veut faire peur, ... auquel correspond le «
Plaintif », qui cherche à
vous culpabiliser, ... On parle aussi des anarchistes
comme le « Comique
», qui essaie toujours de noyer le poisson en vous
prenant comme tête de
turc s'il le faut, ou le « Simulateur », pour
qui le mensonge, crû ou par
simple omission, la calomnie et la duperie, il n'y a que
ça de vrai pardi!
... On y explique que ces fameux « mécanismes
de domination » peuvent
se transmettre à nos enfants; en fait, si on nous
décrit les plus courants,
c'est pour nous permettre d'apprendre à les
identifier quand ils sont là. ... Les identifier, chez nous ou
chez les autres. ... Les identifier pour pouvoir les
désamorcer. ... Si on ne fait pas ça, chaque famille
aurait
normalement tendance à toujours transmettre les
mêmes. Comme une
vraie tare."
"... Merci les filles, ça a fait plutôt mal
votre
traitement, mais c'est vrai que j'ai le dos moins raide
maintenant! ... Bon,
laissez-moi me retourner maintenant: il faudrait que je
puisse vous voir
pour parler de la prochaine prophétie, parce que,
pour moi, ça parle de
vous ..."
... Bon. ...
"Pour la septième prophétie, il est
très important de
s'ouvrir à la beauté (hein que celà
vous concerne!). ... Selon elle, il est
absolument capital d'apprendre à « rêver
lucidement » pour se servir
concrètement de ce que j'ai traduit par
l'expression « des idées-forces ».
... C'est comme ça qu'on devrait pouvoir tracer ce
que j'ai appellé « notre
carte d'état magique » pour apprivoiser ce que
la prophétie considère
comme « la Connaissance », seule source du vrai
pouvoir selon elle. ...
Dans cette prophétie, on trouve aussi une sorte de
typologie des différents
tempéraments et une description
détaillée des principales caractéristiques
de ces différents types de personnes. ... Hum...
Quand je vous regarde, j'ai
l'impression que s'il faut savoir trouver la beauté
où elle est quand on la
rencontre, et bien moi, je vais sûrement être
sauvé, parce que votre beauté
je la vois très bien mesdames. ... ... Ouille!"
- "Vous êtes pas mal non-plus bel étranger...
Mais
assez paressé, on a pas fini. Allez, sur le ventre
monsieur Du-Beau-Parleur, vous n'y couperz pas aussi facilement! On
va vous guérir malgré
vous s'il le faut! ... Ça vous tombe vraiment dans
les bras un massage
comme ça, madame Chose. ... Si tu veux Judy, on
fait un dernier
pétrissage à la main et après on va
se lever debout et marcher sur le dos
du patient, ça va être moins fatiguant et
ça va bien finir « la job »."
Aussitôt dit, aussitôt fait. Après
avoir retourné leur
patient sur le ventre, les deux thérapeutes
recommencent à pétrir ses muscles
encore tendus. Elles appuient de toutes leurs forces sur
les noeuds de
tension et on peut voir dans leurs visages crispés
qu'elles ne ménagent pas
leurs efforts pour ce faire. Puis, elles se
relèvent debout et, se tenant
mutuellement par la taille et les épaules pour
assurer leur équilibre, elles
dansent à présent une espèce de
ballet mystérieux sur le dos de leur patient,
la mère se laissant guider par sa fille dont elle
essaie d'imiter chacun des pas.
- " ... Ouille, vous n'y allez pas avec le dos de la
cuillère mes dames! ... Mais, gênez-vous pas,
vous pouvez continuer, j'ai
le dos large et ça va encore... ...
... ...
"Bon. De son côté, la huitième
prophétie s'intéresse
plus particulièrement aux enfants. On y parle par
exemple des rapports
qui existent entre la mystérieuse énergie
évoquée plus haut et l'éducation
des enfants. ... On y explique divers principes qui
devraient s'appliquer à cette éducation. ... Il s'agit
en général de « conseils » très «
pratiques ».
... Par exemple, çaa dit que quand on rencontre une
fille, qu'elle soit
adulte ou non, et qu'elle a un prénom qui commence
par « J », il faut
absolument lui donner la fessée au moins une fois
par jour... ... Woo,
woo! ... Hé, je blaguais, je blaguais les filles!
De grace, ne me chatouillez
plus ou je me tais! Pitié! Pitié! ... Je
vous en prie, je ne peux pas
supporter ça! ... Merci. ... Bon. Soyons
sérieux maintenant. ... ... Tenez,
par exemple, on y parle, entre autres, des soins
particuliers à apporter à
la femme enceinte pour éviter que son enfant ne
soit « endommagé »
avant sa naissance par les émotions trop fortes,
bonnes ou mauvaises,
vécues par sa maman pendant la gestation. ... On y
explique aussi
comment on devrait se comporter vis à vis de la
fameuse énergie et qu'est- ce qu'on devrait chercher à
faire avec. ... D'après la prophétie, la
meilleure chose qu'on peut faire avec, c'est essayer de la
donner! ... Y
parait que ça nous en prend toujours beaucoup et
qu'il faut, en principe,
chercher toujours à l'augmenter. Pourtant, la
prophétie dit aussi qu'il
faut pas hésiter à en donner à qui en
a besoin! ... On y distingue des
concepts comme « l'amour fou » pour qui il ne
peut y avoir d'énergie en
dehors de la relation avec l'être aimé, ce
qui a éventuellement pour effet
de les appauvrir tous les deux, faute de ressourcement .
... L'autre sorte
d'amour qu'on lui oppose, c'est « l'amour vrai
», où chacun des «
aimants » ne cherche qu'à augmenter
l'énergie de l'être aimé et il voit
alors sa propre énergie s'en trouver
magnifiée parce que ce sentiment
irradie et appelle sur le couple l'énergie «
immanente » de l'univers. ... ...
On y prétend aussi que tout être humain
recèle en lui-même une partie de l'autre sexe et qu'il
faut apprendre à l'intégrer vraiment avant de
chercher à former un couple avec quelqu'un d'autre.
..."
... ...
"Quant à la neuvième prophétie, pour
moi c'est
vraiment celle-là qui est le plus une vraie
prophétie parce que c'est dans
celle-là qu'on trouve des « vraies »
prédictions pour nous-autres
aujourd'hui, pas juste du vieux futur déjà
tout passé! Tiens: par exemple,
on y parle en détails de l'avènement de
« la Conspiration de l'Heureux
Hasard », de « la Science de la carte de
l'inconnu », de l'apparition de
nombreux « maîtres », des vrais comme des
faux... de l'art de créer son
futur « sur mesure », etc... Finalement, on y
prédit que « connaître le
paradis sur terre deviendra le sens de notre vie en ce
millénaire ». « Ce
millénaire », d'après
l'évaluation que John et moi avons faite à partir des
indices que nous donne la prophétie, ça
devrait commencer bientôt. À
dire vrai, si je pense à tout ce qui s'est
passé dans ma vie cette année grace à l'action
de « l'Heureux Hazard », je pense que c'est pour
très
bientôt même! ..."
"Et qui plus est, pour moi en tout cas, si je vous
regarde belles dames, je suis certain que ce
millénaire et bien, il est déjà
commencé depuis un bon moment, parole! ... Bon,
c'est tout!
Maintenant, si vous avez fini vos « tortures »,
je pense que je vais rester
un peu sur la plage pour dormir un somme de lésard
avant de rentrer.
Merci. ... Tu restes un moment avec moi Judy? ...
Parfait."
...
"Hé bien, voilà mes dames: la «
Prophétie des
Ombres », c'est à peu près ça.
Je résume beaucoup et je coupe les coins
un peu ronds, mais ça devrait vous donner une bonne
idée de la chose. ... Au fait, j'espère que je n'ai pas
été trop rasoir pour toi Susie- Jannique?"
- "Voyons donc, ne soyez pas si condescendant
monsieur Chose, bien sûr que j'ai tout compris! ...
Enfin, tout ce qu'il y
avait à comprendre! ... Je pense bien, en tous
cas... Et j'ai trouvé ça très
intéressant, si vous voulez savoir! ... Bon, et
bien si vous voulez rester à
paresser sur la plage, gênez-vous pas: restez. Moi
je vais retourner à la
maison tout de suite pour faire cuire le souper. ... Du
spaghetti à la
viande, ça vous va? Je pense qu'il reste encore un
gros pot de sauce. ...
Oui, parfait! ... Au fait, c'est bien ce que tu avais
prévu préparer
aujourd'hui Judy? ... OK, j'y vais. À tantôt.
Pressez-vous pas, ça va
prendre un peu de temps: je vais d'abord rallumer le
poële à bois pour
cuisiner, c'est tellement plus « le fun » et
puis je suis sûre que Gus va se
faire un plaisir de m'aider à faire du feu...
...comme ça il ne viendra pas
vous embêter quand il va me voir arriver toute
seule! ... Salut, à tout à
l'heure! Je vais vous appeler quand ce sera prêt.
« Bye »!"
À ces mots, la grande adolescente part d'un pas
sautillant en chantonnant et en tenant ses sandales d'une
main et le ballot de
ses vêtements de l'autre. Les deux adultes la
regardent s'éloigner entre les
arbres en direction de la prairie toute proche
jusqu'à ce qu'il voient son
mince corps nu sortir de l'ombre et
réapparaître dans le grand champs, tout
enluminé par les tons chauds du soleil de fin
d'après-midi. Rendue là, elle
enfile ses sandales et, marchant d'un bon pas, elle
disparait alors très vite de
la vue des adultes. Puis, s'étant rapproché
de sa compagne, Carlos
commence à la caresser le plus tendrement du monde.
Bientôt emportée par
la chaleur de ces attentions, Judy s'abandonne totalement
dans les bras de
son compagnon et ses doigts agiles ont vite trouvé
une excellente poignée
sur le corps de son partenaire pour l'attirer à
elle plus intimement.... Au bout
de quelques minutes d'étreintes enflammées
et de subtiles manipulations - très - indiscrètes, les
deux amants sont maintenant trop obnubilés par le plaisir
qu'ils éprouvent tous deux pour s'apercevoir que deux petites
paires
d'yeux sont depuis peu apparus subrepticement entre les
feuilles des
bosquets qui bordent la plage et observent tous leurs
faits et gestes avec le
plus haut intérêt...
<> SEXOLOGIE 001 ET « TOUCHER- SCOPE »
- "Bien non voyons Gustave! Mon gros bêta favori,
ça
ne me dérange pas de répondre à tes
questions, même embêtantes. Je le sais
bien moi que même si t'as l'air plus jeune que ton
âge, t'es pas plus bête!
Malgré que des fois, je me le demande... ... Bien
non mon frère, tu sais bien
que je niaise, c'est juste pour « t'étriver
» un peu: c'est une farce voyons! ..."
Tous deux assis sur des bûches coupées
à la scie à
chaîne à trente centimètres de haut
environ par Carlos, venu leur donner un coup
de main il y a quelques jours, les deux enfants sont seuls
en ce moment à côté du
petit feu qu'ils ont allumé tout à l'heure
dans le rond de pierres qui sert de foyer
dans le camp des enfants. Levés depuis l'aube, ils
profitent du fait qu'ils sont les
seuls debout pour le moment pour discuter entre
frère et soeur très solidaires de
ces choses qui préoccupent les ados et les
pré-ados.
- "OK, je t'ai dit que je répondrais à
toutes tes
questions, - si je suis capable évidemment! - ;
ça fait que je vais faire de mon
mieux. Après tout Michel nous parle plus depuis un
bon bout et puis Judy qui
filait vraiment pas ces derniers mois, ça fait
qu'elle n'était pas très parlante
non plus, faut dire! Et puis aujourd'hui qu'elle a
d'autres choses à penser,
avec le beau Carlos qui lui tourne autour, il vaut mieux
la laisser tranquille un
peu pour se retaper, hein?...Ça fait que ça
va me faire bien plaisir de jouer les
mamans avec vous monsieur Gustave. ... OK, je niaise, tu
le sais bien..."
"Bon... OK, comme ça, tu voudrais tout savoir sur
le «
SEXE ». Pourquoi il y a des filles et des gars et
c'est quoi qui les différencie
pour vrai? C'est ça? ... Ouais, mais c'est pas une
mince affaire ça mon grand! ... C'est tu parce que
récemment tu as déjà vu quelque chose se passer
que tu n'as pas compris? ... ... Oui, c'est vrai que de la
façon dont tu étais placé
quand on a « poigné » Judy et Carlos sur
la plage l'autre jour, t'as pas dû
comprendre grand chose mon grand! Il y avait un gros
bosquet de hart rouge
qui devait te cacher presque tout, hein? ... ... Bien oui,
c'est en plein ça qui se
passait. ... Ouais, ça c'est sûr, mais
même si ils geignaient un peu, ils ne se
faisaient sûrement pas mal, crois-moi! ... Sans
blagues? ... ... Bon, OK, pour
commencer, je te le répète:
inquiètes-toi pas: t'es parfaitement normal en
autant que je puisse voir. ... Puisque je te le dis: tous
les hommes et les
garçons sont faits à peu près pareils
et c'est la même chose pour les femmes
et les filles! Chez tous les gars, il y a un pénis
et des testicules qui pendent
entre les jambes. ... Bien sûr, il y en a des plus
gros et des plus petits. Des
longs et des plus courts. Il y en a des très poilus
et des pas poilus du tout.
Des blonds pis des noirs. OK? ... Et puis, il y en a qui
sont circoncis, comme
Jean, Paul ou Robert par exemple et d'un autre
côté, il y en a qui ne le sont
pas, comme toi, Michel ou Carlos."
- "Oui. Ça je le comprends bien. Michel me l'a
déjà
expliqué. Il m'a tout raconté la-dessus:
pourquoi il y a des gars circoncis et
d'autres pas. Je sais bien ce que c'est un prépuce,
un gland ou des testicules;
mais ce que je ne sais pas c'est: pourquoi les gars pis
les filles, ils ne sont
pas faits pareils. Il me semble qu'un pénis c'est
bien plus pratique pour faire pipi! ... Ah et puis il y a bien
d'autres choses que je ne comprends pas! ...
Tiens, par exemple: tu peux-tu m'expliquer comment
ça se fait que des fois
mon pénis, il grossi et puis il devient tout gros.
Bien tiens, comme là, il vient
de commencer à grossir. Tu vois ce que je veux
dire? Je ne lui avais rien
demandé et pis j'y ai même pas touché!
... Il me semble que j'ai jamais vu ceux
des autres gars de la terre faire ça. Sauf
peut-être celui de René. Ça arrive-tu
juste aux enfants? C'est drôle, d'un
côté, j'aime ça, parce que quand j'y touche
après, ça fait du bien. C'est « le fun
» en maudit! Mais d'un autre côté, j'aime
pas ça, parce je ne sais pas ce qui me fait
ça, ça fait que ça peut m'arriver
quasiment n'importe quand. Même que maintenant des
fois je suis un peu
gêné d'aller à la plage tout nu! On
sait jamais. Tiens, des fois, quand mon
pénis devient dûr, c'est embêtant pis
j'ai peur de me faire mal. Rappelle-toi par
exemple quand on a joué à la trippe
chasseuse l'autre fois avec les grands, à
un moment donné, ça m'est arrivé et
puis je ne savais pas quoi faire pour que
ça arrête. Est-ce que c'est normal ou bien si
je suis malade?"
- "Bien non voyons, mon p'tit Gus, t'es pas malade le
moins du monde. Ça aussi, c'est normal. ...
Ça s'appelle « bander », ou « avoir
une érection » si tu veux. ... Non, c'est pas
comme ça pour rien; quand tu vas
être grand, tu vas être bien content que
ça puisse t'arriver. Même si
maintenant, tu est encore trop petit pour que ça
puisse te servir à quelque
chose."
- "Oui, je veux bien te croire, mais moi, il me semble
que j'ai jamais vu ça arriver à un des
hommes sur la terre. Pourtant des
hommes tout nus, j'en vois souvent! Comment ça se
fait?"
- "Bonne question. ... Mais j'y pense: t'as bien dû
déjà
voir Michel bandé quand on allait coucher chez lui.
Moi en tout cas, je l'ai vu
pas mal souvent. Bien oui, tu sais bien que je me suis
toujours levée avant
tout le monde, ça fait que bien souvent le matin
quand j'étais dans la cuisine à manger mes
céréales, c'est arrivé bien souvent que j'ai vu
Michel traverser
la cuisine pour aller à la salle de bain. Hé
bien, pas mal souvent dans ce temps
là, quand Michel passait encore tout endormi, et
bien il était souvent bandé
bien dur! ... Je te le dis! Même que la
deuxième fois, je me suis dégênée un
peu et puis je lui ai demandé ce qui lui arrivait,
parce que j'étais comme toi
aujourd'hui: je comprenais pas! ... Ça fait qu'il
m'a répondu que son pénis était
souvent comme ça, en se levant le matin «
parce qu'il avait une grosse envie
de pisser en se levant ». Qu'est-ce que t'en pense?
Ça t'arrive-tu à toi aussi?
... ... Ah oui? ... Mais en tous cas; toujours est-il que
toi tu l'as jamais vu de
même... Ouais ... C'est vrai que toi, normalement tu
serais plutôt un lève-tard,
ça fait que pour voir Michel qui vient de se
lever... bon, en tous cas... À un
moment donné. j'ai même pensé que
Michel faisait exprès de passer bandé de même
quand j'étais toute seule dans la cuisine. Mais si tu me dis
que ça
t'arrive à toi aussi de te réveiller bien
bandé le matin, ça veut sans doute dire
que je m'en faisait pour rien avec Michel. .. De toutes
façons, ça n'a rien à voir
avec ta question! ..."
"Tu te demandais pourquoi on dirait que ça n'arrive
jamais aux grands sur la terre? Hum... Moi, je pense que
c'est parce qu'en
vieillissant, les gars ont peut-être plus de
contrôle la-dessus. Après tout, ça
doit être tout de même un peu gênant
quand ça arrive à un homme en public...
... Parce que quand on sait ce que ça veut dire,
..."
- "C'est justement ça que je voudrais savoir
d'abord: qu'est-ce que ça veut dire?"
- "Hé bien, quand un gars bande, ça veut
dire qu'il est
excité. ... Ça peut arriver pour toutes
sortes de raisons. Par exemple j'imagine
qu'un gars peut être excité si... si il voit
une belle fille toute nue disons. Tu
comprends?"
- "Ah oui, je comprends. Tiens: moi ça m'est
arrivé
l'autre jour, la première fois que j'ai vu Paule
toute nue sur la plage; et puis
c'est vrai que Paule est pas mal belle... Je comprenais
pas pourquoi ça
m'arrivait... J'étais gêné. Ça
fait que je me suis dépêché de rentrer dans l'eau
pour me cacher! ... Mais tu ne m'as toujours pas dit ce
que ça veut dire?"
- "Ouais, je vois qu'il est temps que quelqu'un te
renseigne mon Gus! Dans le fond, t'as pas juste l'air plus
jeune que ton âge...
OK, OK, c'est une mauvaise farce! ... De quoi on parlait?
... Oui, bon. Hé bien,
d'habitude, ça veut dire que le gars qui bande...
il aurait bien le goût de faire
l'amour avec la fille qu'il regarde! ... Ah, mais
j'imagine que tu ne sais même
pas ce que "faire l'amour" veut dire? ... Non. ...Hum.
Michel ne t'a pas encore
parlé de ça? ... À l'école non
plus?... Non. ... Bon. OK d'abord, moi, je vais
tout t'expliquer comme il faut et puis tu vas tout
comprendre mon pauvre
Gustave. ..."
"Bon on recommence au complet depuis le début. ...
Ça va pour les gars, tu as bien compris qu'à part
quelques détails comme la
grosseur par exemple, vous êtes tous faits pareils?
OK? ... Bon, et bien c'est
la même chose pour les filles: on a toutes un vagin
avec des ovaires et un
utérus à l'intérieur et d'habitude,
on a toutes une paire de seins plus gros que
les gars. Encore que pour nous, les seins ça prend
quelques années avant de
pousser. Tiens, prends Marie-Elfe par exemple, ses seins
ils sont encore tout
petits et Emmanuelle de son côté, et bien des
seins de fille, elle n'en a pas
encore: c'est qu'elle est trop petite. OK? ... Tandis que
si tu regardes les
femmes adultes comme ta mère, Christiane, Paule ou
Claudine, et bien des
seins, elles en ont toutes; OK, ils ne sont pas tous de la
même grosseur ou de
la même fermeté, ça c'est vrai, mais
elles ont toutes des vrais seins tout de
même! Tiens, regardes les miens: ils sont encore un
peu petits mais en tous
cas, ils sont bien fermes et pas pendants du tout! C'est
sûr qu'ils sont pas
aussi gros que ceux de Christiane par exemple, mais en
tous cas, je peux te
garantir qu'ils sont pas mal plus durs!"
- "Ah oui? ... Je peux y toucher? ... S'il-te-plaît!
... Allez
un bon mouvement avec ton amour de petit frère qui
n'a que toi pour le
déniaiser... Merci ... Hum... oui c'est vrai qu'ils
sont assez durs. Mais ta peau
est quand même toute douce... et mais, ... qu'est-ce
qui se passe? ... Le petit
bout devient tout raide maintenant, est-ce que je te fais
mal?"
- "Bien non, gros bêta. Tu ne me fais pas mal,
même
que ce serait plutôt agréable! Tu vois, quand
tu les caresses comme ça, ça les
excite un peu et ils se dressent, c'est normal! ... C'est
comme le pénis pour un
gars, si on y touche, ça l'excite et il devient
plus dur, plus droit. Et puis, tiens
regardes toi: ton pénis, il a encore presque
doublé de grosseur depuis tout à
l'heure! ... Ça doit être parce que ça
t'excite de parler de sexe... OK?... Ah, et
puis je te gage que si j'y touche, comme ça... ...
ça va être encore pire. ...Tiens,
regardes: il se lève, il se lève encore...
... Bon, maintenant, il est droit comme
une barre! ... Et puis, tu vois, si on le caresse encore
un peu, et bien il reste toujours aussi grand et raide. Tu vois? Et
puis viens pas dire que t'aimes pas
ça! D'ailleurs, je t'ai vu assez souvent te
caresser toi-même le matin avant de
te lever pour être convaincue que t'haït pas
trop ça mon gros! ... ... Même,
qu'en ce moment, je te gage qu'il doit être pas mal
plus sensible que
d'habitude. Hein? ... ... Je ne te fais pas mal, au moins?
... Non. Bon. ... OK ...Et
bien tu vois: si les hommes ont un pénis comme
ça, qui peut devenir plus
grand et plus dur, - comme je te disais, on appelle
ça « bander » ou « avoir une
érection» - c'est pour qu'ils puissent allez porter leur
semence dans les
entrailles des femmes. Leur semence pour faire des
bébés. Ils le font en
passant par le vagin des femmes, tu comprends? ... Quand
ils font ça, ont
appelle ça « faire l'amour » et c'est
comme ça que tous les enfants sont faits.
De toutes façons, je suis certaine que tu as
déjà vu ça à la télévision.
... Non?
... Bien voyons, Gustave, même si on voit jamais
leurs organes sexuels avec
un pénis bandé qui rentre dans le vagin de
la fille, en principe c'est presque
toujours ça qui se passe quand, dans un programme
de TV, tu vois un gars
tout nu avec une fille toute nue aussi qui vont se coucher
ensemble. D'ailleurs
quand un gars et une fille font l'amour, on dit aussi
« qu'ils couchent ensemble ». T'as déjà
entendu dire ça?... Ok. Et puis quand tu les vois qu'ils
sont tout collés l'un contre l'autre et que tu les
vois bouger pis se balancer en
respirant fort, là tu peux être sûr que
c'est ça qui se passe! Ils ne font pas
juste se coller comme ça pour rien et si ils
respirent fort, c'est pas parce qu'ils
font de l'asthme, tu peux me croire!"
- "Tu veux dire que pour avoir un enfant, il faut que le
papa fasse pipi dans le ventre de la maman, c'est
écoeurant!"
- "Bien non voyons! Le papa ne fait pas pipi! Quand un
garçon devient grand, son corps commence à
produire de la semence mâle.
C'est cette semence mâle qui sort du pénis
quand il est dur et que le papa l'a
entré dans le vagin de la maman. Tu peux être
certain que c'est pas du pipi!
Toi, tu es encore trop jeune pour produire du sperme;
« du sperme », c'est
comme ça qu'on appelle la semence mâle. Moi,
je n'en ai jamais vue, mais il
parait que ça ressemble à une sorte de
crème blanche et puis que ça sort par
petits coups... En tout cas... comme tu peux voir: je ne
suis pas une experte!"
- "Ah oui? Mais je peux quand même « bander
», c'est
comme ça qu'on dit?"
- "Oui, mais tu ne produis pas encore de « sperme
»,
alors tu ne pourrais pas encore être papa. Si tu ne
me crois pas, tiens on peut
essayer de te caresser sérieux, comme pour faire
sortir du sperme. Et bien tu
vas voir qu'on peut te caresser tout le temps que tu
voudras, bien sûr ça ne
sera pas désagréable du tout, mais tu peux
être sûr que tu ne vas jamais
éjaculer - ça veut dire rejeter du sperme
avec ton pénis - tu est encore trop
jeune pour ça. C'est comme pour Marie-Elfe:
même si elle commence à avoir
des petits seins qui poussent, probablement qu'elle
pourrait pas encore avoir
d'enfant. Elle n'est pas encore menstruée. Tu sais
ce que « menstruée » veux
dire? ... Non, et bien c'est très simple: une femme
produit un nouvel oeuf pour
faire des bébés à tous les mois dans
son ventre. Si pendant ce mois là, il n'y a pas de semence
masculine, du « sperme » qui vient le fertiliser et puis
qu'il
n'y a pas de bébé qui pousse, hé bien
l'oeuf se décroche - on dit que la femme
est «menstruée» - , il y a du sang qui
sort . Puis il se forme un nouvel oeuf
dans « l'utérus » et la femme redevient
fertile pour avoir un enfant! OK? ... Tu
comprends?..."
" ... ... Oh tu peux bien continuer à te caresser
si tu
veux, après tout ça ne fait sûrement
pas mal, mais pour ce qui est du sperme,
oublies ça encore pour quelques temps. ... Ah oui
au fait, se caresser comme
ça avec ses mains, on appelle ça « se
masturber » et, autant que je sache,
d'habitude les adultes n'aiment vraiment pas ça que
les enfants se
masturbent! Ça fait qu'en général,
c'est mieux de ne pas faire ça devant eux- autres. OK. Tu me
comprends? ... Bon."
- "Mais, est-ce qu'il n'y a seulement que les
garçons
qui peuvent « se masturber» comme tu dis. Pour
les filles, ça doit pas être
possible si toutes vos affaires sont en dedans?"
- " Les garçons peuvent se masturber et se faire
bien
plaisir, c'est sûr; mais nous autres les filles on
peut très bien faire ça aussi.
D'ailleurs, « toutes nos affaires » comme tu
dis, sont pas rien qu'en dedans.
Bien sûr, pour une femme adulte, il y a les seins,
ça tu peux pas dire le
contraire! À part ça, il y a quand
même d'autres petites choses qui dépassent
ailleurs! ... Tu le savais pas?"
- "Bien non. Les femmes, elles ont assez de poils,
qu'on peut rien voir! Et puis c'est gênant de
commencer à regarder là trop
longtemps! Ça fait que je n'ai jamais vraiment rien
vu..."
- "OK, je comprend. Tu fais bien pitié mon pauvre
Gus!
Heureusement ta grande soeur favorite est là! ...
OK. Attends, je vais te
montrer. Mais ouvre grands tes yeux, parce que je ne
referai pas ça deux fois,
même pour toi, ça tu peux être
sûr! ... Bon. ... Attends, on va se placer mieux. ... Tiens
nettoie-moi le coin au fond de la cabane. ... ... Oui, là
où il y a un tapis
de mousse. ... Ah et puis avant ça,
étires-toi le bras et donne-moi le pain de
savon sans phosphate qui est dans le sac de plactique
accroché au poteau à côté de toi; comme
ça, pendant que tu vas préparer un espace confortable
pour que je puisse m'installer, je vais pouvoir aller me
laver « les parties »
comme il faut pour que l'espace que tu vas explorer ne te
dégoute pas trop!
Ok? ... C'est ça: ça va être parfait!
Merci. ... Je reviens...."
Susie-Janique et son frère se lèvent tous
deux des bûches
qui leur servaient de sièges et, pendant que sa
soeur va sur la plage pour se laver
et récupérer sa grande serviette, Gustave
enlève minutieusement toutes les
brindilles et les petits cailloux qui pourraient se
trouver enfouis dans le tapis de
mousse désigné par sa soeur. Puis
Susie-Janique vient y étendre sa serviette de
plage et elle s'y couche sur le dos, les épaules
appuyées sur le mur du fond de la
"cabane des enfants", les jambes bien
écartées et les genoux à demi-pliés. Avec
l'index et le majeur de ses deux mains, elle entrouvre
maintenant les lèvres de sa
vulve pour permettre à Gustave de prendre une bonne
leçon d'anatomie... Celui-ci
s'est mis à genoux et la main gauche appuyée
sur la cuisse droite de Susie. il s'est
suffisamment rapproché entre les jambes de sa soeur
pour ne rien manquer de la démonstration, que Susie-Janique
ressent le souffle chaud de son frère qui respire
profondément à quelques pouces de son sexe.
Pendant ce temps, il continue d'ailleurs lui-même à
manipuler fébrilement son propre sexe de la main droite.
- "... Ahan, ahan, Tu vois Gus, juste avec mon doigt, je
peux me faire jouir sérieux moi-aussi... ... Tiens,
regardes bien, nous-autres
aussi les filles on a une espèce de petit
pénis qui peut se dresser et bander...
... Ça s'appelle un « clitoris » et,
même si c'est plus petit qu'un pénis de gars, c'est
aussi sensible. ... Tiens, tu vois bien que je ne raconte pas
d'histoires: rien qu'en le caressant un peu avec mon doigt je suis en
train de le faire
bander! ... Ahan... Ahan... Même que mon doigt
commence déjà à être très
humide, et ça c'est un très bon signe! ...
... Ahan, ahan, que ça fait du bien! ... ... Rappelles-toi
bien de ça Gustave, si jamais tu fais l'amour avec une fille,
assures-toi qu'elle aussi va avoir beaucoup de plaisir et
ça tu peux en avoir
une bonne idée si tu regardes si son sexe est
encore sec ou non. ... Si tu vois
qu'il reste sec, c'est mauvais signe. Dans ce cas
là, tu peux te dire qu' elle n'a
pas l'air d'avoir autant de plaisir que to! ... De toutes
façon, si tu as des
doutes, rappelle-toi que vous devriez devenir tous les
deux tout en sueur. Tu
comprends? ... ... Tiens, regardes-moi en ce moment. ...
À ton avis, ça parait-tu
que j'ai chaud en ce moment?... Ok? Alors si jamais
ça t'arrive de faire l'amour
avec une fille et puis qu'elle reste bien sèche, et
bien oublie un peu ton pénis
et ne te gènes pas pour la caresser avec tes doigts
comme je le fais en ce moment. ... . ... Oui, c'est ça: tu
peux la masturber quoi! ... C'est si bon! ...
Tiens en attendant, si tu veux essaye de mettre ton doigt
ici. Doucement! ...
J'va te montrer comment me caresser comme il faut pour que
je jouisse au
max! ... ... Non, pas besoin de rentrer dans le trou! Va
un peu plus haut! ... Oui,
haaa hum... Parfait... Bon, c'est ça: juste en
haut. Là, c'est ça tu y es! ... ... Et
puis bouges-le un peu, comme ça... Wow! Doucement
s'il te plaît! C'est
fragile!... Hum ... bon c'est mieux... OK c'est parfait
maintenant, c'est bien « le fun ». T'as tout compris! ...
Même que tu fais déjà ça comme un pro! ...
...
Merci, je te remercie: tu as réussi à me
faire jouir pour vrai mon grand! Je suis
contente pour tes futurs amours, mais on va dire que
ça suffit maintenant. ...
OK. C'est pas que c'est désagréable,
crois-moi, mais pour moi, ça devient
gênant... ... Allez, arrêtes-toi,
s'il-te-plait: je suis rien que ta soeur moi, pas ta
blonde! ... OK... Je penses bien que tu devrais en savoir
assez pour te
débrouiller avec tes futures blondes maintenant...
...OK. Merci. Ça va? ... Tu te sens mieux? ... Bon, parfait.
... Ah oui, tantôt, tu voulais mettre ton doigt
dedans mon vagin et pis je t'ai dit non, et bien
c'était pas que ça risquait d'être
désagréable; non c'était parce que
j'étais en train de te montrer comment
caresser mon clitoris à ce moment là. Mais
en fait, t'avais quand même une
bonne idée. ... Même si, pour moi en tous
cas, ça me fait pas mal plus de bien
si je joue avec mon clitoris plutôt que d'essayer de
me rentrer quelque chose
dans le vagin!... ... Bien oui, j'ai déjà
essayé, qu'est-ce que tu penses! ... Plutôt
deux fois qu'une d'ailleurs, ça tu peux me croire!
... Et même avec deux pis
trois doigts à la fois! ... C'est vrai:
après tout, j'suis pas plus conne qu'une
autre! ... Ouais. ... Remarque: ce qu'on ressent dans ces
affaires là, ça
dépend probablement des femmes!"
Susie-Janique et Gustave sont tout occupés par leur
cours
sur les choses de la vie et ils viennent tout juste de
mettre fin à leur « session
d'instructions pratiques avec observation
rapprochée» quand Marie-Elfe
accompagnée de Emmanuelle et René arrive
pour les rejoindre au campement des
enfants derrière la plage. Marie-Elfe
pénètre dans le cercle où sont installés
Susie-Janique et Gustave, tandis que René et Emmanuelle
s'attardent au bord de l'eau et ils suivent toujours une trace de
raton laveur avec leur copain inséparable,
Bandit, qui fouine ça et là, le museau
à ras le sol.
- "Bien dormi, tout le monde? ... Qu'est-ce que vous
faites? Susie-Janique, qu'est-ce qui se passe, tu t'es
blessée? ... Ah. ... T'as
couru? Tu es toute en sueur! ... Hein? ... Hé, mais
Gustave, qu'est-ce qui
t'arrive? Ton pénis est tout enflé. Tu t'es
fait mal?"
- "Bien non, voyons Marie-Elfe. Ça ne lui fait
certainement pas mal, même que ça doit pas
lui déplaire du tout, hein
Gustave? ... Allez, sois pas gêné; il n'y a
pas de mal: je lui expliquais
simplement comment les enfants sont faits. Ça doit
pas être un secret pour
toi, hein Marie-Elfe? ... Ah tu ne sais pas très
bien toi non-plus. Bon, j'imagine
que toi aussi tu voudrais en apprendre plus. Je me trompe?
... Non, bon... Et
bien, Gus ça ne te gênes pas si Marie-Elfe se
joint à nous?... OK. ... Mais, il va
falloir que je répète tout depuis le
début! ... OK, pas de problème? ... Bon,
parfait! Mais d'abord, les petits copains, prennez-donc
« notre » savon «
écologique » et allez vous laver les parties
qu'on va étudier tout à l'heure!
Comme ça, ça sera moins écoeurant
pour tout le monde! OK? .... Parfait. À
tout de suite."
... ...
"... Bon, vous êtes prêts? ... Oui, parfait.
Alors, écoutes
bien Marie-Elfe, je recommence. ... Hum. ... Emmanuelle et
René, j'imagine
que cela ne devrait pas les intéresser? ... De
toutes façons, ils sont un peu
jeunes: laisse-les jouer tous seuls, c'est aussi bien
qu'ils entendent pas ça! ... ... Euh, oui. C'est sûr.
... ... Moi, tout ce que j'en connais, c'est grâce à une
petite « initiation » de Gaston, le fils de
Reynald l'an dernier, et quelques
lectures à la bibliothèque, plus les cours
habituels de sexologie au collège et
un peu de recherche personnelle..."
- "Mais il est bien drôle ton pénis Gustave,
on dirait
qu'il est devenu tout raide! ... Est-ce qu'il va rester
toujours comme ça? ... Tu
es sûr que ça ne te fait pas mal?... Ah...
C'est vrai?.. Si tu le dit.... ... Ha bon! ... Je peux y toucher?...
S'il te plaît Gus! ...Je te promets d'y aller doucement et
de ne pas te faire de mauvais coups! ... Allez! Dis oui!
... Ok, c'est promis.
Juré, craché! ... Ptui! OK là? ...
... Merci. ... Hon... c'est vrai qu'il est pas mal
plus dur que d'habitude. Il est tout chaud, en tout cas.
... Moi, je n'en ai pas de
ça, un gros pénis, mais j'ai une petite
affaire qui devient plus grosse et dure
aussi des fois. Bien oui: c'est vrai! Tiens regardes....
Tu vois, si je joue un peu
avec, ça se dresse un peu comme ton pénis et
ça devient plus dur... et très
sensible! ... Hein, voyons tu veux rire? ... Bien non on
peut pas faire pipi par là voyons! C'est pas un vrai
pénis! ... Oui... ... Non ... Mais c'est bien « le fun
» pareil! ... Même si ça reste quand même
toujours tout petit comparé avec ton
pénis Gustave!... Je ne le sais pas. ... Hum... ...
Susie-Janique, comment ça
s'appelle mon affaire qui grossit des fois et puis
qu'est-ce que ça veut dire?"
- "Bon, OK. C'est reparti. D'abord, pour répondre
à ta
question Marie-Elfe, ce que tu titilles en ce moment,
ça s'appelle un « clitoris » - hein Gustave? - et il
y a seulement que les femmes qui en ont, OK? ... ...
Bon. Si je comprends bien: c'est aujourd'hui que je vais
vous initier tous les
deux à la sexualité, aux joies de l'amour et
à la façon dont les enfants sont
faits, c'est ça? ... ... Je ne suis vraiment pas
une experte, mais je vais essayer
de faire de mon mieux! ... ... OK, allons y! ... Gustave,
excuses-moi si je me
répète, mais je vais recommencer par le
début. Ah, et puis sauves-toi pas, j'ai
besoin de ton petit pénis qui bande si bien pour
que mes explications soient
claires pour ton amie. ... Tiens Marie-Elfe, profites-en,
vas-y, examine le bien
avant qu'il ne débande, je ne sais pas combien de
temps ça peut durer, - Gus
tu veux bien? - ... oui, c'est gentil. ... ... Merci
monsieur, si c'est vous qui le
dites!. ... Bon, t'a entendu? ... Profites-en ma fille,
ça va juste lui faire TRÈS
plaisir! ... Approche-toi, tu devrais l'examiner mieux que
ça. Si t'avais vu
comment il m'a inspecté tout à l'heure, tu
ne serais pas gênée: il ne pouvait
rien manquer! ... ... Comme ça, parfait! ... ...
Est-ce que tu lui permets de le prendre avec ses deux mains, Gus? ...
Oui, oui, c'est vrai! En vrai gourmand,
mon cher frère ne demande pas mieux qu'une de nous
continue à le «
masturber ». ... ... Bien oui, c'est comme ça
qu'on dit quand on se caresse
avec les mains:« se masturber ». ... ... Ouais,
c'est « super le-fun », tu l'as dit!
... Mais, à dire vrai: il vaut mieux ne pas s'en
vanter les petits copains! ... ... Bon. ...Tu vois bien Matie-Elfe,
qu'il n'y a pas de gêne à y avoir! Si tu prends le
pénis d'un gars à pleines mains, comme ça, mais
doucement, ça risque
juste le faire bander un peu plus! ... Regardes, tu vois
bien qu'il est toujours
bandé bien dûr et qu'il ne se plaint vraiment
pas! ... ... Parfait! C'est à peu près
ça... ... Au fait, si c'est pas tout à fait
à ton goût Gustave, prends donc ses
mains et montre-lui comment faire: guide ses mains,
montre-lui quelle
pression exercer, quel mouvements sont les plus
agréables et à quel rithme...
... C'est ça. ... Comme ça, grâce
à toi, mon grand, notre meilleure amie va avoir
appris quelque chose de pratique aujourd'hui: elle va
savoir parfaitement
comment faire jouir ses futurs « tchums »!"
" ... ... Parfait. Merci. ... ... OK. T'entends
Marie-Elfe? ... ... Ça fait que vas-y ma belle, il te permet
de le tâter partout comme il faut, si tu veux... ... mais
doucement par exemple! Fais-lui pas mal et fais pas
exprès pour le chatouiller! ... OK. ... Oui, c'est
ça: tu peux essayer de le faire
plier un peu. Mais sans le forcer, hein! ... Comme
ça, ça te va, Gus? ... Hum,
tant mieux. ... Quoi? ... ... Oui, après,
Marie-Elfe, tu vas le laisser faire la même
chose et il va pouvoir te masturber lui- aussi? ... Non,
inquiiète-toi pas: je
viens de lui montrer comment faire et puis je t'assure
qu'il est déjà pas mal
bon pour ça! ... C'est vrai et c'est pas parce que
c'est mon frère! ... Hé bien
quoi? ... Si t'as des doutes, ma belle essaye, tu va voir!
... ... Ok, parfait; et
puis tant qu'à faire moi aussi je pourrais
peut-être faire pareil moi-aussi et
regarder si tu est bien faite comme moi Elfie! ... Bien
quoi?Je suis très curieuse moi-aussi, c'est tout.... OK, OK,
Marie-Elfe, j'avoue que je suis aussi
voyeuse que mon frère! ... Ok, si tu veux: «
plus même »! Comme ça, ça te
va? ...Parfait. ... Bon, comme ça vous comprendrez
mieux tous les deux ce que
je vais dire.
" ... Wow, en tous cas, ça n'a pas l'air de te
déplaire
mon Gus... Ton pénis est rendu dur comme du bois et
puis maintenant il y a
même une petite goutte de liquide transparent qui
sort au bout! Ça doit pas
être du sperme, je suis certaine que tu es trop
jeune pour ça! ... Mais je ne sais
vraiment pas ce que c'est. ... Laisses-moi voir. ... C'est
pas du pipi non plus,
c'est pas mal plus épais. C'est drôle, on
dirait de l'huile... Hum ... Ça goûte
rien et puis il n'y en a vraiment pas beaucoup! ...
Peut-être... Lâches pas
Marie! ... ... Ouais, je pense que tu as raison: mais on
dirait qu'il y en a une
nouvelle goutte qui vient. ... Allez, si tu veux
goûter Marie-Elfe toi aussi, je te
la laisse: tu nous dira ce que tu en penses. ... "
"Tiens vas-y, peut-être que si tu passes ta langue
sur
son gland et puis que tu suce un peu dessus il va y en
avoir plus et puis peut-être que tu vas mieux voir ce que
ça goûte! ... Ouais, je comprends, mais
inquiètes-toi pas, c'est pas écoeurant,
c'est pas du pipi et puis tu vas voir:
c'est pas mauvais: ça goûte rien, si tu veux
mon avis! ... Bon ... Et puis? Qu'est-ce que t'en penses Elfie? ...
...C'est un peu salé, tu trouves? ... Peut- être..." ...
"Attends, aides-moi, on va essayer d'en faire sortir une
autre goûte. ... ... hum, on dirait que ça
vient. ... Bon OK, je pense qu'il y en a
une qui veut sortir... ... On ne te fait pas mal Gus?...
Ah oui? ... Si tu veux,
pourquoi pas? ... Hum... ... OK, tant mieux si t'adores
ça, je prends la
prochaine goûte et puis on va essayer de t'en faire
sortir encore une autre
pour que tu y goûtes toi- aussi. ... Tu l'as jamais
fait?... Bon, et bien c'est l'occasion ou jamais! ... Ouais, j'pense
que t'as raison Elfie: c'est un peu salé!
... Oui, patience Gus, ça vient. ..." ...
"... On s'excuse si on est un peu maladroites mon
grand, mais si tu veux, tu peux recommencer à nous
aider: ça serait sûrement
encore bon pour tout le monde, même moi! ...
Attends, tiens-moi la main et guides moi comme tu l'as fait avec
Marie-Elfe tantôt, moi-aussi je veux
apprendre! ... ... Ah bon, c'est comme ça que tu
fais! ... Elfie, tu veux essayer
de faire mieux que moi? ... Ok, montres-nous ça.
... S'il te plaît, Gus, dis-nous
la quelle est la meilleure? ... ... On se vaut tu dis.
Merci. Tu ne veux pas te faire
d'ennemie mon gros! ... Ouais, c'est ça: on peut
même essayer de te jouer un
air pour quatres mains; si tu veux, pourquoi pas? ... ...
Tout le plaisir est pour
toi: ça je n'ai pas de difficulté à
le croire, mon gros gourmand! ..."
"OK... Oui. ... Ok. Bon, il y a une autre goûte qui
vient...
.... C'est ça, tu fais aussi bien de la prendre
toi-même mon grand, sinon t'en
auras pas assez pour y goûter. ... Et puis? ...
Ouais c'est pas évident, hein?...
... Oui, bof... Je me demande ce que ça peut bien
être en tout cas! ... Wow, on
dirait aussi que tu commences enfin à avoir pas mal
chaud, hein Gustave! ...
On te torture pas trop?... Non, bon. ... Ah! ..."
"... Mais, c'est quand même dommage que vous ne
puissiez pas encore éjaculer mon cher monsieur,
ça aurait été tellement plus
clair! Même que, moi aussi j'aurais bien aimé
voir ça du vrai sperme frais qui
sort d'un pénis. ... Bien sûr que non voyons,
j'en ai jamais vu pour vrai! ... Mais
je suis assez curieuse dans le fond! ... Combien ça
en fait de sperme, une
éjaculation? Ça sort pendant combien de
temps? Est-ce qu'un gars, ça peut
éjaculer plusieurs fois? Est-ce que c'est bien
épais du sperme? C'est-tu
collant? Est-ce que c'est vrai que c'est chaud quand
ça sort? Et puis, qu'est- ce que ça sent? Qu'est-ce que
ça goûte? C'est-tu plus salé que les gouttes de
ton liquide transparent ou bien si c'est sucré? Et
finalement, qu'est ce qui
arrive quand le gars a éjaculé, est-ce qu'il
débande tout de suite? ... Je ne sais
pas. ... Pour bien faire, il faudrait demander à un
adulte de nous montrer de
quoi ça a l'air. Mais ça, je pense qu'il
vaut mieux l'oublier, c'est bien trop
gênant à demander! Et pis, j'vois pas
à qui! ... Tant pis. ...Dans le fond, je ne
connais pas grand chose la-dedans! ... Oui, OK... ..."
"Mais tant pis, on continue et je vais faire de mon
mieux. ... Ah, et puis, avant de continuer, je voudrais
que vous me fassiez une
promesse tous les deux. ... OK, bon: si vous voulez que je
continue à vous
parler de ça, et bien il va falloir que vous me
promettiez de n'en parler à
personne. Personne! Surtout pas un adulte! Compris? ... OK
... Ce sera notre
premier secret de la cabane des enfants.
"On va appeler ça: « Le secret pendant que les
parents dorment numéro un »! ... OK? ... On garde le
secret? Juré! craché! Ptuii! ...
Bon, parfait"
"Allons y pour le cours de sexologie 001... :
" bon, hé bien vous voyez: tous les hommes et les
garçons sont faits à peu près pareils
et c'est la même chose pour les femmes
et les filles! Chez tous les gars, il y a un pénis
et des testicules qui pendent
entre les jambes. Bien sûr, il y en a des plus gros
et des plus petits; des longs
et des plus courts. Il y en a des très poilus et
des pas poilus du tout. Et puis, il y en a qui sont... ..." .
.....................................
Lassés par la lenteur de la grosse tortue
Serpentine qu'ils
suivent depuis plus d'une demi-heure, Emmanuelle,
René et bandit reviennent enfin près du camp des
enfants. Ils s'étaient d'abord arrêtés quelques
minutes à
communiquer avec elle, lorsque René et Emmanuelle
l'avaient soulevée de terre
pour la soustraire aux menaces et aux aboiements de Bandit
qui venait de la trouver
près du petit étang situé tout
près de la grande plage de la terre.
Précédés par les
aboiements de Bandit, quand ils pénètrent
enfin dans la petite cabane en tenant
maintenant la tortue dans leurs mains, leurs trois amis
qui ont vite repris leur places
et leurs distances sont partagés entre la
curiosité pour la trouvaille à carapace et le sujet de
leur conversation antérieure. Néanmoins, le
caractère absolument
extraordinaire de la communication qui s'établit
entre les cinq enfants et leur invitée Serpentine a tôt
fait d'accaparer complètement l'intérêt de la
petite bande. Pourtant,
encore un peu gêné par son érection
persistante sous la serviette qu'il a mise sur
ses cuisses comme masque, l'esprit de Gustave finit par
faire revenir les
préoccupations du groupe graduellement vers le
sujet précédent... Toutefois, avec
Emmanuelle et René comme ponts, ils revivent
maintenant avec ravissement les
expériences de tout le monde. Ils sont par exemple
très surpris d'apprendre que
pour Serpentine un coït normal ça dure
toujours plusieurs heures, jusqu'à quarante-huit parfois!
Après avoir relâché leur invitée à
sa demande, les cinq
complices partagent ensuite à satiété
leurs propres expériences et le petit
campement résonne aux sons de leurs petites voix
qui font moult Ha, Ho et soupirs
profonds.
- "Ah bon. Emmanuelle, tu dis que tu savais
déjà tout
ça? ... Ah oui, je comprend: tu y as
déjà assisté de l'intérieur quand
René a été
fait! ... T'as tout vu? ... T'as une bonne mémoire
en tous cas, moi je ne me
rappelle de rien avant ma naissance! ... Oui,
peut-être... enfin... Si tu le dis...
C'est sûr... ... Ah oui? Hé bien, t'es pas
mal chanceux mon petit René: avoir
assisté à ta propre conception en «
Toucher-scope », avec des souvenirs
clairs comme si tu les avais vécus toi-même!
Chapeau, ça m'épate! ... ... OK,
c'est beaucoup plus que ce que je peux vous raconter
moi-même! ... Oui, on
pourrait faire ça tout à l'heure, mais moi
ça me gêne: il me semble que ça
ferait un peu écornifleur... ... C'est vrai."
"... Après tout, c'est leurs expériences
à eux autres... ... Hein? ... Wow les mutants, vous êtes
en train de faire disparaître toute la vie
privée vous autres... Ouais... Bon, OK, si vous
insistez ... Hum. ... C'est vrai,
oui. ... T'as raison. Tout ça c'est un peu un
souvenir qui t'appartient à toi aussi
Emmanuelle. ... Oui, je comprends. ... Oui. Après
tout, t'étais là et puis tout le
monde le savait! ... ... Je te crois! ... Hum? ... Je suis
vraiment trop curieuse!
OK, vas-y! ..."
(... ... ...)
"Wow! Je pensais jamais qu'on pouvait faire ça! ...
Ouais, hé bien j'ai pas mal moins honte de mes
idées « spéciales »
maintenant! ... ... Hum, en tous cas, c'est pas ça
qui va t'aider avec tes
phantasmes sur Paule, hein mon petit Gus! ... ...
Ça va pas guérir les miens sur
Paul non plus... ... Ha oui? Toi aussi? ... Et bien, on
sera deux ma chère Marie-Elfe! ... Oui mais lui, même
s'il est bien beau, pis bien fin, on sait pas comment
il fait l'amour! ... Peut-être, mais même si
elle n'est pas prude pour deux sous,
c'est certainement pas elle qui va nous raconter ça
avec autant de détails et
puis en « Toucher-scope »! ... Hum... Haaa ...
OK. Excusez-nous les mutants.
On sait bien que ce sont vos parents, mais après
tout: c'est vous autres qui
avez proposé de nous faire vivre ça! ...
Oui, si vous voulez. ... Merci. En tous
cas: à soir on va se coucher moins ignorants qu'on
l'était en se levant à matin,
ça c'est sûr! Vous êtes d'accord avec
moi Gugus pis Elfie? Maintenant plus besoin de demander à
quelqu'un de nous montrer son sperme: on sais bien
de quoi ça a l'air, comment ça sort, ce que
le gars qui éjacule ressent quand il le fait et même ce
que ça sent et ce que ça goûte! ... Moi, j'en
sais assez en
tous cas. Je retourne à la maison, alors tu peux
oublier ce que je t'ai demandé
tout à l'heure Marie-Elfe... Une autre fois,
peut-être. ... Bon. Qui vient avec
moi? ... Emmanuelle et René? ... Ok, on y va.
- "Moi je pense que je vais attendre un peu: je suis
encore bandé!"
- "Moi aussi, je vais rester un peu. Après tout
j'avais
fait une promesse à Gus tantôt et moi j'aime
bien tenir mes promesses.
Malgré qu'il n'y tient peut-être plus
maintenant avec le « trip en toucher-scope
» qu'il vient d'avoir? ... Oui, Ok. ... Dans le fond,
je ne demande pas mieux... il y a quelques bons trucs que j'ai appris
il y a pas longtemps du tout et que j'ai
bien le goût d'essayer moi-même avant de les
oublier... Et puis, une promesse
c'est une promesse! Je vais rester encore un peu, juste
pour toi mon coco! ...
Vous pouvez dire à Christiane, Jean et Judy qu'on
devrait arriver pour dîner
d'ici... une demi-heure ou trois-quart d'heure à
peu près, mettons. ... Ça te va
comme ça Gus? ... Bon, alors à
tantôt."
"Ouais, c'est bien beau tout ça, mais même si
Gus,
Marie-Elfe pis moi on a juré de ne parler de
ça à personne, j'ai bien peur que
c'est comme d'essayer de se cacher en arrière d'une
paille maintenant que les
mutants savent tout! C'est comme de confier notre premier
secret « pendant
que les parents dorment » à la rubrique
mondaine des journaux! Tant pis,
autant jouer franc jeu à partir de maintenant
donc... De toutes façons, nous
trois on va tenir ça mort, ça fait que
vous-autres les mutants, vous faites
comme vous voulez. ... Ou comme vous pouvez
plutôt... Quoiqu'il arrive, nous
autres on va vivre avec. ... Ah, et puis maintenant que
j'ai vu, entendu, senti et
goûté ce que ça peut faire des adultes
« responsables » quand ils sont tous
seuls entre eux-autres, mettons que je n'ai plus aussi
honte de ce qu'on peut
faire ensemble nous-autres les enfants, pendant que nos
chers parents dorment! Et tant pis pour le secret!"
"À tantôt Gus et Marie-Elfe."
- "Bye, les petits copains. À tantôt!"
Précédés par Bandit qui furète
a droite et à gauche comme
toujours, les trois enfants ont tôt fait de
rejoindre le grand champs qui jouxte la
plage et de disparaître aux yeux de leurs deux
compagnons restés derrière. Depuis
tout à l'heure, Gustave n'a pas arrêté
un instant de manipuler son pénis et il
continue de le faire de la main gauche pendant tout le
temps où il aide Marie-Elfe à s'installer.
- "Bon, ils sont partis. Et maintenant on est tout seuls
comme des grands! ... Ok Gus? ... Où est-ce qu'on
se met? ... sur la serviette
dans le coin. OK. ... ... Tu veux que je me place comment?
... Comme ça. ...
Ouais, si tu te mets comme ça, j'va dire comme
Susie: tu peux rien manquer! ... OK. ... ... Bien oui, t'as raison
j'suis toute mouillée: c'est normal je suis
assez excitée! De toutes façon, quand c'est
bien mouillé, c'est pas mal plus
facile de se caresser: ça risque moins de devenir
irritant! ... Bon, Ok. Je te
montre. Tiens regardes, je peux me servir de mes deux
mains si je veux,
comme ça...
Marie-Elfe s'est couchée sur le dos, les jambes
écartées,
exactement dans la position de Susie-Janique quelques
temps avant avec, en plus,
le bassin légèrement soulevé par sa
flotte placée sous ses reins. Les yeux à moitié
fermés et les lèvres
légèrement entrouvertes, elles caresse en ce moment son
bas-ventre avec de grands mouvements d'une main pendant qu'avec les
doigts de son
autre main, elle titille les petites et les grandes
lèvres de sa vulve et frôle à peine
son clitoris dans un mouvement rotatif, continu et bien
ferme, tout en étant très
doux et délicat. Après à peine
quelques minutes de ce manège, elle commence à
avoir le souffle court qui ressemble presqu'à un
râle et elle sue maintenant à
grosses gouttes, tandis que son bassin est animé de
spasmes répétitifs et
saccadés. Gus, une main appuyée sur la
cuisse droite de Marie-Elfe et le visage à
quelques pouces à peine de la vulve de celle-ci, il
sent très clairement l'odeur
musquée du sexe de son amie, que l'action de son
propre souffle chaud ne laisse
d'ailleurs pas complètement indifférente
non-plus. Pendant tout ce temps, sa
propre main droite ne laisse pas un instant de
répit à son pénis maintenant plus
turgescent que jamais et il ne peut que déplorer le
fait qu'il est encore trop jeune
pour éjaculer et connaître
véritablement l'orgasme.
- " Ouais, et bien ça sent fort en tout cas un sexe
de
fille! C'est moi qui te le dis. Une chance qu'on s'est
lavés comme il faut tantôt!
... Mais... Aye, c'est tout plein de jus la-dedans! ...
... Est-ce je peux goûter?...
s'il te plaît Marie-Elfe! Je t'en prie! ... Allez!
... ... T'as bien goûté toi à ce qui
sortait de mon pénis tout à l'heure! ...
Même que tu l'as léché pis sucé!"
- "Ahan, Ahan. ... Bon, OK. Si tu veux, tu peux
goûter à mon jus avec ta langue toi-aussi. ... T'as vu
comment les grands font. Pour
que ça marche bien, il faut que tu sortes ta langue
au maximum. ... Non,
j'bouge pas et pis j'va arrêter de me «
masturber » un peu pour te laisser la
place, mais si tu veux me donner ta « flotte »,
je vais la mettre en dessous de
mes reins elle aussi, comme ça, ça va
être plus pratique pour toi pis moins
fatiguant pour moi. ... Merci. Attends... OK."
"Tiens, si tu veux avoir de quoi goûter, c'est ici,
entre
les deux replis de peau; ça s'appelle des
lèvres, bien oui c'est pas des
blagues! Hé bien c'est là que tu vas trouver
le plus de jus, c'est un peu comme
la salive, ça se trouve entre les lèvres! Ha
et pis, si tu veux me faire vraiment
TRÈS plaisir à moi-aussi, tu vois ça,
la petite bosse, là ou se finissent les
petites lèvres, et bien c'est en plein ça
qu'il faut sucer... ... Oui c'est ça: suces
le jus de « mon clitoris ». ... Non c'est vrai,
il y a peut-être pas plus de jus là,
mais... je suis sûre qu'il est plus sucré!
... Bien oui, essaye pour voir... ... Hooo
ouiii, c'est ça tu l'as! Lâches pas! C'est
super écoeurant... Attends, regardes:
tu peux continuer à me caresser le reste de la
vulve avec tes doigts pendant
que tu suces... Comme ça... ... Ouiii, c'est «
super-hyper-écoeurant », je ne te
mens pas. Même que j'ai les seins tout sensibles
maintenant et leurs petits
bouts sont tout rigides. ... ... Arrêtes pas de me
lécher et de me titiller, moi je
vais me caresser les seins pendant ce temps là. ...
Ah que c'est agréable ça
monsieur chose. En se pratiquant de temps en temps on
pourrait devenir de
vrais virtuoses de l'amour avant même d'être
de vrais adultes. ... En tous cas,
pour le moment, c'est sûrement pas moi qui vais me
plaindre: je te jure, je
pense que je jouis déjà presqu'autant que
les adultes dans les souvenirs
d'Emannuelle tantôt! ... Ok, Ok, je charrie, mais je
t'assure que je ne
changerais pas de place avec personne en ce moment! ...
... Oui, c'est sûr: je
veux bien changer avec toi, mais tantôt. ...
À chacun son tour, c'est vrai mais
pas tout de suite, je t'en prie: c'est trop « le fun
»! ... et puis au fait, le goût de mon jus, ça
ressemble à quoi?" ... ...
"... Ah, mais t'as pas plus de goût que ta soeur!
Attends, je vais en prendre un peu avec mon doigt et y
goûter moi-même! ...
hum ... C'est vrai que c'est spécial, mais
même si on peut pas dire que c'est
bon, c'est pas vraiment mauvais en tout cas... Tu veux y
goûter encore? ...
Sers-toi, ça me fait plaisir, et puis s'il te
plaît, si tu veux encore de mon jus
suces encore celui qui est après mon clitoris au
bout de mes lèvres, je te dis
qu'il est bien meilleur! Plus sucré. ... ... ahum
... oui ... oui ... plus haut ...haaa
oui ... hon c'est bon! ..."
(...) (...) (...)
<> COMME TED ME L'A DIT
- "Ce midi? ... Alors on peut compter sur toi pour le
souper? ... Du blanc, on va manger du doré que Gus
et Carlos ont pris ce
matin. ... Bien oui, il est encore ici; il t'attendait.
... Non, mais il va tout
t'expliquer qu'il dit. ... En fait, depuis qu'il est
arrivé, c'est surtout avec les
enfants qu'il a passé son temps. Avec les enfants
et puis avec Judy. ... Bien
oui, elle est ici. ... Non, juste avec Susie-Janique et
Gustave. ... Oui, il est venu;
mais il est reparti à Montréal pour un
contrat avec Vibration. ... Non, en fait
pour dire vrai je penses qu'ils se sont
séparés. ... Oui ... Non ... Je te
raconterai... ... Mais on dirait qu'il y a quelque chose
qui se dessine entre Judy
et puis Carlos. ... Oui, je pense que c'est une chance
pour elle, parce que
Michel pis elle, ça s'est fini... pas mal "rough"
si tu veux mon avis. ... Oui, c'est
ça: ... ... et puis tu me dira ce que tu en
penses... ... Oui, en toucher un mot
avec elle... pourquoi pas?.... ... Parfait, à plus
tard! Bye mon amour."
...
"Emmanuelle, René, j'ai une bonne nouvelle: Paul
arrive ce soir pour le souper! S'il vous plaît,
voudriez vous aller avertir tout le
monde et puis les inviter; il devrait y avoir assez de
doré , la pêche des gars a été pas mal
bonne. Et puis, dis-leur que ce soir, on a une bonne raison de
fêter: c'est le retour de l'enfant ..., non, du
« parent-prodige »!"
(...) (...)
Pas encore couché même à sept heures
mais presque, le soleil colore d'une teinte déjà un peu
jaunâtre la carlingue de l'hélicoptère
banalisée de la GRC, donnant au taxi de Paul un peu
l'air d'une grosse abeille.
Déjà mis sur le qui vive à la suite
de l'appel du Grand Voyageur ce matin, dès les
premiers vrombissements du gros insecte, tous les enfants
de la terre accourent en hâte vers le grand champs où il
s'était posé la première fois. Aussi, c'est un
comité d'accueil d'une demi-douzaine de petites
têtes toutes ébouriffées par le vent
créé par le rotor qui salue la sortie de
Paul et son compagnon. Après avoir échangé
une poignée de main et des regards entendus, suivis
de quelques paroles sur le ton
de la confidence criée, les deux hommes se
séparent et Paul s'approche de ses
amis qui le laissent se retourner pour voir
l'hélico repartir. Puis c'est une petite
marée humaine toute hurlante et rigolante qui
submerge l'arrivant de ses questions
en lui grimpant littéralement sur la dos. À
peine libéré de l'emprise de cette
première commission rogatoire, il doit faire face
aux avances de deux ourses
polaires enthousiastes presque trop chaleureuses et dont
l'étreinte et les baisers
passionnés le laisse tout pantois. Pourtant c'est
en espagnol à l'intention du
mexicain que Paul prononce ses premières paroles.
- "Buenas tardes señor, ha encontrado Usted a mis
niños? Y entonces, le pareciò que yo le
habìa dicho la verdad por
Washington?"
- "Claro cabròn! Tu l'as dit mec: plutôt
fortiches. Ils
sont vraiment pas d'un modèle courant aux Galeries
Lafayette, tes moufflets!
Je veux, oui! Et, ce qui ne gâte pas la sauce, ils
glandent avec des copains qui
ont un beau morceau de petite mère. Une mome
à vous débrancher l'aorte et
à vous mettre la moelle en serpentin quoi! Une
splendeur aussi chouette, c'est plutôt roide pour ma tocante
qui bat déjà la chamade; je ne te dis que ça!
Mais comme je suis majeur et vacciné, alors
ça baigne. Même des vacances
lénifiantes à Saint du Trouduc les Bains,
ça m'en jette si il y a une nana façon
coeur de braise en rade; alors je gazouille du
trémolux internus à plein et ça
gaze formide, parole! Au fait, gars, ici on t'attendais
depuis pas mal de
plombes, il était temps que les balhouzes
t'élargissent et que l'autre Du Poulet
se tire! Depuis que tu nous a balancé du grelot ce
matin, ici ça phosphorait au
carré dans toutes les gargotes. Mais assez
jaqueté aux mouettes mon coco,
dans ton donjon, c'est qu'il y a des steaks de baleine qui
tiquent sur
l'achalandage; faudrait pas laisser paumer ça,
alors j'opine qu'il serait bath
d'aller se les faire! On pourrait aussi écluser les
boutanches d'eau bénite que
tu coltines. Daco dac mon pote?"
- "Daco dac! Bien parlé. Tope là amigo! Mais
pour
commencer on pourrait peut-être enlever quelques
pelures. J'ai assez chaud
que je suis en train de fondre et j'ai bien peur qu'on va
devoir tordre mes
vêtements pour trouver quelque chose à mettre
sur la chaise tout à l'heure si
je reste encore longtemps emmailloté comme
ça. Avec le temps qu'il fait
aujourd'hui, je pense que même une paire de
bobettes, ça me rendrait fiévreux
de chaleur!"
(...)
À part le bruit de l'eau qui coule dans
l'évier de la cuisine
de l'inter-étage, il règne un silence
presque total dans la maison de Jean. Pourtant il n'y a pas une seule
place inoccupée autour de la grande table décagonale du
rez- de-chaussée. Pour le moment, tous sont suspendus au
lèvres de Paul qui raconte
quelques-unes des péripéties de son
séjour prolongé chez Ted et Mary Vulvin. En
fait, depuis trente secondes au moins, le silence est
presque tangible maintenant
que toutes les mains sont tendues vers le milieu de la
table pour toucher à celles de Paul qui viens d'offrir
à son auditoire de l'amener faire une visite guidée en
Toucher-scope chez ses hôtes américains. ... ... ...
(...)
- "Non, je ne pense pas. Si tout marche comme Ted me
l'a dit, il n'y a rien de tout ça qui devrait
sortir dans les journaux. Il prétend que
la situation internationale est trop tourmentée au
sujet du Moyen-Orient
actuellement pour que ce soit une bonne idée de
sortir l'information en ce
moment. Ses assistants de la CIA lui ont conseillé
de tenir ça mort
officiellement et de leur laisser un peu de temps pour
organiser une action
directe sans ficelles identifiables."
- "Oh pardon Monsieur Tardif, si votre copain Ted vous
l'a dit, alors là! ... Ça se place bien dans
une conversation en tout cas:
"comme me le disait mon ami ce cher Ted, le
président des États-Unis..."
"...Et Mary, oui la belle Mary Vulvin, - parce que je t'ai
bien entendu l'appeler
« my dear Mary » tout à l'heure - , Mary
elle, qu'est-ce qu'elle en pense? Est-ce
qu'elle a l'intention de laisser le p'tit Ted et sa bande
de brouillons jouer aux
cow-boys « low-profile » et essayer de brasser
de la « marde » sans se salir
les pattes? Est-ce qu'elle s'est laissée aller
à quelques confidences avec toi?
Après tout, vous paraissiez pas mal plus familiers
ensemble à la fin de la visite
qu'au début... ... Il me semblait que tu m'avais
dit que ça pouvait pas attendre et pis qu'il fallait
absolument faire quelque chose tout de suite pour sauver le
monde de la catastrophe! Penses-tu toujours la même
chose mon p'tit Paul,
ou si le snoro de Ted et la belle Mary t'ont mis KO? Ta
mission urgente, c'était-tu juste un prétexte pour
laisser ta vieille blonde pis aller te taper un
nouvelle conquête de marque? Attention à ce
que tu vas dire parce que ce soir
dans le secret de l'alcôve, vous savez bien que vous
ne pouvez rien me cacher
mon ami... D'accord Paule? ..."
"Ça fait que finalement, le grand Jacques, est-ce
qu'il
est mort, simplement parce qu'il avait
photographié... la cafetière géante de
Saddam sur un terrain de golf privé, autrement dit:
pour rien ou bien quoi?"
- "Hé, mais qu'est-ce qui ce passe? On dirait bien
une
petite crise de jalousie de ma belle Claudine! Allons,
amour de ma vie, je suis
certain que tu veux me faire marcher. Approche ta
chaise... et... et faites-moi
l'honneur de m'accorder votre main, gente dame, qu'on se
comprenne mieux.
... Merci."
...
"Pour répondre à ta première
question, dans un
premier temps laisses-moi te rappeler le nom de jeune
fille de Mary Vulvin. Au
fait, est-ce que quelqu'un ici le connaît? ... Non,
je comprends, moi non plus je n'en savais rien avant qu'elle ne me
l'apprenne la semaine dernière; après
tout elle a épousé le jeune avocat plein
d'avenir Ted Vulvin alors qu'elle n'avait
que vingt ans à peine, il y a de cela plus de vingt
cinq ans. À l'époque, Ted
commençait à peine à faire de la
politique, alors quand le jeune diplômé en
droit de Harvard Ted Vulvin, fils d'une famille
écossaise installée en Californie
depuis quelques générations tout au plus et
pas vraiment prestigieuse, même
pas tout à fait millionnaire, a
épousé une jeune colombe, encore étudiante en
sciences sociales à Berkeley, la fille d'une
famille à peine un peu millionnaire
sans plus, on comprends que ça a passé
complètement inaperçu! Après ça,
quand Ted a grimpé l'échelle de la
réussite politique avec la célérité qu'on
sait,
pour devenir d'abord sénateur, puis candidat
officiel du parti démocrate et
finalement président des États-Unis, jamais
il n'a été question de cela et vous
allez comprendre pourquoi... Hé bien je vous le
donne en mille: ... son nom de
jeune fille « officiel » c'est Mary Jeanne
Levert, ça fait très bien; surtout
qu'elle se débrouille pas trop mal en
français, mais le véritable nom de jeune
fille de Mary Vulvin, avant que les Levert n'adoptent leur
nouveau patronyme
lors de leur arrivée en Louisiane dans les
années trente, ça aurait dû se lire ...«
Mary ... Judith ... Liebstein »! ... Vous comprenez
ce que ça signifie? ..."
- "Il me semble que ça a une consonance juive,
c'est
ça?"
- "Exact. Bien vu Claudine. Compte tenu de cette
information, tu vas comprendre que Mary n'a pas du tout
l'intention de ne se
fier qu'à la CIA car chez elle, on connaît
trop bien les dangers inhérents au fait
de laisser carte blanche pour sa protection à un
bon gros ours rempli de
bonne volonté sans doute, mais tellement gauche et
maladroit dans
l'utilisation de sa force... Non, de son
côté, elle propose de « laisser couler »
dans les oreilles du Mossad, l'essentiel des projets de
Iochi et Saddam, pour
que ce soit eux qui se chargent de mener les
vérifications qui s'imposent et
même d'agir s'il le faut. Elle croit que s'il doit y
avoir une quelconque « action directe », Mary est
persuadée que le Mossad est certainement le meilleur
acteur pour tenir un pareil rôle et qu'il ne
manquera pas de le faire! ... Rusée la première dame,
non?"
"... Ah, et puis pour ta deuxième question: c'est
non, je ne pense toujours pas que j'avais le droit de rester les bras
croisés et ne
pas essayer d'empêcher le pire d'arriver! En
« toucher » un mot à ceux qui vont
peut-être pouvoir agir efficacement pour
bloquer ça: c'était le moins que je puisse
faire! Après tout, ce monde dont
nous jouissons aujourd'hui, je ne peux pas le voir comme
un simple héritage
de nos parents et ancêtres et qui «
m'appartiendrait ». Non, pour moi, c'est
bien plus un prêt que nous font nos enfants, qui en
auront obtenu l'usufruit de
leurs propre descendance! Pour moi, c'est capital:
l'humanité telle qu'on la
connaît va devoir bientôt changer sinon passer
le flambeau et nous on a une
bonne idée comment ou à qui... hein
Emmanuelle? Pas vrai René?..."
"Enfin, pour ce qui est de ta dernière question:
non je
ne pense pas que Jacques soit mort pour rien et
j'espère bien que quelqu'un
va la débrancher la sale cafetière
géante qu'il a photographié... Je lui devais
bien ça, non? Sinon, c'est là que j'aurais
vraiment eu l'impression qu'il est
mort pour rien!"
- "Parfait, merci. Tu as répondu à presque
toutes mes
questions! Pour ce qui est de celles concernant vos
relations personnelles
avec Madame président, je suis bien prête
à attendre à ce soir pour en savoir
plus, monsieur le mutant mutin! ... Je suis certaine que
tu as beaucoup de
choses à discuter avec les autres, notre
invité mexicain par exemple et je vois
au moins deux enfants merveilleux qui brûlent
d'impatience d'échanger avec
toi."
<> TOUSSOTANT ET CRACHOTANT
Le soleil est encore haut dans un ciel d'un bleu
délavé bien
tendre mais absolument sans nuage. Les deux voitures
américaines de format
familial se suivent en soulevant un nuage épais de
poussière blanche. La couleur
rouge de la deuxième prend des teintes de vieux
rose de plus en plus écru. Dans le premier de ces
véhicules, on entend le babil de plusieurs enfants qui
s'extasient à qui mieux mieux devant chaque nouveau bosquet de
cerisiers de virginie ou de
mûriers nains en fleurs. Dans le second, qui compte
parmi ses passagers, deux
hommes d'âge mur et de type racial autochtone, on
n'entend que la musique inuit a capella que débite le
cassettophone.
-"Ray, s'il-te-plaît, tournes là, à
droite dans le petit
chemin à côté des boites à
lettres, je pense qu'on est rendus. Avez-vous hâte
d'arriver les enfants? ... J'espère qu'ils sont
là, j'ai pas averti personne... De
toutes façons, là pas là, moi je
pense que la première chose que j'ai le goût de
faire, c'est aller me jeter à l'eau, je suis tout
en sueur! Paul et Claudine ont pas
arrêté de vanter leur grande plage de sable
fin sur le bord de la rivière, il faut
bien vérifier si c'est vrai, hein les enfants? Pour
trouver la plage, il faut
d'abord que tu traverses un petit pont sur un gros
ruisseau... ... bon, c'est ici,
... puis tu continue jusqu'à une petite sculpture
dans une guérite... ... tiens, là- bas... à
gauche, ça mène à la plage... tout droit
ça mène chez Claudine et
Paul... à droite ça mène chez Paule,
je pense. ... J'ai raison? Ah, c'est vrai: il
vous l'a déjà fait visiter dans sa
tête... Bon, je vous crois. Quel chemin on
prend les enfants? ... À gauche. C'est bon,
j'approuve! On va d'abord aller se
rafraîchir. De toutes façons, une
journée comme aujourd'hui, tout le monde
doit bien être rendu là: il fait assez
chaud!"
Après avoir roulé encore un
demi-kilomètre environ, les
deux véhicules doivent se garer tant bien que mal
dans le long foin encore vert mais
mordoré à cause des nombreuses
inflorescences de verge d'or. À peine descendus
de leur véhicules les trois jeunes ados sont
attirés par les voix des enfants du "Domaine des
cultivés" qui crient en jouant dans l'eau de l'autre
côté d'un écran de jeunes conifères
plantés quelques années auparavant. Partis en courant
dans le petit sentier qui les mène vers le groupe de jeunes
baigneurs, les trois ados
ralentissent tout de même et marquent une pause pour
examiner le groupe
d'enfants et d'adultes qui s'escriment à essayer de
mettre hors jeu les joueurs de
l'autre équipe dans un match très
serré de "trippe chasseuse". Sans même le
réaliser vraiment, ils sont en fait un peu
gênés de se joindre à ce groupe de nudistes
des deux sexes et ils préfèrent attendre les
adultes qui les accompagnent.
- "Allô le monde! Il paraît qu'il y a une
belle plage sur
cette terre là... ça bien l'air d'être
ici! Bonjour Claudine, bonjour Paule, allô
Paul, salut Jean, bonjour la compagnie! Venez que je vous
embrasse! ... ...
J'vous ai amené du monde. J'ai pas besoin de vous
présenter Olivier ou
Ismaël... Pas plus que Glen... Il est
accompagné de messieurs Ooktuk et
Shinnuk. ... Lui, c'est Simeone, le petit ami inuit de mes
deux ados. ... Mais...
Mais, ces beaux enfants là, moi j'les connaît
pas... ce sont les vôtres? Alors Claudine, Paule,
présentations s'il vous-plaît. ..."
- "Non. C'est pas vrai... Denise Landré en
personne! ...
J'espère que tu vas excuser notre tenue... on
t'attendait pas... ... Allez, gênes- toi pas: fais-vite la
tournée des becs!... Aye... Pis tu nous a amené du
monde à part ça! ... Mais la grande asperge
là... c'est Olivier! Viens qu'on s'embrasse
mon grand... et puis le frisé aux grands cheveux,
mais c'est Ismaël! Allô
Ismaël, viens me donner un bec toi aussi ... et puis
s'il vous plaît présentez- nous vos autres compagnons,
parce qu'à part mister Glen, je ne connais
personne!"
- "Pas question! Je refuse de socialiser tant que je n'ai
pas pu me jeter à l'eau. Elle est fraîche au
moins votre rivière, je suis en train
de fondre! Me baigner tout de suite sans aller chercher
mon maillot, moi ça
me va! Qui m'aime me suive!"
À ces mots, Denise Landré s'empresse de se
dévêtir et
après avoir déposé ses
vêtements sur les branches basses du buisson d'érables
à épis qui sépare la plage du "camp des
enfants", elle s'élance en courant vers
l'eau et plonge dans la rivière tête
baissée sans hésiter une seconde. Aiguillés par
son exemple, les trois ados se dévêtissent
enfin eux-aussi, puis ils s'avancent à leur
tour dans l'eau mais avec beaucoup plus de circonspection,
pour acclimater
graduellement leur corps à la température de
l'eau.
Après avoir échangé quelques mots en
inuktituk avec ses
deux compagnons, Glen se déshabille lui aussi et
s'avance dans l'eau jusqu'à mi- taille. Les deux inuits qui
l'accompagnent se dévêtent eux-aussi, puis il plient
leurs
vêtements méthodiquement et les posent bien
à plat sur le canot en fibre de verre
retourné au bord de l'eau. Bien que manifestement
plus âgés que les autres, les
corps très hâlés de ces derniers se
déplacent avec une énergie et une vigueur
surprenantes. L'un d'eux plonge et après être
resté sous l'eau pendant près de trois
minutes, il réapparaît finalement de l'autre
côté de la rivière, loin en amont. L'autre,
qui fait la planche, se laisse descendre mollement par le
courant de la rivière en
chantonnant une ritournelle inuit. Le groupe des joueurs
de trippe chasseuse quant
à lui, a mis fin à son jeu et les jeunes
enfants essayent de rivaliser d'habilité avec
leurs nouveaux amis, les trois ados et ils se livrent
à toutes sortes de galipettes,
cabrioles sous-marines et plongées profondes.
Puis, ils se donnent le mot et, à part René
et Emmanuelle
qui se sentent trop petits pour participer à ce
genre d'échauffourée aquatique, ils
joignent leurs forces pour essayer de faire prendre un
gros bouillon à un des
adultes choisi au hasard. ... Depuis une bonne quinzaine
de minutes maintenant, ils tentent en vain de faire subir ce
traitement à Paule qui, excellente nageuse, s'est
joué jusqu'à présent de toutes leurs
tentatives avec une facilité presque
déconcertante. Pourtant, à un moment
donné, le jeune Simeone a bien réussi à
grimper sur son dos, les bras bien accrochés
après son cou et les jambes serrées
autour de sa taille et elle a alors dû
exécuter un magistral plongeon vrillé dans
l'eau par derrière, ce qui a eu pour effet de la
débarrasser illico de son cavalier qui,
une fois remis sur pied, essaie de rire mais qui ne
réussit qu'à tousser et crachoter
l'eau qu'il vient d'avaler.
À peine libérée de cet assaillant,
elle a dû ensuite réussir à se dégager de
l'étreinte de Gustave qui a soudain surgi devant elle en
lançant ses
deux petits bras autour de son cou. Pendant qu'elle
essayait de se dégager en
tentant d'ouvrir la tenaille du jeune garçon qui
lui enserrait solidement le cou et
dont le visage cherchait à s'enfouir
profondément dans son cou, elle a été
complètement déséquilibrée par
les deux autres ados qui ont plongé et qui
tentèrent alors de la faire tomber sur le dos en la
soulevant par les cuisses. Rusée, elle s'est servi de cet
élan et l'a donc accentué en plongeant par
derrière une fois
encore. Ce faisant, elle a entraîné sa jeune
sangsue sous l'eau avec elle dans
l'espoir de lui faire lâcher prise. Bien qu'il aie
effectivement un peu perdu sa prise,
celui-ci s'est agrippé encore plus fort et,
l'étreinte de ses bras a glissé et mais elle
s'est reprise au niveau de l'abdomen de Paule et la jeune
femme s'est retrouvée
avec le visage écarlate d'un petit garçon
bien gêné mais aux anges bien niché
entre les deux seins... Celle-ci plonge alors une fois de
plus, par devant cette fois, et c'est un petit Gustave toussotant et
crachotant mais encore un peu rouge et
toujours souriant entre deux quintes de toux qui
s'éloigne finalement du champs de
bataille pour aller s'asseoir dans l'eau peu profonde au
bord de la plage et souffler
un peu.
Comme ils ne s'avouent pas encore vaincus, ses
aînés, les trois ados, profitent du répit que
Susie-Janique et Marie-Elfe ont réussi à leur
gagner lorsqu'elles sont parties au front elles-aussi.
Elles avaient commencé les
hostilités en s'attachant par les jambes
après celles de leur victime comme des
lierres tenaces, et elles ont chatouillé leur
hôte infortunée avec un doigté des plus
efficaces, auquel Paule est on ne peut plus sensible
semble-t-il. Pliée en deux sous
l'effet des manoeuvres sournoises des deux jeunes filles,
Paule est bien incapable
de résister au nouvel assaut des trois
garçons dont deux sont maintenant montés à
califourchon sur ses épaules. La joue gauche collée sur
le haut des fesses et le
dos d'Olivier, Paule supporte Ismaël qui s'est assis
sur son épaule droite et, dont le jambe gauche traverse la
poitrine de sa proie pour rejoindre sa propre jambe
droite en tenaille sous l'aisselle gauche. Olivier, dont
les jambes s'enchevêtrent
avec celles d'Ismaël est bien tenu en place par son
frère adoptif qui s'agrippe après
ses épaules et dont l'étreinte se trouve
à coincer le visage de Paule sous l'eau entre
le bas du dos du cadet et le bas-ventre de son
aîné. Paule est maintenant à moitié
couchée sur le dos, le visage sous l'eau et
même si elle réussit à écarter un peu
ses tortionnaires l'un de l'autre, lorsqu'elle essaie de
reprendre son souffle, elle est
tout de même forcée d'avaler un gros bouillon
par le troisième lascar qui a plongé
par dessus elle entre ses deux complices dans l'espace
qu'ils lui ont soudain laissé.
Son petit ventre bien plat vient alors se placer
exactement vis à vis le visage de
l'agressée, l'empêchant totalement de sortir
à l'air libre.
Heureusement pour la victime, deux de ses amis ont
finalement décidé d'intervenir: Raymond qui
s'est interposé entre elle et les deux
terribles tigresses chatouilleuses puisqu'il a bien
compris que parmi les assaillants
de son amie, c'est encore elles qui avaient utilisé
la botte la plus redoutable. De son
côté, Claudine vient elle-aussi de plonger
vers la mêlée; attrapant au passage par
la taille les deux cavaliers rigolards, son corps glisse
sur le dos du petit inuit
entraînant avec elle les deux demi-frères
toujours solidaires mais complètement
désarçonnés. Prenant appui au fond de
la rivière, Paule agrippe maintenant son
dernier agresseur par les os de la hanche et tel un
dauphin qui bondit hors de l'eau,
elle émerge soudain en tenant toujours Simeone
presqu'à bout de bras et elle
l'envoie faire plusieurs mètres en vol
plané. Complètement privé de ses moyens
devant tant d'énergie chez sa victime et,
moitié rigolant, moitié vociférant en inuit, il
en est quitte pour avaler une bonne tasse lorsqu'il touche enfin
l'eau cul par
dessus tête. Au même moment, Paule de son
côté essaie de récupérer son souffle
à la suite du gros bouillon qu'elle vient de boire
elle aussi.
Aussitôt, qu'ils l'entendent tousser et voient ce
qui lui
arrive, tous ses agresseurs, eux-mêmes victimes de
la contre-attaque féroce des
deux nouveaux joueurs adultes, mettent fin aux
hostilités et ils se dirigent tous vers
les serviettes de plage en riant, fiers de leur coup.
Toujours en partie étouffée et presqu'aphone, dans une
espèce de baroud d'honneur, Paule essaye d'invectiver
un peu ses assaillants, mais entre deux quintes de toux,
ce qui sort encore le plus
facilement ce sont des accès de fou-rire, bien
sonores eux...
...
- "Les enfants! Les enfants! S'il-vous-plaît!
Olivier,
Ismaël, Simeone, Emmanuelle, René, Paule,
Claudine, euh... madame... et
messieurs..."
- "Judy, avec Susie-Janique et Gustave."
- "Raymond".
- "Carlos".
- "Bon. Judy avec Susie-Janique et Gustave, Raymond
et Carlos! Enchantée... Euh, s'il vous plaît,
venez tous ici me donner un coup
de main pour étendre la toile immense que j'ai
apportée. Elle est assez grande
qu'on va tous pouvoir s'y étendre en faisant un
grand soleil et, si vous voulez,
après avec Paul on va se « toucher » un
mot des nouvelles. OK Paul? ... C'est
possible? ... Oui, parfait. Comme ça, tout le monde
va pouvoir faire
connaissance avec tout le monde. Il y a beaucoup de
visages que je ne
connais pas ici et en plus, j'ai amené avec moi des
amis qui parlent très peu
le français mais qui auraient de bien belles
histoires très spéciales à vous
raconter... ... S'il-vous-plaît, les enfants!"
... ...
- "Parfait. Merci les enfants! ... Si ça ne vous
tente pas de « toucher au soleil » avec nous, il n'y pas de
problème, vous êtes libres et
vous faites comme vous voulez. ... Là-bas, dans le
« camp des enfants »? ...
Parfait, à tantôt les gars! Ah et merci
encore pour le coup de main pour la
grande toile! ... C'est ça, ciao!"
- "Et va pour le premier cinéma «
Toucher-scope » en
plein air!"
Occupés jusque là à suivre les
péripéties du combat entre Paule et ses petits
adversaires, tous les autres occupants de la plage n'ont
pratiquement pas encore eu la chance d'échanger
vraiment un mot. Aussi, quand la jeune femme et ses agresseurs ont
enfin retrouvé leur souffle, que tout est rentré
dans l'ordre et après que Denise aie ainsi
récupéré l'attention de tout le monde, Claudine
et cette dernière en profitent-elles pour procéder aux
présentations
détaillées de chacun des membres des deux
groupes. Le groupe des enfants quant
à lui s'est déplacé vers le camp des
enfants, situé juste à côté.
<> WILL LEFT-TENANT
- "Will. Left-Tenant. Il s'appelle « Will Left-Tenant
». Il a été chef de bande à
côté, sur la réserve de Ajawajiwesi pendant
près de
vingt ans. Maintenant il occupe l'essentiel de son temps
à faire du « spiritual healing » et à faire
de la consultation. Il serait connu maintenant surtout à titre
de leader spirituel très respecté et dont la
renommée le précède un peu
partout en Amérique du nord. Il parait qu'il est
même connu jusqu'en
Amérique centrale. Au Nicaragua et au Belize. Au
Mexique aussi, au Yucatan
en particulier. Là-bas, il s'appelle Guillermo
Teniente et il paraîtrait qu'en plus
de l'Algonquin et de l'anglais qui sont ses langues les
plus utilisées, il
comprend et baragouine à des degrés divers
au moins une demi-douzaine
d'autres langues amérindiennes, comme le Mohawk,
l'Inuktituk, l'Ojibway et le Cri; même le Séminole et le
Chiché! Le français bien-sûr et l'espagnol. ...
Hier, tu as rencontré mes amis, les shamans Ooktuk
et Shinnuk, ils sont
sages, des leaders spirituels eux-aussi chez les inuits.
Et bien, quand ils ont
su par Glen que je projetais de venir vous voir ici, ils
m'ont demandé de les
amener eux aussi. Ils m'ont dit qu'ils observaient divers
signes intrigants
autour d'eux ces derniers temps et qu'ils souhaitaient
pouvoir en discuter
avec ce monsieur Left-Tenant; parce que ce serait,
paraîtrait-il un grand
interprète des présages et qu'ils voulaient
le consulter sur le sens à accorder
à ce qu'ils voyaient."
"Ce monsieur a, disent-ils, un don particulier pour
<<
décrire, faire apparaître et donner un sens
à ce qui se passe « de l'autre côté » .
Il pourrait y regarder le passé et l'avenir s'y
dérouler comme un film, ou
quelque chose comme ça....>> ... Ça me
laisse songeuse... ... Alors nous voici!
... Mais au fait, vous le connaissez ce monsieur? ... De
nom et de vue? ... Paul,
c'est déjà pas mal! ... Demain j'ai
l'intention d'aller sur la réserve avec mes
deux compagnons pour essayer de rencontrer le monsieur
Left-Tenant en
question. Ça t'ennuierait beaucoup de venir avec
nous Paul? ... Parfait. Et tu
sais où on peut le trouver? ... ... Oui,
merveilleux! Tu es un ange!"
- "Chère Denise, tu sais bien que je ne peux rien
te
refuser! Et puis, c'est drôle que tu déboules
ici comme ça, - c'est la première
fois en fait que tu viens jusqu'ici -, avec tes deux
chamans et que toi, une
scientifique « invertébrée » me
demandes ça en leur nom, je commence à
avoir bien le goût de le rencontrer moi-aussi le
fameux Will! ... Tu te souviens
de Carlos? ... Le Mexicain-Français qui
était avec nous hier sur la plage? ... " ...
"... Et bien, il me disait justement la semaine
dernière
que selon lui et une vieille prophétie Maya, du
Yucatan justement, qu'il avait
trouvée et traduite récemment, nous vivons
en ce moment une époque-charnière dans
l'évolution du monde et de la vie sur terre en particulier; de
notre mission collective et des buts spécifiques et
individuels de nos propres
vies en ce bas monde, compte tenu « du sens profond
de l'existence de
l'univers en général », pour citer ses
propres mots."
" D'après lui, « nous sommes
déjà entrés dans une ère
où ce qu'ils appelle
<< le monde normalement parallèle de
l'au-delà et de la spiritualité » est en
train « d'entre-pénétrer » dans
notre monde du réel ordinaire >>. Toujours
d'après lui, c'est à cause de
l'émergence de cette nouvelle spiritualité
agissante qu'une suite de « merveilleuses
coïncidences organisées » ont fait que nous nous
sommes rencontrés, lui et moi, et cela à des milliers
de
kilomètres de nos domiciles respectifs, dans un
endroit où on se retrouvaient
tous les deux par un hasard tout ce qu'il y a de plus
fortuit et absolument imprévisible. Ce qu'il appelle «la
Conspiration de l'Heureux hasard ». "En venant ici, il dit que,
d'après son interprétation des
dernières révélations de la
prophétie dont je t'ai parlé, il était
persuadé que «
c'est ici qu'il devait venir pour trouver un sens à
tout ce que nous voyons, dit- il, se produire dans le monde de nos
jours ». Toujours selon sa fameuse
prophétie, la Prophétie des Ombres, en
venant ici, le sens profond et l'action
concrète de la dixième prophétie
pourrait commencer à le pénétrer lui-aussi, -
il s'agirait selon lui d'une révélation qui
selon John Greenwoods, le gars qui a effectivement trouvé et
traduite la première partie de cette prophétie - ...
Moi-même je ne comprends pas encore vraiment
pourquoi puisque, dixit Carlos,
je commence à peine à sentir l'action des
neuf premières, mais selon lui et son copain,
il faudrait donc la considérer comme faisant
effectivement partie
de l'extraordinaire Prophétie des Ombres en
question;
et cela même si elle n'a jamais été
écrite comme tel ! ..."
"... Vous me suivez toujours? ... ... Un peu tout de
même? ...
C'est pas simple, je le sait! ... ... Bon alors je
continue:"
"il est persuadé que les révélations
onze et douze, écrites celles-là il y a au moins mille
ans,
vont commencer à se matérialiser ici,
« près du sommet de la grande montagne
couchée et des neiges éternelles ».
Jusqu'ici, il m'a communiqué le texte des neuf
premières prophéties et crois-moi, c'est assez
édifiant!
J'en ai des photocopies en haut dans ma chambres, je vais
vous le donner tout à l'heure,
vous allez voir que je ne vous mens pas! ...
Il a essayé de m'expliquer un peu la dixième
mais j'avoue que je me suis un peu senti
dépassé par son contenu.
C'est tellement fantastique!"
"Quant aux révélations onze et douze, il dit
qu'il n'ose pas encore m'en parler,
parce qu'il dit qu'elles sont trop importantes,
que selon son interprétation rationnelle, moi et
mes enfants nous y sommes mêlés,
mais qu'il hésite à laisser « sa
rationalité » interférer avec « son
intuition». ...
Oui, c'est vrai: il est plutôt «
compliqué » l'ami Carlos...
Non, je n'ai rien d'écrit à propos de la
dixième non plus. ...
D'après Carlos, elle est individuelle et elle doit
t'apparaître d'elle-même à toi personellement. ...
Ergo, il n'y a rien d'écrit! ... ... Mais, vous me
suivez toujours? ... Je peux continuer?
..."
... ...
"De toutes façons, dehors notre Bandit
préféré nous annonce justement l'arrivée
de quelqu'un. ...
Hier soir, Carlos et Judy m'ont dit qu'il viendraient
faire un tour ici ce matin; au ton joyeux des aboiements,
je pense que ce doit être eux qui arrivent."
- "Bandit aime beaucoup Carlos; il a été
séduit lui aussi!"
- "... Carlos va pouvoir vous expliquer tout ça
lui-même mieux que moi. ...
Ah merci Claudine, amour de ma vie! ...
Tenez les amis, « la femme adorable qui m'a remis au
monde »
et qui pense toujours « beaucoup plus vite que son
ombre »
a été vous chercher les deux copies de la
prophétie des Ombres en question.
Regardez-les, pendant ce temps là, moi, je vais
aller préparer d'autre café.
À tout de suite."
(...)
- "Bonne idée Paul, le café c'est excellent
pour mes méninges!
La prophétie des ombres, moi je l'ai
déjà lue;
alors pendant que ceux qui ne la connaissent pas encore y
jettent un coup d'oeil,
je vais aller accueillir les nouveaux arrivants et
préparer la table à pique-nique dans le gazébo.
Il me semble qu'on serait plus confortables là pour
discuter:
la journée s'annonce encore tropicale! D'accord
tout le monde? ... Parfait.
Regardez la prophétie pendant que Paul fait du
café, puis venez me rejoindre
avec vos tasses dans le gazébo après. ... Et
s'il-vous-plaît, n'oubliez pas le café! ...
Merci, je compte sur toi, Paule. À tout de suite."
<> AU DELÀ DE LA TECHNIQUE
- "S'il-vous-plaît les amis, je pense qu'il faudrait
qu'on se parle, tous les parents.
En tous cas, moi j'ai quelque chose d'important à
vous dire...
... Voilà: je pense qu'il se passe quelque chose de
capital avec nos enfants en ce moment.
Quelque chose d'important et qui nous concerne tous, je
pense.
Ça me concerne un peu plus que les autres
peut-être,
parce qu'indirectement je suis un peu la cause principale
de ce qui arrive...
mais je n'en suis pas tout à fait sûre...
En fait, Claudine et Paul le sont probablement autant que
moi dans un sens.
Surtout Paul! En tous cas! ...
Je pense qu'on devrait en profiter, on est tous ici et les
enfants sont tous partis avec Carlos,
Denise et les deux chamans inuit; c'est d'ailleurs ce que
j'avais décidé d'organiser hier!
Merci encore à mon complice Carlos! ... Hé
oui. ...
De toutes façons, toujours est-il qu' on va pouvoir
parler sans gène. OK?"
Réunis dans le grand vivoir de la maison de Robert,
qu'occupent encore Judy, ses enfants et Carlos,
quelques-uns des adultes de la terre, parents par
ailleurs,
sont intrigués par l'air sérieux sinon
inquiet de leur amie Paule,
ce qui est plutôt rare chez elle; ils
l'écoutent donc avec intérêt et lui signifient de
continuer.
- "Voilà: vous savez que je vis toute seule avec
mon petit René.
On a donc très souvent l'occasion de se parler.
De se « toucher » même. ...
Pourtant, depuis quelques jours, il me semblait que
René était moins enclin à communiquer comme
ça avec moi.
Il prenait toutes sortes de prétextes pour que
ça n'arrive pas.
D'habitude, le soir avant qu'il ne s'endorme, lui et moi
on se communiquait toujours
un peu les souvenirs du jour et les plans du lendemain.
Et bien, comme je vous le disais, ça faisait
quelques jours que ça ne s'était pas produit.
Au début, je n'y avais pas fait attention, mais
après quelques jours, j'ai commencé à me poser
des questions à ce sujet.
À dire vrai: ça me manquait. Alors hier
soir, quand il s'est couché,
je suis allé le border comme je l'ai toujours fait.
Comme il avait mis ses bras le long de son corps sous ses
draps,
- c'est ça qu'il a commencé à faire
tous les soirs quand je viens le border depuis quelque temps - ,
je me suis couchée sur son lit, par dessus ses
couvertures et j'ai posée ma tête sur son oreiller,
une joue collée sur la sienne et on a parlé.
..."
" On a parlé et j'ai compris pourquoi René
était soudain devenu gêné qu'on se touche. ...
Je ne sais pas comment vous dire ça, mais... ...
Il était soudain devenu gêné de me
toucher donc, parce que...
... parce qu'il se souvenait d'avoir fait l'amour avec
moi! ... Et oui, pour le concevoir, lui précisément!
...
Il se souvient donc d'avoir fait l'amour avec toi Paul!
...
Et avec toi Claudine! ...
En fait par l'intermédiaire d'Emmanuelle, qui a
elle-même
tout partagé de cet événement
extraordinaire et qui se souvient très bien de presque tout,
semble-t-il,
il a donc vu, senti, ressenti, éprouvé et
goûté à tout
ce qui s'est produit lors de sa propre conception.
Il l'a même voulue, préméditée,
demandée, organisée et « faite »...
Il sait donc qu'il était hautement
désiré. ..."
- "Je sais bien qu'il était un peu à
prévoir qu'avec des mutants dans le décor,
il allait se produire toutes sortes de choses
étranges,
mais ça, j'avoue que je ne m'y attendais pas! ...
Mais en fait, si je comprends bien, c'est toi, Paul,
Claudine, Emmanuelle et René que ça concerne vraiment?"
- "C'est vrai Paule, Jean a raison.
Moi-aussi, je me doutais qu'il devait se passer quelque
chose de spécial,
mais je n'arrivais pas à savoir quoi exactement.
Même Emmanuelle me semblait souvent moins
communicative que d'habitude.
Et puis parfois, par moments,, c'était comme le
contraire:
j'avais l'impression qu'elle nous aimait quasiment trop
fort, Paul et moi. ...
Mais pourquoi dis-tu que tu trouves aussi important que
Christiane, Jean et Judy soient là eux aussi?
Les premiers concernés par les incidents
imprévus découlant de cette histoire
de relation un peu... contre nature, si je peux m'exprimer
ainsi...
ce sont bien sûr nous les parents des petits «
mutants », non?
- "Dans un sens: oui. Mais il y a plus...
... D'abord, disons qu'en ce qui concerne
l'éducation sexuelle « technique »
de René et d'Emmanuelle, c'est déjà
fait... OK Paul; OK Claudine. ...
Bien sûr, il sont un peu jeunes pour ça me
direz-vous, mais que voulez-vous, c'est la vie!
Nous, on a pas le choix: il faut bien vivre avec! ... ...
Mais, c'est pas tout... ...
Nos merveilleux enfants jouent souvent tous ensemble,
n'est-ce pas?
... Dans le « camp des enfants » par exemple.
...
Et bien, au cours d'une de leurs rencontres du matin,
- « pendant que les parents dorment », qu'ils
appellent ça -,
figurez-vous qu'ils ont commencé à se poser
mutuellement les questions normales
que tous les enfants se posent concernant l'origine des
bébés,
les raisons des différences entre les hommes et les
femmes, etc... La sexualité en un mot! ...
... Je n'entrerez pas dans les détails sur ce qui
ce serait passé à ce moment-là;
René m'a fait confiance en me confiant ses secrets
et... je ne voudrais gêner personne. ...
Toujours est-il que pour tous les enfants qui
étaient là ce jour-là,
Emmanuelle et René bien-sûr, mais aussi
Marie-Elfe, Susie-Janique et Gustave, ...
et bien l'éducation sexuelle « technique
» est faite! ...
... Oui c'est ça: une grande projection en «
toucher-scope » spécial! ...
... Oui, mais apparemment ça ne se serait pas
limité à ça... ... Non, désolée...
... Pour le moment, ça fait partie des secrets que
m'a confiés René, mais je
pense qu'un jour les enfants décideront
individuellement de s'en ouvrir. ...
C'est triste, mais ça j'ai bien promis à
René de le garder pour moi."
...
- "Je disais donc que l'éducation sexuelle
«technique » est à peu près faite, OK,
mais il y a beaucoup plus que la simple technique à
considérer dans les rapports homme-femme!
Je crois que, même si les souvenirs d'Emmanuelle
sont encore assez clairs,
à en juger par la... qualité de ce qu'elle
avait pu transmettre via mon relais René,
il y aurait tout de même un peu plus de
matière à ajouter.
Même s'il participait déjà de celui de
Claudine, de Paul ou même un peu du mien,
l'esprit d'Emmanuelle était encore un peu jeune
pour tout comprendre! ...
Après tout le coeur et l'esprit des êtres
humains, c'est pas simple!
Ça évolue dans le temps avec
l'expérience de la vie! ...
C'est ça: au delà de la simple technique,
rien n'est vraiment « simple » justement!
Ni simple, ni enfantin! ... Je vous suggère donc
d'y penser un peu.
..."
"Ça s'adresse donc à tout le monde ici:
Claudine, Paul
et vous-autres aussi sinon « surtout » vous
autres, je pense: Jean, Christiane et Judy. ...
Oui vos enfants auraient besoin que vous les accompagniez
dans leur cheminement.
Il n'est probablement pas souhaitable que vous leur disiez
que vous savez spécifiquement tout ce que je viens
de vous dire
et que vous les cuisiniez, d'autorité, pour en
connaitre précisément tous les détails,
mais je pense que vous devriez chercher à ouvrir
un canal de communication avec eux à ce sujet. ...
... Non, en fait leur dire vous-mêmes que vous
savez, à dire vrai ,
je pense que cela n'a probablement pas vraiment
d'importance de toutes façons;
comme « les mutants » sont au courant, ils
savent tous très bien que,
tôt ou tard, leurs parents vont savoir tout ce qui
s'est passé
et je suis persuadée qu'ils peuvent prévoir
un peu la suite... ... En détails. ... Non ...
Ce qu'ils ont senti et ressenti en « toucher-scope
» ne semble pas les avoir traumatisés outre-mesure. ...
Si j'en juge par ce que René m'a communiqué
à ce sujet là,
ils seraient tous plutôt impatients de devenir des
adultes! ...
D'après René, à part sa gêne
des derniers jours à mon endroit et envers son père et
Béatrice,
depuis cette expérience,
il aurait perdu toute angoisse à propos de sa
propre libido naissante,
ou plutôt ce que j'appellerais sa soif de sensations
fortes, qu'ils comprend mieux à présent. ...
Apparemment, selon lui, il en serait à peu
près de même pour les autres enfants du groupe. ...
Avec les souvenirs qu'ils partagent maintenant entre eux
et avec nous,
moi en tous cas je comprends très bien pourquoi!"
- "Paule, tu veux dire que par toucher-scope
interposé,
mon petit Gustave serait déjà informé
concernant les buts, la fonction et les raisons de la
sexualité?
C'est ça?"
- "Oui, c'est bien ça. En fait, ton fils Gustave,
aussi petit soit-il,
connaît non seulement les buts et les raisons de la
sexualité comme tu dis,
mais encore parmi ses souvenirs, il en garde un pour un
événement qu'il
se trouve à avoir vécu par procuration; via
les souvenirs d'Emmanuelle.
Il se rappelle, comme s'il l'avait vécu
lui-même, d'avoir fait l'amour avec moi, Claudine et Paul.
Tu vois le tableau! ..."
"Tu t'en es sans doute déjà aperçu:
mais je pense qu'il m'aime bien.
Mais je t'avoue que ça me met quant à moi
parfois dans une drôle de situation!
Tiens, par exemple l'autre jour quand tous les enfants,
ados y compris,
s'amusaient à essayer de me faire boire une grande
tasse dans la rivière, tu t'en souviens? ...
Et bien ma chère amie Judy, j'aimerais t'informer,
sans qu'il faille prendre ça trop au sérieux
bien-sûr, mais tout de même... que
ton petit Gustave n'était pas tout à fait
dans le même état que d'habitude pendant ce jeu
là." ...
"Tu te souviens qu'il avait réussi à deux
reprises à s'agripper après moi? ...
Et bien, je ne te dis pas ça pour me plaindre ou
récriminer de quelque façon que ce soit,
mais les deux fois,
j'ai senti clairement que le petit cavalier qui essayait
de se coller sur moi, et bien...
je sentais qu'il était en train de bander... assez
pour qu'à un moment donné,
je sente clairement qu'il était soudain «
apparu » un objet chaud et contondant
qui s'insinuait entre nous...
Même que, tu te souviens de son deuxième
assaut,? ...
Tu as probablement remarqué qu'à un moment
donné,
il s'est retrouvé avec le museau entre mes deux
seins?...
C'était très drôle et ça a fait
rire tout le monde, moi y compris! ...
Et bien ce coup là, il m'étreignait par la
taille.
Pour tenir « en selle », il s'était donc
plaqué sur mon abdomen et son pelvis était collé
sur mes cuisses.
Il avait les jambes entortillées autour de l'une
des miennes. Tu te rappelles?
Et bien, à ce moment là, étroitement
collé sur ma cuisse,
j'ai très bien senti son petit pénis devenir
vite totalement en érection!
Je n'ai rien dit sur le coup parce que je ne pensait pas
que ce soit
grave d'aucune manière, rassure-toi, Judy.
Je n'étais pas au courant encore de
l'expérrience auquelle il avait participé peu de temps
avant.
Pour moi, dans un sens c'était même un peu
flatteur pour l'ego..."
"À dire vrai, je trouvais surtout ça
très drôle, mais aujourd'hui, compte tenu de ce que
René m'a dit, je réalise qu'il va falloir
commencer à être un peu plus conscients que,
bien-sûr nos enfants sont des
amours et des êtres très particuliers qui
nous aiment beaucoup - espérons-nous -, mais ils sont avant
tout des êtres humains! Ils ne sont vraiment pas de
purs esprits et il est certain que nos « charmes
» physiques peuvent présenter
pour eux un attrait certain et une importance très
spéciale.
Je ne veux pas faire de référence ici
à des histoires genre complexe d'Oedipe ou Electre ou tutti
quanti!
Mais qui nous sommes, consciemment ou non, et comment nous
l'assumons, peut très bien les troubler,
parfois même profondément,
tout comme nos divers soucis psychologiques ou moraux
d'ailleurs et ce, quel que
soit leur âge ou même leur sexe semble-t-il...
mais ça c'est une autre histoire."
"C'est pourquoi, je pensais qu'il était
particulièrement
important pour les parents de la terre de s'informer
mutuellement.
Surtout maintenant, d'après René. ... Qu'en
pensez-vous?"
...
"Je pense que tu as raison Paule, mais en ce qui me
concerne,
j'ai toujours su que mes enfants étaient des
êtres sexués.
Il n'avait pas encore trois ans que Gustave finissait
régulièrement par être bandé
quand je l'aidais à pendre son bain, pour lui laver
le dos ou les cheveux par exemple!
Je pense que tout comme ils peuvent déjà
ressentir n'importe quel sentiment humain « ordinaire »,
aussi élevé ou bas qu'on voudra,
ils n'en sont pas moins tout à fait capables de
désir physique autant que d'amour sublime!
Ici sur votre Terre, je pense qu'il peut sembler normal
que nos enfants connaissent un éveil à la
sexualité peut-être plus rapide qu'ailleurs,
mais, si tu veux mon avis,
j'aime beaucoup mieux que Gustave et Susie-Janique
découvrent la sexualité
en voyant des adultes sains et biens dans leurs corps, que
de les voir obligés
de faire leur apprentissage à partir des messages
super-sexualisés de notre société:
il ne se passe pas une semaine sans qu'on voit un couple
faire
l'amour dans un simple télé-roman
placé à une heure de grande écoute!
Bien- sûr, c'est généralement fait de
façon assez propre, on évite en général
de
montrer les organes génitaux proprement dits, mais
on comprend facilement ce qui se passe!
Mais dans le cas des enfants-spectateurs, pour qui tout
est là sans l'être vraiment,
il restera toujours une grande zone sombre sur laquelle
leur imagination va devoir travailler et extrapoler! ...
Pourquoi voudrais-je qu'ils soient initiés comme
ça et par leurs extrapolations malhabiles ou les
élucubrations,
peut-être fort fantaisistes et plus ou moins tordues
des copains
et copines de leur âge ou à peu
près?!"
"Quant à toi, ma chère Paule, j'imagine que
tu es
consciente que tu es très... séduisante et
je comprends très bien que mon
petit Gustave fantasme sur toi!
Physiquement tu es vraiment très belle et je suis
persuadée que de toutes façons côté
fantasmes,
il n'est vraiment pas le seul à s'en être
faits à ton sujet... je t'avoue que même moi ça a
pu m'arriver!
Pourtant je n'ai vraiment aucune tendance homosexuelle
naturelle; ce qui ne
m'empêche pas d'être sensible à la
grande beauté même chez une femme, la tienne par
exemple...
Je pense qu'il s'agit alors bien plus d'un
mécanisme
d'identification qui joue plutôt qu'un simple
fantasme ordinaire de possession. ...
Bien sûr, normalement mes fantasmes «
ordinaires » sont plutôt dirigés
vers les beaux mâles et je sais, pour en avoir
déjà parlé avec elle, qu'il en est
de même pour Susie-Janique.
Dans son cas, même si elle reconnaît elle
aussi
ne pas être insensible à tes charmes Paule,
elle me dit qu'ils seraient plutôt
dirigés d'abord vers toi Paul - hé oui - ou
alors vers Carlos...
J'avoue que je la comprends, puisque mes propres penchants
seraient un peu semblables,
mais dans l'ordre inverse en ce qui concerne mon homme
idéal.."
- "C'est une histoire à suivre donc. On s'en
reparle au
besoin."
<> POINT DE CONVERGENCE
- "Quelles autos on prend?"
- "Les deux familiales, ça devrait suffire, elles
ont toutes les deux trois sièges..."
Dans le premier véhicule, prennent place Ooktuk,
Shinnuk, Carlos, Paul, Denise plus Raymond qui est au
volant.
Dans le second, on trouve Claudine, Paule, Emmanuelle,
René, Simeone et Jean qui conduit.
Autant dans le premier véhicule, la conversation
est focalisée, calme et tellement posée
que ses locuteurs ne brisent le silence qu'avec une sorte
de retenue manifeste,
dans le second elle est multiple, échevelée
et primessautière.
Il fait encore noir, l'aube et les premières lueurs
du jour devraient arriver dans un peu plus d'une heure environ
et les phares des automobiles trouent la nuit sans lune
jusqu'à la résidence de Will Left-Tenant
dans les limites de la réserve une demi-heure plus
tard.
Il s'agit d'une maison construite en pièces de pin
supperposées,
entées et assemblées selon la méthode
nordique.
À vol d'oiseau, elle est située à
proximité de la route,
mais les automobiles doivent tout de même emprunter
un petit chemin détourné long et sinueux
pour monter jusqu'au niveau où l'on accède
à la porte d'entrée.
Quand les voitures s'immobilisent enfin devant le porche,
deux personnes les y attendent déjà.
La première, est un homme souriant d'âge mur,
en mocassins finement perlés et vêtu
simplement d'un pantalon de cuir
d'orignal et d'une veste du même matériel aux
coutures frangées
et ornée elle-aussi de fins motifs de couleurs
faits avec des perles et des épines de porc-épic.
La seconde est une jeune fille d'une vingtaine
d'années à peine;
elle porte un costume traditionnel également et
celui-ci est lui-aussi bien décoré avec des motifs
perlés.
Tandis que l'homme s'avance vers la première
voiture pour en accueillir les occupants,
la jeune femme se porte à la rencontre de ceux de
la seconde.
- "«Kwé Nanibush!» Hello mister Paul!
Please I wellcome you in my modest home,
you and your guests, specialy the two respected
«mashkikwanabé»
- « the chamans », traduisit la jeune algonquine
-
and the «widjikakaän anishnabé»
- « the indian cousin », ajouta la jeune femme -
from the south who travelled from so far away to come here
in my «migiwam»,
but also every «ikwé» , «onini»
and «adénòdjish» that
came with you
- « he wellcomes in his house every other man, women
and child », compléta l'hôtesse -."
"You're right on time! If you don't mind,
I think we should get started right away to climb on the
hill behind my house.
There is a flat rock plateau over there and I have built a
« Medecine Wheel » on top of it.
It's right besides what we call «Mégézi
wash», or the Eagle's Rest in your words.
«Ossia» is passing fast!
- He means « Dawn » ! , souffle la belle
indienne - .
That's the proper place to be to greet our brother the sun
when he comes out.
It's a wonderfull place of power and energy for those who
need it to Feel and See.
Around sunrise is the proper time to do so; at the
close-by Eagle's rest,
there is also a excellent viewing point that provides a
marvellous
view on the valley around for those who will simply attend
the vision seeking
without « seeing » themselves. «Nogoum kid
êjawin wébitts!»
- « Now lets go there quick! », ajoute sa
traductrice -
We will do the presentations on the way up."
- "Hello Wlilly! Wise man, OK, you're the leader; go
ahead, you lead and we follow you."
" Vous avez compris tout le monde? ...
Monsieur Will Left-Tenant veut nous amener sur la petite
colline là-bas avant que le soleil ne se lève.
Les premières lueurs de l'aube commencent à
poindre: ça devrait
nous permettre d'y voir assez clair pour suivre la piste
sans se casser le cou.
... Ça va? ... Tout le monde est prêt? ...
Bien."
"OK Will, we're ready whenever you want. ...
Let's go then!"
"Ok, on y va. Suivez- nous tous et essayons de ne perdre
personne!"
Dirigé par leur hôte, le groupe se met tout
de suite en
marche, à la file indienne vers le lieu de pouvoir.
Will mène la caravane, il est
immédiatement suivi par Ooktuk et Shinnuk; puis
viennent successivement Paul,
Carlos, Denise, Jean, Raymond, Paule, René,
Emmanuelle, Claudine et Simeone;
Loreena Blueheron, la jeune algonqine nièce de Will
ferme la marche. Tout au long
du parcours, les marcheurs font de petites pauses de
quelques secondes
lorsque le sentier s'élargit pour compléter
les présentations et échanger des poignées de
mains. Un peu moins de trente minutes plus tard, ils
débouchent enfin sur un large
plateau au centre duquel s'élève une
espèce de promontoire rocheux. Il est ceinturé
par une couronne de très grands pins blancs bien
droits. Immenses et sans âge,
ceux-ci voilent en partie le premier palier du
promontoire. Constitué en fait par un
immense rocher monolithique, ce petit plateau parfaitement
circulaire n'a qu'une
demie-douzaine de mètres de diamètre et tout
son pourtour est semé de grosses
roches disposées régulièrement comme
les chiffres autour du cadran d'une
horloge. C'est là que Will a construit sa Medecine
Wheel.
Le sentier par lequel on y accède continue quant
à lui et biffurque un peu vers la droite pour monter
jusqu'au deuxième palier, essentiellement
constitué par un énorme monolithe,
lui- aussi de quelques mètres de diamètre
à peine; il surblombe le lieu de pouvoir de
plusieurs mètres, soit juste assez en fait pour que
son sommet arrive pratiquement
au niveau du faîte de la ceinture de pins blancs.
C'est le lieu-dit du Eagle's Rest et
de là le regard peut parcourir toute la
vallée autour et porter jusqu'à des dizaines de
Kilomètres par temps clair.
Les gens de la vision entrent dans le lieu de pouvoir,
tandis que les autres continuent leur montée
à la suite de Loreena pour pouvoir
goûter au point de vue imprenable du "eagle's Rest".
Lorsque la petite caravane y parvient enfin,
c'est encore l'heure entre loup et chien:
les dernières étoiles vont disparaître
très bientôt,
il fait presque jour, le ciel commence déjà
à être plus bleu que noir,
le soleil va se lever dans quelques instants à
peine
et la vallée est encore totalement baignée
dans une mer de brume
qui la recouvre pratiquement jusqu'au niveau dela medecine
wheel.
Du Eagle's Rest, on a maintenant l'impression d'être
assis sur un petit îlot au centre
d'une mer de ouatte d'oû émergent ça
et là au loin les sommets des contreforts de la vallée
comme autant d'autres petites îles isolées.
Aussitôt que tout le monde est rendu au niveau du
premier plateau,
Will invite individuellement chacun de ceux qui sont venus
pour participer
avec lui à une vision à
pénétrer dans sa medecine wheel et il demande à
chacun
de "voir" quelle sera sa place, puis il s'installe
lui-même finalement au centre du
cercle oû il s'assied sur le sol et commence
à réciter une invocation au soleil en algonquin;
simmultannément, il prépare un petit bouquet
avec quelques tresses
d'herbes sèches tirées d'un petit sac
attaché à sa ceinture;
il allume ensuite le tout pour purifier l'air.
Assis côte à côte, Ooktuk et Shinnuk
font de grands mouvement d'appel
très, très lents avec leurs bras, comme pour
s'asperger de fumée purifiante.
Pendant ce temps-là, Loreena réunit autour
d'elle les
autres membres de la caravane qui sont venus bien plus
pour assister à
l'événement en simple spectateurs que pour y
participer comme tel.
Elle les guide ensuite vers le Eagle's Rest où ils
trouveront amplement matière à observer,
qu'il s'agisse du cercle de leurs compagnons restés
au niveau de la medecine wheel ou
du paysage féérique tout autour.
Debout face au lieu de pouvoir , tendant devant elle un
dream catcher dans la main gauche,
de la droite elle tient Emmanuelle par la main, qui tient
celle de Claudine, qui tient...
et la chaîne continue jusqu'à
Smeone, en passant par René, Paule, Raymond.
Elle chantonne une mélopée Algonquine,
tandis qu'elle marque le pas en dansant sur place.
Après quelques minutes, elle place le dream catcher
dans
la main d'Emmanuelle et elle enveloppe cette mennotte avec
ses propes mains et
dansant à reculons, elle tire la chaîne
humaine et lui fait faire un grand tour complet
autour du Eagle's Rest. Quand le groupe s'arrête
finalement, Emmanuelle s'assied
entre Loreena et Claudine et toutes trois participent des
mêmes pensées, des
mêmes sensations et des mêmes émotions
puisque le toucher total de l'enfant les
fond dans le même creuset. Le petit Dream Catcher
n'aura jamais été aussi
fermement tenu: minuscule et tout en finesse, celui-ci
s'élève au dessus des deux
petites mennottes d'Emmanuelle, qui sont elles-mêmes
maintenant tenues par
Loreena et Claudine qui l'encadrent et participent du
plaisir gourmand et curieux qui
émane d'Emmanuelle lorsque le petit dream catcher
commence à intercepter au
passage des images qui émergent du cercle des
rêveurs quelques mètres plus
bas et que le vent éparpille par-ci, par là.
La jeune indienne est extrèmement surprise par
la qualité, la clarté, l'intensité et
le nombre des images, sons et émotions du monde onirique des
rêveurs
que son petit dream catcher peur arriver à attraper
à cause de sa sensibilité qui s'est accrue de
façon exponentielle
grâce à sa symbiose avec Claudine et surtout
Emmanuelle, dont la sensibilité quant à elle
s'est déjà exercée à
communiquer avec quelques intelligences et sensibilités non-
humaines très subtiles.
Aussi, réussissent-elles maintenant remarquablement
bien
à communiquer avec l'intangible onirique et le
virtuel grâce à l'étrange petit
instrument de Loreena. Elle deviennent les spectatrices
voyeuses des images
mentales des rêveurs qui leur parviennent avec les
petites risées du matin.
Lorsque le soleil se lève enfin à l'horizon
et qu'il illumine la surface de la mer de brume,
chacun est bien rendu à l'endroit qui lui convient
et
peut pleinement profiter du spectacle inoubliable qui
s'offre à lui.
À ce moment-là, dès que les premiers
rayons du soleil
commencent à émerger du tapis de brume qui
recouvre toujours le sol,
Will s'est levé debout et, le corps
légèrement penché vers l'avant,
il prononce encore quelque mots à voix basse, puis
se rassied finalement et ferme les yeux.
Il reste immobile en silence pendant de longues minutes.
Puis il pose la paume de sa main gauche sur le sol devant
lui
et lui superpose sa main droite mais la paume
tournée vers le ciel.
Il invite alors ses compagnons à venir le rejoindre
et s'assoir tout près autour de lui.
Ils doivent ensuite poser leur propre main gauche sur la
sienne et il
appelle son Allié pour susciter en lui
l'Acuité profonde.
Il incite ses compagnond à ouvrir leur
sensibilité au tissu des rides de l'énergie de
l'univers.
- "OK, I will try to speak with english words all the time
from now on, so you will be able to understand me, because
my niece is not
here anymore to translate... First, I suggest that we
should try to identifie and
pursue the goal that our world had to make us meet all
here today. Afterwards,
if some of you still have personnal questions of
individual interest, only then
should we try to answer them after the deep meaning of
this dreaming
session has been fullfilled. ... Every one agrees?...
Perfect. ..."
"... Now, please close your eyes and try to feel the
network of energy strings that penetrates you. ... ... Ok,
now open your
spiritual eyes and try to identify your « Point of
convergence », that is the
exact place in your energy bubble where all the energy
lines of the universe
affecting your reality converge. It might be located
inside your own body or
outside of it. ... For most peoples, it's at arm's lenght,
just behind their actual
body, on the left side. ... When we will have all located
our Points of
convergence, we will try to move them further out, right
where you « saw »
your place was on your arrival. ... Our global energy
field should then be
irradiating around us and allow us to surf on the sea of
spiritual reality. ... We
will then become able to be nearly anywhere we want, be it
in this world or
any other; today, yesterday, tomorrow or whenever we want.
... Yes Ooktuk,
thank you... yes Shinnuk, you're right. ... OK ... please
do so ... The inuit
shamans know what are the problems and perils associated
with the act of
travelling in the spiritual world and they will help me. I
will be the driver and
they will make sure that we always keep our «
coherence » which we must
never lose, if we don't want to be trapped out of this
reality. ... I understand
that most of you do not see energy fields yet, so I pray
you my very dear
friend Paul, « Nanibush », with your floating
Point of convergence in your « sponge of energy »
with no definite shape at all: please assist me so that I
can
help each of you to really attain the « deep
acuteness » state required to
locate your « Point of convergence » , prior to
the moment where we can all
begin to « see » and « feel » together
even if a very few of you have ever
received any training for that. ..."
"... From now on, I will be the verb of our wills and I
shall speak the words which have to be spoken to address
the intermediate
agents of the spiritual reality like the « Dream
Messenger » and all the
dream beings. ... Please listen to the words I say and let
yourself be
penetrated by them, it will protect you from being
spiritually wounded by
hasardous thoughts or lured into staying in the tunnels of
inorganic life,
because the spiritual world is crowded with artfull «
Beings of Shadow » like
the « inorganic beings », always to eager to
trap the visitors from our world
and tap forever their life energy. ... ..."
"... Good, now I feel you and you feel me with the help
of Nanibush - Paul -; you now can see through my eyes the
same way I see
through yours. Or can't-you?... « miguech » ...
We each should outreach for a total interpersonnal
communication and osmosis through mind merging,
thus attaining the possibilty to vibrate wih tremendous
amplitudes at any
frequency and even with any variation in the frequency
phase. ...
"....Of course, I am not trying to pretend that my way of
interpreting the energy feedbacks
« visualy » is the only way there is,
I just know that it's the thing « for me to do for
you » ... ...
I simply know that it' s the right way for a warrior to be
when he is in my world and vicinity, that's all.
... Well, that's what I call the « warrior's way
». Reality is basically a predator
and one must always act as a warrior to cope with this
predatorship of the worlds. ...
OK. ... You should be able to « see » through my
sixth sense by now then. ...
Yes? ... OK. So now I know you see the energy fields;
yours and the others' too... well,
because they're obvious to me when I look at myself,
when I look at you. ... ... No, I do not see that, or
did-I?... Or do you? ... ... Yeah,
this is great indeed! But I would like you to realise that
this is a faculty for
which I had to struggle for years with the help of my own
spiritual master
before aquiring it! Again, you are « seing » and
« feeling » the energy fields
and energy lines mostly through my own sixth sense. ...
Yes, Through
Ooktuk's and Sinnuk's too it seems. ... Good. ..."
"... If you want to, anyone of you can train himself to be
able to see it by himself alone after this spiritual
session, but it will certainly
require some work on your behalf before you succeed to do
so as well as
today! ... Yes, if ever you decide to do so, fine, you
should certainly try to find
a guide for that; someone you trust totally, because to be
able to reach this
state of deep acuteness, one must first accept to bare
himself completely, to
leave all of the superfluous parts of his personality and
this is a big challenge,
believe me! ... Well, leaving parts of oneself requires
truth. ... Truth and
presence. An acute presence. ... Your guide must also
be... a « Person of
Power » himself, having developped enough his own
personal energy in order
to be able to give you some energy at the beginning of
your apprenticeship to
start the movement of the spinning wheel. ... Well... all
of this is because to
reach the point where one is deeply acute and capable
of... « Feeling » the
energy oneself alone, capable of « seeing » it's
fields and strains, along with
the shaman's organic or non organic... « Ally »
, one must absolutely raise his
own personnal energy level and frequency. ... ... No there
is no other way that I know of! ... ..."
"... Ha! I can see that our friend the indian «
kinsman » from the south does'nt have an ordinary energy field:
it is shapped like a high vertical tube rather than a
bubble or an egg. ...
It's very rare here in the north!
My own spiritual guide was the only person I ever knew
whose energy
field could take that shape and keep it « naturally
» ! He told me that giving
such a shape to one's energy field could be a great source
of power by taping
some of the energy of the stars. He told me that his own
master was doing
that frequently like all the ancestral men of power used
to do. By shaping their
energy field this way, they found that it made easier for
them to project their
point of convergence up into the high scale energy world
of the stars or to
simply feel the deep and slow movements in the bowells of
mother earth by
projecting their point of convergence downwards. ... ...
Yes, these ancestral
men of power were very powerfull indeed, but unfortunatly
they had a very
crude heart and they all disapeared in the end because of
this sheer lack of
humanity. ... ... Well they were lured by non-organic
beings of shadow using
the travellers' own greed for power and long life time as
an irresistible bait. ...
My spiritual master told me that they became prisonners of
these worlds
they were reaching though the displacements of their
Points of convergence.
... But in today's world, the men of power are more
cautious and they are
simply concerned with living in the right being style to
be the right energy,
in the right place, at the right time and all of this...
well... the right way... ...
This is what we call the « Warrior's Way » ....
The world is full of allies all right,
but it's also quite well provided with predators. ... In
the end, our every day
world is the same as the others: it's just a fragile
equilibrium of predators
mutually composing and defining this world through a
conscensus that best
serves them... Or, a bit more crudally said: you must
always see the world you
live in as being itself a true « predator » of
the minds that define it and give
it « coherence » , ... well, it's simply because
our definition of it though the
position of our Points of convergence is precisely what
makes it the way it is,
giving it it's own reality; so it's absolutly essential
for It, if It still has to keep being itself.
That's all! ... ... For us, the world is as it is, simply
because we've
been trained in putting our convergence points were we put
them and through
our conscensus we are thus allowing It to exist the way we
see It. Your world,
needs to make you beleive that it's really just like you
see it, that you, yourself,
are a mere part of it, that it is him that determines who
and what you are rather
than the contrary, that you are where you are and so
forth... To simply keep
existing like it does, it must always keep luring you ...
... To acheive that ...
well ... it will always pretend that it is the only real
reality there is. Is'nt-it?..."
" ... What kind of value is left to dreams today? ... A
mere curiosity yes, that's all! ... ... Oh, every world
will tend to do the same,
you know! ... Yes there are lots of them! ... No, I
certainly don't know them all,
many of them are too... risky for me, because they are
over-artfull in their way
of making one renounce to his liberty in exchange for
anything one secretly
desires, consciouly or unconsciously. ... Whereas, if the
warrior is impeccable
and stays free, he can travel between worlds and thus
always remain true as
to the meaning of his own existence. ... « To be
impeccable » that's the
essence of the way of the warrior. ... A man of power
himself is always the
incarnation of a meaning, and the conscience of this
meaning is the essence
of his own reality. ... So today, we must merge our
meanings towards one aim,
one deed... I am now starting to voice one aloud: ... lets
push all your personal
points of convergence towards your own places and merge
our energy fields
in the shape of a radiating sun. ... good ..."
"... Now I invite our friend from the south to forget the
place in my medecine wheel that he "saw" as his, earlier,
... anyway I see that
you have not seen it for sure, ... Carlos, please forget
where your own place
seemed to be if it was close to the ground and try instead
to send your Point
of convergence in this direction: - _ - up, up, as far as
you can. I will help you
to focus and use our lines of energy and push it far away.
Up, up, up! «Ot
wakwi» ... euh sorry, I mean: « to the sky!
»... With the help of our friends the
inuit shamans we will be able to keep our coherence and
avoid being trapped
in other worlds. ... This way, and with the help of my own
non-organic ally,
everybody's energy and will, plus the ambiant energy of
this place of power,
we should reach to the stars and come back. ..."
"... I « see » clearly that this task is
brobably the
meaning of our all being here now today. It's even the
only « real » one in
fact... ... Well, that's exactly what I have been
foreseing in most of my «
bawadjigan »... euh, « dreaming sessions »
earlier this year. ... I could'nt « see
» precisely when, but I knew you were to come and I
was eager to meet you,
my friends. ... Since the first time I met Paul, a few
years ago, I « saw » him as
« Nanibush » - ... « the Trickster »,
that is. - I saw that there was something
very special carved into his future but, whenever I came
back from the «
manitouwin timiw matawin »... euh... « the deep
acuteness state » reached in
my dreaming session, I had always forgotten what it was
exactly, as though
the dream messenger and the non-organic Ally that guided
me into those «
acute dreams » where being modest or shy about him. I
don't know wether it's
because they were still wishing to lure me into staying
into their world and
they then feared the power of the appeal for me of a
meeting to come with
such a special person in my everyday world; unless they
were just telling me
so little because they really felt good about such an
event and they were
doing so in order to tease me and arouse my curiousity
about that! ... I'll never
know... ... Well, non-organic allys are unable to lie
indeed, but they know all
sorts of other ways to fool you, that's for sure!"
" ... Oh! Speaking of my « Ally » made him come
at last. ... « Kwé nianjénim 1. ...
Niganadjimowin2? Mino3 . » ... My « ally »
is here with us now and he tells me he sees in the future
that it's a good idea to
beam love and energy up to the stars. See him? Hear
him?... « Animowit
wakwi? 4. Pipagamanwit wanagoush 5» He tells me that
today we will be
sending a call away in the universe at the sky's beings.
... « Widjiwagan? 6»
He says it must really be a call of true love, if that's
the kind of feeling we wish
to eventually get back in return. ... It seems that there
is someone of power up there
that has already beamed us a message in the past. ... A
message that
should have triggered a deep change in our way of being
together. ... A total
interpreter? ... Yes. ... OK, thank you. ... OK. ... ...
Now, can we do it, my
friends? ... Perfect. ... ... Is-that so? ... «
Agashisha? Kiniki 7. ... Abénòdish 8? Oma 9?
Nogoum 10? ... Adijé 11 ... Kawin 12. Kawin wasek
13... ...
Pimitch 14Mino 15». He also sees that the one who
will be the « total
interpreter » that will greet them when they come to
meet us on mother hearth
so that we can all « feel and see » together,
that one, says-he, is born but he
is not here, a member of our seeing group now... but he is
already born, still
young and living some where close by on the surface of
this planet. ... By the
way, this interpreter's special faculty is a consequence
of the communication
beam that stroke our planet years ago,... So, aparently,
some where out there,
there are some beings that have already started to try
contacting us. We
should have started to see signs of these calls and we
will keep seing more
and more. ... ... Yes Ooktuk. Yes Shinnuk, that is
probably the meaning of the
strange omens you've been seing lately. ... ... Our world
is reaching a turning
point. ..."
"... Then if we succeed in sending up this call of true
love, we should thus be making a first step in order to
allow our world and
mankind to breath in with a Knowledge that overlooks time
and space ... ...
Are we all ready? ... ... ... Perfect. ..."
(...) (...) (...)
"... Miguech anjénim 16. Miguech matawashkawini 17.
... Thank you all..."
(...) (...)
"OK. Now that we have done what had to be done and
that the questions of the « mashkikinabég
» 18 from the « kiwétinok » 19 has
been answered, it's your turn «n' widia » 20
from
« jawanok » 21 ! « Pijan n'widia 22 »
... « Kotak êjawok 23 ».OK my friend, now
you and I will go into a deeply acute « bawadjigan
» 24 and « see » what has
to be seen of « ki niganadjimowinwag » 25 ..."
(...) (...) (...)
<> MÉDECINES PRIMITIVE ET
CIVILISÉE
- " Hello. Well... Yes, may-I speak with mister Vulvin
please? ... Yes. ... Yes ... No ... It's Paul. ... Paul
Tardif. ... T - A - R - D - I - F,
Paul Tardif, the most «touching» person he
knows. ... Yes ... No ... Tell him
simply that mister Paul Tardif would like to speak to him.
... Yes. OK to the
secretary of state? OK then be it, he will know what to
do. ... Ok, thank you. ...
Then ask them to call me back as soon as mister Volvin
gets a minute. ... And,
by the way, if misses Mary Vulvin is around, would you
inform her also that...
I would like to have news about... well, the Ali
Képhir affair. ... She knows ...
Yes, my home phone number in the country at Jean
St-Pierre's house. ... Jean
St-Pierre. .... J -E - A - N ... John Saint-Peter in
french, if you prefer! ... Yes,
seems right. ... No... Yes, they have it. ... Yes, that's
it. ... Indeed, I'll be waiting
for their call. ... Yes. ... Ok, thank you. Bye."
- " « May-I speak with mister Bill Vulvin please?
»
Hé bien dis donc mon gros, il me semble que t'es
pas mal gonflé:
essayer de causer au président des
États-Unis comme ça!
« Tell him to call me back as soon as he gets a
minute! »,
tu charries un peu non. « and tell Mary Vulvin to
give me a call. »
Why not, c...? Tu crois vraiment qu'il vont rappeler."
- "Bien sûr. S'il ne rappellent pas eux-mêmes,
je suis
persuadé que quelqu'un de bien informé
devrait s'en charger avant le coucher
du soleil, selon mes estimations..."
- "Avant le coucher du soleil, mais c'est dans une heure
à peine ça!
Encore plus siphonné que je pensais! ...
Il est toujours comme ça notre ex-patient,
Claudine.
Plus très patient si tu veux mon avis! ...
Mais au fait, Paul, pourquoi tu veux parler au
président des États-Unis? ...
Hé bien, il s'en passe des choses autour de vous
quand je ne suis pas là! ...
Allons, racontez-moi tout mes cocos
préférés, vous n'avez pas fini de
m'étonner je crois! ...
Allez... je meurs de curiosité!"
Avant que Paul, Claudine ou un autre protagoniste de
« l'affaire Ali Kephir » n'aie le temps de
répondre, la sonnerie du téléphone retentit et
fige tout le monde.
Le deuxième coup n'a pas encore eu le temps de se
faire
entendre que déjà Paule a tendu le bras et
soulevé le combiné.
- "Allô. Oh, yes... yes. ... Mister Paul Tardif? ...
Sure,
one moment please. Paul, c'est pour toi."
- "Hello. ... Oh hello again, yes, how is the dearest of
all
the first ladies on heath ? ... Great! ... Yes, it's the
same for me. ... indeed. ... ...
Well I wanted to have some news
about how you and the White House decided to react to what
you've learned.
... Who?... How? ... ... The Mossad,
yes. ... Is that so? ... ... Good. ... Then? ... ... Yes.
... ... You're right! ... Yes, thank
you. ... OK, yes ... And please give my best regards to
Bill and transmit my
most friendly salutations to all the members of the Agency
that still have a
vague idea about who I am!... ... No! Of course not. ...
It's a jocke! ... Yes ... Ok,
thank you. I'm listening. Go ahead then."
Pendant que s'amorce cette conversation
téléphonique
entre Paul et madame présidente Mary Vulvin,
Claudine et Paule ont commencé à
attirer tous le monde à l'extérieur de la
pièce pour laisser à Paul la possibilité de
concentrer toute son attention sur le contenu de sa
conversation avec Mary Vulvin.
Elle n'est pas aussitôt sortie sur le grand balcon
de la maison, qu'elle a déjà
commencé à décrire à Denise
les prémisses de ce que les gens de la terre ont vu
de la mort du grand Jacques. Tout de suite, cette
dernière est littéralement
suspendue aux lèvres de son amie, car elle se doute
bien que la suite du récit
devrait vraisemblablement être très...
surprenant...
Puis les deux physio thérapeutes passent à
la description
de l'enquête avec les diverses
péripéties avec la suite de la trame du "polar" et du
"film d'action" ,
avec l'information disponible concernant les fins
perverses auxquelles les installations photographiées
par Jacques étaient destinées. Puis vient
l'épisode avec les services secrets et
le périple à la Maison Blanche clôt
enfin le récit du drame Ali Képhyr.
- "Alors, voilà pour l'histoire, au premier
degré."
- "Palpitant! ... mais: au premier degré!?!?
- "Bien oui, je ne t'ai parlé que du premier
degré de
notre histoire... Au second degré, alors
là... ces derniers temps, on a
rencontré des gens extraordinaires et on a
vécu... j'te-dit pas! Tiens, notre
ami Carlos et l'introduction aux arcanes de la
Prophétie des Ombres par exemple.
Il ne t'en pas encore parlé? ... Comme Ooktuk,
Shinnuk, Simeone,
Olivier et Ismaël sont partis sur la rivière
pour une expédition en canot avec lui aujourd'hui,
nul doute que tu vas tout savoir ce soir! Alors je ne t'en
dis
pas plus! ... Ou je pense par exemple à ton
arrivée inopinée avec nos deux ex-héros de
l'indiference
et tes deux chamans inuit et la rencontre avec Will Left-
Tenant, c'est pas rien ça!"
"Mais en plus, au fil de toutes ces "aventures", il s'est
produit une foule de petites avancées dans
l'étude de tout ce qu'implique
l'émergence d'une nouvelle race d'êtres
humains. Une nouvelle race dotée du
toucher intégral comme nos mutants, qu'est-ce que
ça peut changer dans la
toile des relations humaines? Pas mal de choses,
croyez-moi! ... Pour le
moment, Emmanuelle et René ne sont encore que de
jeunes enfants et,
crois-moi, Denise, s'occuper de leur éducation,
passe encore quand ça se déroule
dans un environnement humain assez stable et... sûr,
mais quand ils
commencent à interagir avec un environnement humain
moins « contrôlé » et
plus diversifié, - les enfants du coin, par exemple
- , c'est là que tu vois que
ton « trip » est pas près de finir! Je
n'ose pas imaginer ce qui va se passer
quand ils vont aller à l'école..."
- "J'ai peut-être tord, mais je pense qu'il faut
faire
confiance à leur génie. Avec un merveilleux
trio de parents comme les leurs,
même une « fatalité » comme le
Toucher Total, ça devrait pouvoir se vivre de
façon correcte sinon sereine..."
- "Sans blague?... L'humour c'est un peu facile,
chère
doctoresse! ... Qui t'as besoin de flatter quand tu dis
ça? ... Paul? Claudine?
Pas moi en tout cas! ... Je le sais bien qu'en
décidant d'avoir un enfant et de
l'élever toute seule, « je courrais
après le trouble », comme aurait-dit l'illustre
docteur Gignac... Faire un enfant avec un mutant en plus!
Je savais très bien que ça allait changer ma
vie... mais je ne suis pas certaine que je savais
vraiment jusqu'à quel point ça pouvait le
faire, avec un « toucheur total »... Je
ne te raconte pas ce que ça pu être de le
porter pendant neuf mois! T'as
sûrement aucune idée de ce que ça peut
vouloir dire de porter en soi une
deuxième personnalité en devenir, une
entité qui réagit de façon de plus en
plus autonome et qui t'adresse sans cesse des questions
que tu ne peux
absolument éluder, même si parfois tu
aimerais bien pouvoir le faire! ... Et le
pire c'est que je me suis vite rendu compte que ce
n'était que le
commencement: je n'avais encore rien vu, crois-moi!! Tu
n'a pas l'idée de ce
que j'ai pu ressentir quand mon petit bout d'homme m'a
communiqué
ce qu'il « se souvenait » de sa propre
conception... ... Encore un bambin et avoir déjà
connu non seulement l'amour comme un homme, mais comme une
femme
également, - et pas n'importe quelle: sa propre
mère - , qu'est-ce que ça va
nous donner comme être humain demain, je te le
demande? ... ... Pour ça, ce
bon vieux docteur « Simon Lajoie » et son Oedipe
peuvent bien aller se
rhabiller! ... Oui, « Sigmund Freud », si tu
préfères! ... Non, via les souvenirs
de sa chère grande soeur... Dans sa propre chair,
comme s'il s'était conçu lui- même quoi! ...
Pour l'ego, naître de la cuisse de Jupiter à
côté, c'est de la
rigolade! ... Elle avait déjà une bonne
mémoire, semble-t-il, et puis comme elle
y a elle-même participé, la petite gueuse...
En plus, je pense que tu dois bien
te douter que l'acte de faire l'amour avec un mutant et
son « Toucher Total »,
c'est assez spécial, merci! On s'en rappelle,
ça tu peux me croire!"
"Depuis cette expérience, j'ai rencontré un
homme
merveilleux, avec qui je me sent vraiment très bien
et avec lequel j'ai
développé une relation extraordinaire;
ça fait un «bail » maintenant qu'on se
connait et qu'on se « fréquente », mais
pourtant on ne s'est « connus
bibliquement» que tout récemment... et
crois-moi, ça n'est pas parce que je j'aivais perdu
tout intérêt pour « la chose » ou
parce que Raymond, mon mec, n'avais pas le charme ou
les outils qu'il faut; ça, t'a déjà
pu t'en rendre compte toi-même sur la plage l'autre jour!
Et il n'y a pas de doute à y avoir, tout ce que
l'on voit est parfaitement fonctionnel... Maintenant que
c'est dans le domaine
du « permis », on essaie bien fort de rattraper
le temps perdu et ça n'en est
que meilleur croyez-moi! ... ,,, Pendant tout ce temps de
jeûne là, de son côté,
je savais très bien qu'il ne me trouvait pas trop
« dégueue » non plus et qu'il
ne demandait pas mieux que de me faire un autre enfant!
... Je l'ai connu peu
après mon arrivée dans le coin. Au
début, nos rapports étaient du genre
strictement professionnels, thérapeute/patient;
c'était mon patient et j'étais sa masseuse;
tu connais mon approche dans le domaine, dans tous mes
traitements je flirtais allègrement avec le seuil
du tolérable côté douleur pour
ainsi dire! Il supportait tout sans souciller. Et puis
à la longue, à force de se
voir et de se parler, notre relation a beaucoup
évolué; il faut dire qu'il était
devenu mon confident pour ainsi dire et qu'il en
était venu à tout connaître de
mes angoisses existentielles de maman d'un petit mutant et
sorte de
troisième roue de vélo dans un couple
charmant par ailleurs! Maintenant par
contre, je lui fait toujours des massages, mais ils sont
bien plus « d'agrément
» que « de traitement ». À chaque
fois, il me rend même la pareille et, crois-moi,
se faire masser par un masseur originellement
maître-potier, ça n'est pas
désagréable du tout! D'ailleurs, depuis
presque deux ans qu'on les pratique,
nos massages ont beaucoup évolué:
maintenant, la plupart du temps, ils
traitent même assez bien nos problèmes de
libido... Heureusement, parce que
nous aurions craqué depuis longtemps ! ... Et tout
ça, parce que le souvenir de
mon union avec le papa mutant de René m'habitait
encore trop
intensément et qu'au début de notre
relation, Raymond m'avait promis
d'attendre que je sois prête! ..."
...
"Mais de ton côté, Denise, comment
ça-va? Comment
tu aimes ta nouvelle vie chez les Inuits? Nos ex-patients
autistiques ont l'air
de s'être assez bien sortis de leur passé...
En tous cas, à la plage l'autre jour,
ils n'avaient pas l'air gênés du tout quand
ils m'ont fait boire une tasse, ça je
peux te le jurer! Avec leur petit copain Simeone, ils ne
m'ont pas manquée!" ...
" Côté amour maintenant, doctoresse
Landré,
comment ça se vit le quotidien dans le grand nord?
Pas trop nostalgique de
l'Institut et de l'éminent docteur Gignac? ... Ah
oui? ... Raconte-nous tout!"
- "Vous savez que je vais avoir soixante ans dans
quelques mois et contrairement à ce que je
craignais, je ne souffre pas
d'affres existentielles comme quand j'ai passé le
cap de la cinquantaine. Je
suis même retombée en amour, imaginez-vous!
... Non, c'est pas des blagues:
je suis tombée en amour avec un vrai mec! ... Non,
ça l'aurait peut-être pu par
exemple... Mais pas de chance, il s'est fait une belle
petite blonde là-bas et il
pense même l'épouser! ... Je vous jure! ...
Non, une indienne. Mais une
indienne de Bombay! ... Hé bien oui, notre ami Glen
file le parfait amour avec
Shakti, la belle linguiste fraichement
débarquée de Bombay et qui donne des
cours de français langue seconde aux petits inuits!
... Ah moi, c'est bien plus
simple: c'est un inuk. ... Non, il est plus vieux que moi,
mais dans un sens, il
est beaucoup plus jeune... ... Oui, vous le connaissez...
Je vous l'ai déjà
présenté. ... Oui, c'est une sorte de
thérapeute lui-aussi, mais d'un type assez
particulier: l'objet de ses thérapies, c'est
l'âme... Un docteur en médecine
primitive. ... Bien sûr que non, c'est un chaman!
... Oui. ... C'est Shinnuk. ... Un
pur délice! ... Non, il adore les enfants et le
rôle de père même putatif ne lui fait
absolument pas peur! D'ailleurs, il est déjà
grand-père et donc plusieurs fois
papa, - Simeone est son plus jeune fils - et mes marsouins
l'ont tout de suite
accepté comme leur modèle. Il adore leur
donner des cours d'Inuktituk et de
culture inuit. D'ailleurs, avec leur nouveau frère
par alliance, ils constituent un trio du tonnerre!
Il n'y a rien à leur épreuve, comme t'as pu
t'en rendre
compte dans l'eau l'autre jour Paule!" ...
"Simeone n'a aucune gène, ni aucun complexe; son
père a commencé à l'initier aux
mystères de la science des chamans et il est
prêt à mordre dans la vie à belles
dents, croyez-moi! Quand je suis arrivée
dans le décor, il vivait un certain nombre de
problèmes avec l'école, mais je
lui ai apporté le soutien qu'il lui fallait pour
qu'il arrive à dominer cet aspect
capital de son apprentissage. Aujourd'hui,
côté académique, il a tout
récupéré
son retard et il va bientôt entrer dans sa vie
d'adulte en pouvant s'appuyer
sur un excellent bagage de connaissances « modernes
» et sur un
entraînement bien traditionnel très riche.
Shinnuk lui a bien appris à ne pas
avoir peur de rien à priori, tout en prenant
toujours soin de bien jaugé les
défis qui se présentent à lui pour ne
pas se comporter non-plus comme un
fanfaron téméraire. De plus, dans leur
tradition, les inuits ne connaissent pour
ainsi dire pas la honte ou la gêne
injustifiée. Bref, il a un de ces sacrés cran
en tout cas! ... Le meilleur des deux mondes quoi!"
" Alors son influence, combinée avec la tutelle
bienveillante de Shinnuk et le climat de
sérénité qui se dégage maintenant de
ma personne depuis la remise au présent de mes
horloges psychologique et
biologique par mon chaman préféré,
ça a un effet souverain contre toutes les
velléités d'autisme ou de fermeture de mes
deux protégés. ... Autrement dit,
avec leur aide et les miracles de la médecine
primitive, nous sommes en train
de nous libérer complètement de nos
ex-problèmes insolubles!"
" ... Bien sûr je suis très consciente
qu'à l'origine de
tout ça, il y a toi, Claudine et Paul
bien-sûr, qui êtes parvenu à aller chercher
mes deux « incurables » au fond du noir
labyrinthe de leur prison intérieure
d'une part, et qui avez réussi également
à forcer une vieille mère «
dénaturée»
mais repentante à se prendre en main! Je ne vous en
remercierai jamais
assez! ..."
"C'est pour ça que la perspective de vous
présenter
Shinnuk et Simeone m'enchantait tellement! Quand Shinnuk
m'a dit qu'il
aimerait m'accompagner ici pour rencontrer un grand
sorcier qui vivait près
d'ici, je n'en croyais pas mes oreilles. Lui qui est
toujours si attaché à son
coin de pays d'habitude! ... En plus, il avait fortement
excité ma curiosité en
me parlant des talents et des pouvoirs... extraordinaires
du fameux sorcier
algonquin. Apparemment, depuis quelques temps, Ooktuk et
lui-même voient
des signes qui les intriguent beaucoup dans leur
environnement et en puisant
dans leur tradition, ils ne savent pas comment
interpréter tout ça. Ils sont bien
branchés sur un système d'échange et
de communication assez efficace
semble-t-il qui les relient avec les autres chamans inuit
et apparemment tous
étaient d'avis que pour en savoir plus, ils
devraient consulter un maître dans
l'art de « voir » et de « rêver
» comme le fameux Algonquin Will Left-Tenant
par exemple." ...
"Depuis que je vis dans son entourage immédiat,
j'ai
eu plus d'une fois l'occasion de me rendre compte de la
valeur des services
que Shinnuk et son mentor, Ooktuk, peuvent offrir à
leur communauté. ...
Tout à l'heure, je vous ai dit que j'étais
en amour avec une sorte de «thérapeute de l'âme
»
et bien je n'ai pas honte de vous avouer que ma propre
âme avait bien besoin de soins quand elle est
arrivée de Montréal! Alors
quand Glen m'a amené voir ses amis Shinnuk et
Ooktuk, pour qu'on puisse
voir quel type de collaboration nous pourrions
développer dans nos
thérapeutiques respectives, j'avoue que
j'étais assez sceptique quant aux
perspectives à en attendre. Je ne pensais surtout
pas que je pourrais
éventuellement devenir une de leurs patientes! ...
Et bien aujourd'hui, si je
suis enfin bien dans ma peau, c'est en grande partie
grâce à Shinnuk qui m'a
aidé à identifier clairement mes
problèmes et à les exorciser. Hé oui, il m'a
aidé à balayer mes soucis et mes angoisses:
il a soufflé dessus tel un grand
vent chaud et constant qui les a dispersés comme un
petit tas de poussière
sèche oublié sur le bord d'une
fenêtre! Il faut dire que le fait d'avoir trouvé un
amant d'âge mûr encore très fougueux,
ça a sûrement contribué à me
redonner le goût d'assumer ma «
féminitude » et, qui plus est, d'en jouir!
Claudine et Paule sont toutes deux captivées par
les
propos de leur vieille complice et lorsque Paul vient
enfin les rejoindre dans le
gazebo, aussi ne s'apperçoivent-elles de son
arrivée que lorsque la porte émmet
son habituel grincement bien sonore.
- "Ha, te voilà enfin! Alors? ... Elle en avait des
choses
à te raconter, ton amie Mary, dis donc! ... Et puis
qu'est-ce qu'ils ont décidé de faire?"
Sans dire un mot, Paul pose sa tasse de café sur la
table
dont il fait le tour lentement pour aller s'asseoir
à la place encore libre à côté de
Denise. Puis, appuyé sur les coudes et le corps
penché vers l'avant, il fronce les
sourcils et, toujours impassible, il fait signe à
ses auditrices de s'approcher.
Celles- ci s'exécutent, un sourire amusé aux
lèvres, si bien qu'autour de la petite table du gazebo,
on jurerait maintenant que prennent place quatre
conspirateurs sur le point
d'ourdir un plan machiavélique.
- "Rien. ... Oui, rien. ... Euh... ... Ou plutôt:
non rien. ...
Rien du tout. Les Vulvin et leurs conseillers ont
décidé de ne rien faire du tout!
... La troisième guerre mondiale et la
deuxième utilisation militaire du nucléaire
du vingtième siècle n'est pas prévue
pour demain, soyez rassurées. Notre
histoire les a bien fait paniquer un peu, mais pas tant
que ça quand même! ...
Bien sûr, quelqu'un va toujours veiller au grain, et
faire en sorte que ça ne se
complique pas trop... mais je ne suis pas certain si je
dois vous révéler
comment... ..."
Savourant son petit effet théatral, Paul s'est
redressé le
corps et garde maintenant les yeux fixés sur sa
tasse en silence. - "!?! - Hein? -
Quoi? - Qu'est-ce que tu dis? - Comment ça? - Tu
nous fais marcher? - Paul!?! - S'il-te-plaît!?!" -
Les regards surpris et interrogateurs de ses
interlocutrices et la
pluie de leurs questions l'assaillent de toutes parts et
ont tôt fait de lui délier la
langue.
- "Et bien voilà, voilà: je me rends, je
vais tout vous
dire! ... Mais ça n'est pas de gaieté de
coeur que je le fais, croyez-moi! ... Bon,
voilà: Mary Volvin m'a effectivement dit qu'ils
avaient décidé de ne poser
aucune action « ouverte et officielle » pour le
moment. ... Avant de commener,
il faut que je vous dise que l'information que j'ai et que
je vais vous
communiquer maintenant est strictement confidentielle et
ne doit sous aucun
prétexte sortir d'ici. J'insiste, votre
discrétion est absolument capitale:
il en va peut-être de notre survie à tous;
allez savoir! ... Quand je vous aurai tout dit,
vous comprendrai aisément pourquoi! ... Ne riez
pas, je suis tout à fait
sérieux... et ça vaut même pour vous
doctoresse! OK là! ... Bon. ...Nous
sommes tous d'accord? ... Bien. Ouvrez bien grandes vos
oreilles maintenant,
ce que j'ai à vous apprendre n'est pas de la tarte!
..."
...
"Bon, pour commencer, disons qu'à travers un canal
secret qu'elle seule connait, Mary Vulvin s'est avant
toutes choses chargée de laisser couler
jusque dans les oreilles du joyeux MOSSAD l'essentiel de
l'information privilégiée qu'elle
détient maintenant suite à notre découverte.
Jusque là, ça correspond aux pronostics
originaux. Bien. ... Pendant ce temps
là, les joyeux drilles de la CIA et leurs
créatures, dont les vestiges de la
fumeuse SADIC, version revue et améliorée,
se sont mis à jouer sérieusement
de «l'Intelligence», comme ils disent. À
au moins 150% de leurs capacités
sinon plus, pour utiliser une image de commentateur
sportif! ..."
... ...
"Bon. La suite maintenant et c'est là que ça
se corse! ...
Si vous avez écouté un peu les nouvelles ces
derniers temps, vous avez
sans doute remarqué une recrudescence des divers
conflits inter-raciaux
dans le monde, en ex-Europe de l'Est, en asie
«musulmane» et en Afrique
noire tout particulièrement pour ne nommer que
ceux-là; entre autres, au
Burundi, au Rwanda, au Zaïre, au Libéria, au
Niger, en Centrafrique, au Mali, au Soudan, etc...
Derrière tous ces affrontements, massacres et
déplacements
de population, il y a souvent une dimmension
inter-ethnique importante, bien-sûr.
Pourtant, il faut savoir qu'en dépit des
haînes, rancunes et ressentiments
divers qui peuvent exister entre ces différentes
ethnies comme les Huttus vs,
les Tutsis par exemple, plusieurs des actions violentes
à grande échelle qui se sont produites
dans ce bout du monde n'aurait pu se produire avec
l'ampleur et la virulence qu'elles ont connues
sans l'intervention «discrète» de divers
éléments extérieurs; des agitateurs
expérimentés, des orateurs
formés à l'école des fameux preachers
américains question «know-how»
démagogique et «double-bind arguments»
manipulés stratégiquement, tout
cela revu et corrigé par d'éminents experts
en psychologie des foules,
persuasion «clandestine» et hypnose collective,
- puisqu'il faut bien appeler
les choses par leur nom! - , avec en plus une
quantité vraiment «inexplicable»
d'armement léger et «démocratique»
( - Même un enfant de huit ans peut s'en
servir, et on ne se gène pas pour l'inciter
à le faire!... - ) , ainsi qu'une dose
appropriée de mercenaires de tous poils, anciens
coloniaux invétérés
d'origine Européenne ou « Euro-coloniale
» pour la plupart, avec en plus
souvent même quelques éléments
très savoureux issus de l'ancien bloc de
l'est et recyclés au service du plus offrant! ..."
"Vous mettez le couvercle sur la marmite en instaurant
tous les embargos appropriés, sous couvert de
«protéger les populations
civiles et empêcher l'extention des conflits»;
à l'occasion, vous et vos amis
pouvez toujours y envoyer en expédition de commando
spécial quelques
groupes de «task force d'assaut» d'élite,
hautement entraînés et équipés à
point pour profiter des avantages «hallucinants»
que votre contrôle de la zone
limitrophe à l'atmosphère terrestre peut
vous donner, côté information et
communication; autrement dit, de charmants petits groupes
de copains à
l'humour très noir qui se réunissent
à l'occasion, « à titre strictement privé
»
ça va de soit, pour effectuer des opérations
éclairs et sauver quelques-unes
de vos billes en empochant « en prime et en
douce» quelques-unes de celles
qui sont restées étalées sur le jeu.
..."
" Parallèlement, « pour leur bien », vous
exercez un
contrôle discret sur le nombre et la composition des
O.N.G. à l'oeuvre dans la région.
En fait, il en faut juste assez pour adoucir un peu la
sauce en
prenant soin de ne pas trucider le malade et continuer
à «informer» l'extérieur
de la situation de crise totale et de
l'omniprésence des dangereux accès de
«haîne» inter-ethnique atavique des
populations locales, à coup sûr
responsable de tout... mais avec une dose tout de
même insuffisante pour
gâter la sauce et permettre de décanter
clairement ses divers éléments, ce qui
permettrait de les identifier, oh horreur! ... Finalement,
vous laisser mijoter le
tout et, oh merveille, tous les microbes pathogènes
indésirables sont
complêtement éliminés! ...
Voilà pour la recette de base de l'antibiotique
prescrit contre le dangereux virus du canon à
satellites pathogènes! ... Bien
sûr me direz-vous, sur le coup, l'organisme porteur
souffre un peu des effets
secondaires dûs à l'application du
remède de cheval de votre merveilleuse
médecine «civilisée», mais selon
les autorités médicales chargées de juguler
l'épidémie, c'est LE «petit» prix
« un peu gênant » à payer. ..."
...
"... Non, s'il-vous-plaît, ne me dites pas ce que
vous en
pensez, ou ne me demandez pas de vous dire ce que j'en
oensem j'aurais peur
de vous éclabousser avec le café que je
viens d'avaler: j'ai le coeur trop fragile
et la nausée au bord des lèvres."
" Ha j'oubliais: et puis quant aux vecteurs Ioshi et
SADIC, version classique, de l'épidémie
appréhendée, aparemment le très- joyeux docteur
MOSSAD
se fait fort de les retourner dans le monde du strict
virtuel, vous savez bien: celui des particules dont la
durée de vie est trop
courte pour être qualifiée de réelle.
De toutes façons, aprés avoir fait toutes
les vérifications et contre-expertises
nécessaires, il s'est avéré que le mieux
que nos « carabins » rigolards de service aient
réussi à enfanter comme virus
malin, c'est diverses variétés de leur
fameux « M I P TV » ou Military Invasion Total Virus.
Très vilaine bestiole ,soit! Mais pour du
matériel de guerre, c'est...
plutôt fragile... Laissée à
l'extérieur d'un organisme vivant le moindrement,
on vient vite tenté de placer sa
prolifération sous le vocable de « virtuelle »
plutôt que « virale », compte tenu de sa
durée de vie... Pour survivre et se
transmettre maintenant, en fait il lui faut toujours
l'hospitalité d'un organisme
vivant. On pourrait donc la ranger dans la
catégorie des MTS et pour une
agression « ballistique », une MTS, il semble
que ce ne soit pas vraiment l'outil
idéal: côté «
variété des missiles violeurs ou enculeurs »
offerts sur le marché,
je ne pense pas que, côté offre, ça
soit très étendu... Même en disposant d'un
canon « viril hors-norme » avec un tuyau
sur-dimmensionné, réaliser à
distance l'infection d'une population cible ça ne
devrait pas être évident non
plus! ... Quant aux « super-Grosses-Bertha »
version « Buhl-années 90 », ça
peut tirer assez fort pour satelliser c'est vrai, mais en
ayant recours à des
stratagèmes très... sophistiqués, du
genre doubles charges déclenchées en
séquence coordonnées à la
nano-seconde - du gâteau quoi! - et ça peut
permettre d'expédier une charge assez grosse pour
casser la vitrine de mon
salon peut-être, (encore que?), mais si on compte
sur leurs projectiles pour
détruire un pays, il faut absolument que « le
méchant » de leur charge soitent
doté du pouvoir de se reproduire tous seul un coup
livré chez le client! Pas
question donc de charges nucléaires ou chimiques,
... ni explosive efficaces!
Beaucoup trop lourd! ... Il ne reste donc que le
biologique! Et là, comme on
vient de le voir, les candidats « Virus
Méchants » pour la promenade aerienne
non-accompagné ont tous déclaré
forfait pour le moment semble-t-il! Pour ce
qui est des autres bébés à
naître de leur famille, ils ne devraient pas être trop
forts, compte tenu du fait que la santé de leur
papa est si vacillante qu'il en a
déjà l'humeur assez MOSSAD pour passer
l'arme à gauche à la première
occasion!"
"On devrait pouvoir respirer en paix jusqu'à demain
donc! ... À part ça, ça va!
...
"Bref, d'après garde Vulvin, le monde, - ou les
USA-City
et sa banlieue si vous préférez -, se porte
pour le mieux et aucun microbe
mesquin ne devrait venir interférer avec les
Finales de la prochaine saison de
baseball cet automne. ... C'est bien tant mieux, me
disait-elle, parce que la ré- élection de Billy,
son «pitcheur» favori et leur équipe est
donc imminente et
vous aurez compris que c'est évidemment là
l'élément le plus important de
l'actualité politique et sportive cette
année! ...
"... Sans commentaires! ..."
... ...
- "Tout est pour le mieux dans le meilleur des
immondes, quoi!"
<> LA QUEUE DU REFLET DU LÉZARD
Encore tout humides de sueur et collés l'un contre
l'autre
sous leurs couvertures, Carlos et Judy se
prélassent nonchalamment en jasant à
propos des événements qui n'arrêtent
pas de bouleverser leurs vie, leur façon de
vivre et même leur conceptions du monde depuis
quelques mois. Évidemment,
Judy en viens vite à récriminer et bougonner
un peu,( - Plus. Assez. Pas mal.
Beaucoup! - ), à propos de «l'ignoble ass-hole
Michel Tocard qui, pendant tant
d'années, n'arrêtait pas de se péter
les bretelles et qui...», comme elle a toujours
trop tendance à le faire depuis quelques temps,
quand elle est en présence de
quelqu'un qu'elle aime et par qui elle souhaiterait
éminement être appréciée,
comprise et appuyée. Depuis qu'elle a
réalisé que tout n'était pas aussi clair qu'elle
l'avait d'abord cru entre Michel et elle-même, elle
a progressivement réalisé toute
l'étendue de l'abus de confiance dans lequel son
amour aveugle pour quelqu'un
en qui elle avait mis toute sa confiance l'avait
entrainnée. Quelqu'un qui était, disait- elle,
« passé maître dans l'art de se cacher
derrière l'amour qu'elle avait pour lui
pour lui faire endurer l'exploitation dont elle
était victime! Quelqu'un qui ne se privait
pas vraiment de rien pendant qu'elle était
obligée de faire des prouesses pour ne
pas être forcée de manger sa chemise,
puisqu'elle devait assumer l'essentiel des
dépenses de base de son foyer avec les
maîgres revenus de sa minuscule rente
viagère; pour elle-même, ses enfants et le
ass-hole qui, lui, gardait toujours la
quasi-totalité de ses gains pour ses propres
besoins! » Puis, elle en est venue vite à éprouver
un besoin péremptoire de le crier haut et fort,
« pour que tout le monde
le sache et comprenne vraiment pourquoi elle se
méfie tant du ass-hole et qu'ils
sachent tous aussi que le fameux ass-hole... »
Encore un fois, Carlos essaie de l'empêcher de
s'enliser
dans l'amertume et la rancune face à une
période passée de sa vie sur laquelle elle
n'a bien sûr aucune prise, puisque ces moments se
sont évadés du champs du
présent et qu'en les remettant sans cesse sur la
table comme son amertume et sa
rancune la pousse trop souvent à le faire, ils ont
malheureusement déjà commencé
par polluer son présent lui-même, par sa
simple présence iterative et ils vont finir
par l'empoisonner et hypothéquer bêtement son
avenir . Le métis fait donc dévier
la conversation sur ses propres projets, à
défaut d'entendre parler de ceux de son
amie. Il est en fait très heureux de pouvoir le
faire et ce, d'autant plus qu'elle en fait
elle-même partie, « ¡si le gustan, claro!
».
- "Alors comme ça, tu es particulièrement
amère
aujourd'hui parce que ton abominable "Ex" t'oblige
à prendre des vacances et ton pied ici au paradis.
Hé bien là, ça m'en jette, j'te dis
pas! En plus, il faut
qu'tu-t-tapes deux lardons en sucre d'orge et un clodo
avec un label
d'importation Rive-Gauche et un cachet
Fin-produit-exotique-du Pérou.
J't'intelligence que ce doit pas être cotton! ...
Pauvre Fadette éplorée! Mais
ma vieille, disjonctez pas à cause d'un
torrent-houdan-au coeur-de-ouistiti!
Mince, il va falloir que j't'instructionne dare-dare
à l'essense d'la vie! Ttu
permets? ... Excusez-moi si je vous demande pardon ma
reine, mais
vot'connard, il vous a bloqué tous les accès
à la dépense et au fromage après
s'être tapé toutes vos éconocroques?
Ça te met en rogne à plein? Surtout
qu't'avais déjà pu palater du p'tit coulant
baraqué comme les couillons de la
Cinochade peuvent s'en taper? ... Maintenant que le
robinet est coupé, ça te manque
ce p'tit nectar des-Agapes-du Plateau? Mais alors, dame,
laissez- vous instruire par Bibi,
votre vieux clodo popotineur qui en pince tellement
pour vous qu'il n'en dérecte pratiquement plus
depuis qu'il a eu le pot de vous
survoler en taste-mottes averti et de de vous butiner les
nichenards en
cheglanattes. D'entrée, sortez votre gomme à
effacer les rides-du-triste et
ouvrez la lourde de vos tubes que j'vous gouaille! Bigre,
princesse surtout
laissez-vous pas coucher dans la farine de la veuve
Clito-Solo ou de mam'zelle
Nitouche, par l'arrière goût d'huile de votre
premier hareng-sot! Faudrait pas
croire qu'il va falloir vous priver de dessert
jusqu'à la fin du mois! M'enfin si
t'es seulâbre sans ton ex- copain Kid Du Con-Kodak,
vise un peu, si ça vous
botte ma loulotte, il y a ici allongé sur
canapé votre « next »: messire le baron
« Bibi-du Charme-des-Iles du Sud »qui voudrait
bien vous jouer du galantin
encore à perpette et qui est tout chose à
l'idée de vous bredouiller non-stop
des bourdes vâchement quelconques. ... "
"... C'est tournicoter des
clichés-qui-s'épivardent qui
manque à vos rations de cornet-de-bif? Et bien,
chair poupée-désir, si y-a-qu'ça
pour vous écluser les eaux du coeur, mais il n'y a
pas d'os! Toi et moi
on va s'en magouiller du cinoche, j'te dis pas! Du cinoche
tout rose, c'est ça
ton rayon? Avec tout plein de Miss Saute-au slip
passées au microscope à
turbine par les profs Durdu? ... Et bien, si ça te
cause, alors pour moi ça rime,
ma p'tite vulve-d'églantier-en-technicolor d'amour!
J'y turlupine déjà depuis
un bail et bien, ma chair médème
fût-dure Bar-rond Carlos Spielfelliniberg-de-la-Lumière
Insolente,
c'est comme ça qu'on va nous épitaphera un
jour! ... Si,
si, toi et moi, et tous les deux ma loute! On pourrait se
mettre sérieusement à se «shooter»
des polars genre contes-de-l'amère-loi ou des
savons vidéo-et- débats,
façon BéCéBéGé-qui-
assure vâchement « safe » , tout ça au parfum
« amour épais » avec d'la hallebarde qui
s'avant-scènise comme la truffe sur
le blair d'un clebs de cul-terreux et d'la minouche
torride toute en filigrane si
tu veux, mais sécure au max, avec écrit fin
dans la marge, partout oû il y en
a, tous les «
oui-mon-agneau,-viens-que-je-te-montre-comment-faire-pour-
pas-te-
véroler-quand-tu-m'embroches-en-t'autruchant-comme-un-canari-vert-
d'instruction ».
Des pubs, façon «
èNDéTé-en -fin-de-page » dans ce ton
là,
y faudrait en cacher bien en évidence assez dans le
dépliant pour être ortho,
catho, c'tu-acébo, kosher et tout le tralala, au
poil et p'têt'bien même au goût
des p'tits potes du prophète Mao-Salement! ... Mais
gare: rien de cradingue
dans le fil blanc, tout en finesses le tricot! ... Chez
nous, on ne servirait que
d'la Porno-patte-blanche grade Veuve-Clito, de grand cru!
... Il y a pas: ça
cliquerait à cent à l'heure une magouille
comme ça! On se ferait du blé que ça
en jetterait même aux grandes plaines de l'ouest!
... Natûrlich, on s'en taperait
« fifty-fifty » toi et moi. ... .... Qu'est-ce
que vous en pansez, garde, ce serait-tu
pas le pied et le plus chouette
«Ouais-outre-of-ze-messe » qui soit! Ah et puis
si c'est ton instinct maternel branché sur le
courant lumière pour tes mouflets
qui te purge avec sa poire d'angoisse, alors partez pas
dans le sirop pour si
peu: vos bath lardons y-m'bottent au max et pour eux c'est
kif-kif! ... Alors,
c'est bradé? Non?"
"... Euh...?"
"Ça va, ma p'tite oie-en-ardoise-rouge-brique, je
vois
que t'aurais pigé que dalle que tu te serais mieux
farcie dans la bouilli pour les
chats dont le prof Bibi voulait te gaver. ... Ouais,
enfin... Je m'excuse Judy, je
me suis laissé aller à
déblatérer - parler - tout haut comme je pense tout bas
et t'en est restée toute Baba. ...
Sorry, c'est plus fort que moi... ... Si tu veux,
on va se lever, se « décentiser », -
s'habiller - , bouffer et puis je vais essayer de mettre sur papier,
« en français » , quelques détails
de la
proposition que je vient de te faire en «
Incompréhensible Classique version
Chicano-Inverti ». Comme ça, ce soir, on aura
une base sur laquelle
s'appuyer pour discuter de mon projet de compagnie de
production ciné-vidéo
bi- ou tri-nationale. ... Ça te va? ..."
...
- "OK, on fait comme ça. Il ne faudrait pas non
plus
oublier de se préparer pour recevoir « la
gagne » ce soir. Je suis bien décidé
à en faire un festin mémorable. Après
tout, en plus du projet donc je viens de
« ne pas t'informer » et que tu vas «
rapprendre » ce soir, j'ai l'intention de
vous communiquer le contenu des onzième et
douzième Révélations de la
Prophétie des Ombres; maintenant que je les connais
vraiment grâce à la
session privée de « vision en
Haute-acuité » vécue avec Will Left-Tenant
l'autre jour. ... Depuis ce moment là, en
m'induisant à en rêver
systématiquement à chaque nuit et en me
forçant les méninges un peu tous
les matins à mon réveil au cours des
derniers jours, j'ai réussi à me rappeler
assez bien de ce que j'ai vu « en Haute-acuité
», pour rédiger un texte qui
devrait être assez fidèle et explicite pour
que j'ose affirmer « que les
révélations numéro onze et douze de
la Prophétie des Ombres et bien, ça va
être ça »!
- "Parfait monsieur. ... Bien compris! ... 5 sur 5.
...10-4!
... Debout et au boulot!"
(...) (...)
- " Carajo, amigos mios, les lo digo, claro que son ellos.
¡Por la hija se dice que viendra la once et por le
hijo, viendra la doce!
¡Estoy seguro, totalmente!"
"¿Han estudiado ustedes detalladamente le texto de
las nuevas primeras profecias? Todavia no
desgraciadamente... Pero es claro
que seria mejor que Ustedes empiesaran por bien leer ellas
de menor por lo
primero. ¡Entonces, cuando entendiran a su mensaje:
van a ver que no esta
demasiado tonta la Profecia! ¡Sin embargo, soy seguro
que cuando les
monstrare las profecias once y doce, se van a comprender a
todo! ¡Claro que
si ! ¡Caramba! ¡Hoy, les lo digo! ¡Que se
lo recuerdan, por favor. ... ¡Voy a
empiezar la lectura y, por favor amigos, que se ponen las
pilas, carajo!"
- " « Hey! Woh! Easy ! Man... Easy! » ... Euh,
« sweet
heart », «slaque» un p'tit peu sur
l'espagnol, «please» ! ... Respire par le nez veux-tu,
ça calme! ...
Ah, et pis on a bien du trouble pour te comprendre aussi
quand tu nous sort ton «slang», ... euh...
ouais, si tu veux: ton «argot» d'abord!
La tentative de ce matin, ça aurait dû
t'instruire un peu. Non? « So, please» ... OK? ...
En tout cas. C'est pas la première fois que je te
le dis: «man» si t'as
l'goût que toute le monde ici te comprenne pour
vrai, Carlos, essaye donc de
t'en t'nir le plus possible au français, « for
christ sake »! OK? ... Merci. ... Au
fait qu'est-ce que tu disais?"
- "Pardon Judy, je me laisse aller et... je n'y pensais
pas. J'ai pris l'habitude d'utiliser souvent l'espagnol
quand je parle avec Paul ou Jean.
Excuses-moi, mais que veux-tu, pour moi, l'espagnol
ça a été ma
langue natale. C'est en espagnol que j'ai d'abord appris
à parler et à penser,
quand j'étais tout petit avec ma mère et
pendant une bonne partie de mon
adolescence même! Dans ma vie, le gros du
français qui m'est venu, à part les
rapports avec mon français de père qui,
comme beaucoup de ses
concitoyens, était plutôt ethnocentriste et
m'avais choisi pour interlocuteur
privilégié pour parler français quand
il était écoeuré de l'espagnol, - il faisait
ça, notamment quand il se sentait «
ethno-nostalgique », ou quand il y avait
quelque chose qui ne marchait pas bien, alors dans ces cas
là, l'argot sortait
plein tube! - et bien ça été, entre
deux périodes d'homme de main pour ce
nomade de l'import-export, mon passage à travers le
système de l'Éducation
Nationale tricolore. Et là, je dois t'avouer que
j'ai adoré l'initiation par les
copains aux joies de baragouiner une langue colorée
comme l'argot et que
nous, les clampins initiés, on pigeais au poil,
mais qui horripilait les pions et
les vieux parce qu'elle était rattachée au
« milieu », au crime quoi! Une forme
de délinquance tellement séduidsante pour un
acculturé comme moi!"
"... En tous cas, tout ça pour dire que je vais
essayer de faire attention mais si je m'oublie,
Judy tu ne te gènes surtout pas pour
m'avertir!. ... Merci. ... « I'm sorry again sweet
heart! » ..."
...
- "Avant toutes choses, je vous demandais si vous
aviez eu l'occasion de lire le texte des neufs
premières prédictions de la
Prophétie des Ombres, parce que si c'est le cas, je
suis persuadé que vous
avez pu constater que ça n'était pas si con
que ça! Pour moi, il est en quelque
sorte assez important que vous lui accordiez un minimum de
crédibilité;
surtout compte tenu de ce que je m'apprète à
vous révéler concernant les
révélations onze er douze que ma rencontre
avec Wll Left-Tenant m'a permis
de retrouver.
- "Hé bien bonhomme, je suis très fier de te
dire que
moi je les ai lu tes neufs révélations.
D'abord, d'entrée de jeu, laissez-moi
vous dire que tel quel c'est un peu dense comme
information à absorber, mais
j'ai quand même trouvé ça pas mal...
on pourrait facilement en faire la trame
sous-jacente pour un excellent roman, ça c'est
sûr! Ça pourrait par exemple
servir d'arrière-plan à une quête du
sens de la vie fort captivante en plus de
fort édifiante sans doute! D'ailleurs, tantôt
si tu veux me donner le titre et les
détails pertinents concernant le fameux roman que
ton copain Greenwoods
a publié sous un pseudonyme, je voudrais le lire
aussi, ça c'est sûr! Surtout
s'il a été traduit en français! ...
Parfait!"
" ... Mais en fait, à dire vrai, moi, c'est surtout
« la
Cosmogonie » qui m'a impressionné: à
part quelques différences inévitables
au niveau du lexique utilisé, je te dirais que j'y
ai retrouvé
presqu'intégralement pour l'essentiel, plusieurs
concepts clefs de la théorie
bien contemporaine de la Relativité
Intégrée! En termes de physique
fondamentale, je ne suis qu'un simple amateur qui
s'intéresse
particulièrement au sujet bien sûr; j'ai
d'ailleurs même dû retourner à l'école
et m'inscrire à quelques cours de perfectionnement
en mathématiques pour
réussir à comprendre vraiment les
équations de cette fameuse théorie qui, en
plus d'expliquer des trucs aussi bizaroïdes que les
trous noirs, la
synchronicité, la relation entre la
spiritualité et le monde matériel,
fait enfin le lien entre les différentes approches
du réel; entre Einstein, Lorentz d'une
part, Max Planck et Eisenberg de l'autre quoi. Je suis
quand même persuadé
que monsieur Jean Charron, le concepteur de la
théorie en question, serait
très surpris d'apprendre que ses « ÉONS
» chéris figuraient déjà, sous le
pseudonyme de
Points Fondamentaux, comme des acteurs de premier plan
dans une vieille conception du monde traditionnelle! ...
Elle daterait d'au
moins mille ans ans disais-tu? ... En tous cas. Tout
ça pour te dire qu'en ce
qui me concerne, «bonhomme», ta «
Prophétie des Ombres » , c'est tout ce
qu'il y a de plus sérieux et crédible.
Autrement dit, j'ai bien hâte d'entendre
ce que les deux dernières révélations
ont à nous apprendre! J'ai comme
l'impression que je vais y croire..."
- "Comment ça s'appellerait, tu dis? ... Les «
zénons »?
... Non? ... Des « Éons , É, O, N,
on... ... UN éon, » OK, OK... ... si tu le dis,
moi j'y connais rien. ... ... Intéressant! Tu
m'apprends quelque chose en tous
cas. ... Tu vois, « La Cosmogonie », c'est
précisément cette partie-là de la
prophétie pour moi qui était celle qui me
semblait la plus difficile à assimiler
et qui apparaitrait peut-être la plus naïve, en
même temps que « flyée »,
compte-tenu que ce que la science et la physique moderne
nous a appris! ... ... Ah oui? ...
Tant mieux. ... De toutes façons... ... Toujours
est-il qu'à propos
de ces deux dernières révélations
justement, je disais donc à Paul que j'étais
persuadé qu'on y parle de lui et que ses deux momes
« touche - à - tout» ,
sont les vecteurs annoncés par les
prédictions. ... Non, c'est pas des blagues!
... Vous ne me croyez pas? ..."
"C'est parce que vous ne les connaissez pas encore ces
onzième et douzième révélations de la
prophétie des ombres!
"Écoutez et pardonnez mes maigres talents de
lecteur:"
Sur ce, Carlos se lance dans la lecture de son texte. Il
essaie de le rendre aussi clair que possible et
n'hésite pas à mettre l'accent sur les
passages qui lui semblent être, soit les plus
importants ou soit les plus faciles à
interpréter ou qui lui paraissent les plus
susceptibles d'évoquer quelque chose pour
son auditoire. Malheureusement, à cause de son peu
d'expérience, ses efforts se
traduisent presque par une impression de « bande
dessinée », comme lorsqu'un
écolier « chante » un texte à
force d'essayer de l'interpréter pour le rendre vivant.
<< Onzième
révélation>>
<< Vous irez prés du
sommet de la montagne couchée,
À côté des
neiges éternelles.
Là, vous le verrez et vous
serez touchés.
Quand viendra celui qui saura
toucher vos coeurs,
Et que l'amour saura
toucher,
Qu'il renaîtra de celle qui
enfantera de lui,
Et que pour lui, la naissance
sera double,
De lui seront issus ceux de le
nouvelle race,
Ceux dont les noms mêmes
signifieront renaissance,
Ceux dont les enfants
s'engendreront dans leur propres parents.
Par sa mort, trois Femmes seront
touchées,
Par la première, il finira
rejeté.
Par la deuxième, en lui
s'incarnera le verbe qui agit.
De lui et de sa deuxième
mère devenue son épouse,
Il sera issu celle qui embrassera
l'animal
Et celle qui sera
l'Animalité,
Celle qui embrassera
l'homme
Et celle qui sera
l'Humanité,
Celle qui embrassera l'être
vivant
Et celle qui sera la
Vie,
Celle qui embrassera le
terrestre
Et celle qui deviendra la
Terre,
Celle qui embrassera la
solitude,
Et celle qui deviendra la
Multitude,
Celle à qui il viendra le
temps d'aimer,
Et celle qui sera
l'Amour.
Oui c'est elle qui sera la fille
de la terre.
Et celle que deviendra la
Terre-Mère.
Celle qui restera pour toujours
l'Enfant unique
Et celle qui aura un frère
de la troisième femme.
Par son frère, qu'elle
aura elle-même engendré,
Sans le mettre au monde, elle
touchera au ciel.
<<Douzième
révélation>>
<< Son frère sera
celui par qui la terre s'unira au ciel,
Oui, celui par qui la terre sera
l'air.
Il sera celui par qui l'animal
des bois épousera le dragon de la pierre,
Celui par qui le corps
épousera l'âme pour engendrer l'Être
Et celui par qui l'Être et
l'Amour engendreront l'Action.
Par lui, l'action et de la
Connaissance engendreront
la vie et le
désir.
Il sera celui qui est seul et qui
sera par et pour eux tous,
Il sera l'Un pour l'autre, dans
l'autre, en l'autre.
Leurs enfants seront toujours
l'Un,
Mais la multitude ils
seront.
Car ils épouseront la
multitude,
Mais toujours l'Un seul ils
resteront.
Ils seront le Verbe par qui
l'Être touchera au Néant,
Avec eux, le réel
redevient le signe, l'essence et l'Esprit
Des enfants de leurs enfants, il
naîtra des parents-enfants
Et de ces enfants-parents, un
jour naîtront les parents de nos parents.
Le Lézard mordra enfin la
queue de son reflet
à jamais,
Et ainsi, le monde sera, est et a
été,
Ici, maintenant dans tout
l'univers et dans le néant,
Partout, toujours, jamais, nulle
part
et bien ailleurs encore
>>.
Carlos
"Voilà. J'aime assez ma traduction... Qu'est-ce que
vous en pensez? ... Mais s'il-vous-plaît, elle n'est
quand même pas si moche
que ça à la fin! Personne ne pipe, - Oh
pardon Judy - , « ne dit » un mot... ...
vous avez tout compris et y a rien à ajouter? ...
ou bien alors c'est que vous
n'avez rien compris du tout? ... Pour moi, même si
plusieurs passages sont
hermétiques, il me semble que ça contient
quelques éléments qui devraient
vous dire quelque chose... ... Non?"
...
- "De grâce, vous n'allez quand même pas
essayer de
me faire croire que ça ne vous dit rien du tout ce
bout de prophétie? ... Vous
me faites marcher! ... Oh, j'avoue que mon texte est un
peu plus raide et
ampoulé qu'un extrait de Proust, mais tout de
même ... Je ne décode pas tout,
mais il me semble que les images du début sont
assez claires, non? ... Ha, j'y
suis: vous êtes des blasés de la
communication et je lis comme un pied! Bon,
ça se peut. ... Tiens regardes Claudine; s'il te
plaît, prends le texte et relis- nous le à haute voix,
posément et avec intelligence comme je suis certain que
tu sais si bien le faire, toi... Avec ton bel accent
breton aux couleurs de
Montréal... (Ouf) ... S'il-vous-plaît, ...
madame la plus belle bretonne- québécoise de la terre?
... la plus intelligente et la plus fine aussi... ..."
-"OK. OK Carlos! Je veux bien faire ça pour toi si
ça
peut te faire plaisir! Passes-moi ton texte, je vais le
regarder un peu avant de
le relire à haute voix. ... Merci. "
- Merci Claudine, tu es un ange!. ... Alors, je vous en
prie, tout le monde, respectez un peu les artistes et
ouvrez bien grandes vos
rouflaquettes empannées... - OK, OK Judy, je
n'insiste pas-, s'il-vous-plaît,
écoutez attentivement donc... ... Merci. On
t'écoute, vas-y Claudine."
(... ...)
- "Bon, OK., Je penses que tu as raison Carlos, ça
a
presque l'air d'être arrangé avec le gars des
vues! Et tu dis que c'est une
traduction fidèle du texte original que tu as vue
avec Will Left-Tenant? ... OK,
OK, ça vient! ... Alors s'il vous plaît,
écoutez-moi bien et vous comprendrez
qu'on a pas fini de "tripper" encore tous ensemble..."
<> ÉPILOGUE
Voici maintenant que réapparaissent tous les
personnages,
Paul, Claudine, Jean, Paule, Emmanuelle, René,
Christiane, Marie-Elfe, Raymond,
la doctoresse Landré, Ismaël, Olivier, Glen,
Jacqueline, Ray, Michel, Judy, Susie-Janique, Gustave,
Robert, Jacques, Jean-Louis, Ali Képhyr, les
policiers, les
intégristes musulmans, Miche, Pascal, les physio,
Charlotte Jeannoit, le docteur
Gignac, Ted et Mary Vulvin, le docteur Baptiste, Bandit,
Serpentine et bien d'autres
encore! Ils se concentrent soudain tous dans un même
endroit, ici, dans la grande
maison décagonale, dite de Jean, qui est maintenant
plus que pleine de monde!
Là, l'architecte et premier propriétaire de
cette dernière les attend et il les accueille
un à un et tous ensemble avec beaucoup de chaleur.
Il les serre tous bien
tendrement dans ses bras, quelques uns, ou quelques unes
la plupart du temps,
d'une façon plus chaleureuse, sinon parfois
carrément sensuelle(dans une histoire
pareille, pourquoi pas?...). Après cette
cérémonie de la re-prise de connaissance,
leur hôte, le nouveau venu, se présente
enfin:
- "Bonjour, bienvenue chez moi! Je suis enchanté de
vous rencontrer aujourd'hui tous ensemble; que vous soyez
morts ou vifs
d'ailleurs, peu importe vraiment. Vous prendrez bien un
café? ... Un jus les
enfants? ... Parfait, alors je vous en prie, vous
connaissez parfaitement la
maison, faites comme chez-vous: comme toujours, vous allez
trouver du café
et les ustenciles requis au demi-palier, avec du lait et
du jus au frigp. Si vous
voulez, on peut s'installer dans le grand vivoir
décagonal, on peut même
enlever les murs extérieurs, comme ça on
sera très bien pour parler. Pendant
qu'on est encore tous là une dernière fois,
j'aimerais vous présenter
quelqu'un que vous ne connaissez pas mais qui vous
connaît très bien
maintenant, lui. Je dois vous avouer que je ne le
connaît pas vraiment moi-même,
même si moi je le devine et pas vous, alors que lui
me connaît tout de
même un peu maintenant... par votre faute aussi
d'ailleurs... ...Finalement, il
me connait beaucoup mieux que moi je le connaîs, en
tous cas! - C'est même
un peu gênant!... -"
"... Je ne voudrais pas être trop
égocentriste, alors
avant qu'on s'attarde sur mon cas, j'aimerais vous
présenter quelqu'un qui
m'est très cher et qui devrait vous être
très cher à vous aussi puisqu'il vous
crée lui-aussi en ce moment en quelque sorte...
Donc, je vous invite tout de
même à lui ouvrir tout grands les bras; et
j'ai nommé le-la lecteur-e! ....
Surpris? ... Allons y a pas de quoi en faire un drame,
tout ceci n'était que du
roman! ..."
" Vous ne me reconnaissez-pas? Allons, ce n'est que
moi, l'auteur qui vous a mis au monde; et moi, Gilbert
Lachapelle, l'escogriffe
qui tape ceci sur son ordinateur en ce moment même
et dont toi, chèr-e
lecteur-e, tu lis les inepties en ce même (?) moment
(re)même, je suggère, je
sais, j'affirme et je vis justement (en ce moment
précis en question bien sûr!)
que le réel tel que je, tu, nous le percevons
existe, a existé pensons-nous et,
croyons nous, existera, ce réel donc se
recrée sans cesse (ouf!) dans le
continuum temps. Mais il n'est pas le seul à le
faire (exister) puisque sa
petite(!) dimension temps et ses minuscules(!) dimensions
espace aussi
d'ailleurs, sont toutes comprises dans les dimensions
infinies du temps et de
l' espace de l'imaginaire et du concept."
"Ceci dit, je, tu, nous posons que deux êtres, ou
même
deux réalités, autant que de simples images,
imaginaires, imaginés ou imaginatif bien sûr, puissent
se retrouver, de par leur co-existence même,
dans ce monde purement conceptuel mais si vrai quant
à lui; se retrouver dis-je puisque je peux, à
volonté, leur imprimer des rapprochements, à la limite
strictement par simple évocation contiguë, et
ainsi leur assurer un lien et une
proximité dans les dimensions du continuum
conceptuel, créant ainsi un lien
de synchronicité. Par l'accession à cette
dimension, nous pouvons facilement
nous placer, (pour faire une comparaison et donner une
image) dans la
position d'assumer celle (la position) du point de vue que
peut donner l'ajout
de la troisième dimension à l'univers d'un
point fondamental qui devrait se
servir de sa connaissance, accrue par le fait même
de notre révélation, pour
expliquer à un autre point sans dimension propre
lui-aussi mais situé, quant à lui, sur un cercle dont
il assure une partie minime de la réalité, lui
expliquer
donc que son univers "réel" n'est pas infini
même s'il est sans limite, puisque
sans début ni fin..."
"Ce concept devrait avoir tendance à défier
la
compréhension et « le simple gros bon sens
» du petit point qui s'est toujours
imaginé comme appartenant à une vraie «
droite » peut-être infini, mais
sûrement non récursive; un peu comme notre
bon vieux monde réel qui,
pense-t-on a peut-être eu un début (Big Bang
ou Création par Dieu) et
connaîtrait donc éventuellement une fin..."
"Ainsi, par rapport à des points précis de
l'existence en temps que telle dans la dimension « temps
réel » et n'importe où en fait
dans les dimensions de « l''espace réel
», nous pouvons les rapprocher en
les embrassant ici-même, dans les dimensions espace
et temps du concept et leur assurer une nouvelle
réalité, tout aussi indéniable en les inscrivant
ipso-facto dans un rapport de pure synchronicité. Puisque nous
sommes tous
deux nous-mêmes, moi l'auteur et toi lecteur-e, en
plus de notre réalité «
ordinaire », des « points-concepts » de
notre propre connaissance et
conception, alors moi l'auteur j'ai en moi tous mes
personnages, ça tu devais
t'en douter, mais sache que, d'une certaine façon,
je suis aussi tous ces
mêmes personnages, bien que je ne sois vraiment
aucun d'eux, (...encore que
le personnage de l'auteur dans le dernier chapitre?...)"
"D'ailleurs, toi aussi non-plus! ( ... et le personnage du
lecteur-e du même chapitre final alors? .... )!?!?!"
... ... ...
"À cause du simple fait de
mon/ton/son/votre/notre/leur
leur existence de personnages de ce roman comme telle, ils
sont aussi tous
non-moi d'ailleurs évidemment!?!?!?!"
... ... ...
"Un peu de la même façon qu'en dépit
de toute
l'identification que l'on voudra, je ne suis pas toi, pas
plus que tu n'est moi,
même si dans l'univers de l'imaginaire et du concept
tu es si près de moi et
moi de toi, chèr-e lecteur-e, que,
synchronicité oblige, je te vois très bien moi
aussi, bon! ... ... On dit ça, mais... .... Bof...
D'ailleurs, que tu le veuilles où non, saches que tu fais bel
et bien partie de mon univers conceptuel toi-aussi,
comme je fais également partie du tien, puisque tu
me lis encore en ce
moment même... Évidemment, je suis
peut-être un peu moins présenrable que
toi: d'abord, lorsque j'écris ces lignes nous
sommes l'été, je suis installé dans
la grande maison décagonale, dite de Jean, il fait
autour de trente de degrés
celsius à l'extérieur et je suis en tenue
très, très légère... De toutes
façons,
avec une histoire comme je viens d'en écrire une,
je n'ai absolument pas eu
honte de me mettre complêtement à nu pour la
galerie... ou pour le-la lecteur-e
invisible! Alors, SVP chèr-e complice, pas de
fausse pudeur inutile entre
nous! ... Bon, merci. ... Si bien que j'ai presqu'envie de
te chatouiller chèr-e lecteur-e, là tout de suite, pour
te réveiller. ... Après tout, je n'aime pas qu'on
somnole en me lisant! Non mais! ... Comprends-Tu? ...
Ça ne te touche pas? ... OK, tant pis ou tant mieux. ... En
tout cas, SVP, n'oublies pas que
dorénavant nous sommes donc unis (à jamais
au moins, sinon plus longtemps
encore!) dans le monde de l'imaginaire en ce moment
même précisément par
ce que j'écris et par ce que tu lis en ce
même (?) moment où tu me lis... En ce
qui me concerne, il s'agit du même deux moments
différents que j'aime bien
lui-même tous les deux (!?!?!)."
"En ce moment en question (sic) donc, chèr-e
lecteur- e, nous ne communiquons pas via un sens de "toucher total"
comme Paul,
Emmanuelle, René et leurs amis, soit, mais il me
fait extrêmement plaisir
d'affirmer ici que toi et moi, chère
lecteur-e/auteur, nous communiquons par
l'intermédiaire du sens le plus puissant qui soit
(ou serait!) pour rendre le réel
sublime: L'IMAGINATION."
"Phénomène trippant" et peut-être
même érotique, (en
ce qui me concerne tout au moins: pourquoi pas, surtout si
tu appuie un peu
sur le « E » du mot « lecteur-e » et
que t'es jeune et plutôt jolie?) , non? Bof,
tant pis, je déconne! Mais quoi qu'il en soit,
j'imagine qu'on se comprend..."
...
"Mon imagination a créé un monde, je l'ai
écrit et il es
devenu. ... Merveilleux non? Au fait, l'est-il pour toi
(merveilleux), ce monde
où on se côtoie toi et moi? Allez,
laisses-toi aller... s'imaginer un monde où est
soi-même beau/belle, heureux(se), en santé,
épanoui(e), etc... c'est vraiment
pas si difficile que ça... voilà, il l'est
maintenant pour toi aussi. ... Youppy! ...
C'est quand même mieux comme ça, non?"
... ...
- "Et tout ça, à nos risques et
périls à tous!"
- "Bien oui, j'en ai bien peur, mais que voulez-vous, un
roman c'est toujours un peu comme ça, sans l'avouer
bien-sûr la plupart du
temps!"
... ...
"Non, ne me remercies pas, chèr-e lecteur-e, en
lisant
ces mots, tu viens toi-même de nous recréer
mutuellement et nous raccorder
à l'existence, alors... Je sens que tu existe(ra)s
et tu dois bien te douter que
j'existe aussi! Je suis donc autant que tu sais que je
suis et pour moi, tu es au
moins autant que je sais que tu es... bref qui sommes
nous? ... Perdu? ... Bof,
t'en fais pas, l'auteur aussi... alors tu imagines le
tableau, chèr-e lecteur-e!"
"De toutes façons, j'espère que tu choisiras
d'imaginer
nos deux réalités ainsi unies par
synchronicité avec au moins autant de
beauté, de plénitude et d'amour que je les
imagine moi-même. S.V.P., créons
nous bien, beaux, heureux et en santé;
comblés quoi! ( - ça coûte pas plus
cher! - selon la formule consacrée...) Merci
à nous deux vieille branche!"
"Il me fait tellement plaisir d'écrire cette
Lapalissade:
tant qu'à faire, il vaut sûrement mieux
imaginer sa propre vie avec confiance,
connaissance et reconnaissance, joie, amour,
plénitude, satisfaction et, (pourquoi pas: c'est tellement
plus drôle!) beaucoup d'imagination!
Et vive l'Imagination Totale.
Gilbert
Lachapelle
Gilbert Lachapelle, auteur
PS.:
Au fait, c'est bien en Claudine que je disais tout le
temps
que je suis un(e) incorrigible bavard(e)? ... On dirait
que je le suis autant sur papier,
ici et maintenant! ... Bof, on n'a pas que ce
délire là à faire, hein?!?
À bon lecteur-e, salut!
P.P.S.:
Pour finir, si jamais tu rencontres un être
inorganique ou le messager des rêves dans un de tes
périples entre ton monde de tous les jours et un de ceux des
auteurs que tu fréquentes, méfies-toi: on ne sait
jamais quels
srtatagèmes sournois une de ces entités peut
employer pour t'inciter à rester, tu
serais alors prisonnier de son monde...