| La transition du couloir de la mort vers la prison normale
Comme la plupart de ceux qui vont lire ceci le savent d�j�, un �v�nement historique s�est produit dans l�Etat du Texas le 1er mars 2005. La cour supr�me des Etats-Unis, dans le dossier Roper contre Simmons, a d�cid� qu�il �tait inconstitutionnel d�ex�cuter quiconque �g� de moins de 18 ans au moment des crimes reproch�s. Dans l�Etat du Texas, cette d�cision concernait pas moins de 29 personnes. Et j�en faisais partie ! Je voulais donc �crire ici un petit compte-rendu de mon voyage. Le 1er mars 2005, j��tais dans ma cellule du couloir de la mort, et je me souviens que j�ai entendu quelques personnes commencer � se hurler d�une section � l�autre � propos d�une d�cision de la cour supr�me que nous attendions tous. Roper contre Simmons ! Je me suis mis � �couter la station de radio � Kstar country news � et ce que j�ai entendu m�a caus� l�une des meilleures sensations que j�ai jamais ressenties. La radio disait que la cour supr�me des Etats-Unis, par un vote ETROIT de 5 voix contre 4, interdisait d�sormais l�ex�cution des personnes mineures. TANT de vies sauv�es par juste une, UNE, voix ! Quand je l�ai ainsi entendu par moi-m�me j�ai �t� rempli de joie, mais incertain de la fa�on dont je devais r�agir. Je me disais : � est-ce que j�ai bien entendu ce que j�ai cru entendre ? �. C�est quand j�ai entendu les cris, les applaudissements et les exclamations joyeuses dans toute la section que j�ai eu la confirmation que j�avais bien entendu ! Je ne pouvais rien faire d�autre que sourire ! SOURIRE ! J��prouvais une joie immense mais je savais aussi que je devais rester discret et ne pas trop montrer ma joie l�, dans le couloir de la mort. Nous n��tions que 29 � b�n�ficier de cette d�cision sur les plus de 450 d�tenus du couloir de la mort ! M�me si mon c�ur d�bordait et que j�aurais voulu crier mon bonheur, je me suis contenu par respect pour les sentiments des autres autour de moi. Peu apr�s l�annonce de la d�cision, alors que j�attendais de savoir ce qui se passerait ensuite, j�ai repris le cours normal de ma vie dans le couloir de la mort. Passer une heure par jour en r�cr�ation, et les 23 autres heures de la journ�e en cellule. J�ai remarqu� que plusieurs personnes dans des cellules autour ont commenc� � agir diff�remment. Certains, � qui je n�avais jamais adress� la parole auparavant, ont commenc� � mal me parler, � essayer de faire des histoires. J�ai juste attribu� �a � de la jalousie. Je sais que je serais jaloux si j��tais de l�autre c�t�, � ne pas pouvoir b�n�ficier de cette d�cision. J�ai donc ignor� toute cette n�gativit� et ai continu� de m�occuper de mes affaires en attendant de savoir QUAND je quitterais le couloir de la mort. J�ai �t� arr�t� le 3 janvier 1995 et envoy� dans le couloir de la mort en novembre 1996, soit pratiquement une d�cennie dans le couloir. En 1999, suite � une �vasion, l�ensemble des condamn�s � mort du Texas ont �t� enferm�s seuls dans une cellule. On appelle cela � Ad Seg �. � Ad Seg � signifie concr�tement pas de contact humain, seulement une heure de r�cr�ation par jour et cette heure est pass�e seul, toutes les fois que vous quittez votre cellule vous �tes menott� et encha�n�, comme un animal ! Pas de t�l�vision, la cellule est comme une tombe, avec une mince fente pour toute fen�tre, tout en haut du mur du fond. Sur le mur d�en face il y a une solide porte en acier. Les conditions de d�tention y sont mauvaises, et c�est peu de le dire ! C�est tr�s inhumain, un incubateur pour la folie � beaucoup deviennent fous, un certain nombre se suicident, ou d�cident d�abandonner leurs appels et de laisser l�Etat les suicider pour eux. Toutes ces ann�es dans le couloir de la mort, � voir les amis autour de moi se faire assassiner par l�Etat. La premi�re fois que j�ai entendu parler de la d�cision ma premi�re pens�e a �t� pour ceux d�j� ex�cut�s qui auraient pu en b�n�ficier. Tous ces bons gars solides et les autres prisonniers que j�ai appris � conna�tre, et un jour on leur dit de faire leur sac, qu�ils vont dans la section A (la cellule d�observation), et trente jours apr�s vous lisez dans le journal que l�Etat les a assassin�s� C�est une chose que tous craignaient, de s�entendre dire � fais ton sac, tu d�m�nages �, personne n�a envie d�entendre qu�il va en section A ! Je remuais tout �a dans ma t�te, toutes ces pens�es et bien d�autres, trop pour les �crire ici si je veux finir ce texte, on pourrait en faire un livre ! SOURIRE ! Apr�s plusieurs semaines � f�ter la d�cision, j�ai commenc� � me demander ce qui se passait ! Le 1er mai �tait d�j� pass� et rien ne se produisait, j��tais toujours enferm� dans la m�me cellule du couloir de la mort. Finalement le 11 mai, une escorte est venu me chercher pour m�emmener dans le bureau du directeur signer des papiers. Quand je suis entr� plusieurs personnes �taient l�, les deux qui ont parl� principalement m�ont dit qu�elles repr�sentaient la commission des gr�ces du d�partement de la justice du Texas. Elles mont tendu un papier et m�ont demand� de le signer, m�ont dit qu�elles �taient ici pour m�informer du fait que la commission avait examin� mon dossier et avait d�cid� � l�unanimit� de commuer ma peine, recommandation qui allait �tre transmise au gouverneur du Texas. Quoi ? Une d�cision unanime ? Ces gens n�avaient aucune marge de manoeuvre en la mati�re, ils �taient oblig�s de commuer ma peine en vertu de la d�cision de la cour supr�me ! J�ai refus� de signer le papier, je n�ai aucune confiance dans le syst�me, ils sont tous des escrocs corrompus ! Tout cela me semblait louche. Je me demandais � Est-ce un pi�ge ? Est-ce que ce document ne pourrait pas signifier que je renonce � mes appels si je le signe ? Est-ce que �a ne risque pas de signifier que j�accepte une peine de prison � vie ? PAS QUESTION, pas question que je signe un accord pour une peine de prison � perp�tuit� alors que je suis innocent ! Pour commencer je ne devrais m�me pas �tre en prison ! �. Ils m�ont vite remis les menottes, �crit sur le document que j�avais refus� de le signer, m�en ont donn� une copie et reconduit � ma cellule. J�ai entendu dire que plusieurs autres avaient refus� de signer aussi. Bien jou� ! Cette m�me nuit, ils sont venus me dire de pr�parer mes affaires car je d�m�nageais. J�ai lentement demand� o� j�allais, ils mont r�pondu � section F � ! Je les ai entendu dire aux autres qu�ils allaient �galement �tre transf�r�s en section F. C�est une section disciplinaire o� ils enferment les fauteurs de troubles et les prisonniers violents. Sur le dessus de la porte en acier il y a de grands boucliers en plastique, et de grosses bo�tes en acier autour de la fente � travers laquelle ils glissent les plateaux repas. Ils nous ont tous transf�r�s, les 29 prisonniers, dans les parties E et F de la section F. Ils ont ainsi d� d�placer les prisonniers class�s en niveaux disciplinaires 2 et 3 pour nous installer. Je suppose que c��tait pour eux une fa�on de nous faire ch� une derni�re fois, de nous mettre dans des cellules disciplinaires jusqu�� notre d�part. Bon, au moins nous savions que les choses �voluaient, que ce ne serait plus long � pr�sent. Apr�s mai, ce fut juin, et toujours rien ! Je commen�ais � m�agiter ! J��tais vraiment pr�t � quitter ce trou de l�enfer ! Puis le 20 juin, ils nous ont annonc� au haut-parleur, � mon voisin et moi, que nous devions faire nos bagages pour partir. Quand j�ai demand� o� nous allions, j�ai eu la r�ponse tant redout�e � Vous allez en section A �. QUOI ? Mes paroles suivantes ont �t� : � Je veux voir un officier maintenant ! �. L�officier est descendu nous expliquer que nous allions dans les cellules 53 et 54, c�te � c�te, parce qu�ils avaient besoin de nos cellules pour mettre des personnes en isolement. En fait, la cellule d�observation de ceux qui ont une date d�ex�cution se trouve dans la partie F de la section A, et nous allions dans la partie D de la section A. Donc juste � deux parties de ceux qui avaient une date d�ex�cution ! Je peux vous dire que c��tait un sacr� retour � la r�alit�, et surtout parce que j�avais deux amis, que je connaissais depuis longtemps, qui �taient sur le point d��tre ex�cut�s ! La seule chose positive de ce transfert, c�est que j�ai pu leur faire part de mon amiti� avant leur ex�cution. Apr�s quelques jours pass�s l�, j��coutais la radio quand j�ai entendu que le gouverneur Perry avait suivi la recommandation de la commission des gr�ces et sign� une commutation g�n�rale pour tous les mineurs condamn�s � mort. De nouvelles c�l�brations ont suivi ! Mon voisin et moi avons f�t� �a cette nuit-l� ! Nous savions � ce moment-l� que ce ne serait plus tr�s long. La nuit suivante, le 23 juin, ils m�ont convoqu� au bureau, ainsi que mon voisin. Ils nous ont emmen�s l� et nous y avons rencontr� les m�mes personnes de la commission des gr�ces que la fois pr�c�dente, la m�me femme avec les papiers qu�ils voulaient nous faire signer. Je lui ai dit que je voulais lire le formulaire avant de le signer, elle l�a tourn� vers moi et a dit que c��tait une copie des papiers de commutation sign�s par le gouverneur, et une notification de ma commutation de peine. J�ai lu les deux papiers et je n��tais pas � l�aise avec la fa�on dont ils �taient r�dig�s, donc pas question que je les signe, pour les m�mes raisons que la fois pr�c�dente. Le formulaire disait � sentence commu�e POUR la prison � vie au Texas Departement of Criminal Justice � au lieu de � sentence commu�e EN prison � vie �. Ils aiment jouer sur les mots dans le syst�me judiciaire texan, il faut conna�tre le syst�me pour comprendre � quel point UN SEUL MOT peut vous affecter, vous et vos appels, ou m�me mettre en danger votre droit � des appels. Donc j�ai refus� de signer les formulaires et on m�a renvoy� dans ma cellule. Le jour suivant, le 24 juin, c��tait le jour de la r�cr�ation ext�rieure. Dans le couloir de la mort il y a deux petites cours en forme de triangle s�par�es par des barreaux et du fil barbel�, dans lesquelles deux personnes en m�me temps peuvent passer leur heure de r�cr�ation. Mon voisin et moi sommes all�s en r�cr�ation dans ces cours vers 10 heures du matin, et nous n�y �tions pas depuis dix minutes que le garde est venu nous dire de faire nos bagages, que nous allions dans l�unit� de Byrd, qui est une unit� p�nitentiaire de transit o� l�on met les prisonniers le temps de leur affecter un nouveau num�ro d��crou et une peine. Nous �tions tous deux tr�s excit�s, en attendant que les gardiens viennent nous chercher. Mais en quittant la cour, et en revenant dans la section F, la r�alit� m�a � nouveau saut� � la figure. Surtout quand j�ai regard� et aper�u un ami de longue date, dont la date d�ex�cution �tait fix�e � la semaine suivante, debout devant sa porte et me regardant quitter cet endroit, quitter cet enfer sur terre. Je l�ai regard�, cherchant les mots justes� rien, que des �changes de regards silencieux jusqu�� ce que je dise � soit fort, mon pote, et garde la t�te haute ! �. Puis je suis pass�, suis retourn� dans ma cellule et ai emball� mes affaires. Dix minutes plus tard les gardes sont venus chercher mes sacs, et ont dit que les fourgons qui devaient nous transporter arriveraient dans moins d�une heure, nous devions nous tenir pr�ts ! Enfin, l�heure �tait venue de quitter cet enfer sur terre, de passer au chapitre suivant de ma lutte, au chapitre suivant de ma vie. Trois quarts d�heure plus tard ils �taient l�, me disant � On y va ! �. Ils m�ont pris, m�ont d�shabill�, m�ont juste donn� une combinaison � mettre, et ont essay� de me prendre mes tennis �galement, j�ai refus� ! Pas question, je ne vais pas aller pieds nus dans une nouvelle prison, ils sont fous ! Apr�s plusieurs minutes de discussion, moi n��tant pas d�accord pour sortir comme �a, ils ont finalement d�cid� de me laisser en chaussure, � mais pas de chaussettes �. Et me voil� parti, cul nu sous ma combinaison, et des chaussures, pas de chaussettes, et encha�n� de la t�te aux pieds. Traversant le hall en trottinant vers la porte du b�timent du couloir de la mort, tout en pensant que c�est la derni�re fois de ma vie que j�ai � traverser ce hall ! MERCI MON DIEU ! Je suis sorti, trois fourgons attendaient. J�ai �t� mis dans le dernier, et alors que je trottinais pour y monter j�ai entendu des coups sur les petites fen�tres des cellules, j�ai lev� les yeux, et vu mon ami me regarder, bon sang, je me sentais mal. Moi, � deux pas de la libert�, et lui, sur le point d��tre ex�cut� par l�Etat. Bon sang ! Ils nous ont charg�s dans le fourgon, ils en ont emmen� seulement 14 ce vendredi-l�, 7 dans un fourgon et 7 dans l�autre, et toutes nos affaires dans le troisi�me. Une fois que nous sommes tous mont�s, nous sommes partis ! Au d�but tout le monde parlait beaucoup, nous �tions tous excit�s et heureux, mais d�s que nous avons quitt� l�unit� p�nitentiaire et avons commenc� � rouler � travers villes et villages, tout le monde est rest� silencieux, chacun se d�vissant la t�te pour voir le paysage, la libert� et les gens ! Des choses si simples dont les gens ne r�alisent pas � quel point elles sont importantes, ou combien elles peuvent manquer, quand on en est priv� ! Tout le monde �tait �bahi ! Ils nous ont emmen� � Byrd, o� ils nous ont plac�s dans une aile isol�e avec seulement 15 cellules. Nous �tions enferm�s 24 heures ! Les cellules �taient encore plus petites que dans le couloir de la mort, 5 pieds sur 9. Nous �tions juste contents d��tre sortis du couloir de la mort, personne ne s�est trop plaint. En fait ils �taient m�me sympa avec nous l�-bas, une fois Polunsky quitt� tout a chang�. Ils ont en fait commenc� � nous traiter comme des� �tres humains ! Les gardiens de l�unit� venaient nous voir chaque jour et nous demandaient si tout allait bien. Nous devions toujours �tre menott�s pour aller � la douche ou donner nos empreintes digitales, mais les choses s�am�lioraient un peu. Les gardiens nous ont dit que nous ne resterions pas longtemps car ils �taient press�s de se d�barrasser de nous ! Ils ont m�me dit que ce d�m�nagement du couloir de la mort devenait une v�ritable affaire politique, qu�il y allait y avoir de gros bonnets dans le coin, qu�ils ne voulaient rien avoir � voir avec cette histoire, et donc qu�ils allaient se d�barrasser de nous aussi vite que possible, et il avait raison. En moins d�une semaine ils avaient exp�di� 5 gars ! Le lundi suivant les autres mineurs du couloir de la mort ont �t� transf�r�s � Byrd, et mis dans diff�rentes ailes, nous ne les avons jamais rencontr�s. Durant les deux semaines suivantes les gens ont commenc� � partir, quelques-uns ici et quelques-uns l�. Je savais que mon tour viendrait bient�t ! Finalement le 14 juillet ils m�ont dit de pr�parer mes affaires, que je partais le lendemain matin ! C��tait un soulagement aussi, car � rester dans cette petite cellule 24 heures sur 24, je commen�ais � me sentir mal ! Le matin suivant, 15 juillet, vers 5 heures du matin, ils sont venus � ma porte et m�ont dit � on y va �. Pour la premi�re fois on m�a donn� un pantalon et un t-shirt normaux. Fini la combinaison de prison. Ils m�ont menott� pourtant. J��tais le seul ancien condamn� � mort � partir encha�n� ce matin-l�. J�imaginais que je serais capable de me m�ler aux autres prisonniers de droit commun et qu�on cesserait de me traiter diff�remment, avec tant de pr�cautions particuli�res de s�curit�. Quand je suis descendu � l�aire de d�part de Byrd, il y avait 4 grandes cages, en m�approchant j�ai pu voir qu�il y avait 30 et 20 prisonniers respectivement dans les deux de gauche, et celles de droite, un prisonnier seulement dans la premi�re et aucun dans l�autre. On s�est arr�t�s et le fonctionnaire avec les papiers a dit : � est-ce que c�est le condamn� � mort ? � et l�autre a r�pondu oui. Alors le premier a ouvert la cage vide et m�a plac� dedans tout seul. Bon sang, j��tais encore une fois trait� � part ! J�ai demand� pourquoi. Le gardien m�a r�pondu qu�il ne savait pas pourquoi, on lui avait dit de me mettre tout seul dans une cage pour le transport. En gros, tout �a parce que je venais du couloir de la mort ! Du coup, je me suis encore retrouv� encha�n� de la t�te aux pieds, j�ai attendu une heure que le fourgon vienne, et j�ai finalement �t� embarqu� avec un autre type, lui aussi encha�n� ! Dehors il commen�ait � faire jour, je pouvais voir les gens et les voitures passer. C��tait tellement extraordinaire pour quelqu�un qui avait pass� plus de six ans � ne voir que du b�ton et de l�acier dans une cellule en isolement, depuis le transfert de la prison d�Ellis � celle de Polunsky. Nous sommes d�abord all�s � la prison de Wynne d�poser un prisonnier, puis nous sommes all�s � Walls, celle o� ils ex�cutent les condamn�s ! Ils nous ont conduits dans l�all�e de derri�re, � travers tout un tas de grilles et de barri�res, loin au sein de la prison. L� les gardiens ont r�cup�r� 9 prisonniers de plus ! Le fourgon n��tait pas si gros, et ils nous ont entass�s comme des sardines l�-dedans. Puis on est all�s � la prison de Ferguson, d�poser 7 prisonniers, r�cup�rer un autre qui allait �tre lib�r� le jour-m�me ! Celui-l� a �t� reconduit � Walls. Enfin nous avons �t� conduits � Eastham, o� nous sommes arriv�s vers midi. L�, j�ai �t� d�barqu� avec deux autres prisonniers et le fourgon est reparti. Ils nous ont emmen�s directement � l�isolement, et l� j�ai encore une fois �t� distingu�, mais cette fois pas � propos du couloir de la mort, le gardien avait juste une feuille sur moi ; et il m�a dit qu�on allait me mettre dans une cellule de transit le temps qu�on me classifie et qu�on m�attribue un statut dans la prison. Ils ont enlev� toutes mes cha�nes, me laissant seulement menott� dans le dos, et m�ont conduit dans une aile de transit, en fait une sorte d�aile de confinement. Encore en isolement. C��tait vendredi, et ils m�ont dit que je ne recevrais sans doute pas de classification avant lundi ! J��tais �nerv� car j�avais encore l�impression qu�on me traitait diff�remment des autres parce que je venais du couloir de la mort, alors que j�avais b�n�fici� d�une gr�ce officielle. Enfin heureusement, j�ai pu discuter le jour de mon arriv�e avec un garde, je lui ai expliqu� ma situation, comment je voulais juste un peu de libert� et �tre trait� �quitablement, comme tous les autres, et il a commenc� � m�appr�cier. Nous avons parl� environ une heure et il a dit qu�il allait passer un coup de fil et revenir, et quand il est revenu il m�a dit de me pr�parer car j�allais �tre class� imm�diatement ! Et en 15 minutes ils sont venus me chercher pour la classification ! Cool ! J�ai eu de la chance ! Donc ils m�ont mis � attendre mon tour. Un vieil homme est sorti de la salle o� se faisait la classification et a demand� aux gardiens de m�enlever les menottes, ce qu�ils ont fait � et je n�en ai plus jamais eu depuis ! Il m�a fait entrer dans le bureau, et je dois dire que ce vieil homme a �t� le premier � me traiter avec respect comme un homme normal. Lui, et ce gardien gr�ce � qui j�ai pu �tre class� tout de suite. Depuis le d�but de mon voyage ce vieil homme �tait le premier � se comporter normalement avec moi, partout ailleurs les gardiens avaient agi comme si je les effrayais juste parce que je venais du couloir de la mort. M�me apr�s qu�il a fait enlever mes menottes et que les gardiens ont quitt� la pi�ce, que nous �tions seuls et qu�il m�a dit de le suivre, et qu�il a march� devant moi, je me suis senti� humain � nouveau. Dans son bureau il y avait le directeur et plusieurs autres personnes. Je me suis assis et en gros ils m�ont pos� des tas et des tas de questions. Nous avons parl� pendant 30 � 45 minutes. J�ai dit de fa�on directe au directeur que je voulais un peu de libert�, et qu�on me donne ma chance. Ils m�ont ensuite demand� de sortir un moment, et je suis rest� dehors, debout, tout seul, sans personne autour, avec tous ces bureaux, et PAS DE MENOTTES. Cela ne m��tait pas arriv� depuis mon arrestation le 3 janvier 1995� Cela me faisait vraiment bizarre, et c�est � ce moment-l� que j�ai compris � quel point ma vie allait changer. Ils m�ont rappel� dans le bureau, et le directeur a dit que j�allais commencer comme G3, ligne 1, et que descendre ou monter dans les statuts d�pendait de moi. J�ai demand� ce que signifiait ce classement, et ils m�ont dit que tous les prisonniers qui arrivent ici commencent � ce niveau-l� de privil�ge. Pendant qu�il expliquait je me suis dit � enfin, j�ai une chance de pouvoir me m�ler aux autres et ne pas �tre distingu� par les gardiens ! �. Apr�s 30 minutes de discussion ils m�ont dit d�aller prendre mes affaires dans ma cellule, et d�aller chercher un document sur l�aile o� j�allais vivre. Plus de menottes ! Cool ! J�ai march� dans le couloir normalement, mais perdu, je ne savais pas o� menaient les portes ! Il y avait des portes en acier tout le long, j�ai juste march� jusqu�� ce que je voie la porte d�o� j��tais venu, j�ai demand� � une gardienne comment faire pour entrer, elle a rit, m�a demand� si j��tais nouveau dans la prison, et m�a dit de frapper � la porte, qu�on m�ouvrirait. Donc je suis all� chercher mes affaires, puis je suis revenu demander les documents au comptoir, o� l�on m�a remis une feuille avec un nom d�aile et un num�ro de cellule. J�ai demand� comment y aller. Et on m�a laiss� traverser la prison, ce qui est une exp�rience en soi quand on a �t� enferm� en isolement pendant si longtemps ! Arriv� � mon aile j�ai montr� mon papier et la gardienne m�a laiss� entrer. Dans ma cellule j�ai vu qu�il y avait une autre personne, j�ai vu qu�il y avait deux paillasses, dans une petite cellule de 5 pieds sur 9, avec un lavabo et des toilettes, et c�est alors que j�ai r�alis� que j�allais avoir un compagnon de cellule ! Nous deux dans cette toute petite cellule, �a allait �tre la foule ! En fait j�ai eu de la chance, mon co-d�tenu est un petit vieux qui vient du Laos. Au moins je ne suis pas tomb� sur un mastodonte de plus de 100 kilos qui remplit toute la cellule, Dieu merci ! J�ai d�fait mes affaires et demand� � mon compagnon de cellule � quelle heure �tait la r�cr�ation � il �tait � peu pr�s 4 heures de l�apr�s-midi. Il m�a dit que le repas �tait � 4h30 et la r�cr�ation de 7 � 9h ! Je me suis habill� et tenu pr�t pour la sortie suivante. Finalement, � 4h30, j��tais pr�t � partir avec tout le monde. Quand ils ont ouvert les portes de l�aile, j�ai suivi le mouvement. C��tait vraiment bizarre d��tre au milieu de tous ces gens, en fait je ressentais des bouff�es d�angoisse. Le r�fectoire est un grand espace ouvert avec plein de tables, et quand je suis arriv� devant tous ces gens j�ai pens� � Waouh, quel changement ! �. J��tais comme sonn� ! Apr�s �tre rest� comme �a au milieu d�environ 200 personnes, j�ai � nouveau suivi le flot de personnes vers la sortie, et vraiment j��tais perdu ! Je ne savais pas o� j�allais. Finalement j�ai rep�r� deux t�tes chauves venant de mon aile, et je les ai juste suivis. Les gardiens ont fait patienter tout le monde pour le d�compte, donc le temps de compter tout le monde �a a pris environ une heure, et pendant tout ce temps je r�fl�chissais, me laissant envahir par les sensations. Essayant de m�adapter. Apr�s �a ils nous ont appel�s pour la r�cr�ation dehors, tout le monde est � nouveau sorti. Encore une fois je suis sorti en courant, me suis mis en file indienne et ai simplement suivi la foule qui traversait le hall d�entr�e pour aller � l�autre bout de la prison. Nous avons pass� deux doubles portes, ils nous ont fait passer ces portes, nous ont d�shabill�s, ont fouill� les v�tements puis nous ont laiss�s nous rhabiller, et enfin ont ouvert les portes ext�rieures. Quand je suis sorti je ne pouvais pas en croire mes yeux, tellement c��tait grand, au moins la taille de deux terrains de football, avec un terrain de basket, un terrain de handball, une piste de courses et plusieurs machines pour la musculation, et BEAUCOUP d�herbe et de poussi�re ! Il m�a fallu rester dans un coin et dig�rer tout �a pour commencer. Je me suis accroch� � la grille pour contempler tout �a, et tous les gens dehors, il y avait peut-�tre pas loin de 300 personnes sur ce terrain. Des gens partout ! J��tais compl�tement surpris par tout �a, je ne pouvais en croire mes yeux. Je crois que la plupart d�entre vous, qui me lisez, ne pouvez pas comprendre d�o� je viens, mais d�avoir pass� tout ce temps dans le couloir de la mort, depuis 1996, en �tant en plus enferm� en isolement depuis 1999, priv� de tout contact humain ou m�me d�un simple rayon de soleil direct, je peux vous dire que �a vous affecte. Je n�ai pas vraiment r�alis� le mal que cet emprisonnement m�a fait et � quel point il m�a affect�, avant ce vendredi soir dans la cour de r�cr�ation de la prison. Pour �tre compl�tement sinc�re, ces ann�es dans le couloir de la mort m�ont affect� mentalement, un peu. N�importe qui, enferm� comme je l�ai �t�, comprendra ce que j�ai v�cu. Enfin bref, j��tais dans la cour de r�cr�ation, il faisait encore jour quand je suis arriv�, et je restais l� � tout examiner. Apr�s trente minutes j�ai commenc� � marcher le long de la piste, qui entoure tout le terrain. J�ai juste march� lentement autour du terrain, regardant tout, l�herbe, la poussi�re, respirant l�air, les odeurs, observant diff�rents oiseaux, les gens qui couraient, pensant � ma vie, perdu dans mes pens�es. C��tait la premi�re fois que je marchais dans l�herbe ou la poussi�re depuis dix ans ! La premi�re fois que je pouvais marcher sans �tre compl�tement encha�n� depuis des ann�es ! Je ne sais pas ce que les autres ont pens� de moi en me voyant, j��tais vraiment secou� ! Je pense que les autres l�ont compris car personne ne s�est approch� de moi � moins de trois m�tres pendant les deux heures de r�cr�ation ! Je n�avais vraiment pas r�alis� � quel point les conditions de vie dans le couloir de la mort sont inhumaines et priv�es de tout, jusqu�� cette nuit � Eastham Unit. Je crois que j�ai fini par m�habituer � vivre comme �a, que j�ai fini par ne plus y faire attention. Comme un instinct de survie qui vous pousse � vous adapter � votre environnement. Je suppose que ce qui m�a poss�d� � Polunsky m�a permis de survivre au milieu de cet enfer. Cela me rend malheureux de penser � tous ceux que j�ai laiss�s l�-bas, et qui vivent encore dans ces conditions atroces. Surtout les amis que j�avais. J�ai en fait grandi dans le couloir de la mort, j�ai �t� emprisonn� � 17 ans, suis arriv� dans le couloir de la mort � 19, et y suis rest� jusqu�� mes 28 ans. J�ai grandi l�-bas, ce sera toujours une partie de moi, de ma vie. Mais maintenant c�est un nouveau chapitre de ma vie qui commence. Je suis tellement heureux et reconnaissant, je remercie Dieu toutes les nuits pour le soutien et l�amour de gens merveilleux qu�il me donne, sans cet amour et ce soutien hors du couloir de la mort je ne crois pas que j�aurais tenu le coup si longtemps ! Je ne crois pas que les gens r�alisent � quel point sont importants l�amour et le soutien pour quelqu�un qui a v�cu ce que j�ai v�cu, et qui vit ce que je vis aujourd�hui ! C�est vraiment essentiel pour survivre ! Cette premi�re nuit, dehors, je ne peux m�me pas mettre des mots sur tout ce que j�ai ressenti, toutes les �motions que j�ai eues. Regarder le soleil se coucher, la lune se lever. C��tait absolument �tonnant ! Pas de cha�nes, pas de gardiens de chaque c�t�, pas de brimades, pas de confinement dans une cellule, c��tait comme si j��tais arriv� dans un monde compl�tement diff�rent. Je n�oublierai jamais ce premier soir dehors, ce que j�ai ressenti � l�int�rieur de moi. J�ai essay� de l�exprimer, mais plus j��cris, plus je r�alise � quel point c��tait juste tellement surprenant que je ne trouverai JAMAIS les mots justes pour coucher ces sensations sur le papier. C��tait litt�ralement une exp�rience spirituelle. Pour la premi�re fois j�ai vraiment compris que j��tais sorti du couloir de la mort, que ce n��tait pas un tour que me jouait le syst�me carc�ral qui m�a opprim� toutes ces ann�es, que c��tait vrai, que ce n��tait pas un r�ve. J�ai d� me pincer plusieurs fois en marchant autour du terrain, pour me persuader que je ne r�vais pas. Quand j�ai fini mon tour j�ai enlev� mon tee-shirt et me suis allong� dans l�herbe, juste pour sentir l�herbe contre ma peau, et je suis rest� comme �a quelques minutes. J�ai pris une poign�e de terre et l�ai laiss� couler entre mes doigts, et je me suis pinc� � nouveau ! Merci mon Dieu ! J�ai r�ussi ! J�ai dit une pri�re, l�, dans la cour. Mais ma lutte n�est pas finie. Maintenant que ma peine a �t� commu�e en prison � vie, cela signifie que je dois attendre 40 ann�es en prison avant de pouvoir demander une lib�ration conditionnelle ! C�est toute une vie ! En plus, je ne vais plus avoir droit � un avocat commis d�office, au Texas vous n�y avez droit que quand vous �tes condamn� � mort, pas pour des peines de prison. C�est pour cela qu�il y a plus de prisonniers au Texas que dans n�importe quel autre Etat ! Les indigents n�y ont pas droit � l�aide juridictionnelle ! Maintenant il me faut collecter suffisamment d�argent pour engager un avocat qui s�occupera de mes appels. Nous en avons trouv� un qui accepterait de se charger de mon dossier pour 10 000 dollars. C�est pourquoi je prie tous ceux qui liront ce texte, s�ils peuvent m�aider � atteindre ce but, de m�aider � engager cet avocat qui va me d�fendre en appel et me permettre de retrouver la libert�, qu�ils contactent : Tina [email protected] C�line (en France) [email protected] Toute aide est la bienvenue, qu�elle soit grande ou petite. Au nom de la justice, s�il vous pla�t, aidez-moi ! Je suis all� trop loin dans cette lutte pour m�arr�ter maintenant. Je n�ai plus droit � l�aide juridictionnelle � pr�sent, mais nous ne pouvons pas en rester l�, et j�ai besoin de votre aide pour continuer la lutte. S�il vous pla�t, envisagez de me faire un don. Vous pouvez utiliser les contacts mentionn�s ci-dessus ou bien m��crire directement � : John Dewberry Ellis Unit # 1306204 [email protected] J�esp�re que vous, qui venez de lire ceci, me contacterez. J�aimerais savoir ce que vous pensez de mon r�cit et comment vous le trouvez. Aussi, je voudrais envoyer un grand MERCI du fond du c�ur � tous ceux qui sont rest�s � mes c�t�s pendant ma lutte. Merci pour toute votre aide, votre amour et votre soutien ! Nous avons remport� une victoire et nous devrions tous la f�ter ! Mais nous ne sommes qu�� la moiti� du chemin, la bataille n�est pas termin�e. Elle ne le sera pas tant que les plateaux de la justice ne seront pas mis droits, et ma libert� rendue ! Ce qui ne manquera pas de se produire ! J�envoie paix, amour, harmonie, respect � tous ceux qui me liront ! Dans la lutte pour la justice, John Dewberry |