Juillet 1996
Courte Biographie Collective
Prisonniers ACTION DIRECTE
Militants d'Action Directe, nous sommes incarc�r�s depuis f�vrier 1987.
De notre arrestation, tous les 4 ensembles, le gouvernement fran�ais fit le symbole de la r�pression de la gu�rilla sur ce territoire. Concentrant sur
nous sa propagande et ses m�thodes contre-r�volutionnaires, il nous soumettait � l'isolement le plus stricte, r�organisant, par exemple, une
division de la maison d'arr�t des femmes de Fleury-M�rogis. Les premiers proc�s devaient donner lieu au spectacle de la toute puissance de la
justice bourgeoise. C'�tait pour elle un ach�vement dans le sens o� certains dossiers, pour lequels �taient incarcer�s d'autres camarades depuis
plusieurs ann�es, �taient enfin clos dans l'ivresse de notre "participation" � cette mise en sc�ne.
Le 1er d�cembre 1987, nous commencions notre premi�re gr�ve de faim contre l'isolement et pour le regroupement. Elle allait durer jusqu'au 15 avril
1988. Pendant ce laps de temps, 5 proc�s lors desquels 2 d'entre nous comparurent apr�s plus de 2 mois de gr�ve de la faim. Malaises, �tat �
demi-conscient, perfusions dans les coulisses, rien n'y faisait, le spectacle des Sections�Sp�ciales�(1) devait continuer.
En permanence, le pouvoir d�ploie ses forces contre les nombreuses r�alit�s antagonistes. Cependant, dans cette phase, alors qu'il y avait
d'autres militants emprisonn�s, de l'organisation ou appartenant � ces autres r�alit�s, il fit de nos arrestations, proc�s, d�tentions l'expression par
excellence de son monopole de la violence, de sa volont� de vaincre et de vaincre vite.
Proc�s repr�sentatif s'il en fut de cette d�monstration de force que celui de janvier 1989. S'agissant de traiter de l'action du commando "Pierre
Overney" contre Georges Besse, l'ultime acte de la pi�ce ne pouvait �tre qu'� la hauteur du d�cha�nement haineux de propagande qui l'avait
imm�diatement suivie. Nomm� P.D.G. de Renault par le gouvernement social-d�mocrate, il �tait un sp�cialiste des restructurations muscl�es et il
avait chaque fois licenci� des dizaines de milliers de travailleurs (34�OOO � PUK-P�chiney, 25�000 � Renault). En d�pit des tirs crois�s des valets
m�diatiques de la bourgeoisie et de ses collaborateurs syndicaux, l'action avait ainsi �t� sympathique aux prol�taires�(2). L'enjeu du proc�s �tait
donc double. D'un c�t�, il s'agissait de d�velopper encore la ligne de d�politisation de l'attaque engag�e depuis le d�but, d'un autre il fallait profiter
du proc�s pour marteler encore et encore les bienfaits de la politique n�oliberale. Aussi y vit-on deux ministres et ex-ministres t�moigner des
m�rites de G. Besse, parfait technocrate; Edith Cresson, apr�s avoir d�sign� Besse � la t�te de Renault quand elle �tait au Minist�re du
red�ploiement industriel et du commerce ext�rieur, �tait aux Affaires Europ�ennes dans le nouveau gouvernement socialiste de 1988, Andr� Giraud
avait �t� le ministre de la D�fense du pr�c�dent gouvernement de droite. Ce qu'il y avait de contradictoire dans se servir du t�moignage de deux
personnalit�s politiques de ce rang dans un proc�s contre "4 criminels fanatiques" ne pouvait que dispara�tre devant la violence du consensus
d�montr� � cette occasion par l'ensemble des forces politiques et m�diatiques. Enthousiastes, elles salu�rent notre premi�re condamnation � la
perp�tuit� avec 18 ans de s�ret�(3) comme leur propre victoire, un couronnement dans la strat�gie d'an�antissement de la lutte r�volutionnaire de
gauche.
En arr�tant la premi�re gr�ve, nous avions peu avanc� dans nos revendications. Les quelques am�nagements � notre isolation obtenus n'allaient
d'ailleurs pas durer. Deux mois apr�s ce proc�s, nous �tions de nouveau tous les quatre soumis � la torture blanche de l'isolement. Aussi en avril
89, nous repartions en lutte sur les m�mes bases d'une abolition de l'isolement et d'un regroupement politique. En juillet 89, il �tait officiellement mis
fin � notre d�tention dans des quartiers d'isolement, nous �tions partiellement r�unis, tandis qu'�tait pris l'engagement de mettre en place des
parloirs entre nous (il ne sera jamais tenu).
De fait, d�s l'automne, nous �tions confront�s � des isolements partiels dans des quartiers sp�cialement con�us � notre intention. Certes l'acquis
d'�tre regroup�s par sexe, deux femmes, deux hommes, dans ces quartiers ne fut pas remis en cause. Pour autant, la strat�gie de destruction de
l'antagonisme r�volutionnaire sur ce territoire que le pouvoir voulait exprimer � travers nous quatre ne l'�tait pas non plus.
En janvier 1991, nous commencions une nouvelle lutte. Si cette fois encore, nos revendications �taient contre l'isolement et pour le regroupement,
parall�lement, nous cherchions � construire un Front de r�sistance contre la justice de classe et la prison. Ainsi, pendant plus de deux ans,
jusqu'en avril 93, nous nous relay�mes en menant, chacun notre tour, des gr�ves de la faim d'une semaine.
En mai 1994, nous �tions condann�s une deuxi�me fois � la perp�tuit�. Avant m�me que ce proc�s n'ait lieu, il �tait clair que, mondialement, un
cycle de lutte r�volutionnaire s'�tait �puis�. Sur ce territoire, qu'elles qu'aient �t� ses erreurs, Action Directe en a sans doute �t� l'expression la
plus avanc�e. Ceci explique l'extr�me symbolisation autour de nous.
L'avenir dira qu'elle aura �t� notre contribution dans la longue marche du prol�tariat vers son autonomie politique, comme seule classe
effectivement r�volutionnaire jusqu'au bout. Comme beaucoup, dans l'histoire et dans notre g�n�ration, nous avons fait des choix qui engageaient
notre vie enti�re. Nous n'en avons aucun regret. Nos parcours individuels sont imbriqu�s � un moment d'importantes exp�riences pour le
mouvement de classe sur ce continent dans une perspective d'imbrication croissante des combats anticapitaliste et anti-imp�rialiste.
�
�
JEAN-MARC ROUILLAN avait 16 ans en 1968. Issu d'une famille de gauche, il n'�tait alors cependant pas trop politis�. Selon lui,
c'est peut-�tre ce qui lui a permis de s'engager dans la r�volte anti-totalitaire sans a�priori. Il participe aux �v�nements comme militant du
CAL (Comit� d'Action Lyc�en) des quartiers nord de Toulouse. Il s'engage ensuite dans le mouvement anarco-communiste, notamment
dans les Groupes Autonomes Libertaires. Ces quelques mois furent un moment d'apprentissage tr�s intense o� l'action directe �tait un
quotidien dans les nombreuses luttes qui parcouraient ce renouveau du mouvement r�volutionnaire. Comit�s d'occupation des usines,
gr�ves des loyers dans les cit�s, lutte contre l'�tat policier,�...
� la sortie de cette exp�rience, vu le contexte de la ville, consid�r�e � juste titre comme la capitale de l'espagne antifranquiste, il se
tourne vers le soutien aux luttes r�volutionnaires contre la dictature franquiste. Ainsi, au cours de l'ann�e 70, il fut membre du premier
noyau de l'organisation arm�e dont se dota le mouvement ouvrier clandestin de la r�gion de Barcelona (Catalunya)�: le Movimiente Iberico
de Liberacion (MIL).
Cette organisation alimentait les caisses de solidarit�, fournissait des moyens politiques et techniques aux instances auto-organis�es et
aux diff�rentes assembl�es de lutte qui surgissaient sur le terrain. Elle fonctionnait donc comme un r�seau de r�sistance antifasciste (les
GACs, Groupes Autonomes de Combat) mais aussi en d�veloppant une praxis anticapitaliste correspondant � l'�poque�: processus pour
l'autonomie politique du prol�tariat, critique radicale et anti-r�visionnisme, contre toute collaboration avec les forces "d�mocratiques" ne
cherchant qu'� am�nager le franquisme en un nouveau r�gime autoritaire de la bourgeoisie. Le MIL-GAC fut d�mantel� par une r�pression
f�roce. L'un de ses membres, Salvador Puig Antich fut le dernier condamn� politique � �tre garott� (2 mars 1974).
De retour en France, Jean-Marc oeuvre au rassemblement de nombreux groupes autonomes et libertaires pr�ts � s'engager dans le
combat arm� international contre la dictature. Naissent alors les GARI (Groupes d'Action R�volutionnaire Internationalistes) qui agiront
durant cette p�riode dans plusieurs pays europ�ens. Arr�t� en 1974, Jean-Marc est amnisti� apr�s la mort de Franco, il est lib�r� au
printemps 77.
D�s lors, il milite pour la convergence du mouvement autonome issu de l'apr�s Mai 68 avec les expressions de la nouvelle autonomie
politique prol�tarienne, principalement inspir�es par les diff�rentes th�ses italiennes, surgies dans l'apr�s 1968 et les mobilisations de la
seconde moiti� des ann�es 70. Il travaille � la formation d'organismes clandestins comme les Coordinations Autonomes et � la
g�n�ralisation d'actions de r�sistances. La cr�ation d'Action Directe, au d�but de 1978, sera l'aboutissement de ce travail.
NATHALIE MENIGON est n�e en 1957 dans une famille ouvri�re. En 1975, elle devient employ�e de banque, syndiqu�e � la CFDT
suite � une gr�ve, puis �vinc�e du syndicat, elle rejoint un groupe communiste autonome, "Camarades". � l'instar de l'Autonomia Operaia
italienne, ce groupe pr�nait la r�volte sociale anticapitaliste et anti-imp�rialiste et apportait son soutien � la gu�rilla italienne. Nathalie
participe aux r�flexions, manifestations de l'autonomie parisienne et m�ne en m�me temps une r�flexion sur la n�cessit� du combat arm�.
En 1978, avec des camarades, dont Jean-Marc, elle fonde l'organisation communiste r�volutionnaire Action Directe. Il s'agit de combattre
concr�tement le syst�me et de promouvoir l'organisation de la classe prol�tarienne et sa strat�gie op�rationnelle�: la lutte arm�e. Elle
participe avec Jean-Marc � la premi�re action revendiqu�e par l'organisation�: mitraillage du si�ge du patronat fran�ais, le 1er mai 1979.
� partir de l'automne 79, AD lance sa premi�re campagne de propagande arm�e. Elle durera jusqu'en 1980. D�s son apparition, AD
s'attaque aux locaux o� sont �labor�es, d�cid�es et appliqu�es les d�cisions les plus importantes des politiques de l'�tat. Elle d�termine
ses cibles en fonction des axes qu'elle a caract�ris�s comme d�cisifs dans la phase (politique de restructuration dans l'usine et dans les
quartiers, politique d'interventionnisme militaire en Tunisie, au Tchad et au Za�re) et plus globalement, elle pose ainsi le fil rouge qu'elle
compte d�fendre jusqu'au bout�: l'unit� des luttes anticapitaliste et anti-imp�rialiste. Au service de cette unit�, AD s'attaque aussi aux
organismes li�s � l'exploitation des travailleurs immigr�s, aux conditions de vie qui leur sont impos�es et contre lesquelles ils luttent.
En septembre 1980, elle est arr�t�e, en compagnie de Jean-Marc, apr�s une fusillade avec la police. Apr�s l'�lection de Mitterand (1981)
et la constitution du premier gouvernement social-d�mocrate, une bataille politique s'enclenche dans les prisons. Des mouvements de
solidarit� se constituent pour l'amnestie des prisonniers politiques, contre les tribunaux d'exception. La forte mobilisation et les
contradictions du nouveau pouvoir permirent la lib�ration de tous les prisonniers communistes et anarchistes et la Cour de S�ret� de
l'�tat est dissoute. Nathalie est lib�r�e en septembre 1981, Jean-Marc l'avait �t� en ao�t.
Action Directe reprend l'initiative en novembre et d�cembre de cette ann�e 81. L'organisation participe � l'occupation de nombreux
ateliers clandestins dans le Sentier et de plusieurs immeubles � Barb�s. Plus d'une centaine de familles �trang�res, majoritairement
turques, sont ainsi relog�es. Parall�lement de nombreux incidents et manifestations ponctuent cette campagne contre les ateliers des
n�griers et pour le logement. Il s'agit �galement du soutien aux camarades turcs, r�fugi�s en France apr�s le coup d'�tat dans leur pays
(1980) qui a b�n�fici� du soutien de l'imp�rialisme US.
Parall�lement continue la reconstruction des structures clandestines.
En juin 82, AD dirige une importante mobilisation contre le sommet du G.7 � Versailles. Il a �t� un pas d�cisif pour l'int�gration strat�gique
des pays imp�rialistes sur la ligne impos�e par l'administration Reagan.
Le 6 juin, dernier jour de ce sommet, Isra�l attaque au Liban. De la mani�re la plus concr�te qu'il soit, est illustr� l'un des axes du
red�ploiement des forces imp�rialistes. Puis, c'est l'entr�e des troupes isra�liennes au Liban et ses cons�quences pour les peuples
libanais et palestinien. R�orientation des cibles d'Action Directe qui revendique le mitraillage du v�hicule du chef de la s�curit� de
l'ambassade d'Isra�l et des actions contre des soci�t�s Isra�liennes. Apr�s un attentat-massacre contre un restaurant juif (Goldenberg),
rue des Rosiers � Paris, le pouvoir orchestre sa propagande contre-r�volutionnaire � travers les m�dias. Dans un interview au journal
"Lib�ration", Jean-Marc exprime la justesse du mitraillage contre le chef de la s�curit� et condamne les attentats-massacre. Tandis que le
conseil des ministres ordonne la dissolution d'Action Directe, visant � isoler les militants de l'organisation, des perquisitions ont lieu dans
le milieu des squats et chez les r�volutionnaires connus. Nathalie, convalescente d'un grave accident de voiture alors qu'elle ramenait de
Bruxelles des affiches contre le sommet du G.7, et Jean-Marc passent � la clandestinit�.
GEORGES CIPRIANI est n� en 1950 dans une famille ouvri�re. Il a �t� ouvrier-fraiseur � "l'artillerie" de Renault, un atelier des
machines-outils � la fin des ann�es 60. Militant r�volutionnaire des comit�s de base de l'�"�le du diable" (une partie du site de Renault �
Boulogne-Billancourt), il y travaillait lors de l'assassinat, par un vigil, de Pierre Overney, militant communiste qui distribuait des tracts
devant l'usine (25 f�vrier 1972). Apr�s les fortes mobilisations qui suivirent cet assassinat, il partit en Allemagne o� il v�cut une dizaine
d'ann�es, participant aux mobilisations du mouvement anti-imp�rialiste. Il a pris part aux activit�s de l'organisation entre 1982 et 1987.
Aujourd'hui, Georges ne fait plus parti du collectif des prisonniers d'Action Directe. Apr�s des ann�es d'isolement total et partiel, Georges
a d� �tre intern� � l'h�pital psychiatrique de Villejuif durant l'�t� 93. Apr�s nos deux gr�ves de la faim de plusieurs mois, les gr�ves de la
faim d'une semaine sur 4 de 91 � 93 ont certainement contribu� � cet affaiblissement de son psychisme.
JO�LLE AUBRON. Je suis n�e en 1959. Issue de la bourgeoisie fran�aise traditionelle, ma famille habitait dans un quartier populaire
de Paris. Ce fut une occasion d'apprendre vite que l'�galit� sociale n'�tait qu'un mot �crit sur les frontons de mes �coles publiques.
L'autre d�termination, plus essentielle encore, a �t� le renouveau de l'�lan r�volutionnaire des ann�es 60. Ses composantes
anticapitaliste, anti-imp�rialiste et antir�visionniste �taient imm�diatement disponibles dans l'air du temps. � la fin des ann�es 70, des
niveaux tr�s radicaux de l'affrontement avaient �t� et �taient exp�riment�s, l'exp�rience du Black Panther Party aux USA, les gu�rillas
en Am�rique Latine, le combat des Palestiniens, en Italie et en Allemagne, tout pr�s, d'autres gu�rillas frappant le syst�me au coeur de
ses m�tropoles. Tandis qu'il existait tout un ensemble de luttes, qui pour particuli�res soient leurs revendications, se projetaient dans une
dynamique d'ensemble contre le syst�me. Je vivais alors dans des squats, dans des quartiers populaires de Paris confront�s aux
restructurations immobili�res. Pendant l'�t� 1977, il y avait eu la manifestation antinucl�aire de Malville o� un manifestant avait �t� tu�
par la grenade d'un flic. En octobre, c'�tait l'assassinat des prisonniers de la RAF � Stammheim alors que la France �tait sur le point
d'extrader l'avocat Klaus Croissant vers l'Allemagne. Je ne faisais pas partie d'un groupe, pour autant, � ces occasions ou � d'autres, je
participais � des manifestations �quip�e de cocktails molotov ou � de petites op�rations (contre l'ambassade d'Equateur apr�s une
sanglante r�pression contre des ouvriers du sucre � Guyagil, camion faussement pi�gi� devant une annexe du Minist�re de la Justice
suite � la condamnation de militants r�volutionnaires,�...). M�me si l'emploi de la violence r�volutionnaire �tait ainsi int�gr�e � la praxis
imm�diate des militants qui se c�toyaient alors, m�me si les attaques de la gu�rilla nous impliquaient dans une m�me n�cessit� de la lutte
arm�e comme outil strat�gique dans le combat entre les classes, c'�tait aussi une p�riode pleine de discussions sur les d�veloppements
des exp�riences arm�es, plus particuli�rement en Italie.
Ainsi, en la r�sumant � l'extr�me, l'une des questions tournait autour de la n�cessit� ou non d'une organisation politico-militaire. En 1980,
si le groupe du mouvement autonome, dont je faisais alors partie, participe ponctuellement � des op�rations d'AD et contribue � sa
logistique, ses militants ne sont pas membres d'Action Directe.
En 1982, avec un camarade d'AD, je suis arr�t�e sortant d'un box o� il y avait eu des armes. Je ne me revendique pas militant d'AD. En
prison je continue ma r�flexion. C'est une p�riode marqu�e par la frilosit� de l'extr�me-gauche fran�aise en g�n�ral et par la vacuit� du
mouvement autonome fran�ais en particulier. L'offensive imp�rialiste d�ploie ses splendeurs�: intervention isra�lienne au Liban,
Thatcher aux Malouines, bombardements fran�ais sur la pleine de Beeka au Liban, Reagan attaque Grenade, mine les ports de
Nicaragua,�... La politique de rigueur du gouvernement fran�ais, dit de gauche, montre la soumission des sociaux-d�mocrates � la ligne
mondiale dominante du n�olib�ralisme. Pendant ce temps, c'est la d�bandade de l'ex-mouvement r�volutionnaire. Les uns ne pensent
qu'� bondir sur le moindre strapontin que leur conc�de le pouvoir; les autres psalmodient leurs vieilles recettes qui laissent le prol�tariat
toujours aussi d�sarm� face aux attaques de la bourgeoisie. De l'utilit� de la lutte arm�e, je passe � la n�cessit� de la strat�gie que seule
permet l'outil organisationnel d'une organisation de gu�rilla. Pour autant, quand je suis sortie (1984), j'ai d'abord milit� de mani�re l�gale�:
soutien aux prisonniers de l'organisation, librairie militante, journal. Si ma d�cision �tait prise de rejoindre AD, je ne voulais pas non plus
passer de la prison � la clandestinit�. Aussi, c'est presque un an plus tard que, la r�pression s'aggravant, je suis rentr�e dans la
clandestinit�.
�
Nous nous revendiquons communistes r�volutionnaires. Entre 1982 et 1987, l'organisation d�veloppe son action suivant deux lignes strat�giques
interd�pendantes, l'Unit� des R�volutionnaires en Europe de l'Ouest et le Front anti-imp�rialiste.
"Pour nous, lier la ligne strat�gique du Front anti-imp�rialiste � la question de la domination capitaliste en Europe de l'Ouest, et � la mutation de ses
rapports de pouvoir, signifiait �tablir - en l'actualisant - l'unit� de la lutte de classe r�volutionnaire avec l'internationalisme, comme politique
vivante"�(4). � la fois, cela correspondait donc � la revivification de l'Internationalisme prol�tarien tel qu'elle avait �t� engag�e par la nouvelle
vague r�volutionnaire des ann�es 60. Et cela s'appuyait sur les mutations du r�gime d'accumulation, acc�l�r�es notamment depuis le sommet de
Versailles. L'int�gration europ�enne, en devenant un espace essentiel de la lutte, tout aussi important que l'espace local ou international, requiert
cette requalification de la lutte anticapitaliste.
La formation ouest-europ�enne se distingue, � la fois, comme appui logistique au roll-back imp�rialiste et comme p�le concurrentiel de la triade
imp�rialiste et de son saut au nouveau mod�le d'accumulation, toyotiste-lib�ral. D'autre part, les menaces de guerre que font peser sur le monde les
politiques militaristes de Reagan et consorts renvoient � l'urgence de constituer un front prol�tarien de sabotage et de construction r�volutionnaire
parcourant toutes les instances du mouvement de la gu�rilla aux groupes de quartier et aux cellules d'usines.
Au coeur de ces d�terminations qui portent le pr�sent du communisme, mouvement dont la praxis abolit l'ordre des choses existant, le Front
mat�rialise l'attaque commune aux politiques centrales de l'imp�rialisme, non des seules forces communistes, mais de l'ensemble des r�alit�s
r�volutionnaires et anti-imp�rialistes. En janvier 1985, Action Directe signe un texte commun avec la RAF.
Parmi la douzaine d'actions que l'organisation revendique au cours d'une premi�re offensive conduite comme une attaque commune de la gu�rilla
ouest-europ�enne�: des structures de l'OTAN; des usines d'armement; des centres n�vralgiques du pouvoir �conomique et militaire; l'assassinat
de Ren� Audran, directeur des Affaires Internationales au Minist�re de la D�fense et responsable des ventes d'armes fran�aises � l'�tranger. En
novembre 86, � la fin de la seconde offensive, le commando "Pierre Overney" mettait fin � la carri�re de Georges Besse.
�
Aujourd'hui, apr�s 10 ans d'incarc�ration, notre d�tention n'est plus tant caract�ris�e par le projet de destruction que par la volont� de nous
enterrer. Cette r�orientation de la strat�gie �tatique s'analyse � partir d'un ensemble de facteurs. En premier lieu, nos luttes en prison. Ensuite se
conjuguent ensemble le fait d'avoir partiellement r�ussi � briser Georges, la faiblesse continue du mouvement r�volutionnaire fran�ais et la
n�cessit� de gommer la contradiction qu'il y a � maintenir une d�tention d'exception alors qu'officiellement il n' y a pas de prisonniers politiques.
Nier l'existence des prisonniers r�volutionnaires est une des composantes de l'op�ration de l�gitimation permanente s�cr�t�e par le syst�me. �tat
naturel des choses, on ne saurait r�sister � ses lois, qu'elles soient �conomiques ou juridiques. "N�cessaire adaptation � la mondialisation" ou
fa�onnant une Europe forteresse contre "toute la mis�re du monde", aussi barbares et injustes soient-elles aux yeux de ceux et celles, toujours
plus nombreux, qui sont pr�caris�s, pauperis�s, expuls�s par charters, r�duits � la charit�,�..., ces lois doivent �tre v�n�r�es par ceux-la m�mes
qu'elles exploitent, oppriment et ali�nent. Effacer les prisonniers r�volutionnaires du paysage des contradictions parcourant nos soci�t�s est partie
prenante du processus pour p�renniser la soumission � la valorisation du Capital.
�
Notre arrestation faisait suite � de nombreux coups port�s par la r�pression. Elle mettait fin � l'activit� politico-militaire d'AD. � la fin des ann�es 80,
une incontestable fracture historique s'est produite. Ce constat n'a rien de cataclismique si on l'ins�re dans l'histoire r�volutionnaire sur notre
continent. Plus grave est sans doute la mani�re dont s'est r�pandue une critique d�raisonnable de l'exp�rience accumul�e en plus de 20 ans de
lutte, en particulier par la gu�rilla. Au lieu d'une critique de nos v�ritables erreurs, ce n'est qu'une litanie de confusions. Au lieu de construire les
ponts vers de nouvelles perspectives, elle ne d�bouche que sur la liquidation de la gauche anticapitaliste et anti-imp�rialiste en Europe.
Parce que nous pensons que cette exp�rience r�volutionnaire ne peut �tre d�pass� que par une nouvelle exp�rience r�volutionnaire, capable de
prendre en compte, mieux qu'elles, les int�r�ts g�n�raux de toute la classe, parce que nous savons � partir de quel patrimoine nous avons
nous-m�mes exp�riment� des voies nouvelles, parce que rien dans la r�alit� ne nous indique un changement de la donne, barbarie ou communisme,
parce que jamais les "projets" d'un "capitalisme � visage humain" n'ont paru aussi vains, nous n'avons aucune raison de renoncer. Malgr� les
conditions, nous continuons � travailler politiquement, discutant par �crit avec d'autres prisonniers r�volutionnaires, participant � une publication
(Front), traduisant des textes de discussions ou actions, en particulier du mouvement r�volutionnaire europ�en,�...
Jo�lle Aubron, juillet 1996
�
�
�
(1) Le caract�re particulier de ces proc�dures se joue en deux temps.
1.Premi�rement, qu'elle que soit la localit� o� les actions ont �t� commises, les dossiers sont instruits par des juges travaillant avec une
section particuli�re du Parquet de Paris, la XIV�me section.
2.Deuxi�mement, le jury de ces Cours d'Assises est compos� de "jur�s professionels", ce n'est donc pas un "jury populaire" mais des
magistrats s�lectionn�s par le pouvoir qui jugent selon leur "intime conviction". Instaur�e en 1986, cette juridiction d'exception a pour
t�che de faire directement d�pendre les condamnations qu'elle prononce du niveau de l'affrontement tout en le d�politisant autant que
possible.
�
(2) Dans le dossier judiciaire avaient �t� rapport�es des discussions entre ouvriers aux portes de l'usine, au cours desquelles des menaces et des
souhaits d'action Besse avaient �t� prof�r�s. Mais l'on peut aussi penser � ces d�l�gu�s syndicaux de base mena�ant leurs patrons du m�me sort
que Besse ou encore � l'affiche de cet hiver avec une photo de l'actuel PDG marqu�e d'une cible au milieu du front sur laquelle est �crit "Apr�s
Besse, � qui le tour�?", �galement distribu�e comme tract, par les ouvriers de Renault-Vilvorde.
�
(3) C'est-�-dire, nous devons passer minimum 18 ans en prison. Et c'est seulement au bout de ceux-ci que notre peine deviendra une perp�tuit�
"normale" dont il est possible d'esp�rer la commuation en peine � temps. Ainsi, tout � fait �ventuellement, nous pourrions sortir apr�s 25 ans de
prison.
�
(4)D�claration de proc�s - 1991.
�
Important: texte reproduit � partir du site de Marc alias Nanar(allez-y). Je ne peux �videmment pas �tre tenue responsable du contenu du texte �crit par les membres d'AD.
Page AD/Retour � la page principale/Liens
Vous �tes le �me visiteur
Derni�res modifications de cette page: 24 f�vrier 1999
SI VOUS AVEZ DES SUGGESTIONS OU DES REACTIONS,VOUS POUVEZ M'ECRIRE A MON ADRESSE E-MAIL