Revenons donc à ce qui nous amène cette nuit devant vous : à vos films.
Sachez d'abord, ce que beaucoup ignorent, que sur 55 films, il n'y a qu'une petite poignée de films appelés X d'après la loi du même nom de 75.Je crois 13 ou 15. Le reste des films se classent dans des genres très différents : films d'auteur, films policiers, films érotiques "soft", film fantastique, vidéo-clips, pubs, dessins animés, etc... Il n'y a aucun film de violence. Les films de violence pourtant, contrairement aux films d'amour, sont considérés comme "honorables", alors qu'ils montrent les actes les plus abjects, reléguant l'homme en dessous de l'état animal, puisque l'animal ne tue jamais ses congénères. Néanmoins tous mes films racontent des histoires ou d'une façon ou d'une autre (parfois de façon très détournée) le sexe occupe une part non négligeable.
Comment alors êtes-vous venu à tourner ces films X ou hard ?
Par hasard et nécessité, comme je l'explique dans mon bouquin " 70, années érotiques". De toute façon, je ne renie rien au contraire. Si hasard (est-ce que ça existe ?) et nécessité me l'ont imposé, c'était que j'avais quelque chose à y faire. Au début bien entendu, je ne retenais que l'aspect ludique et commercial. Ce ne fut qu'ensuite que je pris conscience de leur utilité. D'autant plus que l'aspect commercial de la question ne m'a été profitable qu'une seule année où de l'état de milliardaire (en anciens francs) je passais à celui de S.D.F., en raison de mon incompétence dans le domaine financier. Cela m'a finalement fort peu affecté, puisque tel devait être mon destin.
Quels furent pour vous les avantages de tourner des films de sexe explicite comme vous dites ?
Non, je
dis "films d'amour explicite". Tant qu'on aura pas
compris que le sexe n'est qu'une expression de l'amour qui relie
les êtres, on ne comprendra pas grand chose à mes films.
Bien, l'avantage
le plus évident est la liberté. Les producteurs ne lisaient pas
mes scénarios, et je pouvais produire des films sur des sujets
aussi inhabituels qu'un sexe qui parle, l'amour et la mort ( Mes
nuits avec...), la fin du monde (Shocking), la masturbation (Plaisirs
Solitaires), le voyeurisme s-m ( Jeux de langues), la poésie de
l'échangisme (Je suis à prendre), le fantastique absurde (
Alice chez les satyres), la sexologie ( Les infirmières ne
portent pas de culotte), la fessée (Deculottez-vous,
Mesdemoiselles), les bordels ( Les petites filles au bordel), le
S-M ( Rêves de Cuir), l'hypocrisie des notables (Rêves de Cuir
N°2), etc...
Et les inconvénients ?
Des
budgets ridiculement bas, adaptés au marché. Souvent des titres
stupides. Et bien sur, la discrimation dont ses films font l'objet
auprès de certaines personnes "honorables" qui voient
des meurtres à longueur de télé sans protester.
Personnellement
je respecte ceux qui ne ressentent pas le besoin de voir des
films X, au contraire je les envie car elles ont résolue
certains problèmes.Par contre je trouve insuportable qu'elles ne
reconnaissent pas que cela est un besoin pour certains. Dans le
fond, les hypocrites sont discrédités par le marché.
Vous vous situez comment justement par rapport aux "marchands" du sexe ? Vous en faites partie, non ?
Ce serait
être complètement hypocrite à mon tour de ne pas le
reconnaitre. Si il y a un marché, c'est qu'il y a une clientèle.Et
une nombreuse clientèle. Donc un public captif et exigeant qu'il
faut satisfaire. Comme tous les publics, il n'est pas stupide. Il
veut que l'artiste lui offre des fantasmes bien faits, qui l'émeuvent
et qui lui plaisent. Si il est obligé de se contenter de la médiocrité
qu'on lui offre, il préfère la qualité. Moi, avant tout, je le
respecte, non pas pour jouer le jeu des marchands, mais pour le
servir dans ses besoins. Je suis content et heureux qu'il apprécie
mon exigeance et mon respect. Si cela profite aux marchands, tant
mieux. Un jour j'ai tourné un film complètement muet (pas de
dialogues) " Suprèmes jouissances". Le distributeur,
Francis Mishkind était furieux de mes prétentions artistiques
audacieuses, me traitant de " Bergman du hard". Plus
tard ce film fut choisi par Canal Plus pour illustrer une nuit du
hard sous le titre " Les Nuits de Eva Blue". Le
programmateur estimait que ce film correspondait à l'image
novatrice de la chaîne. Francis reconnu son erreur. Le public
apprécia.C'était une juste revanche du "Bergman du pauvre"
sur les marchands.
Quoi dire d'autre
?
Nous en avons fini pour ce soir. Merci, et peut-être à bientot, pour d'autres conversations.