LA BONNE FEE (SSEE)
Marraine était
une femme au visage sévère et à la main leste. Mon
parrain, le professeur X., l'appelait "folcoche" en souvenir du personnage
du roman de Hervé Bazin " Vipère au poing", qui fut magistralement
interprétée à la télé par l'indéfinissable
et charmante amie de Jean-Louis
Bory Alice Sapritch.
Il serait injuste
de qualifier Marrainne de sadique ou de cruelle, non, elle aimait se faire
respecter par ses neveux et nièces. Elle avait une légère
tendance à me trouver rebelle et indiscipliné, ce qui justifiait
qu'elle s'accordât le droit d' utiliser, pour le bien de mon éducation,
certaines méthodes dites "actives" dont l'administration se passait,
le soir, dans sa chambre, entre quatre yeux, lors d'une absence de mon
parrain pour qui "la machine à fesser les petits enfants" était
un jeu rigolo qu'il pratiquait joyeusement lorsque son lit était
envahi par des bambins turbulents.
La Marrainne, c'était
une autre paire de manches comme on dit. Il lui fallait du sérieux,
voire du solennel. Il y avait convocation officielle, repentance et sermon.
Le parrain jouait au méchant ogre pour rire. Elle, elle se complaisait
dans le role de Carabosse, pas du tout pour s'amuser, du moins en apparence.
Maintenant que le temps a passé, j'ai plus que des doutes, sur ce
point.
Je ne m'offusquais
pas lorsque je la trouvais assise sur le rebord de son lit toute parfumée
et en tenue de nuit, ou qu'elle me convoquait au petit salon, en prèsence
d'une de ses amies toute aussi austère. Sa méthode consistait
d'abord " à me faire honte" comme elle disait, en me répétant
mes fautes. Il fallait que je la regarde "droit dans les yeux, avec un
??? un ???" "un sourire", ce qui n'était pas franchement facile
lorsqu'elle m'annonçait que je devais "baisser culotte". Encore
quand elle était seule, dans l'ambiance feutrée et parfumée
de sa chambre, ce moment pénible pouvait encore passer, mais quand
sa soeur ou une cousine ou une amie prenaient le thé en me regardant
faire, avec des yeux de poissons frits, je n'étais à mon
affaire. Il fallait vite baisser short et culotte, et espérer que
la chemise serait assez longue par devant pour cacher ce qu'un jeune garçon
n'aime pas montrer, surtout à des femmes pas franchement engageantes
! Une fois en travers de ses cuisses nerveuses et dures, je fermais les
yeux en comptant mentalement les claques en espérant qu'elle ne
dépasserait pas la barre fatidique des "25 par fesses" qui était
la dose usuelle. Si elle dépassait, alors je dégustais sur
ce qu'elle appelait ma "lune rouge". Elle avait une conception de l'astronomie
très personnelle, par le passage fréquent de la lune rousse
à la lune rouge. Dans sa panoplie de petites vexations post-opératoires,
il y avait l'examen par son invitée du lieu du châtiment,
du "piquet" sous-vêtements sur les chevilles et mains sur la tête,
le reculottage face à elle, chemise "au ventre" pour vérifier
que je n'étais "indécent", toujours en la regardant "droit
dans les yeux avec un ? avec un ?" "sourire !". Elle ne regardait pas toujours
"droit dans les yeux", et ses amies jamais, c'était plutot "droit
au but !" comme dirait Platini. Souvenirs, souvenirs !
Finalement, ce n'était
pas si désagréable que ça, je l'avoue. Et malgré
que ces petites scéances durèrent jusqu'à mes quinze
ans, je reconnais que ma Marrainne à la main leste, me laissait
parfois avec un drole d'envie "au ventre".
Si vous avez vécu
ce genre d'expériences, vous pouvez me les écrire : [email protected]
en respectant une forme conventionnelle afin d'éviter les foudres
des censeurs de l'internet (cyberpatrol et autres).
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