A fur et à mesure de la vie, on s'invente
une sorte de mythologie. La mienne voulait qu'à 14 ans, je tourne
mon premier long-métrage d'après une adaptation très
personnelle de "Le grand Maulnes" d'Alain Fournier. C'est assez exact comme
le démontre ces photos. A 14 ans, je tournais le film en 8mm noir
et blanc, je mis une année pour le monter et le sonoriser chez un
amateur qui avait aménagé son garage en studio de son. Je
collais les bouts avec une colleuse chez ma mère tous les week-end.
Ma petite amie (le premier amour) Brigitte M. était ma complice
en toutes occasions. Notamment ici lors d'une représentation de
magie à la fête d'une école de quartier. J'étais
fort en magie, comme mon futur copain Patrick
Rambaud.

Mon père n'appréciait pas particulièrement
que je consacre tous mes loisirs à devenir un saltimbanque. Je lui
avais piqué sa caméra pendant les vacances pour tourner mon
film, à son insu. Quand il l'a appris, le mal était fait.
Il refusait donc de voir le film fini.

J'avais fait une projection du film dans ma classe
de 3em au lycée Montaigne. Le prof fut si vivement impressionné
par mon "talent", qu'il se rendit de lui-même chez mon père,
pour l'obliger à regarder le travail de son fils. Cette photo retrace
ce moment angoissant pour moi. L'homme qui me regarde brancher le magnétophone
est mon prof de français. Le film durait 1 heure 15, sonorisé
par une bande tromboscopique que je réglais en faisant jouer la
vitesse du projecteur. Le suicide du malheureux héros que j'interprétais
n'était jamais synchrone. Le coup de feu venait toujours après...qu'il
se soit effondré. Je raconterai peut-être un jour dans quelle
circonstance j'ai rencontré Jean-Christophe Averty qui a été
mon premier spectateur "professionnel".
Mais vous pouvez quand même apprécier
la suite de ma jeune carrière :
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B.D.
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