EXTRAITS DE " 70, ANNEES EROTIQUES"

Dire que Radley fut enchanté de me voir débarquer dans ses bureaux de New-York, avec ma Brioche, serait un doux euphémisme. Néanmoins il fit contre mauvaise fortune bon coeur. Le film commençait sa carrière au World Theater de la 42em rue, en remplacement de "Deep Throat". Dès mon arrivée je constatais que la salle était pleine d’hommes parfaitement silencieux, y compris devant les répliques hilarantes du sexe bavard.
Radley m’expliqua, en remontant à toute vitesse la cinquième avenue glacée, traversée par un vent violent, que le public américain était très différent du public français.
- Il est beaucoup moins expansif ! Il retient ses émotions !
- Mais quand même, ça l’excite ?
- Oui, mais il ne le montre pas.
J’aurai bien aimé compter les kleenex qui jonchaient le sol à la fin des scéances pour calculer mon pourcentage. A vrai dire, Radley n’aimait pas trop que j’aille additionner les spectateurs, et encore moins les kleenex. Il préférait m’entretenir dans l’illusion que les 150.000 dollars qui m’avaient été remis compensaient largement les terribles pertes qu’il envisageait.
(...)
Avec mon nez habituel pour dégotter des coins extraordinaires, je dénichais une auberge avec des bungalows en bois dispersés dans la forêt. Le père du propriétaire, un grand homme, mince aux cheveux longs et en tenue blanche indienne, avait construit cette auberge de ses mains selon les coutumes de son pays, la Suède. C’était un lieu magique. Le fils, Rolf, était, comme tous ceux qui habitaient cette côte sauvage, un marginal.
(...)
Pour retourner à la nature, Rolf était le plus fort. Il nous avait installé dans un des plus beaux et isolés bungalow, afin de nous permettre de nous ébattre en toute liberté. Il était prêt à faire des concessions sur le prix, à condition que j’accepte de me préter à un petit jeu.
Il profita de l’absence de mes compagnes de voyage pour me dire : " Je vous demande seulement de ne pas éteindre la lumière pendant que vous vous amuserez tous les trois. J’aime regarder. Si vous pouviez vous arranger pour que les filles se deshabillent debout, dans la lumière, cela me ferait plaisir. Je vous signalerez que je serais là à vous regarder en faisant tinter la petite cloche tibétaine que voici. Vous entendez ce tintement merveilleux." Il fit cinq notes pour que je ne confonde pas leur tintement avec celui provoqué par le vent. Puis il prépara lui-même un bon feu dans la cheminée. Le bungalow était aménagé avec un gout exquis, napperons brodés, petites lampes rococcos recouvertes de tissus, canapés profonds et lits avec des couettes en patchwork.
Il fallait chauffer fort, pour que je puisse remplir correctement mes obligations à son égard. Les filles avaient plus envie de se rouler dans la couette, que de se deshabiller debout face aux fenêtres. Enfin, il était inutile de jouer au plus malin avec elles.
Nous avions déjà achevé une bouteille d’un superbe vin blanc californien, quand je leur cassais le morceau. Curieusement, Christine, que j’aurais cru moins prude, émit quelques rétisences, trouvant " le mec gonflé, quand même ". L’ironie de Brioche à l’encontre de cette subite pruderie, ainsi que la promesse d’une nuit de folie destinée à maintenir au top la réputation nationale vinrent à bout de ses résistances. Le vin blanc aidait aussi pas mal, il faut le reconnaitre. En fait Christine, qui approchait de la quarantaine, n’avait pas conscience que son corps épanoui récelait toujours une grâce qu’elle sous-estimait. Elle était fine, blonde, à la poitrine d’adolescente, alors que la brune Brioche était plus épanouie dans la fierté de ses vingt cinq ans, avec des seins de madone et des fesses de garçon. Elle était assez fière de son port altier de princesse, de sa bouche sauvage, de ses yeux pers et surtout de ses tétons provoquants, toujours pointés vers les sommets.
Rolf avait vu juste. Ces deux filles physiquement complémentaires offraient un spectacle de choix, c’était indéniable. J’organisais donc une mise en scène afin de ménager un subtil suspens à notre ami Rolf. Il ignorerait que les filles étaient au courant, il fallait qu’elles paraissent naturelles, donc maladroites. Quand à mon intervention personnelle, je me doutais bien que Rolf désirait qu’elle fusse la plus tardive possible.
C’était chaud, très chaud, quand les cloches tibetaines tintèrrent cinq fois. Nous avions bourré la cheminée de bûches odorantes. Brioche cachait sous un peignoir de bain en éponge blanche un soutien-gorge transparent et une culotte assortie. Christine, en robe de nuit transparente, avec sa mini-culotte, ressemblait à une pub pour Dim.
Il faisait nuit noire. Il était impossible de deviner devant quelle fenêtre Rolf s’était installé. Il était totalement invisible.
Je demandais à Brioche de commencer le show, à contre jour de la cheminée. A peine, son peignoir glissa-t’il délicatement sur le tapis de laine épaisse, que je fus pris d’une érection vivement déconseillée en la circonstance si je voulais honorer ma parole d’une "folle nuit". Nous savoir observés par des yeux indiscrets planqués dans la nuit augmentait notablement le niveau des vibrations incitatives. J'espérais qu’il en était de même pour les filles sinon j’étais dans de beaux draps. C’était le cas de le dire.
Enfin tout se passa plutot bien, au début.
J’avais décidé que les filles s’embrasseraient, se caresseraient et se deshabilleraient dans cette position. Christine eut un peu de mal à décrocher le soutien-gorge de Brioche qui avait le génie de trouver des sous-vêtements compliqués à défaire.
Au bout d’un certain temps, elles en eurent marre de cette position statique, et elles se lovèrent sur le canapé. Je devais intervenir, en bon metteur en scène, pour mettre un peu d’ordre là-dedans. Mais c’était trop tard. Elles s’accrochèrent à moi et je me mélais à elles. Brioche surtout était friande de pénétrations qui provoquaient inmanquablement des orgasmes répétés en rafale de mitraillette. Pour un homme, cette sensibilité était particulièrement flatteuse. Ce n’était pas la moindre des raisons qui m’attachait à elle. Christine chercha son bonheur sous nos langues, avant que je puisse la gratifier à son tour, mais par derrière, d’une virile intervention. Nous avions complètement oublié Rolf.
Jusqu’à ce que, brusquement, un terrible bruit de branches brisées, suivi de râles et de cris, vint interrompre nos ébats. La clochette tibétaine se mit à tinter furieusement. Je fonçais dans le noir de la nuit glacée, enveloppé dans le tapis de laine.
Je trouvais mon Rolf, au-dessous des clochettes, le front ensanglanté, une main tenant une paire de jumelles de l’armée, et marmonnant, dans une langue incompréhensible, sans doute le suédois, en me montrant du doigt une énorme masse poilue.
Un ours. Un gros ours brun. Je restais tétanisé sur place. La masse sombre oscilla sur elle-même, puis s’abattit, avec un grognement rauque, sur le sol qui trembla. Rolf me fit signe de ne surtout pas bouger. Je craignais pour les filles.
Elles avaient vu l’animal. Christine, qui était certainement entrée chez les Jeannettes dans sa jeunesse, prit une bûche bien incandescente à son extrémité et la jeta vers l’animal qui s’enfuit.
D’où j’étais, des étoiles lumineuses voletèrent autour de la bête.
Rolf se redressa, pâle comme la mort. Son pantalon blanc était déchiré, sa chemise lacérée.
 (...)
Pour monter à l’arbre il avait eu l’idée idiote de s’aider d’une poubelle que l’ours avait pour habitude de visiter chaque soir. Rolf ignorait l’habitude de la bête ou bien il l’avait oublié, troublé par le spectacle qui l’attendait. En tout cas, il me raconta que quand il vit l’animal au pied de son arbre en train de tenter d’ouvrir la poubelle, il eut si peur, qu’il bascula en arrière, dévalant les branches une par une jusqu’au sol. L’ours eut plus peur que lui… Rolf fonça aux clochettes, oubliant sa douleur. Il avait eu le dos arraché par la cascade de branches qui se brisèrent pendant sa chute.

 


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