Bon, je trouve qu'une certaine
légèreté s'installe sur cette liste. Ca ne va pas
du tout, car il s'agit tout de même d'être conscient et
lucide, voire lucide et conscient, et pas seulement de plaisanter
chaleureusement entre amis. Pour essayer de redresser la barre,
Francis, qui est un type profondément grave, il va aborder un
sujet fondamental, avec le sérieux et l'application requis pour
le traitement du dit-sujet.
Voila, hier, un pote de Francis, son
nom c'est Angelo, mais ça n'a pas une grande importance, il a
dit à Francis:
- Francis, quand tu vas bien, tu vas
bien?
- Oui, mon petit Angelo.
- Et, Francis, quand tu ne vas pas
bien, tu ne vas pas bien, n'est-ce pas?
- C'est cela, mon petit Angelo.
- Donc, parfois tu vas bien, parfois
tu ne vas pas bien.
Et bien, les Amis, ce petit dialogue
m'a profondément marqué, car en fait il m'a fait
réaliser une évidence: parfois ça va bien, parfois
ça ne va pas bien. Moi, à force d'avoir lu Baudelaire
entre deux Playboys, j'ai l'impression
que ça ne va jamais: quand je suis mal, je me dis
"ça va encore mal", et quand je suis bien, je me dis
"n'oublies pas que tu portes encore de la souffrance en toi, inutile de
l'ignorer", alors je ne reste jamais bien très longtemps, la
perpective d'une souffrance à venir venant gâcher la douce
insouciance du moment présent.
Je vous le dis, Angelo, c'est un gars
cool, un peu le genre Martine, à part qu'il habite à
Bruxelles au lieu de la Corse. Et Angelo, parfois il va bien, parfois
il ne va pas bien, mais toujours on a l'impression, quand on le regarde
en profondeur, qu'il est cool. Un peu comme Maître Zhu, mais en
moins bridé, ou comme Martine, mais en plus poilu.
Bref, tout ça pour dire,
être conscient, c'est être conscient de ce qui est
maintenant, et pas être à l'affut de ce qui était
hier ou sera demain ou dans cinq minutes ou quand on va mourir
(snif, je me manque déjà).
Je relis tout ça, et je me dis,
tout le monde va penser, "il est niais Francis ou quoi?", car vraiment
ce n'est pas foudroyant ce qui est dit là. Et bien pourtant, me
drapant dans un orgueil de circonstance, j'ose et j'affirme que si,
c'est vraiment foudroyant, et que ça coupe toute substance aux
diverses remarques que nous nous faisons dans notre quête de
l'Eveil, que ça retire toute charge émotionnelle à
des questions cruciales du genre "est-ce qu'on s'éveille plus
vite en se vautrant dans sa souffrance ou en fuyant dans l'humour?",
"faut-il un maître ou pas?", "la tradition est-elle une garantie
de succès ou un obstacle au non-savoir?", et bla-bla-bla, et
bla-bla-bla...autant de questions pertinentes qui nous font perdre la
conscience du moment présent, voire la lucidité, voire
les deux, car j'ai encore oublié quelle était au juste la
différence, même si je me souviens avoir lu que conscience
et lucidité ça n'avait vraiment rien à voir,
surtout en principe.
Franchement, je vous le dis, toutes
les questions, et surtout les pertinentes, celles qui
déguisent leur vanité sous des airs d'importance ultime,
on s'en fout, surtout quand on s'en fout. Bien sur, quand on ne s'en
fout pas, on ne s'en fout pas, et quand on trouve ça
méga-trop-important, on trouve ça
méga-trop-important. Moi, je trouve qu'elles sont
trop-méga-importantes et qu'on s'attire des ennuis à les
sous-estimer, mais c'est un avis très personnel, alors je
m'avise bien de ne pas en parler ici.
Bref, à chaque instant, qu'on
soit Francis ou pas, on en est où on en est, et les choses sont
ce qu'elles sont, à moins que ça ne soit le contraire.
Donc, car c'est là que je
voulais en venir, un peu de sérieux, n'oublions pas que rien
n'est sérieux, mais seulement que la vie humaine est dramatique,
surtout quand elle l'est.
Francis,
au bord de la mort avec une gastro et
la clim en panne au bureau