Un peu de politique

                                                                              
Tout comme vous, je me rejouis de la situation politique telle qu'elle se presente actuellement dans le monde, et plus particulierement en France. Il ne fait maintenant plus aucun doute que les etres humains vivent dans une unite parfaite.

Pour ceux qui ne seraient pas encore frappes par cette evidence, en voici la demonstration, qui bien sur pourra etre demontee, comme toute demonstration, par les esprits possedant un minimum d'intelligence. Tout de meme elle est vraie.

- Ben Laden accuse les Americains,
- les Americains accusent Ben Laden,
- Laguiller accuse Jospin,
- Jospin accuse Chirac,
- Chirac accuse Jospin,
- Le Pen accuse les Arabes,
- les Arabes accusent les racistes,
- les intellectuels accusent les fascistes,
- les vieux accusent les jeunes,
- les jeunes accusent les vieux,
- etc...

Il est donc clair que nous fonctionnons tous de la meme maniere: nous investissons toute notre energie dans la condamnation du coupable presume: l'Autre. C'est ainsi que nous sommes tous joyeusement le juge qui condamne l'Autre, la victime de l'Autre, et le coupable (innocent bien sur) denonce par l'Autre. N'est-ce pas la une belle preuve de notre unite?

S'il est donc clair que les etres humains vivent dans l'unite de comportement, il est egalement clair que la maniere dont cette unite se manifeste n'engendre pas l'harmonie. Attentats terroristes, propos accusateurs et autres formes de sympathies, ne sont finalement que le reflet au niveau international de ce que nous sommes au niveau individuel.

Qui donc est l'Autre qui est aujourd'hui pour moi le coupable presume de predilection?

- le beau-pere qui a vote pour le Pen?
- le mari qui ne me respecte pas?
- la femme qui me trompe?
- l'ex-mari qui me harcele?
- le collegue britannique qui me ridiculise en reunion?
- l'ami qui refuse d'adherer a ma secte?
- le fanatique qui veut m'enroler dans sa secte?
- le client trop exigeant?
- le fournisseur qui m'arnaque?
- le jeune qui casse la vitre de ma voiture?
- le vieux d'a cote qui appelle les flics quand je fais la fete?

Cela ne fait aucun doute: moi, modele de tolerance, celui qui sait mieux que tout le monde ce qui est souhaitable, celui qui donne des conseils (aux autres), celui qui condamne le coupable, celui qui lutte et qui
blesse au nom du Bien, moi dont les quelques defauts residuels ne m'empechent pas d'affirmer fierement que si tout le monde etait deja comme moi, le monde tournerait plus rond, je me reconnais et je me denonce comme etant le vrai fasciste. Dans cette reconnaissance, si elle est honnete et sincere, l'abime qui me separe cruellement de l'Autre se resorbe dans son illusion. Je suis exactement comme l'Autre, je suis l'Autre. Je suis tour a tour, en fonction des circonstances, le vandale, le violent, le vieux que tout derange, le jeune qui derange, le corrompu
qui fraude, le sectaire qui sait tout, le fasciste qui accuse, le client qui se plaint, le fournisseur defaillant. Et tout ce beau monde, renie et refoule, se dechire en moi. Il n'est donc pas surprenant que je
ressente comme une tension...

Le rapport avec la politique?

Comme l'a dit mon ami Confucius il y a quelques temps, et que j'essaie tant bien que mal de citer de memoire:

"S'il y a reconnaissance dans le coeur, il y a honnetete dans la personne.
S'il y a honnetete dans la personne, il y a harmonie dans la famille.
S'il y a harmonie dans la famille, il y a paix dans la nation."

Et si tout commencait par moi?


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