Réponse de Mgr PACELLI, 30 avril 1937

 

 

 

Le cardinal secrétaire d'Etat Pacelli à l'ambassadeur d'Allemagne auprès du Saint-Siège (Annexe au mémorandum n' 95 du 4 mai 1937).

Vatican, le 30 avril 1937 (Pol. III-2242)

 

Excellence,

 

En réponse à la note qui nous est parvenue datée du 12 de ce mois, j'ai l'honneur de vous présenter les remarques et rectifications suivantes:

 

1) La note en question part visiblement de la supposition, non démontrée et non démontrable, que le Saint-Siège s'est comporté jusqu'à ce jour, et en particulier en publiant l'encyclique "Mit brennender Sorge", en se guidant ou se laissant influencer par des préjugés hostiles envers le peuple allemand ou l'Etat allemand. Le sentiment de sa propre dignité ainsi que la vérité font un devoir au Saint-Siège de réfuter de semblables allégations. Tout progrès du peuple allemand sur le chemin d'une véritable prospérité, tout objectif et toute action de son gouvernement au service de ce but sont assurés de l'approbation éclairée et du soutien moral du Saint-Siège. Quiconque se laisse imprégner des paroles du Saint Père, uniquement inspirées en toutes ses parties par l'inquiétude et par une objectivité dépourvue de passion, n'y verra, même dans les passages qui constatent le développement d'anomalies et l'ampleur de la crise actuelle, que l'inéluctable protocole diagnostique d'un état pathologique. Ce diagnostic ne vise rien d'autre qu'une guérison plus rapide, plus radicale et plus sûre. Un franc constat des dommages ne signifie nullement que les prestations réalisées pour le bien-être du peuple allemand ne soient pas reconnues. Le gouvernement allemand, qui a ses propres idées sur les rapports entre le politique et le religieux, ne pourra guère en vouloir au Saint-Siège si celui-ci s'impose un devoir de réserve pour des jugements de valeur politiques qui ne sont pas commandés par des nécessités religieuses.

 

2) Le fait que la circulaire pontificale ait été adressée, non seulement aux archevêques et évêques, mais également aux "autres Pasteurs vivant en paix et en communion avec le Siège apostolique", correspond à la formule habituelle pour les encycliques destinées à des nations particulières. Les rédacteurs de la note du 12 courant spécialisés en droit ecclésiastique ont oublié qu'en Allemagne, outre les archevêques et évêques, le Prélat nullius de Schneidemühl, les Vicaires généraux des archidiocèses de Katscher et de Glatz, l'Administrateur apostolique intérimaire chargé du ministère pastoral aux armées, et d'autres, appartiennent aux ordinaires dans le sens du canon 198 § 1 CJC. Se fonder sur une pareille adresse pour attribuer à I'encyclique un caractère de "document politique", voire pour en déduire qu'"on tente de la sorte d'ameuter le monde contre l'Allemagne nouvelle", est aussi erroné que significatif de l'état d'esprit qui a inspiré les services responsables de cette partie de la note dans leur appréciation de l'encyclique. D'ailleurs, le gouvernement allemand et le parti qui le soutient n'ont eux-mêmes également jamais assigné de limites géographiques à leur propagande lorsqu'il s'agissait de questions d'ordre idéologique. Il est dès lors doublement incompréhensible qu'ils puissent se sentir lésés par une mise en garde explicative de l'Eglise.

 

3) Poursuivant de telles conclusions erronées, la note du 12 courant ajoute: "Les adversaires politiques du Reich, et aussi parmi eux ceux qui sont en même temps les adversaires de l'Eglise catholique, ont bien compris cet appel; ils s'en sont réjouis et en ont reçu un nouvel élan dans leur combat politique contre le Reich". Le Saint-Siège croit, en revanche, pouvoir souligner que la finalité religieuse de l'encyclique, étrangère à toute aspiration politique, est claire et sans ambiguïté pour quiconque s'efforce de la comprendre sans prévention. C'est précisément ce que de nombreuses voix étrangères ont relevé avec insistance. Les interprétations fausses et tendancieuses de tierces personnes n'y peuvent rien changer, Le Saint-Siège ne peut malheureusement pas empêcher les interprétations abusives à des fins politiques qui sont données à ses déclarations et à ses actes officiels. La presse allemande en fournit le continuel exemple et, bien que placée sous le contrôle et la direction du ministère, elle ne s'en rend pas moins coupable de pénibles déformations. Le Saint-Siège n'a ni l'habitude ni l'intention de se laisser guider dans ses publications magistérielles par d'autres points de vue que la conviction de leur nécessité pastorale. Il n'a dans cette manière d'agir d'autre allié que la vérité. Dans le cas présent, son but était tout autre que de nuire directement ou indirectement au peuple allemand. Son intention était et reste d'éliminer des dommages et de surmonter les désordres qui se produisent aujourd'hui en Allemagne du fait que les pouvoirs publics et le mouvement qui soutient l'Etat se sont de plus en plus compromis avec des idées, des forces, des orientations et des groupes idéologiques dont le but avoué ou réel est d'asservir l'Eglise et d'anéantir la foi chrétienne. Une situation tragique est née de ce que des personnes investies des pouvoirs publics et les cadres responsables représentant le mouvement politique qui soutient l'Etat n'aient pu se résoudre, à ce jour, à mettre un terme à la fatale symbiose qui les enchaîne et les assujettit spirituellement aux courants antichrétiens qu'on vient de décrire. Il en est résulté qu'après un long temps d'attente l'autorité suprême de l'Eglise se trouvait confrontée à la nécessité inéluctable de procéder à une déclaration rectificative et de mise au point. Si les auteurs de la note du 12 courant avaient bien voulu examiner les commentaires de la presse non allemande, les remarques reconnaissant et appréciant, en plus de la clarté des déclarations sur l'historique du concordat et de l'exposé magistériel du texte, la volonté générale et manifeste de paix et de compréhension de l'encyclique ne leur auraient pas échappé.

 

4) La note de votre Excellence, en date du 12 courant, prétend que l'encyclique "Mit brennender Sorge" aurait "en particulier annulé l'effet de l'encyclique pontificale contre le communisme publiée peu avant" et "porté un coup dangereux au front de défense contre le danger universel du bolchevisme qui mérite tant d'efforts, singulièrement pour l'Eglise catholique". Voilà encore un raisonnement malencontreusement entaché d'erreur. Le Saint-Siège ne méconnaît pas la grande importance que revêt l'édification des fronts de défense politiques intérieurement sains et viables contre le danger du bolchevisme athée. Ses efforts pour vaincre de telles erreurs sont inspirés de motifs pastoraux; ils font appel à des moyens spirituels et ont leurs propres lois et leurs propres voies. Toutefois, le Saint-Siège sait aussi que, contre les menées publiques ou occultes d'une rébellion faisant appel à un usage illégal de la force, les pouvoirs officiels qui se sont rangés du côté de l'ordre et qui ont coordonné des moyens de pression extérieurs pour lutter contre le danger bolchevique sont investis d'une mission et d'un devoir essentiels. Et tout comme le Saint-Siège démasquait avec une infatigable énergie les dangers non seulement religieux mais culturels et sociaux du système bolchevique en un temps où des hommes, qui en sont aujourd'hui de bruyants adversaires, en étaient alors des meneurs plus ou moins conscients, de même il n'a jusqu'à ces derniers jours négligé aucune occasion d'affermir et de renforcer un front spirituel des fidèles contre le bolchevisme athée. Néanmoins, le Saint Père doit à la dignité et aux devoirs d'impartialité de sa charge pastorale souveraine, en dehors de la condamnation du système démentiel et révolutionnaire du bolchevisme, de ne pas fermer les yeux sur les erreurs qui s'efforcent de s'implanter au sein d'autres tendances politiques et philosophiques et se hisser au niveau du pouvoir. Le fait que de telles erreurs se rencontrent au sein de systèmes politiques dont l'orientation générale apparaît comme antibolchevique ne saurait leur procurer le privilège d'être tolérées ou ignorées par le magistère suprême de l'Eglise. Un pareil passe-droit serait non seulement injustifiable devant la conscience chrétienne, mais il se révélerait finalement funeste, même pour ceux qui, comme dans la note allemande, font preuve de courte vue et se trompent eux-mêmes en réclamant une pareille tolérance de la part de l'Eglise et en se plaisant à interpréter le refus de celle-ci comme un acte antiallemand. Pour assurer un front de défense contre le danger universel du communisme, une bonne cohésion interne et externe ainsi qu'une longévité appropriée aux lourdes charges qui pèsent sur lui, rien ne serait plus funeste que l'erreur consistant à asseoir ce front de défense sur la seule force extérieure sans y inclure la part qui revient aux forces spirituelles. Entre les différentes puissances spirituelles du monde, rien n'est plus erroné que de s'attaquer à la chrétienté et aux valeurs de vérité et de vie qui lui sont propres en restreignant ses possibilités d'action. On empêche ainsi l'Eglise de mettre pleinement en oeuvre les forces qui résident en elle et qui sont prêtes à entrer en lice pour le bonheur des nations afin de triompher spirituellement des erreurs et aberrations contenues dans le bolchevisme. C'est précisément dans cette erreur et dans la mauvaise attitude qui en découle que les milieux dirigeants de l'Allemagne actuelle sont tombés de façon inquiétante. Non seulement les possibilités d'action des chrétiens se trouvent de plus en plus entravées, mais en outre il faut compter avec une certaine littérature, une presse privilégiée et de multiples organisations qui mènent sous les yeux de milieux officiels, et avec leur tolérance ou leurs encouragements, un combat organisé contre les chrétiens et l'Eglise. Par sa structure et ses méthodes, son hostilité et sa malveillance, ce combat fait penser aux exemples qui proviennent précisément du camp que l'on prétend combattre. Étant donné que le gouvernement allemand a concentré la presse, l'édition et les associations à un niveau jusque-là inconnu et que, donc, il connaît d'expérience les détails de ce triste tableau mieux que le Saint-Siège, dont les archives documentaires remplissent des volumes, nous pouvons renoncer ici à de plus amples commentaires. Nous ne pouvons cependant omettre, eu égard à la vérité, de remarquer ceci : entre les programmes présentés officiellement par le front antibolchevique et les pratiques ci-dessus décrites, il existe des contradictions aussi éloquentes que pénibles. En portant la main à cette plaie béante et en élevant la voix en raison des dangers menaçant la prospérité du peuple allemand, le chef suprême de l'Eglise catholique avait l'unique intention, conforme à son devoir, non de dénoncer ni d'accuser mais de guérir et de sauver. Considéré sous ce jour, aller prétendre, comme le fait la note, que l'encyclique "Mit brennender Sorge" "a porté un coup dangereux au front contre le danger universel du bolchevisme", constitue une méconnaissance de la réalité et une tromperie vis-à-vis de soi-même dont on ne peut qu'espérer, dans l'intérêt du peuple allemand, qu'elles feront bientôt place à une appréciation juste et dépourvue de passion.

 

5) La note de Votre excellence tient pour "inacceptable que le partenaire ecclésiastique du concordat, au mépris de tous les usages diplomatiques et au beau milieu de négociations encore pendantes sur une série de questions concordataires ardues, s'adresse directement aux sujets catholiques de l'Etat, court-circuitant ainsi les instances compétentes en matière de négociation des différends, et [qu'il] en appelle à eux contre leur propre gouvernement". Cette déclaration et le reproche qu'elle comporte ne s'expliquent que de la part d'un représentant de l'Etat qui, ou bien ignore le déroulement chronologique des négociations internes entre le Saint-Siège et le gouvernement allemand, ou bien traite avec une étrange négligence la connaissance qu'il en pourrait avoir. Le Saint-Siège se croit à même, aussi bien que toute autre instance, d'apprécier les devoirs de droit et de bienséance qui résultent des usages diplomatiques. Ce lui serait un jeu de démontrer, documents à l'appui, comment au cours des quatre années qui ont suivi le concordat on a tenté, avec un soin infatigable et une patience que plusieurs ont jugée excessive, de mettre à profit toute possibilité vraie d'un juste accord; cela même quand il était répondu négativement à cette attente rendue plus d'une fois difficile par les méthodes et pratiques de négociation des négociateurs gouvernementaux.

 

Vu le silence qui a répondu à toute une série de requêtes et propositions individuelles et collectives de l'épiscopat, vu la stérilité imputable à la partie gouvernementale, de nombreuses prises de contact personnelles entre les représentants de l'Eglise et de l'Etat en Allemagne, vu la façon "contraire à tous les usages diplomatiques" et devenue coutumière, sous le Troisième Reich, dans l'expédition des affaires de laisser sans réponse les nombreuses notes du Saint-Siège, fait qui, dès avant cela, avait pris des proportions inconnues dans les rapports avec d'autres puissances et qui, dans les tout derniers temps, avait atteint dans les très importantes affaires scolaires des proportions volontairement discourtoises, vu les appels répétés et infructueux du Saint-Siège à l'article 33 de conciliation figurant au concordat, et dès lors obligatoire, vu les retards visiblement organisés de pourparlers et les renvois arbitraires à des dates indéterminées de discussions concernant les questions concordataires de première importance, tant vis-à-vis du nonce que des représentants de l'épiscopat, il est étrange, et diplomatiquement insoutenable, de commencer par qualifier une encyclique, née dans le cadre de la situation décrite, comme une prise de position contraire au concordat, mue ou, à tout le moins influencée, par des objectifs politiques, puis de tenter vainement de la présenter comme telle à l'opinion publique mondiale.

 

Quand Votre excellence se plaît à parler d'infraction aux usages diplomatiques et de "négociations encore pendantes", elle oublie d'appliquer plus à propos cette remarque au comportement des services gouvernementaux. La question qui se pose à ce sujet est alors la suivante: Y a-t-il respect des "usages diplomatiques" et prise en considération des "négociations encore pendantes" lorsque le partenaire gouvernemental - bien qu'il ait été officiellement informé du désaccord du partenaire ecclésiastique - restreint par des mesures légales et administratives unilatérales le domaine légal de l'Eglise tel qu'il avait été convenu entre les parties ? lorsque, en infraction avec le contrat mais par le procédé commode du fait accompli, il porte atteinte au statut de droit et de fait de l'Eglise catholique ? lorsque, dans les questions cruciales de l'éducation chrétienne et des écoles confessionnelles, il fait litière de la liberté de choix des parents catholiques par des mesures d'intimidation ou pire - aisément prouvables sur documents - et lorsqu'il attend alors de l'Eglise qu'elle reconnaisse comme juridiquement inattaquables en raison du concordat des faits qui ne sont que le résultat trompeur de méthodes illicites et pratiquées de façon inadmissible? Poser la question c'est y répondre; c'est aussi montrer que les plaintes formulées contre le Saint-Siège sont dénuées de tout fondement.

 

6) La note allemande du 12 courant prétend voir une "infraction" aux principes les plus élémentaires du concordat dans la manière d'agir du Saint-Siège quant à la rédaction, la publication et la lecture de l'encyclique "Mit brennender Sorge".La note ne craint pas de tirer la singulière conclusion que voici : "Le fait que l'impression et la diffusion de l'encyclique aient été menées dans le plus grand secret démontre que les instances ecclésiastiques responsables de sa rédaction et de sa diffusion étaient fort bien conscientes de l'illégalité du procédé et de la violation de leurs devoirs civiques". Le Saint-Siège récuse cette hypothèse avec vigueur. Il proteste contre l'accusation d'avoir agi dans l'illégalité. Il ignore tout d'un article du concordat qui prescrirait une procédure d'ordre public pour la rédaction d'une encyclique. Dans la mesure où serait exact l'aspect "secret" de l'impression et de la diffusion reprise par la note, les documents en sa possession ne contiennent rien qui fasse état d'une atteinte quelconque aux prescriptions légales en matière de presse. Cette même police gouvernementale, qui tolère et favorise très largement les déclarations hostiles à l'Eglise, s'était depuis longtemps engagée, par sa façon de traiter les lettres pastorales d'évêques allemands, dans une voie qui équivalait à leur dénier les droits garantis par le concordat. Vu les abus continuels résultant d'une pratique policière chicanière et manifestement partisane, on ne peut que déduire du comportement des vénérables évêques allemands qu'ils se sont seulement préoccupés de prémunir les directives pastorales, explicatives et manifestement bienveillantes, du pape contre le sort que bien des lettres pastorales avaient injustement connu. S'il est vrai que la police secrète n'a pas empêché la lecture de la circulaire pontificale dans les églises, cela est certainement dû aussi au fait que dès le début elle n'a pu relever aucune inexactitude matérielle dans le texte. Le Saint-Siège ne comprend pas la manière dont le gouvernement allemand prétend après coup que "par le ton et le contenu, la circulaire constitue une telle provocation contre la direction de l'Etat, contre l'exercice de la justice et contre la politique scolaire et de presse en Allemagne, que le gouvernement allemand juge incompatible avec sa dignité et sa souveraineté de la discuter en ses détails". La méthode à laquelle on recourt dans cette observation facilite sans doute largement la réponse du gouvernement ou, plus exactement, lui permet d'éviter de répondre et de réfuter l'encyclique; toutefois elle prive aussi sa prise de position de toute force probante. Il s'agit là du maintien de la pratique qui, déjà dans le passé, a consisté à esquiver à de multiples reprises un débat sur les faits, contribuant ainsi de manière décisive au durcissement des relations entre l'Eglise et l'Etat. Le Saint-Siège, en revanche, se refuse à supposer que la direction de l'Etat allemand, la Justice allemande, l'Ecole allemande et la Presse allemande puissent trouver un intérêt quelconque à s'identifier avec les aberrations et abus manifestes dont il a été donné des exemples dans l'encyclique. Tant que le gouvernement n'en fait rien, il n'aura aucun motif de considérer comme dirigé contre lui l'examen objectif de ces abus. La forme adoptée dans l'encyclique pour de tels examens et l'effort fait par le Saint-Siège, effort qui n'aura pas échappé à l'autre partie, pour ne pas assimiler les égarements qu'il était obligé de dénoncer avec l'Etat en tant que tel ou avec le mouvement qui le soutient, auraient dû, pour quiconque considère l'encyclique comme un tout indivisible et cherche à juger sans passion les directives positives qu'elle contient ou suggère, être un motif de comprendre, sans prévention et sans susceptibilité, comment il devrait être possible de trouver une issue aux confusions d'un passé récent et à la menace actuelle de durcissement. On servirait mieux par là les intentions de Sa Sainteté le Pape ainsi que la prospérité, la paix et l'avancement du peuple et de l'Etat allemands, plutôt que par des interprétations fausses, empreintes d'irritation et purement négatives qui caractérisent la note du 12 courant et qui, assises sur le vide, ne peuvent mener qu'au vide.

 

7) Là où l'encyclique pontificale appelle l'attention sur les "manoeuvres qui, dès le début, ne visaient qu'à une guerre d'extermination", le gouvernement allemand répond par une série de constats ponctuels, qui témoigneraient de son attitude positive à l'égard de l'Eglise. En examinant avec précision le texte de l'encyclique, le gouvernement se rendra compte qu'il s'agissait simplement de constater l'existence de ces manoeuvres sans que pour autant la direction de l'Etat en tant que tel soit assimilée à ces manoeuvres. Il suffit de connaître la littérature et la rhétorique de certaines personnalités dirigeantes et organes du mouvement national-socialiste et des groupements idéologiques qu'elles patronnent pour faire la regrettable constatation que les précisions données dans l'encyclique sont conformes à la réalité. Il appartient au gouvernement d'éliminer les anomalies relevées, ce que tendent à confirmer les déclarations de hautes personnalités de l'Etat faites à des représentants de l'Eglise. Le gouvernement n'a pas encore jusqu'ici mis lui-même cette possibilité à profit.

 

Pour prouver son attitude positive à l'égard de l'Eglise, la note appelle "l'attention sur le fait, reconnu par l'Eglise elle-même, que c'est grâce au national-socialisme que l'Eglise catholique d'Allemagne a été sauvée du chaos bolchevique". Le Saint-Siège ne nie pas que le gouvernement actuel de l'Allemagne a efficacement éliminé le communisme en tant qu'organisation publique. Dans quelle mesure, à l'époque de la prise du pouvoir par le national-socialisme, le communisme représentait en Allemagne un danger immédiat dont il était exclu de pouvoir triompher par d'autres moyens, voilà une question objective que le Saint-Siège en tant que tel n'a pas à trancher. En tout cas il apprécie tout effort honnête vers l'ordre et la paix.

 

La note du 12 courant appelle l'attention sur la manière dont "le gouvernement allemand est allé, en paroles et en actes, au-devant des désirs de l'Eglise catholique pour l'établissement des dispositions matérielles du concordat". Sous ce rapport, il conviendrait de rappeler que le concordat du Reich conclu avec le présent gouvernement ne comporte aucune disposition financière nouvelle et se contente de laisser en vigueur ce dont les précédents gouvernements avaient convenu. Le gouvernement du Reich n'ignore pas qu'il en va de même pour les prestations extra-concordataires assises sur la base de lois antérieures, pour la perception de l'impôt cultuel, pour la création de nouveaux diocèses, etc. Tout comme il ne pourra pas contester les restrictions importantes auxquelles il a été procédé. Il faut en outre souligner que, par une série de mesures légales et administratives, les institutions et associations ecclésiastiques ont subi des dommages dans leurs propriétés et revenus, dont les données statistiques ne sont pas publiées. De plus, qu'il soit permis au Saint-Siège, en ce domaine, sans avoir à craindre de malentendu, de faire observer que pour lui les questions avancées par le gouvernement du Reich ne représentent pas des questions d'intérêt mais des questions de droit, et qu'une appréciation correcte sur la façon dont ces questions sont réglées en Allemagne est impossible si l'on ne se réfère pas aux titres juridiques résultant de la sécularisation et d'autres faits encore. Toute explication dès lors est superflue [pour comprendre] qu'aux yeux de l'Eglise la liberté dans l'exercice de sa mission salvatrice est primordiale et qu'aucune sorte de considération matérielle ne pourrait lui faire renoncer, de la part d'aucun État de quelque forme constitutionnelle qu'il soit dans le détail, à revendiquer cette liberté, non comme une aumône qu'elle mendierait, mais - et cela dans l'intérêt même de l'Etat et du peuple - comme son droit divin.

 

8) Quand la note du 12 avril de cette année croit devoir rappeler au Saint-Siège que "l'Etat autoritaire allemand, dans tous les domaines de la vie publique, de la direction de l'Etat, de la justice, de la politique scolaire et de presse, a définitivement rompu avec les conceptions et méthodes de la démocratie libérale et parlementaire", elle se méprend de manière extraordinaire sur les intentions de l'encyclique pontificale. Ce n'est pas là que gît la source des véritables ou éventuels conflits entre l'Eglise catholique et l'Etat allemand. Le Saint-Siège, qui entretient des relations amicales, correctes ou au moins tolérables avec des Etats de forme et d'orientations constitutionnelles diverses, ne se mêlera jamais de la question de savoir quelle forme de gouvernement tel peuple désire considérer comme plus adéquate à sa nature et à ses besoins. Il est également resté fidèle à ce principe à l'égard de l'Allemagne et a l'intention de le rester. L'encyclique pontificale a seulement posé en principe que tout statut juridique d'un Etat est soumis à la loi de Dieu. Tant que ce principe sera reconnu et mis en pratique par le gouvernement allemand, les conflits de conscience entre les devoirs du chrétien et ses devoirs de fidélité de citoyen resteront exclus. Toutefois, un gouvernement qui prétendrait se soustraire à cette exigence fondamentale de tout ordre moral juridique et social provoquerait, consciemment ou inconsciemment des tensions et des oppositions rendant impossible le développement de l'esprit social auquel il aspire et que l'Eglise s'efforce également de promouvoir par tout moyen licite.

 

En résumé, le Saint-Siège constate ce fait central: la note du 12 courant n'a réfuté objectivement aucun des faits contenus dans l'encyclique "Mit brennender Sorge". Par des déformations politiciennes, tant du contenu de la circulaire que des intentions de Sa Sainteté le Pape, elle a cherché à dissimuler les infractions passées et présentes au concordat, en prétendant que ladite encyclique constitue une infraction au concordat. Il est difficile d'imaginer une plus étonnante inversion de tous les principes de base du droit contractuel que celle qui se trouve tentée ici dans un document diplomatique. Après avoir demandé inutilement pendant quatre longues années une application correcte des stipulations du concordat; après avoir indiqué à plusieurs reprises et confidentiellement que, si la tactique pratiquée par le gouvernement se poursuivait, le Saint-Siège se verrait obligé de prendre position officiellement; après de nombreuses tentatives pour trouver, en ce qui concerne les associations catholiques, une solution acceptable pour les deux parties, au lieu de la détérioration du concordat recherchée en juin 1934 par le gouvernement; après des tentatives répétées pour soulager le durcissement de la situation par des prises de contact des représentants de l'épiscopat avec de hautes personnalités de l'Etat ; après avoir vainement tenté à de multiples reprises d'en appeler à l'instance d'accord prévue à l'article 33 pour répondre aux mesures gouvernementales unilatérales qui se succédaient précipitamment dans les domaines scolaire et autres, Sa Sainteté le Pape a élevé sa voix de pasteur suprême, tel que le devoir de sa charge l'y obligeait et que son droit concordataire l'y autorisait. C'est de lui que je tiens la haute mission et le devoir de réfuter aussi bien l'injuste interprétation de son encyclique communiquée dans la note du 12 courant que la forme donnée à cette interprétation. En conclusion, il importe de souligner que, en dehors de l'aspect objectif des faits, l'erreur d'appréciation qui est à la base de l'injuste manière dont le gouvernement voit les choses consiste à placer sous un jour politique le conflit en cours dont les causes seraient à rechercher dans des courants et aspirations politiques au sein de l'Eglise d'Allemagne. Plus vite et plus résolument le gouvernement allemand pourra se décider à éliminer de la discussion politique et des pourparlers avec le Saint-Siège ces éléments de polémique journalistique, plus tôt pourra se développer, comme il est dit dans la note du 12 courant, l'atmosphère dans laquelle "les deux parties prenantes, Etat et Eglise" pourront "oeuvrer pour le bien de la population civile et religieuse allemande". La condition première et essentielle pour atteindre, dans l'intérêt des deux parties, ce but digne d'efforts est que la direction de l'Etat et du mouvement qui le soutient se dégage de l'étreinte et de la pénétration croissantes des courants philosophiques et antichrétiens qui vivent du combat contre l'Eglise et veulent tirer de ce combat une règle et une condition de vie pour un Etat allemand modelé sur leur empreinte et conforme à leur état d'esprit. Ce n'est pas la première fois que l'on présente au gouvernement ce diagnostic de l'état du conflit. On ne fait que le répéter, avec la suppliante insistance que commandent les expériences vécues. C'est à l'Etat allemand et à sa direction qu'il appartient dès maintenant de prendre les mesures que l'on a esquivées jusqu'ici. En ce sens, c'est au gouvernement et non au Saint-Siège de décider de la forme que prendront à l'avenir les relations entre l'Eglise et l'Etat.

 

 

En vous exprimant ma considération distinguée, j'ai l'honneur, Excellence, de vous rester très respectueusement,

 

 

(s.) E. Card. Pacelli

 

 

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