Amen", le prochain film de Costa-Gavras, dont l'affiche scandalise l'Eglise

Le Monde, 13 février 2002

 

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L'affiche est signée Oliviero Toscani, l'ancien publicitaire de Luciano Benetton, aujourd'hui en froid avec le couturier italien. Sa dernière provocation sera, à partir du 19 février, sur les murs et façades de cinéma de Paris et de province: la croix des chrétiens fondue dans le même graphisme rouge et noir que la croix gammée, cette svastika dont, dès 1920, Hitler écrivait qu'elle symbolisait la "lutte pour la victoire de l'homme aryen".

La croix confondue avec le symbole du régime nazi: l'affiche du prochain film de Costa-Gavras, Amen -- en salles à partir du 27 février -- qui traite du silence de Pie XII pendant l'extermination des juifs, fait scandale dans l'épiscopat. On avait déjà vu des keffiehs sur une croix chrétienne dans une conférence propalestinienne à Beyrouth. Ou une femme nue lovée contre le sexe du Christ crucifié sur l'affiche du film Larry Flynt, traduit en justice en 1996. Mais personne n'avait encore osé associer ainsi le symbole premier de la foi chrétienne et celui du régime le plus monstrueux de l'histoire humaine.

Quarante ans après Le Vicaire, la pièce de théâtre de Rolf Hochhuth, qui avait soulevé de nombreuses controverses et dont le film de Costa-Gavras est l'adaptation, la polémique éclate à nouveau. Réuni en conseil permanent mardi 12 février, l'épiscopat français a vu l'affiche de Toscani et prépare une réaction, peut-être judiciaire. Son secrétaire général, le Père Stanislas Lalanne, dit au Monde qu'"une telle affiche blesse gravement la sensibilité des catholiques par un amalgame insupportable entre la croix du Christ et la barbarie nazie". C'est "une atteinte à la dignité de tout croyant". L'affiche avait déjà été qualifiée d'"odieuse", de "perverse", d'"indigne", samedi 9 à Lyon, lors d'une session des Amitiés judéo-chrétiennes de France. Ce qui désole l'épiscopat, c'est que l'affiche de Toscani lui semble décalée par rapport au film de Costa-Gavras. D'ailleurs, le Père Patrick Desbois, secrétaire du comité des relations avec le judaïsme, juge qu'il s'agit d'un "bon film". Sans faire grand cas des progrès de la recherche historique depuis Le Vicaire (1963), [Quel aveu, mes aïeux... surtout de la part de ces judéolâtres enragés.. ] Amen a pour sujet l'insurrection de la conscience morale devant la Shoah, traité à travers deux figures, l'une, historique, de l'officier SS de confession protestante, Kurt Gerstein (Ulrich Tukur dans le film), l'autre, purement fictive, d'un jeune diplomate jésuite, Ricardo Fontana (Mathieu Kassovitz). Le film met en cause le mutisme de l'Eglise, mais aussi de tout le monde occidental. Selon l'épiscopat, son affiche ne servirait pas, en la caricaturant, la compréhension, encore moins la réconciliation entre juifs et chrétiens. Costa-Gavras se défend: "Cette affiche n'a aucun caractère délibérément provocant: elle correspond au problème posé par le film."

Henri Tincq

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Ce que Tintincq cache soigneusement aux lecteurs du Monde, c'est qu'au delà de cette mince affaire d'affiche du putassier ex-employé de Benetton, spécialiste des jolies photos de merdes, il y a un double scandale: celui des imputations mensongères, frauduleuses et proprement scandaleuses de Hochhut, vieille chose protestante allemande qui partage avec certains milieux juifs une rage de destruction de l'Eglise catholique, et un autre scandale, tout à fait distinct, qui est de prendre ou sérieux, ou de faire semblant de prendre au sérieux, les déclaration faites après la guerre, par un malade mental, ancien chargé d'hygiène publique dans la SS, Kurt Gerstein. Rassinier fut le premier à lire de près les âneries de Gerstein, à dévoiler les montages plus ou moins discrets qu'en faisaient les pseudo-historiens, du genre Poliakov, et à analyser la politique vaticane, sans prévention, son athéisme le protégeant des prises de partie dans ce domaine.

 

Que cette pièce de 1963, ce tissu de contre-vérités, de falsifications (un mot que nous n 'employons pas souvent ici) et de pures et simple conneries de nature politique, retrouve une actualité, quarante ans après qu'on l'a démonté trame par trame, est proprement stupéfiant. Cela veut dire que le brouillard d'ignorance s'est tellement épaissi que les discussions et les efforts d'éclaircissement qui ont été faits par la génération précédente ne sont nullement acquis, que tout est toujours sempiternellement à recommencer, qu'il n'y a pas de culture ni de transmission du savoir.

Costa-Gavras est une petit sectaire d'une gauche assez infâme, celle qui ne peut survivre qu'au prix de la démonisation des autres, de la prétention au magistère moral pendant qu'elle fait massacrer tout ce qui lui résiste, des ouvriers de Fourmies aux péquenots des montagnes de l'Afghanistan, qui ont le tort de faire paître leurs foutues berbis sur le passage d'un oléoduc virtuel très important pour les centres de profits de Manhattan la bombée. Des gens comme ce Costa-Gavras, comme la vieille tante Gluglu, comme BHV et tant d'autres, sont les maquereaux de la politique et de l'idéologie impunitaire. Ils touchent pendant que les autres font le trottoir et se font baiser. Répugnant

 

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  La justice examine la demande d'interdiction de l'affiche du film "Amen"

Le Monde, 21 février 2002.

 

Des catholiques traditionalistes exigent le retrait de l'affiche du film de Costa-Gavras, qui fusionne la croix gammée et la croix chrétienne.

Que faut-il voir dans l'affiche du dernier film de Costa-Gavras, Amen, en salles à partir du 27 février ? Un amalgame "insupportable et mercantile" entre la croix du Christ et la barbarie nazie ou une incitation à poursuivre le débat sur le silence de l'Eglise face aux crimes du IIIe Reich ? Dans l'hebdomadaire chrétien La Vie (du 23 février), 23 personnalités juives jugent "malsain cet amalgame de l'emblème nazi avec un symbole religieux". En une semaine, la polémique soulevée par ces cinq lignes rouges sur fond noir s'est déplacée du Conseil permanent de l'épiscopat français, qui avait trouvé "odieuse" la superposition de la croix gammée sur la croix chrétienne, à la première chambre du tribunal de grande instance de Paris, où a été examinée en référé, mardi 19 février, la demande d'interdiction de l'affiche, formulée par une association de catholiques traditionalistes.

Créée et présidée par un membre du bureau politique du Front national, Bernard Anthony, l'Agrif (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française) se bat depuis quinze ans contre la pornographie et pour la défense des "valeurs menacées de notre civilisation". C'est à ce dernier titre que Me Wallerand de Saint-Just a expliqué comment la "monstrueuse" affiche constituait une "diffamation à l'égard de tous les chrétiens" ainsi qu'une "offense gratuite et inutile aux sentiments religieux les plus respectables". Me Jacques Trémollet de Villers enchaînait à son tour sur la "douleur injuste"de ces croyants, pour qui "la croix n'est pas seulement une image": "ce que nous portons sur notre dos et prions à deux genoux, matin et soir, vous venez l'insulter pour faire du fric", a-t-il lancé, hors de lui, à l'adresse du réalisateur et du concepteur de l'affiche, Oliviero Toscani, ancien publicitaire de Benetton.

Avec la même ardeur, les deux avocats de l'association se sont ensuite attaqués aux "accusations fausses et vigoureusement contestables" du film, qui met en cause le silence de la hiérarchie catholique lors de l'extermination des juifs : si le pape Pie XII s'est bien abstenu de "déclarations publiques extrêmement brutales", c'était pour éviter que "les persécutions contre les juifs ne redoublent dans toute l'Europe", détaille Me Wallerand de Saint-Just.

Un débat historique

Aux yeux de Me Georges Kiejman, avocat du réalisateur et de sa société de production, la réalité historique "éclairée par des études récentes" est bien différente. "Le pape Pie XII a été très rapidement informé de l'étendue du désastre", assure-t-il, soulignant que certains collaborateurs du pape ont préféré détruire leurs notes personnelles plutôt que de laisser connaître leur attitude à l'époque. La superposition des deux croix n'a, quant à elle, rien de nouveau: "Elle a existé de 1933 à 1945 sans que personne s'en émeuve", rappelle l'avocat. Avant d'être poursuivie en justice, l'affiche avait d'ailleurs reçu l'approbation de la ministre de la justice, Catherine Tasca.

Déplorant l'absence de représentants de la hiérarchie catholique à l'audience, le procureur de la République, Pascal Le Fur, a estimé pour sa part qu'il ne revenait pas au ministère public de trancher un débat historique. L'affiche ? "Franchement, je ne me suis pas senti agressé", confesse-t-il devant une salle bondée, avant de se prononcer contre son interdiction. "A mon sens, poursuit-il, ceux qui devraient le plus se plaindre, ce sont les protestants, qui apparaissent d'une lâcheté absolue dans le film." Seul à n'avoir pas fait part de son sentiment, le président du tribunal, Jean-Claude Magendie, doit rendre son jugement jeudi 21 février.

Alexandre Garcia

 

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 La justice rejette l'interdiction de l'affiche du film "Amen"

Le Monde, 22 février 2002. Avec AFP.

 

L'affiche du dernier film de Costa-Gavras, Amen, où figurent la croix du Christ et une évocation de croix gammée, sera maintenue sur les panneaux publicitaires en France. La justice a en effet rejeté, jeudi, une demande d'interdiction déposée par une association catholique.

L'affiche du film Amen, de Constantin Costa-Gavras, ne sera pas interdite malgré les critiques de personnalités religieuses et l'action en justice d'une association catholique. La justice a en effet fait savoir, jeudi 21 février, qu'elle y voyait davantage un message d'espoir plutôt qu'un amalgame entre nazis et catholiques.

"Une lecture ouverte de l'affiche permet d'y découvrir une volonté de briser la croix nazie, symbole du totalitarisme, et de replanter en terre, comme pour la réhumaniser, la croix que continue de porter toute une communauté", a estimé le président du tribunal de Paris, Jean-Claude Magendie. "Seule une lecture fermée du message (...) peut donner à y voir l'amalgame dénoncé entre la chrétienté et le nazisme", a ajouté le magistrat.

Alors que l'association catholique Agrif (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne) d'un côté, les producteur, réalisateur et distributeur de l'autre, s'opposaient sur l'utilité de fondre une croix chrétienne et une croix gammée, le juge a proposé une autre lecture de cette image énigmatique.

"L'affiche ne représente pas une croix catholique prolongée d'une croix gammée", a dit le magistrat, ajoutant que "l'amalgame entre la croix chrétienne et la croix gammée n'est nullement patent, quelles qu'aient pu être les intentions du concepteur de l'affiche", puisque la croix gammée est incomplète, sa branche inférieure étant déployée vers le bas.

"Ça risque de détourner les gens du film"

L'Agrif, qui y voyait "une offense gratuite, inutile et publique aux sentiments religieux les plus respectables", a donc été déboutée par le juge des référés. Ce dernier, dans son ordonnance, fait référence à deux reprises à la déclaration de repentance de l'Eglise de France, du 30 septembre 1997, par laquelle ses auteurs constataient -- en le déplorant -- que des évêques avaient pu "acquiescer, par leur silence, à des violations flagrantes des droits de l'homme et laisser le champ libre à un engrenage mortifère".

Soulignant que l'épiscopat français avait tenu à donner un caractère public, largement médiatisé, à ce texte, le magistrat en déduit que l'affiche "peut d'autant moins illustrer une approbation de l'extermination des juifs de la part de l'ensemble de la communauté catholique".

"Toute l'attention a été donnée à l'affiche et je pense que ça risque de détourner les gens du film", a regretté, jeudi, le réalisateur Costa-Gavras. "Ce serait très malheureux, parce que le débat se fait avec le film, pas sur une affiche", a-t-il dit, en précisant qu'il avait prévu une affiche de remplacement en cas d'interdiction.

Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante. De nombreuses interdictions ont vainement été demandées depuis une vingtaine d'années : l'affiche du film Ceci est mon corps, en 2001, la couverture du livre INRI de Bettina Rheims, montrant une femme torse nu dans la position du Christ en croix en 1998, l'affiche du film Larry Flynt en 1997, présentant le magnat du porno américain dans la même position, sur le pubis d'une femme en string, une couverture de VSD en 1992, montrant une femme quasiment nue sur une croix, une affiche de Benetton en 1991, représentant une religieuse et un prêtre s'embrassant sur la bouche. Le seul succès de l'Agrif en la matière a été l'interdiction, en octobre 1984, de l'affiche du film Ave Maria, représentant une jeune fille largement dénudée, attachée à une croix.

 

 

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  Rejet de la demande

Le Monde, 23 février 2002

 

Pour le président du tribunal, l'indignation des plaignants relève d'une "lecture fermée" du message. La jurisprudence civile s'est enrichie, jeudi 21 février, d'une surprenante notion: celle de la "lecture ouverte" ou "fermée" d'un support publicitaire, en l'occurrence l'affiche controversée du dernier film de Constantin Costa-Gavras, Amen, dont une association de catholiques traditionalistes a réclamé en vain l'interdiction immédiate devant le tribunal de grande instance de Paris (Le Monde du 21 février).

L'Agrif (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne) avait vu, dans l'affiche réalisée par le photographe italien Oliviero Toscani, une superposition "monstrueuse" de la croix gammée et de la croix chrétienne constituant une "offense gratuite et inutile aux sentiments religieux les plus respectables". L'épiscopat français et plusieurs personnalités de la communauté juive s'étaient émus de cette "identification intolérable du symbole de la foi chrétienne avec celui de la barbarie nazie", selon les propos de Mgr Jean-Pierre Ricard, président de la Conférence des évêques de France.

Insensible à l'indignation des ecclésiastiques, le président du tribunal de grande instance de Paris, Jean-Claude Magendie, a balayé leurs critiques en estimant, dans son ordonnance de référé rendue jeudi, qu'elles relevaient d'une "lecture fermée" du message exprimé par l'affiche, pouvant "seule donner à y voir l'amalgame dénoncé entre la chrétienté et le nazisme et à y projeter une volonté de scandaliser les sentiments religieux de toute une population".

A ses yeux, "une lecture ouverte" du dernier coup publicitaire de M. Toscani permet au contraire d'y découvrir "une volonté de briser la croix nazie, symbole de totalitarisme, et de replanter en terre, comme pour la réhumaniser, la croix que continue de porter toute une communauté". Le magistrat en veut pour preuve le fait que la svastika nazie est "incomplète", l'une de ses branches n'étant pas coudée "mais déployée vers le bas". Alors qu'Amen traite du silence observé par le pape Pie XII face au génocide des juifs, son affiche serait "en parfaite adéquation avec la pensée actuelle de l'épiscopat français dans sa déclaration de repentance" prononcée à Drancy le 30 septembre 1997, estime M. Magendie, qui ne voit aucun "trouble illicite" justifiant son interdiction.

"C'est de l'intellectualisme "

Le président du tribunal serait-il le seul à pouvoir lire ces cinq lignes rouges sur fond noir encadrant le visage d'un prêtre et d'un officier nazi ? "Ce n'est plus du droit, c'est de l'intellectualisme", s'emporte Me Wallerand de Saint-Just, l'avocat de l'Agrif, désormais persuadé d'appartenir à la catégorie des "gens fermés, obtus... cons, quoi", qui, "à la seule exception de M. Magendie", n'auraient pas saisi toute la portée symbolique de l'affiche. A l'inverse, l'avocat du réalisateur, Me Georges Kiejman, se déclare "bluffé" par cette "analyse sémiologique très brillante qui a été beaucoup plus loin" que la sienne. Cette décision, poursuit-il, "place d'un coup M. Magendie au niveau des grands présidents du tribunal de Paris, tels Pierre Bellet ou Pierre Drai". Ce dernier nom est cité avec la même admiration par les catholiques traditionalistes, qui lui doivent l'une de leurs premières victoires devant les tribunaux: en 1984, M. Drai avait interdit l'affiche du film Ave Maria de Jean-Luc Godard, au prétexte que l'exposition d'une jeune fille nue sur une croix constituait "un trouble manifestement illicite".

Alexandre Garcia

 

 

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