Le clown au cœur coincé

dans une porte d’ascenseur

(Prologue)

 

 

Aux spasmes d'automne

    mon cœur devient cet arbre

          • sans branches

    faisant pousser

      • à mes paupières

    les cure-dents

        de l'insomnie

 

Pendant

    que dans la souillure du vent

        et des lapins albinos

    mon bateau cerf-volant

          n'a plus de ciel

 

Sous la fêlure

      de notre galaxie

    il est devenu cet appât

        à la peau plus molle

        qu'une cerise de septembre

    il est devenu cet arbre

        avalé par les racines

    planté au bout

          d'un escalier

              sans porte

 

Vingt-deux heures

      et soixante treize

 

Pendant que mes cheveux poussent

        sous un ventilateur d'étoiles

    je t'appelle

      pour t'inviter

        à soupape

    afin de remettre un peu de pression

          dans mon cœur à vapeur

Mais je te cabine téléphonique

    tu me carabine télescopique

    de ta voix obulesque

        • qui me plaie

        j'incicatrice

          à pieux de salive

          sans rame de pelouse

      • me traînant
        • d'anus à néant

      pareil à un puceron

          prisonnier d'une usine

                à souvenirs

Je respiration

        mal

        manque

        et vertige

S’il te plaît

    mon Amour

      • j'étouffe

    ouvres-moi un chaos

          de ta fenêtre

    ouvres grande la bouche

          de nos anciennes caresses

      afin de laisser sortir

          ta bué de sauvetage

 

    car quand les pompiers de la nosée

          • et des désirs étouffés

      n'en finissent plus

          d'éteindre la braise

            des anciens amours

 

      tout est pleuvable

 

    les métros peuvent

      • nous passer
      • sur le corps

    on perche au bout d'une échelle

            sans barreaux

    comme un hibou

      • qui n'a plus rien
            • à dormir

 

 

Mais n'ais pas peur

        mon Amour

Je vais nous sauver

      de ce pays étranglé

        par les fils électriques

      peuplé par des automates

            • à salaire

        et aux langages machine

    qui chaque soir

      hypnotisés dans leur vie d'habitudes

          se grattent la rouille du cœur

    pendant

      que dans la rue

    les troupeaux de néons

          • cancérigènes

    nous projètent

      en fin de péninsule

      où tout se barricade

        jusqu'aux cheveux des nuages

        jusqu'aux murmures

          des pigeons radio-actif

          plafonnant dans leur nid

              de béton armé

 

La hache dans la porte

        je vais nous sauver

        de cette veillé d'obus

      où dans la fumée

            aborigène

      les magiciennes du bonheur

    • avec leur chandelles
          • à bout de salive

      n'arrivent plus à faire miroiter

            la peau de leurs murs

 

      alors que dans leur boule de cristal

              made in China

      à mauvais poils

            de clôture

             

    • la terre est rendu un os
      • grugé par des milliards d'humains

 

En plaine

    d’amour

    je vais nous transporter

          loin de cette soirée

        d'abat jour

          torentiel

      où l'on trouve des enfants

            pendus au Nintendo

      alors que leurs parents

            chauve-sourire

             

    • vivent la tête à l'envers
        • les fesses collées

          aux plafonds des chaises

 

Allons ensemble

Comme autrefois

    sous notre paratristesse

    suspendre des sourires

          à nos lèvres

    mettre des jardins rêveurs

        à ces endroits crispés

          au ciment du fast food

    • où même à la lumière

    on entend des fenêtres

              crier

      où même le jour

      n’est plus végétarien

    car lorsqu’il ouvre toute grande la bouche

    on peut voir

      qu’il a des oiseaux de pris

            entre les dents

 

Allons ensemble

      s'étendre

      sur la pelouse

     jusqu'à ce que les herbes

          sous nos corps

          deviennent jaunes

 

    comme à l'époque souveraine

        où la noyade

        en ton ventre

      était pour moi

          une gorgé d'océan

 

Toi

  • ma précieuse océane
  • ma cruelle lointaine

      aux joues de nénuphars

 

    car c'est seulement dans ta poitrine

        aux ressacs de tes caresses

      que le printemps

        en moi

        bourgeonne

 

À des années vadrouille

          de toi

    ma tête en automne

  • n'arrive plus
  • à filtré la poussière

 

Il faudrait

    demain

    si j'y pense

    que j'aille sortir

        mes nuages

    que je nourrisse mes journées

        avec plus de prairies

        et moins d'alcool

    car enfanter du vide

    c'est plus douloureux

    qu'accoucher d'une montagne

    

Il faudrait

    demain

    que j'aille en secret

      m'acheter un vélo

          à infrarouge

    afin de pouvoir rouler

      à nouveau

      la nuit

      dans tes rêves

 

 

 

 

Vingt sept heures

    et quatre vingt douze

 

Pendant que mes cheveux poussent

        près d'une tondeuse à papillons

 

     je m'écroule

        d'ivresse

        rue St-Nulpart

 

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Féandre Bauçan

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