Renaud (1952- ), auteur, compositeur et interprète français, souvent qualifié de trouvère des temps modernes, et dont les chansons douces-amères constituent une sorte de chronique sociale des deux dernières décennies.

Né à Paris, petit-fils de mineur, fils d’enseignant, Renaud Séchan — Renaud à la scène — quitte le lycée après Mai 68. Il se lie avec Coluche et Romain Bouteille, fait quelques apparitions dans des feuilletons télévisés, égrène dans les rues des chansons issues du répertoire populaire, puis débute à la Pizza du Marais avec ses propres œuvres. Vêtu façon Gavroche — pantalon à carreaux, casquette, foulard rouge et mégot aux commissures des lèvres —, il interprète sur un ton gouailleur, avec l’accent parigot, quelques brûlots parmi lesquels « Hexagone » (extrait du premier album, Amoureux de Paname, 1975), chanson dans laquelle il dresse un long réquisitoire contre la société française. Renaud change ensuite de « look » : sur la pochette de son deuxième album, Laisse béton (1977), il porte jeans, perfecto et santiags. Utilisant l’argot, il remet à la mode le verlan (interversion des syllabes), manie l’ironie et s’attaque à toutes les valeurs bourgeoises.

Considéré alors comme le porte-parole des « loubards » et des jeunes de banlieue, Renaud est un artiste populaire, qui s’engage politiquement, sans pour autant faire l’apologie de la violence, comme le prétendent ses détracteurs. Sous ses airs de casseur, il porte sur le monde un regard plein de tendresse et d’humour. Éternel adolescent, sa critique s’appuie sur la dérision, créant un univers auquel s’identifie facilement son jeune public (« Ma gonzesse », 1979). Son succès est un véritable phénomène de société, comme en témoignent ses tournées.

Renaud a perfectionné son style et la qualité de ses chansons tout au long de sa carrière. Son album Marche à l’ombre (1980), qui contient quelques morceaux très aboutis, comme « It is not because you are », écrit en faux « franglais », est suivi par le Retour de Gérard Lambert (1981), Morgane de toi (1983), Mistral gagnant (1985, qui contient un vigoureux pamphlet contre Margaret Thatcher, « Miss Maggie »), Putain de camion (1988), Marchand de cailloux (1991), qui confirment son talent, mais aussi son talent de provocateur. Il s’est également essayé au cinéma (Germinal, de Claude Berri, 1993) sans abandonner la chanson (Renaud cante el’Nord, 1993 ; À la belle de mai, 1995). Il enregistre en 1995 un florilège des chansons de Georges Brassens qu’il fait ainsi découvrir aux jeunes générations (Renaud chante Brassens, 1996). À plus de quarante ans, il garde son image de grand adolescent doux et ironique, même si son audience semble s’être réduite depuis quelques années, la réalité sociale à laquelle renvoient ses chansons de la fin des années soixante-dix et du début de la décennie suivante ayant sensiblement évolué.

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