Caïus Marius

 

 

 

            INTRO :

                       

            La vie politique romaine des temps précédant l’avénement de Marius connaît des fluctuations. Dans un premier temps, la réaction contre l’œuvre législatrice des Gracques l’emporte : abrogation de la loi fondant la colonie sur le site de Carthage en 121, ralentissement de la réforme agraire.

            Les ennuis militaires de Rome tendent à relancer le débat politique et à revitaliser l’agitation des populares.

Il faut signaler l’existence d’une concurrence pour le prestige et la gloire issus de la victoire militaire. La gens des Caecilii Metelli se fait particulièrement remarquer pour son aptitude à gagner le prestige militaire. Caius Marius est un de leurs clients.

Il s’agit d’un homme d'extraction modeste, arrivé au sommet de la gloire, ce qui exceptionnel pour un homo novus.
            Marius est connu avant tout comme un militaire, un stratège qui a sorti Rome de deux menaces graves : un conflit en Afrique du Nord et une invasion dangereuse pour l'Italie.
            Marius fut aussi un allié du parti populaire avec qui il a entretenu des relations réciproquement fructueuses, auxquelles il mit un terme brutal.

Il fut enfin le rival de Sulla, qui jalousait ses faits d’armes et la manne politique qu’ils lui conférait.
           
La vie et l’oeuvre de Caius Marius sont connues surtout à travers les sources littéraires que sont Plutarque (Vie parallèles), Salluste (Juggurthium Bellum), Tite-Live (La République) et Cicéron.

            Deux données concernant Marius sont généralement mises en exergue.

 Premièrement, c’est un homme nouveau, avec tout ce que ce statut implique, et cette qualification n’est pas usurpée en ce qui le concerne, puisqu’il est novateur tant au niveau de sa carrière qu’au niveau de sa stratégie politique (en effet contrairement aux autres hommes nouveaux tels que Cicéron, il ne se fait pas le défenseur d’un système qui l’a accepté)

Deuxièmement, c’est lui qui mettra fin à l’ancien modèle de l’armée républicaine. Même s’il n’a fait que couronner un processus déjà entamé de mutation de l’armée civique, son nom reste néanmoins indissociable de la réforme militaire romaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I.                   Un homme nouveau : carrière et rôle politique de Marius.

 

 

A.     Un homme ambitieux : le Cursus honorum de Caius Marius.

 

 

Il est né en 158-7, à Arpinum, au sud-est de Rome. Sa durée de vie est peu commune : plus de 70 ans. Il est originaire d'une famille équestre inconnue à Rome. Elle est donc relativement aisée, mais n'a pas de cognomen. Son éducation littéraire est limitée, il ne connaît probablement pas le Grec. Son seul lien avec les milieux dirigeants est sa dépendance clientélaire avec les Metelli (gens Caecilli), et certains estiment d’ailleurs qu’il doit son ascension au moins autant à ses qualités personnelles qu’à l’entregent des Caecilli Metelli ayant l’intention d’en faire leur agent.

« un homme inculte » selon Cicéron.

 

“on dit de lui qu’il n’a jamais étudié le Grec, ni même jamais utilisé cette langue, considérant qu’il était ridicule de consacrer du temps dans cet apprentissage, dont les professeurs étaient à peine mieux que des esclaves » selon Plutarque.

            Ce trait de caractère semble faire de Marius non seulement un novateur, mais aussi en quelque sorte un rénovateur, puisque les sources littéraires le présentent comme reprenant à son compte l’ancienne tradition frustre des premiers Romains, qui ne s’embarassaient pas de fioritures héllénistiques.

            Cet aspect de renouement avec les temps passés se retrouve aussi dans le paragraphe tiré de Plutarque sur Marius raillant la noblesse.

En revanche, la vie de campagne lui a donné des mœurs austères, et n'ayant pas beaucoup d'aptitude dans l'art oratoire, il se lance dans l'armée.
   Sa formation se fait sous les ordres du plus grand général, Scipion Emilien, en Espagne lors du siège de Numance. Il se fait remarquer par son sens de la discipline, son courage, et son abnégation. Il a fait partie du corps d'élite recruté par Scipion pour cette guerre d'Espagne, dans lequel on remarquera un contingent de Numides commandés par Jugurtha.

   Marius entame ensuite un cursus honorum avec pour première charge le tribunat militaire dans un Etat Major en Espagne avec Scipion Emilien.
   En 121, Marius est élu questeur. Cette fonction permet de faire deux observations : en 121, il aura été marqué par le meurtre du Gracque, et il se tournera toujours désormais vers les populares. Ensuite, avec la questure, Marius passe de l'ordre équestre au rang de sénateur.
   En 120, il est élu tribun de la plèbe grâce au consul de l'année, L. Caecilius Metellus Dalmaticus.
Mais il échoue à l'édilité.
   En 115, il est élu préteur à la dernière place et il a déjà 42 ans.
   En 114, il tire au sort avec le titre de propréteur le gouvernement de l'Espagne Ulterior. Ce gouvernement a été assuré avec beaucoup de compétence : il a lutté contre le brigandage et lancé l'exploitation des mines. Au retour d'Espagne, il se marie remarquablement en 110 avec une Iulia, la future tante de Jules César. C'est un mariage habile : les Iulii sont des patriciens qui commence à nouveau à faire parler d'eux : Sex. Iulius Caesar, le frère de Iulia sera élu sénateur.
   En 109, Marius est emmené en Afrique pour lutter contre Jugurtha par L. Caecilia Metellus avec le titre de légat. Mais il se brouillera avec Metellus car il veut se présenter aux élections du consulat en 108. Il passe outre les ordres de Metellus, et il est élu pour l'année 107 par une alliance entre chevaliers et populares. Cette élection fut triomphale. En trois ans il met fin à la guerre en faisant capturer Jugurtha par son questeur Sulla. La guerre prend fin en 105 et Rome établi sur la Numidie un roi docile, vassal de Rome.

 Pendant l'année 106, Marius est proconsul, et pareillement en 105. Cette année là voit la fin de la guerre en Afrique : le 1er janvier 104, Marius célèbre son triomphe. Il en retire un immense prestige ; sa popularité est à ce moment considérable.

C'est pourquoi en 105 il est élu consul pour l'année 104, in absentia, c'est son second consulat consécutif, ce qui constitue une illégalité. En fait, cette situation se répète cinq années d’affilée contre tous les usages grâce au soutien de la plèbe et de l'armée.

            Ces soutiens sont entre autres acquis du fait du jeu politique de Marius, car il a conclu des alliances efficaces.

 

B.     Pragmatisme politique : l’alliance avec le parti des populaires.

 

Marius là aussi s’affirme comme étant un véritable homme nouveau, puisque, loin d’être le conservateur farouche d’un système social qui l’a intégré, il soutient au contraire une série de réformes d’inspiration gracquienne.

Il faut néanmons préciser en premier lieu que l’alliance avec les populares est le moteur des réformes de Marius, Marius ayant probablement été un homme politique plus pragmatique que convaincu.

Pourtant, en 119 déjà, alors qu’il est tribun de la plèbe il propose une nouvelle loi sur les procédures de vote visant à en renforcer le secret. L’opposition des nobiles les conduit à faire jouer les relations clientélaires pour le faire changer d’avis, mais Marius n’hésite pas à proférer des menaces d’incarcération, y compris à l’encontre de son patron.

            Il se forge ainsi une réputation d’homme politique acquis à la cause du peuple, ceci s’ajoutant au fait qu’il est un des très rares hommes nouveaux.

            Les milieux populaires attendent donc de lui la continuation de la politique des Gracques.

            En 107 il s’allie avec les tribuns de la plèbe après avoir été élu très facilement consul.

            Ses victoires militaires continuent de le servir et grâce à la coalition pragmatique qu’il a conclu avec les populares, il peut être réelu malgré la loi empêchant l’itération sans intervalle de deux consulats (sans même parfois se présenter devant les comices).

            Ses principaux partenaires chez les populares furent L. Appuleius Saturninus et C. Servilius Glaucia, dont il avait favorisé l’élection en 101 par le vote de ses vétérans alors qu’eux avaient permis ses réelections successives et illégales au consulat (5 fois de suite ! la aussi sa carrière politique est une rupture avec la tradition).

 

Il est donc intéressant d’étudier les réformes mariennes autres que purement militaires, c’est-à-dire les réformes inspirées par les "populaires".

Ces réformes sont :

1)      La loi agraire de 103

Les propositions agraires refont leur apparition mais leur fonction est modifiée, puisqu’elles s’orientent surtout en faveur des vétérans de Marius.
   Proposée par Saturninus et votée par les comices, elle permet à Marius d'allouer à ses vétérans des lots de terres de 100 jugères (25ha) sur des terres non encore distribuées de l'ager publicus africain, notamment en Numidie. C’est pour cette raison que certaines cités de Tunisie revendiquent leur fondation par Marius.

        
2) La loi coloniale de 100
   Elle prévoit la création de colonies en Sicile, en Achaïe, Macédoine, colonies qui devaient être financée avec le trésor des Volques Tectosages.

        
3) Les lois frumentaires
   Elles sont votées pour abaisser encore le prix du blé distribué aux citoyens pauvres, ceux-là même qui soutiennent cette politique novatrice.

        
4) La Lex de Maiestate
   C'est une réforme judiciaire qui prévoit la peine capitale contre quiconque aurait porté atteinte à la "majesté du peuple romain". Cela permettait en fait d’offrir à un jury composé de membres de l’ordre équestre la possibilité d’évaluer et de sanctionner tout acte commis par un magistrat romain.

            5). En 104 probablement, C. Servilius Glauca rend aux chevaliers romains le jury de la quaestio repetundis.

Ces mesures montrent que le peuple, guidé par les populares, souhaitait mettre la main sur l'Etat. La Lex de Maiestate fut appliquée contre les vaincus d'Orange qui furent exilés.

            Par ailleurs les populares et les marianistes (Marius et ses troupes) ont saisi l’avantage que leur apporterait la confiance des Italiens. Ils soutiennent donc l’inscription des nouveaux citoyens issus de la guerre sociale dans les 35 tribus, alors que les optimates cherchaient à reprendre d’une main ce qu’ils avaient donné de l’autre en les cantonnant dans certaines tribus.

Mais les alliés démagogues de Marius s’avèrent de plus en plus encombrants.

            De fait, la violence politique s’aggrave constamment à Rome. En 101 un candidat au tribunat qui venait d’être élu est assassiné pour permettre à Saturninus de l’emporter, et des tribuns de la plèbe qui s’opposent aux mesures des populares ne donnent plus lieu aux mêmes tergiversations qu’à l’époque des Gracques : ils sont purement et simplement chassés hors du Forum.

            L’autre tribun, Servilius Glaucia comptait bien se faire réélire au tribunat de la plèbe. Mais les populares ont eut le tort de laisser assassiner en 100 le futur consul pour l'année 99 : C. Munnius. C'est cet assassinat qui conduit Marius à abandonner ses alliés; le sénat ordonne par un Senatus Consulte Ultime de tout faire pour rétablir l'ordre, et ainsi ajoute un engrenage supplémentaire au cycle de la violence politique. En 100, Marius fait arrêter les deux tribuns de la plèbe qui seront lynchés par la foule.

Ce revirement d’alliance conduit finalement Jean Gaudemet à émettre ce jugement : « entre les populares, dont il fut le chef mais qu’il abandonna, et la nobilitas, à laquelle il s’oppose, Marius « homme nouveau » fut l’homme des chevaliers et des commerçants. ».

 

En effet le programme des populares a rencontré des échos favorables chez les chevaliers, qui ne sont pourtant pas des révolutionnaires, mais qui sont motivés par l’opportunisme dans leur lutte d’influence avec les sénateurs. De fait, en 104-100 furent-ils opposés à L. Appuleius Saturninus et soutinrent-ils Marius.

Toutes choses égales par ailleurs, on peut en conclure que les magistratures successives de Marius voient donc en résumé se confirmer le dérèglement du système constitutionnel romain équilibré que Plutarque décrivait.

Quoi qu’il en soit, il semble que le rôle purement politique de Marius doivent une grande part au pragmatisme, voire aux hésitations (que mettent en exergue les sources littéraires). Le nom de Marius est le plus souvent attaché à son œuvre réformatrice en matière militaire.

 

 

 

 

II.                Une nouvelle armée : réformes et prestige de Marius.

 

 

A.     Les réformes militaires mariennes.

 

1°) Réformes tactiques et techniques.

 

a) Il est des réformes purement techniques :

L’une des initiatives d’ordre technique dont Marius est crédité concerne le train (mesures destinées à cointraindre les hommes à porter leur propre bagage et préparer eux-mêmes leur nourriture).

L'armement a été uniformisé. On supprime la pique, usage macédonien, remplacée par deux armes offensives : le pilum, arme de jet d'origine gauloise peut-être. Et l'épée espagnole courte, le gladius, qui permet de frapper d'estoc ou de taille. L'armement défensif est modifié également : le scutum, bouclier ovale, va remplacer le bouclier rond.
  

b) D’autres réformes mariennes ont une importance sur le plan tactique. La légion, unité de base de l'armée romaine, est portée à 6 000 hommes. La légion est divisée en 10 cohortes, soit 30 manipules ou 60 centuries.

Marius a conservé, mais avec des effectifs plus amples, la cavalerie. Elle est remplacée par l'usage de cavaleries auxiliaires recrutées chez des peuples dont c'est la spécialité : les Numides. César recrutera des Gaulois et des Germains.
  

 

c) Enfin, avec Marius apparaissent finalement pour chaque légion les enseignes, à considérer comme les objets d'un culte religieux, et symbole d'un esprit de corps. Ce sont les aigles d'argent. Mais les légions n'ont pas encore de noms (seulement après la guerre des Gaules, César).

           

2°) réformes du recrutement.


   Cette nouvelle façon de recruter les soldats entre dans le cadre de la préparation de la guerre contre Jugurtha : Marius avait besoin de plus d'hommes. C'est pourquoi il fit appel à des troupes auxiliaires, à des soldats du Latium et à des vétérans. Mais tous ces efforts restent insuffisants. Aussi, Marius innove lors de la levées des recrues, le dilectus : Salluste explique qu’il ne lève plus selon l'organisation censitaire, mais selon l'ordre dans lequel les citoyens se présente à lui. C'est ainsi qu'il engage des prolétaires, des capite censi, ces gens qui n'ont que leur personne pour seul richesse (ceux qui sont recensés « pour leur tête »). 

Le recrutement combine donc la levée (= dilectus, mode normal mais insuffisant) et le volontariat.

 

Il en découle que la légion du Ier siècle ne repose plus sur une solide base civique. Elle compte peu de Romains de rome, surtout des italiens et des provinciaux. Mais l’esprit de corps se forge à mesure de la « professionnalisation ».

 

C'est dorénavant l'Etat qui fournit les armes. Il est fortement vraisemblable que les levées de troupes prolétaires se firent surtout au sein de la plèbe urbaine, c'est gens là qui avait fuit la campagne suite aux premières conquêtes de Rome (v. la question agraire)

Marius n'a pas rencontré l'hostilité du sénat pour établir cette mesure car Rome est alors engagée en 107 sur plusieurs fronts à la fois, non seulement en Afrique contre Jugurtha, mais aussi au nord, contre les populations germaniques : Les Cimbres et les Teutons.

Par la suite, la guerre sociale a conduit à une mise en œuvre forcée et accélérée du principe de la réforme marienne du recrutement.

Les implications sont importantes : l'armée romaine n'est plus une armée civique mais une armée de métier qui regroupe des hommes vivant de la guerre et pour la guerre. Il ne s’agit plus vraiment de la « cité en armes » mais plutôt de troupes constituées de soldats à part entière et séparées du corps des citoyens. 

 

B.     Marius, archétype d’une nouvelle figure politique : l’imperator.

 

Deux facteurs se conjuguent pour conduire à l’émergence de cette nouvelle figure politique : le prestige personnel du chef militaire, et les conséquences de la réforme marienne du recrutement.

 

 

 

1°) Le prestige du chef militaire.

 

Pour ce qui est du prestige, il est simple à expliquer : les Cimbres et les Teutons notamment ont exercé une pression si menaçante sur Rome que Caius Marius peut se présenter comme le sauveur de la cité, et ce dernier n’a fait que multiplier les victoires.

            Marius personnalise et capitalise cette gloire militaire en se montrant généreux avec ses soldats. Ainsi à l’issue de la guerre contre les Cimbres et les Teutons, Marius concède de lui-même et en toute illégalité la citoyenneté à des soldats italiens. Il est donc habile à s’attacher le dévouement de ses hommes.

Plutarque attribue à Marius l’affirmation selon laquelle « la loi parle trop doucement au milieu du bruit de la guerre ».

De fait, les soldats semblent se considérer comme les hommes de leur général, qui leur verse solde, butin, armement, voire terres et droit de cité.

De plus, malgré la réticence du Sénat, les colonies de vétérans se multiplient au Ier siècle. Elles sont décidées par le général, en récompense des années de service, ce qui suppose que le général puisse disposer de terres lui appartenant (ce qui est exceptionnel) ou qu’il contraigne le Sénat à abandonner une partie de l’ager publicus. Quoi qu’il en soit, il fait plus ou moins figure de patron-bienfaiteur.

 

 

2°). Les conséquences de la réforme marienne du recrutement.

 

En fait, on sait à quel modèle de soldat Marius a mis fin (celui du soldat-citoyen), mais il est difficile de déterminer le modèle de soldat auquel il a donné naissance.

Il existe en fait une controverse sur la question de savoir si l’armée de Marius est une armée professionnelle (Harmand relativise le degré de professionnalisation de l’outil militaire), une armée mercenaire (solde vraisemblablement trop peu importante pour susciter des vocations) ou une armée de clients (débat d’historien).

            Il est difficile de se faire un avis définitif sur la question, mais quoi qu’il en soit une chose semble certaine : c’est une armée manipulable qui peut être instrumentalisée par ses chefs, que ce soit par l’entremise d’un charisme personnel ou d’une communauté d’intérêts contingents (au général le pouvoir, aux soldats les richesses), et c’est Marius qui a initié ce phénomène.

            Pourquoi est-elle manipulable ? car c’est une armée au moins partiellement prolétarisée. Selon Cicéron, la solde d’un travailleur manuel est de 12 asses (alors que le légionnaire reçoit 5 asses, desquels il faut faire des déductions).

            C’est une armée constituée de pauvres, qui reçoit une solde faible et qui de plus semble souvent être l’objet d’un certain mépris de la part des couches sociales plus élevées.            Harmand « il faut reconnaître du côté de l’Etat sénatorial une totale incompréhension des besoins du soldat prolétaire ».

           

            En résumé, les difficultés de Rome ont accentué la position de la « chose militaire » comme centre de gravité de la République, or la prolétarisation même relative de l’armée a ouvert la voie à une instrumentalisation de la « chose militaire ».

Marius ne semble avoir été qu’un timide précurseur en la matière, même s’il a largement montré le chemin de la marche sur Rome.

 

 

 

En résumé, on peut dire en quelque sorte que personnalisation du commandement militaire + apparition d’un soldat professionnel doté d’un statut insatisfaisant = porte ouverte aux coups de force et aux aventures militaires (que Sylla concrétisera en franchissant le pommerium avec son armée pour chasser Marius et ses partisans, brisant ainsi une tradition multiséculaires d’absences d’hommes d’armes dans Rome).

 

Ce que Jean GAUDEMET résume ainsi « L’armée devenait, à côté de la plèbe (et plus efficacement qu’elle), un des moyens d’actions essentiels des mouvements révolutionnaires, au cours desquels la république allait disparaître. L’une comme l’autre, sans tradition et sans assise sociale, étaient prêtes à se donner à des chefs ambitieux. »

Quelques ouvrages utilisés :

 

Le métier de citoyen dans la rome républicaine, Claude Nicolet, Gallimard, 1976 (p.173-184).

 

L’armée et le soldat à Rome de 107 à 50 avant notre ère, Jacques Harmand, ed. A. et J. Picard, 1967.

 

Institutions publiques et sociales de l’Antiquité, Michel Humbert, Dalloz, 7ème édition 1999 (p. 284, 286).

 

Les institutions de l’Antiquité, Jean Gaudemet, Montchrestien, 5ème édition 1998 (p. 262-263, 192-195).

 

La république romaine 218-31, Jean-Michel David, Ed. du Seuil, mai 2000 (p. 147-168).

 

Mentalités et institutions politiques romaines, Eugen Cizek, Librairie Arthème Fayard, 1990.

 

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