RETOUR AU MENU PRINCIPAL

 

 

            Internet, un lieu nouveau de d�bat public.

 

 

            Sujet donn� au concours des I.R.A. session 2007-2008. Note obtenue : 15.

 

 

            Au XVIIIe si�cle, l�administration royale se m�fiait des foires et des march�s, lieux de possible fermentation de la s�dition et espace de rencontre des hommes et des id�es. Paradoxalement, la royaut� fran�aise n�op�rait qu�une censure somme toute l�g�re et se montrait assez lib�rale en termes de diffusion de l��crit.

            Les probl�matiques soulev�es par internet ne sont donc pas totalement nouvelles, loin s�en faut. Ce r�seau informatique � l��chelle mondiale, issu � l�origine d�un programme militaire am�ricain, cumule diffusion de l��crit et rencontres de gr� � gr� dans des proportions et sous des formes qui �chappent en partie au contr�le �tatique.

            La culture du d�bat public, dans le monde occidental, s�identifie historiquement avec les civilisations grecques et romaines. Le mod�le de l�agora, la � place � ath�nienne, et des comices romains offrent des r�f�rences que l��coulement du temps a presque �rig� en mythes.

            Imm�diatement, la comparaison historique permet de mettre au jour les diff�rences majeures qui font d�internet le lieu nouveau d�une pratique imm�moriale. Pour commencer, les joutes oratoires romaines ou grecques prenaient place dans un lieu physique. Cette contrainte mat�rielle rendait partiellement fictive l�image d�un d�bat public et g�n�ral. Assister aux assembl�es de l�agora ath�nienne constituait une occupation d��lite, rendue possible par un recours massif au travail servile. Le temps libre d�gag� non seulement pour la pr�sence physique, mais �galement le transport supposait un certain niveau social.

            Le m�me sch�ma se retrouve dans les d�bats judiciaires sous l�Ancien R�gime. Assister, en ville, � ses proc�s constitue pour les parties une forme de signe ext�rieur de richesse. Il s�agit d�une activit� quasiment mondaine, selon Arlette LEBIGRE (La justice du roi).

            Un autre aspect distingue l�assistance d�une assembl�e romaine du Ier si�cle av. J-C. des usagers d�un forum internet, par exemple. En effet, le public romain, quoique de condition libre, �tait souvent tenu par d�autres biais. Les hommes politiques romains amenaient leurs clients, et, au-del�, la foule de leurs oblig�s. Assez trivialement, certains venaient accompagn�s de professionnels de la claque : les � acclamatores �. D�autres distribuaient nourriture et faveurs. Le jeu de ce qui s�appelait � l�ambitus � introduisait un caract�re v�nal dans le d�bat public apparent.

            Certes, les m�thodes employ�es par les partis politiques contemporains sont voisines, surtout dans les meetings. Mais les protagonistes d�internet, en g�n�ral, sont r�ellement libres et financi�rement ind�pendants. La gratuit�, du moins le co�t modique d�internet, secteur �conomique concurrentiel en comparaison de la t�l�phonie mobile, constitue une autre preuve attestant de la nouveaut� de ce lieu virtuel.

            En comparaison de la formation d��lite, recourant � des p�dagogues, n�cessaire � l�expression rh�torique des temps anciens, internet forme un espace ouvert, largement d�mocratis�, voire vulgaris�.

            Ph�nom�ne �tonnamment contradictoire et r�versible, il a revigor� la culture de l��crit, � une �poque o� la passion �pistolaire s��tait �puis�e, tout en g�n�rant des formes de langage d�grad�es, volontairement ou non.

            Massification des ressources et des parties, instantan�it� de l�acc�s, faiblesse du co�t et libert� des intervenants participent donc de la nouveaut� de ce lieu o� pr�domine encore largement le d�bat �crit, puisque la visioconf�rence demeure cantonn�e � quelques usages professionnels ou aux prises de contact amoureuses.

            La qualification de lieu pose probl�me, du moins � un niveau acad�mique. Internet est-il un moyen ou un lieu ? L�absence de voisinage physique des participants, on le verra, n�est pas anodine. N�anmoins la distinction entre lieu et moyen s�av�re ici peu op�ratoire. Au vrai, un m�dia traditionnel, pourtant vecteur du d�bat public, tel qu�un quotidien, un livre ou une t�l�vision ne constitue pas un lieu. Il s�agit d�un moyen d��change, d�ailleurs radicalement unilat�ral.

            Mais un lieu, en ce qu�il est une condition n�cessaire au d�bat, fait toujours office de moyen. Par ailleurs, la distorsion spatiale induite par les moyens de communication modernes relativise cette distinction. Dans le domaine des moyens de transport, le d�veloppement de la route et du rail am�ne ainsi certains � consid�rer que Lille est une banlieue de Paris, alors qu�une semaine de voyage en faisait au Moyen Age deux r�gions totalement diff�rentes.

            Qu�il s�agisse d�un contenant, d�un contenu, d�un moyen ou d�un lieu importe finalement assez peu. R�unissant toutes ces propri�t�s, internet op�re surtout une mise en relation massive, �quivalant pour certains � l�invention de l�imprimerie en termes de rupture civilisationnelle.

            Quoique la nouveaut� d�internet doive �tre relativis�e, puisqu�il s�agit d�ailleurs d�un facteur de bulles sp�culatives, ces caract�ristiques ne cessent d�interroger la cit�, la � polis �. Internet serait l�outil politique par excellence, puisqu�il pr�cipiterait l�av�nement d�une cit�, voire d�une citoyennet� mondiale, enclav�e seulement par les langues vernaculaires.

            Pourquoi internet est-il une �tape civilisationnelle ? En quoi lance-t-il un d�fi aux syst�mes politiques traditionnels ?

            Il para�t utile d��tudier dans un premier temps l�impact de la technique sur la culture et les usages sociaux (I), avant d��voquer les cons�quences politiques de ces sociabilit�s nouvelles (II).

 

            I. Une mise en relation massive

 

            La technique influe sur les modes de socialisation et d�termine les �changes intellectuels. Ainsi, mis � part l�esclavage ou la corne d�abondance, seule une civilisation m�canique peut lib�rer le temps de parole des hommes et rendre fonctionnel le d�bat public, qui suppose rencontres multiples et assistance nombreuse.

            Internet semble porter en lui les semences d�une forme de r�volution intellectuelle, comparable � l�imprimerie (A). Au minimum, il provoque un changement d��chelle dans l�opinion publique (B).

 

A.     Un succ�dan� de la r�volution de Gutemberg

 

Au d�part �tait le Verbe, selon la Bible. En tout �tat de cause, la bible, autrement dit le livre en grec, a longtemps born� l�horizon de la culture �crite.

            L�invention du papyrus et le perfectionnement des supports, pendant longtemps, n�avaient pas rem�di� � la raret� de l��crit. Les efforts multis�culaires des scribes et des copistes m�di�vaux, la pratique du palimpseste, attestent que l�acc�s � l��crit constituait le maillon faible de la cha�ne intellectuelle.

            Les chroniqueurs anciens affirmaient ainsi que la red�couverte du droit romain, au XIIe si�cle, �tait le fait de circonstances fortuites. Cette raret� ne doit pas �tre sous-estim�e. Combin�e avec un fort analphab�tisme, elle faisait non seulement de la ma�trise du langage �crit, mais �galement de la possession mat�rielle des livres, un facteur de diff�renciation sociale.

            Le caract�re reproductible de l��crit, v�ritablement acquis avec l�imprimerie, emporte d�ailleurs des cons�quences politiques, sociales et juridiques. Deux au moins attestent du rapport entre d�bat public et accessibilit� de l��crit.

            Tout d�abord la diffusion de la Bible, le livre par excellence, f�conda une r�flexion parfois subversive au niveau religieux. Des schismes, fond�s sur une interpr�tation diff�rente, parfois litt�rale des �critures sacr�es prouvent le lien entre pouvoir social et monopole de l��crit. Le tout venant, progressivement, va pouvoir acqu�rir, lire et interpr�ter la Bible, que certains ministres de Dieu ne poss�daient m�me pas aux �poques les plus lointaines.

            Dans la religion musulmane, l�existence, � c�t� du livre incr��, le Coran, de sources qui prennent en compte le caract�re faillible de l�humain, comme les Hadiths, prouvent que la pr�dominance de la tradition orale a model� les civilisations. Les Hadiths, correspondent en effet � une cha�ne th�oriquement ininterrompue de t�moignages relatant les faits et dires du proph�te, et sont une source auxiliaire du droit musulman. Ils sont class�s en hadiths faibles ou forts, selon qu�on les suspecte d��tre apocryphes. Encore aujourd�hui, ils alimentent le d�bat en terre d�Islam, o� ils sont d�sormais recens�s par �crit, par exemple sur le site internet du minist�re des affaires islamiques d�Arabie Saoudite.

            Une autre cons�quence notable fut la judiciarisation, puis l��mergence de la monarchie administrative, par exemple. Au XVIIIe si�cle, le Conseil du Roi ne se satisfait plus de coutumes orales ou de possessions imm�moriales pour valider un droit acquis. Seigneurs, corps de m�tier, employ�s de l�Etat et particuliers doivent exciper de textes, de normes accessibles, de d�cisions judiciaires et de documents comptables ou de pi�ces justificatives pour faire valoir leurs pr�tentions. L�univers judiciaire, lieu historique du d�bat public depuis l�Antiquit�, impose la civilisation de l��crit. Les �uvres de penseurs, de mani�re g�n�rale, fournissent le support idoine � la discussion.

            Or internet a initi� une nouvelle phase dans cette civilisation de l��crit. V�ritable biblioth�que universelle, il a substitu� la d�mat�rialisation de l��crit, dernier stade en date de son accessibilit�, � la profusion des supports mat�riels.

Les entreprises de num�risation men�es par Google, ou par la Biblioth�que Nationale de France, outre qu�ils fournissent des objets au d�bat public, � cause de la propri�t� intellectuelle, permettront � terme � l�autodidacte ou � l��tudiant de compulser l�int�gralit� de la pens�e humaine connue. D�ores et d�j�, la contrainte se manifeste davantage par l�abondance excessive que par la p�nurie, tant la s�lection qualitative diff�rencie sur internet le lecteur pertinent du consommateur peu averti.

La tentation encyclop�dique, r�surgence du XVIIIe si�cle, a d�ailleurs saisi les intervenants. Le r�ve d�une encyclop�die universelle et participative a accouch� de Wikipedia, produit de contributeurs organis�s en r�seau, peut-�tre selon certaines �tudes aussi pr�cises que celle d�un �diteur classique. Elle garantit d�ailleurs l�acc�s public � ses d�bats internes, refl�tant le point de d�part indicible entre connaissance scientifique et controverses id�ologiques ou intellectuelles.

            Cette nouveaut� doit certes �tre nuanc�e. La terminologie m�me d�internet d�montre que le r�seau est essentiellement une application extensive du concept de l�imprimerie. Ainsi parle-t-on de tapuscrit au lieu de manuscrit, de courriel au lieu de lettre, de cybercaf� au lieu de caf� et de forum au lieu de� forum.

Les analogies de vocabulaire sont peut-�tre le fruit d�une volont� de rationaliser et d�exprimer, de verbaliser en termes rassurants des actions et des concepts que la d�mat�rialisation a profond�ment affect�s. L��crit sur internet, forme hybride voire b�tarde entre la discussion orale et l��change �crit, a en effet aggrav� ou r�pandu certains comportements. L�absence de confrontation physique, par exemple, a tout � la fois pacifi� le d�bat, puisque les intervenants ne peuvent, en toute hypoth�se, en venir aux mains, et l�a rendu plus excessif, car l�inflammation verbale se nourrit de la s�curit� procur�e par l�interface.

Ainsi, une consultation ou un vote sur internet ne peut pas r�ellement avoir le caract�re solennel de certaines proc�dures anciennes du d�bat public. Lorsque les Ath�niens, � �ch�ances fixes, d�cidaient de l�ostracisme d�un citoyen, en votant avec des petits cailloux, les � ostraka �, le caract�re mat�riel de l�acte lui donnait probablement une coloration morale qu�un clic de souris ne peut reproduire.

 

B.     La formation d�une opinion publique mondialis�e

 

La t�l�vision et la presse �crite avaient commenc� de mondialiser l�opinion publique. Le r�gime d�apartheid sud-africain, quoique solidement assis sur un appareil policier efficace et associ� � certains Etats �trangers, n�avait pu �chapper � une forme d�opprobre internationale qui a travaill� sa structure.

            Il a �galement fallu des ouvrages tels L�archipel du Goulag, de SOLJENITSYNE, pour que le monde prenne connaissance de certains faits. L�auteur relate que le d�bat public y �tait fort limit�, puisque m�me une expression faciale, telle qu�un rictus, dans la sph�re priv�e, pouvait valoir des ennuis judiciaires.

            Pour J�rgen HABERMAS, l�apparition d�une opinion publique requiert celle, pr�liminaire, d�une sph�re publique, constitu�e entre autres par des groupes sociaux li�s � l�Etat.

            Cette opinion publique aurait commenc� � jouer un r�le au XVIIIe si�cle, notamment en France. L�existence de salons, de journaux, d�un lectorat, d�une bourgeoisie et de m�c�nes a nourri le d�bat d�id�es et l�a fait embrayer sur une base sociale �largie.

A c�t� de cette description typique des Lumi�res, il faut rappeler, comme le fait Michel ANTOINE dans Louis XV, l�existence de pamphlets, d�une sous-litt�rature souvent injurieuse et rarement innocente qui a sap� le caract�re sacr� et inviolable de la personne royale, rendant inefficace et obsol�te l�incrimination p�nale de l�se-majest�.

            Internet poss�de ces caract�ristiques : il �largit et unifie l�opinion publique tout en l�atomisant. Ce ph�nom�ne de double changement d��chelle para�t irr�pressible. D�un c�t�, des individus situ�s n�importe o� peuvent acc�der � la m�me information, d�autant plus qu�il y a souvent une identit� des logiciels utilis�s pour la navigation. De l�autre, la port�e des prescripteurs d�opinions traditionnels tend � s�att�nuer, puisque chacun, avec des niveaux vari�s de magistrature morale, peut rendre public son jugement.

Il faut d�ailleurs noter qu�internet, en tant que nouvelle technologie, s�inscrit dans un ensemble de facteurs cumulatifs. Ainsi la multiplication des appareils enregistreurs de sons et d�images contribue � susciter une esp�ce de journalisme sans carte. Des sites de quotidien prestigieux, tels que Le Monde, r�percute d�sormais des documents mis en ligne par des citoyens ordinaires. Dans le m�me temps, le journaliste professionnel peut mesurer en temps r�el la r�ception de ses �crits puisque des commentaires �lectroniques de lecteurs, nombreux et souvent v�h�ments, sont rendus publics. Ces lecteurs engag�s cannibalisent d�ailleurs cette fonctionnalit� pour engager entre eux des d�bats annexes. Ils peuvent m�me contester, sources � l�appui, les all�gations factuelles d�un journaliste. Telle lectrice se rem�more alors le temps o�, dans son esprit, �crire une lettre au Monde constituait un acte solennel, par rapport au caract�re assez informel et rel�ch� des contributions actuelles.

            Le statut d�une tribune accord�e � telle personnalit� associative, universitaire ou politique dans un organe de presse n�est �videmment pas le m�me que celui de ce courrier des lecteurs du XXIe si�cle, mais il faut tout de m�me relever une tendance � l��galisation. Sur internet, le citoyen sans aveu, pour employer une terminologie ancienne, peut librement apostropher le ministre, � la mani�re du grand seigneur demandant au monarque cap�tien : � qui t�as fait Roi ? �. Ce lieu virtuel a donc pour effet d�aplanir les conditions. Il forme une agora � l��chelle d�une plan�te o� des internautes peuvent s�interpeller comme dans un hall d�immeuble.

Internet met d�ailleurs en lumi�re certains ph�nom�nes d�ordre sociologique ou culturel, qui �tablissent presque des constantes dans le d�bat public. La reductio ad hitlerum de Strauss trouve � s�illustrer. Ainsi, � mesure qu�une discussion dure sur internet, la probabilit� qu�un internaute cite Hitler ou accuse un autre participant de nazisme approche de 1. La pr�gnance de la reductio ad hitlerum montre le caract�re immanent et transversal de certaines valeurs morales ou tabous dans le d�bat public, f�t-il mondialement atomis�.

Plus prosa�quement, l��mergence d�une opinion publique fa�onn�e par internet, voire fascin�e par internet, interroge la sph�re politique. La cit� mondiale, si elle venait � exister, peut-�tre gr�ce � une langue v�hiculaire comme l�anglais, susciterait-elle des hommes politiques � son �chelle ?

            Dans un roman d�anticipation am�ricain, La strat�gie Ender, Orson Scott Card mettait en sc�ne, il y a des d�cennies, un orateur de huit ans, cach� sous le pseudonyme de D�mosth�ne, qui mobilisait et galvanisait les masses par l�entremise d�un r�seau informatique.

            Ce fantasme d�un d�magogue mondial illustre certaines applications concr�tes d�internet. Lieu de d�bat public, il met � mal les l�gislations nationales et suscite l�int�r�t du monde politique.

 

II. Des syst�mes politiques � l��preuve

 

Les m�tamorphoses du d�bat public emportent des cons�quences pour le contr�le des opinions publiques, de mani�re g�n�rale dans le cadre des Etats nationaux (A). Le d�bat public int�resse n�cessairement la politique, or internet para�t un outil ambigu � cet �gard (B).

 

A.     L�gislations nationales et r�seau mondial

 

Internet est susceptible de niveler � terme les l�gislations nationales, au moins en ce qui concerne la libert� d�expression, et sans doute �galement pour la propri�t� intellectuelle. De fait, la mise en relation massive de soci�t�s diverses r�percute certaines diff�rences de culture politique et juridique. La constitution am�ricaine sacralise le d�bat public en n�admettant aucune entrave � la libert� d�expression. Tel n�est pas le cas des l�gislations europ�ennes, qui convergent sur certaines interdictions, relatives au racisme ou au n�gationnisme par exemple.

            En France, la diffusion d�internet, apr�s un temps de latence, a suscit� une r�ponse �tatique, avec la cr�ation de nouvelles incriminations p�nales. La police elle-m�me est d�sormais pourvue d�un office central idoine, l�OCLIC.

            Quant � la Chine communiste, elle emploierait des dizaines de milliers de fonctionnaires d�di�s � la r�pression des infractions de nature politique.

Le cas de Front14, portail internet ouvertement n�onazi, bas� aux Etats-Unis, avait d�fray� la chronique il y a quelques ann�es. La responsabilisation p�nale des fournisseurs d�acc�s a partiellement tari la source de ces contentieux, au regard de la loi fran�aise.

Pour autant, certains points de droit, tels que la prescription, ont pos� et posent toujours probl�me, car ils ont des implications pour le d�bat public. Ainsi la loi sur les infractions de presse, en France, dispose une prescription de trois mois. Or des juges ont consid�r� que l�acte de publication sur internet �quivalait � une publication continue, rendant de fait obsol�te la prescription dans ce domaine.

En r�alit�, internet modifie la nature du d�bat public. D�une part, il introduit une dose d�anonymat diversement appr�ci�e, et au minimum favorable � des comportements biais�s. D�autre part, en tant que support d�un d�bat essentiellement �crit, il aggrave la responsabilit� des intervenants. On avait coutume, en effet, de dire que � les paroles volent, et les �crits restent �, formule po�tique mais pr�cise, qui engageait le citoyen � la circonspection et � la retenue dans ses �crits.

Internet, de ce point de vue, poss�de une m�moire informatique illimit�e et l�anonymat y est souvent trompeur. Autrement dit, il cumule � la fois d�responsabilisation psychologique des participants et responsabilisation lourde, puisque leurs moindres propos peuvent ressurgir dans le futur, une fois �crit sur un support qui fait du papier une trace �ph�m�re de la pens�e.

Lorsque Fadela AMARA, en charge de la politique de la Ville, inaugure un � skyblog �, elle s�introduit sur la plate-forme la plus populaire chez les jeunes Fran�ais. Mais les nombreux enfants ou adolescents qui tiennent des � skyblogs � parfois grossiers ont-ils conscience qu�un bon informaticien pourrait �ventuellement, en tirant parti des archives des r�seaux, exhumer leur prose dans cinquante ans ?

 

B.     Un outil ambigu au service de la d�mocratie

 

Les politiques et leurs partis ont investi, assez r�cemment, le champ d�internet, consid�r� comme une sorte de media interactif et plus utilis� qu�une presse quotidienne parfois d�liquescente.

            L�un des premiers partis � rechercher une exploitation politique fructueuse d�internet fut, en France, le Front national. Assez logiquement, un syst�me encore marginal a d�abord suscit� l�int�r�t des formations situ�es en marge du jeu politique. Le m�me ph�nom�ne a �t� observ� � l��chelle internationale.

Lors de la r�cente campagne pr�sidentielle, chaque camp a op�r� sa strat�gie propre. Les charg�s de campagne de l�U.M.P. ont cr�� une plate-forme multimedia (Sarkozy.fr) quand les partisans du P.S. ont essay� de reproduire sur internet leur d�mocratie participative.

            Les militants ont �t� encourag�s � pratiquer un noyautage sur le r�seau internet, et m�me � investir � secondlife �, un site cens� recr�er la vie r�elle, avec ses commerces, ses lieux de rencontre et ses jeux sociaux.

Des actions sophistiqu�es et controvers�es ont vu le jour. Ainsi l�UMP a achet� � Google, le moteur internet de r�f�rence, des liens et des mots-cl�s pr�f�rentiels. Toute recherche incluant ces mots-cl�s renvoyait alors prioritairement au site internet du candidat du parti. Nicolas SARKOZY lui-m�me s�est affich� en compagnie de Lo�c LEMEUR, un c�l�bre � blogueur �.

La cr�dibilit� de l�information souffre parfois des possibilit�s offertes par internet. En cela, internet porte atteinte � la sinc�rit� des d�bats, le cas �ch�ant. Royaume de la rumeur et de la d�sinformation, internet offre prise � toutes sortes de manipulations.

Un autre aspect, d�ordre plut�t sociologique, met en lumi�re les paradoxes et les faux-semblants d�internet. Unanimement d�clar� facteur de d�mocratisation, puisque les cybercaf�s essaiment jusqu�en Afrique, il n�a pas effac� certains clivages sociaux li�s � la ma�trise de la langue.

            Il les a m�me amplifi�, voire artificiellement exag�r�, en favorisant certains sabirs, forme abr�g�e mais surtout d�grad�e de l��criture. Ce constat a des incidences, puisque la qualit� du d�bat est alors en cause. D�ailleurs de nombreux forums luttent en refusant la publication des messages r�dig�s dans un fran�ais trop approximatif.

 

RETOUR AU MENU PRINCIPAL

 

Hosted by www.Geocities.ws

1