IMPROBABILITES VII(2e partie)
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Disclaimers : Les personnages de Saint Seiya ainsi que la trame scenaristique appartiennent a Masami Kurumada ainsi qu'aux differentes compagnies chargees de la production et de la distribution du manga, de l'anime, et autres produits derives. L'auteur de la presente histoire, n'en tire aucun benefice materiel ou autre et celle-ci n'a ete ecrite que pour le plaisir des fans de la serie.
Genre : Romance, aventure, challenge de coupling improbable.
Couples :
Siegfried x Kanon
Rating :
NC-17
Auteur :
Esthezyl
Notes : ATTENTION!!
Cette fic n'est pas NC-17 pour rien!! (lol) Lemon!! Passages penibles pour les ames sensibles qui voudraient voir nos deux zebres trouver dare-dare le bonheur ensemble!!
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- Le... Dragon??...
Murmura Hilda, sans comprendre ce que le vieux Sage entendait par la.

Etait-ce une metaphore pour parler d'un ennemi redoutable, d'une force malefique qui aurait fait son apparition a Asgard?

Le vieil homme dont la reputation ne pouvait etre surfaite puisqu'il avait la confiance du Conseil des Anciens, semblait avoir utilise ce terme en pleine connaissance de cause, et a son sens propre.

Pourtant...
Un Dragon?

Meme a Asgard, qui etait encore le territoire des Legendes, on ne pouvait s'attendre a voir surgir ce genre de Monstre aile, autrepart que dans les contes effrayants que l'on racontait aux enfants capricieux.

Le vieil homme en toge blanche et or qui la regardait a present en silence, devait lire dans ses pensees, ou du moins, avoir lu le doute dans ses yeux puisqu'il reprit doucement, de sa voix chevrottante pourtant etonamment nette dans cette immense salle du Trone que les torches ne parvenaient pas a tout a fait eclairer, laissant ici et la quelques ombres mouvantes dans les degrades de bleu nuit:
- Avez-vous deja entendu parler du Dragon qui se reincarne aupres des heritiers de la Famille Siegfried, cela depuis le tragique meurtre du Gardien de l'Anneau par ce meme Heros?

Il y avait quelque chose de derangeant, dans le choix des mots de son interlocuteur, mais la jeune femme choisit de ne pas s'en formaliser. Apres tout, elle n'avait que 22 printemps, et le vieil homme, qui avait largement plus vecu qu'elle, devait partager quelques secrets avec les Dieux.
Il avait ses Verites, les respecter etait sagesse.

Mais respect aveugle n'etant pas digne de sa propre position de Pretresse d'Asgard, et bafouant meme le courage de ce vieillard qui avait plusieurs jours chemine seul dans la neige pour venir la trouver et lui livrer le message des Astres, elle hocha la tete, en lui repondant, de maniere a ce qu'il puisse s'expliquer:
- Je n'ai jamais entendu parler de 'reincarnations', mais je connais la Legende originelle.Votre Prophetie aurait-t-elle rapport avec notre mythologie, ou mon Guerrier Divin d'Alpha?
- Sans aucun doute, si vous me permettez de me montrer aussi categorique. Mais je tiens a vous mettre en garde: Le Dragon est part de la Nature, il n'a rien d'une icone diabolique. En cela, notre mythologie a ete cruelle avec lui. C'est probablement pour cette raison qu'il adopte de plus en plus souvent une forme humaine. Ainsi, on le juge moins souvent sur son apparence.
- Et vous etes en train de m'annoncer sa prochaine reincarnation sur le territoire d'Asgard?

Un sourire detendit les traits de ce vieil homme aux cheveux blancs et au regard de glaciers qui la regardait avec bienveillance.
- ...*Prochaine* n'est pas vraiment le mot... Et j'aurais encore beaucoup de choses a vous annoncer, Venerable Pretresse et Fille Bien-Aimee de notre Seigneur Odin... mais je ne puis encore m'avancer. Mon art demande de l'exactitude, surtout en des temps si agites. Je ne me le pardonnerais jamais, si je vous avais induite en erreur. Ainsi, oui, je peux vous annoncer le retour certain du Dragon, mais pas encore grand chose quand a la raison de ce retour... Par contre...
- ...Par contre?...
- ...Par contre, il semble que cet evenement fasse partie de quelque chose de bien plus... grand. J'ai cru voir une Armee Divine rayonnante de lumiere, des Chevaux de Brume argentee... Une... Epee...

Hilda sentit sa gorge se serrer d'angoisse. Elle eut peur de poser la question qui lui brulait les levres, et jeta un coup d'oeil a Cyd, qui se tenait pres d'elle, a quelques pas du Trone dont elle s'etait levee.

Elle surprit son regard fixe, sa paleur, et s'en voulut de sa faiblesse quand elle le vit essayer de l'encourager en lui rendant son regard, adouci par un sourire avec peine esquisse.

- Quelque chose comme... une nouvelle guerre?...

Sa paleur dut inquieter le vieux Sage qui oublia un quart de seconde sa position, pour lancer avec une vehemence qui frisait la precipitation, et une force qui fit sursauter les gardes presents:
- En aucun cas!...

Puis il se reprit, se gratta la gorge, et apres s'etre incline en signe d'excuse, rajouta lentement:
- Hem.. .Enfin, je ne pense pas. La nature de ce que j'ai pu observer, comme ressentir, ne semble pas annoncer telle catastrophe. Du moins... Du moins, si vous avez l'esprit clair et serein quand le signe vous sera annonce.

- Etes-vous entrain de me dire que tout va dependre de moi?
Souffla Hilda, qui sentait les larmes commencer a lui monter aux yeux.

Alors que son vis-a-vis hochait la tete, Hilda recula de quelques pas, et s'effondra sur son Trone, son visage cache entre ses mains tremblantes.

- Mais... Mais vous rendez-vous compte que vous etes le huitieme Grand Astrologue a venir me faire part de cette Prediction, ou d'une similaire, depuis hier?... Que se passe-t-il donc, enfin??, gemit-elle, a bout.

A ce moment-la, les deux gardes qui se tenaient devant les battants de l'immense porte de la salle en laisserent entrer un troisieme, qui leur parla a voix basse, avant de se voir indiquer le chemin vers le Trone, au pied duquel le vieux Sage se trouvait toujours.
Hilda vit avec stupeur l'homme traverser la moitie de la salle au pas de course, pour venir mettre un genou a terre a cote de l'Astrologue, et, sans meme jeter un regard a ce dernier, annoncer d'une voix forte:
- Princesse Hilda, une delegation de douze Sages demande Audience de toute urgence. Il semble qu'ils viennent des villages les plus recules du Territoire.

Hilda se leva d'un bond de sur son Trone, toute raide, sa longue chevelure argentee virevoltant autour de ses epaules fremissantes, les yeux etincelants.
Sans un mot de plus, elle sortit a grands pas de la salle, claquant avec violence la petite porte qu'elle seule avait le droit d'emprunter, au nez du malheureux Cyd qui avait essaye de la rattrapper, affole.

Il pietina quelques secondes sur place, regardant tour a tour les deux autres hommes figes de stupeur, et la petite porte close... ne sachant de toute evidence que faire.

Alors Bud, sortant de l'ombre pour une fois de plus sauver la mise de son frere, foudroya celui-ci du regard, avant de declarer, a l'adresse du Vieillard:
- Honorable Sage, passez donc la nuit au Chateau, vous etes le bienvenu. Notre Princesse est un peu... surmenee?Je suis sure qu'elle poursuivra cette charmante conversation demain, si vous nous faites le... heu, le plaisir de vous representer en ces lieux.

Puis il retourna dans les ombres mouvantes, tandis que Cyd, qui n'en menait pas large et esperait arriver a retrouver sa Princesse avant qu'elle ne se jette du haut d'un des nombreux balcons de l'edifice, s'esquivait precipitament.

Une bonne minute de silence complet plus tard:

- Et ma Delegation?...
Balbutia le garde attere, en echangeant un regard avec le Vieillard qui avait l'air aussi perdu que lui.
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Hilda claquait toutes les portes sur son passage, et elle avait meme choisi le chemin, vers ses appartements, qui lui permettrait d'en claquer le plus.

Ca ne la calmait pas le moins du monde, mais pour elle, a ce moment-la, c'etait un detail mineur.
Elle avait envie de claquer des portes, et gare a celui ou celle qui essaierait de l'en empecher?!

Parceque, franchement, qu'est ce qu'ils avaient tous, les uns apres les autres, a venir la voir jusque dans son Palais, pour lui annoncer des - evenements-terribles-qui-allaient-se-produire-mais-peut-etre-pas-ca-dependait-d'elle- ?!

Une guerre sanglante venait a peine de s'achever, et ni elle, ni les personnes qui etaient les plus cheres a son coeur, n'etaient remises de leurs epreuves, de cette peine qui les affligeait tous.

Meme le pauvre Alberich lui faisait penser a une poupee desarticulee avec laquelle on se serait lasse d'avoir trop joue.

Les jours passaient, mais rien ne changeait chez lui, ni ne semblait jamais devoir changer.

Elle ne comptait plus ses visites a son chevet, dans cette grande chambre obscure et silencieuse. Avec le temps, il avait montre de veritables phobies pour tout ce qui l'entourait, la lumiere, le bruit, la voix humaine... un rien le faisait hurler, en longs cris de bete ecorchee, si bien qu'il y avait en permanence un jeune page assigne a son service, ou plutot, a sa garde, tout pres de lui.

La servante qui s'etait au debut occupee de lui avait ete renvoyee, apres qu'on eut decouvert d'affreuses traces de coups et autres brulures sur le corps amaigri du malade.

Aux dires de la jeune femme dont le visage s'etait durci de haine quand elle avait ete demasquee, son pere avait ete l'une des nombreuses victimes innocentes du Guerrier Divin de Delta dont les Cercueils d'Amethyste etaient devenus une Legende de terreur dans tout le Royaume. Meme de lui reveler qu'autour du cou du Guerrier Divin inconscient avait ete retrouve un anneau maudit a peu de choses pres semblable a celui des Nibelungen, n'avait pas suffi a lui faire ouvrir les yeux, et elle avait ete chassee du Palais, avec sa haine toujours intacte et bien accrochee au coeur.

Hilda n'oublierait jamais le choc qu'elle avait recu, elle qui avait par hasard assiste a cette scene terrifiante ou Jing, le fidele ami et seul 'parent' de Fenril, avait semble sauter a la gorge d'Alberich dont il n'avait en fait que lacere le haut de la tunique, devoilant aux yeux de tous sa poitrine couverte d'hematomes. Un instant, elle avait cru qu'elle ne pardonnerait jamais a la coupable, mais son entetement avait fini par ne plus lui faire eprouver pour elle que de la pitie, et elle l'avait renvoyee sans meme la faire juger.

Cependant, les degats etaient faits, et apres avoir tout tente, y compris de le ramener a l'aide de son Cosmos, elle ne savait plus quelles mesures adopter pour freiner la lente degenerescence psychologique de celui qui avait ete, il y a bien longtemps de cela lui semblait-elle, l'homme le plus intelligent d'Asgard.

Bizarrement, de savoir Jing pres de lui le calmait, et aux dires de Fenril qui ne savait pas comment s'expliquer autrement, c'etait l'instinct.

Cela voulait-il dire qu'Alberich avait abandonne jusqu'a son identite d'etre humain, apres sa raison?

Refusant de cesser a croire a un miracle qui ne pouvait que se produire s'il y avait une justice en ce monde, elle avait passe de longues heures a son chevet, ou meme Siegfried, qui avait pourtant dans le passe deteste le jeune homme aux cheveux rouges, l'avait rejointe.

Elle avait vu ses levres serrees de colere impuissante face au petit visage emacie de celui qui ne reagissait meme plus a leur presence... Elle l'avait remercie secretement pour etre egal a lui meme: un homme de coeur, tel qu'elle l'avait toujours connu.

Que dirait-il, s'il la voyait fuir ses responsabilites comme elle le faisait actuellement?

Et elle, que pourrait-elle bien lui dire, maintenant que son nom avait ete cite dans cette Prophecie aux multiples visages?

Seigneur Odin, il peut bien m'arriver n'importe quoi, je suis prete a tout endurer...
Mais faites que surtout, mes fideles Guerriers, mes amis et confidents, mes...
Mes...
Ma *Famille*, ne soit plus jamais confrontee aux affres d'une bataille leur otant peu a peu tout ce qu'ils ont de plus precieux...

Leurs Espoirs (Thor...),
Leurs Reves (Cyd...Bud...)
Leurs Ideaux (Siegfried...)
Leur Raison (Mime...)
Leur Amour (Hagen...)
Leur Foi (Fenril...Alberich...)

Leurs ...propres Vies...

Hilda, la poitrine secouee de sanglots, se refugia en toute hate dans un petit salon aux meubles recouverts de baches.
Elle ne pouvait pas laisser quiconque la decouvrir dans cet etat-la, elle... elle s'etait deja donnee en spectacle quelques minutes plus tot.

Et plus le temps passait, moins elle arrivait a se le pardonner.

Oh, elle savait tres exactement quand le calme l'avait irremediablement quittee.
C'etait quand le nom de son Guerrier Divin d'Alpha avait ete prononce.

Parcequ'enfin, pourquoi?!

Pourquoi maintenant, alors qu'il avait enfin une chance de surmonter la douleur presque palpable dont elle l'avait vu impregne jusque dans son sourire pourtant si chaleureux et rassurant avant la bataille?!

Pourquoi maintenant, alors qu'il avait pres de lui la delicieuse Pandore dont elle sentait qu'elle avait reussi a ressusciter l'ancien Siegfried, la ou elle et Athena n'avaient reussi a rappeler qu'une ame dechiree, bourelee de regrets et plombee d'amertume?

Pandore.

Elle avait si hate de la revoir...

Elle pouvait bien se l'avouer sans honte: cette femme la fascinait, et avec le recul, elle se souvenait avoir decele chez elle quelque chose de tres inhabituel chez les femmes qui l'entouraient, si bien qu'au debut, elle n'avait pas du tout realise.

Un Cosmos.

Sans aucun doute, c'etait la un Cosmos, qu'elle avait meme peut-etre tente de lui cacher...

Un Cosmos aux parfums lointains de soleil et de mer, et dont elle se doutait a present de la puissance.

Cette femme mysterieuse etait une guerriere.

Elle en avait l'intime conviction, et cela expliquait peut-etre la gene qu'elle avait montre a son contact, sans parler de la conduite etrange de son plus fidele guerrier pris en flagrant delit de 'pacte avec l'ennemi' .

Si, comme elle le subodorait, ca n'etaient pas deux, mais trois femmes-chevaliers du Sanctuaire qui avaient reussi a s'introduire dans le Royaume pendant la bataille, tout s'expliquait: La troisieme avait du etre la magnifique Pandore, qui n'avait pas manque d'attirer l'attention du Guerrier Divin d'Alpha.

S'etaient-ils affrontes? Avait-elle perdu son masque a ce moment-la?
Elle ne savait pas comment ils s'etaient rencontres au juste, mais le fait est que Pandore etait la, a Asgard, chez Siegfried, et SANS masque.

Quoi de plus clair?!

Aah, ce qu'elle avait hate de les marier. (NDLR: Je crois que j'ai besoin d'un cafe tres fort... )

C'etait aussi pour cela, pour ce jeune couple innocent qui avait droit au bonheur comme tous les autres (NDLR: DEUX, cafes...) , qu'elle devait reprendre courage!!

Elle etait Hilda de Polaris, Pretresse du Seigneur Odin qu'elle ne pouvait pas decevoir, pas plus que son peuple qui n'avait plus qu'elle a qui se raccrocher!

Et, animee d'une nouvelle resolution inebranlable, Hilda prit une grande inspiration, et sortit de ce petit salon qui avait ete son refuge pendant quelques minutes de panique.
- Ah, Princesse Hilda!! Je vous trouve enfin!
Fit une voix, dans son dos.

Hagen, plus blanc que neige, et...couvert de neige a demi liquefiee qui degoulinait le long de sa cape en laissant derriere lui, c'est a dire sur toute la longueur du couloir, de grandes rigoles de bouillasse pietinee s'arretant devant toutes les portes.

- Cyd nous a ameute en nous disant que vous aviez disparu, qu'il fallait a-absolument, absolument vous re, retrouver...hic...avant que...avant que l'irreparable...hic...ne se, ne se produ-hi-hi-ise...sniff...alors je vous ai cherche par, partou-hou-houuu, (commencant a compter sur ses doigts) dans les jardins, sur les toits, les balcons et verandas...
- Ca va, j'ai compris Hagen, alors calme-toi, et surtout, mouche-toi... Comme tu peux le voir, je suis en pleine forme, parfaitement saine et sauve et...

En voyant Hagen fouiller febrilement dans ses poches, avant d'enlever sa cape pour se moucher dedans, Hilda s'interrompit une bonne seconde, leva les yeux au ciel.

Seigneur Odin, et dire que j'ai failli le marier a Freiya?!

Puis elle soupira, et acheva:
- Et puis tu vas me faire le plaisir de me nettoyer toute cette boue, avant que quelqu'un ne se casse une jambe.

Et elle se detourna, s'eloignant sans meme un regard en arriere pour le pauvre Hagen qui ne se douterait jamais d'a quel point elle lui en voulait, pour avoir ose frapper sa petite soeur adoree... d'ailleurs bientot fiancee a quelqu'un qui avait deja un peu plus de cervelle, ce qui n'etait pas dur.

Si elle avait vu Hagen tout a coup rouler sa cape pour s'en servir comme d'une serpillere, sans nul doute l'eut-elle expulse du Palais.

Mais elle avait d'autre preoccupations, et en premier, d'aller prier face a la statue de son Dieu, qui, bien que renversee, n'en restait pas moins un symbole sacre.

Elle sortit donc dans la bise glacee, et tout en montant sur l'Autel des Prieres, commenca a concentrer son Energie Vitale.
Immediatement, sa longue robe bleue se deploya autout d'elle comme les petales fremissants d'une fleur eclose, et sa chevelure argentee si lisse et si brillante, se mit a flotter dans son dos et autour de ses bras en calmes vagues irisees.

A present, elle n'avait plus qu'a faire le vide dans son esprit et dans son coeur, avant d'y concentrer tout l'amour, toute la tendresse, toute l'affection qu'elle avait pour son Royaume qui le lui rendait si bien.

Elle ne devait plus etre qu'Amour concentre, et s'elever jusqu'a pratiquement pouvoir se contempler *d'en haut*.

- Seigneur Odin...
Murmura-t-elle en fermant les yeux, de nouveau dans l'etat de Grace qui caracterisait la lignee de Pretresses dont elle etait la digne representante actuelle.
- Seigneur Odin, Pere et Souverain Bien-Aime D'Asgard...

A present, toutes les energies de son Royaume passaient par elle, affluaient dans son corps gracile pour aussitot s'eparpiller en faisceaux bienfaisants dans la terre, l'air, tout ce qui faisait d'Asgard ce qu'il etait...

- Seigneur Odin, entend mes prieres...

- Mais je suis toute ouies, ma Fille?-
Fit brusquement une voix derriere elle.

Elle sursauta, et le fin fil de sa pensee qui tissait la Priere, se brisa.
Elle se retourna.

Et tout ce qu'elle vit, fut...

Le vieil Astrologue de tout a l'heure.

Abasourdie, elle balbutia, tandis que son Energie Vitale decroissait a une vitesse vertigineuse:

- Mais?! Que... Que faites-vous la?! Ne savez-vous pas que nul autre que moi n'a le droit de monter sur cet Autel?!... Descendez tout de suite, avant que quelqu'un ne vous trouve ici, dans quel cas, meme moi ne pourrai rien pour vous?!
- Mais dis-moi, ma Fille, quel accueil?... Tout a l'heure, tu me fermes la porte au nez, a moi et a mes discours, et maintenant, tu me sommes de descendre de MON PROPRE Autel?
- Co... Comment?...' Votre Autel ' ??... Mais...
- Ma douce Hilda, tu vas devoir apprendre a ecouter autrui, si tu ne veux pas que tous t'abandonnent...

Les yeux du Vieillard riaient, sa voix avait ete sans age et assuree, et meme si elle ne voyait pas ses levres sous son epaisse barbe blanche, elle devinait qu'il lui souriait tendrement.

Maintenant, elle le sentait.

Toute l'Energie d'Asgard ne rayonnait plus vers elle, mais vers cet inconnu qui la regardait de ses yeux bleus petillants, en la grondant doucement. Et avec quelle force ces flots tumultueux n'accouraient-ils pas vers leur Maitre et Createur?!

Car alors qu'une seule explication tangible, une seule, venait de frapper son esprit, elle n'en avait deja plus besoin. Elle *savait* a qui elle avait affaire.

Au plus profond de son etre, elle savait qu'elle se trouvait face a celui auquel elle avait dedie toute sa vie, celui pour lequel elle mourrait avant la trentaine, apres avoir avec reconnaissance et devouement brule toute son energie vitale, comme toutes ses aieules.

- Seigneur... Odin... Mon... Mon Pere... Bien-Aime... Notre Pere... a tous...

Elle ne pouvait deja plus parler qu'avec difficultes, tandis de longs doigts osseux et fripes allaient effleurer sa joue baignee de larmes qui avaient jailli en meme temps qu'elle s'agenouillait.

- Mon Enfant, seules tes larmes te permettront de vider ton coeur de toute la colere et la douleur qui le remplit. Ta Priere actuelle ralentit la guerison de mon Royaume, qui est aussi le tien, et nous fait bien plus de mal que de bien... Pour l'instant, je te demande de laisser a ton coeur le temps de retrouver sa vaillance en laissant couler ces larmes que tu retiens depuis trop longtemps. Ensuite, je t'ecouterai et t'exaucerai avec plaisir.

Hilda, tremblante, hocha la tete, n'osant meme parler alors que sur sa joue, les doigts de son Dieu bienveillant recueillaient quelques larmes qui se changerent aussitot en perles d'un rouge eclatant.

- Vois-tu ce que j'essaie de t'expliquer? Ces perles refletent ce que tu ressens, rouges comme le sang et la douleur...

La jeune femme, muette, vit quelques unes de ses - larmes de douleur- glisser entre les doigts du Dieu, tomber sur le sol, et rouler vers les marches de l'Autel qu'elles degringolerent en se divisant par gerbes de perles plus petites encore, un peu comme le mercure l'eut fait.

Mais Odin reprenait:
- Comme je te l'ai annonce, de nouvelles epreuves t'attendent. Mais reste confiante, calme, et regarde bien les Hommes qui t'entourent. Tu trouvera les cles a ton entendement, dans leurs coeurs. Et puis surtout, surtout, Hilda... n'oublie pas que tu n'es pas seule. Cette fois, je serai la, a tes cotes pour te guider.

Hilda, qui ne pouvait que boire les paroles de son Seigneur, le vit s'eloigner peu a peu d'elle, se dirigeant vers le gouffre qui ouvrait sa gueule beante de l'autre cote de l'Autel.

Elle remarqua vaguement qu'il ne marchait pas, mais semblait se deplacer avec douceur au dessus du sol, sa toge immaculee flottant derriere lui, comme ses cheveux blancs qui tombaient en torsades eblouissantes dans son dos voute.

Il lui fit face, en levitation au dessus du gouffre, et apres un dernier sourire bienveillant, s'effaca lentement dans les airs, comme s'il n'avait ete qu'une statue de sable blanc maintenant dispersee par le vent.

Hilda resta un moment agenouillee, encore sous le choc.

Elle serra instinctivement ses mains contre sa poitrine, craignant que ne s'en echappe ne serait-ce meme qu'une seule de ces Augustes Paroles qui devraient y rester gravees pour l'Eternite...

Son Seigneur lui faisait confiance malgre sa faiblesse, ses doutes, ses erreurs, ses imperfections... Il avait pose ses yeux sur elle, avait touche sa joue comme un Pere efface les larmes de sa Fille.

Elle allait se battre pour etre digne de lui.
Elle ne pouvait pas le decevoir.

La jeune femme decida qu'elle avait assez reve au miracle auquel elle venait d'assister, et qu'il etait temps de passer aux actes.

Elle allait se relever, quand quelque chose roula sur le tissu de sa robe.

Elle baissa les yeux.
C'etait une de ses 'perles de douleur' .

Le Dieu Odin, Seigneur aux multiples visages.

Toutes les forces de la Nature au summum de leur puissance et de leur colere, reunies dans une seule entite redoutable, mais aussi le Dieu guerrier brandissant l'epee de Balmung, symbole de son estime pour la valeur au combat qu'il savait recompenser avec largesse; Et puis, parmi beaucoup d'autres facettes encore, celui qu'elle venait de rencontrer, le Voyageur qui testait les Hommes, parfois avec malice, parfois avec severite, avant de rendre un verdict sans appel. Ce Voyageur etait egalement le Magicien, le Metamorphe, capable de tout, du meilleur comme du pire dans ses explosions de colere vengeresse.

Il s'etait joue de tout le monde, et d'elle en premier, sous les traits d'un Astrologue aux allures parfaitement humaines. Il s'etait mele a la foule du Palais sans attirer le moindre soupcon, et en avait certainement tire grand plaisir. En cela, il etait comparable a certains dieux Grecs qui aimaient tout autant que lui prendre les apparence de ce qu'ils n'etaient pas, pour mieux approcher l'objet de leur convoitise ou defendre leurs interets.

Si elle n'avait pas eu une Foi absolue en lui, elle en aurait tremble de terreur.

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- Kanon?... Kanon, je sais que c'est une question stupide, mais... Ca va??
S'inquietait Siegfried, en tapotant la joue de son Dragon a demie dans les vapes, pour ne pas changer.

- ...mgnn? ...
- Tes Ecailles?? Comment vont tes Ecailles?? Je vois que ta fievre est tombee, mais...
- Tu me les as tripotees pendant trois heures, mes Ecailles, mais tu OSES me demander comment elles vont?!
Cracha Kanon, qui venait de revenir a lui, et se decouvrait assis, adosse au mur de la douche.

Sans meme attendre de reponse de la part de Siegfried qui aurait de toute facon essaye de detourner la conversation, il reprit, en essayant de se relever:
- Si tu veux tout savoir, je ne les sens plus du tout, ce qui ne veuille pas dire pour autant que tu ne te prendras pas une tarte si tu bouge UNE patte d'une facon UN PEU louche. J'ai ma dose, comme dirait Bourriquet apres avoir 'embrasse' tous les piliers de la Maison du Taureau.
- ??
- Cherche pas, ce que je veux dire, c'est que tu es interdit de tripotage d'Ecailles pendant une duree indeterminee, le temps que j'arrive de nouveau a m'asseoir sans hurler a la Lune.
- Hein?! Mais!!
- QUOI, MAIS?! Je suis pas cense me rendre au Palais dans trois jours, moi?! J'y vais comment?! EN RAMPANT?!

Kanon, qui s'etait releve sans trop de mal finalement, reprit avec exasperation, et en esperant que Siegfried ne se rendrait pas compte qu'apres son ouie, c'etaient sa vue, son toucher et enfin son odorat, qui s'etaient surdeveloppes, et que dans ces conditions, tout agressait ses sens, le rendant plus nerveux et irritable qu'il ne l'etait deja:

- Allez, ouste, vire tes *vertebres* de la. J'ai besoin de prendre une douche SEUL et AU CALME!!

Tout en sachant que c'etait une mauvaise idee, Siegfried hasarda:
- Tu... n'as pas besoin d'aide?
- Certainement pas de la tienne, en tous cas.
- ...Oh, bon...

Siegfried allait obtemperer, tout penaud, quand il se ravisa.
Rassemblant tout son courage, il fit brusquement volte-face, planta un petit baiser rapide sur les levres de Kanon petrifie, puis se sauva a toute vitesse, disparaissant prestement derriere la porte de la salle.

Le Dragon soupira, se gratta la tete, sourit.

Bah... Apres tout, sans lui et les etourdissantes bien qu'epuisantes heures de plaisir qu'il lui avait offertes, il serait encore en train de se tordre de douleur sur le tapis de la Bibliotheque.
Voire pire...

Une seconde.
Et si...

Et Siegfried n'avait pas ete la?!
Qui lui disait que le phenomene se serait calme de lui-meme?
A supposer qu'il ait ete oblige de supporter ca encore de longues heures, mais il serait devenu completement fou?!

La panique aidant, il se lava a toute vitesse, se shampouinant si parfaitement des pieds a la tete, qu'il sentit cette derniere commencer a lui tourner sous l'effet du parfum decidement trop fort du savon qu'il avait pris au hasard sur une etagere.
Pourtant, c'etait un savon tout ce qu'il y avait de plus normal??

Apres s'etre rince a grande eau, il sortit de la douche et eut la surprise de trouver ce qu'il cherchait, pose bien en evidence devant la porte, c'est-a-dire: des vetements de rechange propres que Siegfried avait deposes la discretement.

Bravo, bien joue, il n'y avait vu que du feu.

Cette tunique-la etait bleue pale et blanche avec une frise centrale qui partait du col jusqu'a l'ourlet du bas, et une ceinture blanche assortie. Le pantalon etait entierement blanc, et le tout avait ete taille dans une matiere a la fois legere et agreable a porter.

Exactement ce dont il avait besoin, avec toutes ces regions de peau trop sensibles, voire irritables, qui avaient assez mal supporte le savon.

Il s'habilla, entra dans la chambre de Siegfried qu'il trouva lui aussi lave et habille de neuf. Probablement avait-il utilise une autre salle d'eau de l'etage, lui laissant la sienne.

Le Guerrier Divin l'accueillit avec un sourire courageux, et un:
- Et bien dis-donc, tu es rapide?

Kanon repondit a son sourire, ce qui sembla le detendre.
- Tout comme toi.
- Mais moi, j'ai moins de mal a bouger... oups...
- Groumpf, passons... Non, en fait, j'avais une question a te poser, et je me suis dit qu'il vallait le mieux le faire le plus vite possible.
- ...? ... Quoi donc?

Kanon s'approcha de l'homme assis sur son lit et le regardant comme s'il se doutait de la nature de la future question.

Un peu comme s'il l'attendait, ou comme s'il avait eu l'intention d'aborder le sujet.

- Est-ce que tu sais ce qui se serait passe, si tu n'avais pas ete la? Jusqu'a quand est-ce que j'aurais ete oblige de supporter ce *phenomene*?

Siegfried sembla mediter un instant sa reponse, puis se leva et alla chercher le onzieme tome des Memoires de la Famille Siegfried .

Ce Tome, bien que fin, etait cadenasse, et il etait alle l'emprunter a sa Mere apres avoir obtenu sa permission.

- Ceci est le troisieme secret le mieux garde de notre Famille, apres le Passage Secret et le Protege de mon arriere-grand-Pere.

Il remit le livre a Kanon, avec une petite cle argentee.

- Je... Je peux le lire??
- Oui, parceque ta reponse consiste en ces quelques pages.

L'heritier de la Famille Siegfried semblait tres mal l'aise, et Kanon sentit que sa - reponse- n'allait pas lui plaire.

Cependant, Siegfried reprenait:
- Je vais te laisser lire tout ca tranquillement. Mais si je peux te donner un conseil: ne lis pas tout d'un coup, fais quelques pauses.

Kanon hocha la tete, malgre lui surpris de voir Siegfried palir de seconde en seconde.

Qu'est ce qui pouvait bien le mettre si mal a l'aise?

Kanon n'allait pas tarder a comprendre le malaise de son hote, et se faire une idee tout a fait nette de ce qui l'attendait si il ne faisait pas tres attention a ses Ecailles et a l'effet qu'elles pouvaient produire, non seulement sur sa propre personne, mais aussi, sur son entourage.

Mais pour l'instant, il avait decide d'aller s'installer dans la Bibliotheque, dans un de ses profonds fauteuils garnis de coussins et couvertures, pour lire tout a son aise.

D'apres les explications de Siegfried, ce onzieme tome qui ne devait pas renfermer plus d'une dizaine de pages, voire peut-etre moins, avait ete entierement redige par le onzieme heritier, et avait en quelques sortes ete son testament.
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MEMOIRES - TOME XI -

12 Mars 17XX

Je sais bien que seule la decouverte de son Dragon peut autoriser un Siegfried a laisser trace de son existence dans ces Memoires.
On me l'a assez dit et repete, on m'a assez averti que mes ecrits seraient tout simplement brules si j'enfreignais la regle.
Et en effet, je risque la sanction contre laquelle on m'a mis en garde, etant donne que je suis encore, a l'heure actuelle, a Sa recherche.

Mais si je prends cette liberte, ca n'est certainement pas en pure perte.

Car Il, ou Elle, est la et m'attend quelque part dans l'immensite de ce Royaume de Glace et de Neige, je le sens.
Je ne PEUX pas me tromper, cette impression est trop reelle, trop urgente.

Evidemment, et comme d'habitude, mon frere Elrich met en doute ma Foi et essaie de m'en detourner.
Comment pourrais-je lui en vouloir?

J'ai arrache au Destin une place qui aurait peut-etre pu lui revenir, je suis Siegfried, et lui ne l'est pas, comme il ne le sera jamais, meme si je venais a mourir. Je ne peux que comprendre son amertume, le feu et la glace brulantes dans son regard et dans ses paroles.

Il est aussi brun que je suis blond, aussi mince, elance et silencieux, que je suis robuste, impetueux et batailleur, il est la Lune impassible qui miroite doucement, et moi le Soleil qui l'efface de ses rayons. Du moins est-ce ce qu'il pense.

A force de se croire dans mon ombre, il a fini par apprecier ces dernieres, et ne les quitte plus.

Il a de quoi me detester, bien que je souhaiterais tellement que nous puissions nous comprendre, ne serait-ce que nous *comprendre*...
Mais il semblerait que le fosse qui nous separe soit trop important, et pas plus moi que lui, n'avons jamais su comment le franchir.
Enfin, je crois que lui y a renonce depuis longtemps.

J'imagine que je le fatigue, que je l'exaspere, que ma seule presence derange sa paix et son recueillement, tout en attisant sa rage froide.

A se demander comment nous pouvons partager le meme sang.

Mais aujourd'hui, je devrais peut-etre le remercier.

Il s'agit peut-etre d'une autre de ses moqueries, car j'ai cru lire l'ironie dans son regard, mais il m'a fait remarquer que je n'avais jusqu'a maintenant jamais cherche dans la Mer elle-meme.

La Mer d'Asgard, sombre, glaciale et insondable comme son regard pose sur moi.

Apres tout, qu'est ce que je risque, sinon... la noyade et la mort?
Ah, voila que son ironie me deteint dessus.

Mais je vais tout de meme aller voir.
De toute facon, il ne me reste plus que les flots a explorer, tant je connais ce Territoire par coeur, maintenant.

4 Mai 17XX


Il y *a* (souligne trois fois) quelque chose.

De toute facon, je l'ai su a la seconde ou j'ai decouvert cette grotte illuminee de cristaux d'Amethyste qui me rappellent... Mais ne nous egarons pas.

Je l'ai su, donc, a la seconde ou j'ai decouvert cet endroit mysterieux, en suivant la cote et apres avoir contemple pendant de longues heures les flots battus par la neige et le froid.

Quelque chose va se produire, si je fais l'effort d'attendre suffisament longtemps ici.
J'en mettrais ma main au feu.

L'heure ou ces ecrits vont trouver leur justification, approche.


23 Juin 17XX


Il, ou Elle, est LA!!

Je n'ai pas eu le temps de l'apercevoir, mais tout mon etre me le crie:

C'est LUI, c'est ELLE, que j'ai vu bouger dans l'obscurite, puis replonger en toute hate dans le lac sous-terrain.

Seigneur Odin, arriverai-je jamais a l'approcher?
Arriverai-je jamais a l'amadouer?


7Juillet 17XX


Cette fois, j'ai pu le detailler.

C'est un garcon, maintenant je le sais, parceque j'ai pu l'apercevoir a la lumiere des Amethystes.
Comme je m'y attendais, il est venu s'emparer de la nourriture que j'avais laisse a son intention.

Le pain ne l'interesse pas plus que les legumes, seuls le poisson et la viande crus trouvent grace a ses yeux.
Et j'ai eu de la chance, parceque cette fois, il a commence a les devorer sur place.

Pendant dix bonnes minutes, je n'ai pas trop su si je pouvais croire a ce que je voyais.
J'ai cru comprendre que le Dragon pouvait adopter plusieurs formes, mais a quoi donc celle-la rime-t-elle?

Il a un cote... 'inacheve' , bien que ce ne soit pas tout a fait le mot.
Mieux vaut encore expliquer.

Il est BLANC, blanc comme la neige elle-meme.
Ses cheveux, libres et qui lui tombent jusqu'aux pieds, sa peau meme, semblent ne jamais avoir connu le soleil. Il est comme une plante denuee de pigments pour avoir grandi dans l'obscurite la plus complete .

Pourtant, un seul detail paradoxal dans cette blancheur eblouissante: ses yeux sont d'un dore presque phosphorescent, le genre de couleur improbable a laquelle il doit etre difficile de s'accoutumer.

Je ne sais pas quel age il a, mais sa stature est plus ou moins celle d'un adolescent, si ce n'est cette minceur extreme, ces longs membres fins, cette fragilite flagrande.
Je suis a peu pres sur que je pourrais entourer sa taille de mes deux mains.

Il me fait un peu penser a un elfe, ou a une de ces creatures sylphides qui semblent pouvoir s'envoler au moindre coup de vent.

A supposer bien sur que de telles creatures existent.

Car lui, est un Dragon.
Je ne peux me tromper.

Je crois qu'il a remarque ma presence, qu'il s'y est meme habitue.
Mais sait-il que je suis son Chasseur?
Et me laissera-t-il jamais l'approcher?

Il est comme un animal.
Il ne marche pas debout, ne semble pas avoir de voix, et meme son visage est etrangement immobile, si ce n'etaient ces grands yeux expressifs.

Comment faire, pour l'attirer?


23 Juillet 17XX


Il a mange dans ma main, mais sans me quitter une seule seconde du regard, les membres flechis et fremissants, pret a reagir au moindre mouvement de ma part.

Au debut, il s'est approche en grondant, a aussi commence a manger en grondant.

Mais le poisson que je tenais dans ma main devait lui sembler irresistible, et au bout d'un moment, il n'a plus semble concentre que sur son festin.

Alors que je le voyais pencher la tete sur le cote pour essayer de cisailler la viande crue entre ses dents, j'ai essaye d'approcher une main.

Et il m'a mordu.
J'ai ete stupide.
J'avais oublie que je n'avais pas affaire a un animal domestique, qui sait ce qu'une main doucement tendue signifie.

Je n'ai pu que maudire ma betise en le voyant s'enfuir a toute vitesse, son poisson entre les dents... ou les *crocs*.


Premier Aout 17XX


Ca m'a pris du temps, mais j'ai reussi a l'amadouer de nouveau.

Pour ca, il m'a fallu me presenter tous les jours dans la grotte, et j'en ai eu mal au bras a force de lui presenter en vain les plus appetissants (et surtout, plus lourds) poissons que j'aie pu trouver.

Mais il est finalement revenu manger dans ma main, et malgre le grondement menacant qui n'a cesse de me tenir en respect jusqu'a ce qu'il en ait fini avec son poisson, je sais que si je ne commet plus d'erreur, il n'essaiera plus de s'enfuir.

En fait, je devrais m'estimer heureux que ma stature bien plus puissante que la sienne ne lui ait pas fait croire a un ennemi a la seconde meme ou il a remarque ma presence dans la Grotte qu'il affectionne tant.
Le hasard avait voulu que je sois accroupi a ce moment-la, et le hasard fait bien les choses.

Ce qui m'inquiete bien plus, a vrai dire, est qu'avec le retour de la saison douce, je l'imagine tres bien aller fureter autour de la Grotte et ailleurs.

J'ai de plus en plus peur que quelqu'un d'autre que moi ne s'apercoive de son existence, et ne me le... vole.

Car, bien que je n'arrive pas encore a le toucher et me demande si j'y arriverai jamais un jour, il est MON Dragon, et j'ai fini par concevoir enormement de tendresse pour sa petite silhouette fragile, ses grands yeux d'or...

Je me demande comment je reagirais, si tout a coup, il me souriait.
... Ce qui est de toute facon impossible, car les animaux ne savent pas sourire, et malgre sa forme humanoide, j'ai affaire a un enfant sauvage, un petit animal sauvage.

J'imagine qu'il a ete abandonne par ses parents, quand ceux-ci ont vu a quoi ressemblait leur nouveau-ne.

Depuis pres d'une vingtaine d'annees, Asgard est tres agite par des luttes entre sectes adeptes de magie -noire pour la plupart-, et ce sont mes nombreuses missions a la tete de troupes censees intervenir, qui m'empechent de venir le voir plus souvent.

Je souhaite pour ses parents que par ces temps troubles, la mise au monde d'un tel bebe ne les ait pas fait allonger la liste d'une chasse aux sorcieres civile dont j'ai vu les atrocites de bien trop pres.

Comme je ne supporterais pas de le voir capture et lapide par la foule superstitieuse, je dois trouver un moyen de le ramener au Chateau, et le plus tot sera le mieux.

Pourtant, je ne peux pas le forcer.
Se retrouver brusquement enferme entre quatre murs le tuerait peut-etre.

Alors, que faire?

J'ai un ordre de mission qui va me tenir eloigne de cette grotte pendant quelques jours, je vais en profiter pour reflechir...


10 Aout 17XX


Je n'en reviens pas!!
Il m'a saute dans les bras!!

J'en suis carrement tombe par terre.

J'ai un instant cru qu'il cherchait son poisson, et me suis hate de le tirer de dans ma sacoche pendant qu'il flairait mes vetements avec insistance, mais la, deuxieme surprise!

Il m'a arrache le fameux poisson des mains en y plantant sauvagement ses dents, et, en grondant, s'est mis a le secouer dans tous les sens, avant de le lacher.

Pendant que le poisson en piteux etat atterissait dans le lac situe a quelque distance, il avait commence a s'acharner sur mes vetements, et je compris enfin qu'il m'en voulait de l'avoir laisse seul pendant mes dix jours de mission.

En bref, je lui avais manque.

Ce fut plus fort que moi, je lui ebouriffai les cheveux en riant.

Instantanement, ses yeux s'ecarquillerent, tandis que je me figeai, panique.
Allait-il encore me fuir, ou pire, m'attaquer pour avoir ose le toucher?

Mais il tourna la tete et renifla ma main d'un air mefiant, avant de descendre de sur ma poitrine, un peu refroidi.
Je m'assis sur le sol, suivant le moindre de ses gestes, comme il en faisait de meme pour moi.

Puis, apres quelques temps a nous regarder droit dans les yeux, je le vis s'approcher, et bien que son expression fut toujours aussi indechiffrable, je me hasardai a de nouveau tendre la main.

Il me laissa lui caresser la tete, et je compris que j'avais gagne.


21 Aout 17XX


J'ai de plus en plus de mal a le persuader de ne pas me suivre quand je quitte la Grotte apres lui avoir apporte son poisson, et avoir quelques temps joue avec lui.

Je suis ravi d'avoir reussi a me l'attacher, et je n'oublierai jamais ma crise de fou-rire le jour ou, d'un air grave qui n'etait que l'effet de mon imagination, il m'a pose l'une de ses mains sur la tete, comme pour tenter d'imiter mes caresses... cependant, je m'inquiete.

A supposer que je le ramene au Chateau, comment reagirait-il a son nouvel univers, a ce qui ne pourrait manquer de lui apparaitre comme une prison, a lui que je voyais si souvent batifoler dans l'eau dont le froid ne semblait meme pas l'atteindre?

Mon Dragon est un Dragon des Elements, qui caresse le vent, les embruns, la neige, et semble presque se nourrir de leur proximite.

L'eloigner de cette grotte, de sa liberte, est une entreprise qui me semble trop risquee pour etre tentee.


6 Septembre 17XX


Cette fois, je me suis apercu qu'il suivait mon cheval tandis que je retournais au Chateau.

J'ai du faire demi-tour pour aller l'attrapper et le ramener dans la grotte... dont il est aussitot ressorti pour essayer de me suivre alors qu'il me voyait repartir.

Au bout de trois fois de ce petit manege, j'ai commence a m'enerver, et pour lui faire comprendre que je ne voulais pas qu'il me suive, je lui ai donne une petite claque sur la tete.

Bien sur, ca devait arriver: Il m'a attaque.

Je n'ai eu aucun mal a le repousser, et quand je l'ai vu fatigue d'essayer en vain de se venger tout en imposant sa volonte de me suivre, j'ai cru que cette fois, je pouvais repartir sans risques.

Ca aurait ete trop simple.

Je l'ai vu sortir de la grotte a toute allure, pour aller se cacher derriere un arbre ou il se croyait invisible.
J'ai fait un petit kilometre a cheval, en le voyant du coin de l'oeil passer de dune de neige a tronc d'arbre et inversement, tandis qu'il me suivait avec prudence mais obstination.

Il n'a pas du comprendre, quand il m'a vu disparaitre de sur mon cheval, pour reapparaitre derriere lui.
Par contre, il a parfaitement compris, quand quelques temps plus tard, je retournai vers la grotte en le maintenant devant moi sur mon cheval, jete a plat-ventre sur la selle.

Il se debattait comme un beau-Diable en essayant de mordre, et j'eus toutes les peines du monde a me retenir de le secouer comme un prunier pour essayer de le calmer... ce qui aurait sans doute aggrave les choses.

J'en fus d'autant plus certain, qu'apres l'avoir une fois de plus ramene dans la Grotte, et en pensant que cette fois il avait compris tandis qu'il restait accroupi pres du lac, son regard se contentant de me suivre alors que je m'eloignais... Je l'entendis se mettre a hurler de toutes ses forces.

Il ne savait pas pleurer, mais chacun de ses longs cris dechirants etaient autant de sanglots de desespoir, et c'etait la premiere fois que je les entendais.

Cela me fut insupportable.

Je craquai, et decidai de le ramener avec moi.


7 Septembre 17XX



Les yeux d'Elrich se sont arrondis de stupeur quand il a vu * ce que * je ramenais au Chateau.

Puis il a compris, et j'ai vu la stupeur, en lui, se muer en rage sans nom.

Non content de lui avoir vole une Destinee qui selon lui, aurait du lui revenir, je debarquais maintenant avec mon Ame Soeur, mon Dragon, et il etait...

D'une beaute renversante.

Moi meme, tandis que je cheminais a cheval en le tenant contre moi et en essayant de l'obliger a au moins passer ma cape sur ses epaules diaphanes, je m'etais rendu compte que cet etre dont j'etais habitue a voir la nudite, n'allait pas manquer de produire son petit effet sur tout le monde.

Je ne m'etais pas trompe: A part Elrich qui serrait les dents, les yeux etincelants, tous s'etaient presses autour de moi, si bien que mon Dragon, d'abord fige de terreur dans mes bras, en avait saute a la hate pour aller se refugier en grondant dans un coin de la salle.

J'allai l'y chercher en deployant des tresors de pedagogie tandis que les servantes, qui s'etaient agglutinees dans mon dos, se battaient pour decider de *qui* allait lui chercher a manger, le baigner, lui coudre des vetements a sa taille, et *laquelle* allait lui attacher ses cheveux decidement trop longs. (NDLR: C'est marrant, j'ai l'impression de me repeter...).

Je le soustrayai a la hate a tous ces regards qui l'effrayaient, et l'emmenai dans ma chambre.

J'avais senti le regard charge de haine et de jalousie d'Elrich me suivre tandis que je gravissais les escaliers quatre a quatre, et me promis de ne jamais le laisser seul avec mon Dragon... auquel il fallait d'ailleurs que je trouve un nom.


17 Septembre 17XX


Kisha a fini par s'habituer a ce grand Chateau ou j'ai le plus grand mal a l'empecher de partir a l'aventure completement nu.

Les servantes ont fini par lui coudre une legere tunique de coton bleu qui lui laisse les jambes et les bras entierement nus, mais qui a le merite d'etre facile a passer.

Et pourtant, je retrouve invariablement cette meme tunique en haut des armoires, derriere les rideaux, sous les lits, partout ou il a cru arriver a la cacher efficacement apres s'en etre debarrasse.

Il ne repond pas encore a son nom, et galope a droite et a gauche en jouant avec les servantes qui l'adorent (meme si une ou deux se sont fait mordre), mais semble soigneusement eviter Elrich, ce qui me rassure.

Ca doit etre son instinct animal.
Il sent que mon frere le hait, et evite de se frotter a lui.
Comme quoi, il est intelligent.

Son endroit de predilection est la salle de bains, dans laquelle il passe des heures sous la douche, le regard lointain, l'air sur son petit nuage.

Il dort au pied de mon lit, sur un tas de couvertures car il ne comprend pas a quoi sert ce grand meuble plat et mou qu'on appelle un lit.

J'ai bien une ou deux fois essaye de le coucher dans une chambre voisine qui lui a ete attribuee, mais rien a faire, il revient systematiquement dans ma chambre.

Je crois qu'il supporte decidement mal de me savoir loin de lui.

Ses expressions se sont peu a peu faites plus mobiles, et je le vois essayer d'imiter les sourires des servantes.
Celles-ci desesperent d'arriver a lui faire gouter un plat chaud, et il ne supporte ni les epices, ni le moindre assaisonnement.

Les legumes le repugnent.

Par contre, il grignotte avec plaisir les petits carres de sucre dont je lui vois souvent les mains pleines, tant ses - donnatrices- sont nombreuses.


13 Novembre 17XX


Kisha commence a me chipper de petits morceaux de viande cuite dans mon assiette.

Il a appris a boire dans un verre, mais ses mains, qui n'etaient jusqu'a il n'y a pas si longtemps ses *pattes avant*, sont encore maladroites.

Il sourit, il rit meme, un rire haut et clair comme les trilles d'un oiseau.

C'est enchanteur, et d'autant plus agreable, que sont rire est communicatif.

Je le surprends souvent a tendre l'oreille pour essayer de capter les conversations, et son air concentre me suggere que je ne vais plus beaucoup tarder a le voir essayer de former des mots.

J'aimerais tant que mon nom soit le premier qu'il arrive a prononcer...

Cette nuit, il a grimpe dans mon lit, s'est pelotonne contre moi, et a appris qu'il faisait bon de dormir dans un lit bien chaud et moelleux.


16 Novembre 17XX


Je ne sais pas quel age Kisha a, mais je sais maintenant qu'il est adulte.

Il refuse de dormir dans un autre lit que le mien, et cette nuit, alors qu'il avait grimpe dans le mien, je me suis rendu compte que mon corps l'intriguait.

Evidemment, je me serais plutot attendu a ce qu'il commence a s'interesser a ceux des rares femmes que ce Chateau compte, mais bon. Il n'y a que moi qu'il ose toucher, donc, j'aurais du m'y attendre.

Et puis, ca ne me derange pas.

Enfin...
Ca ne me derangeait pas, jusqu'a ce que je me rende compte qu'il etait trouble, et moi de meme.

Il me plait, il m'a plu au premier regard, et c'est normal, puisqu'il est MON Dragon, mais...

Je ne peux pas...

Je ne peux tout simplement pas.

J'aurais trop peur... de lui faire peur.

Il va falloir que je le convainque de dormir dans son propre lit, avant de perdre le controle de mes emotions.


20Novembre 17XX


Kisha a prononce son premier mot, avec une joie qui illuminait son visage.

- Siegfried!!
M'a-t-il dit, tres fier de lui, mais sur un ton etrange, car il n'arrive pas encore a controler ses cordes vocales.

J'ai cru que mon coeur allait exploser.
Je l'ai souleve dans mes bras, etreint, et j'ai meme failli l'embrasser.
Heureusement, je me suis retenu juste a temps.

Elrich, qui etait dans la salle quand ce miracle a eu lieu, en est sorti en claquant la porte, mais peu importe.

Cette nuit, et avec un peu d'autorite, j'ai fini par le convaincre de dormir dans son propre lit.


25 Novembre 17XX


Je ne sais pas ce qui se passe.

J'ai l'impression que Kisha m'evite.


26 Novembre 17XX


Kisha m'evite, c'est maintenant evident.

Lui qui venait si souvent se blottir dans mes bras, fuit meme ma main tendue.

Je ne crois pas qu'il me deteste, et je ne vois de toute facon pas pourquoi ce serait le cas, mais... J'arrive a peine a l'approcher.

Et puis, je souhaite que ce soit un effet de mon imagination, mais je jurerais qu'il n'y a pas que moi, qu'il evite, maintenant.
Meme les servantes semblent surprises de ne plus pouvoir l'approcher sans le voir reculer, une expression de... mefiance? sur le visage.

Quant a Elrich, il en a une peur panique.

J'aimerais lui demander ce qui se passe, mais je doute qu'il comprenne mes paroles.
Et puis, il ne me laisse pas le temps d'en prononcer une seule.
Il se sauve tout de suite a mon approche.


27 Novembre 17XX


J'ai essaye de l'attraper pour lui parler, mais il m'a fait une crise d'hysterie, se sauvant aux quatre coins du Chateau comme si je cherchais a le tuer.

Quand enfin j'ai reussi a le saisir par un poignet, il s'est mis a hurler comme ce jour ou j'ai fini par le ramener avec moi.

Que pouvais-je faire d'autre, sinon le lacher?

La situation me semble sans issue.


28 Novembre 17XX


Je ne peux m'empecher de trouver des airs de plus en plus sournois a Elrich.

Kisha ne bouge plus de sa chambre, et semble commencer a regarder le decor qui l'entoure avec terreur. Ses yeux sont fievreux et affoles.

Ces deux problemes me semblant lies, il va falloir que je tire tout ca au clair.

Seulement, voila, je ne vais pas pouvoir le faire tout de suite.
En effet, je viens de recevoir un ordre de mission qui va m'obliger a laisser Kisha seul une semaine entiere.

A cause de mes obligations et malgre son etat, je ne vais rien pouvoir faire d'autre que de le recommander aux bons soins du personnel du Chateau pendant mon absence.
Je sais que je peux leur faire confiance.

Je souhaite de tout mon coeur qu'a mon retour, mon petit Dragon vienne de nouveau se jeter dans mes bras, comme *cette fois*, dans la Grotte...

Dans notre Grotte...


29 Novembre 17XX


L'heure du depart a sonne, je dois me rendre au Palais pour y prendre mes fonctions.

Je n'ai pas reussi a approcher Kisha, et en desespoir de cause, j'ai depose ma chevaliere aux armoiries de la Famille Siegfried sur l'oreiller de son lit.


3 Decembre 17XX



J'ai expedie ma mission a une telle vitesse, que je vais pouvoir rentrer au Chateau bien plus tot que prevu.

Je n'ai pas arrete de penser a Kisha, son visage ne m'a pas quitte l'esprit une seule seconde.

Je sais maintenant que je veux le faire *mien*.

A jamais.

Ce que je prenais pour une affection, a peine une agreable attirance, s'est revele etre un veritable amour, une passion que l'eloignement m'aura aide a reconnaitre comme telle.

Je suis fou de lui, il n'y a pas d'autres mots.

Ce qu'il me tarde de le serrer dans mes bras.
Ce qu'il me tarde de l'entendre prononcer mon nom...

Ou que j'aille, son rire me poursuit...


4 Decembre 17XX


Une missive m'est parvenue sur mon chemin du retour, et elle venait du Chateau.

Une vague inquietude au coeur, j'ai ouvert l'enveloppe.

Kisha a disparu.
Sans laisser de traces...


16 Decembre 17XX


Je tourne et vire comme une ame en peine dans ce grand chateau lugubre.
Sa voix, son rire, sa chevelure blanche virevoltante ne sont plus nulle part...
On dirait que la Vie elle-meme a deserte ces murs, tant je n'y trouve que du silence, des formes courbees de douleur qui evoluent dans la peine et la peur de plus jamais s'attacher a quoi que ce soit.

Sa disparition a touche tout le monde.

Les servantes ont commence a chercher une autre place dans des lieux qui leur feront oublier leur tristesse, c'est a dire, n'importe ou plutot que dans cette demeure en deuil.

Je ne peux que les comprendre, moi-meme, je ne me sens plus que si peu le courage de vivre...

Mon Dragon a disparu...
Et je ne sais meme pas s'il ne m'a pas fui...
Parceque je l'avais repousse, alors que je suis son Chasseur et qu'il est Mon Dragon?
Parceque je l'ai abandonne ici, seul et effraye?

Je l'ai cherche partout, dans chaque foret, chaque plaine enneigee, chaque village.
J'ai cru apercevoir sa sihouette a travers la tempete, maintes et maintes fois.
J'ai scrute la Mer jusqu'a ce que mes yeux desseches par le sel n'y voient plus.

Je suis meme retourne dans la Grotte, et chaque petit bruit m'a semble etre celui de ses pas, de ses pieds nus, blancs comme la neige, sur la roche polie noire comme l'ebene.

Cela m'a acheve...
Les souvenirs m'ont assailli, et j'ai desormais l'impression de ne plus vivre qu'accroche a eux avec la force du desespoir.

Que puis-je donc faire, a present, sinon attendre son retour tant qu'un souffle de vie m'habitera?
Je vais vivre, coute que coute, et l'attendre, lui, seulement lui.


18 decembre 17XX


Je me suis dit que l'Armure d'Alpha, qui a toujours ete la meilleure des alliees pour tout Siegfried qui reclame son aide, saurait m'eclairer.

Elle est la septieme, dans la lignee des reincarnations de cette armure divine, et je n'ai jamais eu l'occasion de la porter. Non pas que je le souhaite...

Elle est la Devoreuse de Dragons, mais elle saurait peut-etre quand meme me guider.

Si je dois demander son aide une fois dans ma vie, c'est certainement le moment.

J'ai ouvert le cadenas qui condamne l'entree de la Tour, ai gravi l'escalier a pas lents, incapable d'arreter de me demander si, apres tout, il n'y aurait pas un endroit ou j'aurais oublie de chercher Mon Dragon.

Et le l'ai trouve...

J'ai trouve Kisha.

Un instant, j'en suis reste paralyse, incapable de croire au spectacle qui venait de frapper mes yeux incredules et horrifies.

Il etait la, contre l'Armure d'Alpha.
LIE par d'epaisses cordes, contre elle.

Le buste ploye en avant, sa longue chevelure blanche melee de sang seche qui maculait aussi l'interieur de ses cuisses exangues, il fixait le sol de ses yeux aveugles et dans son corps nu tout entier plongeaient une multitude de drains transparents qui emanaient de l'Armure.

Il vivait encore, mais bien parceque la Devoreuse le maintenait en vie pour mieux le vampiriser.

Sortant de mon hebetement, je me suis elance en hurlant son nom, et j'ai libere mon Dragon inconscient malgre ses yeux grand ouverts.

Son corps si frele n'etait pas plus lourd qu'un fetu de paille entre mes bras, et couvert de traces de coups.
Sa peau bleuie, rougie, ecorchee ou dechiree par endroits semblait plus froide que de la glace, et ne saignait meme plus.

J'ai su qu'il etait en train de mourir, ai devale les escaliers, me suis precipite dans le Chateau ou j'ai aussitot provoque l'hysterie.
J e suis entre dans la premiere chambre que j'ai appercue, poussant deja mon Cosmos au maximum de sa puissance.

Cela, en gardant dans un petit coin de ma memoire l'expression de terreur panique d'Elrich que j'avais croise en coup de vent.


19 Decembre 17XX


Les evenements de cette journee ne cessent de me torturer, je peux les decrire comme si j'y etais encore.

Mon Dragon brule de fievre dans mon lit, agite de spasmes que rien ne semble arriver a calmer.
Ses yeux sont fous, semblant rechercher quelque chose avec terreur, et il essaie continuellement de crier.
Mais sa langue... lui a ete volee, et ses cordes vocales ont ete tranchees.

Le cadavre d'Elrich n'est plus qu'un tas d'os ensanglantes a mes pieds.
Je l'ai traine jusqu'ici, et lui ai rendu coup pour coup en comptant ceux - et ils sont nombreux- encore visibles sur le corps de Kisha.
Je ne me suis pas arrete jusqu'a la fin, les cris percants de celui qui fut mon frere ne m'atteignant pas.

Je ne suis quand meme pas alle jusqu'a le violer, comme il l'a fait pour Kisha, des dizaines de fois a en juger par l'etat de ses reins et de ses cuisses que j'ai presque lavees de mes larmes... Non, je ne suis pas alle jusque la, parceque de toute facon, sa seule vue tandis qu'il se tordait sur le sol en hurlant comme un possede, me remplissait de degout.

Je suis eclabousse des pieds a la tete de son sang, mais peu m'importe.

Mon Dragon a recouvre un semblant de conscience; Sa petite main deformee a aggripe mes vetements, et il essaie de me dire quelque chose.

Evidemment, aucun mot ne parvient a sortir de sa gorge, et a ce moment la, je decouvre qu'il a ... *appris* a pleurer.

Je jette un coup d'oeil flamboyant a Elrich, regrettant presque qu'il ne lui reste plus le moindre souffle de vie.

Kisha ne peut parler, mais tandis que je lui transmet toute l'energie vitale dont je suis capable, il parvient a rouler sur le cote, et guide peniblement ma main jusqu'a son dos.

Son regard est suppliant, l'or de ses prunelles semble chauffe a blanc tandis qu'il me fait toucher ses Ecailles.
Ses six Ecailles magnifiques, que je ne peux m'empecher de caresser en lui souriant a travers mes larmes.

Il s'est redresse dans le lit, est venu presser son corps brulant, tremblant, contre le mien.

J'aimerais pouvoir l'enlacer, mais j'ai peur de le blesser plus encore qu'il ne l'est deja, et puis je reserve cela, et tout le reste, toutes mes caresses les plus tendres et ferventes, pour le moment ou sa peau aura repris sa couleur blanche immaculee, debarrassee de ces ombres bleues et rouges dont j'ai tellement de mal a supporter la vue.

Je le repousse doucement, lui fait signe que je vais revenir tout de suite, et me dirige vers la salle de bains.
Il me faut des linges mouilles, des compresses, le plus de bandages possibles...
Et comme tout le personnel du Chateau a fui en me voyant massacrer Elrich, je n'ai pas d'autre choix que d'aller me servir moi-meme.

Un brusque pressentiment me frappant, je me retourne.
En voyant l'expression de Kisha, je realise mon erreur fatale, ma folie.

Ses grands yeux ecarquilles de douleur incredule, Kisha me regarde, mais son regard est vide et ne semble pas me refleter. Me reconnait-il seulement?

Dans une explosion qui me rejette contre le mur, une aura d'un vert tres pale vient nimber ses membres trop fins, et soudainement, je vois le sang jaillir, eclaboussant et striant de rouge les murs autour du lit, autour de lui, jusqu'au plafond... et se melant a celui d'Elrich.

Des ailes diaphanes et transparentes comme celles d'une libellule ont pousse dans son dos, le dechirant par la meme occasion.
Mais il ne sent plus la douleur, il ne sent plus rien.
Son esprit s'est enfui loin, tres loin...

Une seconde explosion de lumiere, et quand je rouvre les yeux, je peux apercevoir, par la fenetre eventree, une etoile filante dans les tons de vert, qui fonce a une vitesse vertigineuse, droit vers l'Est.
Je me precipite dehors, commence a suivre cette lumiere qui est aussi mon Dragon devenu fou.
Bientot, le paysage n'est plus qu'un brouillard gris tandis que ma course s'accelere toujours plus.

L'etoile filante vient de tomber, de s'ecraser.
Et je sais ou.

Je decouvre Mon Kisha etendu dans la neige pourpre de son sang, devant l'entree de notre Grotte.

Ses ailes ont vole en eclats sous l'impact, son corps pourtant disloque reste gracieux, avec ces yeux dores toujours ouverts et tournes vers le ciel gris...

Je m'approche, sachant deja que la Vie l'a quitte.
Sachant deja que mon Dragon est mort par ma faute.

Un petit objet a roule d'entre ses doigts entr'ouverts.
Ma chevaliere, comme pour me denoncer.
Denoncer mon crime.

Je ramasse mon Amour disparu a jamais, le porte jusqu'au lac sous-terrain, l'etends doucement sous l'eau, et le lit d'amethystes polies qui recouvre le fond du lac, refletant la blancheur de son corps inerte, se met a luire et scintiller doucement.

Je vais deposer ce livre sur la roche noire de Sa derniere demeure qui fut aussi sa Grotte bien-aimee, puis je vais m'ouvrir la gorge sur Son cadavre.

Parceque je veux reposer a ses cotes, meme si je l'ai trahi par betise et lachete.

Je laisse au prochain Siegfried ces instructions:


Ne repousse JAMAIS ton Dragon, a moins que tu ne veuilles l'assassiner.
Si tu souhaites l'assassiner, touche ses Ecailles AVANT de le repousser.
Si tu l'as assassine, paie ce crime de ta vie, car tu n'es plus un Siegfried, tu n'es qu'un pauvre fou qui a vole a Asgard l'un de ses plus beaux Tresors.

**************************************************


Le texte du dernier paragraphe, ecrit d'une main tremblante bien que d'une belle ecriture deliee, etait signe du nom de:
Siegfried onzieme du nom, dechu de son titre par sa propre decision.

On pouvait en outre distinguer une grande trainee de sang a demi effacee au bas de la page.

Le sang d'Elrich?
Le sang de Kisha?
Ou, celui de ce malheureux Siegfried?...

En refermant le livre d'une main mal assuree, Kanon comprit qu'il aurait du suivre les conseils de SON Siegfried.

Il avait tout lu d'un seul coup, et bien que le texte ne soit pas tres long, il sentait que cette tragedie allait le hanter.

D'abord, parcequ'il se sentait concerne, en tant que Dragon et homme qui avait provoque la chute de son propre frere a force de le hair.

Ensuite, parcequ'il admirait cet homme qui avait peut-etre perdu la raison pendant les dernieres minutes de sa vie, mais qui s'etait puni de toutes les facons qu'il ait pu trouver... alors que seuls le destin et sa peur de blesser le Dragon etaient a blamer.

Enfin et surtout, parcequ'il n'aurait jamais cru etre capable de pleurer autant sur le sort d'autrui; Le Dragon des Mers etait a deux doigts de se noyer dans ses larmes...

Mais en tous cas, il etait fixe, et au-dela de ses esperances.
D'une certaine facon, on pouvait meme dire qu'il n'en avait pas demande tant.

Il doutait que des ailes apparaissent jamais dans son dos, puisque son element etait tout de meme l'eau, mais... Il allait devoir se mefier.

Quant a Son Siegfried, il comprenait mieux maintenant son acharnement a le *satisfaire*, tout comme son malaise quand il lui avait remis ce livre.

Mais lui-meme, que pensait-il de son Aieul?...

Il allait prendre un bol d'air, et ensuite, il irait le lui demander.

*** a suivre ***

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