Liturgie, Foi et Culture
automne 2002
Jacques Houle, c.s.v.
Au-delà des fragiles apparences loge un surplus d'être que seul l'œil habitué à la contemplation sait discerner. L'art, grâce à ses multiples facettes, constitue une voie privilégiée pour y accéder. À la paroisse Saint-Viateur d'Outremont, nous avons choisi d'en faire l'expérience. Toutes les cinq ou six semaines, nous offrons une heure de méditation et de prière inspirée des Écritures, d'un poète, du temps liturgique ou d'un événement. Mais l'originalité de la démarche se situe du point de vue de l'environnement. II y a bien sûr cette église Saint-Viateur, un temple néo-gothique du début du XXe siècle décoré par Nincheri, avec ses chaudes et riches boiseries de chêne, mais il y a surtout sa grande tradition musicale. En effet, depuis son ouverture au culte, la communauté paroissiale a pu compter sur les services de professionnels à la fois compétents et surtout conscients de la responsabilité qui leur est confiée en rapport avec la liturgie. L'actuelle équipe de musiciens s'inscrivant dans cette foulée, il nous a été possible d'imaginer ce que nous appelons «Les espaces spirituels à l'église Saint- Viateur d'Outremont».
L'expérience est née d'une intuition. II y avait un lieu et des musiciens. II y avait surtout cet immense besoin d'expériences spirituelles difficilement comblé par nos liturgies traditionnelles. Nous ne savons que trop le nombre de croyants qui ont abandonné la pratique cultuelle parce qu'ils ne s'y reconnaissaient plus. Ils n'ont pas renoncé pour autant à la méditation, à la contemplation, à la communion au sacré, ni plus simplement à la prière. En 1997, lorsque je suis arrivé à la paroisse Saint-Viateur, j'ai constaté rapidement que ce besoin rejoignait l'une des préoccupations du synode diocésain de Montréal alors en cours: «créer des lieux non traditionnels rendant possible des expériences spirituelles». Pour y répondre, est née cette belle aventure artistique et spirituelle que sont les Espaces, des événements qui attirent maintenant de 250 à 400 personnes, certaines venant d'aussi loin que Joliette et Trois-Rivières.
L'activité a une durée maximale d'une heure. Un thème assure l'unité. De la musique, des textes et un environnement visuel sont les composantes essentielles. À cela s'ajoutent une dimension informative et un souci avoué d'éducation de la foi. Évidemment, la musique vocale ou instrumentale occupe une place de choix bien que, cette année, le théâtre et même l'art floral sont venus s'ajouter à une liste déjà imposante de quelque trente réalisations étalées sur cinq ans.
Cependant, il est important de signaler que l'expérience tient à se distinguer de ce qu'on pourrait appeler le concert spirituel. D'abord, le silence y occupe une place prépondérante, ensuite la proclamation d'extraits des Saintes Écritures, de textes poétiques (souvent la traduction ou l'adaptation des textes chantés) et de brefs mais explicites moments de prière font partie intégrante de l'événement.
Prenons un exemple. Il y a deux ans, pendant le temps pascal, nous avons présenté un Espaces ayant pour titre: «Le Christ dans les hymnes grégoriennes». Nous avons alors confié à la Schola Saint-Grégoire, dirigée par le musicologue et grégorianiste Jean-Pierre Noiseux, le soin de choisir, dans le grand répertoire, dix hymnes qui permettraient un parcours du mystère du Christ. Une traduction soignée des hymnes a été faite en vue de leur proclamation. Des prières d'introduction et de conclusion ont été rédigées et un environnement visuel prévu.
Ce dernier élément est, croyons-nous, non négligeable. Souvent, pour des raisons techniques, les musiciens sont à la tribune de l'orgue. La présence dans le sanctuaire d'éléments visuels permet aux Espaces de se démarquer du style concert. Techniquement, il se passe quelque chose en avant. D'abord, des lecteurs interviennent et un président en aube assure la prière et les enchaînements. Ensuite, des œuvres d'art, tableaux ou sculptures, sont systématiquement mises en évidence grâce à un éclairage approprié. Mais, où trouver de tels trésors? Souvent tout à côté de soi. Récemment, les Sœurs de Marie-Réparatrice nous ont prêté une belle Nativité inspirée de l'école italienne. Les Clercs de Saint-Viateur font de même, donnant à des œuvres de retrouver, l'espace d'un soir, leur vocation originale. Avec les moyens du bord nous soignons au mieux l'éclairage ambiant. Et les bougies, il ne faudrait pas les oublier, beaucoup de bougies.
Quelques titres donnés à nos Espaces permettront de voir un peu l'éventail des thèmes abordés: «Un enfant dans la nuit» (à quelques jours de Noël), «C'est le mois de Marie» (prière autour de motets à la Vierge puisés dans le répertoire de la musique française), «Mort et Résurrection» (avec Fauré), «La trompette mystique» (trompette et orgue), «Prière à l'Opéra» (un Espaces construit autour de cinq prières tirées d'opéras célèbres), «Départ» (à la suite du décès du compositeur Jean Papineau-Couture), «Espace spirituel avec Hildegard von Bingen», «Prière hivernale» (avec l'Orchestre baroque de Montréal), «Offrande musicale à Dieu notre Père» (avec Bach), «La mort transfigurée» (avec Duruflé), «Les annonces messianiques» (tirées du Messie de Haendel), «Via crucis», «Les Antiennes Ô». Souvent, chaque Espaces engendre le suivant. Trouvant exceptionnel de pouvoir présenter du répertoire rarement joué et ce dans le cadre pour lequel il a été conçu, il arrive que les musiciens eux-mêmes viennent offrir un programme.
Cette belle aventure repose sur une équipe composée d'Hélène Panneton, organiste titulaire à Saint-Viateur, de François Panneton, chanteur, animateur d'assemblée et directeur de la chorale à Saint-Viateur et de Julie Deschênes de la maison Design ad Litteram qui conçoit une très belle affiche pour chaque événement. Personnellement, j'agis comme coordonnateur et je vois à la préparation des textes et à la mise en espace.
Pour conclure, un mot sur la délicate question du financement. Deux sources l'assurent pour le moment: une contribution volontaire des personnes qui assistent aux événements et une subvention du conseil de fabrique. Ce dernier a reconnu que nos Espaces s'inscrivaient dans le cadre des activités pastorales paroissiales.
L'auteur est membre
de la Commission d'art sacré
du diocèse de Joliette
et recteur d'un sanctuaire saisonnier