Libération - Débats
 
 


Livre. Une étude sur l'inertie du comportement politique des Français.

Quoi de neuf aux urnes?

Par ERIC DUPIN

Le mardi 10 octobre 2000


 «Les Cultures politiques des Français.» Pierre Bréchon, Annie Laurent, Pascal Perrineau (sous la direction de), Presses de Sciences-Po, 426 pages, 228 F.

En cette époque de record d'abstention et d'affaires à répétition, le rapport à la politique vaut d'être ausculté. Sous la direction de Pierre Bréchon, Annie Laurent et Pascal Perrineau, une vingtaine de chercheurs explorent en autant de chapitres «les cultures politiques des Français». L'étude est largement menée à partir des enseignements d'une grosse enquête réalisée par la Sofres entre les deux tours des législatives de 1997 pour le compte de trois laboratoires (Cevipof, Craps, CIDSP) et en partenariat avec Libération. Elle dresse un vaste tableau du tempérament politique hexagonal vu sous l'angle électoral. Les coordinateurs de l'ouvrage mettent en avant «trois facteurs principaux de recomposition» à l'œuvre dans la dernière période. Individualisation des comportements, internationalisation et élévation du niveau d'études changeraient plus ou moins profondément les cultures politiques françaises.

Plusieurs études font ressortir la nouveauté de la situation. Jérôme Jaffré et Anne Muxel décrivent la montée d'un nouvel abstentionnisme qui touche un électorat politisé ne se retrouvant pas, de temps à autre, dans l'offre électorale. Grégory Derville souligne la distance par rapport aux normes sociales des générations montantes. Mariette Sineau pointe l'idéologie «contestataire» qui caractérise fréquemment les femmes jeunes, éduquées et de catégories favorisées, du moins par rapport aux hommes des mêmes catégories.

A la lecture, c'est cependant plutôt la permanence des comportements politiques dans le temps qui est frappante. La bonne vieille détermination par les classes sociales est toujours de mise. Avec le glissement que note Nonna Mayer: «L'opposition principale ne passe plus entre ouvriers et non-ouvriers mais entre travailleurs indépendants et salariés, la résistance de la gauche chez les salariés moyens et supérieurs venant compenser son recul chez les ouvriers.» Vincent Tournier démontre qu'aujourd'hui encore, l'orientation politique est majoritairement identique à celle de ses parents. Anne Jadot fait enfin un sort à la thèse du «nouvel électeur» avancée il y a quelques années par Philippe Habert et Alain Lancelot. Elle met en évidence le caractère très minoritaire de ceux qui se livrent à un «calcul stratégique d'électeurs rationnels» libérés des attaches traditionnelles. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, la mobilité électorale n'a pas augmenté depuis la fin des années 70.

S'il est peu contestable que les cultures politiques nationales sont affectées d'une pesante inertie, on peut se demander si nos politologues ne sous-estiment pas les novations. A force de poser toujours à peu près les mêmes questions, ils s'exposent au danger de laisser dans l'ombre certains changements d'attitude. Qui plus est, les catégories socioprofessionnelles institutionnelles sur lesquelles ils sont obligés de travailler correspondent imparfaitement à la segmentation réelle de la société. Une étude plus poussée des mutations supposerait sans doute une redéfinition des instruments d'analysel

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