Libération - Sciences

EDITORIAL
Nouvelle frontière

Par ERIC DUPIN

Le vendredi 23 juin 2000


De l'eau coulerait sur Mars

«Une énorme affaire si elle se confirme»

Nouvelle frontière

La conquête de Mars relancée

La planète aurait eu les pieds dans l'eau


Peut-être. De l'eau a peut-être coulé sur Mars récemment. L'indispensable prudence qui doit accompagner les découvertes de la sonde orbitale Mars Global Surveyor n'empêche pas le frisson. Peu importe si le précieux liquide s'est épanché à la surface de la planète rouge il y a un million d'années ou bien plus tard. S'il s'agit vraiment d'eau ou d'un mélange boueux. L'essentiel est que les spectaculaires prises de vues de la Nasa semblent démontrer que notre voisine n'est pas une planète morte. On se doutait que ses entrailles abritaient de l'eau glacée. Les données publiées hier donnent désormais à penser que de mystérieux mouvements peuvent la propulser à l'air - ténu - libre.

Impossible de regarder du même œil la «planète aux canaux». Les images envoyées par la sonde sont émouvantes par la familiarité qu'elles évoquent au Terrien moyen. On s'imagine arpenter ses dunes dorées modelées par l'érosion, s'abriter à l'ombre de profondes vallées ou même gravir vaillamment ses monts enneigés. La morphologie du paysage martien assure que l'eau y a autrefois coulé en abondance. Sa survie partielle raviverait la question lancinante de la présence d'une forme de vie sur Mars. L'eau est le bouillon primitif d'où surgit cette forme de complexité qu'on nomme «vie». Sur ce point, rien n'a encore été trouvé. La découverte de microbactéries dans des météorites d'origine martienne reste contestée.

Par sa puissance d'évocation symbolique, l'événement ragaillardit les apôtres d'une exploration audacieuse du système solaire. Elle tombe à pic pour une Nasa secouée après le lamentable échec de la sonde Mars Polar Lander. En faisant miroiter une nouvelle frontière, un ressort auquel les Américains sont toujours sensibles, la Nasa pourrait clore le cycle pénible des budgets tassés et des ambitions racornies. Il y a vingt-huit ans que l'Homme n'a pas posé le pied ailleurs que sur son globe natal. Or l'incroyable variété du système solaire - Jupiter est entouré de deux satellites aussi différents que la volcanique Io et la glacée Europe - plaide en faveur de cette aventure. D'autant que les astronomes ne cessent de découvrir d'autres systèmes planétaires dans notre Galaxie.



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