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Livres. Un essai en forme de manifeste du directeur de «l'Humanité». Pour un communisme nouveau,«communautaire et libertaire».

Communiste un jour, communiste toujours

Par ERIC DUPIN

Le mardi 18 janvier 2000

  «Un communisme à usage immédiat», par Pierre Zarka, Plon, 172 pp., 110 F.

Qa disparition de l'URSS et l'apparition de Robert Hue ont précipité une «mutation» qui a transformé notre bon vieux Parti communiste français en opni (objet politiquement non identifié). Aussi est-ce avec une saine curiosité que l'on ouvre l'essai où Pierre Zarka brosse une «nouvelle culture» qui resterait fidèle aux racines du communisme. Malgré d'inévitables copeaux de langue de bois, le directeur de l'Humanité a le mérite d'explorer courageusement l'énigmatique «communisme à usage immédiat» qu'il propose. Son effort pour décrypter les nouveautés de cette fin de millénaire - de la mutation du travail à la globalisation planétaire - est louable. Parfois catalogué comme traditionaliste dans les rangs du PCF, Zarka risque quelques digressions hétérodoxes. C'est ainsi qu'il cite la guerre d'Indépendance américaine parmi les «seules révolutions qui aient duré» et non celle d'Octobre. Ou qu'il vante les vertus stimulantes du secteur privé pour son pendant public.

Qu'on ne s'y trompe pas. L'ancien dirigeant des Jeunesses communistes de l'ère Marchais reste un «révolutionnaire». Dans un premier temps, il exécute froidement la «méthode Jospin», qui lui semble reposer sur la «chimère d'un capitalisme raisonnable». Mais surtout, sous les «conceptions radicalement neuves» exposées par l'auteur, perce la constance de sa matrice intellectuelle.

Le dirigeant communiste reste d'abord fidèle au déterminisme hérité du marxisme. Le renversement de la domination du capital financier lui semble relever de la nécessité historique. Le capitalisme ne serait «plus capable de donner aux hommes les moyens de répondre aux besoins» engendrés par la révolution informationnelle. Il deviendrait «parasite et prédateur». C'est sans doute mésestimer, une fois de plus, l'incroyable capacité d'adaptation du système. Croire, au motif que la productivité repose de plus en plus sur l'initiative individuelle, que le «dépassement du capitalisme» obéit aux «exigences mêmes de l'économie» relève d'une forme d'idéalisme maquillée en matérialisme.

Le léninisme est un autre point de résistance. Zarka a certes l'honnêteté de ne pas mettre toute la tragédie soviétique sur le dos de Staline et de réfuter le concept paresseux de «déviation». Il admet les effets néfastes du «rôle de guide éclairé» de la révolution que se sont attribué les bolcheviks sans oser donner explicitement raison aux mencheviks, qui n'entendaient pas ainsi «forcer le destin». L'auteur relativise la responsabilité de Lénine, non seulement en contextualisant son action, mais aussi en la situant dans le prolongement de Saint-Just et de Babeuf, eux aussi «confrontés à la même distorsion entre la projection dans l'avenir et le possible au présent».

Nous voilà au cœur de l'utopie révolutionnaire. Pour ne pas y renoncer - ce qui le transformerait en vulgaire social-démocrate -, Zarka pratique une étonnante fuite en avant. Il reprend l'antienne du «dépérissement de l'Etat», cette fois-ci «au profit de la citoyenneté». Son communisme nouveau est hardiment «communautaire et libertaire». Il substituerait à la démocratie représentative et à ses pâles contre-pouvoirs une «démocratie participative active», où, si l'on comprend bien, la cuisinière cogérerait les affaires publiques.

Ce rêve laisse songeur. Surtout lorsque Zarka assume le rôle de son parti, en expliquant que l'«appareil» est seul capable de hisser le peuple «à un niveau de compréhension et de maîtrise du réel». Et cite Saint-Just à l'appui de ses thèses sur la mobilité des révolutions. Tout aussi significative est sa référence à la Déclaration des droits de l'homme de 1793, qui «intégrait de manière anticipatrice le droit à l'insurrection». Cet ambitieux texte constitutionnel a pour originalité de n'avoir jamais été appliqué. Et d'avoir été écrit l'année de la Terreur.

 

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