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C'est une pièce mystérieuse d'un écrivain italien; Luigi Pirandello. La scène se passe dans une préfecture italienne dans les années 1910. Il y a trois personnages principaux: Monsieur Ponza, Madame Frola, Madame Ponza. M.Ponza installe sa femme, Giulia (Mme.Ponza) dans un haut étage d'un appartement en banlieue et l'enferme dans son appartement, Mme.Frola qui habite en ville ne peut ni monter l'escalier ni donc rendre visite à sa fille, Lina (Mme.Ponza). Mme.Frola ne peut que regarder en haut et faire la conversation avec sa fille. Mais M.Ponza et Mme. Frola s'entendent bien. Les gens de la ville considèrent donc cette famille étrange et ne parlent que de cela. Alors, ils interrogent M.Ponza et Mme.Frola. Mais M.Ponza dit que Mme.Frola est folle à cause du choc de la mort de sa fille et elle s'imagine que Mme.Ponza est sa défunte fille. Par contre, Mme.Frola dit que M.Ponza est fou à cause de la fugue de sa femme qui est la fille de Mme.Frola et il s'imagine que sa première femme est morte et que Mme. Ponza est sa nouvelle femme. Les gens sont donc complètement perdus et enfin ils font amener Mme. Ponza à M.Ponza. Mme.Ponza dit qu'elle est à la fois la fille de Mme.Frola et la nouvelle femme de M.Ponza. Alors, où est la vérité? Elle dit qu'elle n'est aucune et qu'elle est une personne comme les gens l'imaginent. C'est-à-dire que des images des gens s'incarnent en elle. Cette pièce a été écrite en 1917, mais elle prédit et ironise sur la société moderne, je la nomme "l'époque de l'image". Historiquement, comme la propagande par Hitler et Goebbels, on se laissait dominer par les images mais maintenant à cause des masse-médias, on se laisse "ballotter" par les images. La société déborde d'informations et on n'a que l'embarras du choix. Le mot "media literacy" symbolise cette situation. Par exemple, la parole de Bush ou d'Hussein, laquelle faut-il croire, ou tous les deux mentent? Et selon l'idée de Pirandello, tant que Bush croit que l'Iraq a des armes de destruction massive, il y a ces armes en Iraq. Pour Bush, toutes les choses en Iraq semblent ces armes et c'est la vérité. C'est-à-dire qu'on interprète toutes les choses à sa convenance. On rassemble des preuves en Iraq avec acharnement, mais est-ce que ces preuves sont dignes de foi? Pirandello a écrit "Al piú, per voi potrebbe servire il documento, per levarvi voi una sciocca curiosità. Vi manca, ed eccovi dannati al meraviglioso supplizio d'aver davanti, accanto, qua il fantasma e qua la realtà, e di non poter distinguere l'uno dall'altra! (Laudisi)" Maintenant beaucoup d'informations stimulent notre badauderie, Pirandello avertit des dangers de la curiosité excessive. "Per il bene di tutti! Per ridare la tranquillità a tutto il paese! Vogliono una verità, non importa quale; pur che sia di fatto, categorica? E lei la dia! (Laudisi)" En plus, les valeurs variées à la fois émancipent les gens et écroulent la morale. Comme un naufrage, on dérive pour chercher des soutiens; des modes, des courants, des idoles, des images des grandes marques, des nouvelles sectes, etc. Ce sont toutes des images qui n'ont pas de substance; comme Mme.Ponza. On ne peut que vivre en toute tranquillité en ayant le fantasme comme M.Ponza et Mme.Frola. "Creando lei a lui, o lui a lei, un fantasma che ha la stessa consistenza della realtà,dove essi vivono ormai in perfetto accordo, pacificati. E non potrà essere distrutta, questa loro realtà, da nessun documento, poiché essi ci respirano dentro, la vedono, la sentono, la toccano! (Laudisi)" Pirandello apparaît dans cette pièce comme un personnage; Laudisi et Laudisi (Pirandello) nous ricane: "Ed ecco, o signori, come parla la verità! Siete contenti? Ah! ah! ah! ah!". J'apprécie sa prévoyance et sa modernité. Les anciens Japonais avaient peur du "Koto-dama (le pouvoir de la parole)" et ce n'est donc pas l'animisme primitif et on hérite cette tradition. Maintenant, dans l'époque où règne la science, on peut cloner un homme sans avoir peur de Dieu; le pouvoir invisible, mais en fait on est sous l'influence de l'image; le pouvoir invisible, aussi. C'est-à-dire que Dieu a changé de nom. C'est tout. Nietzsche a écrit "Dieu est mort", mais en fait il n'est pas mort, on croit qu'il est mort, c'est la vraie mort de Dieu. Avant, le pouvoir invisible avait une seule forme de Dieu, et on ne pouvait pas la manipuler. Mais maintenant on essaie de diviser le pouvoir invisible en beaucoup d'images et de les manipuler à sa guise. C'est la caractéristique de l'époque moderne et une des racines des maux modernes, je pense. |