Passant
près des groupes de sectionnaires qui parlent et
rient, ils atteignent la cour royale où Fersen les
guette, vêtu en cocher, avec une « citadine
» de louage, « antique diligence ressemblant
à un fiacre ». Les fugitifs s’y installent
et Mme Elisabeth les rejoint bientôt, tandis que la
reine rentre au palais. Elle fait partir ses deux femmes
de chambre : Mme Brunier et Mme Neuville, qui dans un cabriolet
iront l’attendre à Claye.
Louis
a passé dans sa chambre de parade pour le coucher officiel.
La Fayette y vient. Le roi parle un moment avec lui de la prochaine
procession de la Fête-Dieu. Il semble très calme
; pourtant, à plusieurs reprises, on le voit aller à
la fenêtre regarder la nuit, douce et noire.
Le
rite du coucher royal accompli, tous les assistants congédiés,
il se retire dans sa chambre ordinaire et, dès qu’on
a clos les rideaux du lit, se rhabille sans bruit, - costume
bourgeois, habit gris, redingote vert-bouteille, perruque courte
et chapeau rond - et, accompagné de Malden, sans presser
le pas, la canne à la main, au travers des cours sombres,
va gagner le Petit-Carrousel, devant l’hôtel du
Gaillarbois, où Fersen a rangé son locatis.
On
attend la reine près d’une heure, avec angoisse.
Enfin elle arrive, vêtue d’une robe de soie grise,
d’un léger manteau noir et d’un large chapeau
dont le voile lui cache le visage. A son tour elle monte en
voiture. Fersen saisit les rênes, tandis que Malden se
perche sur les ressorts d’arrière..."