| Le
procès de Favras commence le 13 janvier au Châtelet, dans
une pénible atmosphère. De traits sévères,
avec un air de hardiesse et de fierté, Favras se défend
pied à pied. Il a tout avoué au lieutenant-civil Talon,
mais celui-ci le supplie de garder le silence pour ne compromettre ni
Monsieur ni la cour. Favras se tait. Les juges le condamnent à
la pendaison, supplice odieux pour un gentilhomme. Il se résigne,
mais, quand on le dégrade, ne veut remettre sa croix de Saint-Louis
qu’à un soldat. Le 19 février, sur un tombereau, nu-pieds,
en chemise, le curé de Saint-Paul près de lui, il est conduit
à la place de Grève. Devant Notre-Dame, il doit descendre
pour faire amende honorable. On lui met en main une torche ardente. Il
demande, selon les termes du jugement, « pardon à Dieu, à
la nation, au roi et à la justice ».
Autour
de lui on crie : « A la potence ! » Il y a aussi des cris
moins nombreux : « Grâce ! » Ils sont vite étouffés.
A
la Grève, Favras prie les magistrats de recevoir son testament
de mort. On le conduit à l’Hôtel de ville où
il dicte quinze pages d’une voix égale, avec une présence
d’esprit qui lui fait retoucher son style, changer le tour d’une
phrase, supprimer un nom. Le rapporteur, Quatremère, l’ayant
sommé, en tremblant qu’il n’obéit, de nommer
ses complices, Favras hésite un instant. Pour gagner du temps,
car il croit que des gens de Monsieur l’enlèveront à
la dernière minute, il demande si l’exécution du
jugement sera suspendue au cas où il parlerait. On ne lui répond
pas. Il redevient muet. C’est lui qui soutient le curé
de Saint-Paul quand il redescendent les marches de l’Hôtel
de ville. Il fait nuit, mais la place est éclairée par
des torches. La populace trépigne d’impatience : «
On veut le sauver ! A mort ! A la lanterne!»
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L’instant
d’après le corps de Favras pend, secoué par
un dernier spasme. Un ami de Monsieur, La Châtre, qui a assisté
au supplice, court au Luxembourg annoncer à son maître
qu’il peut dormir tranquille. Le silence de son serviteur
l’a tiré d’affaire. |