On est ensemble on fete ensemble
De ces deux annees passees au Cameroun, s'il n'y a qu'une chose que je retiendrai, c'est cette maniere d'etre et de vivre ensemble, toujours avec quelqu'un, jamais seul. Ca a ete tres inhabituel, derangeant,  pour l'europeen que je suis. Puis peu a peu, dans l'habitude du quotidien, tout le monde vivait comme cela, les uns avec les autres, dans un melange de culture, d'origine, de religion et de langues, j'y ai pris gout : et si vivre c'etait justement etre ensemble ?!!

La langue locale est le
Bamoun, parlee par 1 million de personnes environ, dans toute la province du Noun, dont la capitale est Foumban. Vient ensuite la langue des voisins, les Bamileke, ces anciens ennemis de toujours, ceux que la tradition nous rappelle d'avoir mene 1000 guerres. Le Bamileke a plusieurs variantes selon les villes de la province de l'Ouest: Bafang, Bangangte, Bafoussam...
Pour l'ensemble du Cameroun, le chiffre de
232 differents dialectes circule! Auquel il faut ajouter les 2 langues des colonisateurs : le fran�ais et l'anglais (dans la partie ouest, � la frontiere avec le Nigeria). Au final, tous les Camerounais parlent de nombreuses langues, ils sont confrontes tous les jours a rencontrer des etrangers, pas des blancs ou des personnes d'autres pays, mais a l'int�rieur du pays, il y a de nombreux etrangers, qui cohabitent en paix entre eux, lasse de la corruption d'un pouvoir monopolise par l'ethnie du pr�sident Paul Biya, les Eoundos.

Dans cette societe rurale, la vie n'est pas un programme : elle se deroule lentement, c'est-a-dire selon sa nature, sans essayer de forcer son cour. Les etapes se franchissent les unes apres les autres, et pas besoin de se projeter dans 5 ans, de faire des plans sur la comete, �a n'a aucun sens, la vie a son rythme. Je me rappelle de cette eleve, Monique. Elle avait passe son concours pour devenir institutrice. Elle avait reussi son examen et bien il fallait le feter! Toute la famille avait ete invitee et tous les voisins, et ses professeurs aussi et ses amis. Toutes les meres s'etaient atelees aux marmites, egorges les poulets, fait cuir le plantain, le pere avait bien approvisionne en bi�re et en jus, les si�ges tronaient dans le salon et les chaises etaient bien alignees dans la cour devant. Les invites d'honneur furent servi en premier, puis par ordre de "protocole" meme ici au quartier, on respecte la regle. Les blancs sont toujours des personalites, allez savoir pourquoi, alors que chez nous, nous considerons presque toujours les noirs comme des faineants! Injuste retour des choses... Le pere de Monique vint s'assoir � cote de moi et me glissa deux mots "Vous savez Monsieur Martin, chez nous nous sommes pauvres, mais nous voulons faire la fete, quand quelquechose d'heureux nous arrive. Si le bonheur vient dans ma maison, je dois le partager avec ceux qui me sont proches, avec mes voisins, avec mes amis; c'est ainsi chez nous." Je ne lui avais rien dit, tel un touriste sedentaire, j'appreciai d'etre invite en tant que professeur de sa fille et non en tant que 100% blanc, j'appreciai ces moments de vie si differents de ma France natale et pourtant si proche de ce que mon coeur cherchaient depuis qu'il s'etait mis � battre. Le souci du lendemain vient apres, le jour present est seul a posseder une valeur.


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