Histoire des politiques et pratiques sociales
Cours de John Ward, IRTS, Ile de France, Montrouge-Neuilly sur Marne
Cours du 5 octobre 2004
Les opinions et analyses exprimées ici n’engagent que leur auteur en tant qu’enseignant. Est-il besoin de préciser qu’elles n’engagent pas l’IRTS en tant qu’expression de sa politique officielle ? En effet, comme tout établissement d’enseignement supérieur, l’IRTS a l’obligation de veiller au pluralisme du débat théorique, à plus forte raison quand ces débats touchent de près ou de loin au champ de la politique. Par conséquent, comme ailleurs, je m’efforcerais d’utiliser un langage nuancé, de présenter des arguments fondés sur des faits vérifiables et en référence à des sources et des positionnements théoriques nombreux, raisonnés et cohérents. Je vous incite à faire de même.
Pour que cela soit bien compris, la bibliographie sélective des livres ayant servi de base pour l’élaboration de ce cours est présentée en premier. Les auteurs, historiens et sociologues de renom, ont des points de vues contrastés. Pour ceux qui aiment lire, je vous propose de commencer par l’ouvrage de Gérard Noiriel, Le Creuset français, pour une approche historique facile à lire et de grande qualité disponible en livre de poche. Pour ceux qui n’ont pas le temps, le cours devrait suffire dans un premier temps, mais gardez-vous bien de penser qu’il existe une "pure vérité " sur ces questions si controversées.
Une bibliographie d’ouvrages professionnels sur le sujet (dont le récent livre de Faiza Gualamine, responsable de formation à l’IRTS, chez Dunod, sera diffusé ultérieurement).
Patrick Weil, Qu’est qu’un français ? Histoire de la nationalité française de la révolution à nos jours, Paris, Grasset, 2002.
Emmanuel Todd, Le destin des immigrés, Paris, Seuil, 1994.
Dominique Schapper, La communauté des citoyes, sur l’idée moderne de la nation, Paris, essais Gallimard, 1994.
Gérard Noiriel, Le Creuset français, histoire de l’immigration au XIX et XX siècles, Paris, Seuil, 1988.
Abdelmalek Sayad, La double absence, Paris, Seuil, 1999.
La politique et la pratique
sociale en direction des populations migrantes
Cours de John Ward, IRTS, IDF, Montrouge/Neuilly
sur Marne 5 octobre 2004
Introduction
" Nous faisons
le choix de l’intégration, voire de l’assimilation, et pas celui de
l’institutionnalisation des différences "
François Fillon, Ministre
des affaires sociales, du travail et de la solidarité, discours prononcé devant
le Haut Conseil à l’Intégration, le 8 décembre 2003.
Dans cette citation, le ministre actuel rend explicite l’orientation politique qui sous tend, selon nous, l’histoire de la politique sociale française en direction des immigrants depuis le milieu du 19ème siècle. Il s’agit bien d’une politique orientée vers " l’assimilation " car elle tend à favoriser la naturalisation comme " voie royale " de l’intégration et à prêter moins d’attention aux aspects culturels ou à l’insertion par l’économique, contrairement aux pays anglo-saxons et à l’Italie, par exemple.. C’est ce que nous verrons dans la première partie.
Dans la seconde partie, il sera question du rôle du travailleur social auprès des populations migrantes depuis les années dix neuf cent vingt... Nous décrirons l’histoire de l’action des grands services sociaux (SSAE, ASSFAM) aujourd’hui investis d’une mission de service public, puis les bases de l’approche interculturelle inspirée par leur action. . Sans oublier l’influence de travailleurs sociaux immigrants (nombreux), ni l’action très diversifiée des nombreuses associations culturelles, médiatrices ou de défense des droits de l’homme.
La problématique du cours s’articule autour de la distinction théorique entre " l’assimilation ", " l’intégration " et " l’exclusion ". La majorité des immigrants ne sont pas des " exclus ", mais certains peuvent l’être en raison même de leur statut sur le sol français ou comme victime de pratiques discriminatoires. Quel a été le positionnement du travailleur social face à ces réalités à travers l’histoire ?
Première partie :
migration et citoyenneté depuis 1789
a) " étranger ",
" immigrant ", " français ",
clarification des termes et des statistiques
b) Du citoyen universel ou citoyen français : discussion
de la déclaration des droits de l’homme et du républicanisme
c) Histoire de la carte d’identité et du code de la
nationalité, (Gérard Noiriel)
d) " L’autre France ", l’importance de la
politique coloniale et post coloniale pour comprendre le statut de l’immigrant.
e) Définition (s) du terme intégration et comparaison
internationale
Deuxième partie :
L’histoire du travail social auprès des migrants
a) Le SSAE et le service social international durant
l’entre-deux guerres
b) L’action caritative dans les colonies françaises et dans
l’hexagone
c) L’émergence des approches culturelles et interculturelles
d) L’accompagnement des primo-arrivants, le nouveau
" contrat d’accueil et d’intégration " et l’accès aux
droits
http://www.social.gouv.fr/htm/pointsur/accueil/cai_presentation.htm
Argument du cours :
L’immigrant est d’abord par définition un " migrant " - Aujourd’hui l’attention de l’opinion publique est souvent braquée sur la migration récente, sans pour autant que les caractéristiques de cette migration soient bien repérées. L’histoire du travail social en direction des immigrants se confond avec celle de la prise en charge sanitaire et sociale de cette population des " arrivants ", qui ne constituent qu’une petite proportion des 6,3 millions d’étrangers vivant en France.
Dans un précédent cours, j’ai suggéré que certains groupes d’immigrants se trouvent " exclus " par le " jeu " au sens de Michel Foucault.. Par exemple, le " primo-arrivant " est confronté souvent à un " jeu " administratif d’une complexité redoutable et aux conséquences imprévisibles et graves pour son avenir Le travailleur social n’a-t-il pas comme fonction de " déjouer " ces mécanismes d’exclusion par un travail sur l’accès aux droits ?
L’expérience du travail social auprès de populations d’une autre origine est importante aussi pour se situer auprès de toutes les populations, y compris les plus " franco-françaises ". En créant de nouvelles méthodes inspirées de leur rencontre avec les immigrants, les spécialistes de " l’interculturel " font un apport majeur pour le travail social en général, car la différence linguistique, la référence religieuse, les pratiques culturelles peuvent varier grandement entre une région française et une autre.
Face à cette complexité : le positionnement des travailleurs sociaux a été successivement
Les orientations récentes et la mise en place des contrats d’accueil et d’intégration semblent inciter vers une nouvelle approche que j’appellerais " éducative " : l’accent est mis sur l’alphabétisation et l’initiation aux valeurs de la culture française. Cette approche s’élabore dans un contexte marqué notamment par la répression encore plus sévère des infractions au code de la nationalité et à la réglementation du droit de séjour et la montée d’un climat de xénophobie.