Le premier settlement , Toynbee Hall a été crée à Whitechapel dans l’Est londonien par le pasteur Barnett et tient son nom de l'historien Arnold Toynbee éduqué à Oxford : Il s'agit d'intellectuels représentant des classes supérieures britanniques venus de la plus puissante université d'Angleterre : l'idée étant de créer une sorte d'université ou vont résider les plus éduqués consacrant leur temps à un échange d'idées et d'éducation avec les pauvres. Les conditions de vie pour ces résidents étaient toutefois très bonnes : similaires aux conditions à l'université où on est servi à table habillé de la toge caractéristique de l'université..
Le mouvement des settlements répondent aux objectifs suivants les termes des pionniers eux-mêmes :
* réduire la distance entre les classes sociales, y compris la distance géographique
* être l'ami, l'enseignant et travailler en commun avec les pauvres autrement dit "to raise the poor without gifts"
* poursuivre des recherches sociales en commun avec d'autres philanthropes
et éducateurs. Le mouvement des settlements s’est rapidement internationalisé. La première conférence internationale a eu lieu à Toynbee Hall en 1922 avec comme thèmes : les relations entre le capital et le travail, le devoir des éducateurs envers les possibilités et les besoins des travailleurs, enfin l'examen des institutions sociales. Le compte rendu de la conférence fait état de 550 settlements aux Etats unis, quatre au Japan, sept en France et d’autre encore en Autriche, Allemagne, , Canada, Hollande, Danemark. Le compte rendu de la conférence met l’accent sur l’esprit de service et sur l’étude scientifique des conditions de vie dans le but de les améliorer
« Il s’agit de fournir un service qui prend la forme d’un leadership de voisinage : il s’agit de servir et non de convertir ... pour ceux à qui beaucoup d’avantages ont été donnés en direction d’un grand nombre de ceux à qui ces avantages ont été retirés. Servir et non faire de la charité, donner de soi et non de ses possessions. Ce service est à la fois immédiat et indirect : par l’influence directe et par l’étude des conditions de vie afin de les améliorer »[1].
Ainsi, à ses débuts les résidences sociales partagent avec le mouvement hygiéniste la même croyance en le progrès de l’homme et aux vertus de l’éducation. Aux Etats Unis, s’ajoute à ces postulats la préoccupation plus eugéniste de la promotion de l’amélioration de la « race »[2]. La première résidence américaine « l' University Settlement » s’est ouverte en 1886.[3]. Pour son fondateur Stanton Coit, il s'agit ni plus ni moins de promouvoir une "renaissance morale et intellectuelle". Jane Addams en ouvre le deuxième "Hull House » qui se distingue par le nombre et la variété de services offerts: crèches, clubs, programmes de récréation, éducation d'adultes, bains publics, expositions, etc.
Aux États-Unis, la majorité des settlements sont implantés dans les quartiers d’immigration. Une enquête effectuée en 1916 auprès 203 résidences montre la diversité des populations et les efforts de donner une éducation hygiéniste tenant compte de la multiplicité des langues et des mœurs.
« La maison de voisinage de St Paul, Minnesota, travaille principalement auprès des juifs russes, mais aussi avec de Syriens, des Canadiens français et des Irlandais. La résidence de Chicago fondée par l’université fait savoir que les principales nationalités sont des autrichiens, des polonais, hongrois et lithuaniens. A Henry Street, New York, la nationalité principale est juif russe. Des conférences sur l’hygiène sociale ont été données aux adolescents à la fois en yiddish et en anglais par des médecins et des infirmiers.»[4]
Pour plus d’infos : voir le
musée en ligne de Hull House : en
anglais http://www.uic.edu/jaddams/hull/hull_house.html
[1] Settlements and their outlook an account of the first international conference of settlements, Toynbee Hall, July 1922, p. 80.
[2] En anglais les connotations de ce terme sont fort différentes de celles associées au mot en français. Dans les colonnes de la revue il semble revêtir davantage d’une signification ethnique
[3] Aujourd'hui Toynbee hall existe encore et bénéficie de financements jalousés par d'autres projets communautaires de ce quartier. Il gère notamment :
* un citizen's advice bureau
* une association de logement (structure de logement social plus ou moins auto gérée par les représentants de locataires)
* centre de jour pour les enfants préscolaire
* centre de jour pour les handicapés mentaux et pour les malades mentaux
* projet de santé pour les population locales : notamment d'origine pakistanais
* alphabétisation
* etc
* "lobbying" (exercice de l'influence politique auprès des parlementaires proche du mouvement "settlement") notamment pour l'obtention des fonds récemment accordés à un projet de construction d'un centre de Santé à Brick Lane (là ou on peut se procurer les meilleurs currys de Londres , mais au risque de rencontrer les activistes du front national britannique).
Selon un commentateur contemporain, Toynbee Hall reste
étant un "posh village"
(village pour les nantis...) toléré par les habitants qui maintiennent
toutefois une certaine distance tout en participant pleinement aux activités du
centre. Son conseil d'administration a
vu passer un grand nombre de politiciens travaillistes et libéraux notamment,
et des grands noms de l'administration sociale britannique : Beveridge, Attlee, l'archevêque Cosmo Lang,
R.H. Tawney, etc , etc..Source New
Society, 9. 6. 1983, article de Jeremy Laurence.
[4] Walter Clarke, Social Hygiene in settlement work, Journal of Social Hygiene, 1916.