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8 Avril - 10 Mai 1999


TERRIBLE ET TOURMENTEE,

LA CRUCIFIXION DE MARCULESCU

EST UNE OEUVRE DE VERITABLE GENIE

 

PIERRE ROUVE


La tension tourmentée de la "Crucifixion" de Doru Marculescu va certainement stupéfier les yeux de l'Ouest, prédisposés d'admettre que seuls les verticales allongées sans passion peuvent illustrer la spiritualité sacrificielle de la Croix. Une métonymie consacrée transfère l'essence divine du Torturé, sur l'instrument de la torture et exige une vénération rigoureusement justifiée. Au-delà même de la schisme réligieuse sanctionée par le Concile de Nicée en 325, un tel trouble de chair curviligne contorsionnée peut être regardé, par quelques uns, comme un blasphème contre le credo du moldave Païssie Velichkovsky qui, tout comme le russe Dimitri Rostovsky, a initié la renaissance trans-danubienne de la théologie mystique orthodoxe de Byzance, en culminant qvec les profonds méditations de nos quasi contemporains Solovyov, Berdyaiev et Shestov. Rien de plus faux en ce qui concerne la verité exprimée par cette Croix stupéfiante.

Les racines de la turbulente " techné rhetoriké " de Marculescu pénètrent profondément dans le canon fondamental du Christianisme Oriental Orthodoxe, canon qui perpétue le mépris que Genadios Scholares éprouve pour tous les gens aux visages bestiaux - "beast-like humans". Et quand-même, c'est précisément cette bestialité congénitale des humains, qui a poussé le Fils de l'Homme à mourir pour leur Rédemption. C'est pour cette raison que le sculpteur d'origine roumaine évite l'apathie de la Croix paradisiaque conventionnelle et glorifie le Christ en découvrant l'impureté inhérente d'un amas de chair décadente.

Dans ce réveil intuitif d'une conviction ancestrale, les lignes sinueuses et flottantes, aussi que les volumes explosés qui avait été réduits par le goût du Baroque Occidental, aux simples arrangements décoratifs des tentures nigaudes, regagnent une consistance métaphysique depuis longtemps perdue et éclatent avec une éloquence accrue, également valable des deux côtés de la division confessionnelle. Vraîment, ne fut-il Henry Vaughn celui qui écrivit que "tout chair est de la glaise", ou ne fut Donne celui qui connut "ses chemins entortillés" ?

Cependent, cette masse affreuse de chair mortelle, moulée impitoyablement, est loin de signifier un asservissement à la gloire du Malin, comme il aurait été regardé par les bogomiles dualistes et hérétiques et par les névrotiques expressionnistes allemands.

Pour Marculescu, Dieu n'est point mort, parce que nous sommes tous des "enfants de la lumière" (Luc 16,6). Cette faible lueur dans la "secretissima nox" qui précède notre Rédemption, révèle la coaléscence entre l'intention spirituelle et l'énonciation visuelle de Marculescu, alors qu'il reflète le tollé de Saint Augustin : "Mon coeur est inquiet". Voilà pourquoi cette théologie tridimensionnelle reste continuellement éclatante, même avec ses limitations. Cette "Crucifixion" demodée et peut-être insondable s'impose dans le Purgatoire personnel de l'artiste.

THE CATHOLIC HERALD

1-er Janvier 1999


 

 

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