Avril 2000

�chos du peloton

Valises et le�ons de cyclisme


photo : Steve Desch�nes

par Dominique Perras

D�fais la valise, enfile le dossard, p�dale pendant quatre ou cinq heures, refais la valise... C'est parti : Tour de Langkawi (Malaisie), quatre courses d'un jour enCroatie, GP Cita di Chiasso (Suisse) et GP Civitanova (Italie). Nouveaux h�tels presque chaque jour. C'est un d�but de saison lent et tranquille c�t� forme physique, mais je cumule d�j� 19 jours de courses en cette fin du mois de f�vrier. Je vous dis que je n'ai pas pass� grand-temps � la maison -j'habite d�sormais � Bulle, en Suisse.

Vraiment, c'est de plus en plus fou d'ann�e en ann�e. Il y a 10 ou 15 ans, les coureurs professionnels accrochaient leur v�lo de la mi-octobre � la mi-janvier et se pr�sentaient � l'�toile de Besseges en f�vrier avec un maximum de 1000 km dans les pattes. La belle �poque ! Cette ann�e, les coureurs sont arriv�s en Malaisie avec quelque 12 000 km, voire 15 000 km (Gord Fraser et les Mercury notamment) derri�re le mollet.

Au Tour de Langkawi, le rythme est intense, et ce, tous les jours. �a va de plus en plus vite plus le temps avance, le 12e jour �tant le plus rapide. Par exemple, � l'avant-derni�re �tape, nous avons parcouru 52 km la premi�re heure, pour une moyenne horaire finale de 48 km/h (et sans vent de dos!). Apr�s un automne tranquille c�t� v�lo et un maigre 2500 km au compteur, j'en ai bav� un coup. Mais j'ai quand m�me tir� mon �pingle du jeu en passant devant dans deux �tapes de montagne.

Comme d'habitude dans les courses tropicales, le souci num�ro un � cette �preuve �tait notre �r�gularit�, ou plut�t... notre �irr�gularit�! En effet, bon nombre de coureurs �taient contraints d'arr�ter chaque jour dans un foss�, victimes de la terrible tourista malaisienne. J'ai r�ussi � m'en tirer jusqu'� la fin de la seconde semaine, mais elle m'a finalement rattrap� les trois derniers jours. R�sultat : je me suis retrouv� � la queue du peloton en compagnie des autres malades ou des coureurs qui sont l� en �vacances�, comme Evgeni Berzin. Les coureurs de l'�quipe nationale canadienne ont eu la �malchance� de devoir d�fendre - honorablement - le maillot de leader de Mark Walters pendant deux jours. Ils avaient 200 km � sauter sur tout ce qui bougeait et � rouler devant, une t�che qui peut faire mal en d�but de saison.

Puis, retour en Suisse pour quelque 20 heures avant de repartir en Croatie, sur la c�te dalmate, y disputer une s�rie de courses 1.5 (course d'un jour de cinqui�me cat�gorie). Le nombre d'�quipes professionnelles �tant toujours croissant (et le mois de f�vrier, peu charg� en courses), plusieurs �quipes se sont retrouv�es l�-bas, notamment des Belges, des Hollandais, des Allemands et des Italiens. Les deux premi�res courses ressemblaient plut�t � des kermesses o� �taient oppos�s des coureurs presque ob�ses. Tous les coups et risques �taient permis ; 200 coureurs poussaient � gauche et � droite pour montrer qu'ils s'�taient entr�in�s fort cet hiver, et en vue de d�terminer qui allait tomber le premier...

Mes co�quipiers ont pass� la semaine � me poser des questions au sujet du � guerrier � � la feuille d'�rable qui �frottait� toujours : eh! oui, Czeslaw Lukaszewicz lui-m�me �tait l�, en compagnie de son �quipe tch�que (ZVVZ). Il �tait motiv� par la n�cessit� de satisfaire � son dernier crit�re pour sa pr�s�lection olympique... �They push left and right, they're f... crazy or what ?�... �l'm so tired man, my legs they hurt.�

Mais surtout, j'y ai v�cu mes premi�res v�ritables le�ons de cyclisme dans deux courses � � l'italienne �, le GP Cita di Chiasso et le Gran Premio Civitanova (le premier se d�roule sur la fronti�re italo-suisse, le second en Italie, au sud de Bologne). On y est oppos� � de grandes �quipes et � de �grands� coureurs comme Casagrande, Rebellin et Figueras. Aussi, les circuits sont tr�s s�lectifs, ponctu�s de boucles de 15 km avec une bosse de 5 km ! Nous �tions 200 coureurs au d�part et 30 � l'arriv�e. Ouf ! �a part bien lentement la premi�re heure, le temps de se mettre en jambes, mais quand �a se met � rouler, �a va vite ! C'en est m�me �peurant : jamais sous les 50 km/h sur le plat, et rarement sous les 25 km/h dans les pourcentages (10-15 %), et 40 km/h dans les faux-plats. Le probl�me, ce n'est pas tant la vitesse, mais le maintien de celle-ci pendant les trois derni�res heures de course !

Au programme des prochaines semaines (entre autres) : un stage d'�quipe en Italie, puis la volta � Algarve au Portugal, le GP Cholet en France... et une petite pause.

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Mon premier entra�neur en v�lo s'appelait Richard Michaud. C'�tait un passionn� qui s'occupait alors du club Mont�r�gie en plus d'organiser plusieurs �preuves sur route. J'ai rarement rencontr� une personne qui vivait sa passion aussi intens�ment et qui faisait preuve d'un aussi grand d�vouement pour les autres. Il y avait une course au New Jersey ? Pas de probl�me, on attachait les v�los sur le toit de sa vieille Omni 81 et on partait, � six dans l'auto. Richard est mort en 1996 de la leuc�mie, alors que je me remettais au v�lo apr�s une longue blessure � un genou. Co�ncidence (ou pas), mon nouveau directeur sportif ici s'appelle Jacques Michaud, et je ne peux m'emp�cher de penser � Richard quand je le vois. Passionn� de v�lo lui aussi et ancien coureur (il a gagn� une �tape du Tour de France au d�but des ann�es 1980), il conna�t tout le milieu et ses connaissances nous sont pr�cieuses. Il se d�m�ne continuellement pour r�gler les probl�mes... avec un peu plus de moyens bien s�r. Enfin, il fait preuve d'une belle confiance et d'une grande compr�hension envers �ses� coureurs... J'esp�re que je saurai les m�riter.

� la suite de ses tr�s belles performances au Tour Trans-Canada et � la Japan Cup l'automne dernier, Dominique Perras a sign� un contrat avec une �quipe professionnelle suisse. Dans chaque num�ro de V�lo Mag, il nous raconte sa nouvelle vie de coureur � l'europ�enne.


une page mise en ligne le 31 mars 2000 par SVP

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