Désert de Mô
 


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Chair-couteau

On m'avait demandé d'en couper puisqu'il en manquait. Pas demander, crier, plutôt, un ordre, sans choix, aucun respect, total mépris. Je ne pouvais pas refuser, c'était ma responsabilité, mais je rageais à l'intérieur. J'ai pris le couteau et commencer à couper les piments.

Le couteau, si pointu, tranchant et sans pitié. Qui réussit à repousser tout, ou plutôt à couper tout. Cette lame, mince et brillante avec des dents acérés. Une pointe qui n'en fini plus… Un couteau de cuisine que j'enviais tant qui était dangereux, fort et puissant malgré son apparence.

Et le revers de mon poignet que je voyais continuellement, si sensible, si pâle. N'y a t'il pas une partie du corps plus sensible que celle-là? La peau est si mince qu'on aperçoit facilement les veines bleutés qui repoussent faiblement la peau en créant de minuscules et ridicules chaînes de montagne.

C'était injuste qu'un couteau soit plus fort que moi. J'avais envie de lui dire : ‘'Tu es plus fort que moi, mais j'n'ai pas peur de ta lame car je l'envie à mourir. Viens m'ouvrir, la seule chose qui coulera se sera mon sang, rien d'autre. As-tu compris? Rien d'autre! Aucune larme de mes yeux, et encore moins de mon cœur car il est fait en métal comme le tien.''

Je rageais intérieurement contre cette personne qui m'avait ordonné de couper les légumes comme si je n'étais rien. J'existe! La preuve, le couteau peut me blesser. J'avais envie de le lui prouver. ‘'Regarde, ne détournes pas les yeux et surtout, ne sois pas surprise. J'ai la Vie à l'intérieur de moi. Mon sang est rouge comme le tien et il fait battre mon cœur encore plus fort que le tien car mon sang est en furie contre tous ce qui se trouve ici, TOUT! Car on m'oublie, on m'ignore et on me fait croire que je ne suis rien alors mon sang veut vous prouvez le contraire! Tu le vois maintenant? Ce sang, pareil au tien, est la preuve unique que je vis et que je suis quelque chose de vivant!''

Le piment que je découpais était rouge. J'imaginais que c'était ma chair et que le couteau se promenait à l'intérieur. Je triomphais, car c'était moi qui dirigeait le couteau, moi qui dirigeait cette chose si puissante et dangereuse. Je le maniais à ma guise car le couteau n'offrait aucune résistance.

Une joie se formait dans ma rage. Une joie cruelle et sans pitié. Un bonheur né dans la haine. J'avais l'impression d'être un démon. Bientôt, ce n'était plus ma chair que je découpais, mais celle de ceux qui m'avaient fait souffrir. Je faisais danser mon couteau dans leurs chairs et j'entendais leur cris égalisé ma souffrance. J'éprouvais une sorte de victoire sur moi-même ainsi qu'un sentiment de bien-être mais tout ça, dans un malaise. J'avais une certaine peur de moi puisque ce sentiment de pouvoir, de joie était né de la haine. Que suis-je dont devenue pour penser à de telle chose? Je rageais et je saignais à l'intérieur de moi. Pourquoi me laissez-vous utiliser ce couteau que j'envie tant? Souffrance sur souffrance qui augmente ma douleur…

 

15 juin 2004


 

 

 

 

 

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