Les poèmes de Victor Hugo
L'Automne
L'aube est
moins claire, l'air moins chaud, le ciel moins pur;
Les longs jours sont passés, les moins charmant finissent.
Hélas ! Voici déjà les arbres qui jaunissent !...
L'automne est triste avec sa bise et son brouillard,
Et l'été qui s'enfuit est un qui part.
Le Printemps
Voici le
printemps ! mars, avril au doux sourire,
Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis;
Les peupliers, au bord des fleuves endormis,
Se courbent mollement comme de grandes palmes;
L'oiseau palpite au fond des bois tièdes et calmes;
Il semble que tout rit, et que les arbres verts
Sont joyeux d'être ensemble et se disent des vers.
Le jour naît couronné, d'une aube fraîche et tendre,
Le soir est plein d'amour; la nuit, on croit entendre,
A travers l'ombre immense et sous le ciel béni,
Quelque chose d'heureux chanter dans l'infinit.
La Guerre
Là, c'est
le régiment, ce serpent des batailles,
Traînant sur mille pieds ses luisantes écailles,
Qui, tantôt furieux, se roule au pied des tours,
Tantôt, d'un mouvement formidable et tranquille,
Troue un rempart de pierre et traverse une ville,
Avec son front sonore où battent vingt tambours.
Là, c'est l'artillerie, aux cent bouches de fonte,
D'où la fumée à flots monte, tombe et remonte,
Qui broie une cité, détruit les garnisons,
Ruine par le brèche incessamment accrue,
Tours, dômes, ponts, clochers, et, comme une charrue,
Creusse une horrible rue à travers les maisons !
La Source
La source
tombait du rochet,
Goutte à goutte, à la mer affreuse;
L'Océan fatal au nocher
Lui dit: que me veux-tu, pleureuse ?
Je suis la tempête et l'effroi;
Je finis où le ciel commence;
Est-ce que j'ai besoin de toi,
Petite ? Moi qui suis l'immense ?
La source dit au gouffre amer:
Je te donne, sans bruit ni gloire,
Ce qui te manque, ô vaste mer !
Une goutte d'eau qu'on peut boire!
Le Vieux moissonneur
Booz
s'était couché de fatigue accablé;
Il avait tout le jour travaillé dans sons aire,
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.
Ce
vieillard possédait des champs de blé et d'orge;
Il était, quoique riche, à la justice enclin;
Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin;
Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa force.
Sa barbe
était d'argent comme un ruisseau d'avril,
Sa gerbe n'était point avare ni haineuse;
Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse:
« Laissez tomber exprès des épis », disait-il.
Vers la tombe de sa fille
Demain,
dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne;
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je
marcherai, les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour, pour moi, sera comme la nuit.
Je ne
regarderai ni l'or du soir qui tombe
Ni les voiles au loin descendanr vers Harfleur,
Et, quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.