Voyage en Estrie où la bière est reine

 

 

De plus en plus les propriétaires de brouepubs et les intervenants en tourisme offrent aux touristes et aux amateurs du houblon un " circuit de la bière ". On qu’à penser, à Montréal, à la " Route de la bière ", un dépliant qui propose une visite au Cheval Blanc, à l’Amère à boire, au Brutopia, au bar La Cervoise et au Sergent Récruteur. D’ailleurs, il y a longtemps que l’Ontario a mis la pâte à la main dans ce secteur, notamment avec son " Ale Trail " près de Guelph, pays de Sleeman, où l’on peut visiter quelque six établissements(1). Alors, à notre tour, avec modestie, nous vous invitons en Estrie, à cette petite route de la bière.

À Sherbrooke, au King Hall, un bar situé au centre-ville, fait revivre le festival annuel de la bière en offrant à ses clients la plus grande variété de bières en Estrie : environ 200, dont une vingtaine en fût. On y déguste beaucoup de produits du Québec, et il existe une bonne rotation des bières. Le King Hall possède une bière à son nom, brassée par McAuslan (c’est la Frontenac). Si vous avez la chance de rencontrer le serveur Mario, employé depuis les débuts du bar, n’hésiter pas à le consulter : il sait tout, il est intéressant et plusieurs s’accordent à dire qu’il est le meilleur serveur de bière en Estrie. Ce qui frappe en premier dans cet établissement c’est le bar : une superbe bibliothèque deux étages, avec une vieille échelle à roulette, où presque tous les produits du bar sont placés sur les étagères. L’ambiance et le cachet sont unique et se démarquent de tout ce qu’on a déjà vu.

À seulement dix minutes du King Hall, au coeur de Lennoxville, sis le Lion D’Or, premier établissement, au Québec, à obtenir un permis de microbrasserie (juillet 1986). Toutefois, le Lion D’Or ressemble davantage à un brouepub, puisque sa production est limitée majoritairement à son bar, un splendide site patrimonial, de style victorien, que l’on peut sous-diviser en un restaurant, une terrasse, un pub et un petit salon typiquement universitaire. À l’intérieur, de nombreuses armoises vitrées affichent des bières du monde, plus de milles canettes! Ville anglophone, université anglophone (Bishop University) et propriétaires anglophones, font un mariage discret parmi la population francophone et majoritaire en Estrie.

Les bières ont une teneur d’alcool se situant à 4.8/5%. et on constate à la dégustation une prédominance pour le houblon. Ce sont des bières possédant une belle mousse, limpides, et on observe l’absence de gaz carbonique. Certaines bières sont disponibles, comme on trouve dans plusieurs brouebups américains, sous format " growler " (1.9 litres) et " bommer " (660 ml).

Le Lion d’Or brasse quatre bières régulières: la Lion’s Pride, la Bishop’s Bitter, l’Amber Ale et la Blonde des Cantons –la Black Fly Stout n’étant plus produite.

La première bière dégustée a été la Blonde des Cantons (2); une bière brassée avec trois types de houblon (cascade, tettnang et le célèbre Saaz) et du carastan (malt). C’est le meilleur vendeur au Lion d’Or; une bière blonde au parfum floraux et de pomme. La seconde, la Bishop’s Bitter, a révélé au nez une arôme d’ensilage, d’herbe coupé et qui a fermenté avec du maïs alors qu’en bouche, un arrière goût revient nous hanter. La troisième, l’Amber Ale possède un nez de " feu de cheminé " que l’on sent l’hiver, à l’extérieur; en bouche, une légère amertume se joint à un goût de chicorée et d’andive. Quant à Lion’s Pride, une bière brune, son nez de fruits sauvages (framboise) suscite l’intérêt immédiat du dégustateur. Léger goût de caramel, très léger, et une finale courte –presque décevante, bien que cette bière reçu notre premier prix. Ne la buvez pas trop froide, on y perd en saveur et en charme!

Le Lion d’Or brasse aussi quelques bières de saisons –que nous n’avons pu malheureusement dégustées--, notamment à la Saint-Valentin et à Noël. Dans une entrevue qu’il accordait à La Tribune(3), le maître brasseur Stanley Groves avouait qu"il est difficile de concocter de nouvelles bières au Lion d’Or en raison d"un manque d"espace à l’intérieur de la micro-brasserie et du peu de cuves à leur disposition.

Petite anecdote concernant Lennoxville. C’est près du Lion D’Or qu’était établit la Brasserie Massawippi : celle rachetée par Unibroue (principalement pour l’obtention du permis). À l’époque, la bière Massawippi était désignée sous l’appellation " bière du jour " --parce qu’elle n’avait jamais le même goût d’une brassée à l’autre, d’une bouteille à l’autre. Son instabilité était dûe aux nombres de bactéries qui devaient se promener dans le liquide divin. En fait, le site de la Brasserie Massawippi était un ancien abatoir... Nous doutons de la parfaite chimie qui animait cette bière de jadis...

À vingt kilomètres de Lennoxville et à peine à 15 kilomètres des frontières canado-américaines, surgit le Bistro Bar Ailleurs, à Coaticook. Semblable au Lion d’Or, mais plus petit, il offre le même genre de service et se prépare, dans un avenir rapproché, à brasser ses propres bières. Un des rares bars à posséder un site web (www.ailleurs.qc.ca), il s’impose comme référence de la bière dans la MRC de Coaticook et comme bar singulier en Estrie. Depuis plusieurs années, le Bistro Bar Ailleurs offre une soixantaine de bières différentes (avec un roulement réguliere dans l’inventaire) et favorise grandement les activités reliées au monde de la bière. Présentement, au Québec, il semble qu’une certaine folie s’empare des amateurs pour la dégustation de bières et fromages. Pourtant, depuis sept ans, le Bistro Bar Ailleurs offre ce type d’activité à ses clients. Aussi, chaque mois, un souper thématique est organisé afin de mieux connaître les pays du monde et... leurs bières. Au printemps dernier, un cours de Québière s’est tenu. Bref, l’ami de la bière en Estrie réside à Coaticook.

Finalement, le dernier né de ces établissements, est le brouepbup La Memphré, situé au coeur du centre-ville de Magog, à quelques vingt minutes de Sherbrooke, de Coaticook, de Lennoxville. Le nom de ce brouebup fait référence au monstre qui hante ce lac --le logo de la microbrasserie en est d’ailleurs inspiré.

L’inauguration a eu lieu le 24 août dernier. Serge Daigle et Sylvie Martin, co-propriétaires, ont suivit un cours à Ste-Hyancinthe, à la brasserie du 4 Temps. " J"ai appris, j"ai aimé, et j"ai voulu faire connaître la bière aux autres ", clame Serge Daigle en parodiant Jules César.

Les co-propriétaires ont choisit de localiser leur micro dans un bâtiment plus que centenaire, dans une maison historique qu’ils ont rénover en respectant le patrimoine : celle qu’à habiter le premier maire de Magog. La disponibilité est de 60 places, en plus de la terrasse –terrasse qu’ils agrandiront l’été prochain. C’est un endroit merveilleux, touristique, avec une vue exceptionnelle sur le lac –j’imagine que la seule façon d’observer le monstre Memphré c’est de boire plusieurs bières!

Les installations sont l’oeuvre de Pierre Rajotte, bien connu du monde de la bière, et la capacité est de 2.5 hectolitres. Il est possible de visiter les installations ou encore de voir à l’oeuvre l’artiste, puisque des vitrines séparent celles-ci des clients. " Quand tu brasses, tu l"annonce! " s’empresse d’ajouter Serge, qui cherche à piquer la curiosité de ses clients, des amateurs de bières.

Au moment d’écrire ces lignes, La Memphré produisait cinq bières : une blanche (malt d’orge, 4.5%), une irlandaise (4%), une lager blonde, une lager rousse, une alt (celle de la Brasserie 4 Temps) et une scotch ale (8.6%). La Memprhé, contrairement aux autres brouepubs du Québec, veut produire des bières différentes continuellement, d’une blonde à une stout. Serge Daigle souhaite même en brasser quelques cent cinquante! En fait, il se qualifie " brasseur de ses propres ailes ". Comme il vient tout juste de débuter, on peut dire que les bières de La Memphré vont gagner avec le temps. Toutefois, la scotch ale a retenu notre attention : rousse, avec une belle mousse crème; arôme de cerise, de brandy; un goût de caramel et de chocolat en bouche. Merveilleuse.

 

  1. Les six établissements sont : Sleeman Brewing & Malting, F & M Breewey, Wellington County Brewery, Old Mill Brewery, Gold Crown Brewery et Brick Brewing Company.
  2. La Blonde des Cantons a déjà fait l’objet d’une critique dans BièreMag (printemps 96).

03. SCHLAGER Catherine, " Le Lion d"Or brasse de bonnes idées ", La Tribune, 3 août 1999, p. B6.

 

 

 

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