SATAN, LE SATANISME ET LES SORCIERES
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Le satanisme chez les adolescents n'a jamais été tant d'actualité comme en fait foi l'étude magistrale de Massimo Introvigne (1), la dizaine de conférences données au CINR(2), ces dernières anneés, Partout dans le monde, on observe une montée du satanisme --bien que celle-ci soit exagérée par les antisatanistes, par les adeptes (tous deux ayant avantage a amplifier le nombre de fidèles et de mouvements).
Les adolescents puise leur influence du satanisme de toutes parts: du folklore des groupes de musique rock, du cinéma hollywoodien, des best-sellers, des médias d'information, des récits populaires dont les événements sont plus ou moins peaufinés, embellis, grossis. Alors qu'en 1996, le système d'éducation en EMRC lancait un nouveau programme en troisième secondaire, et traitait vaguement du sujet(3), les adolescents d'aujourd'hui sont toujours angoissés par L'Exorciste, La Malédiction; ont de la difficulté à distinguer l'aspect scientifique de documentaires portant sur des cas de TPM (troubles à personnalité multiple ou Troubles de dissociation), d'ARS (abus rituels sataniques).
On reproche aux médias, avec raisons d'ailleurs, de mélanger les horreurs de la société à des pratiques sataniques. A titre d'exemple, citons le cas d'un perverti sexuel qui s'adonnait à un voyeurisme corpo-fétischiste(4) dont le reportage fut inséré lors d'une émission spéciale sur l'occulte et le satanisme. Autre confusion :la profanation des cimetières, qui est devenue monnaie courante auprès des adolescents et des jeunes adultes qui y trouvent à la fois, la révolte, la sensation forte et une visibilité tant de la part des adultes que de leurs pairs. En Estrie, à plusieurs reprises, les cimetières font l'objet de sacages, de graffiti principalement à teneur raciste. Encore une fois, quitte à se répéter, les médias identifient à tord et à travers ses gestes gratuits, incompris des adultes, au culte satanique sans s'interroger davantage sur la teneur de leurs prétentions.
Tout ce qui est horrifiant, tout geste dégradant, n'est pas nécessairement satanique ou guidé par satan. Il importe d'avoir un discours réservé, mitigé, lucide.
Satan dans la Bible
Pour l'ensemble du professeuria, la démonologie est une discipline méconnue, d'où ce grand malaise didactique, cognitif, face à satan et au satanisme. Si satan existe, qui l'a créé? Quelle forme prent-il. Si satan n'existe pas, Dieu existe-t-il? Etc. Bref, l'enseignant tout comme l'adolescent ignorent à peu près tout du satan.
Les chrétiens ont toujours admis l'existence du satan(5). Pourtant, la Bible en donne une conception vague et limitée. Le personnage s'est principalement construit à partir des textes apocryphes ou pseudépigraphes. Eventuellement, ces livres ont nourit l'imagerie religieuse et la tradition populaire durant tout le Moyen âge.
L'Ancien Testament est peu explicite quant au sujet de satan: une vingtaine de lignes réparties dans quatre textes. En aucune fois, satan est considéré comme un prince entouré de démons. Dieu seul a le pouvoir de punir et de châtier les hommes.
C'est dans le livre de Job que le nom de satan apparaît pour la première fois. Son rôle consiste à vérifier la fidèlité des hommes. Satan est au service de Dieu qui lui dicte ses ordres. "Sâthân" est un nom commun qui signifie "l'adversaire", le tentateur, l'accusateur, dans le sens "accusateur public". A l'origine, ce mot n'était ni un titre, ni un nom de fonction, mais il exprimait un comportement hostile.
Le Nouveau Testament accorde davantage d'importance à satan. Il apparaît dans une cinquantaine de versets dont la presque totalité proviennent des écrits évangéliques.
Globalement, satan est représenté dans une conception négative de l'être humain. Dans les évangiles de Matthieu, Marc et Luc, les maladies sont associées aux différents démons connus de cette époque. Les autres écrits, principalement ceux accordés à Paul, montrent un satan plus puissant encore. Il devient une réalité autonome qui s'oppose à Dieu.
On lui attribut différents noms: Légion (illustrant un démon puissant et nombreux, faisant allusion aux gardes romaines); Belzébuth (un sobriquet de Baal, qui veut dire "prince des mouches"), etc. Dans l'Apocalypse, il porte le nom d'Antéchrist, de la Bête, et désigne le mal qui s'oppose au Christ. En réalité, les multiples noms de satan ne sont que le miroir des peurs et des angoisses des gens d'une époque, désignent un concept, fait référence à une chose, jamais toutefois ne se traduit ou fait référence à un personnage. A partir du Ve siècle après J.-C, on le désigne injustement sous le nom de Lucifer(6) et on commence à le personnifier. La tradition de l'ange mauvais qui se révolte et brave Dieu, puis, est châtié par ce Dieu, prend racine.
Cependant, dans une perspective chrétienne, il est essentiel de ne pas considérer satan comme le vis-à-vis de Dieu, son égal dans la bataille que se livrerait le bien et le mal. La foi chrétienne convoque d'abord et avant tout à la responsabilité humaine pour la libération du mal.
Satan et l'imagerie populaire
À quoi ressemble satan, c'est répondre à quoi ressemblent nos peurs, nos angoisses, nos tabous. Dans l'histoire chrétienne, satan s'est personnifié sous différentes formes: allant du serpent jusqu'à l'apparence humaine. Ce qui a fait dire à plusieurs historiens: "satan n'existe pas, on se l'imagine!".
Au Québec, terre colonisée depuis le XVIe siècle, l'influence européenne a eu peu d'impact sur la démonologie des prêtres et des curés de village --au même titre que la sorcellerie et l'Inquisition(7). On pourrait même affirmer que satan a pris une forme particulière dans la culture et le folklore durant la deuxième moitiée du XIXe siècle jusqu'à la Première Guerre mondiale.
Dans le folklore québécois, Satan n'est guère malin. Son rôle se résume à la tentation et il est plutôt rare qu'il gagne ses pactes. Les humains sont rusés. On le peint en costume élégant, noir. Il est beau et séducteur. Ces dernières années, grâ ce aux chansons populaires de Chasse-galerie, aux logos de bières d'Unibroue(8), il est presque devenu un symbole de marketing intéressant, efficace du moins.
L'image traditionnelle de satan (pattes et cornes de bouc, queue de dragon, ailes de chauve-souris, etc.) émane donc, en grande partie, du Moyen Age. Tous ces attributs symbolisent des aspects du mal à une époque: le bouc est lié à la sexualité grossière(9), l'apparance batracienne est associé au serpent du récit de la Genèse; la couleur rouge symbolise le feu destructeur, le sang(10).
À la fin des années 1960, le cinéma hollywoodien modifie l'image de satan où le personnage prend la forme humaine et occupe une fonction importante dans la société, libre d'exercer un pouvoir absolu sur le monde, notamment les films La Malédiction pour ne nommer que ceux-là. Un "portrait-robot" auquel les adolescent ne croient plus. L'image du satan des adolescents est un symbole de pouvoir, de possession plus que d'illustration.
Les exorcismes: preuve de satan?!
"Satan existe: je l'ai rencontré!", clament certains prêtres qui pratiquent le ministère de l'exorcisme. Pourtant, de nos jours, la quasi totalité des exorcistes appartiennent au domaine médical et à la psychiatrie. On parle de TPM, de maladies psychosomatiques à base phobique, de démonopathie, de l'affection névrotique d'une doublure psychologique de la possession, etc. Le développement de la psychiatrie a considérablement aidé à déplacer les exorcistes du domaine spirituel au domaine médical.
Un imaginaire obsédé par satan, un psychisme troublé peuvent concevoir des images mentales qui s'inspirent de la démonographie populaire, provoquer chez l'individu l'apparition de diverses pathologies, notamments les visions, la crise hystérique, le changement de voix (glossolalie), de comportement, de troubles prodomiques de l'humeur, pertes de connaissance (l'ensemble de ces pathologies prend le nom de clownisme), c'est-à-dire, des contorsions et gesticulations inspirées du cinéma.
Tout ceci n'a pas empêché, en 1992, un professeur de l'Université de Sherbrooke, du département de pédagogie, d'enseigner aux futurs enseignants du primaire, que l'épilepsie est une maladie du démon (11). Et pourtant, nul ne devrait ignorer que l'épilepsie n'est pas une maladie mais un symptôme caractérisé par des convulsions ou d'autres manifestations intermittentes. On sait aussi qu'elle peut entraîner des pertes de conscience, l'excès ou l'absence de tonicité musculaire ou de motricité. C'est surtout une mauvaise compréhension de l'épilepsie(12) et le fait que les victimes en état de crises peuvent être en transes, qui sont à l'origine de la confusion avec les exorcismes et la possession. Comme quoi, être titulaire d'un doctorat ne donne pas nécessairement aux individus une tête sur les épaules.
Bref, on fini par croire que Satan ne s'en prend qu'aux débiles, au même titre que la pastorale, au secondaire, concerne essentiellement les jeunes "quétaines", les "rejets". En fait, dans ce contexte, il n'est guère facile de distinguer ce qui est de l'ordre du IOM (infestation, obscession, manifestation) ou de l'Infestation du mali, et de la névrose hystérique --nihil obstat, que satan utilise cette maladie pour s'introduire dans l'humain.
Faire un exorciste sur une personne atteint de problème psychologiques l'encourage à croire en une possession. C'est d'ailleurs ce qui a fait dire à Tonquédec: "l'exorcisme est une cérémonie impressionnante qui peut agir efficacement surl'inconscient des malades: les adjurations au démon, les aspersions d'eau bénite, l'étole passée au cou du patient, les signes de croix répétés, etc., sont très capables de susciter, dans un psychisme déjà débile, la mythomanie diabolique en paroles et en actions. Si on appelle le diable, on le verra; non pas lui, mais un portrait composé d'après les idées que le malade se fait de lui".
Au Québec, il existe peu d'exorciseurs --contrairement à l'Europe où plusieurs diocèses invitent leurs prêtres a recevoir une formation sur le ministère de l'exorciste. Toutefois, l'intérêt renaissant du satanisme québécois n'est sans doute pas étranger à la crise religieuse que l'on connaît présentement et, ipso facto, à la recrudescence des manties, guérisseurs et médiums de tout genre.
Le rituel pour les exorcismes, tel que nous le connaissons, date d'environ quatre siècles(13) et a été abrégé à la fin du XIXe siècle par le pape Léon XIII. Il consiste, grosso modo, à une alternance de prières à Dieu, de menaces et d'insultes à satan, brandissement de crucifix, signes de croix et ablution d'eau bénite sur le possédé. On récite le "Vade retro, Satana" (Sors de cet homme, Satan). Le cinéma suit généralement ce rituel.
Il demeure néanmoins quelques prêtres d'inspiration charismatique, aux opinions radicales, avides en quelque sorte de spectacles et d'attentions, qui exercent le ministère de l'exorciste. Ces prêtres possèdent des histoires et des anecdotes dignes des grands conteurs du siècle dernier et des scénarios de grands films hollywoodiens.
En Estrie, à partir de l'automne 1994, les propos du frère Guy Giroux, divulgués par les médias, ont fait couler beaucoup d'encre. Lors d'émissions télévisées, notamment, sur une chaîne locale, avec l'animateur ésotérique Francois Bourbeault, puis à CKSH, le frère Giroux y est allé d'affirmations théologiques et doctrinales pour le moins surprenantes(14) et qui ont rapidement alimenté le débat des exorcismes et de satan.
Une série de "point de vue", dans le courrier du lecteur de La Tribune(15), ont suivi sur presque deux ans: certains lui disant littéralement de "se la fermer", que ces affirmations étaient digne du Moyen Age; alors que d'autres allaient à sa rescousse, dont un membre de la congrégation de Sainte-Croix et bien connu pour ses écrits de droite, le Père Ovila Melancon, qui publia un court document intitulé "L'existence du démon et les exorcismes", en février 1995.
A partir de ce moment-là, le frère Giroux a tenu un discours mitigé, tout en cherchant à nuancer ses propos des dernières mois. Il n'était plus question d'exorciste (selon ses dires, il n'en a jamais été question d'ailleurs), mais de prières de libération. Son action se limitait à aider les gens, à les libérer des esprits du Mal. Discours qu'il s'est tenu par la suite, comme en a témoigné la journaliste Lortie(16), un an plus tard: "...il ne fait pas affaire avec des gens nécessairement "possédés" du Diable, mais plutôt "opprimés" par les esprits démoniaques qui s'en prennent à leur âme".
L'évêque d'alors, Mgr Fortier, a du s'interposer dans le dossier. D'abord en publiant un document "Délivrez-nous du Malin", daté du 8 décembre 1995 --un document axé sur le discernement, sur le phénomène rare de l'action satanique, sur les attitudes pastorales à adopter, etc. Puis, suite à la publication d'articles dans La Presse (faisant allusion à une supposée secte satanique en Estrie, faits démentis le lendemain par la GRC dans le même journal) où on pouvait y lire les propos du frère Giroux (sa photo aussi), l'évêque met fin publiquement à la croisade du frère Giroux avec une sortie virulente dans La Tribune (février 1996). Dans le dit article, le frère Giroux accepte de se plier à la volonté de Mgr Fortier, de se tenir à l'écart des médias. Encore une fois, la droite religieuse va à la défense du frère. La Tribune, datée du 6 février, publit un article du Père Ovila Melancon, qui s'objecte aux discours de l'évêque.
Arrogance de la part du frère, qui sait, deux mois plus tard, Guy Giroux fait les manchettes à nouveau, se laissant photographié en compagnie d'un auteur, Michel Côté, lors du lancement du livre Satan, Père du mensonge.
Finalement, on peut dire des cas rapportés par le frère Guy Giroux relèvent vraisembablement de maladies psychosomatiques, de trauma ou encore de clownisme et d'obcessions. D'ailleurs dans un article, par l'entremise du curé Robert Jolicoeur, l'évêque d'alors, Mgr Fortier, affirmait n'avoir eu affaire à aucun cas de possession en 25 ans de service.
Malgré les bonnes intentions du frère Giroux, son discours peut être qualifié de sensationnalisme, se rapproche de celui des anti-satanistes américains, poursuit ceux du père Jean-Paul Régimbal (de l'Ordre des Trinitaires, à Grandby) dans les années 1970. Régimbal avait recu bonne écoute de son dépliant propagantiste, à forte inspiration charismatique, et qui dénoncait la conspiration satanique dans la musique rock(17).
Le satanisme
Le satanisme est un mouvement faisant partie des religions exotiques, un mouvement parmi les quelque 1000 recensés auQuébec. Le satanisme comme toutes religions traditionnelles aussi, possède ses rites, ses cultes, ses divisions ou sectes(18),ses livres sacrés, sa littérature.
Le satanisme est révélateur du chaos social, de l'éclatement des valeurs, du renversement de la chrétienneté (surtoutcatholique) et, à l'approche des années 2000, d'un souffle apocalyptique envahissant avec la présence accrue desfondamentalistes, des intégristes et des millénaristes. A cela s'installe chez les adolescents une philosophie du désespoir,résultat d'une crise économique, de frictions entre ethnies, d'un taux de suicide élevé, de l'angoisse d'une éventuelle guerrebactériologique, des meurtres et des horreurs diffusés quotidiennement dans les journaux et à la télé. Bref, si le monde estbon... le mal existe toujours, peu importe le nom qu'il prend.
Le satanisme n'a donc qu'à puiser dans la marmite sociale les éléments nécessaires pour s'épanouir et se tailler une bonnepart du supermarché des religions.
Il existe plusieurs typologies pour le satanisme. Aucune ne fait l'unanimité et celle qui suit peut être contredite par certainsspécialistes, mais n'est pas moins inopérante pour la grande majorité des études dans ce domaine.
Le satanisme peut se diviser en trois groupes: le satanisme herméneutique (satan est une conspiration), le satanismephilosophique (axé sur l'égo, le pouvoir, les désirs sexuels et la valorisation des bas instincts) et le satanisme sadique(meurtres?! viols collectifs, paraphilie).
Le satanisme herméneutique est professé en large partie par les fondamentalistes chrétiens, appelés antisatanistes. En Estrie,tout comme dans la MRC de Coaticook, ce mouvement est restreint, quasi inexistant, en tout cas, peu influent, malgré unecolonisation anglophone protestante étatsunienne.
La pensée des fondamentalistes est présente dans des publications bien connues de la population en générale: Vers Demain,la Tour de Garde, Réveillez-vous, la Pure Vérité, etc. Le mouvement n'attire pas les jeunes, se limite à ceux et celles dontles parents adhèrent à l'organisation. Leur démarche de recrutement est pourtant efficace. Ces mouvements utilisent la Bible,qui est la parole de Dieu, pour identifier les signes des actions de satan dans le monde. Afin de prouver son existence, ils pointent du doigt le mal de notre époque et le chaos actuel: famines, guerres, violences dans les grandes cités, drogues, prostitution et cataclismes écologiques. Puis, à la lumière de l'Apocalypse --un livre qui décrit symboliquement certains événements du Ier siècle--, ils interprètent de facon inhérente et anachronique les versets en leur donnant une fonction prémonitive et propétique, prédisant le futur d'une eschatologie.
De cette manière, la Bête du livre de l'Apocalypse, marquée du chiffre 666, circule un peu partout dans le monde d'aujourd'hui: la musique rock, la télévision, le théâtre, certains produits alimentaires, cartes de crédit, sont percus commes des instruments de satan. En résumé, l'unique influence que les fondamentalistes ont sur les adolescents de leur faire croire que satan existe dans le monde, qu'il est puissant et rusé.
Le satanisme philosophique, quant à lui, est celui qui rejoint le plus la classe des 15-25 ans. Il est axé sur l'égo, le pouvoir, la sexualité. On l'appelle parfois le "satanisme acide" en raison des drogues consommées lors des rencontres. Il est difficile de dire avec exactitude le nombre de jeunes qui adhèrent à ce type de satanisme, le nombre de mouvement aussi. En général, ce ne sont pas des organisations visibles, qui publient des zines, qui sont affiliés à une quelconque organisation.
Cependant, avec l'arrivée d'Internet --les sectes sataniques et les newgroups ont leur site-- dans les foyers, dans les écoles, dans des cafés-rencontres, il est fort à parier que le satanisme philosophique gagnera de l'ampleur chez les adolescents.
Plusieurs sites sont accessibles, allant aux sectes sataniques officielles (The Temple of the Set, The Church of Satan), aux babillards (courrier du lecteur, événements, etc.), en passant par des sites instructifs (écriture satanique, symboles, littérature, rites, etc.).
Il n'y a pas si longtemps, le satanisme comme le wicca n'était l'affaire que des anglophones ou d'un nombre infime de francophones. Avec Internet, la philosophie du satanisme et sa littérature est d'une accessibilité déconcertante. Les neuf commandements sataniques, l'écriture satanique, la pratique satanique vous est offert gratuitement en un seul clic.
Certains spécialistes ont cherché à stéréotyper les adolescents potentiels pour ce type de satanisme: il possède une faible estime de soi, plutôt renfermé, isolé ou regroupé en compagnie de deux ou trois individus marginaux, rejeté de la masse; soit un garcon intelligent, qui décroche du système scolaire par son comportement violent, marginal, dérangeant, consommateur occasionnel de drogues, généralement âgé dans le début de la vingtaine; soit une fille de bonne moeurs, étudit dans une institution privée, provient d'une famille traditionnelle, bien nantie, et qui soudainement fait volte-face. Quoi qu'il en soit, soyons plus juste en indiquant que tous les adolescents sont susceptible de s'intéresser au satanisme philosophique en raison de ce qu'il offre: pouvoir, attention, sensation, révolte, appartenance.
Le satanisme des adolescents est un pseudo-culte: cérémonie nocturne, rites simplistes, symbolisme populaire... La messe noire adolescente puise ses sources parmi diverses sources magiques et religieuse hétéroclytes. Si l'ensemble n'est pas toujours cohérent, le principal objectif est atteint: celui d'adorer satan, de vénérer les forces du mal, de pactiser avec eux; aussi, de vivre de fortes sensations.
Certains rituels exigent le sacrifice de petits animaux (chat, souris), d'hosties consacrées que l'on a préalablement volé du ciboire d'une église; sont accompagnés d'actes sexuels plus ou moins pervers.
En Estrie, combien existent-ils de groupe d'adolescents qui adhèrent au satanisme philosophique? On l'ignore. Au Québec, ce n'est que tout récemment que des intervenants ont rendu officiel quelques chiffres --les adolescents sont toujours en thérapie, certains provenant d'un groupe satanique, d'autres étant issus de familles fondamentalistes(19).
Dans la région, le cas d'un dénommé Jack, à l'automne 1994, avait fait la une des médias. Le jeune adulte en question se préparait a conclure un pacte de suicide avec cinq adolescentes de 13 ans. Les autorités scolaires et policières purent intervernir à temps. L'adolescent, dont le patronyme était D.C.(dévil child, death Christ), "s'est dit" l'ennemi juré de Dieu, le fils de satan, et un adepte de rituels sataniques.
Citons aussi le témoignage d'un adolescent à l'école La Frontalière, après que la ville de Coaticook ait été témoin de quatre suicides consécutifs d'adolescents, dont trois du 25 déceembre 1996 au 6 janvier 1997(20).
Le dit adolescent, âgé dans la vingtaine à ce moment-là, avait fait une tentative de suicide, en troisème secondaire, alors qu'il fréquentait cette même institution. Son témoignage démontrait à quel point, pour l'adolescent qu'il était à ce moment-là, la musique rock avait influencé sa recherche de sens. Ainsi, parce qu'il "trippait" sur Alice Cooper, pseudonyme de Vincent Fournier, il a tenté de donner son âme à satan par la pendaison afin d'obtenir succès et richesse. Tout un rituel classique accompagnait le suicide: sacrifice d'un chat noir, pleine lune, etc. La légende du chanteur rock était à l'origine de l'idéation du suicide. Vincent était un minable adolescent avant de pactiser avec une célèbre sorcière du XVIIe siècle: Alice Cooper. Ce pacte expliquerait le succès rapide et l'énorme richesse du chanteur.
Finalement, la troisième catégorie, le satanisme sadique, est plutôt un mélange de sexualité (paraphilie, orgie, zoophilie, nécrophilie...), de canibalisme, de nécrophagie, d'holocauste... et trouve sa définition principalement dans les récits de survivants.
Ce type de satanisme n'est pas vraiment approprié pour la classe adolescente. Souvent clandestin, les groupes sont composés d'une clientèle bourgeoise,
Il importe aussi de les distinguer des sectes sataniques qui ont pignon sur rue, et qui sont bien connues des policiers et des centres d'information des nouvelles religions. Leur nombre varie à chaque année, parce qu'elle se sous-divise, elles ont un branle-bas. La plus importante en nombre de fidèles (100 000 environ) est celle d'Anton Lavey(21), l'Église de satan, fondée à la fin des années 1960. Une autre, cette fois plus sérieuse dans ses rituels, The Temple of Set, fondée en 1975, par Michael Aquino, est la seconde en importance. Le fondateur est un ex-haut gradé de l'armée américaine (réserviste), professeur de collège et détenteur d'un doctorat en science politique. Sa doctrine est plus vigoureuse que celle de LaVey, qualifié selon Aquino de "mentalité de parthouse". C'est d'ailleurs par opposition à L'Eglise de Satan que Aquino a créée sa propre secte. Également, la secte d'Aquino se distingue de celle de LaVey, parce qu'elle considère satan comme une entitée et non comme un symbole(22).
Contrairement aux mouvements clandestins, les sectes officielles sont sous la
surveillance des corps policiers en place et des groupes anti-sectes, notamment le CINR et Info-Sectes. Etant bien connue de la loi, il est bien difficile pour ce type de satanisme de passer à des actes immoraux et criminels. C'est pourquoi, leurs cérémonies prennent souvent l'allure de carnaval ou de théâtre burlesque. Ce qui compte avant-tout e est la rencontre entre membres, le partage d'idées, l'étude de la philosophie satanique. Les adolescents ont accès à ces sectes grâce à Internet. Qui sait aussi, si les sectes officielles ne sont pas la face cachée regroupements d'individus davantage pernicieux?
Les récits de survivants: preuve d'une conspiration mondiale du satanisme!?
Le satanisme existe. Cela ne fait aucun doute. Le satanisme en tant que conspiration mondiale, secte hyperorganiseé, est une toute autre chose.
Les récits des survivants ont eu un regain de vie au début des années 1980, aux Etats-Unis, chez les partisants de la thèse des troubles caractériels à personnalité multiples (TPM).
Des individus, sain d'esprit, affichant une vie rangée, sans histoire, se réveillent du jour au lendemain avec des souvenirs refoulés de rites sadiques, de cérémonies horribles: canibalisme, sévismes corporelles sur des enfants, viol collectif, lavage de cerveau, etc. Soudainement, les abus rituels sataniques (ARS) sont devenus la cause principale des TPM, expliquent l'effroie des survivants de pratiques sataniques (23).
Les survivants doivent garder le silence: les membres de la secte ont toujours une emprise quelconque sur leur entourage.
Aussi, les survivants sont programmés pour se suicider ou pour commettre un homicide (un proche de la famille, des enfants, le conjoint). Leur enfant(s) seront et réintégration de la secte.
En Estrie, depuis 1995, une prénommée Suzanne Philie donne à l'occasion des conférences sur la sorcellerie et le satanisme; surtout livre sa terrible expérience de "survivantes". Au point, où même les journalistes(24) se laissent prendre au jeu de l'effroie et de la quelconque véracité de ses récits.
Suzanne Philie témoigne de sa vie nouvelle depuis qu'elle s'est convertie à Jésus-Christ. Elle clame aux curieux et à qui veut bien l'entendre, qu'elle a fait partie d'une secte luciférienne (installée en Estrie, dirigée par une même famille de génération en génération depuis le XIXe siècle) durant onze ans; qu'elle a quitté la secte au moment où elle devait sacrifier sa fille Viviane --un hollocauste qui lui aurait assurer le contrôle des sectes du genre en Amérique du Nord! Etc.
L'histoire de Suzanne Philie est typique des récits de survivants (25): les informations données sont vagues (Monsieur X, lieu Y ou inconnu), imprécises; chaque fois, nous sommes amère de constater l'absence de preuve vérifiable (aucun corps n'est retrouvé, aucune preuve de culte).
En réalité, le mythe du survivant est celui de la subversion, de la menace des dangers qui nous guettent à chaque instant. Il est l'étranger, le demain, l'incertitude, l'insécurité. Satan devient le mobile, l'explication des disparitions, des horreurs sociales.
Face aux récits des survivants on peut se poser une question de première importance: comment ont-ils pu s'échapper d'une secte satanique hyperorganisée, où des membres ont infiltré toutes les sphères de la société (GRC, gouvernement, clergé, avocat)? Comment croire qu'une secte soit devenue une conspiration universelle, mieux organisée que la mafia, que les gangs de motards? Quoi qu'il en soit, depuis 1989, les rapports d'enquêtes(26) d'ARS révèlent l'absence de preuves chez les victimes.
Ces dernières années, nombreux thérapeutes, aux États-Unis, se retrouvent dans l'eau chaude et se font poursuivre en justice pour avoir incité leur patient à mentir, à se croire des victimes d'ARS. Des compagnies d'assurances ont déboursé jusqu'à 1 million de dollards pour des survivants diagnostiqués TPM. Le cinéma n'a pas tardé à saisir l'opportunité en produisant des films tel Mensonges sataniques.
Satan, les adolescents et la musique rock
Depuis 1975, chaque lustre est marqué par le suicide ou les meurtres d'adolescents qui ont été influencés par les groupes rock, plus souvent des groupes dits "rock sataniques" --Richar Kasso, 17 ans, fan d'AC DC, torture et tue un jeune adepte du mouvement The Knights Of The Black Circle; en 1985, Sean Sellers (27) massacre ses parents parce qu'il en a recu l'ordre de satan à partir d'un disque de Judas Priest. En 1994, le pacte de suicide de trois jeunes Québécois, fans de Kurt Cobain, le leader du groupe Nirvana, qui s'était lui-même donné la mort six mois plus tôt, fit les manchettes des médias.
"Un dernier trip", tiraient certains quotidiens. Récemment, c'est au tour de Marylin Manson d'être la cible des individus partageant les valeurs traditionnelles, des fondamentalistes chrétiens du côté américain aussi, qui s'acharnent dans cette lutte à n'en plus finir contre les groupes rock.
Manson, comme tous les personnages typiques, choque par ses propos et ses paroles, ses chansons, ses entrevues. En août 1997, à Musique Plus, Manson déclarait à propos d'un adolescent qui s'était suicidé après s'être associé au chanteur: "Si un jeune se suicide pour mes chansons, et bien, ca fait un con de moins sur la terre".
Pourtant, les adolescents qui passent à l'acte (suicide ou homicide) sous la dite influence de la musique rock sont des cas isolés, marginaux, encore plus si l'on tient compte au Québec des statistiques concernant le suicide entre génération (les années 1960 versus les années 1990): on est passé de 1 à 34 tentatives/jours chez les jeunes. Malheureusement, les médias et les antisatanistes ont tendance à citer ces cas marginaux comme des événements quotidiens, fréquents.
Sans valoriser ces groupes de musique, sans les dénigrer aussi (c'est l'éternel débat entre l'art et la censure morale), chose certaine, les paroles de leurs chansons expriment la haine, la violence, le désespoir et offre des solutions plus ou moins morales. A l'occasion, les chansons deviennent de véritables pactes suicidaires, comme celles de "Seanson in the Abyss" (Slayer), "Sactifical Suicide" (Deicide). Etre identifié à un style de musique, à certains groupes, c'est accepter un type de culture; un langage, un mode de vie.
Pour l'ensemble des groupes rock qui véhicule une image du satanisme, satan n'est souvent qu'un symbole. Il est rebèle, anarchique, voire sympathique. Il n'est pas nécessaire, pour ces groupes, d'y croire ou d'être convaincu de l'existence de satan. Egalement, on observe que fréquemment, ces groupes font références à des personnages légendaires ou célèbrent pour
les horreurs qu'ils ont pratiqué: Hitler, Alan Kardec, et plus proches, Charles Manson (28) et Aleister Crowley(29).
La musique dite "satanique" débuterait avec le blues américain, notamment en Louisianne. Les concerts de Dr. John se rapprochaient sérieusement de rites occultes et du vaudou. Au début des années 1970, on assiste d'une part à la montée des films Blacula et des films diaboliques, tels Exorciste et La Malédiction. Les groupes, qui ne donnent plus de simples prestations, mais des spectacles avec effets spéciaux (30), sont portés d'emblème à y intégrer le cinéma gore: momies, squelettes dans des costumes religieux, fumées pour les messes noires, décors de culte satanique; maquillages des musiciens; scènes horrifiantes ou bestiales, poulet égorgé, dégustation d'excréments, nudité, scènes de sodomie, guillotine, bébés pendus, brandissement de croix inversés, têtes de mort, etc. Ce sont les Black Widow, Ozzy Osbourne, Black Sabbath (sabbath noir), Alice Cooper, Juda's Priest, Led Zeppelin, AC/DC, Iron Maiden(leur nom est celui d'un instrument de torture contre les sorcières "La vierge de fer").
Au tournant des années 1990, les groupes se reconnaissant comme satanique ou gore connaissent un certain regain de vie: Morbid Angel, Deicid (qui veut dire "meurtre de Dieu"), King Diamond, Mercyful Fate, Sépultura, Slayer, Cannibal Corpse, Anthrax (nom d'une maladie du sysème nerveux). Ces groupes perpétuent une image de révolte et de crainte. Ils sont un objet de culte et de fascination pour plusieurs jeunes.
Ces groupes surclassent de loin le satanisme des groupes appartenant aux années 1970.
Côté costume et maquillage, Ace Frewley de Kiss est un minus comparé à Kind Diamond: croix de St-Pierre sur le front, ailes de chauves-souris sur les yeux et les pauières, sang qui dégouline en dessous des lèvres, pentacle, bagues en forme de gargouilles et de démons. Côté spectacle, ceux de Cooper sont de la pacotille comparés aux performance de Gwar: scènes obscènes, têtes mutilés, décapitation, perversions sexuelles, excéments nécrophagie et nécrophilie. Leur troisième album, America Must Be Destroyed s'est vendu à plus de 100 000 copies. Gwar, c'est le rock dépavré. Leur film, Phallus and Wonderland, montre des scènes écoeurantes, mais théâtrales: une femme se fait couper les seins en deux, des enfants mangent des céréales mélangés à du sperme, un curé se fait empaler avec un crucifix et se fait tripotter dans l'anus quelques secondes...
Malgré tout, de l'avis de plusieurs experts, ce qui est le plus malveillant pour les adolescents est plutôt le message final de ces chansons. A force de se faire traiter tous les jours de "pas bon", de "rejet", d"imbécile"... par ses proches et ses pairs, un adolescent perd le peu d'estime de soi qu'il possédait. C'est semblable avec la musique: à écouter sans cesse les gens clamer tout haut que le monde est dégueulasse, merdique; que la mort d'un individu est un bien pour l'ensemble de la société, que les parents briment la liberté et qu'il faut les éliminer, on fini par y croire, à passer à l'action.
En faveur des adolescent, disons que l'écoute de la musique est présentement leur loisirs préféré. La musique est également une des activités qui les démarquent le plus de leurs parents ainsi que des autres générations. En Amérique, depuis un demi-siècle, la musique rock est le signe d'une contre-culture. Elle procure à l'adolescence une identité provisoire: elle se veut le signe d'une quête de sens ainsi que celui d'une contestation de l'autorité en place. En réalité, les adolescents écoutent la musique que leurs parents détestent ou n'aiment pas entendre. Le fait qu'ils sont amenés à écouter leur musique à haut volume doit être interprété soit comme une réaction face à l'autorité, soit une facon de s'éloigner temporairement des conflits qu'ils vivent; soit une facon de défouler leur agressivité.
L'ensemble des groupes dits "sataniques" ont compris cela. Ils véhiculent une image du satanisme parce que le personnage est un symbole puissant, rebelle, anarchique, voire sympathique. Il n'est pas nécessaire pour ces groupes d'y croire ou d'être convaincu de l'existence de satan. Essentiellement, satan est une affaire de marketing. Leurs allusions, entre-mêlées d'un amalgame de références au mal, ne sont pas une pure coïncidence, mais quelque chose de volontaire en terme de rentabilité financière.
N'empêche que bon nombre d'adolescents tombent en admiration, vénère ces groupes ou ces chanteurs et, de plus en plus, à de très bas âges. Ils sont fortement attirés par le charisme et les supposés exploîts du vedettariat satanique (Manson n'a plus le droit d'aller dans une église, Zappa a fait caca sur la scène et a mangé une partie du tas, etc.), cherchent à copier les rituels imaginaires relatés dans les chanons ou en spectacle.
Aidés en plus du cinéma et de la littérature, certains adolescents finissent par former de petits groupes sataniques. Moins articulés qu'une véritable secte, ces groupes n'en demeurent pas moins dangereux. L'adolescence se caractérise par l'expérience davantage que par l'étude et la connaissance. Ils interprètent, à leur facon, les textes des chansons, s'inventent des rituels à partir de sacrifices d'animaux, etc., et ne sont guère à l'abri de s'adonner à des actes sanguinaires qui les dépassents.
Pour les défenseurs du rock et de la liberté d'expression, ces groupes ne font que du spectacle. Black Sabbath, King Diamond, Sépultura, Slayer, Canibal Corpse sont beaucoup plus une parodie de la religion officielle (le christianisme), une idolâtrie aux biens matériels et au sexe; Alice Cooper, Gwar ou Marilyn Manson, un produit de vente pour le sang et la morbidité, la révolte contre le système et les valeurs traditionnelles de l'empire et du mythe américain.
Pour les mouvements anti-rock, pour les antisatanistes, ces groupes savent très bien de quoi ils parlent. Les anti-satanistes considèrent d'ailleurs la chanson "Sympathy for the devil" (1968) des Rolling Stones, les assises de tous les groupes du genre. "Satan est le rebelle par excellence contre l'autorité, sous toutes les formes qu'elle se présente dans la société: parentale, patronale, académique, culturelle et religieuse". Satan est le symbole de l'anarchie et du despotisme. Cependant, leur discours avertisseur, omniprésent dans les médias, a l'effet contraire de l'intention et ne fait que mousser la montée du satanisme.
Pour les antisatanistes, satan trouve une de ses expressions artistiques dans le rock. Le Prince des ténèbres séduit les jeunes par cette musique et les convertit à l'adoration des forces du mal: drogue, alcool, délinquance, négation de la famille et de l'autoité, violence et sexe.
Certains fondamentalistes font remonter cette musique du diable aussi loin que les première sociétés traditionnelles animistes avec le beat des "tam, tam" et les danses érotico-magiques d'Afrique. Fait certain, sur le continent, pour les antisatanistes la musique du diable commence dans les années 1930, avec le Rhythm and Blues: des chansons qui contiennent des références précises de la sorcellerie et de la magie noire. Selon une légende populaire, Robert Johnson, un noir du Mississipi et musicien de blues, aurait conclu un pacte avec le diable à la croisée des chemins. Un de ses premiers succès, intitulé "Crossroads", relate ce soi-disant pacte.
Afin de freiner la poussée des groupes sataniques, des individus ont créé, en 1985, le Parents Music Resource Center(PMRC). Le mouvement comprend plusieurs personnalités des milieux politiques, des sénateurs et Susan Baker, femme du Secrétaire du Trésor de l'époque: James Baker. Le PMRC prêche des motifs sincères, sans toutefois les justifier.
Son principal objectif est surtout d'éduquer les parents et les jeunes de l'influence possible de la musique sur le sexe, la violence, la drogue et les cultes sataniques.
Les fondamentalistes chrétiens soutiennent que la musique rock est extrêmement dangereuse pour les jeunes. Selon eux, le mot "rockand rool" signifie: "balancer, rouler" et se veut le mouvement deshanches lors des relations sexuelles, ou encore, le retour des danses paganistes chez les sociétés traditionnelles. On regroupe en deux catégories les dommages causés par la musique rock: les incidences physiologiques (instabilité mentale, déficience de l'ouie --la musique est écouté souvent à plus de 90 décibels) et les incidences psychologiques (modification des réactions émotives telle la frustration et la violence incontrôlée).
Tout comme les antisatanistes, les fondamentalistes croient que le rock provoque de graves conséquences sociales. Les nombreuses émeutes, dans presque toutes les villes et les pays, lors des concerts rock, en sont la preuve indéniable.
Après ou avant les spectacles, les jeunes s'adonnent à des actes de vandalismes et de violences démesurés. Il y a des arrestations, il y a des blessures, des meurtres à l'occasion, des overdoses (la drogue et l'alcool affluent de toute part). Et, comme si toutes ses accusations ne suffisaient pas, lors des spectacles rock, l'aspect "délire, frénésie et hystérie" qui s'empare des spectateurs sont digne des exorcismes.
Leur fanatisme les amènent à revendiquer des accusations farfelues, insoutenables. Par exemple, que le rock crée un dommage à l'être humain lorsqu'il est écouté plus de trois heures. Ou encore, que les disques de musique rock contiennent des messages qu'ils qualifient par méconnaissance de subliminaux. Pour les antisatanistes, les groupes rock enregistrent des paroles à l'envers afin d'hypnotiser les adolescents, de leur faire un lavage de cerveau, de créer une autosuggestion. En faisant jouer à rebours certains disques rock, on découvre des inversions surprenantes: "Another One Bites the Dust" donnerait "Start to smoke marijuana"(31).
Aux Etats-Unis, ces mouvements extrêmiste sont davantage répandus. Mentionnons le controveré Steve Peters(32) et son mouvement Truth About Rock. Il a notamment publié les livres What About Christian Rock et What Devil's Wrong Rock Music et de nombreux "tracts" (Sexand Rock'n'Roll, Suicide and Rock'n'Roll) et des documentaires (Satanism and Rock's Fatal Flams). Ces mouvements ont évidemment leur site sur Internet.
Commercial ou non, une majorité des groupes de musique rock satanique vont profaner le christianisme, le catholicisme tout en faisant l'éloge du satanisme. Les paroles chantés par ces groupes sont révoltantse: paroles désobligeantes, profanantes, qui incitent les jeunes à la révolte, à la violence, au suicide et au meurtre .On retrouve sur les pochettes des phrases du genre:
"Je veux vivre pour Satan", "Je désire que le Seigneur Jésus plie le genou devant Satan", "Un merci à toutes les personnes qui sont de vrais serviteurs de Satan"(33).
S'il est difficile d'affirmer jusqu'à quel point ces groupes sont sérieux, on peut vivement contester l'image destructrice (de soi et des autres) qu'ils professent comme un commandement divin auprès de la clientèle vulnérable des adolescents. Si ces groupes ne sont pas des exemples de mouvement satanique, ils sont certes des musiciens aux mauvais goûts.
Finalement, il faut éviter d'associer les adolescents(34) qui écoutent ce genre de musique à des dévots de satan. La plupart n'ont pas la moindre idée de la portée occulte des paroles chantées, des symboles imprimés sur leur t-shirt (à titre d'exemple, le sigle "zoso" sur certains t-shirt de Led Zeppelin et qui signifie en langage satanique "fournication"). Il serait plus juste d'affirmer que, pour la plupart des individus, ce type de rock est la description des forces chaotiques qu'ils ressentent à l'adolescence. Ils recherchent la révolte et le désordre, ils sont en quête d'une identité symbolique, provisoire, forte et intéressante, davantage qu'un pacte satanique.
En terminant, mentionnons qu'à l'opposé des groupes sataniques, le milieu des années 1980 a favorisé l'émergence de groupes rock chrétien. Leurs chansons, au contenu biblique, véhiculent les valeurs évangéliques, des messages d'amour, de pardon. Le groupe Believer figure parmi les plus connus. Dans la même lignée, en Estrie, le groupe Freedom Force se veut le porte parole du Dieu miséricordieux. Ex-prisonniers, les membres prêchent l'amour, le pardon, la compréhension. On présente le Christ comme la lumière de la vie et la vérité absolue(35).
Les sorcières
Les sorcières ne sont des êtres tirées tout droit des contes de fées, n'ont certes pas l'apparence de Samantha, Tamarra, Marie-Lune ou de la Carabosse. En Estrie, elles sont une trentaine(36), 1000 au Québec (le mouvement montréalais se nomme Pagan Grove), près de 10 000 au Canada.
Les sorcières sont discrètes et ressemblent aux dames que l'on croise sur la rue, c'est-à-dire, aux individus de la société.
Leur religion, appelée Wicca, est fort différente de celles des groupes sataniques et elles tiennent, avec raison, à en être distinguées: les sorcières ne font pas parties de l'OTO (Ordo Templi Orientis), fondé au début du siècle, par Aleister Crowley; elles ne prêchent pas l'idéologie de la Bible satanique, ne pratiquent pas de messes noires. D'ailleurs dans le but d'éteindre les rumeurs à leur sujet, elles fondèrent dans l'ouest canadien le WITCH (Witches Invoking Tolerance Caring and Healing).
L'origine du Wicca remonte avant Jésus-Christ. Elle puise également ses principaux rites dans les mythes européens et les traditions celtiques. Le Wicca se pratique d'une facon individuelle et clandestine.
On peut se une panoplie d'objets ésotérique, reliés à la magie blanche ou à la pratique du Wicca, dans différentes maisons spécialisés, qui ont pignon sur rue, notamment à Montréal, au Mélange magique, à Sherbrooke, à la librairie Oasis: littérature, livre de recettes pour la concoction de potions magiques (pour éloigner les indésirables, pour envoûter l'amant, pour guérir), boules de cristal, talismans, pentagrammes, marmites...
Les sorcières ont leurs sabbats qui suient la course du soleil et le cycle lunaire; aux équinoxes, aux solstices, mais aussi à Samhain (Halloween), à Imbolg (2 février), à Bealtaine (30 avril). Elles s'inspirent d'un calendrier agraire, se ressemblent à l'occasion dans les bois, les clairières, et pratiquent un rituel afin de rétablir l'équilibre de la vie, les relations de l'être avec l'au-delà, avec la nature, avec la sexualité (érotisme). Le Wicca est une religion exotique qui rejoint la pensée écologiste et féministe des années 1960, l'animisme aussi.
Le principal symbole du Wicca est le pentagramme. Il n'est pas rare d'observer ce symbole sur les adolescentes; un symbole qui s'est retrouvé dans plusieurs boutiques de vêtements, en raison de la popularité du Wicca ces dernières années.
Présentement, les adolescentes québécoises sont peu attirées par cette religion --la clientèle ciblée est âgée entre 25-35 ans.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation, d'abord, la presque totatlité de la littérature du Wicca est de langue anglaise. Le Wicca est davantage une affaire des communautés anglophones de Montréal, de Toronto et de l'ouest canadien, des Etats-Unis --il existe quelque cinq cents revues, dont Magical Blend et Witchwords. Ensuite, l'autonomie de la pratique Wicca, sa structure plus libertine, ne favorise guère la sollicitation étudiante. Toutefois, la sortie de film comme Magie Noire, l'arrivée des hypermédias dans les maisons (Internet), l'engouement pour les adolescentes n'est qu'une question de temps. Autre facteur, en Nouvelle-France, les histoires de sorcières et de sorciers ont davantage fait place aux superstitions qu'au procès public, véritables poudre d'escampette pour la sorcellerie(37).
notes
1.Introvigne Massimo, Enquête sur le satanisme: satanistes et antisatanistes du XVIIe siècle à nos jours, Éditions Dervy, 199, 000 p. Voici d'autres références pour approfondir ce chapitre: Kelly Henry A., Le Diable et ses démons, Éditions du Cerf, 1977, 195 p.; Forand Claude, "Les Fous de Satan", Justice, volume 11, numéro 5, mai 1989, p. 10-15.; Collectif, "Sous le soleil de satan", L'Actualité Religieuse, numéro 87, 15 mars 1991, p. 4-16; Soutif Maurice, "Quand Frappe les esprits", Géo, numéro 127, septembre 1989, p. 132-155.; Terry Maury, The Ultimate Evil, Dolphin Book, 1987.; LaVey Anton, Satanic Bible, London W.H. Allen, 1977.; Messadié Gérald, Histoire de Satan, Éditions Robert Laffond, 1993, 456 p.; TEYSSEDRE Bernard, Le Diable et l'Enfer au temps de Jésus, Éditions Albin Michel, 1985, 360 p.; KING Francis X., Sorcellerie et Démonologie, Éditions CIL, 1987.; Bergeron Richard, Damné Satan, Éditions Fides, 1988, 68 p. Hicks Robert D., In Pursuit of Satan --The Police and the Occult, Prometheus Books, Buffalo, New York, 1991; AUBIN Isabelle et Sauve Claudine, "Au nom de Dieu", Châtelaine, décembre 1993, p. 43-48; Arnould Colette, Histoire de la sorcellerie en Occident, Éditions Tallandier, 1992, 499 p. (synthèse encyclopédique); Ouvertures, revue publiée par le CINR, no 5, automne 1995, entrevue avec Massimo Introvigne (directeur d'un centre d'étude des religions en Italie) "Satanisme, loi anti-secte, nouvelle religiosité". Aussi, Carles Gilles, Le diable d'Amérique, ONF et les Productions d'Amérique française et l'Institut national de l'audiovisuel de France, 1990, 60 minutes (excellent documentaire sur les différentes représentations diaboliques sur le continent: folklorique, religieuse, populaire, etc.); "Do We Need Satan", Time, 13 november 1995, p. 63-68.
2.Théroux Yvon, Le Satanisme des jeunes, 1997; Myre André, Satan dans la Bible, 1986; Bergeron Richard, La Panique satanique, 1996 et Le Satanisme: ses forces, son contenu et les sources du phénomène, 1992, et Du Satanisme à Satan, 1986; Décary Normand, Le Satanisme aujourd'hui, 1991; Lepage Yvon, Satan aime-t-il le rock?, 1991; Du Berger Jean, La Figure du diable dans l'imaginaire collectif, 1993.
3.Programme EMRC, troisième secondaire, 1996, module 3, Le Mal et la souffrance.
4.Occultisme et satanisme, CKSH, novembre 1994.
5.Une grande partie de ce texte s'appuie sur la conférence d'André Myre, Satan dans la Bible, CINR, 1986.
6.De nombreuses personnes croient que Lucifer est un ange puissant qui s'est opposé à la volonté de Dieu et fut jeté en disgrâce. Or, la Bible ne dit rien de précis à ce sujet! Le malentendu de cette histoire provient d'interprétations bibliques faites plusieurs siècles après Jésus-Christ. L'association de Lucifer comme prince des démons et la chute des anges, qui peut avoir été provoquée par la prétention de s'égaler à Dieu, sont inspirées d'un texte d'une autre religion. Dans ce passage biblique du prophète Esaïe: "Comment es-tu tombé du ciel, étoile du matin, fils de l'aurore?" on a interprété la chute de l'Etoile du matin comme celle du prince des démons. Ce verset faisait allusion à un autre texte ("Comment es-tu déchu du ciel, ô Hélel, fils de l'Aurore?"), concernant la chute d'un être céleste, Hélel ben Shahar, symbole désignant le roi d'Assyrie ou de Babylone. C'est la Vulgate de St-Jérôme, au IVe siècle, qui traduira les mots "étoiles du matin" par Lucifer (Porte-lumière).
7.La sorcellerie en Nouvelle-France est loin d'avoir une histoire aussi flamboyante que celle en Europe ou d'autres pays qui ont subi les foudres de l'Inquisition --où plus de six millions de femmes ont été torturées et tuées. Toutefois, en Nouvelle-France, celui ou celle qui avait recours à la sorcellerie n'était pas sans risque de se retrouver sur le bûcher ou d'être condamné à mort. Durant le XVIIIe et XIXe siècles, les paysans de la colonie, semblable aux gens du Moyen âge, faisaient une large place à la superstition --plusieurs se disant victimes de maléfices, de sortilèges ou encore d'infestations diaboliques. Au Québec, l'accusation de sorcellerie a coïncidé presque toujours avec l'émergence d'un fléau naturel: maladies contagieuses, épidémies, épizooties, incendies, disettes. La population était désarmée et cela entraînait forcément des accusations de toutes sortes. Cependant, à quelques exceptions près, les rares procès de notre courte histoire se sont soldés à des verdicts de non-culpabilité --les accusés étaient libérés, faute de preuves. Deux facteurs ont contribué principalement à ce que les événements meurtriers et les massacres de l'Inquisition ne soient pas reproduits ici. D'abord, on ne voulait pas répéter les gestes effroyables qu'avait déclenchée la "folie de la sorcellerie" sur l'autre continent. Ensuite, le clergé contrôlait étroitement les émotions populaires, évitant les abus de la superstition qui aurait pu dégénérer en hystérie collective. Le clergé avait donc fixé un cadre religieux à l'intérieur duquel la piété populaire et la dévotion prenait une importance démesurée --de quoi éloigner tous les sorciers et les sorcières. Au Québec, mis à part le procès de Daniel Vuil, accusé de sorcellerie et condamné à mort en 1661, la sorcière la plus célèbre fut sans contredit Marie-Josephte Corriveau. Voir,Cliche Marie-Aimée, Les Pratiques de dévotion en Nouvelle-France, PUL,1988, p. 65-74.
8.Coulombe Daniel, Unibroue ou le marketing des fondamentalistes chrétiens, BièreMag, hiver 1995, p. 6-7.
9.Le diable possède des pattes et des cornes de bouc pour plusieurs raisons. Le bouc est un animal réputé pour son insatible désir sexuel envers sa compagne. Sa copulation se fait sans prémices amoureuses, ni séduction. On raconte même que le bouc prend sa partenaire, la viole! De plus, c'est un animal qui dégage de fortes odeurs (il pue). Le bouc est brutal et répugnant, mais ces partenaires finissent par tomber dans le jeu du plaisir de l'acte sexuel. C'est pourquoi, il est devenu tôt un symbole représentant une forte sexualité bestiale, associé à la pénétration anale et à la sodomie. Il n'est pas non plus étonnant que lors du sabbath des sorcières, satan se retrouve sous l'apparence du bouc et copulent avec elles. Pour plusieurs peuples de l'Antiquité, le bouc possède des forces génésiques. Différents cultes avaient lieu afin de rendre la femme féconde et fertile. Par exemple, chez les Hébreux, le prêtre recevait deux boucs: un était sacrifié à Dieu et l'autre, devenu bouc émissaire, était chassé dans le désert (lieu peuplé de démons ou lieu du démon). Avec le temps, le bouc émissaire, chargé de tous les péchés, incarne le mal, et satan héritera de ses pattes et de ses cornes.
10.On s'accorde pour dire, même si dans l'imaginaire judéo-chrétien il existe peu d'indications sur le coloris du diable, qu'au début, le diable est noir parce qu'il fait peur et répugne. Le noir est aussi une couleur associée au pelage du bétail, représentant le côté bestial du diable. Le noir représente la mort, la nuit ou, mieux encore, la privation d'une valeur positive, c'est-à-dire, l'absence de lumière. Plus tard, satan sera reconnu comme l'Adversaire ou le Dragon de l'Apocalypse. Il devient vert et il est associé au serpent de la Genèse. Le vert symbolise aussi la décomposition de la mort et la putréfaction. Parce qu'il aime le feu et le sang, et que l'enfer est vu comme un brasier éternel, satan deviendra rouge.
11.L'étymologie de ce mot vient du mot grec "épilepsia" qui signifie "attaque" et s'inspire de ses symptômes les plus intenses: brusques attaques convulsives comprenant des soubresauts rapides et généralisés, perte de conscience, clignotement des yeux.
12.Au sujet de la confusion entre le possédé et l'épileptique, notons que déja dans les années 1920, Bremond insistait auprès du ministère de l'exorcisme pour ne pas confondre les possessions et les accès d'hystéro-épilepsie.
13.Il fut publié et inséré sous l'ordre du pape Paul VI, au début du XVIIème siècle.
14.Il affirme, entre autres, que le frère André faisait de la lévitation et qu'il était harcelé, la nuit par satan; que Marthe Robin aurait vécu 52 ans sans manger, ni boire, ne se nourissant que de l'eucharistie.
15.Notamment, Coulombe Daniel, Le satanisme du frère Giroux, La Tribune, 29 décembre 1994, p. A6; Clément Adrien, Arrière Satan, La Tribune, samedi, 23 novembre 1995, p. A6. Gougeon Francois, C'est une erreur fondamentale d'interdire les exorcismes privés, La Tribune, 6 février 1996.
16.Lortie Marie-Claude, "La SQ a ouvert une enquête sur une mystérieuse secte satanique en Estrie", La Presse, 30 septembre 1995, p. A1 et Le frère Guy Giroux fait son oeuvre d'exorciste, A2. 20. Côté Michel, Satan, Père du mensonge, Éditions .., 1996, p. Lortie Marie-Claude, L'Église catholique croit encore au Diable, La Presse, 30 septembre 1995, p. A2.
17.Régimbald J.-P., Le Rock'n'Roll, viol de la conscience par les messages subliminaux, Sherbrooke, Editions Saint-Raphaël, 1983, 62 p; aussi disponible en version audiocassette, 1982.
18.Le mot secte est utilisé ici, non dans un sens péjoratif, mais comme signifiant divisions, sous-groupes.
19.Richard Bergeron avait déjà raconté lors d'une conférence donnée dans le cadre des activités du CINR, le cas d'adolescent aux prises avec des peurs et des angoisses reliés à satan. Les adolescents en question venaient à peine de quitter un mouvement fondamentaliste. Malgré leur âge, ils ne pouvaient dormir seul la nuit, peur de satan. Aussi, Yvon Théroux, a lui aussi fait mention de cas d'adolescents s'adonnant au satanisme, lors de la conférence Le Satanisme des jeunes, automne 1997, Montréal, et qui avaient de graves problèmes de fonctionnement.
20.Comprenons-nous bien, ici le suicide de ses adolescents n'est absolument par relié à une question de satanisme. Aussi, lire le témoignage de Dominic Branchaud, Il faut savoir changer ses habitudes musicales, Le Progès, 22 mars 1997, p. 13.
21.Son nom est Anton Szandor LaVey. Il est né en 1930. Voir: Schwarz Ted et Duane Empey, "Devil-Dancer Anton LaVey", dans Is Your Family Safe? Satanism, Zondervan Publishing House, 1988, p. 69-93; Alfred Randall H., "The Church of Satan", dans The New Religious Consciousness, University of California Press, 1976, p. 180-202.
22.Depuis ce shisme, on distingue les mouvements qui interprètent satan comme un symbole ou comme une entitée.
23.Au sujet des TPM, voir en francais: Mulhern Sherril, "De l'hypnose à l'enfer", Les Laboratoires Delagrange, coll. "Les empêcheurs de penser en rond", Paris, 1991, p. 123-143. (colloque de Cerisy). Sur Internet: "Does Ritual Abuse Exist?" (http://www.kosone....e/ocrt/ra_none.htm). Voir aussi les documentaires: The Search of Satan (diffusé à la BBC, novembre 1995), 60 minutes; Schillinger Ted, dans la série La justice américaine" (les pratiques dites sataniques), ABC, NBC, produit par Les Productions du Sagittaire pour Canal D, version française AstralTech, 1993, (60 minutes). 30.
24.Lortie Marie-Claude, La SQ a ouvert une enquête sur une mystérieuse secte satanique en Estrie, La Presse, 30 septembre 1995, p. A1.; Fisette, "Diable", La Tribune, samedi le 11 mars 1995, p. A.10.
25.Pour une histoire du genre plus étoffée, voir BLOOD Linda, The New Satanists, Warner Books, 1994, 244 p.
26.Ils existent plusieurs documents relatifs aux "abus rituels sataniques", appelés les SRA (Satanic Ritual Abuse). Au CINR, on peut consulter: LANNING Kenneth V., "Satanic, Occult, Ritualistic Crime: A Law-Enforcement Perspective" ainsi que "Investigator's Guide to Allegations of Ritual Child Abuse"; MULHERN Sherrill, "De l'Hypnose à l'enfer"; TUCKER Rob, "Les Mauvais traitements rituels et le Satanisme".
27.Les fondamentalistes chrétiens ont converti Sellers et ont produit un documentaire de propagande: Stuck in a Nightmare: The Sean Sellers Story (film à propagante religieuse sur le satanisme et la musique rock), 1989, 34 minutes (Free Loan Video, Program, PO Box 31010, 475 Westney RND, Ajax Marketplace, P.O., Ajax On, L1T 929).. Sur internet: The influence of music and rock videos (http://www. psych.m... tsFam/musicvid.htm) et Hidden Messages in Rock 'n' Roll (http://www.io.org/~sower/rocksecu.txt. Voir aussi les articles de Gross Jonathan, "Satanism and Rock Videos", Rock Video, 1992, p. 52-54; Kaye Don, Fangoria, no 126, 1993, p. 72-77.
28.Sans doute, l'événement moderne qui est à l'origine de cet engouement et de la prolifération des sectes sataniques est l'assassinat cruel, en 1969, de l'actrice et sex-symbole Sharon Tate. Elle était l'épouse du réalisateur Roman Polanski. Ce dernier avait réalisé, en 1968, le film Rosemary's Baby. Des disciples de Charles Manson, chef et fondateur de la secte, ont pénétré dans la résidence et tué d'abord, quatre personne dont Sharon (enceinte de huit mois), qui fut retrouvée pendue. Ils auraient écrit sur la porte, avec le sang des victimes, le mot "pig"(cochon). Deux des victimes furent poignardées de façon morbide et cruelle, à plusieurs reprises, les autres à coup de fusil. Le lendemain, deux autres personnes furent assassiner --une avait une fourchette à dépecer dans le ventre-- et avec leur sang, la secte a écrit des inscriptions et des phrases haineuse sur les murs dont "Helter Skelter", une chanson des Beatles. Dépendamment des sources, bien des faits demeurent incertains ou sont imprécis. En 1995, le groupe Gun's and Roses a fait réaparaître le spectre de Charles Manson, avec le port de t-shirt illustrant le visage de manson --il s'est fait tatoué une svastika sur le front—leur vidéoclip "Psychophate" et leur chanson cachée "Charly" sur l'album Spaghetti --une chanson misogyne, écrite par Manson. Plus de 25 ans après ses drames horrifiques, Manson suscite toujours une certaine fascination chez les mouvements sataniques --il reçoit un abondant courrier de fans-- et des groupes de musique qui recherchent l'attention, tel Gun's and Roses. Manson et ses dévôts (Charles Watson, Susan Atkins --celle qui fit la confession des crimes à la police--, Patricia Krenwinkel et Leslie Van Houten) furent condamnés à la peine capitale. C'est en raison de l'abolition de la peine de mort en 1972, en Californie, qu'ils ne furent pas tuer et sont emprisonnés à perpétuité. Manson, âgé dans la soixantaine, est toujours isolé dans une prison à sécurité maximale, en Californie.
29.En ouvrant la pochette de l'album Hotel California du groupe Eagle, on peut voir le visage d'Aleister Crowley. Est-ce une allusion au satanisme? Ozzy Osborne, de réputation satanique, a écrit une chanson en hommage de la vie de cet homme, né en Angleterre, en 1875. Aleister Crowley est sans contredit, le Père du satanisme moderne --son nom véritable est Edward Alexander Crowley. Le petit enfant a été éduqué par des parents sévères et rigides, issus de prostestants fondamentalistes (La Fraternité de Plymouth). Très jeune, Alexander est fasciné par l'occultisme et la magie. Il devient un membre très affluent d'une société à demi-secrète et quelque peu kabbaliste: The Golden Dawn (l'Aube Dorée). Plus tard, une hérisie a lieu sous sa gouverne et il fonde "The Golden Dawn in the Outher". A cette époque, la fin du XIXe siècle, l'Angleterre proliférait de sociétés rosécruciennes, ésotériques et de franc-maçons. Les gens étaient fascinés par l'astrologie et la magie. Crowley achète alors un manoir et se consacre à la magie cérémonielle et sexuelle ainsi qu'au luciférisme. Bien connu pour ses problèmes de toxicomanes, il sera accusé à maintes reprises de sorcellerie, de rituels orgiaques, d'escroquerie. De façon paradoxale, son influence sera omniprésente dans le monde artistique et la haute société londonienne. Il laisse un texte poétique d'inspiration magique: "Le Livre de la Loi", dans lequel on retrouve l'âme directrice du satanisme: "Fais ce que tu sens être en plein dans la Loi, car tu n'as pas d'autre droit que de faire ta volonté". Cette philosophie, "Vie pleinement ce que tu ressens en toi!", est dangereuse car elle incite les gens à la réalisation de leurs pires instincts. Depuis les années 1960, on assiste à un retour et un engouement pour la magie et la vie de Crowley. Il a influencé, entre autres, des groupes tels les Beatles et Led Zeppelin --Jimmy Page, le guitariste du groupe, a acheté le manoir de Crowley. Aujourd'hui, ils sont des milliers de disciples. Sa doctrine a inspiré plusieurs sectes sataniques modernes et donner naissance à de nombreux mouvements en Californie, dont l'Eglise de Satan, d'Anton LaVey.
30.C'est au groupe Genesis, puis Kiss et Alice Cooper, que revient traditionnellement le titre de pionners dans le domaine du spectacle rock. Avant, les spectacles étaient d'une pauvreté visuelle déconcertante. A partir des années 1970, les effets spéciaux et théâtraux faciliteront l'entrée de groupes sataniques où la qualité musicale est délaissée au profit du spectacle. Aussi, dans un reportage dans le zine Genesis, Québec, 1979, Peter Gabriel racontait qu'il avait écrit Super Ready, la chanson culte du groupe, à partir d'un événement qui s'était produit lors d'une séance de spiritisme et de lectures de l'Apocalypse.
31.Aussi, Stairway to heaven en marche arrière donnerait des phrases du genre: "Here's to my sweet Satan" et "I live for Satan".
32.Steve Peeters et Dan Peeters, What the Devil's Wrong with Rock Music?, Truth About Rock, 1985, 86 p.; et avec la collaboration de Cher Merril, What About Christian Rock?, Bethany House Publishers, 1986, 224 p.
33.Du groupe Deicide, "Special thanks to the persons are the true servants of Satan"; De Led Zeppelin (IV). Voici d'autres paroles de cet album: "Yes to Satan", My Favorite loving one Satan", Be not afraid of Satan", etc.
34.Certains ont tenté de donner des repères aux parents afin d'identifier l'adolescent aux prises avec un intérêt pour le satanisme. Toutefois, il serait souhaitable de lire et d'aborder ces remarques avec beaucoup de réserve. Il ne faut pas refaire une chasse aux sorcières digne du moyen âge. La formule la plus simple consiste à se questionner face aux problèmes comportementaux de l'adolescent, son degré d'appartenance à un groupe, sa croyance ou sa participation à diverses expériences paranormales. Voici, cependant, une grille plus explicite. a) Aborder une franche discussion et vérifier si la personne fixe son intérêt sur le personnage de satan davantage que sur le groupe de musique lui-même --l'ouverture d'esprit est de mise et le meilleur conseil serait de s'informer au préalable sur le groupe en question. b) S'interroger sur le comportement et l'attitude de la personne, bref sur sa santé mentale: "a-t-il des changements rapides d'humeur, délaisse-t-il ses amis, se renferme-t-il dans sa chambre, cherche-t-il à s'isoler, en classe, à la maison? Ses résultats scolaires et ses projets sont-ils négligés? Utilise-t-il pour s'expliquer un charabia ou un vocabulaire que lui seul comprend? etc. c) véhicule-t-il des symboles du satanisme (crucifix inversé, pentacle avec des inscriptions kabbalistes ou signes astrologiques, porte de chambre peint en noir, en rouge)? Possède-t-il des livres ou des affiches sur le satanisme? Des disques de groupes identifiés fortement au satanisme?d) A-t-il accès à des mouvements sataniques (en région, sur Internet, par correspondance)?
35.Voir à ce sujet: Roy Johanne, "Face à Satan, le rock chrétien", La Presse, jeudi le 8 mai 1986, C 3.; Ricard Jean-Paul, "Freedom Force: un groupe Heavy Metal qui prêche la bonne parole", La Tribune, mercredi le 14 octobre 1992, D 11.
36.Coulombe Daniel, La Tribune, Les sorcières existent vraiment, jeudi 31 octobre 1996, p. A2.
37.Les lecteurs pourront se référer à la Bible en la matière: Marron Kevin, Witches, Pagans and Magic in The New Age, Seal Book, 1989, 230 p. Ou encore, pour esquiver un on peut Tyson Donald, Ritual Magic: What It Is & How to Do It, Llewellyn Publications, 1994, 270 p.; Au sujet des rituels, consulter Eight Sabbats for Witches, Farrar Stewart et Farrar Janet, Phoenix Publishing inc, 1981, p. 26. Pour la sorcellerie en Nouvelle France : Cliche Marie-Aimée, Les Pratiques de dévotion en Nouvelle-France, PUL, 1988, 354 p.; Panati Charles, L'Origine merveilleuse des choses de tous les jours, Firs, 1989, 317 p.