UNE VISITE À RAËLAND

 

par Amélie Langlais

et Daniel Coulombe

 

Il y avait belle lurette que nous voulions rendre une visite à Raël sur sa base Ufoland, à Valcourt, ouvert depuis l’été 1997. Les dépliants y étaient pour quelque chose : " Montez à bord d"un ovni! " --avec une certaine attirance record/guiness : " le plus grand bâtiment au monde construit en bottes de paille " (question d’économie davantage que d’écologie et surtout pas de technologie; et aussi, lorsque le feu va prendre entre les murs ça va chauffer!) et la plus haute réplique d’ADN au monde (tellement haute que la réplique ne reproduit qu’une partie de l’ADN alors qu’un peu plus petite elle aurait pu être complète).

Notre première surprise s’avère la durée de la visite : quelque 90 minutes. Avis aux sceptiques qui visiterons Ufoland, prévoir ce délais avant la fermeture du centre. Heureusement, un guide sympathique offre de faire du temps supplémentaire. Nous payons 10$ au guichet (ce qui est raisonnable). Le guide, dans son introduction, s’empresse de nous rassurer avant le premier atelier : " Nous respectons vos croyances, il n"est pas question ici d"un lavage du cerveau. Le but de cette visite est de vous présenter une autre vision du monde, de l"univers ". C’est gentil, naïf, presque inoffensif. Scientifique ou ésotérique, peu importe, nous apprécions toujours la gentillesse et l’aimabilité des gens. Deux morceaux de robot pour le guide.

La visite comprend sept ateliers, notamment la génétique, l’exploration spatiale, la robotique (vie artificielle ), l’astronomie et le futur, la révélation de Raël, les ovnis dans le monde. On peut trouver plusieurs textes d’information sur le site des Raëliens :

www.ufoland.com (bien qu’au moment d’écrire cet article, cette section du site ne fonctionnait pas). Dans l’ensemble, les ateliers présentent un cachet intéressant, tous accompagnés d’un vidéo (quelques sept minutes) et les décors sont créés en fonction du thème de l’atelier. Le septième atelier nous montre l’ovni que Raël a vu dans le cratère d’un volcan. Le guide nous a rassuré dès que nous avons monté l’escalier menant à l’intérieur du vaisseau : " Ne vous attendez pas à voir un tableau de bord avec plein de petites lumières, les Élohims possèdent une technologie supérieure". Il n’a jamais si bien dit. L’intérieur est vide. Complètement vide, hormis deux sièges gonflés, en plastique, transparents. De l’extérieur, l’ovni ressemble à un mamelon cosmique, ou encore à un condom sur la table de chevet, au point où on se demande même si Raël n’a pas pensé plus " marketing pansexuelle " que théorie scientifique dans son approche désign. Aux côtés de l’ovni, dans les airs, plane une image du visage de Jésus (une iconographie des années 1960, des années hippies). N’oublions pas que Raël est le demi-frère de Jésus, que leur père est Yavhé. À notre gauche aussi, on y présente une maquette de l’ambassade raëlienne. C’est drôle, puisque des numéros sur la maquette nous indique l’emplacement de la future salle de conférences des Élohims. Pourquoi pas les bécosses et la cuisinette!

Si les panneaux sont attrayants, disons que l’orthographe et la grammaire sont légèrement égratignés. Et, sans donner tous les détails des ateliers, ajoutons que les informations "scientifiques " et " religieuses " sont très générales, la majorité étant véridiques, mais que certaines sont douteuses, contestables, et parfois, choquantes pour l’intelligence humaine –alors que dire à la défence de l’intelligence extraterrestre. Car, le visiteur n’a pas besoin de connaissances exégétiques, théologiques, informatiques, astronomiques, bio-chimiques et autres pour reconnaître immédiatement la salade vulgarisée et les faussetés avancées par le raëlisme. Il a simplement besoin d’un peu d’esprit critique et de bon sens. Finalement, le guide, cela reflétait l’évidence, ne possédait pas de doctorat en chimie ou en biologie. Il s’est fourvoyé à plusieurs reprises dans son discours sur le clônage et la génétique.

Suite à cette visite, nous constatons que les deux principales tactiques employées à Ufoland sont : la " preuve par l"absurde " (le cosmos est si grand qu’il est évident que d’autres civilisations comme la nôtre existe) et la conspiration, telle que véhiculée par le cinéma (Contact)(1) et la télévision (X-Files). Entre autres, durant la visite, sur les panneaux, on retrouve des citations de l’association des anciens astronautes de la NASA, dont plusieurs membres avouent ouvertement, maintenant qu’ils ont droit de dire la vérité, avoir été observés tout au long de leur mission par des extraterrestres –sur la lune, dans l’espace--; ainsi qu’une photographie de la NASA où l’on peut voir le Sphynx et les trois célèbres Pyramides d’Égypte –phénomène que la NASA et la science cherchent toujours à nier; c’est aussi ce qui explique l’intérêt des États-Unis pour la planète Mars).

Nous avons été étonnés de constater qu’à Ufoland, on n’utilise pas la tactique de la " fausse preuve ", c’est-à-dire, en démasquant quelques charlatants ici et là, quelques faux ovnis, quelques arnaques célèbres, on renforcerait la crédibilité du pseudo-discours scientifique. C’est une méthode connue des charlatans.

Nous arrivons également à cette dernière conclusion : ce site ne devrait pas porter le toponyme " d"Ufoland : le monde fantastique des ovnis et extraterrestres " mais plutôt celui de " Raëland : le monde et la salade de Claude Vorilhon " pour les raisons suivantes : on retrouve si peu d’informations sur les ovnis et les extraterrestres; l’omniprésence de Raël et de son message transparaient tout au long des ateliers.

Dernière note négative : nous avons été déçus du peu de concret que l’on observe à Ufoland. Pour des individus côtoyant des extraterrestres --qui possédent une si grande technologie--, à Ufoland, on demeure encore à l’âge du panneau laminé et du vidéo –aucun ordinateur— ainsi qu’aux portes traditionnelles, avec une poignée –seule la première porte était automatisée. Pourquoi ne pas présenter, au microscope, une cellule humaine, des robots, des plantes clonées, etc...

À la sortie, on fait face à un comptoir de gugus ufologiques et objets promotionnels raëliens : petits bas Ufoland pour les enfants, serviettes de plage avec la soucoupe des ovnis, extraterrestres en tout genre, bref, tout le bazar traditionnel que l’on retrouve dans des sites similaires, à Roswell. Toutefois, on insiste guère pour l’achat de souvenirs et nous apprécions.

Somme toute, une agréable visite cosmique. C’est toujours plaisant et bienfaisant de sentir que des héros venus de l’espace vont parler à nos gouvernements, d’ici 2030, de notre piètre situation écologique, économique; vont rétablir la paix, empêcher la réalisation d’une Troisième guerre mondiale (nucléaire, bactériologique); toujours fascinant d’espérer un jour rendre visite à nos amis à l’autre bout de la galaxie; de se cloner, question de tromper son conjoint, d’écoeurer davantage le voisin, de tromper son conjoint-e, de vivre plus longtemps.

Et, ne soyons pas trop sceptique en espérant que ce groupe soucoupiste dès plus en vus sur la planète disparaîtra avec la mort de Raël. Déjà, tous les changements ont été prévus pour que le raëlisme survive à son gourou. Concernant le problème de la venue des Élohim, qu’ils viennent ou viennent pas à peu d’importance : " De nombreux mouvements religieux ont eu à faire face à des prophéties qui ne se vérifient pas (ex : les Témoins de Jéhovah) et ces mouvements existent toujours aujourd’hui : il devrait en être de même pour le Mouvement Raëlien "(2).

Alors, si jamais la tête et le coeur --pas l’esprit-- vous en dit pour une tournée paranormale estivale, après Valcourt, rendez-vous à Saint-Simon de Bagot, près de St-Hyacinthe pour faire dodo sous la pyramide de St-Germain. En plus d’absorber de l’énergie cosmique, trois autres options s’offre à vous : l’anneau transitionnel (perception de l’aura), le cylindre géomagnétique (pour la polarité du corps physique) et le théracube (pour la désintoxication). Comme quoi, à environ 3$ la minute pour chaque " concept ", le Québec exploîte merveilleusement bien son touriste incrédule, friant d’ésotérisme et de parapsychologie.

notes

  1. Les raëliens n’ont d’ailleurs pas tardés à faire cette association. Voici le titre et le résumé de leur communiqué: " CONTACT ", 1997 : le film, 1973 : la réalité, Le vrai CONTACT a déjà eu lieu !Ceci n’est pas de la fiction ! C’est le 13 décembre 1973 que des extraterrestres ont rencontré un être humain nommé RAËL.. Il lui ont révélé la vérité sur nos origines : nous sommes le fruit d’une création scientifique. Nous pouvons retrouver leurs traces un peu partout sur la terre. Ces êtres sont à l’origine de toutes les religions. Leur nom fut injustement traduit par Dieu dans la bible; les ELOHIM (ceux qui sont venus du ciel) désirent reprendre contact avec nous et nous léguer leur héritage scientifique. La résurrection de Jésus n’est pas un miracle mais plutôt la maîtrise du procédé du clonage pour prolonger la vie éternellement. RAËL est présentement leur seul représentant sur terre. Sa mission est de construire au nom de toute l’humanité une ambassade pour les accueillir".
  2. CHERBLANC Jacques, Raël et son mouvement au Canada : l’accueil et le développement d’une secte soucoupiste française dans un pays étranger (1976-1999) , mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en histoire, Université Jean Moulin Lyon III, juin 1999, p. 162.
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