L'AFFAIRE SANDALE TRANSCENDANTALE
À tous les baby-boomers
qui sont devenus actionnaires de
Nike et de Reebok en nous plaçant
les deux pieds dans la marde.
Il couchait avec sa mère, par-delà les montagnes et les vallées profondes. J'arrêtai la lecture: l'incipit débutait sur un pied de céleri. Oedipe, un roi? Une sale affaire de famille. Il n'y pas si longtemps, j'aurais dit une affaire de baby-boomers à Woodstock. C'était du réchauffé, du micro-ondes. Dans l'Antiquité, cela avait été une sale affaire de Troyens et de canasson --tout ça à cause d'une bonne femme: Hélène. Bref, in illo tempore, l'homme avait toujours eu de la difficulté à marcher droit. Ca sentait la conspiration d'aveugles et les compagnies de shoeclaques.
Je me regardai la poire sauvage parsemée de poils de gadelle. Je vieillissais, bédainant, et pourtant jamais dans ma vie de chien j'avais cherché à m'élever --même pas plus haut qu'une échalote en graine. Ce n'était pas la culture qui me faisait défaut: spécialisé dans les langues mortes, je possédais aussi le don de la télépathie. Mais ce jour-là, j'avais la dalle arrosée, les amygdales calées, et j'étais aussi bouleversé que mon estomac.
Je cherchais les motifs de madame Ouate, cette grosse pelure ménagère qui avait assassiné l'architecte avec un capitule d'artichaut.
La taverne était froide. Marcel bisounait. Framé comme un deux-par-quatre, écotonné comme une épinette de la MBJ, il lavait les bocks devant les bois de caribous et d'orignaux; un brochet empaillé salivait à la vue incessante des saucisses et des oeufs dans le vinaigre. C'est dans ces moments-là que j'étais le plus déflaboxé, que je me questionnais sur le fêtaillage de la vie de chien.
-- "Marcel, la traite de bagosse à Zidode!" ...non plus un baise-l'ours-polaire-de-métal-qui-s'enlève.
les aventures
de
ZORZOF
Je me réveillai le lendemain, encore à la taverne, snetteux, étendu à travers les chaises. À deux reprises, la bave me recolla au sol... vomi d'ivrogne. J'avais mal aux cheveux. Debout, devant le miroir, je remarquai la présence d'un rond de poêle couvrant mon oeil. Tout ça, sous l'indifférence des poivrots qui buvaient au comptoir. Sept heures? Il faut avoir le foie pour y croire.
Parmi les haricots sautés, et croyez-moi, ce n'était pas la crème du village, je tentais de réfléchir encore aux motifs du meurtre, la dernière bouchée qu'il me manquait avant de passer la varice au blender.
Un vieux m'invita à boire en sa compagnie. Il avait en pleine bouche le ratelier avec les vers. Le tout abrité par un balai de chiottes en dessous du nez. Pas question d'accepter! Je filai comme un oeuf fétide sur une planche de marbre. Il fallait y mettre la gomme afin de coincer la dame en question puisque le scénario était aussi limpide qu'un début de Columbo.
La route offrait d'incroyables vues panoramiques: on aurait dit que le Grand cuisinier de l'univers s'était inspiré d'une assiette plastique oubliée sur le charcoal --l'impression aussi que l'ingénieur s'était servi d'un spaghetti lancé au sol pour le tracé.
Le Bar Ailleurs n'était pas n'importe où. Il était situé sur l'ancien site de l'Eastern Townships Telephony, puis de la Dianétique. Depuis que le propriétaire avait fait l'achat d'un comptoir en acajou, appartenant jadis à une institution pour fillettes aux bottes de foin, le bar ressemblait par moment à une buanderie du cerveau. C'était là que poireautait mon informateur, capitaine Flashlight.
À vrai dire, en entrant, tous étaient impressionnés par la quintessence de la lumière qui jaillissait des fenêtres et... une bille étincelait. Kojak était avec son ratatin.
-- Ousséquesséque tu d'viens? me demanda le goglu, tout flammêcheux, glissant une carte au Charlemagne.
Devait-on avoir honte de notre langue?! Hum... au nom de la culture du Kébek.
-- Ailleurs qu'icitte ou iousque que tu veux, lui dis-je, acagnardi.
Il avait de la jarnigouine et pour le faire parler, rien de mieux que d'utiliser le calembour répliquo-menaceux. Il mâchouilla un marsh-mallow sans me perdre de vue.
L'informateur était du style face de condom ou si vous voulez, boule-de-bowling. Son copain, qui avait un sabot-de-denver attaché au poignet droit (illustré de sigles nazis et de l'anagramme SHARP), voulut se lever pour m'impressionner, en me crachant au visage:
-- Kesskidit c'thostie-là?
-- Esseoy-toé. Esseoy-toé ostie, t'es dur-de-comprenouère, répliqua le coco.
Il avait du power envers son bon a'yens et savait que je n'étais pas la star-d'un-soir.
La coupe-à-blanc m'apprit que Madame O avait un passé bleuassin. Elle avait reçu son biscuit d'une autre institution pour incompétence et gabottage. Par la suite, elle était devenue pelle-à-feu avant d'obtenir ce noble poste. Bref, c'était une enfirouâpeuse aux babines d'acier de premier plan. Malgré son âge avancé qui avançait, elle n'avait pas voulu prendre sa retraitre et laisser son poste à un serin. Evidemment, pour récupérer, les fins de semaine, elle allait méditer chez le Nouvel Age. Donc, direction ciel, avenue des nuages, au P.C. Ho! Ho! Ho!
Je remerciais le castorisme. Il breumassait lorsque je passai devant le boulevard des allongés, puis entrai dans un verger avant de sonner à la porte du domaine qui servait de bocal pour la méditation trans-en-sandale.
Près du portail, trois femmes me fixaient le bas de la groseille. Je sonnai une seconde fois. L'une avait les cannisses à lait pointées en ma direction; l'autre, une planche à pain, pas d'échappe. La troisième, qui ramassait des feuilles avec des gants de toilette, était un véritable moulin à merde. Qu'est-ce qu'elle pouvait jaser...! Son oeil de cochon en disait long aussi sur la teneur du discours. "Tous de la même farine", me dis-je caninement.
-- Qu'est-ce que vous voulez?
C'était servi sans ustensile. Je fixai les souliers "patof" trois couleurs du salami. Il portait aussi des jeans pattes d'éléphant. J'avais vu pire au zoo.
-- Qu'il est beau le crouton! répondis-je en présentant ma licence.
C'était une meringue tournée: il changea d'idée, s'excusant. Il m'invita à passer devant lui jusqu'à la cuisine. Après un long jeûne, il était taillé comme une ficelle d'épicerie. Je me grattai le péteux, question de lui faire comprendre qu'il ressemblait à un ver solitaire et qu'il se faisait aller le côlon un peu trop.
Nous passâmes devant une boutique de sandales "Bon pied, bon marché" --esprit subtil, ces hétéreux à moitié endormis. J'avais ma théorie sur les magouilles de cette génération d'hippies, et il n'était pas question de suivre leurs traces: Kundéra, Beach Boys, Beatles, Marlon Brando, syndicat, Volvo, peau-aime... Comme disait l'oncle Pierre: "Ils ont eu des profs qui croyaient que les notes étaient une forme de répression bourgeoise. Ce qui fait qu'ils ont eu des A, des diplômes avec des coupons-rabais, et ils n'ont jamais su qu'ils ne savaient rien".
Une des portes ouvrait sur le cuisinier qui s'était endormi, la cuillère dans le potage. J'aboyai. Il laissa tomber son choutiame dans le bouillon, voulant sans doute me montrer qu'il en avait vu d'autres. L'autre baducul qui faisait un bi avec les catins de pâte, sursauta.
Ouais! Ca sentait à plein nez les années 1960: de la mari. Dans le corridor, deux ou trois gars avaient les fesses nu-tête; une fille avait oublié son cache-panets.
J'entrai en coquelicot dans le grand salon. Tout époitraillée avec son cache-pet du Magicien d'Oz pis sept bobypins dans les cheveux, la cendrouillone se dirigeait vers les bécosses.
-- Hé! Marie-torchon, reste icitte!
Elle figea à ces mots, laissant dandiner sa franfreluche après l'oreille qui grinçait comme une porte de saloon. La nichette ignorait que j'avais pagniéré la veille dans ses poubelles. Je l'avais dans le croupion.
-- Marie-quatre-poches, je vous arrête pour le meurtre de Pierre M.
-- Vous ne pouvez pas m'arrêter. Je suis une femme. Cela serait de la pure gérontophilie désirée, du harcèlement, du...
La Marie-nade cherchait à me peloter. Entre deux respirations, la picouille ajouta:
-- T'es y'en qu'un gros cochon d'écoeurant d'enfant d'chienne! Ma convention collective va me protéger.
C'était d'une vulgarité peu commune. Elle me lança une potiche made in Japan. Toutefois, elle assomma le granolat qui venait d'entrer. Vêtu comme un oignon, huit gilets, seize couleurs, il sentait le lapin. La sueur m'écoeurait, et cela me précipita à la poursuite de Madame O.
Devant moi, je la vis s'enfarger dans un trou de marmotte, puis se péter la fraise dans le trou à garnouilles. Wow! Ca battait Welcome to my Nightmare en 1976.
Je la regardais avec dédain. La gourou sorti de l'eau, bouillante: elle était dorée comme un calice. Et malgré tout, elle croyait encore que j'allais y proposer la botte.
-- J'en ai marre des Marie de ta génération de barbus-rhésus, de boubou-macoutes, de fouilles-la-marde, de coupeux-de-ruban, de ayatolleux à la dix.
Elle restait muette: la boue décollait au rythme des coassements. Dans toute cette histoire, il y avait un côté positif: ces hippies étaient une espèce en voie de disparition. Je n'avais donc aucun avantage de la battre à mort puisqu'à toutes les 5 minutes 12 secondes, un baby-boomer québécois franchissait le cap des 75 ans. Tous les jours, il en crevait des dizaines.
-- Marie-mets-ta-main dans les menottes!
Elle semblait aimer ça.
-- Veux-tu un pogo ma gratelle?!
* * *
L'enquête était terminée. En quittant le domaine, un towing
remorquait la vieille minoune d'une fille au minou à l'air. "C'est une sacrament de belle génération", clamais-je, désaintciboirisant mon index droit et rajoutant, "Une hostie de tabarnak de criss de gang".
Je sacrais parce que le motif du meurtre était plus qu'insignifiant. La nounoune laite avait assassiné l'architecte parce que, tout simplement, il remettait en question ses compétences professionnelles. C'était connu des autres générations. Les hippies avaient mis au monde toutes les libertés possibles d'imaginer: le cul et le divorce, le LSD et les tropes, les fautes de français et les diplômes, et surtout, la liberté de croire qu'ils ont toujours raison. Ils étaient les dieux du pire des mondes et c'est pourquoi, comme gens du pouvoir ou comme retraités, les baby-boomers se câlissaient bien de connaître la fin du best-seller.
Lors de mon retour, une neige pourrie enveloppait les champs. Saleté de température qui n'avait même pas le mérite de cacher tous les déchets! A la taverne, Marcel m'attendait. J'étais chez-nous, comme Le Libraire de Bessette à la bibliothèque.
Le yogourt du matin m'invita à ses côtés. Il n'avait pas bronché d'un poil de la journée. Qu'est-ce qu'il s'accrochait au verger, le pépin! Je serrai dans ma valise Les Aventures potagères du Concombre masqué que je m'apprêtais à lire.
Le câssot de patates avait fait son bout de chemin peti-petant. Il avait sans doute quelque chose à me dire, à m'apprendre. Après tout, ce vieux yipon de phoque avait élevé des baby-boomers. Pendant que d'autres vont s'essuyer le front, ea crique suit la rivière, et la rivière suit son fleuve.
"Kif-kif", tintaillonnèrent un tantinet les bocks --question de génération. Sur Internet, un client visionnait le cd-rom "L'Osstidcho" de Charlebois. On allait s'emplir la glute.
-- Marcel, deux autres Maudites Fins du monde.
L'AFFAIRE INDIVIDUS MASQUES
À Ovide Mercredi,
né un jour quelconque.
Longtemps, je me suis couché de bonne heure, à l'aube des brûlots. Je rentrais à des heures indues, comme un maringouin saupoudré à l'insecticide.
Quelle galère! J'étais loin de faire honneur au soleil. Dans un village entouré d'épinettes, en plein Noël des campeurs, il n'est pas question de roupiller la nuit.
Je zigzaguais dans le gravier en espérant retrouver ma niche. Devant moi, on crucifiait un homme: six pieds, deux cent quarante-cinq livres, mayonnaise, oeufs, confiture, farine de blé entier. Un classique enterrement de vie de garçon. Le beurré, bien ficelé sur le paratonnerre, semblait inquiet de la présence de nimbus à l'horizon.
La vie de chien, c'est de la crotte de bique si on la compare à faire la nouba dans le pays de la framboise, au milieu d'affreux jojos.
les aventures
de
ZORZOF
Mes vacances tiraient à leur fin; la banane abandonnée sur le comptoir aussi. Confortablement assis sur l'estrade, je me relaxais, lorsqu'une espèce de baie sauvage cogna à ma porte: un meurtre au bordel du coin! Il n'était pas question de quitter les lieux en laissant une affaire aux oubliettes.
J'arrivai au magasin de fesses à peine dégrisé, prêt à déterrer le cadavre. Le macchabée avait la pipe cassée. Du persil entre ses orteils, devenus groseilles avancées, laissait passer une odeur de roquefort.
La victime exerçait le douteux métier de curé. Son dard avait été excisé par une flèche hautement égarée --hautement empoisonnée, concluait mon odorat.
La présence du frère religieux au bordel n'avait rien de paranormal. La populace avait depuis longtemps pris connaissance des fantasmes de la soutane. Les gens continuaient à payer leur dîme, croyant fermement qu'il valait mieux que la carotte de l'ecclésiaste fasse trempette avec les grandes filles plutôt qu'avec les petits garçons.
Dans cette affaire, la chose stupéfiante était la façon dont on avait massacré sa zigounette: pas très orthodoxe.
Les poules se lamentaient encore lorsque je sortis du putassier. Le flic stagiaire du village avait décidé de mettre en boîte la demi-douzaine de morues pour quelques jours. Bêtise canine...
-- Bas les pattes, sale peigne-zizi! lui lança au bec la dernière pute. En pressant les filles dans le panier à salade, le flic se graissait les mains sur leurs doudounes.
Je lui expliquai, pichenette sur le cornichon, que c'est avec des gants blancs que les vipères crachent le venin. J'invitai sur-le-champ la varice, qui ne valait pas un péché mortel, à venir discuter de tout cela près de la berge.
Je la fixai de mes yeux vert-de-gris.
-- Méchante chenille! lui dis-je, en tendant un mouchoir Swan. Je venais de chatouiller son épiderme. Elle se calma aussitôt et essuya la plasticine qui dégoulinait sur sa joue. La catin se montra tracassée par la mort du curé; un bon client. Je rassurai aussitôt la moumoune en lui racontant que les roses poussent également sur les fosses septiques. Le frère aurait son laissez-passer pour le cosmos.
Elle répondit à mes questions tout en se tapotant le coquillard à quelques reprises. Le curé était le genre à mouiller sa patte dans plusieurs bols de lait: jeux interdits, fraudes fiscales, contrebande de cigarettes.
Il y eut une pause. Nous regardâmes le soleit perdre de son rose pamplemousse. La brise de la matinée transportait à mes narines son parfum poudre de bébé --s'échappant de sa nuque ébène. Cette poésie-là, ça ne trompe jamais! La dame était innoncente et ce, malgré un talon haut en forme de biseau.
Cet entretien m'avait tout de même excité: des réminiscences de ce que j'avais lu dans Sodome et Gomorrhe. Ce sont des gargouillements gastro-intestinaux qui me rappelèrent à l'ordre et, avant de tomber dans les pommes, j'aillai bouffer. La nourriture est une denrée essentielle à la survie de l'organisme cérébral.
Rien de mieux qu'une viande saignante pour se relever d'une cuite. Cependant, au village, on ne faisait pas les choses à moitié.
-- Même un saint-bernard n'est pas un cochon, m'écriai-je, à la vue de ma gigantesque assiette. La serveuse m'encouragea: "Il est possible pour un seul homme de manger un mammouth entier. Ca dépend du temps qu'il se donne!"
Elle avait raison.
Je poursuivis mon enquête à la taverne, tard dans l'après-bifteck. J'appris du barman qu'il y avait une réserve d'individus masqués, pas très loin du bordel, juste au bout de son doigt, entre la grosse épinette rouge et le rocher en forme de chaudron.
Les individus masqués de cette région avaient toujours été des pacifistes. Les choses s'étaient gâtées depuis que la communauté des Frères blancs s'était installée aux frontières de leur réserve.
Le frère hôtellier m'accueillit, la rage à la bouche --m'ayant confondu avec celui qui déchirait les sacs à poubelle le mercredi matin. Je lui montrai mon insigne et précisai le sujet de ma visite. Le frère se calma et me conduisit au garage, derrière la maison. Puis, il retourna à ses prières.
Le frère que je désirais interroger était assis près d'une grande cuve de bière. Il était troussé comme un pet, avec une binette de pleine lune, style bille de clown à la dentition touche de piano. Pas très beau le Mathusalem.
Le marsouin remplissait des jéroboams de bière.
-- Frère Frappart, j'aurais une ou deux questions à vous poser.
Il avait la barbe cendre, trois jours, trois nuits. Le frère avait pris du bouchon ces derniers quarante jours.
-- Une ou deux, faudrait savoir? répliqua-t-il.
Ca sentait à plein nez le frappe-à-bord converti en grenouille de bénitier. Il existe une maxime du grand dévouement: "Derrière une mère Térésa se cache toujours une Madonna". D'autant plus que les communautés religieuses avaient l'esprit de chapelle ces derniers temps et acceptaient n'importe quel zébré.
Je mis à nu les circonstances dans lesquelles son copain s'était fait prendre les culottes baissées. Tout lui semblait vrai comme parole d'évangile. Pas difficile à convaincre le bon chrétien.
-- Levons-lui un verre, dit le frère, pour rester dans la vague du sujet. "Tintin". Le bruit des verres avait quelque chose de misogyne.
-- Parle mon planteux de poireaux, sinon je t'accuse de sodomie sur un mineur de mine! Je venais de lui fermer la cloche à fromage de chèvre.
-- Que Dieu me pardonne!?
Cette phrase, d'essence divine, était d'une grande ambiguïté: elle comprenait une réponse qui dépendait, au préalable, d'une question sans réponse. Le frère se mit à pleurer comme un orignal sans panache et se confessa.
-- Je vais tout vous raconter, brama-t-il entre deux larmes, laissant aller un petit vent de pilsner dans ma direction. Tout a commencé, lorsque notre regretté frère et moi avont tenté de les convertir au christianisme en leur offrant de superbes maisons avec crucifix à l'intérieur. Ils nous ont ri en pleine figure. Dans l'espace d'un hiver, ils ont brûlé toutes les maisons pour se chauffer dehors. Rien à faire, leur religion animiste ce n'es pas de la camelote. Comparé à leur bingo, le nôtre c'est de la p'tite cervoise.
Il but un autre verre de piquette frelatée. Puis une pleine tasse. Terrible, comme le frère s'accrochait au houblon. Il avait le sang du pays.
-- Depuis que la municipalité a décidé de construire une autre centrale hydro-électrique, les choses sont devenues périssables. La bande à Ovide s'y oppose radicalement. Tous les samedis à la télé, y font leur numéro. Hé! même s'il n'y a pas de violence à première vue, ce ne sont pas des rigolos pour autant.
J'avalai ma bière qui goûtait la levure. L'électricité, c'est pourtant l'énergie la moins polluante. Au fond, ce qu'ils voulaient c'était davantage de salade.
La réserve était à quelques minutes de là. A pied, je fis connaissance avec la géomorphologie des lieux: une butte témoin par-ci, par-là. Ca me rappelait le Mexique, alors que le soleil est à son zénith --il faut faire attention à ceux qui dorment.
Et laissez-moi vous dire que les individus masqués de cette réserve n'étaient pas une équipe de tibia-fémur ou de bras cassés. C'était à la fois impressionnant et regrettable: ils avaient le physique de l'emploi mais ignoraient tout du sumo!
J'entrai dans le magasin de boules noires. On y vendait n'importe quoi interdit de vente. Un gorille protégeait les appâts pour la pêche aux requins.
-- C'é tu toé qui jouait dans Les cadets de la forêts? criai-je au King Kong. Il resta muet et me présenta un livre de recettes pour apprêter le jackalope.
-- J'veux parler à Joe Lindien! lui dis-je sans hésiter à ne rien acheter.
-- Y é dans le bois, me répondit-il en m'offrant de la viande de castor marinée et croyant m'avoir posé un lapin.
-- Va donc péter sur le mastic de ton tipi! lui répliquai-je. J'étais froid à toute attaque car, étant chiot, j'avais visionné tous les Daniel Boune. Il comprit d'ailleurs qu'il fallait laisser tomber les quilles, qu'il était le dalot et moi la boule.
-- Joe, c'est toé qui a tué le curé du village, lui lançai-je en plein visage pâle.
Comme plusieurs de sa gang, Joe était le genre d'animal toujours prêt à pisser contre les fontaines. Au nom de ma race, ça me dégoûtait. Je ne pouvais plus me retenir.
-- Ecoute-bien Joe! En tant que représentant du gouvernement et honnête citoyen qui prône la Charte de droits et libertés de la personne, v'là mon insigne pis ma carte d'assurance sociale.
C'était une flèche pointée en sa direction. Il ricana, croyant qu'il tenait le chein par les oreilles.
-- Lâche! Demi-tour à gauche, et je lui bottai les hémorroïdes avec les mocassins qu'il avait mâchés la veille. Comme Joe, étant dans mon pays, mais rejetant ma citoyenneté, je pouvais me permettre un petit extra.
Je laissai pisser les raisins. J'avais tout mon temps. Joe avait la gueuleen pantoufle, les yeux pochés. Plus jeune, on m'avait appris à parler le langage des oiseaux --ce que Joe n'avait pas flairé.
J'avais plumé l'assassin en quelques minutes. On entendit la fanfare des sirènes de flics au loin --en retard, comme à la télé.
L'affaire "Individus masqués" était terminée. Joe avait tué le frère blanc de façon innocente. Son peuple avait ranimé une étrange coutume ancestrale: celle de tirer des flèches meurtrières dans les airs, comme ça, n'importe où, en l'honneur de... je ne sais quoi.
Il était donc arrivé ce qui avait été presque préparé: une malheureuse flèche égarée coupa le zizi du curé. "Méchant adon", diraient les Sceptiques.
Au retour à la maison, j'appris de mon répondeur que j'avais arrêté le frère de Joe. La voix me rassura: "Il est trop tard, les empreintes et la photo ont été prises. Pas question de recommencer l'enquête."
J'étais du même avis. Le véritable assassin était celui que j'avais menotté. Joe, ça pouvait être n'importe qui de la réserve.
J'ouvris ma fenêtre poussiéreuse. Une pof d'air pollué pénétra dans la pièce sereine. Durant mon absence, de la colombine de chrétien s'était accumulée sur la corniche d'en bas.
Je pris une plume et une draft froide du frigo. Après chaque enquête, je notais mes réflexions personnelles dans un journal.
Le signal sonore du micro-ondes indiquait que mon popcorn était cuit --ou était-ce le camion à ordures qui reculait? Je n'en savais trop rien et j'écrivis cette phrase de circonstance: "Dans ce genre d'histoire --où un avertissement en vaut deux--, plus les sacs sont petits, plus les choses riques d'éclater.
UNE SALE AFFAIRE RELIGIEUSE
À Salman Rushdie,
avant que l'on tue.
Le soir commençait à envelopper le monde dans sa mystérieuse étreinte et le soleil était d'un vert brocoli cuit. Je ramais dans le lait avec mon biscuit: le David à l'érable, trempé comme un couillon, venait de sombrer au fond de ma tasse. Je comparais ce jour à du beurre dur que l'on étend sur du pain mou.
Depuis la matinée, j'écoulais les secondes à regarder les pigeons sur les corniches et j'avais l'impression d'être aussi inutile qu'un beigne sur une tablette.
Pourtant, je n'étais pas une quelconque volaille de la ville.
les aventures
de
ZORZOF
Il y a des semaines où le boulot de détective est assommant et c'est pourquoi il me semblait n'être plus moi-même; je me soûlais tous les soirs et je ressemblais de plus en plus à un pinot macéré après les vendanges. Assommé sur le lazy-boy, quelques vesses fétides et miasmes pestilentiels avaient réussi à s'échapper: je n'étais pas marié, ce n'était pas le carnaval, j'avais donc le droit de péter à ma guise.
J'ingurgitais l'eau d'une vasque de fontaine lorsqu'une grosse bonne femme me brassa la citrouille. Quel cauchemar! Je me réveillai, encore engourdi par les effets du houblon. Le téléphone sonnait; un meurtre chez les juifs, le jour de la Pâque! pas vraiment la routine. Comme un Slinky, j’enlevai mes pantouffles en Phentex orange brûlé et sortis du pigeonnier.
Une brume épaisse et grisonnante recouvrait les maisons, et c’est au pif, tard dans la soirée, que j’arrivai sur les lieux du crime. Le spectacle était degueulasse: vertèbres du cou émiettées, cervelle écrabouillée, boyaux du cul sortis par le nombril. Il y a mille ans, sans hésiter, j’aurais arrêté Jean des Entamures. Aujourd’hui, je doutais qu’un moine catholique puisse être mêlé à ce carnage.
Je commençais à fouiller le cadavre en pyjama lorsque le sergent Dupe traversa le mousquetaire de la porte. Il hurlait, gesticulait dans tous les sens. On aurait dit un bourdon Au pays des géants.
-- Qu’est-ce que ce cabot fait ici? Foutez-moi ça à la fourrière?
Dupe ne flairait pas la moindre évidence. Ç’était en personne l’incarnation d’une dinde sans canneberges, mais une nuit passée, il avait su se farcir le grand patron.
-- Excusez-moi Zorzof, je vous avais pris pour un de ces chiens de ruelles…
Je me devais d’interrompre cet éclair au chocolat.
-- Ça va Dupe! Donne-moi plutôt le nom de la victime.
-- Newman. Il était professeur à la faculté d’Études juives.
J’aurais dû le deviner plus tôt; c’était une sale affaire religieuse.
-- Bon Dieu! Il lui a aussi pété les dents avec ce marteau.
Dupe avait raison d’être bouleversé, non de vomir par-dessus mon épaule.
La victime avait reçu plusieurs coups de marteau. Ce qui était plutôt remarquable, c’est que Newman tenait encore serré dans sa main droite un sandwich toasté, aux tomates, mayonnaise et jalsberg. Lorsqu’il a faim, l’Homme est capable de souffrir.
Par insticnt, je ramassai le sandwich insignifiant. Dans ce genre d’enquête, du pain grillé est souvent plus utile qu’un 38 magnum.
J’avais assez d’indices pour filer à la taverne du village, mais il fallait que Dupe m’interpelle à la sortie.
-- Zorzof! ne partez pas si vite. Nous n’avons pas encore trouvé l’œil de Newman. La cuisine a été passée au peigne fin et j’ai vérifié: il n’est pas coincé entre les oreilles du marteau.
Certaines personnes meurent sans connaître la joie et le plaisir d’utiliser leur cerveau.
-- Échappe une bille dans une cuisine et elle roule sous le frigo. C’est pareil pour un œil.
Sur la première marche de la taverne, un campagnard s’était soulagé la veille et je faillis glisser sur la purée nocturne.
-- Aubergiste, un p’tit cochon de Belle-gueule, avec Clamato et biscuits soda!
C’était sans cravate; nous étions faits pour nous comprendre sans nous parler.
-- Ce n’est pas le premier, ni le dernier!
Cette phrase sortait tout droit de derrière un tas de verres gras bien tachés d’empreintes. Un rot vrombissant se fit entendre et d’un œil à moitié ouvert une vieille éponge à moitié rasée m’adresssa à nouveau la parole.
-- Notre pays est infesté de ces fanatiques religieux! Une affaire de cul, une affaire de meurtre, toujours une sale affaire…
Une mouche, qui volait au-dessus de l’individu, tomba sur le comptoir et se mit à tournoyer jusqu’à l’asphysie. Malgré un haleine quasi mystique et les facultés cérébrales aussi fortes qu’une batterie faite avec des agrumes, il semblait au courant de l’affaire. Tout en découpant une langue de porc marinée il enchaîna:
-- Le pire, c’est que nous autres on ne peut rien faire. On n’a même plus le droit de les haïr. Une chance qu’à l’occasion ils s’éliminent entre eux autres.
C’e n’était pas Socrate qui parlait, ni le coq qu’il avait sacrifié mais un campagnard catholique de la place: p’tit Georges.
-- Le problème dans les religions monothéistes, mon p’tit toton, c’est que tout le monde prend le bon Dieu pour une spécialisé culinaire.
J’étais loin de l’avoir piqué comme un Hotrod sur le bout d’une langue. Ces casseroles amochées sont aussi bornées qu’un fromage et une cuillère dans une soupe gratinée à l’oignon. Saint Georges marmonna de la confiture en guise de riposte à la polémique.
J’étais là, assis confortablement, philosophant devant un fond tamisé par la fumée de cigarettes, le nègre roulant au coin, l’éclat d’une baguette fracassée, volant au loin, et le coupable était toujours en liberté.
-- Vick, trois bocks pour la cirrhose!
Je crus comprendre, par le large sourire qui arborait des belles dents de réglisse, qu’il avait apprécié ma dernière phrase. Je partis de la taverne pour rencontrer mon premier suspect: le rabbi Moïse Beth Omaha.
Pas difficile à trouver le cossin dans la boîte de céréales: même sans y goûter, Ansel et Gretel auraient tombé sur la maison sémitique tellement il existe un contraste dans ce village entre 400 préfinies en tôle et une maison en brique homard cuit trois étages.
Je ne m’étais pas trompé. Moïse arrachait une cuisse de poulet cuit aussi régulièrement que s’il déroulait la Torah. La petite lampe halogène du fridge éclairait la scène nocturne. Victoire! Son visage tantôt crispé et angoissé, jouissait à présent, et une écume baveuse recouvrit ses lèvres. Il allait mordre dans le barbecue.
-- Rabbi! Vous êtes fait à l’os!
Le rabbin figea comme la femme de Lot, la main sur la cuisse. La porte du frigo se referma en un decrescendo lumineux. Il était perdu, noirci. Se lever la nuit pour bouffer, une fois que la mère ronfle, c’est commettre le péché originel de l’hypocrisie.
-- Parle rabbi, où j’égrène ce sandwich aux tomates dans ta cuisine.
-- Pitié, je vous en supplie, pitié, pas de miettes dans la maison! Je vais dire tout ce que vous voulez.
Avec un 38, il aurai gardé le silence comme l’agneau sur l’autel. Dieu aurait pardonné sa gloutonnerie et qui sait, il serait peut-être devenu l’ange des invertébrés. Dire que deux petites tranches de pain avaient réussi à rendre humain ce grand prêtre si près de Dieu.
-- Après le repas de Pessah, je suis allé chez mon ami, Issac Newman. Nous avons longuement discuté et je suis parti de cette polémique vers les 22 heures. Quelle tête de porc, ce Newman! Il a vraiment des idées impossibles.
-- Pourquoi? Il voulait traduire Finnegans’s Wake en araméen?
-- Non! non, tout le monde sait que Newman travaille présentement à la traduction d’un livre historique sur le Coran. Il y a deux semaines, lors d’un congrès sur les subincision phalliques, Newman m’a fait savoir que ça devenait pas mal épicé.
Le rabbi semblait décontenancé. Il rongea sa cuisse et sapa durant une minute.
-- Ce qui est encore plus inquiétant, c’est qu’il fréquente un ex-psychiatre musulman. Il espère, entre deux lunches, lui tirer les verres du nez et découvrir ce qui à incité les musulmans à copier sur nous.
-- Est-ce que Newman vous aurait dit autre chose avant d’être ouvrièrement assassiné tout à l’heure?
-- Newman est mort!?
Le rabbi éclata en sanglots, les mains visqueuses collées sur le visage. Il était incapable de parler: les motons dans la gorge, les yeux rouges comme des betteraves, j’aurais pu le ramasser à la petite cuillère.
Ses sentiments à l’égard de Newman et son histoire me semblaient potables.
Maintenant que j’étais convaincu de l’innocence du rabbi, il fallait cesser l’interrogatoire pour ne pas réveiller la mère qui commençait à grincer régulièrement le sommier.
-- Finissez de gruger votre poulet et ne quittez pas ce quartier.
Le rabbi essuya une larme qui glissait sur sa bajoue. Il hocha la tête pour me confirmer sa bonne volonté et, sans ouvrir la bouche, il avalaa un morceau de poulet, prisonnier depuis un bon moment entre ses babines et sa gencive.
Je devais faire vite et interroger le musulman.
Mohamed habitait le bord de la mer, près d’une côte. Retraité, il était devenu gardien de phare et conchyliologe à temps perdu. Pire, il aurait pu être jardinier sur la lune et collectionner les top-flite d’Appollo XIV.
Je grimpai les 500 marches de la tour comme certains cochons avalent un Big Mac, c’est-à-dire, juste d’une traite. Mohamed était asssi et dégouttait de partout. Les gougounnes tournées vers la Mecque et les nénuphars en caoutchouc dandinant sur son casque de bain étaient des éléments révélateurs. Aucun doute, la côtelette arrivait d’une saucette dans l’eau salée.
-- Vous êtes bien Mohamed-Aziz Lahhabi, cosméticien grossiste?
Ma dernière remarque l'avait surpris: le cure-dent sacré faisait sa toilette avec une courge-spaghetti égyptienne comme si la débarbouillette verte mouillée était désuète.
-- Si je ne suis pas celui que vous cherchez, vous avez perdu votre temps à venir jusqu'ici.
Baveux, en plus de dégouliner. Malgré un regard limpide il sentait la poudre à bébé.
-- Je peux entrer vous poser quelques questions?
-- On n'entre jamais par une porte, on en sort toujours. Mais je vois que vous connaissez la méthode des Jéhovah.
J'aurais dû suivre ma première idée: escalader le mur et passer par un des hublots parce qu'à chaque fois que j'ouvre une porte, je tombe sur un comique ou un religieux.
-- Dites-moi quelle image vous vient à l'esprit si je dis: Isaac Newman?
Je venais de l'étendre sur le divan sans thérapie.
-- Je vois un gros beigne brun dans un bol de Dreamwip.
Ridicule!
-- Trop près du phare, momo, on ne voit pas la lumière. C'est pas un beigne que t'as vu, c'est une beurrée de confiture aux fraises ou une toile de Pollock.
Il resta muet, sans verser une seule larme. Pleurer, c'était reier sa série de coups de marteau pour Allah.
-- Maudit coq l'oeil, je vais la rafraîchir ta p'tite tête de linotte!
Sans perdre une seconde, je lui administrai une dizaine de taloches sur la margoulette.
-- Arrêtez! Je vais tout avouer. Mais arrêtez, vous allez me tuer!
Son visage était ensanglanté. Ce n'était pas très régulier, mais j'avais volontairement oublié d'enlever mes bagues en diamant.
-- Je vous ai fait mal?
* * *
Le matin allait bientôt se lever et Dieu seul savait pourquoi puisque c'est lui qui avait patenté tout ça. Je rassemblai les morceaux du puzzle et j'avalai quelques analgésiques. Pas de quoi se casser le ciboulot. Mohamed avait tué Newman parce qu'il voulait traduire des conneries sur son prophète et la révélation islamique. Dans les annales de la religion, ce genre de crime était monnaie courante. Au fond, Mohamed l'avait tué pour la même raison qu'on tue une vache pour manger des hamburgers. C'est pas nécessaire mais ça se défend, surtout lorsqu'on est amateur de charcoal et qu'on vit à l'autre bout de l'Amazonie.
L'affaire était classée. On entendait au loin la sirène de Dupe. Il avait reçu mon appel et il venait museler le chameau.
J'arrêtai junior sans lui mettre les menottes. Dans notre société à la noix, un homme a le droit d'être traité dignement même s'il vient de commettre les pires atrocités. Sans lui laisser le temps de comprendre ce que je mijotais, je l'obligeai à rentrer ses mains dans ses pantalons. Aussitôt qu'il s'engagea dans l'escalier, je lui administrai un placement d'environ cinquante verges en plein slip-coquilles --assez puissant, qu'il aurait pu chanter dans le coeur d'Innocent IV. Et quelle déboulade les amis! Je retournai au bureau.
En route, j'allumai la radio. On y jouait un opéra d'Ulysse. Je me débouchai une bière. Tout était si beau et si calme à l'aube: une quiétude divine qui avait tout de même permis à une cenne noire de glisser dans la fente de ma housse.
Une fois le travail accompli, la vie de détective m'offrait de grands moments de liberté. En grignotant des crottes de fromage salées, je pouvais rêver à ma guise. Cela me fit sourire et j'écrasai la suce dans le tapis pour me donner l'illusion d'être en soucoupe volante.