L'Affreux Bouquineur Père Verre 4

 

Il est assez étrange que les interdictions les plus puissantes de l'humanité soient les plus difficiles à justifier. Par exemple, qu'est devenu l'art du pétage? Savoir quand le faire, le laisser s'échapper sans sifflement, le faire imploser, prendre plaisir à le respirer seul ou à deux en dessous des couvertures, bref, mon cher ami, amuse-toi avec cette question fondamentale aux racines préhistoriques.

Lettre de Freud à Père Verre

Gargantua fut élevé et éduqué dans toutes les disciplines qu'il faut... Il chiait dans sa chemise, se mouchait sur sa manche, buvait dans sa pantoufle... s'asseyait le cul à terre entre deux chaises... pissait contre le soleil, se cachait dans l'eau pour éviter la pluie... il mordait les oreilles du petit chien, il lui soufflait au cul, il lui léchait les babines... et il commençait déjà à essayer sa braguette sur les gouvernantes.

Rabelais

Parlant d'horreur, avez-vous vu l'illustration de la couverture La maison douleur et autres histoires de peur, Éditions Vents d'Ouest , hiver 1996?

Paul Roux

 

Il est temps que les lecteurs d'Horrifique apprennent à mieux connaître Père Verre. Confidence: mon livre de chevet est l'oeuvre complète de Rabelais, digne ancêtre de la lignée des Père Verre. A l'université, Rab m'avait inspiré pour la rédaction d'un texte sur le lieu d'aisance, communément appelé "bécosses" ou "chiotte". Pour moi, la chambre de bain est une réactualisation du cosmos en crise, le cumul de nos organes génitaux, le centre du monde placé au milieu de la maison. L'accès équivaut à une consécration, une initiation. Après avoir pénétré dans le lieu, l'être est nu. Il se nettoie, il défecte dans l'unique pièce qui entretien un lien avec les abîmes, l'enfer, les égouts quoi. L'être se repose parmi les plantes (Qui a dit que le nudisme n'inspirait pas le végétatif? Le serpent dans la bande à Ovide?) qui se démarquent des murs blancs, symbole de pureté et d'immortalité. Ici, l'être humain a l'impression qu'il pourrait se reproduire comme une feuille, comme si la parthénogénèse impliquerait une androgynisation. Le bien et le mal n'ont plus de sens: l'homme peut enfin chier avec sa gazette car la porte est bien verrouillée... tandis que la mère prépare le souper.

Malheureusement, mis à part mes travaux, et Trudeau, le pet n'a jamais été un thème exploité par les écrivains de SFF. Quelques anthropologues et folkloristes aux méthodes comparatives l'ont abordé dans le carnaval (il existait un jeu, au Moyen Age, qui consistait, grosso modo, à tenir son partenaire par la taille, la tête en bas. Les deux joueurs étaient complètement nus, le péteux dans le visage de l'autre. Chacun pétait du mieux qu'il le pouvait en espérant que l'adversaire abandonne, faute d'écoeurement).

On observe un curieux rituel chez certaines sociétés traditionnelles d'Afrique: celui de la fermeture du rectum (à l'aide d'un bouchon) sur une longue période (c'est ce qui explique d'ailleurs pourquoi plusieurs touristes ont vu des petits bonshommes verts dans cette région; que Raël est convaincu qu'il s'agit bien des Elohïm). Enfin, il semblerait que la simulacre de l'obturation par le "bouchon" cherche à limiter l'arrêt de la menstruation chez la femme, c'est-à-dire la première indication de la grossesse. Deux livres à se procurer donc: Les Blessures symboliques (Éditions Gallimard), de Bruno Bettelheim ainsi que Le Carnaval , de Claude Gaignebet (Éditions Payot).

Lâchons ce sujet qui préoccupe quotidiennement ceux qui n'affectionnent pas nécessairement le jus de pruneaux pour passer au Dictionnaire de la folie (les mille et un mots de la déraison), du docteur Xavier Pommereau. Publié chez Albin Michel, 1995, 493 p (45$), ce dictionnaire présente l'étonnante richesse du lexique qui est consacré au mot "folie". On trouve plusieurs expressions amusantes du genre "avoir un pet au casque". J'ai particulièrement aimé la nouvelle génération de locutions provenant de l'informatique: "avoir perdu la souris", "avoir un bug", "avoir été mal sauvegardé" ou encore, "déconner de la puce" (faisant référence à la tablette de silicium). C'est très varié et ça touche la publicité aussi: "être secoué comme un Orangina", "secouez-moi! secouez-moi!" et "avoir la pulpe qui a décollé du fond".

Vous avez le système dans le cul, juste entre les deux hémorroïdes. Et bien, il existe un moyen de le dire vulgairement avec toute la dignité linguistique qui s'y rattache. Sachez que si on peut devenir itinérant et posséder un baccalauréat ès Art, on peut aussi apprendre à bien sacrer et à injurier --sans nécessairement suivre le cours SAC 101. Voici trois dictionnaires indispensable à la sauvegarde de la langue du Québec.

Le premier, Sacres et blasphèmes québécois , de Gilles Charest (Éditions Québec/Amérique, 1980, 125 p.), est l'outil idéal pour pratiquer le sport oral des Québécois (70% en font usage régulièrement): comment, quand et pourquoi sacre-t-on? Le lexique est riche d'exemples: désaintciboiriser, recâlissable, crissaillage, tabarnaquer. Cela donne lieu à de belles phrases qu'un Français ou un Belge ne pourrait pas comprendre: "L'ostsii de maniaque: i ' ' i a câlisé ça dedans en sacramâ(ent), la tabarnack".

Le second livre regroupe plus de 1500 injures, les unes plus tordantes que les autres: Dictionnaires des injures québécoises (Éditions Stanké, 1992, 462 p.) des pataphysiciens Yvon Dulude et Jean-Claude Trait. Saviez-vous que le fait d'injurier quelqu'un décongestionne le foie et active l'élimination de la bile? C'est le livre pour savoir quand injurier, comment injurier, etc. --la bible pour les touristes qui feront maintenant la distinction entre "une crisse de plote" de "toé, ma crisse de plote".

Le moins hilarant des trois dictionnaires est celui du p'tit gars de McKatters (un trou en Abitibi), Léandre Bergeron: Dictionnaire de la langue québécoise (Éditeur VLB, 1980, 575 p.). Et question d'être plus "intellect", vous pouvez ajouter à votre bibliothèque la série de volumes de l'université de Montréal, sous la direction du lexicologue Emile Seutin, consacrés au joual dans la littérature québécoise. Les couvertures sont jaune pipi. Grâce à ces huit volumes, on sait c'est qui le premier côlisse de québécois qui a écrit le joualvert de mot qu'on cherchait.

Nous ne devons pas avoir honte de notre belle langue, ni des oeuvres en joual. C'est pourquoi, j'aimerais citer, pour mes amis d'Australie, lecteurs d'Horrifique (no 18), un passage du livre de Roger Fournier (tsé les frères Fournier à la TV qui ont le cul dans la bouche), Journal d'un jeune marié (Le Cercle du Livre de France, 1967, 198 p.). Plaçons-nous d'abord dans le contexte. Ce sont deux personnes qui écoutent une symphonie de Beethoven (bite-au-vent):

--Quiens! Écoute ça... Écoute ça... le yâbe pourrait pas faire mieux. Cibouère! Y'a un boutte à la fin, là, où toutes les notes viennent mêlaillées, pis y' se passe queuq'chose, ça change, on dirait que ça va fausser mais c'est pas ça, comment t'appelles ça? ... Une modulation? Bon. Ça s'en vient. Quand ça arrive là, on dirait que t'as la queue pognée entre les 40 000 paires de fesses des plus belles guidounes du monde, pis que tu décharges jusque l'autre bord du Mont Tremblant. Mon garçon, ça c'est exprimer queuq'chose.

-- Calvaire! Woao! Ça c'est de la musique... Moé, j'suis sûr d'une chose: le bonhomme Beethoven a écrit c'te musique-là en se souvenant de toutes les bonnes bottes de sa vie. J'me trompe peut-êt-ben... Comment savoir qui'avait dans la tête, le vieux sacrement, pis comment savoir ce que c'est, une vision céleste? En toué cas, j'serais pas surpris que ce gars-là écrivait sa musique avec sa queue, pis plus y'était bandé, plus c'était beau. Des fois, i'nous arrive avec une tempête de notes, on dirait trois millions de pénis qui tireraient en même temps, face à face... (p. 48-49).

En terminant, je vous laisse sur le bijou de cette chronique: le livre des illustrations gores de H.R. Giger, Necronomicon (introduction de Clive Barker. Éditeur: Morpheus International, 1991, 83 p.). Giger est le créateur de la grosse sauterelle sur deux pattes du premier Alien et plus récemment de celle du film Species . Le livre présente une centaine d'illustrations absolument horribles --dans les deux sens du mot. Ajoutons aussi que la femme de Giger s'est suicidée il y a un lustre ou deux, ce qui semble avoir eu pour effet d'augmenter les fantasmes de l'artiste, ses obsessions et son goût pour le gore. Je fais référence à certaines images: celle d'un godemiché en verre avec un rat au bout (à quoi cela peut-il bien servir? Hum?). Plusieurs de ces femmes ont un tuyau dans le vagin. C'est assez dégueux merci, mais il fallait que j'en parle.

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