La parapsychologie au secondaire:

une infusion irrationnelle qui fait mal à la pensée critique

par Daniel Coulombe

avec la collaboration d’Amélie Langlais

La société nord-américaine possède la ferme conviction de l'existence de phénomènes paranormaux --appelés aussi psilogiques. Nous sommes à l'ère hypertechnologique, de la cybernétique, de l'informatique, d'une adulation de la science, et pourtant, le paranormal n'a jamais été aussi populaire, aussi observé de manière intuitive, raconté de façon informelle... Nombreuses enquêtes(1), au Québec, en cette dernière décennie, démontrent le pourcentage élevé de gens croyant au paranormal, aux anges et autres mancies toujours très populaires. Quelque 50%! Un pourcentage similaire que l’on retrouve chez les adolescents.

Les mouvements sceptiques du monde entier, dont "les Sceptiques du Québec", se battent comme des diables dans l'eau bénite pour démasquer les charlatants, les imposteurs, les supercheries de tout genre. Leur objectif principal est de promouvoir la pensée rationnelle, l'esprit critique dans le domaine des phénomènes psilogiques, de favoriser la diffusion de l'information scientifique juste. Et malgré les nobles intentions de quelques rares enseignants sceptiques, à l'esprit critique, le discours en classe avorte souvent. Le message Sceptique ne passe pas pour diverses raisons: importance des facteurs inhérents à la croyance psilogique; faute de pouvoir démontrer les choses autrement que par la polémique, le documentaire, le texte, le débat; faute d’activités inspirées de la "Vraie vie", où l’élève est placé en contexte réel, significatif, global.

Afin que le message Sceptique soit bien compris des élèves, il faudra que les professeurs s’intérrogent sur leurs pratiques pédagogiques actuelles plus que sur le contenu des cours. D’ailleurs, avec l’implantation prochaine du Programme des programmes du MEQ --programme qui laisse place à une plus grande créativité de la part des écoles et des professeurs pour les activités pédagogiques (disciplinaires, interdisciplinaires et transdisciplinaires)--, on favorisera davantage les apprentissages et les compétences transversales contenues à l’intérieur des programmes d’études. Pour les professeurs sceptiques, c’est peut-être la lumière au bout du tunnel.

A-t-on des preuves de l’existence du psi?

Autrefois, on désignait la parapsychologie comme la science étudiant les phénomènes jugés "impossibles" dans le cadre conventionnel des sciences exactes. D'autres termes ont cherché à défénir le domaine: sciences occultes, bio-information, étude des phénomènes paranormaux (supranormaux, surnaturels, étranges). Tous ces mots ne transmettrent pas de neutralité. C'est semble-t-il à Louis Bélanger(2), un des pionners en la matière au Québec, que l'on doit l'appellation "Psilogie" --faisant référence à la lettre grecque psi (U), qui en mathématiques sert d'inconnue.

Joseph Rhine, parapsychologue allemand de renommé mondiale, a été le premier à établir une typologie de cette pseudo-science en classant les phénomènes soit en PES (perception extrasensorielle) soit en PK (psychokinésie). Cependant, de nos jours, on répartit la psilogie en quatre catégories: les PES (phénomènes tels la divinition, la prescience, la télépathie, la clairvoyance); les PK (l'action de la conscience sur les corps physiques), qui sont en fait des phénomènes d'action directe à distance, non mécanique, non musculaire, d'une personne sur le monde de la matière (télékinésie); la Survivance (fantôme, apparition, réincarnation) et les Voyages hors du corps (voyage astral, expérience de la vie après la mort).

Voilà l’essentiel de l’aspect scientifique de la psilogie --pour ne pas dire historique. Ajoutons que dans le monde, seulement une quinzaine de psilogues y travaillent à temps plein et qu’à l’Université de Montréal, notamment, un cours de trois crédits est offert aux étudiants (faculté de Théologie). Mais surtout, empressons-nous d’ajouter, qu’en dépit de tout ce qui est raconté dans les médias et les publications du genre, que la science attend toujours l'arrivée de preuves sérieuses. D’ailleurs, la plus importante faiblesse de la psilogie est l'absence de phénomènes clairement définissables et démontrables. Depuis plus d’un siècle de recherche, la psilogie n'a ramassé que des broutilles, "et on se doit de constater qu'il n'y a eu ni progrès ni clarification quant à la mécanique des phénomènes paranormaux"(3). Entre temps, la vie se poursuit, les élèves et leurs proches sont témoins de phénomènes insolites qu'ils qualifient de paranormaux; qu'ils n'arrivent tout simplement pas à expliquer de façon rationnelle.

 

Pourquoi les jeunes croient-ils à l’existence du psi

Pourquoi tant d'adolescents sont-ils tant portés à croire à l'existence de phénomènes psi, à y croirent sérieusement, avec entêtement? Plusieurs éléments sont à la base de cette croyance, que l'on peut regrouper, sans ordre d'importance, par des facteurs extérieurs (les médias acritiques; la commercialisation du genre; le contexte culturel de l’adolescent d’aujourd’hui; les faiblesses du système d'éducation; les récits paranormaux des pairs et des proches) et des facteurs intérieurs (la croyance en ses propres expériences du paranormal; la vision fantastique de l'Amérique; la méconnaissance, le refus ou l'impossibilité d'une approche scientifique).

1) les médias acritiques

Les journaux et la presse électronique ne font généralement état que d'une description sommaire des événements, qu'un compte rendu, qu'un amalgamme de commentaires des témoins, bref, le journaliste ne cherche pas à connaître la vérité, à approfondir les dossiers, mais seulement à rapporter les faits, à transmettre essentiellement la version donnée. "En tant que scientifique, être objectif veut dire rendre justice à la vérité... en tant que journaliste, être objectif signifie rendre justice à tous ceux qui se trouvent concernés dans une affaire particulière"(4).

Les journalistes ont un pouvoir considérable sur la croyance et la pensée des individus. Même si de plus en plus la population a un regard mitigé sur la crédibilité des journalistes, le résultat final est le même: ils influent des décisions, par leurs sondages, leurs reportages; ils peuvent lancer l'inconnu local en haut de l'échelle des grandes stars; ils ont cette possibilité de détruire aussi, avec une manchette, la vie privée d'un homme politique. Face aux phénomènes paranormaux, ce pouvoir prend la forme d'information-divertissement, d'information publi-reportage. Devant les médias acrétiques, devant l'accumulation de pseudo-preuves de ces dits phénomènes, les lecteurs finissent par admettre l'existence de phénomènes paranormaux. Cela donne des articles titrés(5) du genre: "Ils ont vu l'extra-terrestre", "Des fantômes seraient soupconnés de l'enlèvement du petit Claude", "Satan existe, je l'ai rencontré", "Il gagne à la loterie grâce à son horoscope", etc.

De plus, à l'intérieur d'un quotidien, entre le bilan financier d'un ministre et le meurtre d'un Hells, les lecteurs ont droit à des textes sans grande crédibilité, notamment l'horoscope et les chroniques paranormales, des articles sans valeur scientifique --le Journal de Montréal, mais aussi d'autres quotidiens aux prétentions plus sérieuses, intellectuelles, notamment Le Devoir(6).

À tout cela, ajoutons l'inculture scientifique d'un bon nombre de journalistes. Certains avouent qu'ils sont superstitieux, croyants de vies antérieures, de l'existence d’une vie intelligente extra-terrestre. Le journaliste a droit à ses croyances sans pour au tant que ces articles ne soient pas objectifs. Mais dans la réalité, les choses ne se passent pas toujours ainsi, et leurs croyances se veulent davantage un contexte vulnérable aux canulars, et pis encore, à la diffusion de reportages en faveur de la psilogie.

2) un système d'éducation aux grandes lacunes

Les accusations des Sceptiques contre les lacunes du système scolaire québécois ne datent pas d'hier. En 1988 et en 1994, le mouvement Sceptique du Québec a dénoncé fermement des manuels de l'élève du programme de francais au primaire --programme qui faisait la promotion du paranormal, le présente comme phénomène établie. Les manuels en question, Français 6, Pastille et Giboulée messagers, conforment au programme du MEQ, favorisaient, entre autres, la croyance en l'astrologie, l'intuition, le destin(7).

La situation n'est guère reluisante au secondaire où les programmes d’études de la formation de la personne (Enseignement Moral et Religieux Catholique, Enseignement Moral et Formation Personnelle et Sociale) laissent peu de place à l'esprit critique face aux phénomènes psilogiques ou occultes et ce, malgré les avis du ministère publiés en 1992, et l’implantation des nouveaux programmes en EMRC (en 1995, pour le cinquième secondaire et en 1998, pour le troisième secondaire).

En classe, c’est souvent la confusion entre la fiction et l’histoire, l’imaginaire et la réalité. L’élève doute non seulement des phénomènes "fantastique" entourant le Christ, mais de sont existence historique même; du comte Dracula (Vlan) dont le château est toujours situé en pleine Transylvanie, et possède, par ailleurs, la ferme conviction que le déplacement des mégalithes ou des statues sur l'Île de Pâques, que la construction des pyramides d'Egypte, sont des phénomènes inexpliqués, inexplicables par la science. À ce titre, le MEQ devrait s’intéresser davantage sur l’inculture des adolescents et donner aux enseignants le temps nécessaire pour éclaircir tous ces quiproquo scientifiques et historiques.

Dans les cégeps et les universités, plusieurs professeurs enseignent davantage leurs croyances que ce que la science admet déjà. Il y a des profs raëliens qui enseignent la psychologie et les biens faits de la masturbation; d'autres profs de psychologie insérent, entre deux théories, entre deux cours, les phénomènes de vie antérieure, les expériences hors-corps; pis encore, au cégep de Sherbrooke, un professeur tout en enseignant la physique, véhicule un tas de messages sur l'existence extra-terrestre et sur une éventuelle évacuation terrestre(8). On pourrait par ailleurs se questionner sur la pertinence d’un cours psilogique à l’université de Montréal, bien que ce cours soit donné par Louis Bélanger, un chercheur aux bonnes intentions. Mais force d’admettre, comme l’écrivait l'astrophycisien Gilles Beaudet, qu’il est étonnant aujourd’hui que l'on "s'attarde encore, au sein même de l'université et notamment à la Faculté de Théologie, à des choses comme la parapsychologie alors que 130 de recherches sérieuses n'ont rien donné de concluant".

En fait, les étudiants (collégial et universitaire) sont à peine moins crédules que l'ensemble de la population. Cependant, le pourcentage de crédulité est trois fois plus élevé que celui d'autres pays, notamment la France et les États-Unis. Et un bref regard à l’intérieur de nos institutions scolaires ne nous laisse guère croire à une amélioration de la situation. Elles auraient avantage à organiser une scéance sceptique(9), qui consiste globalement, à présenter un médium aux pouvoirs paranormaux, puis à montrer la supercherie aux élèves (le médium étant complice), à donner des points de repères critiques.

Dernier point, le personnel attitré aux bibliothèque scolaire est plus que favorable aux croyances paranormales et on retrouve à l’intérieur de ces lieux de la culture et de l’éducation une importante quantité de livres acrétiques, pro-paranormaux(10). À quant va-t-on implanter un rayon de livres sceptiques et élaguer les collections paranormales?

 

3) la commercialisation du genre

Si cela fait l'affaire des éditeurs de quotidien que de publier le paranormal sous forme de reportage reporté, les maisons d'éditions aussi en tirent leurs profits --les ventes atteignent environ 50% du marché total, le reste est partagé entre la littérature générale, le petit catéchiste et les recettes de cuisine de Soeur Bernadette.

Le cinéma fantastique, également, commercialise le genre psilogique: Carrie (télékinésie), S.O.S fantômes, Poltergeist (télékinésie, spiritisme), les Freddy, Exorciste et Warlock, Magie noire (lévitation, télékinésie), Fin du monde Nostradamus an 2000 (prémonition), etc. Et à compter le nombre de visiteurs au tourniquet des salons de l'ésotérisme, et la recrudescence des mancies au mois d'octobre, en raison de la fête de l'Halloween, l'insolite et la parapsychologie se portent très bien au Québec.

L’impact de la série télévisée X-Files, des films aussi, n’est pas négligeable. Bref, c’est très lucratif de vendre la croyance parapsychologique. Les adolescents aiment ça; ils en redemandent (Star Wars est un bon exemple). Entre les fanatiques de ce genre cinématographique (ne mélangeons pas, tout de même, les starwarsniens des raëliens), et les crédules auditeurs, la frontière entre les deux apparaît mince, malgré tout –puisque dans le cas de la SF, on croît que tout est possible; que l’inconnu existe, que la science découvrira sans cesse de nouvelles choses.

4) les récits paranormaux des pairs et des proches

Derniers facteurs extérieurs, celui des récits paranormaux venant de pairs ou de proches. Pourquoi des personnes en qui nous vouons une grande confiance, voudraient-ils nous duper, nous induire en erreur? Donc, dès le départ, le récit ne peut être un mensonge, l’histoire dit vraie.

Éliminons les récits de mauvaise foi, et disons d'abord que les témoignages se fondent sur la mémoire des témoins et que le fonctionnement de celle-ci est complexe; que nos sens "peuvent déformer, atténuer, occulter ou amplifier la réalité qui nous entoure de façon marquée ou imperceptible". De plus, il a été démontré en psychologie, que plus le groupe d'invidus est nombreux plus l'acceptation d'une croyance est facile. Finalement, la théorie du "téléphone" (bouche à oreille) démontre comment et combien nous déformons, amplifions les faits, etc., de l’histoire d’origine.

C’est le type de "preuve" le plus en vogue dans les écoles secondaires; celui du récit de "L'ami de ma mère m’a raconté que son frère a vu ....". À la défense des bonnes intentions de ces personnes --éliminons celles qui racontent ces histoires pour attirer l'attention, se valoriser--, disons qu'il faut distinguer l'interprétation (scientifique ou parapsychique) du phénomène en question. L'expérience du voyage hors-corps, à la suite d'un accident, peut bouleverser la vie d'un individu. Soit. La science tout comme la parapsychologie s'entendent sur ce point, acceptent l'expérience vécue par la personne, mais l'interprètent différemment: la science croit plutôt à une expérience cérébrale, provoquée notamment par des secrétions hallucinogènes alors que la parapsychologie évoque la preuve de la vie après la mort.

Il faut dissocier l'interprétation de l'expérience. Oui, nos proches et nos pairs ont sans doute été témoins de quelque chose d'insolite: ce quelque chose est-il vraiment ce qu'ils croient être? ce qu'ils interprètent comme parapsychique? Là est une toute autre question, demande une toute autre réponse... Le témoignage d'une personne de totale bonne foi ne suffit pas à établir un fait. "L'Ovni de Wotton" est un bel exemple de fausses interprétations.

1) la croyance en l'expérience paranormal

La société nord-américaine véhicule une vision fantastique de la vie et des pouvoirs parapsychiques seraient le bien vus pour rétablir la paix, la situation économique, exercer

un plus grand pouvoir sur les individus. Les gens souhaitent au plus profond d'eux l'existence des phénomènes paranormaux, d'un univers fantastique, plus passionnant que le leur.

On observe aussi que l'explication du phénomène précède presque toujours sa manifestation. Un sondage publié dans la revue Forum (11 avril 1994) révèle, entre autres, des chiffres allarmants des étudiants comme de la population en générale, sur la croyance aux phénomènes psi. Il apparaît évident que lorsqu'un événement insolite surgit du quotidien, on lui attribut rapidement une origine psilogique, qui dépasse les lois de la physique.

La plupart des gens croit vivre une expérience parapsychique dont les plus connues sont le phénomène de déjà vu, le rêve prémonitoire, la télépathie, la manifestation d'esprit, la prémonition (horoscope, "diseuse" de bonne aventure). Chez les adolescents, l’insolite provient essentiellement du monde des esprits, lors de jeux occultes, notamment avec Ouija. Un adolescent sur deux a déjà joué ou assisté à un scéance Ouija(11). Les histoires parapsychiques ne manquent pas: des crucifix qui s’enflamment en passant par les esprits tapageurs de type Camério, la télékinésie, la prémonition et autres psi y passent.

Le constat général qui se dégage de toutes les explications données au sujet de phénomènes psilogiques peut se résumer à ces deux points:

  1. La personne a vécu une expérience
  2. La personne qualifie cette expérience de psilogique --faute d'esprit critique, faute de connaissance scientifique, faute d'investigation...-- alors que la science l'explique presque toujours (lire tous les numéros du Québec Sceptique)

Vivre une expérience, c’est suffisant pour croire à la psilogie ou de croire que l’on

possède une preuve de l’existence d’un phénomène psilogique. Revenons à Ouija. L’opération ouijiste des Sceptiques du Québec a démontré encore une fois que c’est le participant qui déplace le curseur; que si l’on ignore la réponse, ouija répondra n’importe quoi, etc. (12). En classe, diverses expériences illustrent(13) que même après la lecture de textes anti-ouijistes du Québec Sceptique, d’explications diverses, etc., les élèves qui n’ont jamais joué à ce jeu veulent tout de même l’essayer (pour savoir si "ça marche vraiment"); les autres qui ont joué et qui ont connu diverses expériences "psilogiques" n’acceptent aucunement les explications apportés par les textes ou par l’enseignant.

Prenons un autre exemple: l'horoscope. Chaque année, les Sceptiques organisent un concours de prédictions parmi ses membres --en se basant sur des données sociologiques, entre autres-- et le taux de réussite est plus élevé que toutes les Nono Bavard de la planète. Semblable aux expériences ouijistes, diverses expériences en classe montrent l’échec du scepticisme de l’horoscope. L’enseignant invitent les élèves à composer un horoscope en s’aidant de textes publiés dans le Québec Sceptique(14); un genre de concours astrologique. Malgré tout, à la fin de l’exercise, cela n’empêche pas les élèves, surtout les filles, de continuer à lire où à croire ce qui est écrit dans l’horoscope –"croire" dans le sens d’espérer, souhaiter que ces choses arrivent, faire tout ce que l’on peut pour qu’une prédiction se réalise, se concrétise. Bref, c’est ça le bonheur! Non? Vouloir que l’espoir se réalise!?

Finalement --preuve par l’absurde, même si pour plusieurs psilogistes les pouvoirs paranormaux sont des dons et ne sont pas accessibles à tous--, on pourrait se questionner sur les conséquences que pourraient avoir la psilogie (advenant qu’elle existe) sur le monde actuel? Par exemple, grâce à la télépathie les élèves pourraient tricher lors d'un examen, à la limite, connaître les pensées des autres (qu'adviendrait-il de la vie privée des

individus, du respect de soi); grâce à la prémonition, on pourrait connaître son futur ("Que fais-tu ce soir? Viens-tu avec moi au cinéma? Oublie ça, j'ai un accident d'auto à 15h14 et je reste à l'hôpital jusqu'à la fin janvier"), on pourrait connaître les numéros gagnants de la 6/49 et être 6 millions à recevoir 1$ avec la combinaison gagnante, la bourse et le système économique passeraient aux oubliettes; grâce à la télékinésie, le prof qui embête l’élève pourrait, à distance, se faire lancer des objets, sans connaître sa victime (à moins d'avoir d'autres pouvoirs psilogiques); bref, le monde tel qu'on se le représente aujourd'hui, n'aurait plus sa place.

 

 

2) la méconnaissance, l'impossibilité d'une approche scientifique et l’absence

d’utilisation d’une méthode scientifique quotidienne

Lorsque se manifeste l'insolite, une apparition ectoplasmique (matérialisation de l'esprit), un esprit tapageur (poltergeist) fait entendre des raps, un phénomène lumineux apparaît dans le ciel, etc., les individus sont généralement dans un état psychologique de bouleversement. Ils ne peuvent sur l'instant être entièrement conscient des événements qui se produisent, perçus par leurs sens. Lorsqu'une anomalie survient (des pas, un bruit) le constat matériel de l'anomalie est souvent qualifié de paranormal au détriment d' une irrégularité (les rats, le chauffage) ou d'une origine physique.

La croyance pré-établie en l’existence du psi jumelée à la méconnaissance scientifique de l’observateur sont extrêmement favorables à l’explication paranormale d’un phénomène insolite.

Aussi, il est souvent difficile d'analyser le phénomène insolite de façon scientifique. Généralement, il s'agit d'un phénomène spontané et lorsque les scientifiques sont avertis du phénomènes, il est déjà trop tard. S’il devient possible alors aux scientifiques de se rendre sur les lieux et d'installer les instruments d'analyse, dans l’attente d’une prochaine manifestation, ils se font dire, par les psilogues et les médiums, que les phénomènes insolites ou parapsychiques ne peuvent se manifester à nouveau que si certaines conditions préalables sont respectées: investissement psychique des individus, conviction personnelle de la croyance en le psi, etc --conditions que les scientifques ne respectent pas, bien entendu.

L'absence de preuves vérifiables devient même l'adage des mouvements sceptiques: chaque fois les implants d'un contacté (rencontre de quatrième type) ont été détruits, ont disparu; chaque fois un ARS ne peut citer les noms des gourous, désigner les lieux des sépultures; chaque fois, les fantômes font dodos avec Casper et la vie continue...

 

Conclusion: la création d’un Club Sceptique au secondaire

favorisant la méthode scientifique

Le profil culturel de l’élève d’aujourd’hui est bien différent de celui d’hier. L’élève ne traite pas l’information: il l’a consomme! Ses sources de connaissances sont nombreuses, variées, attrayantes (hypermédias) et on constate que s’il possède davantage de connaissances que jadis, ce savoir est non intégré, non hiéarchisé. Effroyable constatation : le profil culturel de l’élève d’aujourd’hui favorise la croyance en la parapsychologie. Comme la société d’aujourd’hui incite les individus à croire à n’importe quoi, croire parce que cela fait du bien à l’individu, parce que cela est positif; parce que la prière et les cristaux (pour les migraines, pour l’insomnie, pour l’arthrite...) sont moins dispendieux que la visite chez le docteur ou le psychiatre, on peut se questionner sur l’esprit rationnel des adolescents de demain.

Également, l’élève conjugue sa vie au présent et se questionne chaque fois sur l’utilité pratique (" à quoi ça sert ?") ou de la pertinence de l’enseignement qu’il reçoit de l’école, de l’enseignant. Il semble davantage motivé lorsque les activités pédagogiques sont signifiantes et variées --dans le mesure du possible, globales, complexes et significatives. Il recherche donc des activités pédagogiques qui touchent la "Vraie vie"; des activités de résolution de "Vrais problèmes" et qui ne sont pas limitées aux seules activités dans la salle de classe, aux activités pédagogiques "traditionnelles". L’implantation du Programme des programmes favorisera cette nouvelle approche et les professeurs compétents, sceptiques et consciencieux, pourront davantage s’exprimer dans leur pédagogie. Les nouveaux programmes d’EMRC(15), troisième secondaire et première secondaire, publié récemment, confirment ce changement et cette nouvelle orientation du MEQ.

Les professeurs –du moins ceux qui ont une ouverture d’esprit plus large qu’une retaille d’hostie-- pourront plus facilement placer les élèves en situation significative, transdiciplinaires : le physicien, l’illusionniste, le psychiatre et l’historien des religions pourront se chevaucher dans un véritable cours!

Les enseignants devront créer leurs nouveaux cours en s’appuyant sur la méthode scientifique –méthode que tous les individus appliquent dans leur quotidien et que l’on peut résumer à cinq critères incontournables : la logique et la validité, la falsifiabilité, la

réplicabilité, l'exhaustivité et la cohérence.

"En appliquant la méthode scientifique, il est possible de comprendre l'Univers tel qu'il est vraiment, par-delà nos sens limités. Elle permet aussi de transcender nos émotions et nos désirs pour rationaliser le monde qui nous entoure. La méthode scientifique n'est pas une mode ou une autre façon de voir les choses. Elle est la seule façon fiable, reproductible et cohérente de mesurer la réalité.

Appliquer la méthode scientifique à la vie de tous les jours est relativement simple. Cela demande cependant un petit effort pour mettre en doute nos perceptions et questionner les informations qu'on nous présente comme des vérités établies et démontrées. En appliquant les critères que nous avons décrits, il est possible d'évaluer avec assez de précision la confiance qu'on peut mettre dans ce que l'on nous dit. Le scepticisme, c'est cela.

Être sceptique, c'est avoir un esprit ouvert, mais non crédule. Un sceptique est de curieux, qui veut comprendre. Il est ouvert à tout ce qui l'entoure. Il ne nie rien à priori, mais n'accepte rien d'emblée, sans preuve. Il pose des questions et évalue les réponses qu'il obtient. Il croit que dans la majorité des cas, la réalité suffit à expliquer les phénomènes "étranges" et les coïncidences que nous rencontrons presque quotidiennement autour de nous. Il croit en l'intelligence et sait qu'il est souvent sage de remettre son jugement à plus tard lorsqu'il sent qu'il n'a pas en main toutes les informations nécessaires..."(16)

Finalement, au-delà des cours, l’idéal serait peut-être de créer un mouvement sceptique dans chaque école, au même titre que les clubs de sciences ou les clubs d’échecs. Annuellement, le club pourrait inviter la population locale à venir assister au Cirque du paranormal. Un événement sceptique où l’on retrouverait un grand nombre d’activité et surtout un esprit sceptique: marche sur le feu, distributrice d’horoscopes, conférences, spectacles d’illusionistes, création d’un fantôme (X Phil), débats, télévision communautaire (les pires livres, entrevues diverses), kiosque présentant les meilleurs travaux sceptiques réalisés en classe...

Notes

  1. Voici un résumé de l’article de LABELLE Denis, "La moitié des Québécois croient au paranormal", Le Québec Sceptique, numéro 22, juin 1992. "La méthodologie et les questions posées ont été préparées en étroite collaboration avec Alain Bouchard, sociologue et historien des religions de l'Université Laval. De ce sondage, il ressort entre autres que 66 % des personnes interrogées croient à la télépathie, 51 % à la clairvoyance, 45 % à l'astrologie et 41 % à la visite d'extraterrestres, 38% aux fantômes. On constate une fois de plus que les femmes croient davantage à l'astrologie que les hommes... et le contraire en ce qui a trait aux extraterrestres. Les sept premières questions (portant sur les principaux phénomènes paranormaux) permettent de dégager un constat : plus on croit à l'un de ces phénomènes, plus on est porté à croire aux autres. En caricaturant à peine, on peut donc conclure que, grosso modo, les Québécois ont tendance à reconnaître "en bloc" (ou à rejeter "en bloc") l'ensemble du phénomène paranormal. L'opinion des répondants au sujet de la télépathie ne dépend ni de leur âge ni de leur scolarité. En ce qui concerne la visite d'extraterrestres, les vies antérieures, la clairvoyance et les fantômes, les plus jeunes sont plus crédules que leurs aînés. Pour l'astrologie, la tendance est inversée : ce sont les aînés qui sont les plus crédules. Cette influence de l'âge sur l'opinion est, encore une fois, beaucoup plus forte chez ceux qui sont moins scolarisés. L'éducation semble amoindrir l'effet des ans... Monsieur Pierre Couillard, professeur de biologie à l'Université de Montréal, a pris l'heureuse initiative de soumettre le questionnaire du sondage à 167 de ses étudiants. D'une manière générale, les étudiants sont à peine moins crédules que le reste de la population face au paranormal (question 1 à 7)". Aussi, voir BOUCHARD Alain, "Une vision du monde radicalement transformée", L'Église Canadienne, 25 janvier 1990, p. 39-45.
  2. BÉLANGER Louis, Psi; au-delà de l'occultisme, Québec/Amérique, 1978, 166 p.
  3. SABOURIN Jean-Claude, "Parapsychologie, science de l’extraordinaire", Le Québec Sceptique, numéro 23, automne 1992, p. 31.
  4. LETT James, "Pourquoi la popularité du paranormal se maintient-elle?", Le Québec Sceptique, numéro 28, hiver 1994, p. 47. Aussi, la classification des facteurs s’inspire de cet article.
  5. Voici quelques extraits de journaux réputés, tirés d’un article du Québec Sceptique: "Le Révérend Saul Weiss de Los Angeles guérit les malades et les infirmes par téléphone avec un taux de réussite de 80%" (Globe); "Les extra-terrestres sont en réalité des anges-gardiens qui vivent sur notre planète, prétend le Dr Jacques Vallée" (Examiner).
  6. L'article en question est de BÉRUBÉ Gérard, "Des Robots pour les grandes entreprise", Le Devoir, 20 février 1994, et porte sur les messages subliminaux. Aucune étude, enquête, mention de scientifique ou autres indices d'un texte sérieux n'est mentionné. De plus, ce texte qui occupe une pleine page (douteux), ne cite (au niveau expérimental) que le groupe Promédia.
  7. Voir les articles de
    BONNIER ALain, "La prochaine génération d’astrologue sera bien formée", Le Québec Sceptique, no 34, été 1995 et, dans le même numéro, de RICHARD Béatrice, "Quand l’école enseigne l’astrologie aux enfants".
  8. Le professeur en question, enseigne depuis une vingtaine d’années au collège et "se dit responsable des communications pour le commandant Ashtar et pour le Conseil de la galaxie". Voir "Le commandant Ashtar au cégep", COLLECTIF, Y croyez-vous, Éditions Alain Stanké, 1999, p. 223.
  9. LAPLANTE Sylvie, Esprit critique es-tu là, Châtelaine, juillet 1988, p. 29, 32, 34 et 36. L'article commente l'activité préparée par les Sceptiques du Québec dont l'objectif est de donner aux adolescents un esprit critique face aux phénomènes psilogiques. J'ai maintes fois constaté cette crédulité lors d'une expérience (exercice) en classe d'EMRC, avec des élèves de cinquième secondaire. Les cartes zener ont cherché en vain à démontrer avec statistique à l'appui la preuve du PES et tenter d'amener une possibilité d'étude de la prescience et de la télépathie en laboratoire. Ces cartes conçues, dans les années 1930, par un mathématiciens sont composées de cinq groupes de cinq cartes. Sur chacune est dessiné l'un des symboles suivants: étoile, croix, trois lignes ondulées, cercle et carré.L'expérience consistait à deviner, dès le début du cours, les différents symboles des cartes zener(6) qui allaient apparaître au hasard quelques minutes avant le timbre de la cloche (auparavant, je complotais avec deux élèves, le plus possible marginaux, où ayant un intérêt connu des pairs pour la psilogie, l'occulte, etc., et leur donnait les réponses). Le hasard pour un exercice du genre devrait être de 4/25 --4 bonnes réponses sur 25. La feuille de réponses étant corrigé par un voisin, la stupéfaction de celui-ci (avec la feuille d'un de mes complices) était inimaginable (21/25). La plupart des élèves étaient convaincus de leur pouvoir de prémonition, juste avec cet exercice absolument scientifique.
  10. Cet article est le premier d’une série de quatre qui fait le point sur le paranormal au secondaire. Le quatrième article traitera de ce point, c’est-à-dire, révèlera les résultats d’une enquête auprès des bibliothècaire et du contenu paranormal dans les bibliothèques scolaires.
  11. Plusieurs enquêtes ont été effectuées au mois de mars 1998 et 1999 au Pensionnat des Ursulines, à Stanstead; en 1995, à l'école La Frontalière (Coaticook, Québec), auprès de 850 élèves, du premier au cinquième secondaire. Aussi, de 1990 à 1994, quelques 200 élèves de cinquième secondaire, chaque année, ont répondu à une enquête sur la pratique des jeux occultes, fantastiques et psilogiques. Aussi, récemment, BÉLANGER Louis, " Ouija et satanisme ", CINR, 11 novembre 1998 (audiocassette, 90 minutes) apportait des données semblables, lors de cette conférence, quant à la pratique du Ouija chez les adolescents.
  12. Voir FORGET Pascal, " Ouija? Oui, mais... ", Le Québec Sceptique, automne 1998, no 43, p. 22-27. Aussi, l’opération ouija où l’idée consistait à "monter un protocole expérimental, puis faire des appels publics afin de rencontrer des oui-jistes sérieux (le terme oui-jeux est aussi employé dans le jargon paranormal) pour faire l'expérience, puis en publier les résultats", GILBERT Donald, "Opération Oui-ja", Le Québec Sceptique, été 1994, p. 7-10; ainsi que BROCH Henri, "Oui-ja: faites vos propres expériences...", Le Québec Sceptique, printemps 1993, p. 33. En gros, l'expérience suggérée par Broch consiste à remplacer l'alphabet par des nombres (qui seront par la suite décoder). Ainsi, le ouijiste ignore totalement ce qu'il écrit ou compose.
  13. Ces exercises ont été fait en classe, au premier cycle, au Pensionnat des Ursulines, à Stanstead, ainsi que sous une forme différente, à la Frontalière de Coaticook (Estrie).
  14. Notamment, dans Le Québec Sceptique, LAFLEUR Claude, "Six trucs utilisés par tous les astrologues" (no 19) et "L’exemple d’un signe astrologique" (no 29); EDWARDS Harry, "Comment être un très bon voyant" (no 32).
  15. Concernant la compatibilité entre la science, le scepticisme et la religion, les lecteurs peuvent se référer à l’excellent article, disponible sur le site web des Sceptiques du Québec (www.sceptiques.qc.ca) "Peut-on être sceptique et entretenir néanmoins certaines croyances de type spirituel?", dont voici quelques extraits rassemblés. "Certains sceptiques, que l'on pourrait qualifier de "radicaux", refusent cette possibilité et considèrent qu'une réalité immatérielle ne peut exister parce qu'elle échappe à l'examen scientifique direct et parce que ses manifestations supposées au niveau matériel se révèlent régulièrement des illusions ou des fraudes. Le scepticisme radical n'est pas scientifiquement fondé : la science ne peut pas démontrer l'inexistence d'une éventuelle réalité non matérielle. Le sceptique distingue croyance et connaissance. Les connaissances portent sur la réalité physique (matérielle ou naturelle). Il est vrai qu'on peut avoir des croyances à propos de la réalité physique, mais ce type de croyances correspond à des connaissances potentielles. Il est possible de finir par démontrer qu'une affirmation portant sur la réalité matérielle est vraie ou fausse. Les sciences s'emploient à cette entreprise de vérification et de falsification. En principe, on peut examiner si ces croyances correspondent ou non à la réalité naturelle, même si en pratique l'entreprise scientifique est pleine d'embûches. Mais c'est d'un autre type de croyances dont il est question ici ; elles supposent l'existence d'une réalité métaphysique, immatérielle ou surnaturelle. Or, cette réalité supposée échappe aux méthodes scientifiques de vérification et de falsification. Il est impossible de démontrer ou de réfuter une fois pour toute l'existence d'une réalité métaphysique. Si les philosophes s'opposent allégrement les uns aux autres à propos de ce genre de réalité, les scientifiques s'accordent à travers le monde à propos des connaissances de base en physique, chimie et biologie. Ainsi, les Sceptiques du Québec s'intéressent prioritairement à la vérification et à la falsification des connaissances et des croyances portant sur la réalité physique et non pas métaphysique, puisque l'examen scientifique des croyances portant sur une éventuelle réalité métaphysique n'est pas possible. En conclusion, les Sceptiques du Québec ne constituent pas un groupe idéologique ou d'action politique, mais bien un groupe d'information scientifique. En majorité, nous acceptons que les croyances transcendantes soient inévitables sous une forme ou sous une autre. Mais nous distinguons croyance et connaissance, et nous sommes critiques à l'égard de nos propres croyances. Lorsque ces dernières ne sont pas soutenues par des connaissances objectives assurées, nous savons qu'elles ne sont que de fragiles croyances ou que des opinions".
  16. Voir l’article dont cet extrait est tiré, sur internet, www.sceptiques.qc.ca, de CHEVALIER Raymond, "Observer le monde avec scepticisme".
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