LES EXTRA-TERRESTRES AU SECONDAIRE:

cinéma, ufologues et raëliens

Un des sujets préférés des élèves, au secondaire, demeure sans contredit les extra-terrestres. Plusieurs enquêtes maisons(1) confirment l’intérêt grandissant des adolescents pour la vie autre que sur la planète Terre, mais surtout, pour l’éventuel contact entre deux espèces intelligentes (ici, en observant la situation mondiale actulelle, on pourrait se questionner sur l’intelligence de notre espèce). Pis encore, la présence des raëliens ne cessent de croître au sein des institutions scolaires (secondaires, collégiales et universitaires). Ces même raëliens sont encouragés à témoigner dans les classes par des professeurs(2) prétextant répondrent aux objectifs du programme d’études du MEQ, en EMRC, cinquième année du secondaire. Et l’Estrie, avec son ufologue François Bourbeault, sa soucoupe volante à Valcourt (Ufoland) et les incroyables histoires paranormales qui circulent constamment au sujet du lac Memphré Magog(3) semble être une terre de prédilection pour le phénomène extra-terrestre. Rien de rassurant pour l’esprit critique, rationnel; pour le 3ème millénaire, pour les adolescents...

Même s’il n'existe aucune preuve valable, vérifiable, scientifique, de la supposé existence extra-terrestre, un bon nombre d’adolescents sont convaincus du contraire. Placés en funambule entre la science et la fiction, les documentaires promotionnels et le cinéma, entre les médias acritiques et la probabilité mathématique d'une autre vie dans ce vaste univers (même si la probabilité que cette vie soit sous forme humanoïde est pratiquement impossible), de l'ADN découvert sur certains météorites, du défilé annuel de Roswell; injectés de substances extra-terrestres depuis leur enfance, en passant par une panoplie de gadgets vendus sur le marché des jouets pour enfants jusqu’aux émissions télévisées de Bibi, "la p’tite crotte du cosmos", après-tout, ne pas y croire relèverait presque de l'anté-science.

Bien qu’aucune typologie ne fait l’unanimité, il est possible de regrouper en trois degrés la croyance extra-terrestre: ceux qui y croient sans avoir vu, ceux qui ont vu et ceux qu'on appelle les "contactés".

La conspiration des aveugles: "ils n’ont rien vu mais demeurent convaincus!"

Le premier degré de croyance extra-terrestre est le client, l’adepte. Cette catégorie rassemble dans ses rangs le plus grand nombre d’adolescents. Par l'entremise des médias, du cinéma principalement, mais aussi des récits oraux ou écrits (sous forme de livre, de chronique dans les revues ufologiques, des sites sur Internet), les élèvent peuvent s'alimenter au point d'en faire une indigestion.

En travers l’infestation de récits et de documentaires faisant la promotion extra-terrestre --le marché de l’ésotérisme et de la psilogie au Québec compte près de 50% des ventes totales de tous les livres en librairie!--, on retrouve ici et là quelques textes à l’esprit sceptique, scientifique.

Mais c’est trop peu, souvent trop tard, car les adolescents veulent croire aux extra-terrestres... parce que croire aux extra-terrestres est également un échapatoire sur ce monde mortifer; croire aux extra-terrestres renferme un aspect exotique aussi. Et, évidence même, un livre ou une conférence ou un documentaire qui dément l'existence extra-terrestre, détruit les preuves ufologiques, a toujours l'effet d'une bonne giffle à la figure des lecteurs et des auditeurs (dites-moi combien d’individus sont vraiment intéressés à recevoir une claque sur la margoulette?). Surtout, le document anti-ufologique n'est guère promu au succès, par le fait-même, encore moins à sa réalisation, à sa publication. Les sceptiques doivent jouer les don Quichottes.

Malgré les bonnes intentions d’émissions sarcastiques (2000 ans de bogues avec l’animateur et membre sceptique Jean-René Duford), ridiculisant les ufologues et les contactés; malgré une certaine volonté de traiter le plus sérieusement possible le sujet (Mondes et mystères, "Ovnis: l’énigme", Canal D); les adolescents se font bombarder de tous côtés par les mouvements pro-vie-extra-terrestre, dont le cinéma, indirectement, en est le principal moteur.

L’influence du cinéma hollywoodien et la télévision sur les croyances des adolescents est considérable. En moyenne, un élève passe plus de temps devant l’écran (télévision et cinéma) qu’en classe(4); plus de temps avec ses profs qu’avec ses parents.

Des films à succès mondial tels Rencontre du troisième type (1975), E.T l'extra-terrestre (1982), les séries Aliens (1979, 1986, 1992 et 1997) et Star Treck, les téléséries cultes produites presqu'à chaque décennie depuis les années 1950 (Les Envahisseurs, Perdus dans l'espace, Espace 1999, V, Star Treck) ont été signifiantes à un point tel qu’ils ont influencé les auteurs de littérature jeunesse du Québec. Depuis 1998, les nouveaux programmes de français du MEQ, première secondaire et deuxième secondaire, ont remplacé le traditionnel récit d'aventures par celui de la science-fiction(5).

Au cinéma, tantôt les extra-terrestres sont considérés comme des monstres voulant la destruction de la race humaine, des ennemis jurés (L'avènement, Mars attaque); tantôt de nature pacifique (Rencontre du troisième type, E.T. l'extra-terrestre), ils cherchent à établir des liens; tantôt ils possèdent les deux caractères à la fois (Les Hommes en noir, Star Treck). Ils prennent la forme plus ou moins humaine (V, L'avènement, Star Treck, Coccon), cybernétique (Le Cinquème élément) ou spirituo-énergétique (Contact, Espace 1999, Abysse). Bref, ils sont tout et rien à la fois.

En plus de produire une grande quantité de films extra-terrestres, l'industrie cinématographique se veut le porte-parole de la science (comprenons plutôt "science-fiction") et suit minutieusement les découvertes dans ce domaine. Le film Contact exprime bien cette pensée extra-terrestre à la cuisine scientifique actuelle –"Tout cet espace gaspillé juste pour nous, c'est impossible!" (évidence!? que clame la scientifique dans Contact).

Dans ce film, on établit le contact avec les extra-terrestres en utilisant de puissants radiotéléscopes --puisque c'est maintenant la mode d'écouter les extra-terrestres et non de les observer. Les enquêtes réalisées font référence à des projets scientifiques pour la recherche d'une intelligence extra-terrestre qui ont existés ou existent toujours: SETI, Phoenix, etc.

Le film Contact essait de fondre (confondre, dirais-je) science et religion: preuve et croyance. Les deux langages, celui de la science et celui de la religion, sont deux façons d’exprimer la représentation que les humains se font du monde, qui contribuent à satisfaire le besoin profond de l’être humain, de comprendre le milieu où il vit. Chose plus importante encore, les deux langages ont leurs limites: le langage scientifique explique comment va le monde alors que le langage religieux suggère d’où vient le monde, où il va, et pourquoi; le langage scientifique répond à bien des "comments" du monde et de la vie, il ne sait en résoudre tous les "pourquoi".

Ce qui me semble particulièrement dérangeant, dans Contact, c’est la grande facilité avec laquelle on a créé la confusion entre le domaine scientifique et le domaine religieux. Voici le contexte. Dans le film, la scientifique qui a été choisie pour la rencontre extra-terrestre dit ne pas croire en Dieu --en aucun dieu d'ailleurs. Elle s'oppose donc à 85% des Américains. Cette polémique entourant l’athéisme sera d’autant plus marquée à la fin du film lorsque la réussite de l’expédition tombe sous la controverse. En effet, pour les observateurs du site d'expédition, le vaisseau n'a jamais quitté la terre. Pour la scientifique, à son retour, c'est la consternation totale: elle seule est convaincue d'avoir rencontré les extra-terrestres (ou Dieu, ou les anges...).

Une enquête scientifique est alors menée (un genre de procès). La dame exprime alors la bonne morale hollywoodienne concernant la croyance extra-terrestres et la science: "En tant que scientifique, je suis forcée à avouer que cela peut être le fruit d'une totale hallucination, que j'accepte la dose d'incrédulité et de scepticisme qui vous anime (les membres de la commission d'enquête), comme moi je l'aurais fais d'ailleurs, si j'étais à votre place". Puis, elle ajoute: "Cependant, j'y crois à cette rencontre, parce que je ne peux pas faire autrement, j'ai eu cette expérience, je ne peux pas le prouver, je ne peux pas l'expliquer, mais tout ce que je sais, tout ce que je suis, m'affirme que c'était réel.... Il m'a été donné de vivre quelque chose de merveilleux, quelque chose qui m'a changé pour toujours: une vision de l'univers qui nous dit indéniablement comment on est petit et insignifiant et comment on est rare et précieux en même temps, une vision qui nous dit que nous appartenons à quelque chose qui est plus grand que nous mêmes, et que nous ne sommes pas seuls...Je souhaite partager ça... je souhaite que tout le monde puisse un seul moment ressentir cette béatitude, cette humilité, cet espoir" --j’imagine que cet espoir veut dire, la preuve d’un quelconque paradis, d'une vie après la mort terrestre, d'une preuve scientifique de la spiritualité.

Ce qui me semble dérangeant donc, c’est que l’expérience personnelle, intuitive, suggestive, peut remettre en question l’expérience scientifique, à condition les deux domaines poursuivent la recherche de la vérité (c’est ce qu’on raconte dans le film). En résumé, la rencontre extra-terrestre est de même nature que les rencontres spirituelles. Voilà la science reléguée instantanément aux oubliettes. Si Marie apparaît à l’occasion, les fantômes aussi, alors pourquoi pas les petits bonhommes verts puisque dans les trois cas, ce qui compte n’est pas tant la preuve scientifique du phénomène observé, que l’impact émotif créé sur les individus: bouleversement de la vie quotidienne, nouvelle recherche de sens, quête religieuse, etc. Dans le même veine, si Dieu existe, pourquoi pas les extra-terrestres. On se rapproche drôlement de la pensée de Raël et du raëlisme –non du réalisme.

 

Les extra-terrestres existent: je les ai vus!

Le deuxième degré de croyance extra-terrestre concerne l’individu qui a vu, observé un ovni ou un être de l'espace. Selon des enquêtes maisons, rare sont les élèves appartenant à cette catégorie de croyances. Généralement, les adolescents sont plutôt liés indirectement aux observateurs, soit par l’information (sous forme d'articles sérieux, de chroniques ou de livres, les récits sont rassemblés le plus souvent par des ufologistes qui, à l’occasion même, démasquent l'imposture), soit par le bouche à oreille (c’est la tante de mon amie qui a vu l’extra-terrestre, un soir, alors qu’elle roulait sur le chemin...).

Les témoignages visuels sont rassemblés par des ufologues qui, au même titre que les

astrologues, font la Une des journaux et des médias régulièrement --davantage que les scientifiques ou les astrophysiciens.

En Estrie, au mois de décembre 1997, Francois Bourbeault, animateur d'une émission ésotérique à la télé communautaire et sommité de l'ufologie estrienne, voire québécoise, s'intérrogeait sérieusement à plier bagages et se retirer de la scène médiatique --fautes de financement, entre autres. L'autodidacte se préparait à vendre sa gigantesque bibliothèque (évalué à 100 000$) ainsi que tous les dossiers "confidentiels" qui relatent, notamment des rencontres extra-terrestres. Poussant l'affaire plus loin encore, le 24 décembre, à minuit, il brûlerait la dite documentation en signe de désespoir, de découragement, d'écoeurement. Restons calme, la bibliothèque existe toujours. N’empêche, que l’histoire a fait les manchettes durant plus d’une semaine, qu’il a suscité encore un intérêt pour la croyance extra-terrestre et a, pour la Xème fois, semé le doute quant aux preuves "scientifiques" qu’il possède. Bourbeault venait d’inventer les menaces extra-terrestres affectives.

Il y a un danger à trop lire ou à trop écouter parler les ufologues. Ils peuvent finir par vous convaincre. D’abord, invétérés ovnilogues, ils ont pratiquement tout lu sur le sujet. De plus, ils possèdent une connaissance du terrain remarquable et remarquée, digne des enquêtes "Murder et Scully" dans X-Files. Dans l’attente de découvrir LA PREUVE scientifique (celle qui renverserait tout le scepticisme qui prévaut pour l'instant dans le domaine scientifique), la preuve irréfutable, ils s’attirent la sympathie des esprits quelque peu critiques (les adolescents sont une clientèle cible) en démasquant, à l’occasion, les charlatants, les arnaques, les coups montés. Ils font sérieux, ils sont marginaux et font rêver: un mélange d’Indiana Jones, de Sherlok Holmes et d’Albert Einstein.

Comme il n'est pas question, dans le cadre de cet article, de refaire un procès ufologique pour démontrer, encore une fois, qu'il n'existe aucune preuve valable ou scientifique de la vie extra-terrestre telle qu'elle est conçue présentement, mentionnons que les mouvements sceptiques du monde offrent des centaines de milliers de dollars pour une soucoupe volante accidentée -- un simple pneu d'ovni, paraît-il, suffirait.

Le résultat final demeure tout de même décourageant. Les sceptiques n’ont jamais donné un sou, la science ne possède rien de valable, et tous les jours on entend parler de preuves de la part de ceux qui ont vu, essentiellement par des journalistes acritiques ou par ceux qui y croient.

Ce qui est déplorable également chez les ufologues comme Bourbeault est leur méconnaissance scientifique (ou leurs connaissances superficielles) sur le fonctionnement du cerveau, la perception(6), la physique, les hallucinations, les théories sur les enlèvements nocturnes(7), les troubles de dissociation, etc. Leur approche est faussée et on pourrait qualifier leur entreprise de "parascience".

Troisième degré: les grands brûlés (les Raëliens)

Entre l'étrenne d'un condom et une scéance d'information au Delta, les adolescents sont invités à rencontrer les raëliens (du troisième secondaire au cinquième secondaire). Ce mouvement religieux est dirigé par un contacté, c’est-à-dire, une personne qui a non seulement vu l’extra-terrestre ou l’assiette volante, mais l’a rencontré, a établi un contact avec eux. Ici, le contacté est la preuve vivante de l’existence extra-terrestre; le mouvement raëlien, le témoignage d’une communauté croyant à la vie dans l’espace; l’histoire de Raël, le plus gros show à ne pas avoir passé à Juste pour rire.

Claude Vorilhon, alias Raël, était jeune adulte, poète et troubadour(8). Ancien journaliste sportif (course automobile), d'abord pigiste d'une revue à faible tirage, puis auteur et éditeur de sa propre revue, il a écrit ses autobiographies. Son histoire est supérieure en crédulité à tous les scénarios hollywoodiens. Des adolescents soumettraient sa vie comme récit de science-fiction pour le programme de français et les professeurs le refuseraient en raison d’une exagération sans bornes (ce que n’est pas la science-fiction). Raël c’est: rencontre d'extra-terrestres à l'intérieur d'un volcan éteint; enfant né d'une mère inséminée artificiellement par les Élohims; frère de Jésus... Un passé qui se transparait dans sa vie quotidienne, marginale: des mariages, dont un avec une fille de 16 ans; Raël porte un costume qu'il a lui-même confectionné (à première vue, basé sur le modèle du bonhomme Persbury); Raël est entouré de gardes du corps lors de ses sorties, etc.

Contacté par les Elohims (nom de Dieu, au pluriel dans l'Ancien Testament), le 13 décembre 1973, il a reçu le code d'interprétation de la Bible, qu'il a publié en 1974, à compte d'auteur, sous le titre Le Livre qui dit la vérité. Le 7 octobre 1975, Raël a été amené avec les Elohims sur leur planète où il rencontré les grands prophètes. Sa mission prophétique est double: diffuser le message des Elohims et contruire une ambassade pour les accueillir.

Selon Raël ("celui qui apporte la lumière des Elohims"), considéré comme le messie, le paraclet dans la Bible ou le Coran, le monde a été créé en laboratoire grâce à une ingénérie génétique hypertechnologique (bref, 100% synthétique). En fait, comme tous les prophètes antérieurs, Raël répond aux deux grandes questions fondamentales de la religion: qui sommes-nous et où allons-nous? Donc, les Élohims, créateurs de l'humanité en laboratoire (Qui nous sommes) ont parlé à Raël afin que nous évitions l'autodestruction (où nous allons), symbolisé par l'explosion d'une bombe atomique sur Hiroshima le 6 août 1945.

Il est possible d'éviter cette autodestruction humanitaire en appliquant la philosophie raëlienne que l'on peut résumer en deux principaux éléments: restructuration de la société (langue unique, monnaie mondiale), applée la géniocratie et où l'on prêche l'égalité entre les hommes et les femmes; la pratique de la méditation sensuelle (technique qui aide l'individu à se connaître et à s'intégrer de facon harmonieuse avec la société), l'éveil de l'esprit par l'éveil du corps, qualifiée d'orgie(9) par ses opposants (les raëliens avaient fait les manchettes à la suite de reportages sur les joies de la masturbation).

Le raëlisme est une philosophie athéique (Dieu est remplacé par les Élohims, l'âme par le code génétique), une continuité du christianisme, où tout n'est que matériel (un genre d'humaniste matériel). En fait, tout est dirigé vers l'individu, d'abord, en fonction d'un bien-être individuel, puis social. Le raëlisme est écologique, s'oppose à l'abus de drogues, de tabac, d'alcool; recherche une bonne alimentation, bref, il est davantage un style de vie que la construction d'une ambassade ou d'un vaisseau pour aller habiter la planète des Elohims.

Le symbole (une svastika à l'intérieur de l'étoile de David) représente l'infini dans l'espace (l'étoile de David), l'infini dans le temps (svastika). Toutefois, il a du être modifié par une spirale à six branches du genre yin et yan, cherchant à ressembler à une galaxie, et de facon à ne plus s'attirer les foudres des victimes de l'Holocauste, des communautés juives et des groupes philantropiques, et surtout, des adolescents qui sont de moins en moins indifférent au racisme.

De façon générale, disons que l'aspect crédible de l'existence extra-terrestre est absent du mouvement (à deux reprises, des membres ont affirmé publiquement que l'existence ou non des extra-terrestres était de nature superficielle, que la philosophie du mouvement était plus importante que la véracité des récits du prophète). Raël refuse toujours de subir le test du détecteur de mensonge (sans être une preuve, cela serait déjà un pas dans la bonne direction). Par dessus-tout, l'attirail extra-terrestre de Raël est la copie conforme des modes ufologiques.

Les extra-terrestres sont décrits par Raël comme ressemblant aux humains, plus petit (1,40 m), ayant la peau blanche (légèrement olivâtre), et des yeux en amandes. ce modèle est celui des films traditionnels et des récits du genre considérés sérieux. En 1995, en Estrie, les raëliens érigeaient un centre mondial de l'information sur les phénomènes extra-terrestre (à Valcourt). Baptisé Ufoland, à l'intérieur, le touriste peut observer une réplique de la soucoupe volante (ressemblant à celle qui a enlevé Raël en 1973), si vague qu'elle laisse planer à presque tous les modèles de visions ufologiques connues. Cette soucoupe a d'ailleurs été modifiée, puisqu'au milieu des années 1980, Raël avait construit une maquette de sa future ambassade en Israël, modèle qui suivait les gigantesques ronds dans les champs anglais et qui étaient supposés être les traces d'attérissage d'ovnis --on apprenait par le biais des journaux, plus tard, que le tout était le canular de deux sexagénaires: Doug Bower et David Chorley (voir le Québec Sceptique). Bref, rien de sérieux, tout de comique d'ailleurs.

Pour l’instant, la moyenne d'âge du mouvement raëlien est de 35 ans, regroupant quelque 35000 membres dans le monde (4000, au Québec), répartis la plupart dans le milieu de la francophonie. Mais, rien n’empêche, Raël et son mouvement fascinent les adolescents. C’est connu, ce que l’adulte, le prof ou le parent rejètent, intéresse souvent l’adolescent. Plus encore, la philosophie raëlienne répond aux besoins psychologiques, physiques et sociaux des adolescents: acceptation de soi; intégration harmonieuse de sa liberté dans la société; jouissance sexuelle; rytme de vie non stresssante; bonne alimentation, s’oppose à tous les abus, est contre le racisme et la pollution... et se réclame de la science.

Le raëlisme est une recette gagnante et, comme si cela ne suffisait pas, est ultramédiatisée. Citons quelques exemples. Avant les élections de 1995, les raëliens ont donné des conférences faisant la promotion du droit de vote à 15 ans. Lors du débat sur les distributrices à condom, en 1995, dans les écoles secondaires, les raëliens ont distribué des condoms devant les portes des institutions scolaires. Lors de l’application du nouveau programme d'EMRC, en cinquième secondaire, volet "La diversité religieuse", une pochette promotionnelle "Accueillir les extra-terrestres" a été envoyée aux enseignants (photo de Raël, document explicatif, etc.). Plusieurs écoles ont par la suite répondu à cet appel et des raëliens sont venus vendre leur salade en classe.

Le raëlisme est dangereux pour l’esprit critique puisqu’il confond lui aussi science et religion. Le lendemain où les journaux titraient "Une brebie clônée" (n’est-ce pas symboliquement religieux?), Raël en profitait pour faire la manchete à ses côtés et valider sa philosophie de la fabrication humaine en laboratoire. Par la même occasion, il offrait la

possibilité aux gens d’être clônés pour la modique somme de 400 000$ dollars canadiens.

Les adolescents ne sont pas dupes, mais facilement influençables. Le raëlisme les rejoinds dans leur quotidien, dans leur quête spirituelle et leur quête de sens. Le raëlisme est construit sur la pratique de la vie, du bien-être de l’individu. C’est davantage en tant que philosophie et non que simple croyance aux extra-terrestres que le mouvement cherche à corrompre l’esprit rationnel.

 

En guise de brève conclusion...

Devant le cinéma et les hypermédias (Internet), le journalisme acritique et les livres ésotériques, devant les raëliens et les ufologues, les enseignants sceptiques n’ont guère de chance de convaincre les élèves qu’ils font souvent preuve d’un manque d’esprit critique. Il reste à espérer que l’esprit rationnel et scientifique demeurent au centre des préoccupations des enseignants, que ce soit dans le domaine des sciences que celui de l’enseignement moral et religieux catholique.

Entre temps, Raël symbolise l’existence extra-terrestre, se dresse stoïquement devant la science, les institutions scolaires, les journalistes. Une situation épouvantable, autant que d’acheter et de faire l’acquisition de terrains sur la lune. Mais comme l'écrivait Franco Nuovo du Journal de Montréal, dans sa chronique: "Il est très fort, Raël. Il est très fort, ou bien on est con"(10). J’opterais pour la seconde option.

 

notes

  1. Les sondages ont été réalisés entre mars 1998 et 1999, au Pensionnat des Ursulines, à Stanstead; en 1995, à l'école La Frontalière (Coaticook, Québec), auprès de 850 élèves, du premier au cinquième secondaire. Aussi, de 1990 à 1994, quelque 200 élèves de cinquième secondaire, chaque année, ont répondu à une enquête sur la pratique des jeux occultes, fantastiques et psilogiques; sur la croyance extra-terrestre. Finalement, par le concours de collègue, en Estrie, des rapports informels m'ont été présentés. Cela dit, les statistiques évoquées dans ce texte n'ont pas la prétention d'être scientifique. Elles reflètent cependant, les croyances et les pratiques d'un milieu, d'un groupe d'âge sur une échelle de temps restreint. On pourra consulter d’autres rapports et enquêtes qui ont porté sur l'enseignement moral et religieux au secondaire, notamment: Les états généraux sur l'éducation 1995-1996, (rapport final de la commission des états généraux sur l'éducation, Québec, Ministère de l'éducation, 1996, 90 p. Baby Antoine, "Les états généraux de l'éducation, l'école un choix de société", Revue Notre-Dame, no 3, mars 1996, 32 p. Conférence des évêques catholiques du canada, Catéchisme de l'Eglise catholique, Ottawa, 1993, 676 p. Conseil Supérieur de l'Education, Comité catholique. Avis au ministère de l'éducation, juin 1991: l'enseignement moral et religieux catholique au secondaire, pour un enseignement mieux adapté aux jeunes et aux contextes actuels, Québec, Direction des communications, juin 1991, 19 p. Conseil Supérieur de l'Education, Comité catholique. L'évaluation du vécu confessionnel: l'école catholique, un choix éducatif et culturel, Québec, édité par le Comité catholique du Conseil supérieur de l'éducation, février 1996, 33 p. Conseil Supérieur de l'Education, Comité catholique. Rapport d'une étude du Comité catholique, juin 1991: la situation de l'enseignement moral et religieux catholique du secondaire, Québec, Direction des communications, juin 1991, 136 p. Aussi: Cadrin-Pelletier C., Legault G., Bédard-Hô F. et Nadeau S., Au-delà des apparences..., Sondage sur l'expérience morale et spirituelle des jeunes du secondaire, Direction de la recherche et Direction de l'enseignement catholique, Ministère de l'éducation du Gouvernement du Québec, 1992, 181 p.Carrefour 92, Rapport-synthèse de la cueillette d'informations auprès des jeunes de cinquième secondaire, Office de l'Education, Archevêché de Montréal, septembre 1991, pro manuscripto, 31 p. Huillier Charles, Vie et foi des adolescents, Droguet-Ardant, 1992, 218 p. Richard Réginald, Religion de l'adolescence, adolescence de la religion, Presses de l'Université Laval, 1985, 176 p. Grand'Maison Jacques (sous la direction de), Le drame spirituel des adolescents, Profils sociaux et religieux (Cahiers d'études pastorales, no 10), Fides, 1992, 244 p. Ados, familles et milieu de vie/La parole aux ados!, menée par le Bureau québécois de l'Année internationale de la famille et l'Association des Centres jeunesse du Québec en collaboration avec l'équipe du Centre de recherche sur les services communautaires de l'Université Laval, Québec, 1994, 125 p. Giroux Lise, En vacances et à l'école: les loisirs des élèves du secondaire, Gouvernement du Québec, 1994 (rapport de recherche). Hone Geneviève et Mercure Julien, Les adolescents: les encourager, les protéger, les stimuler, Novalis, 1996, 192 p. Philibert Christian et Wiel Gérard, Accompagner l'adolescence: du projet de l'élève au projet de vie, Editions Chronique Sociale, 1995, 217 p. Cloutier R., Legault G., Champoux L. et Giroux L., Les habitudes de vie des élèves au secondaire: Rapport d'étude, Québec, Ministère de l'éducation, 1991.
  2. Dans la pochette d’envoie des raëliens, "Accueillir les extra-terrestres", on retrouve des lettres de remerciements de professeurs, notamment du Collège Saint-Charles Garnier et de Dawson. Pourquoi ne pas avoir invité, tant qu’à y être, pour rester fidèle au programme du MEQ, l’Ordre du Temple Solaire ou les Davidiens?
  3. Plusieurs "consommateurs" de parapsychologie considèrent le lac Memphrémagog comme une porte sur l'inconnu, qui s'ouvre sur une autre dimension, un univers parallèle. Divers récits relatent la présence d'ovni.
  4. Un élève du primaire consomme quelque 1000 heures de télévision annuellement.
  5. MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION DU QUÉBEC, Programmes d’Études Le français enseignement secondaire, 1995, 180 p.
  6.  

     

     

     

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  7. Voici un extrait sur les témoignages visuels et l’élément psychologique du schéma de perception --car un esprit favorable peut diriger la perception.
    "Percevoir n'est pas voir : les images du cerveau ne correspondent pas toujours à celles de l'oeil. Enquêtant sur les témoignages d'ovnis, les psychologues démontent les mécanismes de l'autosuggestion sincère... En effet, entre voir et percevoir, il y a une différence essentielle : la vision est la formation d'une image sur la rétine, mais la perception est l'interprétation de cette image selon le propre schéma de la pensée de l'observateur. C'est ainsi qu'un simple promeneur et un naturaliste averti marchant côte à côte dans une forêt verront le même environnement, mais l'interpréteront différemment, chacun ayant ses schémas. Il était donc justifié de mesurer les écarts entre les visions et les perceptions d'ovnis, afin de dégager des témoignages un ou plusieurs dénominateurs communs" in le Québec Sceptique, numéro 22 ("Les ovnis et les illusions du cerveau).
  8. La thèse du visiteur nocturne concerne les cas aussi de survivants (satanisme), de vampirisme et autres monstres qui kidnappent les individus la nuit, dont les extra-terrestres. Ces montres suivent le cours de l’histoire et les peurs sociologiques.
  9. Bouchard Alain, Le Mouvement Raëlien, audiocassette, CINR, 17 janvier 1990, 90 minutes. Aussi, Au-delà de la foi, Éditions Paulines, p. 185-190.
  10. Codère Lucie, Dernière heure, 14 octobre 1995, p. 14-16.; Fauteux Nicolas, "Ma visite chez les Raëliens", 21 janvier 1995, p. 24-28. Aussi, pour les livres de Raël, allant à contre-sens: Vorilhon Claude, Accueillir les extra-terrestres, Vaduz, Fondation Raëlienne, 1979, 157 p.; Les extra-terrestres m'on emmené sur leur planète, Brantome, l'Edition du Message, 1977, 153 p.; La Méditation Sensuelle, Vaduz, Fondation Raëlienne, 1980, 158 p.
  11. Nuovo Franco, "Au-delà du Raël", Le Journal de Montréal, 25 janvier 1996, p. 35.
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