Mots de tête
Dominique Millette
Télévérité francophone – manger des fourmis à Kapuskasing?
Avec la fin de l'été, de nouvelles émissions s'annoncent à la télé. Ce qu'on appelle, en anglais, le « reality television », soit la télévérité ou le télé-témoignage, domine désormais tous les écrans. Les émissions s'entassent depuis le succès sans précédent de l'ancêtre Survivor: Temptation Island, Who Wants to Marry a Millionaire, Fear Factor, Popstars, Supermodels, No Boundaries, et j'en passe...
À ce qu'il paraît, non seulement les gens feront n'importe quoi pour défiler sur un écran de télévision (ce qui donne ensuite le privilège de se dévêtir dans les pages de revues telles que Playboy), mais les gens à la maison feront n'importe quoi pour ne rien manquer de tout ça. Après tout, quoi de plus fascinant que d'observer un grand moustachu croquer des scarabées puants?
On dit que l'attrait principal de ces émissions, outre les cotes d'écoute, est celui de coûts très modiques. Nul besoin d'embaucher de comédiens, ou même de scénaristes. On n'a qu'à bien monter les clips résultants et voilà! L'émission est crachée en un tournemain. On va même jusqu'à dire que la télévérité permettra de contourner le problème potentiel que représente une grève éventuelle des comédiens ou des scénaristes. Moi, je trouve que c'est un excellent raisonnement. Même que j'irais plus loin: si on ne produit rien du tout, ça coûte encore moins! Je vais aller le signaler aux gens qui ont inventé Survivor...
Malgré tout, il faut se demander, ici en territoire francophone hors-Québec, si la formule n'est pas compatible avec notre propre « télévérité » - c'est-à-dire, celle de Mike Harris et compagnie et des compressions budgétaires. Pas de budget? Pas de problème! Allez donc manger des fourmis avec du sirop d'érable. On va vous regarder, inquiétez-vous pas. On peut vous enchaîner ensemble, ou même vous enchaîner à Diane Marleau. La première personne qui dit un mot en anglais se fait envoyer à Toronto pour passer la journée avec Mel Lastman. Après ça, il faut chanter tous les plus grands succès de La Bottine souriante, par cœur, sans fausse note, en jouant au volleyball avec des raquettes sur la tête. Dans une rivière.
Y a juste un petit détail... Nous autres, on vous enverra pas en Afrique ou en Australie -ou même à Los Angeles. Kapuskasing, ça va? Y a des grosses mouches noires... Mmmmm!!!
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