Mots de tête
Dominique Millette
La rage de la cigarette: touche pas à mon mégot!
Les Canadiens ne sont pas si moutons que ça... du moins, pas quand il s'agit de prendre une cigarette. Voilà tout le témoignage nécessaire de la dépendance profonde qu'occasionne le tabac: même les Canadiens qui, normalement, sont réputés pour dire « pardon » lorsqu'on leur pile sur les pieds, se ruent aux barricades lorsqu'on les empêche de fumer!
À Ottawa, 300 personnes ont manifesté contre le règlement antitabac de la municipalité, ni plus ni moins devant le monument canadien des droits de la personne sur la rue Elgin. Dans son reportage du 27 août, le journal Le Droit a fait remarqué qu'on s'agitait même « sous une averse tellement dense qu'il était impossible d'allumer une cigarette »... Sérieux, ça!
Moi, je comprends tout à fait: j'ai déjà fumé. Même que j'ai fumé pendant 23 ans et que je viens tout juste d'arrêter, il y a presque six mois. Je connais ça, de vouloir fumer!
J'ai fait de la bronchite pendant sept ans sans arrêt. Je ne suis pas allée me faire soigner pour ça, puisque je savais très bien ce que me dirait le médecin: arrête de fumer!! Donc, la bronchite, finalement ce n'était « pas si grave que ça ». On s'habitue à cracher vingt fois par jour: ça devient seconde nature. Et puis, ne pas pouvoir bien respirer, ce n'est qu'un problème si on s'évertue pour rien. Donc, c'est tout simple: pas d'exercice! Voilà! De cette façon, on fait d'une pierre deux coups, car on économise nos calories et, de surcroît, on évite de salir nos vêtements en suant comme un porc.
Puis, je puais, évidemment. Qu'importe: pour ça, y a le parfum et les vaporisateurs! Même que ça me permettait de découvrir de toutes nouvelles saveurs de rince-bouche et d'essayer les inventions les plus récentes de Dior. de D'ailleurs, nos vrais amis ne nous jugent pas comme ça. Même s'ils se tiennent à dix pieds de nous et doivent nous parler à l'aide d'un mégaphone. C'est parfaitement normal.
Les murs jaunes? Détail. Si on sait choisir la couleur de la peinture, rien n'y paraît! Ou bien, on peut bien laver, laver, laver, laver... c'est amusant. Ça nous détend. Les murs se salissent même lorsqu'on ne fume pas.
Entretemps, impossible de rester trop longtemps assise à la bibliothèque ou en tout autre lieu non fumeur. Donc, c'est plate par là. Insupportable. Les bars, c'est tellement plus amusant!
Les cendriers qui se remplissent, parfois qu'on échappe et dont le contenu se répand partout? Les trous et brûlures dans les vêtements, les chaises, les sofas? Pas grave, pas grave, pas grave... Surtout, qu'on ne touche pas à mon mégot!
Oui, je connais tout ça. Et je vous fais part d'un petit secret: c'est au moins en partie parce qu'il était devenu beaucoup trop gênant pour moi de fumer où je voulais que je me suis enfin arrêtée. Plus souvent on tente d'arrêter, meilleures sont nos chances de réussite. Ensuite, si on peut arrêter pendant six semaines, on a de fortes chances de pouvoir arrêter pour la vie.
Les manifestants d'Ottawa peuvent bien revendiquer leur droit à la cigarette; mais je parie que bon nombre d'entre eux feront comme moi un jour...
(c) 2001 Dominique Millette, tous droits réservés