(3) Le prêt-à-parler: bavardage sans frontières
(4) Post-modernité: joindre l'inutile au désagréable
(5) La Disneylandisation de l'espace?
(19 novembre 2003, Le Métropolitain)
Tandis que j’écoutais l’émission Macadam Tribus, en roulant sur l’autoroute le 4 novembre, le carnet techno de Bruno Guglielminetti a présenté un néologisme qui m’a beaucoup inspirée. L’expression «gaspirriel» décrit tous ces courriels envoyés par les amis et les collègues et qui s’avèrent une perte de temps. Elle est calquée sur le mot «courriel», qui a engendré à son tour le mot pourriel... et ça donne encore des petits. En effet, je trouve ça génial d’inventer des mots et j’ai mes propres idées sur le même sujet. Les voici:
Kyrriels : très, très, très longs messages, généralement de la part de vos proches qui veulent expliquer une situation ad nauseam. Peut contenir des reproches, des listes de maladies ou de soucis, etc. Provient parfois de collègues ou de supérieurs qui, sans doute, s’imaginent que vous n’avez rien compris à votre travail et qu’il vous faut des instructions très, très, très, très détaillées.
Sbirriels : ce qu’on appelle des messages incendiaires (en anglais, flaming) sont envoyés généralement lors de discussions acharnées sur babillard électronique. Parfois, les messages paraissent à même le babillard. Or, un sbire est un policier ou un homme fort envoyé pour tabasser quelqu’un. Voilà !
Martyrriels : les messages de tante Alma qui a subi trois opérations avec complications à Hanmer, de votre sœur qui se morfond à Tuktuyaktuk, de votre amie qui s’est séparée il y a trois ans et ne trouve pas de chum intéressant, de votre enfant qui manque d’argent parce que ça coûte très cher les bouquins d’université et que le chauffage est exorbitant et le proprio n’a pas bien isolé les murs et les fenêtres...
Vizirriels : y a ben des gens qui veulent vous donner des conseils dans la vie. Que ce soit des «paroles de sagesse» de Tony Robbins ou de Maya Angelou, ou encore des idées sur comment vivre votre vie de la part d’une cousine, d’un parent ou d’un ami, les vizirriels ont généralement le pouvoir d’accroîte vos sentiments d’incompétence, de culpabilité ou d’irritation profonde.
Déchirriels : viennent de nos ex-amants, de nos supérieurs, etc. Ne sont pas oisifs, mais ont tendance à 1) provoquer le stress émotif ou 2) augmenter notre charge de travail de façon démesurée. Ce qui fait que nous souhaitons les déchirer en mille morceaux. Pour ça, bien sûr, faut les imprimer...
Pas-pirriels : blagues que vous n’avez pas déjà vues et qui vous font au moins sourire.
Facile-à-dirriels : genre de message généralement reçu à Noël, de la part de soi-disants amis qui sont trop pressés pour vous écrire personnellement, et qui cherche à vous inspirer la gratitude en expliquant que tout est pire en Afrique subsahélienne. Donne parfois envie d’envoyer des sbirriels (voir ci-dessus).
Séduirriels : messages envoyés et reçus après avoir répondu à une annonce de cœur sur Internet. C’est beau l’amour... avant de vous rencontrer en personne, malheureusement, la plupart du temps.
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Génie génétique? Génial!
Il n'y a pas très longtemps, des scientifiques ont annoncé qu'ils avaient réussi à implanter des gènes de protéines de soie d'araignée dans des cellules de mammifères, notamment des cellules de pis de vache et de bébé hamsters. Bientôt, nous aurons des chèvres qui produisent de la soie d'araignée, paraît-il. Il ne restera plus qu'à extraire et tisser la soie en question, à partir du lait des mammifères choisis.
La soie d'araignée, en l'occurrence, serait un des tissus les plus résistants du monde. Il ne s'agit donc pas que d'une simple démonstration de prouesse de la part de scientifiques qui s'ennuient à mourir et ne veulent plus jouer au Nintendo, comme on serait tenté de le croire au début.
Ceci dit, le génie génétique pourrait avoir de multiples applications additionnelles, n'est-ce pas?
Par exemple: on pourrait produire des araignées qu'on peut traire comme... des chèvres - sauf que ça en prendrait en mautadit et ça nous prendrait toute la journée. Mais faut dire que ça prendrait moins de place que des chèvres et les fientes d'araignées sont beaucoup plus petites et ne sentent rien. Le seul problème, c'est que les araignées se mangent entre elles. Donc, on ne pourrait pas les traire très longtemps. Justement, c'est pour ça qu'on a abandonnée l'idée d'élever des araignées pour en récolter la soie et qu'on a fait faire ça par les chèvres. D'un autre côté, les araignées se reproduisent assez rapidement et en grandes quantités. Puis, elles ne se lèvent pas forcément en meuglant à cinq heures du matin. Ça pourrait être très pratique.
Deuxièmement, ça serait bien de créer des poules qui pondent des carrés de sucre d'érable. Ça me paraît beaucoup plus efficace que de percer des arbres et d'attendre que la sève coule dans un seau. Après tout, c'est le temps d'exiger les affectations multiples dans la basse-cour autant qu'au bureau, puisque le génie génétique rend la chose possible.
Ensuite, il nous faut des chats qui produisent des pâtes alimentaires. Le spaghetti ronronnant - une première mondiale! De cette façon, nos petits animaux pourront nous nourrir autant que nous les nourrissons.
Enfin, j'aimerais bien des pigeons dont les plumes serviraient à fabriquer des brosses à récurer et dont les fientes se transformeraient en nettoyant liquide - pour compenser leurs petits cadeaux actuels. Mon frère aussi, je crois, apprécierait cette innovation car son balcon est en mauvais état.
Bref, les possibilités pullulent! Je gage que tout le monde a une idée là-dessus. Vite, il faut écrire aux départements de biologie des universités canadiennes!
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Le prêt-à-parler: bavardage sans frontières
Cette année, un de mes proches, qui tourne encore ses logiciels à base DOS sur une plateforme Windows 3.0, s'est acheté un téléphone cellulaire.
Voilà un signe irréfutable que cette technologie est fermement plantée dans notre vie quotidienne. Cet homme hausse les épaules face à Internet, avec ou sans belles pitounes, mais c'est une autre question lorsqu'il s'agit d'avertir les gens qu'il sera en retard. Et je dis: bravo.
Enfin, il pourra nous appeler en cas de contretemps quelconque, s'il est perdu dans la forêt, s'il est tombé dans un puits, etc. Je ne sais pas exactement si les téléphones cellulaires fonctionnent à partir du fond d'un puits, mais sinon, les fabricants auraient dû y penser!
J'estime le port d'un téléphone cellulaire indispensable à toute excursion, surtout hors des sentiers battus. Personnellement, je n'ai jamais compris pourquoi les personnages de Blair Witch Project n'avaient pas de téléphone cellulaire, lorsqu'ils disposaient de suffisamment d'électricité d'une source quelconque pour faire marcher leur caméra 24 heures sur 24 tout le temps qu'ils étaient perdus (car si toute cette énergie venait de piles, alors là, il leur manquait un bœuf et une charrue pour en emporter assez avec eux).
Ces appareils sont utiles, en effet; et il y en a pour tous les budgets et toutes les exigences. Encore faut-il bien choisir!! Une annonce que je trouve amusante, même qui me fait rêver, est celle d'une femme qui se lève et déclare à son mari qu'elle voyage partout dans le monde, en passant par Prague, Hong Kong, etc. Elle a donc besoin de son nouveau téléphone, qui fonctionne en Europe et en Asie autant qu'en Amérique du Nord.
De mon côté, j'ai de la chance si je me rends à Buffalo, où, non, mon appareil cellulaire ne fonctionne pas. C'est que j'ai choisi le service analogique à la carte. J'en avais besoin pour les zones mortes non couvertes par le service numérique, sur la 400, la 69 et la 401 et je ne voulais qu'un service d'urgence. Cependant, pour me procurer un service complet partout en Amérique du Nord, il me faut un autre téléphone. Évidemment, ça, c'était tout arrangé par la compagnie.
Or, quel autre téléphone? Voilà toute la question! Je pourrais sans doute me débrouiller avec un petit modèle compris dans un forfait mensuel, lorsque le besoin se fera sentir. Cependant, le modèle suivant me fait saliver: le Nokia 8890 bibande. Pour 900 $, on peut s'en servir partout dans le monde. On obtient également 35 sonneries différentes, en plus d'une horloge, d'un calendrier, d'une calculatrice et de quatre jeux. Comme ça, si on s'ennuie à l'aéroport, en direction de Prague, on a de quoi se divertir.
Ah, la technologie: plus on en a, plus on en veut! Vraiment? Hmmmm... Bon. J'avoue: ce n'est pas le téléphone que je veux. C'est le bel homme dans le lit de la femme qui part en voyage d'affaires pour Prague, etc., dans l'annonce à la télévision. Même que tiens: si elle est partie, je pourrais lui faire signe, au bonhomme en question? Et je n'aurai même pas besoin de téléphone!
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Post-modernité: joindre l'inutile au désagréable
Je lisais, il n'y a pas si longtemps, qu'à New York un artiste belge avait inventé une machine à digérer... Pourquoi? Justement: pour rien. Parce que c'est complètement inutile. C'est un commentaire social, à ce qu'il paraît.
Voilà bien le nec plus ultra du chic post-moderne, le dernier cri de l'ironique à saveur de XXIe siècle: des machines à rien faire, ou plutôt, à faire n'importe quoi sans raison.
Ici au Canada, pas besoin d'artistes belges pour démontrer tout ça. Nous avons déjà ce qu'il nous faut. Ça s'appelle « la colline parlementaire »...
Cependant, on peut songer à plusieurs autres exemples du genre. Voici donc une liste d'autres biens et services complètement inutiles qu'on pourrait inventer ou donner :
- Machine à irriter la clientèle des services de soutien technique informatique (au cas où elle ne serait pas déjà assez enragée comme ça)
- Service de perte d'argent des contribuables pour le gouvernement fédéral
- Leçons de gaucherie pour Jean Chrétien
- Bouquins sur la frugalité pour les organismes francophones hors-Québec
- Logiciel pour accaparer tout l'espace excédentaire sur votre disque dur après l'installation du système d'exploitation MS Windows XP
- Ateliers de consolidation industrielle pour le secteur banquier au Canada
- Machine à augmenter le coût des réparations de voiture, de plomberie et de réfrigérateur (je me suis trompée de carrière, j'en suis bien convaincue...)
- Logiciel à augmenter le salaire des vedettes de cinéma ou des athlètes professionnels
- Service d'augmentation de temps d'attente dans les bureaux de service public
Bref, la post-modernité a de multiples applications. L'inutile règne sur nous tous. Bientôt, tout comme les habitants du village de Strombola-le-magicien-à-tout-faire, dans les Contes à dormir debout, nous serons tellement écœurés de tout faire faire par des machiens et du logiciel que nous partirons tous vers d'autres contrées à réinventer le monde. Un monde sans machines à digérer, bien sûr...
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La Disneylandisation de l'espace?
Le printemps 2002 a marqué l'ascension du deuxième touriste de station spatiale dans l'Histoire, soit Mark Shuttleworth (dont le nom veut dire, carrément, « valeur de navette »! Et, en effet, sa fortune paraît bien valoir une navette spatiale.) Le décollage de ce tout dernier aventurier a eu lieu un an après celui de son prédécesseur, le spatio-touriste pionnier Dennis Tito. Prix du voyage : vingt millions de dollars américains, ainsi que huit mois d'entraînement et des cours de langue russe. Pour la somme en question, le forfait est cependant tout compris: buffets à volonté (en bouillie et en tube), randonnées (en rond dans la station et en état d'impesanteur), etc.
Faut dire que les Russes sont plus entreprenants que leurs cousins déjà capitalistes de longue date. Les Américains, eux, qui dépensent des milliards de dollars par année sur leur programme spatial, n'ont même pas pensé à faire de même, encore moins à faire concurrence à leurs rivaux des étoiles. Pourtant, cette idée du spatio-tourisme paraît correspondre parfaitement à la mentalité américaine. Il ne manquerait plus qu'un peu de tape-à-l'oeil pour que ce soit dans les règles de l'art.
Comment faire pour que les vacances de l'espace ressemblent davantage aux voyages organisés ou à Disneyland? Je crois bien qu'on doit d'abord améliorer les choix culinaires. Les Big Macs en pâte, ça pourrait être difficile à vendre - mais il ne faut peut-être qu'un bon emballage (par exemple, une grosse paille en spirale de luxe, à couleurs vives). Idem pour les tacos en tube, la pizza en bouillie (« Que c'est amusant! Splat! »), le poulet frit à la Ursa Major, et j'en passe. Évidemment, la crème glacée molle est le met parfait pour les séjours en espace. Même que le programme spatial américain pourrait faire du marketing jumelé avec plusieurs sociétés alimentaires, ou encore faire la promotion de leurs produits en les offrant à bord des vaisseaux spatiaux et ainsi obtenir encore davantage de financement! Voilà pour commencer.
Ensuite, il y a la question du confort. À ce que j'ai compris, ce n'est pas l'avantage prédominant des stations spatiales, ou des fusées. Qu'à cela ne tienne! Mon frère sait très bien bricoler et il fabrique même ses propres coussins. Je passerai son numéro de téléphone à la NASA. Évidemment, il faudra beaucoup de Velcro, puisque l'apesanteur et les coussins, ce n'est pas très compatible. Puis, je recommande fortement l'embauche d'un décorateur-ensemblier pour enjoliver l'intérieur des fusées et des stations spatiales et peut-être même pour mieux aménager l'espace (interne, je veux dire). Personnellement, je trouve que les motifs et couleurs du Sud-ouest américain paraîtraient très bien dans les fusées. C'est chic sans être ennuyant.
Enfin, il faut absolument mieux organiser les divertissements à bord des stations spatiales. L'apesanteur a beau être exotique, je gage que ça finit par endormir tout le monde après quelques jours. Donc, je recommande des attractions spéciales. Par exemple: badminton avec volant de marbre; salsa au plafond; peinture à boules flottantes en trois dimensions; randonnées extérieures avec identification de la composition minérale des astéroïdes à côté...
Surtout, il faudrait des agréments qui ne dépendent pas autant du mouvement, comme la musique et les contes. Vu la difficulté de jouer des instruments dans l'impesanteur, il faudrait organiser des chorales qui chanteraient a cappella. Puis, il faudrait que les gens se racontent beaucoup de farces. À ce qu'il paraît, le programme de la CBC Red Green était si apprécié des cosmonautes russes qu'ils en ont commandé toute une série lorsqu'ils s'ennuyaient sur la station Mir.
La NASA est avertie! Pour bien choyer les touristes spatiaux, il faut de la télé canadienne. Et puis, pourquoi pas? Les journaux ça passe le temps: il faut leur envoyer des copies du présent journal. Voilà - le voyage parfait!
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(c) 2001 Dominique Millette, tous droits réservés
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